On entre dans le brouillard très tôt, mais sur la
crête un spectacle inoubliable nous attend.
Les sacs pèsent à peine (3 ou 4kg). Premier passage d'escalade au
passage Zapigagn, chaud! Magnifique vue au pic d'Orhy et tout de suite en redescendant,
brouillard total (encore!). Le refuge d'Ardane est très agréable
et facile à trouver même dans le brouillard quand on sait un ou deux
détails.
Et puis nous avons eu la bonne surprise de retrouver notre dépôt
intact mais les sacs sont redevenus lourds (7kg)!
La Suunto sonne à 5h, comme prévu je réveille Micha puis
me rendort (il n'a pas de réveil). A 6h, deuxième sonnerie, c'est
pour nous. Notre compagnon d'un soir est toujours là, son départ
a pris plus de temps que prévu apparemment! Maintenant il cherche sa boussole,
perdue dans l'herbe. Sans lampe, c'est sûr c'est pas évident... Je
lui prête notre frontale, il retrouve le précieux objet et nous dit
au revoir, peut-être à Ardane s'il écourte son étape.
On part à 7h10, tout droit dans la pente.
Dès le départ on sait qu'on va y avoir droit: le brouillard forme
un mur à mi-hauteur. Nous y voilà, on voit pas à 20m. Pas
grave il suffit ici de monter jusqu'en haut, jusqu'aux crêtes d'Urculu dont
le point culminant est à 1333m. L'altimètre nous renseigne en permanence
sur ce qu'il nous reste à gravir.
L'herbe est couverte de rosée, premier baptème de l'eau pour nos
godasses. Elles deviennent rapidement trempées et les chaussettes avec
mais finalement ça nous dérange moins qu'on pensait. Les pieds sont
un peu alourdis par l'eau mais tant qu'elle reste chaude on n'est pas gêné.
Nous voilà sur la crête, on lève la tête: c'est très
clair et un peu bleuté, on a presque traversé la couche de brouillard!
Altitude 1200m, avec un peu de chance, à 1333m on sera au dessus. On longe
la crête, parfois l'éclairage devient plus franc et nous donne l'impression
que ça va se découvrir mais une bouffée d'air humide nous
ramène dans l'ouate.
Soudain à deux pas des 1333m on émerge! Ouah, quelle beauté...
C'est fantastique. Il faut imaginer la scène vue de loin: deux randonneurs
qui sortent d'un brouillard très dense en arrivant sur les quelques cailloux
du "sommet" d'une crête. Dans la lumière du jour levant,
une mer de nuage à leur pied les entoure. Quelques sommets émergent
au loin: le pic de Bizkarzé, le sommet d'Occabé et le Pic d'Orhy
au loin par lequel nous prévoyons de passer aujourd'hui.
Soudain tout disparaît à nouveau: la brume revient.

Alors qu'on passe sous quelques arbres, je tente de saisir l'ambiance magique de l'endroit.
On décide de prendre à droite avant l'Occabé, ce brouillard
ne nous donne pas envie de tenter de passer par les crêtes de Mendibel et
du Pic des Escaliers l'itinéraire semble superbe mais pas par mauvaise
visibilité. On choisit donc de passer au sud du pic de Bizkarzé
par un chemin nommé itinéraire de VTT sur la carte. Eh bien ne passez
pas par là: il est pénible! En cas de mauvais temps ou de brouillard
au dessus des 1400/1500m, mieux vaut sans doute monter à l'Occabé
puis suivre le GR10...
On se dépêche d'arriver au bout du chemin à Ibarrondoua (2h).
Il est 11h15, les chaussures et les chaussettes sont presque sèches, on
fait une bonne pause avant de monter au pic d'Orhy.
Le ciel s'est dégagé, on se demande si le brouillard a disparu.
Départ, bientôt nous verrons à quoi ressemble le passage Zazpigagn.
On se retourne vers le nord après avoir pris un peu d'altitude: ah, finalement
le brouillard est toujours là. C'est beau... La crête de Millagaté
ressemble à une gigantesque digue qui essaie de stopper un flot de nuages
venant du nord-est. Le col d'Orgambideska et le pic des Escaliers sont dans la
brume.
L'ascension est un pur bonheur, on se régale: ça doit être
l'impression de commencer à faire un peu de montagne.
Surtout que le passage Zazpigagn est en vue, enfin ce qu'on croit être le
passage! Il y a deux possibilités: la crête et un sentier qui passe
à flanc en contrebas. J'ai envie d'aller voir à quoi ressemble le
passage par la crête.
Nico n'est pas rassuré, effectivement c'est vraiment impressionnant.
Je lui dit: "Ce serait dommage de dire non en s'arrêtant à 20m
du passage... C'est simple: on y va petit à petit en regardant bien, si
on a le moindre doute, on fait demi-tour et on passe par en bas." Ca le rassure
un peu, il me suit à distance. Je suis heureusement surpris par la difficulté
du passage: le rocher n'est pas très sûr, mais il y a moyen de passer
en sécurité. Je lui donne quelques infos rassurantes sur les pas
à faire, on prend quelques photos et on reprend la montée vers le
pic d'Orhy.
La montée est agréable, mais c'est vrai qu'aujourd'hui nos sacs ne font que 3 ou 4kg!!! Le vent bien présent nous rafraichit et plus on s'élève, plus c'est beau.
Enfin nous croisons beaucoup de randonneurs, ils montent de partout vers le sommet.
C'est à se demander d'où ils sortent tous!
Arrivés au sommet, on regarde tout de suite vers le port Larrau: notre
premier dépôt nous y attend côté français. Or
le brouillard masque complètement ce côté. Trouver le dépôt
ça devrait aller, mais le refuge d'Ardane peut-être pas...
On descend à port Larrau, le contraste entre les deux versants est impressionnant
quand même: d'un côté on ne voit pas à 20m et 100m plus
au sud, côté espagnol il y a un grand ciel bleu.
On trouve le dépôt - ouf il est intact- , on se gave et on remplit
les sacs pour un soir et 5 jours d'autonomie. Ils sont redevenus "lourds":
environ 7kg! On brule le sac plastique et les quelques déchets dans le
trou et on rebouche avec la terre puis on remet la grosse pierre plate par dessus,
pas de trace. De port Larrau on prend la piste côté français,
elle nous évitera d'errer dans le brouillard et on commence à manquer
d'eau.
Alors qu'on se demande si on n'est pas allé trop loin, on trouve une pierre
(au bord de la piste) côté gauche marquée Ardane avec une
flèche indiquant la direction. On quitte donc la piste, toujours dans le
brouillard, une bergerie apparait ainsi que la bergère. Très sympa,
elle nous indique où est le refuge et nous propose de faire de l'eau à
un robinet près de sa bergerie, la rivière est presque à
sec.
Bonne journée,et elle se termine bien: le refuge est super. Grand, avec
bas flancs, table, bancs et matelas, quel confort! En plus il est joli.
Le soir le brouillard se lève un peu, on voit la bergerie maintenant. Les cloches des vaches nous accompagnerons toute la soirée, faudra s'y faire aussi!