Dernier sommet sur notre route: le Canigou. Je m'attendais à une colline, pas du tout: son ascension vaut le détour. Surtout qu'on a des chances d'y voir la mer pour la première fois. La dénivellée négative est impressionnante, ça sent la fin ! Mais avant il faudra survivre à la chaleur étouffante des versants catalans...
On se lève tôt pour partir tôt: il s'agit d'arriver à Amélie avant que les magasins ferment. J'ai passé une nuit pas trop mauvaise, mais ce n'est pas le cas de Nico et Micha. 650m mètres de montée nous attendent alors que le soleil se lève, on est vite chauds bien qu'on marche à l'ombre. Après le col de Vallmanya, on aperçoit deux personnes en train de descendre du Canigou. Ca alors! Il s'agit du couple d'hier. Nico échange deux mots avec le mec: ils sont partis à 3h du mat pour voir le lever de soleil et redescendent récupérer leurs sacs! Ouch. La miss est méconnaissable avec ses gants, sa capuche serrée jusqu'au nez avec un gros bonnet dessous et au moins quatre couches de vêtements. Devait effectivement pas faire chaud là haut à attendre...
L'itinéraire se redresse petit à petit jusqu'à ce que ça
devienne de la petite escalade comme j'adore. Micha n'est pas à l'aise
du tout, mais il y arrive quand même. Moi qui m'attendais à une colline,
je suis heureusement surpris !
Le sommet est venté, alors on met la polaire.
"Est-ce qu'on voit la mer?". Pas vraiment: on la devine plutôt,
là où le soleil donne un reflet, loin loin loin là bas...
Boah tant pis, si tout va bien après demain on se baigne dedans !
Sans trop tarder on commence la descente de l'autre côté, vers le
refuge des Cortalets. Amélie les Bains se trouve 2600m plus bas... Sacré
descente !
On aperçoit les premières personnes et peu après, c'est la
"foule": comme si c'était un pèlerinage, on croise des
randonneurs de tous âges en route vers le sommet..
Lorsqu'on arrive au refuge, c'est par dizaines qu'ils s'équipent pour monter.
Des navettes font l'aller-retour depuis la vallée.
Je visite le refuge: quel luxe ! C'est très grand et bien décoré
avec de vieilles photos et des objets de collection.
Ma carte ne couvre pas cette zone, alors je repère par où aller
sur la carte du refuge. Les instructions du guide de Micha concordent avec ce
que j'ai vu alors on emprunte le GR10 qui part derrière le refuge.
La végétation, les couleurs et les odeurs commencent à changer,
c'est l'autre versant que l'on aborde, presque le dernier.
Finallement on rejoint la piste après avoir
pu en éviter une bonne partie par le GR,
puis dans un virage serré à gauche
on la quitte pour un sentier parfois ombragé
très agréable. En permanence à
flanc, souvent à plat, c'est un régal
pour les yeux et les jambes. Nico et moi on marche
à bon rythme puisqu'on distance Micha petit
à petit.
Dans la forêt on dépasse l'abri de Pinetell, la maison forestière
et on fait une courte pause au col de la Cirera où la vue est dégagée.
Mais que c'est joli par ici ! J'avais tellement entendu dire que la fin de la
HRP est horrible que me voilà agréablement surpris. Mais la journée
n'est pas finie.
Micha arrive, on repart sur un chemin qui descend vers le refuge de Batère.
Le soleil est haut maintenant et il fait vraiment chaud. Après avoir bu
un verre et trié ce qui était mangeable dans nos mélanges
de fruits secs achetés au Pas de la Case, on se remet en route.
Il ne nous reste plus que (!) 1300m de descente
pour arriver à Amélie les Bains. Mais
avant on passe près des tours de Batère.
On est un peu juste en eau: la rivière juste
avant les tours était à sec.
Par la suite c'est un peu confu, disons qu'on se débrouille pour aller
vers l'est en longeant la piste et coupant les virages chaque fois que c'est possible.
Les paysages sont jolis, mais la piste c'est chiant en plus il y a très
peu de vent, la chaleur est suffocante, il est 15h. Mais je dois être un
peu spécial: passé un certain cap je prends de plus en plus de plaisir
à avoir chaud et là le cap est passé! Nos gourdes sont vite
terminées et Micha donne des signes de fatigue un peu inquiétants:
le visage rouge, il se plaint de la chaleur. Nico est ok. Le guide de Micha nous
aide à trouver un sentier complètement défoncé qui
descend raide sous la végétation en évitant le chemin interminable
et tout en laçets.
On doit attendre Micha une nouvelle fois: la sueur lui a causé une irritation
à une cicatrice qu'il a dans le dos, ça a l'air très douloureux.
Il demande si on a des pansements, Nico s'occupe de le lui mettre et on repart
mais en laissant Micha devant. Il titube parfois, oulala il est temps qu'on arrive...
A part une grosse soif, Nico et moi on se sent bien, heureusement.
Soudain on arrive sur le plat, voilà Amélie les Bains ! On longe
la rivière un petit moment et de superbes maisons puis nous voici en ville.
Il y a pas mal d'agitation dans les rues, ça fait tout bizarre. On a décidé
d'aller au camping municipal que nous indiquent des passants, mais avant il faut
faire des courses. Toujours sur l'indication de passants, on trouve une épicerie
en plein centre, au fond d'une petite ruelle très étroite. Dedans
je n'y tiens pas et ouvre une bouteille pour y boire -sachant je j'allais l'acheter
bien sûr ! On ressort avec de la nourriture pour ce soir, demain matin et
midi. Ce sera encore une gavade de gorets ce soir !!!
Le camping nous semble loin . . . loin . . . Quand on y arrive enfin, le gars
nous annonce qu'il n'y a plus de place. Ca nous emm...e d'avoir à chercher
un coin ailleurs, alors on insiste: "on n'a pas de tente", "demain
à 6h on n'est plus là", "ça fait 26 jours qu'on
marche" ! Il accepte (sans trop de difficulté!) de nous trouver un
emplacement pour ... caravane !
La scène est cocasse: nous voilà installés tels des empereurs
romains, allongés par terre sur nos matelas en appui sur un coude parmis
des caravanes plus équipées les unes que les autres. S'étirer,
boire de l'eau, rigoler, manger et se reposer, voilà nos seules occupations
jusqu'à ce qu'on ai le courage de se lever pour aller prendre une douche,
la première vraie douche en 26 jours ! Un pur bonheur .
Micha a acheté une bouteille de vin, mais n'a pas de tire bouchon. Il pourrait
aller en demander à côté mais préfère me montrer
comment faire sans. Plutôt que d'essayer de sortir le bouchon il commence
à appuyer dessus comme un malade pour l'enfoncer dans la bouteille. Le
bouchon résiste, mais fini par s'enfoncer petit à petit jusqu'à
ce que d'un coup il pénètre dans la bouteille en projettant une
gerbe de vin. En plein effort, Micha avait la tête juste au dessus et se
retrouve avec du vin dans les narines, partout sur sa figure et son T-shirt...et
moi écroulé de rire devant lui !
Après on continue encore à manger
et boire avant d'aller faire une petite balade digestive
dans le camping. Tels des clodos, les jambes un
peu faibles, on traine nos pieds parmi les mobiles
homes et les caravanes en disant bonsoir aux vacanciers
qui nous regardent, puis on revient s'allonger par
terre. Micha s'endort avant même la tombée
de la nuit: en T-shirt et short sans même
sortir son duvet, il en a chié aujourd'hui,
apparemment !