Pour ceux comme nous qui arrivent tard à Gavarnie (en plus ça évite d'avoir à payer le parking !). 2h de marche, le temps de monter à la cabane de Pailla.
Les choses sérieuses commencent: on rejoint le refuge de Tuquerouye par son fameux couloir. Pour ceux qui sont encore en forme, faites comme nous: allez au Petit Astazou.
On enchaîne par l'ascension du Mont Perdu en passant le col du cylindre: ambiance haute montagne! Neige, glace, petite escalade et ... petit, vent et brouillard pour nous.
On plonge dans le canyon d'Ordesa, véritable chef d'oeuvre naturel, pour en ressortir par l'invraisemblable sentier du cirque de Carriata.
Reste à rejoindre Gavarnie par la brèche de Roland, non sans avoir pris le temps d'admirer le panorama depuis le sommet du Taillon et de chercher le trésor que nous avons découvert...
Arrivés tard à Gavarnie (vers 18h), on dit bonsoir au gars du parking
qui rentre chez lui, on se gare et c'est parti. Harcelés par le sifflement
des marmottes en vente dans les boutiques, on traverse le village en vitesse.
A la sortie, ne faites pas comme nous, traversez la rivière au premier
pont, sinon il faut revenir un peu en arrière après le deuxième
pour arriver au début du sentier qui monte au refuge des Espugettes. En
1h / 1h30 on arrive à une sorte de replat où se trouve la cabane
de Pailla, dominée par le refuge des Espugettes.
Le site est très sympa, comme il y a du monde dans la cabane, on va s'installer
plus bas sur l'herbe rase près du ruisseau. En soirée le temps se
couvre et le vent se lève, on va se coucher alors que les premières
gouttes arrivent: Domi et Lolo dans leur tente (Saraccénia), et moi dans
mon abri... avec leurs sacs à dos qui ne rentraient pas sous leur tente!
Peu après l'orage se déchaine et je me rends compte que là où je me suis mis l'herbe rase n'est pas assez drainante: de petits ruissellements apparaissent. Pas grave, je sors la couverture de survie pour la mettre sous le matelas... Oups elle est morte: dépliée, puis repliée (un peu humide sûrement) il y a 3 ans, elle est maintenant collée sur elle même et se déchire de partout quand je la déplie. Finalement je prends mon piolet et creuse rapidement une petite rigole avant de m'endormir comme un bienheureux (non sans avoir vérifié que ça fonctionnait à merveille!).
La pluie a cessé, je range mes affaires restées bien au sec toute la nuit et on s'échauffe un peu violemment sur les pentes qui mènent au refuge des Espugettes. Des groupes sont en train de se préparer à partir, on les devance jusqu'à la Hourquette d'Alans. Une fois le col franchi, on emprunte sur la droite un raccourci qui descend en diagonale vers le port neuf de Pinède. Plus bas on rejoint le sentier qui monte du bas du cirque d'Estaubé vers le port neuf de Pinède. Peu après, il faut faire attention à ne pas manquer la bifurcation pour le quitter et monter vers Tuquerouye. Nous voici rapidement au pied du couloir.
J'avertis mes compagnons: il est plus raide qu'on ne le pense, surtout vers
la fin et des gens s'y sont tués, donc attention !
La partie droite du couloir est assez déneigée, on préfère
passer par le caillou. Domi est en forme, il grimpe seul devant. Je reste prendre
quelques photos de Lolo en action ;-)
On arrive au refuge vers midi, les nuages sont déjà là,
mais une éclaircie ou deux nous permet d'admirer ce fantastique panorama
en entier: lac glacé, Mont Perdu, col du cylindre, Cylindre...
Apparemment
le refuge a souffert : des morceaux entiers du revêtement de la toiture
se sont envolés cet hiver. Et il y a déjà du monde: une dizaine
de personnes.
Domi et moi sommes encore en forme, on prend batons, appareil photo, doudoune
(pour moi) et polaire (pour Domi) et piolet pour aller vers le petit Astazou.
Lolo préfère rester dans le coin.
On se sépare près du lac: lui à gauche, nous à droite.
Certains disent que pour aller au Mont perdu par le col du Cylindre, il faut contourner
le lac par la droite... Je ne suis pas vraiment d'accord: en passant à
droite il faut d'abord contourner des dalles presques lisses en empruntant des
vires que certains pourront trouver scabreuses, puis traverser un névé
assez raide qui donne directement dans le lac, et enfin marcher à flanc
sur névé pendant une bonne partie... L'itinéraire par la
gauche parcourt certe plus de distance, mais ne comporte aucune difficulté
ou passage pénible et est tout aussi joli. Vous jugerez par vous même.

Alors que nous progressons vers l'Est au jugé en restant à flanc
de paroi, le temps se dégrade et il se met à pleuvoir. Heureusement
le plafond se maintient au dessus du sommet du petit Astazou.
Je suis étonné de voir quel point le caillou reste adhérent,
même trempé.
Voici le sommet, pour l'atteindre il faut emprunter une crête et faire quelques
pas d'escalade en passant tantôt à gauche, tantôt à
droite. Près du sommet, j'emprunte une vire côté droit de
la crête, mais elle ne même nulle part. Demi-tour. Entre temps, un
nuage est apparu de nulle part et quelques coups de tonnerre se font entendre.
Hum. Mieux vaut pas trainer là... En revenant sur la vire, je trouve un
passage pour grimper 5m et revenir sur la crête, mais Domi le juge au delà
de ses capacités: il n'est pas sûr de pouvoir redescendre par là
et préfère renoncer. On l'appellera désormais Domi le sage
! J'arrive rapidement au sommet - dans le brouillard... Dire qu'il y a normalement
une vue superbe sur le cirque de Gavarnie d'ici... Tant pis, je vais pas attendre
une éclaircie: l'orage approche.
Le retour se fait sous la pluie, mais on se marre bien: plusieurs névés
nous permettent de descendre en glissade et Domi commence à bien maîtriser
la technique !
Le soir on discute un peu avec les autres randonneurs et on se motive mutuellement
pour aller se laver. Domi et Lolo s'y collent en premier sous les encouragements
de tout le refuge et alors qu'ils sont dehors, une averse de grêle s'abat
sur le refuge. A l'abri, on les plaint en rigolant: "Rhooo les pauvres....".
L'averse s'arrête, ils reviennent tous rouges, bien revigorés !
A mon tour, mais coup de bol la pluie s'arrête et j'ai même droit
à un peu de soleil :-)
Deux autres randonneurs arrivent, nous voilà donc 12, capacité maximale.
Mais en 2001, je lisais dans le carnet du refuge qu'il a déjà accueilli
plus de 30 personnes un jour de mauvais temps !
Très mauvaise nuit pour Lolo, il a "pas dormi" et me raconte
toute la nuit: les orages, les coups de tonnerre, un très très près,
la chasse à la souris, etc. J'ai rien entendu, pourtant on dormait côte
à côte !
Il fait assez beau ce matin , mais des nuages déjà présents
font penser à une dégradation. Après avoir contourné
le lac Glacé par la droite, on approche de la barre rocheuse sous le glacier
du Mont Perdu. Nous la franchirons sur sa partie droite pour ensuite aller vers
le col du Cylindre.
Trois passages sont recensés.
J'en ai déjà parcouru deux: celui de gauche (rouge) et celui au
centre (vert), celui de gauche est plus facile et à peine plus long (5
min). Ne connaissant pas celui de droite (en bleu), je pose mon sac et vais voir.
Aucune trace sur le névé (assez raide) qui y mène, le rocher
est trempé mais je veux en savoir plus. Je m'engage donc dans la voie,
mais tout de suite un pas puis un autre suffisent à me convaincre que ce
passage est plus technique que les deux autres que je connais. Pas la peine de
continuer, je rejoins les autres qui m'attendent.
Un groupe d'anglais commence à emprunter le passage du milieu, ils peinent
et tirent sur une corde qui pend d'en haut sans aucune méfiance, sans être
allé vérifier comment elle était fixée...
Nous
on fait comme prévu: par la gauche. Quand on y arrive, je constate satisfait
que le rocher est sec.
Lolo et Domi grimpent sans difficulté.
Plus haut on prend le temps d'aller voir la glace qui émerge avant d'entamer
la longue remontée jusqu'au col du cylindre.
Le mauvais temps est arrivé, on avance dans le brouillard. On distingue
par moment les Anglais qui sont 200m plus bas (apparemment ça a été
moins facile pour eux).
Les éboulis sous le col sont toujours aussi pénibles, on est content
de passer de l'autre côté. Pour descendre à l'Etang Glacé,
il faut franchir une petite barre rocheuse en l'abordant d'abord par la gauche,
puis en la longeant sur tout son long par une vire au bout de laquelle on termine
la descente par une petite désescalade facile.
Malgré le temps pourri, il y a pas mal de monde. Il pleut, on ne voit pas
le sommet et donc la vue là haut sera inexistante, mais on y va quand même
!
Les éboulis du couloir de la voie normale sont physiques mais sans risque,
Domi et Lolo sont heureux d'arriver au sommet, je suis heureux d'y retourner avec
eux. En plus la nature nous offre une ou deux éclaircies pendant lesquelles
on s'empresse de prendre des photos et commenter les paysages.
La descente du couloir est rapide, on doit maintenant descendre vers le refuge
Goriz et trouver un endroit où bivouaquer. La pluie nous suit et nous poursuit
pendant une bonne partie de la descente.
On
passe près d'herbe accueillante mais on continue jusqu'à trouver
un emplacement à l'abri de la pluie et du vent sous une immense paroi en
surplomb. Un ruisseau coule non loin, ok c'est parfait.
Il est 16h, la toilette du soir est glaciale, mais je décide de faire une
lessive: chemise, chaussette et caleçon y passent. Domi et Lolo font de
même. Tout sera quasiment sec avant qu'on aille se coucher, même mes
chaussures (Salomon Raid 2) pourtant bien mouillées pendant cette journée.
Leurs chaussures de rando en cuir restent humides par contre.
Le soir on observe ce phénomène classique: l'air humide venant du
côté français déferle en Espagne sous la forme d'une
coulée de nuages gris ininterrompue, puis au contact de l'air chaud et
sec ces nuages disparaissent comme par magie. Ensuite, au contact d'un pic espagnol,
cet air toujours humide est dévié vers le haut, prend de l'altitude
et un nouveau nuage apparait en forme de colonne. Fascinant !
Une souris vient nous rendre visite alors qu'on va se coucher, décidément
elles sont partout !
Aaah j'avais hâte à cette journée. Il fait grand beau temps,
c'est pas trop tôt ! Le refuge Goritz, comme d'habitude ressemble plutôt
à un véritable camping, on s'arrête juste regarder dedans,
il faut reconnaître que c'est assez joliment fait.
Le canyon d'Ordesa se dévoile, bientôt nous sommes au début
du sentier qui longe tout le canyon en restant perché à flanc de
falaise. On le suit jusqu'à arriver à un belvédère
aménagé avant l'infernale descente de 600m qui permet de redescendre
sur Terre, au bas du canyon.
Ce n'est pas fini pour nous une fois arrivés en bas, puisqu'il nous reste
plus de 1000m de montée par le cirque de Carriata: on descend d'un côté
pour remonter aussi sec de l'autre !
Il faut suivre un peu la route (1km?), jusqu'à arriver près d'un
batiment, prendre le sentier qui part à droite (des panneaux décrivent
l'itinéraire et les réglementations du parc).
Fait chaud en bas (on prend le temps de cueillir des fraises des bois), heureusement
peu après être sorti de la forêt le sentier traverse un torrent
près duquel il fait plus frais.
Lorsqu'on regarde vers le haut, ce n'est que parois, avec le Tozal del Mallo qui
nous domine sur la gauche. On se demande bien par où exactement va passer
le sentier.
Un peu de grimpette et quelques grandes marches plus haut, on est fixé. Le sentier exploite chaque faiblesse, chaque vire de la paroi très intelligemment.



Certains
passages sont vertigineux. Il y a en gros deux possibilités: soit par les
vires, soit en faisant les passages d'escalades.
Les passages d'escalades sont munis de "clavijas": ce sont des tiges
métalliques enfoncées dans le rocher pour aider à grimper.
En s'en servant, le niveau ne dépasse pas le II en escalade, à mon
avis. Une corde peut être utile pour assurer les moins aguerris (se servir
d'une des clavijas).
En passant par les vires, on en franchit une première (celle de la photo)
assez impressionnante pour les non-initiés après laquelle on peut
bifurquer pour rejoindre les passages d'escalade (ce que nous avons fait). Ceux
qui ne veulent pas grimper peuvent alors emprunter la seconde vire, mais elle
est encore plus étroite que la première et équipée
d'un cable auquel il est plus que recommandé de s'assurer. Après
cette seconde vire, le sentier monte en laçets raides mais pas trop techniques.
Prendre bien le temps de savourer chaque moment de cette "ascension"
car c'est un vrai régal !
Une fois en haut on continue à être béat d'admiration devant
les paysages.
Cette fois, je prends le temps d'aller au sommet du Tozal del Mallo, Domi m'accompagne
et c'est vraiment la cerise sur le gateau.
Comme suspendus en plein ciel. Nous ne sommes plus maintenant dans le creux
du cirque, mais détachés de la paroi et quasiment dans l'axe du
canyon d'Ordesa... En plein bonheur, j'ai du mal à quitter cet endroit,
je me console en me disant que j'y reviendrais encore !
En continuant vers le nord, des prairies paradisiaques nous accueillent: de l'herbe
bien grasse, des troupeaux d'isards et un curieux petit ruisseau en forme de cercle
qui se faufile entre les linaigrettes, avant de disparaître dans un goufre.
On s'installe là pour la nuit.
Il a fait froid cette nuit, du givre tapisse l'herbe par endroits. On part bien
couverts vers l'est pour rejoindre au jugé la grande prairie en bas des
pentes menant à la brèche.
La montée à la brèche se fait très facilement si l'on
prend soin de suivre le sentier cairné qui se dirige vers la gauche de
la brèche. De nombreuses traces à flanc côté droit
sont tentantes, mais la pente est raide et pas très fiable.
Après un casse croute sur la frontière, on part en direction du
Taillon: le ciel est dégagé, peut-être que ce troisième
3000m de la rando nous laissera voir une belle vue ?
En route, Domi nous amène dans une grotte au fond de laquelle il avait
découvert un trésor par hasard il y a quelques années: une
énorme salagmite de glace (2m50).
Je
prends l'appareil et demande à Lolo d'aller derrière pour l'éclairer
de sa frontale pendant que je fais une pose longue (10s).
On ressort sans rien dire aux dizaines de personnes qui passent devant se douter
de rien et on reprend le sentier vers le Taillon.
C'est un sommet sans charme, un gros tas de cailloux, mais le panorama est chouette:
on voit en enfilade tous les sommets du cirque, avec au loin le Mont Perdu. Et
de l'autre côté, le Vignemale et son glacier.
Quand on revient à la brèche, une cordée grimpe la falaise
côté ouest: c'est l'attraction du jour !
Pour éviter les bousculades sur le névé côté
français, on passe par les éboulis (raides), avec les bâtons
pour se stabiliser: aucun problème.
Et pour terminer en beauté cette magnifique rando, on décide de
plonger droit vers le coeur du cirque de Gavarnie en descendant par le sentier
de l'échelle des Sarradets. L'autre itinéraire, par la vallée
à l'ouest est jolie mais interminable. Voyons voir à quoi ressembleRaide
mais superbe, avec quelques passages où il faut poser les mains, mais sans
aucune difficulté technique pour ceux qui ont été à
l'aise pendant le reste de la rando.
En bas on retrouve la foule de badeaux habituelle, mais sans que celà me
dérange: des images, des souvenirs pleins la tête, mes pensées
sont encore là haut.