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#1 25-11-2014 13:37:51

Nolok
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[Récit + liste] Pacific Crest Trail

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Pacific Crest Trail, USA
9 mai 2013 - 21 août 2013

Sommaire
  1. Présentation
    Une brève présentation de ce sentier de randonnée.
       

  2. Planification
    Les questions que l'on se pose lorsqu'on se lance dans la préparation d'une telle aventure.
    - Quand et dans quelle direction?
    - Quelle stratégie de ravitaillement?
    - Paperasses et autres
       

  3. Récit
    Avant-propos
    Quelques remarques pour une meilleure compréhension du récit.
       
    Partie 1 - Southern California
    L'aventure débute par quelques pépins physiques, mais se poursuit à travers le maquis et le désert californien, ponctuée par quelques évènement imprévus tels que la confrontation à un incendie de forêt.
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    Partie 2 - Central California
    Le sentier quitte le désert pour s'élever en haute altitude, dans la chaîne granitique de la Sierra Nevada, où s'enchaînent vallées et cols grandioses.
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    Partie 3 - Northern California
    Retour progressif en plaine pour la transition entre la Sierra Nevada et la chaîne volcanique des Cascades. Cette partie sera marquée par les rencontres, tant humaines qu'avec la faune locale.
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    Partie 4 - Oregon
    Traversée de l'état d'Oregon, parmi ses forêts, ses lacs, ses volcans.
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    Partie 5 - Washington
    Fin de l'aventure dans le verger naturel des USA, l'état de Washington, couvert de myrtilles, de fraises et de framboises.
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    Épilogue
       

  4. Matériel
    - Liste complète du matériel et spécificités par section
    - Contenu du carton postal
    - Retours sur le matériel
       

  5. Nourriture
    - Quelle approche choisir?
    - Menus quotidiens
    - Town food
       

  6. Divers
    - Plan de ravitaillement
    - Budget et dépenses
    - Plan de parcours
    - L'après-rando
    - La randonnée (légère) selon Lint
    - Informations supplémentaires données par caminator
       

Dernière modification par Nolok (02-09-2015 18:42:46)

Hors ligne

#2 25-11-2014 13:38:51

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Présentation

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Le Pacific Crest Trail, abrégé PCT, est un sentier de randonnée de 4300 kilomètres parcourant les États-Unis de manière discontinue entre les frontières du Mexique et du Canada dans les montagnes de la côte ouest, à travers les états de Californie, Oregon et Washington. Il sillonne essentiellement des zones protégées telles que des parcs nationaux, réserves et autres territoires appartenant à l'État, ce qui permet au randonneur d'apprécier toute la beauté naturelle et sauvage de l'ouest américain. La diversité des environnements rencontrés est immense, allant du désert à la forêt tempérée humide, à des altitudes variant de la plaine à la haute montagne.

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#3 25-11-2014 13:39:51

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Planification

Quand et dans quelle direction?

Le parcours intégral en une seule traite, appelé thru-hike, peut se faire dans les deux sens en 3 à 6 mois. Le choix de la direction de marche et de la date de départ sont conditionnés par plusieurs éléments. Le plus important est la maximisation du temps entre la fonte des neiges et l'arrivée de l'hiver aux altitudes les plus hautes : 3 ½ mois dans le sens nord et seulement 2 ½ mois dans le sens sud.

La majorité des marcheurs part donc du Mexique entre avril et mi-mai avec pour objectif d'atteindre la Sierra Nevada en Californie centrale à mi-juin. Ils ont ensuite jusqu'à fin septembre pour atteindre le Canada avant d'être stoppé par le froid et les chutes de neige. Le choix de se diriger vers le nord, qui fut également le mien, permet aussi de profiter d'une relative disponibilité de l'eau dans le désert de Californie du sud : les sources s'y tarissent généralement à la fin du printemps.

Pour un ajustement plus fin de sa date de départ, il faut considérer le niveau d'enneigement de l'année en cours (qui peut varier très fortement) ainsi qu'une estimation de sa vitesse de marche. L'hiver 2012-2013 fut très sec, très proche du record de sécheresse. En conséquence, j'ai planifié ma date d'entrée dans la Sierra Nevada aux alentours du 5 juin. En tenant compte d'un rythme de progression supérieur à la moyenne, j'ai fixé ma date de départ proche du 10 mai, ce qui est finalement assez tardif par rapport aux autres marcheurs. La majorité participent à l'ADZPCTKO (Annual Day Zero Pacific Crest Trail Kick-Off), un grand rassemblement des futurs thru-hikers qui s'élancent tous ensemble. Cet événement a lieu chaque année, le dernier week-end d'avril.

Ravitaillements

Un autre aspect de la préparation est l'organisation des ravitaillements en nourriture. Il existe trois stratégies pour se réapprovisionner: acheter en chemin, recevoir un colis postal envoyé par une tierce personne, et un hybride des deux stratégies précédentes qui consiste à acheter et s'auto-envoyer des colis par la poste en cours de route. Le PCT ne passe que très rarement dans des villes ou villages, il faut donc faire des détours (soit en marchant, soit en faisant du stop ou en prenant des transports publics) pour s'y arrêter. Cependant, le fait de tirer parti du système postal permet d'élargir les possibilités de ravitaillement aux endroits disposant seulement de boîtes postales, tels que les stations de vacances ou de ski, les stations services, les auberges isolées ou même les colonies de vacances (!).

En tant qu'étranger et contrairement aux américains qui préparent souvent l'intégralité de leur nourriture avant leur randonnée et se la font envoyer par leurs proches, j'ai mis en place une stratégie double : en Californie, la relative densité de villages permet de trouver des magasins suffisamment fournis à quelques exceptions près ; par contre en Oregon et Washington, l'alternance entre grandes villes et petites structures touristiques se prête mieux à l'auto-envoi de colis.

Une fois la stratégie choisie, il est nécessaire d'évaluer son rythme de progression en fonction de la difficulté du terrain et de connaître sa capacité de portage maximale pour arriver à un plan de ravitaillement, celui-ci pouvant être ajusté en cours de route.

Paperasses et autres

Parmis les autres points importants de la planification :

  • L'obtention d'un visa permettant de rester plus de 90 jours aux USA, ainsi que différentes tâches administratives : passeport à jour, carte de crédit, assurance, permis pour les parcs nationaux, billets d'avion, ...

  • La préparation des cartes est grandement simplifiée grâce à Halfmile, qui met à disposition gratuitement des cartes complètes et commentées ainsi qu'une application pour smartphone sur http://www.pctmap.net/. Il ne reste plus qu'à imprimer (et éventuellement recouper) les 400 pages de cartes, ce qui n'est pas une mince affaire.

  • L'établissement et l'acquisition d'une liste de matériel cohérente et optimisée permettant de vivre 4 mois en autonomie sur le terrain, à travers plusieurs saisons et dans des environnements pouvant atteindre des extrêmes.

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#4 25-11-2014 15:36:21

gregca
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

C'est que ça à l'air bien structuré tout ça! Ca présage d'un récit fort sympathique à lire avec plein de jolies photos... ! tongue

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#5 25-11-2014 17:49:36

Grands-Pas
Marcheur sous le vent
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

C'est qu'il a tracé le bonhomme !

Bien sympa de nous faire partager ça, j'ai hâte de te lire  smile


" J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Étais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ? "

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#6 25-11-2014 18:39:00

Celeph
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Hâte de lire la suite!
Les photos en vignettes donnent envie d'en voir plus!

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#7 25-11-2014 20:36:52

Shanx
Sanglier MUL
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Les teasers, c’est le mal. tongue


← Mon blog : traversées à pied des Alpes, de l'Islande, de la Corse, des États-Unis - Japon en vélo
Mon trombi
"Heureusement qu'il y a RL pour m'éviter les genoux qui craquent et le dos en compote" - C. Norris
"La liberté est fille des forêts. C'est là qu'elle est née, c'est là qu'elle revient se cacher, quand ça va mal." - Romain Gary

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#8 25-11-2014 20:44:02

beb71
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Une telle organisation ne présage que de bons moments de lecture  smile

Que le spectacle commence : donne du rêve, je suis preneur  big_smile

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#9 25-11-2014 22:41:17

Ralfi
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

AAAAHHH!!!!! La suite, RIGHT NOW !!! ou je tue mon chien.

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#10 25-11-2014 23:08:08

Magic Manu
Magicien itinérant
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Ralfi a écrit :

AAAAHHH!!!!! La suite, RIGHT NOW !!! ou je tue mon chien.

Décidément, c'est à la mode!!
http://www.davidmanise.com/forum/index. … n.html#new


"Il en faut peu pour être heureux" (Baloo, le Livre de la Jungle)

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#11 26-11-2014 10:57:25

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Shanx a écrit :

Les teasers, c’est le mal. tongue

Ralfi a écrit :

AAAAHHH!!!!! La suite, RIGHT NOW !!! ou je tue mon chien.

Les autres a écrit :

[...]

Ça fait plus d'une année que je mijote ce retour, j'ai le droit de m'amuser un peu, non? tongue

Début du récit dans 3 ... 2 ... 1 ....

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#12 26-11-2014 10:58:41

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Avant-propos

Pour la compréhension du récit, une petite explication de quelques particularités des sentiers de randonnées longue distance américains.

Hiker-friendliness

Philosophiquement, les sentiers de longue distance américains sont construits de la même manière et dans le même but qu'un parc national : préserver les richesses naturelles d'une région et proposer un moyen de les découvrir en minimisant l'impact sur ces zones, le maintien et le développement de ces sentiers se faisant par des organisations publiques. Cette conception a pour impact une cohésion très forte qui se traduit souvent par un sentier unique, discontinu et reconnu. De fait, l'établissement de ces sentiers auprès des communautés locales génère très souvent un courant de sympathie (ou au minimum une conscience) entre celles-ci et les randonneurs. C'est ce qu'on appelle la "hiker-friendliness". En d'autres termes, les populations habitant et travaillant aux abords du trail (par exemples les restaurants, bureaux de poste, stations services, ...) sont habituées à voir chaque année un grand nombre de marcheurs et ont tout intérêt à en profiter, tant au niveau humain qu'économique.

Trail angels et trail magics

Conséquence directe de la hiker-friendliness, un certain nombre de bénévoles couramment appelés "trail angels" fournissent de manière organisée toute sorte d'aide aux marcheurs. Par exemple, la disposition de nourriture ou de boissons rafraîchissantes le long du chemin (les fameux trail magics), ou la prise en auto-stop pour rallier les villes. Certains disposent également des réserves d'eau (caches) aux endroits où les points d'eau sont éloignés. D'autres vont même jusqu'à ouvrir totalement leur maison en fournissant un hébergement complet avec douche, lessive et services additionnels! Cette pratique est bien entendu très appréciable, mais elle est devenue si organisée et si établie que la plupart des marcheurs a tendance à beaucoup trop compter dessus, et ne sont tout simplement pas préparés à s'en passer. Pour ma part, j'ai essayé d'en faire abstraction au maximum avant mon départ afin d'en préserver... la magie!

Trail names

Les marcheurs s'identifient entre eux par des pseudonymes, les "trail names", plutôt que par leurs prénoms. La coutume veut qu'un trail name soit attribué en fonction d'un fait ou d'une aventure vécu au cours d'une randonnée. L'avantage est que ce nom est le plus souvent unique et facilement reconnaissable, en plus d'avoir généralement une composante rigolote ou déjantée. L'histoire de mon trail name sera détaillée au cours du récit.

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#13 26-11-2014 11:00:05

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Partie 1 - Southern California

Le terminus sud du PCT se trouve à Campo, un petit village à 80km de San Diego, quasiment inaccessible par transports publics. Heureusement, un réseau de trail angels fournit un accès quotidien au départ entre avril et mi-mai. Je prends l'avion le 7 mai au matin avec mon sac à dos contenant mes vêtements en cabine et un carton contenant tout le reste de l'équipement en soute. Je débarque en Californie à 18h et suis accueilli par Scout, le directeur de la PCTA (association responsable du PCT), qui avait insisté pour venir me chercher à l'aéroport. Première surprise: du fait du changement de latitude, il fait déjà presque nuit.
La journée du lendemain est mise à profit pour effectuer les derniers préparatifs : l'achat d'une boîte à ours et de 15 jours de nourriture dont 8 à envoyer par la poste en prévision d'un ravitaillement futur.
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Le départ se fait le jour suivant de bonne heure. Nous sommes un peu moins d'une dizaine de marcheurs à nous élancer aujourd'hui. Nous arrivons à Campo après une heure de route, le soleil vient de se lever.
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Le temps de signer le registre, de faire quelques photos et c'est parti! Les premiers pas ont une saveur toute particulière : la sensation de me dire que j'ai fait en sorte de tout préparer pour me retrouver à cet endroit précis et qu'il ne me reste plus qu'une seule chose à faire pendant les 4 prochains mois est indescriptible, entre la liberté totale et le fait d'être au pied d'un mur sans fin.
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Le paysage est constitué de collines couvertes de maquis (chaparral), une végétation souvent impénétrable composée d'arbustes et de buissons à épines. Quelques fleurs, yuccas et cactus parsèment le tout.
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En prenant un peu de hauteur, le sentier traverse une zone d'arbustes carbonisés. Ce spectacle sera désormais presque quotidien puisque la quasi-totalité du PCT est ravagée par les flammes en 30 ans à peu près.
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Du fait de la densité de la végétation, seuls les animaux de petite taille peuvent y survivre. En une seule matinée, j'ai pu apercevoir plusieurs lapins, souris et lézards, tous très peureux. J'ai également pu observer des colibris (hummingbird) qui butinent dans des fleurs rouges de forme allongée, ainsi que ce spécimen de lézard préhistorique (Phrynosoma platyrhinos) qui, contrairement aux autres lézards, compte sur sa cuirasse plutôt que sur sa vitesse de déplacement pour se protéger des prédateurs, à la manière d'une tortue.
Sur toute sa longueur, le sentier a été construit de manière à être praticable par les chevaux : la pente maximale est de l'ordre de 8% et tous les dénivellés sont lissés par la la présence de zigzags, parfois gigantesques. Le cheminement est donc souvent frustrant car, même si l'on voit un objectif qui nous semble tout proche (par exemple, un lac, une route, un village) ne se situant pas à la même altitude, on repartira à coup sûr plusieurs fois dans la direction opposée à l'objectif avant de l'atteindre. Il faut simplement être patient et se fier aux distances indiquées sur la carte.
En cours d'après-midi, j'arrive à Lake Morena, un minuscule village bordant le lac du même nom. J'y fais le plein d'eau et profite pour manger un morceau. Je constate que mes choix en matière de nourriture ne sont pas encore tout à fait au point et j'ai du mal à m'habituer à mon nouveau régime alimentaire. Accessoirement, à cause de la chaleur, l'état de mes pieds est déjà inquiétant, j'ai eu ma première ampoule au talon après seulement 5 miles et la même à l'autre pied après 14 miles.
La majorité des marcheurs s'arrêtent ici pour leur première journée. Il est 15h30, je continue. Le chemin longe le lac dans du sable, c'est assez pénible et fatiguant.
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Je décide de mettre un terme à la journée lorsque, trop fatigué pour continuer et un peu frustré par le fait de ne pas encore être capable de marcher du lever au coucher du soleil, je tombe sur un joli emplacement de bivouac dans une petite vallée. J'établis le camp à la belle étoile et m'endors vers 20h.
Réveil brutal à 22h, le sac de couchage est détrempé. Je pense d'abord à la transpiration, mais l'intérieur est sec. Je regarde autour de moi, tout est mouillé, comme s'il avait plu. Mystère! La seule explication plausible est que je me sois retrouvé dans une poche d'air catabatique (air très humide stagnant en fond de vallée). Je me dis que le voyage risque d'être plus compliqué que prévu si des événements inattendus et inexplicables tels que celui-là se produisent tous les jours...
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Réveil dans le brouillard. Le sentier monte de manière discontinue mais peu raide en direction du plateau sommital du Mount Laguna (1'800 mètres) et je me retrouve rapidement au soleil. Je préférais franchement être dans les nuages plutôt qu'agressé par ce soleil rasant : il n'est pas encore 7h du matin...
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Je dépasse déjà un certain nombre de marcheurs partis un jour avant moi. Je les laisse me rejoindre alors que fais une petite pause à côté d'un minuscule filet d'eau et en profite pour faire sécher mes affaires au soleil.
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Au fur et à mesure de la montée, les buissons laissent leur place aux pins, qui procurent une ombre agréable.
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Près du sommet, le contraste avec le désert d'Anza Borrego en contrebas est saisissant.
Mes problèmes de pieds continuent : en plus des ampoules, un des muscles de mon pied gauche se contracte violemment, à la manière d'un torticolis. Impossible de le poser pendant 15 minutes. Heureusement, la tension redescend doucement.
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Bivouac venteux parmi les blocs. J'ai prévu de me lever encore plus tôt pour profiter au maximum de la fraîcheur matinale.
Le lendemain, nouveau problème musculaire. Le même que la veille, mais cette fois-ci au pied droit. Pour garder le moral, je me fais la réfléxion que les problèmes sont les signes que mon corps s'adapte à l'environnement et donc que plus j'en ai, mieux c'est!
J'arrive vers 13h au dernier point d'eau avant la première partie désertique : une section de 30 miles sans eau hormis 2 caches, mais mieux vaut ne pas trop compter dessus. Je tombe sur un type qui, à la vue de mes ampoules, essaie de me convaincre d'abandonner. Rien à faire, je ne vais pas me laisser abattre par un inconnu! Après la pause repas, je bois donc 2 litres d'un coup et fais le plein de 4 litres avant de m'élancer.
Ce n'est pas vraiment le meilleur moment pour effectuer ce tronçon : en milieu d'après-midi, la chaleur s'est accumulée toute la journée, comme dans un four. Il fait maintenant plus de 40°C... Je commence à saigner du nez. Pas étonnant : 4 jours auparavant, je vivais encore en hiver!
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De l'autre coté de la plaine se trouve une cache d'eau sous l'intersection routière de Scissors Crossing. Elle est heureusement encore bien fournie et j'y prélève 2 litres avant de grimper dans les collines désertiques de San Felipe. Le long de la route, j'aperçois quelques road runners (l'oiseau de bipbip et le coyote).
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Je m'attendais à avoir droit à une nuit glaciale, en constraste avec la chaleur de la journée. C'est raté, je suis en caleçon sur mon matelas et je n'arrive pas à m'endormir tellement il fait chaud.
Le lendemain, j'avance à un bon rythme dans les collines et ma réserve d'eau est juste suffisante pour atteindre la source de Barrel Springs, où je trouve des sodas dans une fontaine : premier trail magics, c'est vraiment quelque chose qui vous rebooste le moral! Je m'arrête là quelques heures pour laisser passer les plus grosses chaleurs.
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La suite du parcours s'effectue dans la plaine de Warner Springs. Des prairies brulées par le soleil, où paissent des bovins en liberté quasi-totale, sont entrecoupées de petits bois et de ruisseaux.
Alors que je passe à travers un troupeau, les vaches commencent à me poursuiter et je suis obligé de piquer un sprint pour leur échapper! Un autre marcheur voit la scène et me dira le soir même "I don't see any particular reason to be afraid of cows" (Je ne vois pas de raison particulière d'avoir peur des vaches)... Ils sont marrants ces ricains!
Cette aventure est retranscrite par Rocket Llama, une fille sympathique rencontrée un peu plus loin, à qui j'ai raconté l'histoire, dans son blog en bandes dessinées :
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big_smile big_smile

Autre fait divers, un lièvre aux oreilles immenses traverse la plaine en faisant des bonds de plusieurs mètres.
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Le rocher de l'aigle.
Je pose le camp à proximité du village de Warner Springs, premier point de ravitaillement pour la majorité des marcheurs, mais pas pour moi. En effet, il n'y a pas de magasin et j'ai un rythme suffisant pour ne pas avoir eu besoin d'envoyer un colis postal ici. La nuit est fraîche (4°C) et agréable et c'est la première fois que j'arrive à dormir vraiment confortablement.
Réveil à 4h30 cette fois-ci. Je fais les premiers mètres à la frontale. Le chemin remonte une petite vallée et entrecoupe plusieurs fois un ruisseau.
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Après 5 jours et 120 miles parcourus, c'est la première fois que je bénéficie de l'ombre d'un nuage!
Le PCT continue sa route dans les collines. Les sources sont rares et souvent loin du chemin. Il faut en effet souvent parcourir entre 0.5 et 1 mile supplémentaire pour faire le plein.
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Le Mount San Jacinto (à gauche au fond) est en vue. Le PCT parcourt d'abord toute la crête visible sur la photo. Avant d'entamer la montée, j'ai droit à un nouveau trail magics en traversant la route de Paradise Valley : une glacière remplie de soda! J'en prends un et m'assieds. C'est alors qu'un rattlesnake (serpent à sonnette) se met à sonner juste derrière moi. Je fais un bond de 2 mètres en avant, il s'enfuit. Règle n°1 : toujours vérifier le lieu où l'on s'assoit et tapoter les alentours avec un bâton. Je suis désormais prévenu. Je verrai deux autres serpent en l'espace de quelques minutes.
En montant sur la crête, je suis accueilli par un vent à décorner les bœufs.
mqdefault.jpgVidéo sur la crête
Il souffle d'ailleurs dans des directions opposées selon le versant de la montagne, créant un joyeux bazar lorsqu'on se trouve pile au sommet de la crête. Marcher dans ces conditions est vraiment difficile : tantôt poussé à devoir en courrir, tantôt freiné, tantôt chahuté d'un côté puis de l'autre. Il m'arrive de me retrouver projeté hors du sentier en une fraction de seconde!
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Le coucher de soleil est magnifique et je parviens à trouver un emplacement protégé du vent derrière un énorme bloc.
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Le paysage est très montagneux, presque alpin par endroits, mais toujours aussi sec.
Il me reste une quinzaine de miles pour arriver à Idyllwild, un village touristique montagnard situé 600 mètres plus bas que le PCT, au pied du Mount San Jacinto. je rencontre plusieurs autres marcheurs en y descendant. Arrivés en ville, nous établissons l'ordre des priorités : nous commençons par manger une pizza, puis nous allons réserver un emplacement au camping (3$ la nuit). Nous nous donnons enfin rendez-vous pour manger un burger après avoir pris une bonne douche. Il y a là une anglaise, un arizonien et une marcheuse de Portland.
Je décide de prendre la journée du lendemain pour me reposer et faire mon ravitaillement. Mes ampoules commencent à se résorber mais deux d'entre elles sont toujours très douloureuses (au talon droit et petit orteil gauche). Je décolle à 17h afin d'avaler les 600 mètres de dénivellé avant la nuit et ainsi ne pas avoir à les faire le lendemain.
mqdefault.jpgVidéo d'un écureuil en dessus d'Idyllwild
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Je pose le bivouac à la jonction avec le PCT et m'amuse à faire quelques photos dans les blocs un peu plus haut. J'ai fais des choix un peu plus intéressants au niveau de la nourriture, notamment des sablés au beurre... Ah mince, j'ai déjà fini le paquet!
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La matinée est nuageuse et quelques petits ruisseaux de fonte rendent la collecte de l'eau facile.
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Vue sur le sommet du Mount San Jacinto depuis Fuller Ridge.
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La fraîcheur matinale laisse finalement sa place à la canicule.
La suite du programme consiste à redescendre jusqu'au fond de cette vallée désertique, située à 4.5 miles à vol d'oiseau. Une véritable épreuve mentale à cause de zigzags interminables : les 1'800 mètres de dénivellés s'étirent en effet sur pas loin de 20 miles, ce qui représente 9 heures de marche (ou "comment descendre 1'800 mètres en ayant l'impression de monter")! Le changement entre la forêt et le désert est en revanche brutal et s'effectue en quelques minutes.
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Heureusement, un robinet salvateur se trouve tout en bas, juste avant de traverser cette vallée désertique en direction du village de Whitewater. Je me dis que cette section plate de seulement 5 miles va être une formalité. C'était sans compter avec le fait que le chemin est constitué de sable très meuble et qu'un vent violent balaye cette vallée en permanence (vous voyez les champs d'éolienne au fond à droite?).
Épuisé, je me décide à passer la nuit chez Ziggy and The Bear, un couple de trail angels habitant à Whitewater. En effet, à cause du vent, le seul autre endroit envisageable pour dormir est le tunnel sous l'autoroute. Ils ont la particularité d'offrir un bain de pied à l'eau bouillante à chacun de leurs visiteurs. Cela me fait du bien, mais seulement sur le moment au vu de ce qui va suivre (la "semaine de la douleur"). Une dizaine d'autres marcheurs sont déjà présents et quelques-uns que j'ai dépassé aujourd'hui nous rejoignent.
Les bourrasques font un boucan d'enfer toute la nuit, ne s'arrêtant pas une seule seconde. Comment peut-on vivre ici?
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Le lendemain, je quitte cette vallée venteuse à travers un champs d'éoliennes et monte en direction du Whitewater Canyon, où coule la rivière du même nom. Mes ampoules me font terriblement souffrir et j'ai vraiment de la peine à avancer. Un début de tendinite au talon gauche n'arrange pas vraiment les choses. Je m'écroule sur le côté du chemin, en versant quelques larmes. Je décide de me poser sous un arbuste jusqu'à ce que les choses aillent mieux. Manque de bol, une araignée en profite pour me piquer dans le cou.
Après avoir fait sécher mes pieds, la douleur se dissipe un peu et je peux reprendre ma route.
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Le PCT remonte une vallée où coule un petit filet d'eau. Je profite de l'accalmie de la douleur pour marcher plus tard que la tombée de la nuit. La pente devient de plus en plus abrupte et il m'est impossible de trouver un emplacement de bivouac. Je m'installe donc directement sur le sentier.
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La journée suivante se passe au mieux. Le terrain est facile et sur les hauteurs et donc en partie ombragé. Mes douleurs ont pratiquement disparu et j'ai même droit à une canette de soda et de quelques biscuits déposés par l'auberge de jeunesse de Big Bear, désireuse de rameuter des clients parmi les marcheurs.
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En fin de journée, je dépasse la route menant à Big Bear, un village touristique.
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Le PCT passe à proximité du lac de Big Bear et du Mount San Gorgonio (au fond sur la gauche) et traverse un certain nombre de zones incendiées. Je me trompe de chemin et suis obligé de revenir sur mes pas. Il y avait pourtant une flèche énorme...
Je suis contraint d'écourter la journée à cause de mes ampoules. En effet, il m'est désormais impossible de poser le talon droit ainsi que le petit orteil... gauche, ce qui est légérement problématique. Je rejoins comme je peux, c'est-à-dire en me fusillant la hanche, le point d'eau le plus proche afin de soigner tout ça. J'enlève aux ciseaux une couche de peau morte sous le petit orteil, problème réglé! Par contre, de multiples épaisseurs de peau sont en train de se décoller sur mon talon droit. J'applique du tape bien fort et croise les doigts pour que ça se recolle pendant la nuit.
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Les problèmes de la veille étant réglés, je repars de bonne heure et rejoins le pont qui traverse Deep Creek vers 11h. J'en profite pour faire trempette au milieu des truites et me restaurer.
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Deep Creek est un canyon assez fréquenté, à cause de ses multiples plages privées paradisiaques et surtout la présence de sources chaudes se situant un peu plus loin. J'y arrive en milieu d'après-midi, mais l'endroit est sale, raison pour laquelle je ne m'y attarde pas. En fin d'après-midi, je parviens aux abords du désert de Mojave, que je vais longer pendant quelques jours dans la chaîne de montagnes San Gabriel, avant d'en faire une rapide traversée.
Maintenant que l'ampoule sous l'orteil gauche est guérie, je me chope exactement la même sous l'orteil droit... Malheureusement, cette fois-ci les choses dégénèrent : elle explose et la peau s'arrache totalement, laissant la couche sous-cutanée à vif. Je n'ai pas les moyens de protéger cette plaie par pénurie de matériel. Il est donc impératif de rallier au plus vite la civilisation.
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Le sentier longe un grand lac, un autre espace récréationnel du coin avec ses plages et ses aires de pique-nique. Nous sommes mercredi et l'endroit est désert, mis à part quelques écureuils bien en chair.
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En fin d'après-midi, j'arrive à Cajon Pass, une intersection autoroutière situées sur l'axe Los Angeles-Las Vegas. À nouveau, le vent est violent dans cette vallée. Tellement violent que j'en perds ma casquette et mon foulard en me penchant pour regarder le paysage du haut d'une crête. Le temps de me retourner, ils sont déjà à une centaine de mètres et ne toucheront pas une seule fois le sol. Sans protection solaire, Il est vraiment urgent d'arriver à Wrightwood car les seules infrastructures présentes ici sont un MacDonald's et une station service. J'y refais le plein d'eau et en profite pour manger quelques burgers. En repartant, je constate que j'ai désormais de la peine à poser le pied, ce qui signifie que ma plaie commence à s'infecter. Je pose le bivouac dans le tunnel qui passe sous l'autoroute à 5 voies et sous le chemin de fer. Les bouchons pour oreilles sont bien utiles, laissant seulement passer les basses fréquences.
Le lendemain, j'ai des difficultés à poser le pied. J'hésite à tenter de faire du stop jusqu'à la civilisation mais me résoud finalement à parcourir à pied les 25 miles jusqu'à Wrightwood. Après une heure de mise en route, la douleur s'estompe un peu. L'essentiel maintenant est de ne pas laisser les pieds refroidir, ce qui n'est pas évident car il faut tout de même manger. Et ce qui devait arriver arriva... Après une pause repas, impossible de repartir. Je ne sais pas où je trouve les ressources pour continuer, mais j'effectue les derniers miles tantôt en claudiquant, tantôt en courant en serrant les dents et en lançant quelques hurlements barbares.
Je prends la première chambre d'hôtel venue, sans même en demander le prix. Le lendemain, je fais tant bien que mal un tour au hardware store et j'y rencontre d'autres marcheurs qui me parlent d'une colonie de vacance religieuse (methodist camp church) mettant à disposition des lits et des douches gratuitement. Nous nous y rendons ensemble. Il s'avère que c'est l'endroit idéal pour faire une pause de durée indéterminée afin de guérir mon infection à l'orteil.
Je passe les 4 jours suivants à appliquer de la pommade antibiotique et à faire en sorte que mon pied ne touche jamais le sol. Le cinquième jour, je profite de la configuration du PCT, qui entrecoupe plusieurs fois la Highway 2, pour tester la guérison :
- Si les choses se passent bien, je peux continuer ma route.
- Sinon, je peux revenir à Wrightwood en faisant du stop.
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Les premiers miles se passent pour le mieux, mais la situation se dégrade après l'ascension du Mount Baden Powell (2'894m). Je décide donc de rentrer en stop. Le retour en voiture me permet d'assister à un coucher de soleil qui restera gravé dans ma mémoire, par son dégradé de couleurs extraordinaire dû au brouillard de pollution de Los Angeles.
Je soigne mon pied un jour de plus et repars sur le PCT le matin suivant. Au total, 5 jours ½ d'arrêt. La bonne nouvelle est que toutes mes ampoules sont maintenant également guéries.
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Cette pause m'a permis de revoir un certain nombre de marcheurs que j'avais déjà dépassé et qui se trouvent à nouveau devant moi. C'est ainsi qu'en fin d'après-midi, je rattrape Safari, que j'avais rencontré à San Diego et avec qui j'avais marché lors de mon tout premier jour. Nous marchons ensemble (enfin presque, il a une vitesse de marche tellement élevée que je n'ai jamais réussi à le suivre) et arrivons dans une zone incendiée infestée de Poodle Dog Bush. Il s'agit d'une plante extrêmement urticante à fleurs violettes poussant en buissons pouvant dépasser les 3 mètres de haut. Autre particularité, elle a une odeur très très forte, proche de celle d'une drogue douce bien connue : on la sent généralement avant de la voir. Il est nécessaire d'éviter tout contact avec ces plantes sous peine de réactions cutanées violentes, ce qui n'est pas évident lorsqu'il y a un buisson de chaque côté du sentier et un buisson plus petit en plein milieu.
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De la fumée provenant d'un incendie vient se placer devant le soleil, prémice de mes aventures futures.
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Réveil très tôt pour profiter de cette belle luminosité matinale. Nous avons déjà parcouru 10 miles (16km) à 8h du matin.
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Des plants de Poodle Dog Bush (fleurs violettes) à perte de vue. Ils composent la majorité de la flore de la région.
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En cours d'après-midi, nous rejoignons un groupe de marcheurs rencontrés à Wrightwood. Nous cheminons tous ensemble vers un camping, où nous attendent piscine et jacuzzi! Les discussions de la soirée sont essentiellement tournées sur l'incendie, qui fait rage à quelques kilomètres du PCT, un peu plus au nord.
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Le lendemain, je pars en premier et surprends un jeune rattlesnake, encore à moitié endormi.
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Le PCT chemine dans un petit canyon à Vasquez Rocks avant de traverser un village du nom de Agua Dulce. C'est là que se trouve le "Hiker Heaven", la maison d'un couple de trail angels. Je leur rends visite pour me renseigner à propos de l'incendie. Ils me donnent une carte détaillant un détour par une route évitant la zone dangereuse ainsi que le conseil "Hike the trail, not the detour" (Prends le sentier, pas le détour), l'incendie étant apparemment en train de faiblir et de s'éloigner du PCT. Je complète mes rations en vitesse au supermarché du coin (sablés au beurre, mmh) et repars en compagnie de deux autres marcheurs.
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Effectivement, en prenant un peu de hauteur, nous constatons que le vent, principal facteur de progression, a cessé.
Le sentier traverse latéralement une série de vallées, donnant lieu à une sucession de montée et de descentes de 500 mètres environ. Je fais l'erreur de manger mon repas au fond d'une vallée et je me rends compte de la dépense énergétique nécessaire à la digestion, qui me ralentit considérablement pendant toute la montée qui suit.
La différence de végétation est frappante entre les faces sud, couvertes d'herbes ou de buissons et les faces nord où se trouvent des arbres de plus grande taille.
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Les rayons de soleil altérés par la couleur brunâtre de la fumée donnent une ambiance apocalyptique durant l'après-midi et la soirée.
J'arrive assez tard à la route de Green Valley et y passe la nuit. Réveil pas très agréable pour cause d'envahissement par une colonie de fourmis... J'en ai littéralement partout! yikes
De l'autre côté de la route, Un panneau informatif dit de se renseigner à propos de l'incendie à la station de rangers. Je m'y rends le lendemain, mais elle est déserte. Apparemment, tout a été évacué. Je me situe à seulement 8 miles de la bifurcation avec le détour et donc je continue. Arrivé sur la crête, je vois des flammes au nord-est de ma position. Selon ma carte, l'incendie était sensé se trouver à l'ouest...
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Peu après, je me retrouve en plein milieu de la zone qui a apparemment brûlé il y a seulement quelques heures. Ambiance garantie! Certains foyers ne sont pas encore éteints et une couche de cendre de 20cm couvre le sol à certains endroits. Il y a également plusieurs animaux carbonisés. Chose étonnante, un lézard a réussi à survivre!
La végétation ayant brûlé, il n'y a plus rien pour retenir le sable. Ceci engendre un phénomène assez problématique dans les pentes les plus abruptes : de véritable rivières de sable et de graviers dévalent la colline.
mqdefault.jpgVidéo du phénomène
Comment traverser ces amas de gravillons bouillants qui ne demandent qu'à dévaler la pente, sachant que je peux y enfoncer mes pieds à plus de 50cm de profondeur? En me posant cette question, je me rends compte que je me tiens sur un tas de charbon de bois encore chaud (visible sur la vidéo, la masse noire au premier plan)!
Je passe finalement sans encombre en me servant de mon bâton comme genre de piolet, ce qui a pour effet de fondre légèrement les parties plastiques du mécanisme de bloquage, et arrive à la jonction avec la route de Lake Hughes. Ne voulant pas finir au milieu des flammes, j'opte pour suivre le détour indiqué sur ma carte. Raté! Quelques miles plus loin, le feu est en train de traverser la route et un gigantesque déploiement de pompiers tente de l'en empêcher. Je croise d'abord un policier qui me sort autoritairement "Stay on the pavement until new command!" (Restez sur le bitume jusqu'à nouvel ordre), ce à quoi je réponds "Yes, Sir!". Fini de rigoler, je suis stoppé par un agent de sécurité qui m'engueule car je n'ai rien à faire là. Il m'ordonne de repartir dans l'autre direction. Faire un détour supplémentaire à pied, sans carte, ni connaissance des points d'eau à travers le désert de Mojave? Je lui fais comprendre que c'est une très mauvaise idée et que la meilleure alternative pour moi est de passer de l'autre côté. Il ne veut rien entendre. Je commence alors à déballer et éparpiller mes affaires, prétendant que j'allais camper là. Après quelques heures de négociation sans résultat, un pompier débarque et déclare "I'll take him" (Je m'occupe de lui). Il m'emmène dans son camion afin de me conduire de l'autre côté de l'incendie et me permettre de continuer ma route. J'en profite pour lui demander s'il a de l'eau (potable, évidemment)! tongue Je remonte sur la crête et effectue quelques miles supplémentaires avant la nuit afin de prendre une distance de sécurité avec l'incendie, comme me l'a conseillé le pompier.
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La journée du lendemain commence sur les hauteurs avant de plonger dans le désert de Mojave.
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J'arrive à midi à Hikertown, un trail angel, ancien fournisseur de décors de cinéma, qui a recréé une véritable petite ville western sur sa propriété située à quelques encablures du PCT. Je retombe alors sur plusieurs marcheurs qui ont entièrement sauté la section de 60 miles entre Agua Dulce et ici. On me fait la remarque que j'ai l'air d'un mineur de charbon. Un petit coup de débarbouillage s'impose pour enlever cette couche de suie. tongue
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Malgré une longue pause de midi et la chaleur accablante, je fais ma plus grosse journée. En effet, le sentier longe l'acqueduc qui transporte l'eau de la Sierra Nevada jusqu'à Los Angeles. Il est donc particulièrement plat à cet endroit.
Un des habitants du coin me met en garde à propos des serpents à sonnette verts (Mojave Greens), particulièrement agressifs ainsi que des scorpions.
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Je m'arrête près d'un pont au dessus d'une rivière asséchée, à l'entrée d'un champ d'éoliennes.
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Les Tehachapi Mountains sont propices à l'installation d'éoliennes à cause des échanges de masses d'air entre le désert brûlant et l'air plus tempéré de la côte. Elles représentent le premier parc éolien des États-Unis.
L'après-midi, je suis pris en stop par un camionneur pour rejoindre la ville de Tehachapi. Je dois y récupérer pour la première fois ma boîte postale, qui me permettra de changer de chaussures et de renouveler mon stock de cartes. Depuis le centre-ville, je dois effectuer plusieurs miles à pied pour me rendre à la poste, celle-ci se trouvant de l'autre côté de l'autoroute de contournement de la ville. L'incompétence de l'employée de poste, qui mettra plus de 20 minutes à retrouver mon colis et se justifie de mauvaise foi, ne me mets pas de très bonne humeur.
Je me dirige ensuite vers l'aéroport, où il est possible de camper pour 5$. Le directeur est extrêmement sympathique : il doit se rendre à une réunion à l'autre bout de la ville et propose de me conduire au supermarché! Il laisse même dormir les marcheurs dans le bureau des pilotes!
Le lendemain, je retourne poster mon carton chargé avec 5 jours de nourriture supplémentaires en prévision du ravitaillement d'Echo Lake. J'ai également mon sac plein sur le dos et le trajet jusqu'à la poste n'est à nouveau pas une partie de plaisir.
Sur le trajet, j'assiste à un événement peu courant pour nous autres européens. Alors que le passage à niveau se met à sonner, tous les conducteurs abandonnent leur véhicule pour aller boire un café! En effet, le train de marchandises s'étirant sur plusieurs kilomètres et avançant à une vitesse ridicule (passage de col oblige) mettra plus de 20 minutes à passer!
Je suis de retour sur le PCT vers 11h et parcours 25 miles dans l'après-midi.
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Toujours autant d'éoliennes. Le vent n'est par contre pas très soutenu.
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Les jours suivants, la progression est rythmée par les ravitaillements en eau. En effet, les sources sont éloignées d'une vingtaine de miles dans cette région. Grâce à mon rythme de marche, maintenant toujours supérieur à 30 miles par jour, je suis assuré d'en rencontrer 2 par jour.
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Sur les hauteurs, le PCT traverse des forêts incendiées dont les arbres sont en train de perdre leur écorce.
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Par la suite, le terrain redevient vraiment désertique. Une section de plus de 50 miles se présente sans véritable point d'eau fiable. En effet, je ne considère pas le fait de faire un détour de 5 miles pour creuser un trou dans de la boue et attendre que celui-ci se remplisse d'eau comme une source d'approvisionnement fiable! Heureusement, les caches d'eau de Kelso Valley Road et Bird Spring Pass sont salvatrices. Les seules zones d'ombre dans cet environnement sont fournies par les rares arbres à Josué (Joshua Tree), dont les feuilles ressemblent à des épines et sont extrêmement rigides.
Par endroits, le chemin sablonneux a la particularité étrange de former des sortes de "mini-dunes". En effet, alors que le sentier est globalement plat, il est localement très valloné et forme des bosses dont les sommets sont distants de 10 à 20 mètres avec des creux d'environ 2 mètre de profondeur.
Je parviens en début de journée (9h) à Walker Pass, un col routier marquant l'extremité sud officielle de la Sierra Nevada. J'ai le plaisir d'y trouver un papier indiquant un trail magics à une centaine de mètres sous une bâche bleue. Mais laquelle? Car en effet, il y en a plusieurs?! Je me rapproche... Toutes! C'est Yogi en personne, l'éditrice du célèbre PCT handbook (un guide très complet), qui m'accueille. Il y a là une quinzaine de glacières contenant des boissons en tous genres, des cartons entiers de fruits, des bagels, etc... Yogi est en train de préparer des pancakes pour le petit déjeûner. Seulement quelques marcheurs sont présents lorsque j'arrive, mais nous sommes rapidement rejoints par toute la troupe que j'ai rencontré durant les 3 derniers jours. Elle nous cuisine des hot dogs pour le dîner et des spaghettis pour le souper. Je ne pensais pas rester trop longtemps, mais la chaleur abominable pousse tout le monde à rester. En effet, nous sommes à 1500 mètres d'altitude et il fait 40°C à l'ombre avec un léger vent! Personne n'a eu le courage de partir depuis que je suis arrivé! À 19h, un groupe est sur le départ, je les accompagne.
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Le lendemain, au détour d'un virage près de Spanish Needle Creek, j'entends des bruits suspects derrière un arbre, comme si quelqu'un sautait dans un tas de feuilles mortes. C'est un ours! Je suis tout excité à l'idée de voir mon tout premier ours, mais aussi extrêmement stressé puisque celui-ci n'est apparemment pas encore adulte. Je redoute donc de voir surgir sa maman en colère. Nous nous observons pendant plusieurs minutes. Il est plutôt curieux et ne semble pas appeuré.
mqdefault.jpgVidéo de l'ours
Il grimpe dans l'arbre, (un réflexe qu'ont les jeunes pour se protéger) et finit par s'assoir à califourchon sur une branche à 5-6 mètres au-dessus du sentier, en laissant pendre ses pattes! Quelques centaines de mètres plus loin, un mot sur un papier mentionne la présence d'un ours dans le secteur. Sans blague!
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À la tombée de la nuit, je me trouve à une dizaine de miles de Kennedy Meadows, le dernier point de ravitaillement avant de grimper dans les hautes montagnes de la Sierra Nevada.
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Le PCT longe la South Fork Kern River jusqu'au hameau de Kennedy Meadows. Celui-ci est beaucoup plus paumé que ce que j'avais imaginé. Pas de réseau, une seule route, quelques ranches, un magasin, et Tom's place, le trail angel du coin. Sa propriété est jonchée de caravanes old-school, de hamacs et de canapés, permettant à la quantité de marcheurs transitant par ici de se reposer. Je récupère ma boîte à ours et mes provisions de nourriture au magasin, qui a eu la gentillesse de garder mon colis pour un prix seulement 4 fois supérieur (20$) à ce qui est mentionné dans la littérature. Ils proposent également un service de lessive et des douches. Les prix sont dans la même veine. Je passe ensuite le reste de la journée à flâner.

Dernière modification par Nolok (04-01-2018 22:16:29)

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#14 26-11-2014 11:25:44

Grands-Pas
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Enfoiré !


" J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Étais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ? "

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#15 26-11-2014 11:35:56

Shanx
Sanglier MUL
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Je suis fan. smile

Au niveau des bivouacs, tu n’avais pas peur des serpents et autres scorpions ?


← Mon blog : traversées à pied des Alpes, de l'Islande, de la Corse, des États-Unis - Japon en vélo
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#16 26-11-2014 12:24:41

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Non, pas plus que ça.
Les serpents sont des animaux à sang chaud froid et ils sont inactifs la nuit. Il n'y a qu'à voir le spécimen pris en photo tôt le matin au milieu du trail : bien qu'exposé au soleil, il était complétement inerte. J'ai même tenté de le stimuler avec mon bâton sans résultat.
Et les scorpions, bah je pars du principe qu'ils ont autre chose à faire que venir m'attaquer. Tant que tu n'es pas une menace, je pense qu'ils t'ignorent tout simplement. L'habitant du désert de Mojave m'a simplement dit de faire gaffe à bien contrôler mes chaussures le matin, au cas où il y en aurait un dedans. De toute façon, vu le rituel nécessaire avant d'enfiler les godasses (enlever la semelle intérieure, vider le sable, ...), le risque de piqûre est très faible.

Dernière modification par Nolok (26-11-2014 12:55:38)

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#17 26-11-2014 12:43:10

ThiX
Ermite sociable
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Voilà un beau récit qui s'annonce  cool
Je sens que l'on va se régaler, merci.

Euh, par contre, faute de frappe à mon avis : les serpents sont des animaux à sang froid  wink
... enfin poïkilothermes (température variable) et ectothermes (température fixée par un apport de chaleur extérieur) pour être précis...

Lien Wikipédia


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#18 26-11-2014 12:58:18

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

À sang froid effectivement, j'ai écris un peu vite.

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#19 26-11-2014 13:00:23

okrieger
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Passionnant!
J'avais la meme remarque que Shanx pour les serpents et scorpions  lol

-Olivier


Desole pour les accents (ou plutot l'absence d'accents) mais j'utilise un clavier US et y'a pas d'accents  roll

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#20 26-11-2014 14:55:15

shyguy
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

trop bien !!  tongue je m'abonne !


<- mes photos sur Flickr en cliquant sur "Site Web".

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#21 26-11-2014 15:02:02

bencas
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Merci pour le récit, on attend la suite...
Ben

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#22 26-11-2014 15:08:16

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Waaaaaa, comme ça claque! Ca fait trop envie! Merci pour ce beau retour. Je m'abonne aussi!

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#23 26-11-2014 19:47:20

moka
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Messages : 789

Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

MIIAAM !!!!!!!! Encore ! Il est trop bien fait ton CR, avec les vidéos et tout. On a l'impression d'y être avec toi.

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#24 26-11-2014 21:51:00

nif
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

GENIAL   smile

Ca donne vachement envie d'y aller.

Déjà, j'apprécie beaucoup ta démarche pédagogique/informative dans la présentation du trail. Vive le partage d'information libre et gratuit  smile
Ensuite, on peut dire que tu ménages un certain suspens dans ton récit. Bel exemple de persévérance malgré les déconvenues physiques, environnementales et d'orientation.

Je suivrai la suite avec plaisir, et impatience quant à ta liste (ben oui, je suis un geek  tongue )

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#25 26-11-2014 22:42:56

ThiX
Ermite sociable
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Messages : 474

Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Bon, lecture attentive du soir  smile  c'est juste... terrible  big_smile
Merci pour ce retour complet au parfum de série à suspens !

Ce qui m'interpelle, c'est ce genre de passage :

Nolok a écrit :

Je pose le bivouac dans le tunnel qui passe sous l'autoroute à 5 voies et sous le chemin de fer. Les bouchons pour oreilles sont de sortie, laissant seulement passer les basses fréquences.

Cela me semble tellement antagoniste de marcher dans ces grands espaces pour finir par dormir sous l'autoroute  yikes
Vraiment pas le choix je suppose, mais quel "grand écart" !

Et concernant tes problèmes d'ampoules (qui semblent disparaître tout à coup) : tu sembles être un marcheur régulier... comment expliques-tu ces ampoules? liées précisément à l'effort (plus long?), aux contraintes locales? Tu n'en parles plus tout à coup, est-ce que cela s'est réglé assez rapidement finalement?

Merci pour ce partage au bon goût de livre de chevet  smile

Edit : faute de frappe

Dernière modification par ThiX (26-11-2014 22:50:54)


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