Le voici, le voilà, le fameux brouillard du pays basque! Il nous
suit et nous précède toute la matinée. Un autre phénomène
nous a suivi depuis Hendaye, parti un jour après nous, il nous rattrape
à Egurguy: un randonneur hollandais... étonnant!
Première galère aussi: 45min dans
l' "enfer vert", lamentablement paumés
dans une forêt, quoi!

Il a fait mauvais cette nuit: vent et pluie. J'entrouvre la porte, on est dans
un brouillard total: humidité 100% ! Dans l'abri la condensation recouvre
la toile, je passe un petit coup rapide avec ma serviette éponge pour voir:
impec, la condensation a disparu et ne réapparait pas.
Après avoir fait de l'eau à la citerne sans la traiter, on part
à 7h cette fois, jovials comme tous les matins: on a la pêche!
Le port d'Ibaneta est passé dans le brouillard,
on suit le GR11 donc normalement pas moyen de se
paumer. Difficile de savoir où nous sommes
quand même.

On pense avoir repéré le passage du Mendi Chipi, le balisage se
fait plus aléatoire, puis re-voici la frontière, ah voilà
une borne. Quel numéro? n°204. Ok on s'est pas trompés. Le ciel
se dégage enfin et la vue est magnifique.
Nous repassons côté espagnol pour passer
au sud de l'Urculu.
D'après la carte il nous faut ensuite quitter le GR11 pour se rapprocher
de la frontière (au sud-est du col d'Orgambide) et la longer en passant
à 500m d'elle sur une sorte de plateau côté espagnol.
Le problème c'est que l'itinéraire indiqué sur la carte est
côté espagnol (imprécision de la carte), en pointillé
(hors piste) et qu'il en manque 5 bons kilomètres avant Egurguy!
En quittant la route qui mène au col d'Orgambide
on se met dans une belle galère en entrant
dans une forêt qui est sur la droite de la
route. Pourtant ça commence bien: un beau
chemin nous y mène à la forêt
et on en traverse une bonne partie avant que le
chemin ne se transforme en sentier puis en sente,
puis en plus rien du tout... On prend alors à
la boussole cap au 70, plus ou moins tout droit
dans la forêt, plutôt dense et escarpée.
Plusieurs barres rocheuses nous barrent le passage
et on doit parfois faire de la grimpette entre les
branches et les rochers ou des numéros d'équilibristes
pour sauter de bloc en bloc.
On s'en sort finalement pas trop mal après
45 min de doute: voilà le plateau. Maintenant
direction sud-est. Inutile de dire qu'avec des sacs
lourds on ne serait pas passé.
Voilà qu'on aborde la partie hors-carte, on grimpe sur la crête pour voir le côté français qui lui est sur la carte, il nous permettra de mieux nous situer.
La vue vers l'est est fabuleuse: pic d'Orhy et peut-être d'Anie au loin,
on décide de rester sur la crête.Finalement on arrive en vue du refuge
d'Egurguy depuis le haut de la colline qui le surplombe à l'ouest (plutôt
que par la route en bas). La pente est très raide mais tout en herbe: on
descend tout droit, parfois en ramasse !
Il me reste encore de l'eau du litre pris ce matin, faudrait que je me force à
boire plus...
Le refuge est fermé, super. Une remise à l'arrière nous servira
d'abri mais un peu de ménage est nécessaire.
Il est 15h, on s'occupe: sécher l'abri, faire
une lessive, aérer le sac de couchage, une
bonne toilette.
Vers 18h un randonneur seul apparait de nulle part. Il est torse nu, hyper bronzé,
plutôt grand, un sac de 60L sur le dos, des batons de skis aux mains et
des chaussures de running aux pieds. Comme nous, il fait la traversée...
Il vient des Aldudes et est parti depuis 3 jours de Hendaye. Son sac fait 15kg.
Putain le malade. On est épatés: il vient des Aldudes mais en plus
il a galéré une heure avant le Lindus en se trompant de route.
On l'interroge sur ses godasses, il nous les montre: c'est des godasses de footing
bien usées, la semelle se décolle et il n'y a aucun crantage, elles
sont faites pour la route...
"je pense que je vais en acheter d'autres à Gavarnie" il nous
dit. Je doute qu'elles tiennent jusque là mais j'acquiesce en disant:
"oui, des chaussures de montagne"
Il sourit: " non non les mêmes !".
Apparemment il a l'habitude: il a fait le GR20, le GR5 et pas mal de rando en
Hollande, son pays.
Il est super sympa, au fil de la discussion on s'aperçoit que bien que
fanatique comme il se définit, on pourrait très bien s'entendre.
Mais demain il a prévu une étape légèrement différente
de la notre et de toute façon au delà de nos possibilités
physiques: Egurguy-Belagua!!!
On lui dit qu'en France, marcher avec nos godasses de raid en montagne est considéré
comme de l'inconscience, alors faire la traversée en running route usées,
n'en parlons même pas! Il nous répond "oui! en Hollande aussi..."
avec un grand sourire.
Quand même, Hendaye-Egurguy en 3 jours c'est pas mal, il doit avoir une
sacré condition physique.
" Tu viens directement de Hollande?"
"Ah oui, je suis parti le 1er juillet au matin en stop de chez moi et je
suis arrivé à Hendaye à 18h le même jour...".
Décidément ce mec est étonnant.
Il sort quelques affaires de son sac: toutes les cartes de la traversée
(2kg), deux guides (le Véron et un guide Hollandais) et un Stephen King
qui doit bien faire 600 pages... 3kg de livres il nous dit. Pas de tente mais
un sursac de bivouac.
Pas de pharmacie, pas de pastille pour purifier l'eau, plusieurs shorts mais pas
de pantalon, pas de PQ (!) on lui en donne, pas de lampe... Eeeeeh ben. Heureusement
qu'il vient pas dire ça sur le forum montagne!
Quand même, il gémit quand il se baisse et a une ampoule, on rigole
ensemble et on lui donne trois pansements.
Il compte partir à 5h15 demain, on lui fait
une place dans la remise et on parle de nos projets
à venir avant de s'endormir.
A 22h30 une vache est entrée dans l'enclos
qui entoure le refuge, Nico se lève pour
la chasser à coup de "aller!" "hop!".
10 min plus tard il est de retour, ça n'a
pas été évident apparemment,
mais il commence a avoir moins d'appréhension
avec elles: tant mieux, c'est pas la dernière
qu'on va croiser!