Après une mauvaise surprise dans la nuit, la descente du glacier
tôt le matin est magique.
On quitte la HRP avant Gavarnie pour passer par la brèche de Roland et
le Mont Perdu.
Sur ces lieux très touristiques on croise
un florilège de tout ce que la montagne
peut accueillir comme variété de
randonneurs, ça contraste avec le désert
du pays basque!
Nico me réveille dans la nuit,
"C'est la merde, on est trempés !"
Je sors bout de bras de mon cocon en duvet. Effectivement, le tissu est recouvert
d'une pellicule d'eau. Comme il n'a pas plut, c'est de la condensation. Zut je
me dis. Mais iIl n'y a rien à faire qu'espérer que l'eau ne traverse
pas trop le nylon, je me rendors donc aussitôt en me disant "au moins
ça fera un bon test!".
Le soleil se lève à 6h20. On le regarde se lever enfouis dans nos
duvets dégoulinants. Ca caille mais je trouve la force de sortir prendre
une photo. Un petit vent se lève, il est frais mais pas froid, on étale
nos duvets pour les faire sécher au maximum avant de partir. Mais c'est
pas gagné: des plumes sont trempées, collées au nylon et
les sacs ont perdu tout leur gonflant: "on dirait des crêpes !".
Les cailloux alentours sont également trempés, il a dû y avoir
un sacré mélange de masses d'air chaudes/froides/humides cette nuit...
A 7h45 on part, la neige s'est un peu ramollie.
L'ambiance est magique, on dévalle le glacier en trottinant. Les quelques
randonneurs matinaux qui nous voient passer avec nos sacs de pic nique et nos
basquets s'arrêtent, l'air de se poser des questions (bis !).
Quand la pente devient plus importante, j'attache ensemble bâtons et piolet:
le tout ressemble à une grande pioche. Celà me permettra de descendre
en bâton ramasse et d'enrayer une glissade mal contrôlée grâce
au piolet si nécessaire.
Nico fait de même.
S'en suivent de grandes glissades en ramasse (Nico s'y met enfin !) entrecoupées
de traversées pour trouver des axes de descente dégagées
de toute roche et de tout randonneur.
Je conseille à Nico de tenir l'ensemble piolet-bâtons en amont quand
il traverse, technique de base. Mais il me répond qu'il a moins de force
dans le bras gauche, c'est pourquoi il préfère toujours garder le
matos côté droit. Je n'insiste pas sur le moment, mais en bas je
veux en discuter. Je lui demande pourquoi il dit toujours non aux conseils techniques
que je lui donne. Il me répond que s'il préfère comme ça,
c'est mieux pour lui. Je tente de lui expliquer que ce sont des techniques de
base, peut-être pas intuitives pour lui mais éprouvées. Il
me reproche d'être prof. Ok, j'encaisse. Je lui demande alors "si c'était
un guide qui te disait de faire autrement, tu le ferais ou pas?". Il me répond
qu'il ferait à sa façon... Cette fois ça me rassure: en fait
c'est lui qui a un problème! On finit par rigoler ensemble de nos différences
de caractère et du fait que c'est dans les moments tranquilles qu'il y
a des discussions vives. Plus on est en difficulté, plus c'est dûr
(cf Islande) et plus le duo fonctionne à merveille. "Vivement qu'on
en chie alors, parce que jusque là c'est la balade !". Les moments
de doute ont été vite oubliés...
La descente au barrage d'Ossoue est longue et ennuyeuse donc on fonce, traversée
de la rivière sous le barrage par une petite passerelle, on suit le GR10
en enchaînant la vallée du gave d'Ossoue sans s'arrêter. La
chaleur est très pénible, devant un ruisseau je ne résiste
pas, me désabille pour une baignade express dans une eau glaciale vu la
température extérieure. On boit énormément.
Après la cabane de Lourdes (propre, simple), qu'on prend le temps de visiter,
on sort de la carte. La prochaine carte commence en peu avant le Mont Perdu (N°23):
la carte Gavarnie (N°5) était neuve, j'ai pas eu le courage de la découper
!
Mais j'ai déjà parcouru l'itinéraire jusqu'à la brèche,
après il faudra voir. Il faudra qu'on s'arrête au refuge de la brèche
pour regarder leur carte de l'itinéraire Brèche-Mont Perdu.
Voici la cabane du Sausse-Dessus. A droite, plutôt que de continuer vers
Gavarnie, on s'engage dans un petit cirque duquel il faut sortir par une immense
pente herbeuse sans aucun sentier.
Sous la fournaise, on y va. C'est pénible, on est en nage, mais je me console
en prenant plaisir à deviner et suivre un très vieux sentier dont
ne subsistent que quelques cairns à peine visibles.
Enfin sortis de ce mini-cirque, un panorama sur les géants dominant le
Cirque de Gavarnie nous saute aux yeux. Au milieu, la brèche.
Il faut maintenant longer la crête pour redescendre vers le col des tentes,
puis rejoindre le Port Boucharo.
On hésite par moment: le sentier est parfois très étroit,
déversant et à flanc sur un terrain qui semble instable. Ouf c'est
passé.
La descente est elle aussi casse gueule, je la fait en bâton ramasse.
Après s'être trompé à un embranchement on arrive enfin
à Port Boucharo à 14h30.
Un gigantesque orage est sur le Vignemale, ça tonne souvent et il vient
vers nous.
On ne traine pas! Nos duvets sont plutôt humides, faudrait pas en plus qu'on
se prenne une douche avant la brèche. Pas le temps de les faire sécher.
Beaucoup de monde revient de la brèche et on voit de tout: la nana en maillot
de bain avec juste un petit T-shirt par dessus (arg...); le mec avec bob, banane,
grosses lunettes multicolores, le GPS qui se balance attaché autour du
cou; le lot commun de gros sacs qu'on surnomme maintenant les "caravanes";
l'ancien avec le sac tout cuir et le gros bâton de bois (rare!). On dit
un grand bonjour à chacun avec le sourire et quand c'est un groupe "bien
groupé" ils ont droit à un "Bonjour tout le monde !",
auquels certains répondent avec humour "Bonjour vous deux !".
A la traversée du torrent du glacier du Taillon c'est la cohue, on trouve
des passages alternatifs qui nous évitent pas mal d'attente. On fait le
plein d'eau au refuge de la brèche pendant 20min... je rentre voir la carte
de l'itinéraire entre la brèche et le Mont Perdu, mais l'échelle
ne permet pas de distinguer grand chose. L'orage est proche maintenant.
On choisit de monter par la moraine. Surtout ne pas perdre le "sentier"
principal, c'est très pénible à côté, genre
je monte 1m et glisse 50cm.
Le glacier de la brèche comporte son habituelle ornière creusée
par les randonneurs, on arrive à la brèche à 16h15 et on
va s'abriter à la grotte (qui est super), juste avant quelques gouttes.
Finalement le gros de l'orage passe au nord, on
ne verra que quelques éclairs.
On mange ce qu'il nous reste de la journée -ça commence à
être insuffisant-, puis on retourne à la brèche. Le temps
est gris mais le lieu n'en est pas moins impressionnant. Un groupe est en route
vers Goriz pour monter au Mont Perdu demain et un autre (3 personnes) bivouaque
à la brèche, côté espagnol. Demain ils vont aussi au
Mont Perdu, comme nous par le Pas des Isards, peut-être qu'on marchera ensemble
alors.
Dans la soirée, celui qui semble diriger le groupe vient de notre côté,
c'est vrai que je préfère cette vue.
On l'aborde, apparemment c'est un vieux de la vieille!
Le HRP il l'a fait bien sûr, il y a 30 ans.
Tourné vers la vallée, les yeux dans
le vide il nous en parle, entre autres:
- "L'Ariège, c'est le plus dur. Ici c'est bucolique, ça monte
pas vraiment..." Dit-il en tendant la main et en mimant les courbes d'un
relief à peine vallonné.
- "Vers la fin, la mer on la sent mais on la voit jamais."
- "Vous dormez là ?" "Et vous avez dormi au Vignemale ?
C'est pas mal faire ça pendant une HRP".
On lui explique qu'on veut rejoindre le HRP à Bielsa en passant par le
Mont Perdu, il acquiesce.
Apparemment comme nous il est un adepte des abris. "Mais oui c'est impec,
on a ça aussi: une toile, des bâtons, ça suffit, c'est léger".
Ca me fait plaisir: c'est le premier que j'entends dire ça!
On se dit peut-être à demain.
Je reste un moment seul apprécier le lieu. C'est tellement calme ici, pas
de son de cloche des vaches !
Petite toilette avec l'eau qu'on a embarquée
au refuge puis on s'enfile dans les crêpes
qui nous servent de sac de couchage. Demain il faut
absolument qu'on les fasse sécher...