Grosse étape, assez diversifiée: on passe du meilleur au pire, mais il y a beaucoup de pire... Timing mal géré cette fois-ci, un orage vient jouer les trouble-fête en fin de journée.
Après avoir eu un peu chaud en début de nuit, avec le sac de couchage
simplement mis en couverture, j'étais bien content de rentrer dedans un
peu plus tard. Les étoiles étaient beaucoup moins visibles qu'en
haut du Vignemale (normal) mais c'était sympa quand même. J'avale
un cake entier de 500g, beaucoup d'eau et c'est parti pour 1250m de montée
quasi-ininterrompue. On a décidé de se lever tôt ( bon ok:
pas très tôt) pour moins souffrir de la chaleur, mais incroyable:
on a à peine commencé à monter depuis 2 minutes que des gouttes
perlent sur mon front !!! L'air est chaud et très humide, moite, ce qui
explique qu'on sue si vite. Pendant un moment Nico marche avec moi, on gère
l'effort. Micha semble toujours à fond. On se fait la réflexion:
il est dingue ce mec, c'est comme s'il ne connaissait que deux allures: à
l'arrêt... ou à fond !
C'est un sentier comme je les aime: en sous bois et tout en petites courbes sur
un tapis de feuilles mortes. La vue sur les paysages alentour est inexistante
( sauf un point de vue peu après le départ), mais c'est pas grave:
la forêt est jolie.
Après une petite descente, Nico accélère et je ne peux pas
le suivre alors je monte à mon rythme. Pourvu qu'ils ne me refassent pas
le coup du barrage de Lanoux ( jour 23 )!
De temps en temps des panneaux indiquent la direction: Roca de Frausa ou Roc de
France. D'autres précisent que le GR10 est fermé et qu'il faut monter
par le rocde France: pas grave, c'est ce qu'on a prévu.
Alors que le sentier progresse plein sud en faisant une longue courbe sur la droite,
je remarque une trace qui part à gauche. Mes deux compagnons ont choisi
de continuer sur le sentier: je les aperçois alors qu'ils sont sur le point
de passer sous les arbres direction plein ouest. Le coin est joli, j'ai juste
le temps de prendre une photo avant qu'ils disparaissent...
Je sors la carte et là, comme je m'y attendais, il y a un embranchement où on doit prendre à gauche. Je hurle "Stoooop" aussi fort que possible en leur direction. Les deux petits points réapparaissent. Je leur fait signe de revenir et pendant ce temps je me marre bien "C'est pas vrai, quand même...". Nico arrive, puis Micha:
"Eh les gars: l'océan c'est par là (je désigne là
où ils allaient), retournez-y si vous voulez, mais moi je vais à
la mer et c'est par là (je désigne le petit sentier qui part à
gauche) "
Avec un grand sourire, bien entendu. J'enfonce le clou en rajoutant: "C'est
pas tout de marcher vite !". Ils rigolent et on repart, vers la mer cette
fois-ci.
Du roc de France la vue est superbe. Ca vaut le détour (même si le
GR10 est ouvert).
Par contre pour redescendre du roc en allant vers l'est, on est obligé
de faire du hors piste dans un terrain assez délicat, mais finallement
on rejoint une route en terre sans encombre. Au col du Puits de la Neige on bascule
du côté espagnol pour descendre vers le refuge des Salines. On dirait
un peu un monastère, avec une cour intérieure bien ombragée,
il y fait tellement frais qu'on s'arrête boire un verre en même temps
que des vététistes espagnols hyper bien équipés.
Un peu plus bas que le refuge, on remplit les gourdes à une fontaine d'eau
fraiche et délicieuse.
Las Illas est un charmant petit village où on s'arrête faire une
nouvelle pause avant de se mettre à la recherche de la bonne route pour
aller vers le Perthus. Un peu au pif on emprunte une route récemment refaite
qui monte en lacets et qui s'avèrera être la bonne. La suite de l'itinéraire
est sans intérêt et mieux vaut avoir un bon moral pour ne pas pèter
les plombs. D'abord du goudron, puis un chemin sinueux à souhait peu ou
pas balisé. On est un peu au radar, de temps en temps on aperçoit
le Perthus ou le fort de Bellegarde qui nous permet de choisir le bon chemin aux
intersections.
Si: une chose capte notre attention, c'est l'espèce que gigantesque masse
noire qui est en train grossir à vue d'oeil dans notre dos alors que devant
c'est un magnifique ciel bleu.
Glups, ça c'est un gros orage bien maousse pour notre pomme !
On presse le pas, Micha nous donne une heure avant que ça pète,
mais quelques gouttes arrivent en avance. Estimant qu'elles ne sont que passagères,
on s'abrite sous un arbre. 1 minutes, 2 minutes, 3 minutes. Micha s'impatiente.
4 minutes. Notre prévisionniste (Micha) l'oeil fixé sur le ciel
et la moue dubitative nous prédit: "30 secondes. Dans 30 secondes
il ne pleuvra plus."
Je compte mentalement: "30...29..." etc. Quand j'en suis à 5
il sort de sous le couvert des arbres et nous regarde triomphant avec les bras
écartés: "Ca y est! Il pleut plus !..." - bien sûr
il pleut toujours autant qu'avant - et s'en va à grandes enjambées.
Nico et moi on se regarde... "Quel barjot! On y va? Ok c'est parti".
Heureusement ça ne dure pas trop longtemps et on arrive au Perthus 30 minutes
plus tard.
La première chose qui me frappe c'est des gens dans tous les sens les bras
chargés d'alcool, de cigarettes, etc. Impression d'arriver directement
dans le parking d'un supermarché mais avec des maisons dedans. Etrange.
On nous regarde bizarrement encore une fois, un mec se fout de nous en regardant
nos bâtons de marche: "c'est vrai... on sait jamais... il pourrait
neiger !". J'ai du mal à saisir le sens de sa remarque tellement elle
est conne !
On prend de la bouffe pour ce soir et demain, Le Perthus c'est comme le Pas de
la Case, mais en pire ! Sauf que là il fait bon: la petite pluie - qui
a d'ailleurs repris - rafraichit l'atmosphère. Soudain "BRAOUM".
"Aaaah, il arrive !" on se dit. Quelques minutes plus tard un véritable
déluge transforme la rue en torrent avec son et lumière. No problema:
on est installé à table dans un bistro côté français
(la frontière passe au milieu de la rue commerçante). Pas folles
les bêtes !
Ca n'arrête pas de tomber, après avoir bien bullé on prend
notre courage à deux mains pour repartir sous la pluie dans l'espoir de
trouver un coin où bivouaquer pas trop loin après le Perthus. Dur
de repartir, il est 20h!
Pour quitter la rue principale, ne pas louper la petite ruelle à droite
qui passe sous le pont de l'autoroute. C'est encore de la route, sous la pluie
en plus: pas la joie... Heureusement les voitures son rares.
Aucun emplacement de bivouac. Il est 20h30, alors que la pluie devient de plus
en plus forte et que notre ventre commence à crier famine, on aperçoit
une sorte d'alcove/refuge sur le bord de la route, creusée directement
dans le flanc de la colline. Au pas de course on vient s'y abriter: deux bancs,
une table tout en ciment et une source d'eau au fond.
Un moment on pense même y bivouaquer, mais après une bonne bouffe
on est de nouveau d'attaque. C'est reparti, àun moment on pense même
à continuer jusqu'à Banyuls, mais la raison l'emporte! Il est maintenant
21h30, les gros nuages ont disparu.
Le soleil se couche alors qu'on n'a toujours rien trouvé pour bivouaquer,
même pas un coin d'herbe plat: on préfère continuer à
marcher alors qu'il fait maintenant complètement nuit . Forcément
le balisage est de plus en plus difficile à suivre ! On hésite souvent
mais finallement on arrive à un village nommé: St Martin de l'Albère.
Stop, on s'arrête près d'un muret, Nico et moi on se sépare
pour trouver quelque chose. Micha a sommeil, quand je le rejoins il se plaint
et s'inquiète de ne pas voir arriver Nico. Parti vers des maisons au bout
de la route, à mon avis c'est plutôt bon signe: il a dû rencontrer
quelqu'un.
Après 10 minutes d'attente, je prends le sac de Nico et on décide
d'aller voir, en espérant qu'il n'est pas en train de revenir par un autre
chemin !
Le voilà qui vient, apparemment il a rencontré du monde et on lui
a proposé de dormir dans une grange. Chouette je me dis, mais il rajoute
que juste avant il avait parlé à un gars en train de sortir d'une
superbe propriété (il me la montre alors qu'on passe à côté).
Après lui avoir expliqué notre situation, le gars désolé
répond : "Oooh quel dommage ! On vous aurait accueillis avec plaisir,
mais on ne l'avait louée que jusqu'à aujourd'hui, là je viens
de rendre la clé aux propriétaires... ". Le lieu, tel qu'il
m'apparait dans l'obscurité, c'est pas une maison, mais un mini-chateau
genre avec les spots pour éclairer les murs en pierre et des petites lanternes
un peu partout dans l'immense jardin. Aaarg, j'imagine ce que ça doit être
à l'intérieur...
Menfin, la vie de chateau c'est pas encore pour nous: d'abord on finit la traversée!
La grange est... une grange ! Ca sent la grange, un tracteur, une charette, au
sol il y a du foin... comme on en trouve dans les granges !
Après avoir remercié les propriétaires, on pousse la charette
et on s'installe. Au moins le foin c'est plus confortable que les dalles de marbre
de chateau...