Grosse dénivelée ce jour là. Micha, le hollandais que l'on a retrouvé hier soir, n'y est pas pour rien! Belle journée, riche de "rebondissements".
Après une bonne nuit peinards près de notre lac, on est prêts
à 6h30, quel exploit ! Micha (il nous a donné son prénom
hier) arrive quasiment en même temps que nous au lieu de rendez-vous en
grandes enjambées, il nous a même semblé le voir courir à
un moment. Il a passé une nuit "très moyenne": ça
ronflait dûr apparemment... Aaah la convivialité des refuges !
On met tout de suite les choses au clair: "si tu nous trouve trop lent ou
trop chiants, n'hésite pas à filer après nous avoir dit au
revoir". Il rigole et répond "pareil pour vous!". C'est
parti.
Micha part devant avec ses grandes jambes, il a l'allure d'un coureur de fond.
Le sac de 60L bien collé au dos, son topo guide hollandais coincé
dans la ceinture (d'où son état!), le porte carte autour du cou
faisant office de plastron coupe vent: malgrè la fraicheur matinale il
ne porte qu'un T-shirt blanc dans un état pitoyable.
Quoi de neuf depuis le jour 4 où on s'est
rencontré: il a troqué ses chaussures
de running pour des chaussures cuir tiges basses
salomon, et il s'est allégé: au fûr
et à mesure des poubelles rencontrées,
il a déchiré et jetté les pages
de son Stephen King qu'il avait lues. Voilà
pourquoi il lisait une moitié de bouquin
sans couverture hier! Quel phénomène...
Après à peine quelques minutes de marche, alors qu'on doit descendre
d'un petit muret naturel de 2m de haut, Nico fait une belle chute juste devant
Micha. La gamelle, quoi! Il tombe en vrac sur 2 mètres, mais par miracle
arrive à nous faire un atterrissage en douceur avec roulé-boulé
magistral pour finir la démonstration. Il est debout avant même que
j'ai le temps de me rendre compte de sa chute que j'ai pourtant vue en entier.
Micha qui le suivait en dernier franchi le passage avec beaucoup de précautions
et n'en revient pas: "Ca va ? Comment t'a fait pour pas te faire mal?".
Réponse du cascadeur: "ben... j'en sais rien..!".
Et nous voilà reparti après cette frayeur rétrospective.
Micha marche devant à bonne allure, Nico ensuite, puis moi. En descendant
on arrive dans une forêt, puis au lieu dit Pleta Palomera sur la carte,
on a deux possibilités: monter vers l'Etang de Flamicella ou bien passer
par le village Noarre. Ce sera Noarre. Le sentier qui devrait partir à
gauche de la route vers à 1700m d'altitude est introuvable. On force le
passage en passant par dessus une barrière, puis on longe du barbelé
pour enfin découvrir une trace qui se transforme en sentier un peu plus
loin.
Voici Noarre: on découvre un village très isolé, comme hors
du temps. Aucune route n'y accède et les maisons semblent figées
depuis toujours et pour toujours. Deux anciens bèchent la terre de leur
jardin, mais ils seront les seuls que l'on verra.
Une longue montée nous attend maintenant: 1100m pour arriver au col de
Certascan. On a la forme, je pars devant à bonne allure, l'alti indique
entre +10 et +12m / minute. Arrivés en peu de temps à la traversée
du ruisseau qui descend de l'étang de la Flamicella, on fait une pause
pour boire et faire un peu d'eau. Micha arrive peu de temps après. Il nous
avoue qu'il a du mal: le matin il ne mange rien avant 10h ...! Putain le barjot.
En plus là il n'a plus grand chose à manger: il compte acheter ce
qu'il trouvera au refuge de Certascan. En attendant, bien qu'on soit nous aussi
un peu à court pour arriver jusqu'au Pas de La Case, on lui passe quelques
barres de céréales: on voudrait pas qu'il tombe pas dans les pommes
avant le col !
On repart à allure plus cool, rien de franchement très joli à
part quelques petits lacs. Par contre, la descente vers le refuge et le lac Certascan
depuis le col du même nom est sympa. Quelle patate j'ai aujourd'hui : je
me surprends même à courir dans les descentes !
Nico fait connaissance avec un habitué des lieux après qu'on ai
fait quelques emplettes: difficile de ne pas baver devant un gros cake au chocolat
mis en vitrine dans le refuge. On fait une bonne pause et à discuter Micha
se révèle très sympa, mais pas trop à l'aise avec
le copain de Nico, venu flairer ses gateaux. Il nous traduit son topo-guide hollandais
(de Ton Joosten ) qui semble vraiment bien fait.
L'étape suivante que nous allons enchainer passe par l'étang de
Romedia de baix avant de descendre au Pla de Boavi en longeant le ruisseau de
Romedo pour ensuite grimper jusqu'au refuge Barbote. Allez, c'est parti.
On croise quelques voitures à l'étang Romedia (ça faisait
longtemps) puis on commence à descendre vers Boavi. Sur la carte "Rando Edition"
(ancienne édition) que j'ai, le sentier qui longe le ruisseau de Romedo
est indiqué, mais il a disparu sur la version récente qu'a Micha.
Le guide décrit que le sentier n'existe pas au départ du lac (effectivement),
300m plus loin, on trouve une trace qui se transforme en sentier côté
gauche du ruisseau.
Plus bas on longe dans un système de vasques et de petites chutes d'eau
idylliques qui donnent envie de se baigner, mais l'eau bien sûr glacée.
Peu après quelques chutes plus grandes que les autres, le sentier traverse
le ruisseau et à cet endroit un grand pont de neige qui semble prêt
à céder enjambe une vasque. Je me dit qu'il y a une connerie à
faire là. Micha en voyant le tableau se met à hurler avec un grand
sourire "oui oui, c'est bon on peut y aller, suivez moi, suivez moi !".
Et il s'engage sur le névé, mais s'arrête aussitôt et
revient : c'était pour déconner. Nico arrive, Macha et moi l'encourageons
à tenter le coup et il est tenté le bougre ! Je précise qu'on
peut traverser au sec et en toute sécurité juste à côté
du névé, après la vasque.
Nico s'avance doucement en tatant la neige par petits coups avec ses bâtons.
Arrivé à 2 mètres du milieu, un gros morceau se détache
sous un de ses coups de bâton et il fait demi-tour... J'ai parfois été
surpris par l'incroyable résistance que peu avoir ce type de neige et décide
de tenter le coup. J'enlève sac et chemise, Nico et Micha se positionnent
pour immortaliser ma gamelle dans l'eau glacée. Je m'avance d'abord doucement
et à bien regarder l'endroit le plus étroit, ça doit pas
être très solide: 1m de large pour 20cm d'épaisseur environ.
Vu la portée de l'arche, ça crée un peu de suspense! J'accélère
en m'aidant des bâtons parce que ça glisse, hop un petit saut au
milieu et c'est passé ! Micha hurle et applaudit, Nico est hilare, et moi
j'évacue petit à petit la grosse décharge d'adrénaline
qu'a déclenchée la scène.
Malgrè les indications précise du guide, la suite de l'itinéraire
n'est pas évidente. On est entré dans la forêt, je marche
devant et à un moment j'arrive sur un passage louche: on descend depuis
quelques temps déjà et là le sentier semble emprunter une
petite ravine sur quelques mètres pour ensuite continuer à descendre.
Mais juste avant la ravine, il semble que ça passe en bifurquant à
droite en partant à l'horizontale, sous des branches d'arbre. J'arrête
le groupe et vais voir à droite. Toujours pas de sentier après 20m,
alors que je reviens hésitant, Micha est persuadé qu'il faut emprunter
la ravine qui effectivement montre plusieurs traces de passage.
Nico se prononce: comme Micha, il lui semble que c'est par la ravine. Ok, va pour
la ravine, je m'incline sans problème vu que ça semble évident,
mais impossible de me défaire de l'impression que c'est un piège
à con comme je les appelle. On descend donc tout droit et après
la ravine le sentier continue à descendre, raide. Mais plus on descend
et moins ça me plait: sur notre droite, un ravin de plus en plus profond
apparait et d'après ma carte il faut qu'on le franchisse à un moment.
J'arrête à nouveau le groupe, eux sont aussi de moins en moins sûr
de l'itinéraire, mais ont d'avis de descendre "pour voir".
Alors que Micha relis le guide, je scrute l'autre côté du ravin,
il me semble voir un cairn, mais sans plus de 3 ou 4 cailloux... Nico dit le voir
aussi, ainsi que Micha. Demi-tour, on remonte la pente et on tourne à gauche
après la ravine. Le sentier ne descend plus mais fait un arc de cercle
pendant 100m au bout desquels je trouve un cairn. Ouf j'avais pas rêvé.
Par la suite un vague sentier apparait puis disparait quand des arbres sont tombés
dessus. On est obligés de faire un peu d'acrobatie, pour Nico et moi ça
passe sans problème, mais de son propre aveux cette descente vers Baovi
est un enfer pour Micha. J'annonce régulièrement la denivelée
restant à parcourir, et on arrive brusquement au Pla de Boavi comme sortis
de nulle part.
Près d'un torrent qu'il a fallu franchir
sur un pont plutôt précaire (deux rondins
accolés!), on a fait une grosse pause, bien
lessivés par ces 600m de descente pas évidents.
Micha est le premier à remettre son sac, et alors qu'on le croyait bien
naze, il repart comme une fusée. Je suis à 100% sans arriver à
le rejoindre. Le sentier est plutôt un chemin et il monte en pente douce
mais on grimpe quand même à 600m/h ! Je me rappelle alors ce que
Micha nous avais avoué le jour 4, alors que je lui demandais pourquoi il
randonnait seul: "I'm a fanatic... Love pain" . Je suis un fanatique,
j'aime la douleur. Maintenant je m'en rends compte!
Pour pas griller un fusible plus haut, je suis obligé de ralentir le rythme,
on continue Nico et moi à bonne allure. On le rejoint alors qu'il cherche
la bifurquation à droite qui longe la rivière de Canedo. Après
s'être trompé une fois, on trouve le bon sentier et Micha repart
à fond.
Le ciel se couvre et il se met à pleuvoir peu après. Alors qu'on
a sorti les blousons étanches (un vieux k-way pour Micha), on croise un
randonneur (le seul de la journée d'ailleurs), la quarantaine , français,
il nous annonce l'arrivé du marin: un vent de sud humide qui va amener
du mauvais temps pour les trois prochains jours ou plus d'après lui. Super.
15 minutes plus tard la pluie s'arrête, mais le ciel reste couvert. On en
est à presque 1000m de montée depuis Boavi, mais sur la fin on ne
peut s'empêcher de se tirer la bourre et je constate avec plaisir qu'il
me reste suffisamment de jus pour continuer à monter à 600m/h après
+2300m et -2000m de déniv !
Le refuge Barbote est orange et on le voit de loin! Perché sur un petit
môle au milieu d'un plateau, on y arrive dans l'espoir qu'il ne soit ni
plein, ni fermé.
Ouf: il est ouvert, vide et très sympatique
à l'intérieur ! Seule une cheminée
manque.
Il est à peine 16h, après quelques étirements, on passe
la fin de l'après midi à se reposer, boire beaucoup, se laver et
à écouter la musique sur la mini radio de Micha à l'abri
des averses qui arrivent de plus en plus fréquemment.
Alors qu'on se couche, le ciel est d'ailleurs complètement
gris et pluvieux. On s'endort heureux, tranquilles
en écoutant la pluie et le vent allongés
confortablement sur trois matelas chacun: on est
les seuls, pourquoi se priver !