Aujourd'hui nous devrions arriver aux granges de Biados, et rejoindre la HRP quittée avant la brèche de Roland. L'itinéraire semble long mais tranquille avec une bonne portion de route entre Bielsa et Parzan que j'aimerai bien éviter, puis beaucoup de piste qui nous permet de discuter beaucoup. Les sacs sont remplis (7 ou 8kg), il nous faudra traverser les massifs des Posets et de l'Aneto et longer le Parc d'Aigues Tortes avant de rejoindre le dernier dépôt à l'est de Salardu.
J'ai rêvé cette nuit que l'eau montait mais finalement on se réveille
au sec, tant mieux! Avant de partir (un peu en retard), je remarque quand même
que le niveau de l'eau a du monter de 20cm pendant la nuit car les cailloux sont
mouillés plus loin qu'hier soir. On était environ 50cm au dessus
de l'eau, donc on avait 30cm de marge... Hum...
C'est la forme ce matin, une fois la poubelle déposée
on trace sur la route, les paysages sont très
jolis.
On approche d'un canal qui d'après la carte va jusqu'à Parzan.
Je me dis que ce serait top si ça pouvait passer par là: on éviterait
d'avoir à descendre 160m pour les remonter par le bitume jusqu'à
Parzan. Je demande 2 minutes à Nico pour aller voir et monte droit dans
la pente à gauche au dessus de la route. Après 50m de dénivellée,
voilà la dalle béton du canal, il semble praticable et emprunté:
quand une branche recouvre la dalle, des traces contournent l'obstacle. Nico pendant
ce temps demande à un chauffeur de camion comment aller à Parzan
sans prendre la route, le gars lui répond que la seule façon qu'il
voit c'est par le canal, puis blabla, il n'a pas compris le reste. Devant mon
enthousiasme, Nico accepte d'essayer par là, à contre coeur: par
la route au moins t'es sûr d'arriver.
Après avoir contourné un poste relai électrique on suit donc
le canal pendant 1km au dessus de Javierre. Parfois des obstacles sont tombés
sur la dalle qui couvre le canal, mais chaque fois des traces contournent par
la droite.
Puis le canal disparaît sans qu'on puisse
le retrouver. Comme nous allions aborder une crête
aplatie, je comprends qu'il doit en fait passer
dessous et ressortir derrière. Nico n'est
visiblement pas dans mon trip, on décide
de descendre direct pour rejoindre la route qui
descend en longs virage vers Bielsa, mais avant
je veux en avoir le coeur net. Je pose mon sac et
cours voir par dessus la crête, effectivement
j'aperçois le canal ressortir de la falaise
500m plus loin. A essayer une autre fois, donc!
La route passe, mes pieds morflent un peu, près Parzan on rejoint la
HRP en prenant à droite. Un randonneur passionné de cabanes et d'abris
sous roches nous donne de nombreuses indications dont la présence d'une
cabane au dessus des granges de Viados.
Il regarde nos sacs puis s'exclame: "j'ai jamais
vu des sacs aussi petits !". On lui décrit
un peu notre "philosophie", lui emporte
6 paires de chaussettes, entre autres!
La montée au Paso de los Caballos est longue et sur chemin, on a le temps
de discuter de nos motivations et je me rends compte qu'on n'est pas parfaitement
sur la même longueur d'onde.
Nico veut "arriver au bout peu importe les conséquences, sauf si j'ai
trop mal". Moi c'est plutôt "prendre du plaisir et arriver en
bonne santé".
"Si on était sur un 8000 ?" je demande. Son but serait d'"atteindre
le sommet". Le mien serait plutôt de "vivre une aventure, de la
partager et de revenir en bonne santé".
Jusqu'ici ça a été fabuleux comme balade, j'hésiterai
donc pas à arrêter si ça va pas. Après se pose la question
de l'Aneto, lui n'en a rien à faire, il veut arriver au bout, point final
et me fait comprendre qu'il n'a pas vraiment envie d'y grimper...
C'est un peu tendu comme ambiance, mais ça arrive quand on marche à
deux !
Pourquoi avoir fait Le Vignemale, la brèche, le Mont Perdu et même
le Pic d'Orhy alors? Pourquoi n'a-t-on pas fait le GR11 du début à
la fin tout simplement?
Les questions restent plus ou moins en suspend,
puis ça se tasse: on arrive au col.
La descente vers Biados est censée être balisée (on est sur le GR11) mais des pistes récentes on tout détruit, le sentier est difficile à suivre et on ne sait pas où vont les pistes. Il fait une grosse chaleur, cette descente vers Biados est un peu pénible. L'orage menace alors qu'on arrive dans la vallée, juste à temps on se jette sous un bloc pour laisser passer un déluge.
Arrivé dans la vallée il faut remonter jusqu'à Biados,
ultime mais interminable effort.
La météo annoncée pour demain est "PLUIE". Bon,
comme ça c'est clair. Le cadre est super: de magnifiques granges typiques
et des fleurs partout, l'accueil au gite est très sympa (en Français
!). On est bien nazes mais la perspective d'une mauvaise journée demain
nous incite à reprendre la route vers la cabane indiquée par le
randonneur croisé ce midi: la cabane d'Anescruzes.
On repart donc alors qu'une nouvelle averse menace. 400m de dénivellée
sur un chemin peu pentu pour terminer, avalés en 1h, non sans prendre le
temps pour quelques photos! Quelle merveille cette vallée, à refaire
sous un ciel dégagé. La cabane est ouverte et on arrive alors que
quelques gouttes commencent à tomber. On est cassés!
Un couple de deux randonneurs est installé, on se dit "Ola" puis
on s'aperçoit en fait qu'on est tous les quatre français et on rigole.
A partir de ce moment, j'ai décidé de toujours dire "bonjour"
aux autres randonneurs jusqu'à Banyuls !
Ils sont super sympa et d'emblée on plaisante bien. Super équipés,
lui est en fait vendeur Au Vieux Campeur de Toulouse. Tout s'explique !
Dans cette cabane les extrèmes se rencontrent puisqu'ils sont partis pour
60 jours de marche pour faire la HRP. "5 jours on marche, 2 jours on se repose".
Ils parlent d'un fou qui les a dépassés et qui voulait faire la
traversée en 30 jours en allant de refuge en refuge. On dit rien puis on
explique un peu notre trip. Epatés, il se lève pour prendre nos
sacs en photo.
Le sien est le Crossbow de Lowe Alpine, alors qu'ils sont couchés dans
la "chambre", il faudra qu'on s'y mette à deux pour déplacer
son sac à dos et se faire une place !!! Il porte deux piolets techniques,
des crampons chacun, etc etc. Elle porte aussi un gros sac et soufre un peu des
hanches. Lui a un peu mal au tendon d'Achille, au fait moi aussi. Ca doit faire
parti des pathologies normales du randonneur...
La douche est glacée et dans notre état de fatigue c'est dur mais
on en ressort toujours plus frais et dispo.
Demain ils se lèvent à 5h, vu qu'on est dans le salon, faudra qu'on
se lève aussi !
Ils nous montrent la dernière édition
du guide Véron qui me semble beaucoup mieux
que la précédente. Les extraits des
cartes IGN sont même intégrées
à l'édition. Imbécilement sorti
le 1er juillet (jour de notre départ), des
copains le leur ont apporté.