L'objectif de cette journée est d'atteindre l'abri Pujol après être descendu à Alos de Isil qui devait être notre 18ème étape, pour celà il va falloir affronter 1200m de descente aussitôt suivies de 1200m de montée! Le soleil est toujours là, mais c'est parfois pénible: la chaleur dans les vallées espagnoles devient rapidement suffocante. Découverte d'un charmant petit village et retrouvailles avec l'extra-terrestre.
Il fait un peu frais ce matin, on se met vite à marcher. L'échauffement
est rapide et intense: dès le début, on est dans le chaos de blocs
et les éboulis que domine le Tuc de Bonabe. On progresse les batons rangés,
tout en impulsions, petits sauts et placements précis aidés parfois
d'une poussée des mains pour sauter un bloc, tels des sauvages marchant
à quatre pattes! C'est efficace et sûr puisqu'on arrive au col entre
le Tuc de Bonabe et le Pic de Quenca en 30 minutes. Et là... dans le contre
jour du soleil levant, on découvre un vallon... moche. Pas d'autre mot,
comparé aux merveilles vues hier. Menfin c'est pas pour ça qu'on
va faire demi-tour! En route donc pour une descente de 1200 mètres jusqu'au
village d'Alos de Isil. Vers 2250m, dans un replat, un chemin débute et
se confirme un peu plus bas.
Ensuite c'est carrément une piste qui nous accueille, mais nous exaspère
car elle ne descend que petit à petit. Heureusement le cadre est devenu
plus joli, on devine même les premières maisons au dessus d'Alos.
Vers 1800m, à un carrefour on prend à gauche, vers un groupe de
quatre constructions comme indiqué sur la carte, mais après les
maisons plus rien. La pente est assez raide, on cherche bien, mais pas le moindre
chemin... "Revenir au carrefour?". Bof, la piste à droite menait
vers un autre village: Bordes de Lapre qui n'est pas du tout sur la route. On
décide donc de descendre dans le "bush", au mieux. Encore quelques
accrobaties parmi les arbustes, quelques fausses pistes animales et nous voilà
tout près d'Alos.
Après s'être repeint les chaussures de vase et de boue en traversant
des champs inondés, on débarque directement dans le village.
Une source fraiche coule au milieu de la place et on se régale avant d'aller
visiter les alentours, d'autant plus que j'avais lu sur le net qu'on pouvait y
trouver du pain!
Les maisons sont plus typiques les unes que les autres, on a l'impression qu'elles
n'ont pas changé depuis 100 ans. Nos recherches de pain restant vaines,
avec ses quelques notions d'espanol Nico va demander aux anciennes du coin, assises
sur un banc à l'ombre en train de papoter. "Allez voir au bar".
On retourne alors en haut de village, près de l'endroit où l'on
est arrivé, mais la tenante du bar nous fait comprendre qu'elle n'a pas
de pain et rien à vendre à manger... Tant pis.
On remet les sacs et on quitte ce mignon petit village en faisant un peu de route.
Quand la vallée bifurque au Nord-Ouest, on prend une piste sur la droite
(non indiquée sur la carte) qui monte vers des fermes inhabitées.
La piste s'arrête, vu le terrain touffu et très boisé, il
faut absolument qu'on trouve le chemin qui monte vers l'abri Pujol, surtout qu'il
s'agit de 1100m de montée! Parfaitement synchronisés, on se sépare
chacun de son côté sans dire un mot pour trouver le chemin plus efficacement.
2 minutes plus tard, après avoir remonté un petit champ et franchi
un muret, j'entends Nico qui me dit avoir trouvé quelque chose. "Moi
aussi" je réponds, il monte et on se retrouve sur le même sentier
peu après: quelle équipe !
C'est parti pour 1100m de dénivelée, le soleil cogne sérieusement.
Pas grand chose à dire sur cette montée, si ce n'est qu'il ne faut
pas perdre le sentier, parfois masqué sous les herbes ou bien barré
par des arbres tombés.
Arrivés au col, on découvre bien de petits lacs, mais ce n'est que
de l'herbe rase partout, un peu monotone. Pour nous distraire un peu, le sentier
bien marqué jusqu'au col disparait peu après et c'est de nouveau
à notre flair qu'on se fie pour pour contourner le plus facilement possible
le Pic de la Gallina par le sud via deux petits cols successifs.
On contourne l'étang Major par le nord et voici les trois étangs
alignés qui précèdent l'abri Pujol. Le site est joli, plus
on approche de l'abri et plus il y a de monde. Après un petit saut pour
passer le ruisseau qui descend de l'étang de Gallina, on entre dans l'abri,
il y a des affaires partout et un sac sur chaque lit, ok c'est donc plein. Pas
grave on se trouvera un coin peinard. Quelle pêche on a après ces
+1600m et -1700m de dénivellées accomplies en à peine 8h...
Avant de sortir, je remarque un porte-carte et un livre avec la couverture en
miettes qui me rappellent quelque chose... Mais oui ! Le Hollandais, il est là.
Mais non, le livre était presque neuf quand il nous l'avait montré
à Egurguy il y a maintenant 15 jours.
On sort, le voilà, il est allongé au soleil en train de lire son
Stephen King, encore plus bronzé qu'au départ. "Salut !"
Il nous reconnaît et après un moment d'étonnement, on rigole
de la situation. Petite discussion et on le laisse lire pour aller faire notre
lessive. Hier soir il a dormi à Alos de Isil et aujourd'hui il a mis 8h
à monter parce qu'il a manqué le début du chemin et a eu
beaucoup de difficultés à trouver le chemin en traversant les buissons...
On imagine bien!
Pendant que nos affaires séchent, on discute Nico et moi: pas mal de l'avoir
rattrapé quand même! Tel qu'il était parti, on le voyait déjà
arrivé, d'autant plus qu'il pensait traverser en 20 jours. "Qu'est-ce
qu'on dit s'il propose qu'on marche ensemble demain?" "Disons ok?"
"Ca marche, il a l'air sympa !".
On revient discuter un peu avec lui et chacun fait un résumé de
ses étapes.
Il a acheté de nouvelles chaussures, des
Salomon tige basse, mais en cuir avec pare-pierre
caoutchouté à l'avant. Pas mal il
commente, mais l'amorti est vraiment nul. C'est
vrai que comparé à ses running...
On se donne rendez-vous le lendemain à 6h30
puis Nico et moi allons installer l'abri près
de l'étang de Llavera en contrebas du refuge.