#26 26-11-2014 23:53:08

beb71
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Un plaisir à lire, on s'y croirait !

Tu as réussi à me rendre jaloux de ton voyage  tongue

Est-ce que ce chemin est un pèlerinage (religieux) ? Y a -t-il des règles de bienséances particulières à suivre pour être accepté ?

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#27 26-11-2014 23:53:36

fredlafouine
Fouinez!
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

A part quelques très très rares endroits sur Terre (l'Europe t'oublies direct y compris l'Islande ou le mythique Sarek qui se traverse sur un weekend), même dans les coins les plus reculés sans chemins, tous les  4-5 jours de marche (en gros 150-250 bornes) tu finis par croiser au minimum une route, un pont, un barrage, et donc un abri potentiel. wink

Alors aux Etats-Unis, même si les espaces sont immenses, tu te trouves toujours entre plusieurs foyers d'urbanisation absolument gigantesques, reliées par des infrastructures en proportion.

Sans parler des infrastructures prévues pour les randonneurs, 2 exemples en Islande au beau milieu de "into the wild" :
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EDIT : ajouts


´·.¸¸.·´¯`·.¸ ><((((((º>

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#28 27-11-2014 00:02:08

ThiX
Ermite sociable
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Oui, je comprends le vent violent, les ampoules, la fatigue... et donc l'abri provisionnel providentiel que peut apporter le pont de l'autoroute.
Certainement qu'à ce moment là, cela est une meilleure solution que d'essayer de planter l'abri au vent juste histoire de rester "into the wild" ...

Edit : provisionnel -> providentiel  big_smile

Dernière modification par ThiX (28-11-2014 13:32:49)


En éMULation
Trombi

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#29 27-11-2014 09:46:14

Arnaud
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Je plussoie à tout ce qui a été dit: c'est super, vivement la suite !

J'ai beaucoup aimé quand tu dis au début du trek "en même temps un immense sentiment de liberté et l'impression d'être au pied d'un mur sans fin" (ou quelque chose comme ça), je l'ai ressenti aussi en lisant  lol .

Moi aussi je suis curieux de savoir comment tu as résolu ce problème d'ampoules, ça ne guéri pas comme ça.


Bortian Ahüzki, hur hunak osoki, neskatila ejeirrak han dira ageri, ... (herrikoia).
Ahüzki dans la montagne, où les eaux sont bonnes, et les filles jolies, ... (anonyme).

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#30 27-11-2014 11:30:28

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Merci à tous pour vos commentaires. La seconde partie arrive tout de suite.

nif a écrit :

j'apprécie beaucoup ta démarche pédagogique/informative dans la présentation du trail

En fait, j'ai fais l'hypothèse que le public lecteur n'aurait jamais entendu parler du PCT auparavant. Comme il n'y avait encore aucun récit complet de ce thru-hike, c'est de toute façon une bonne idée d'en développer à fond tous les aspects.

nif a écrit :

on peut dire que tu ménages un certain suspens dans ton récit. Bel exemple de persévérance malgré les déconvenues physiques, environnementales et d'orientation

Dans les moments difficiles, j'ai relativisé et me suis dis "J'ai 4-5 mois pour m'amuser, voyons jusqu'où je peux aller". Et ça m'a conduit au Canada smile

Est-ce que ce chemin est un pèlerinage (religieux) ? Y a -t-il des règles de bienséances particulières à suivre pour être accepté ?

Non pas du tout. Il suffit d'être être barbu, sale et puant lol

ThiX a écrit :

Ce qui m'interpelle, c'est ce genre de passage :

Nolok a écrit :

Je pose le bivouac dans le tunnel qui passe sous l'autoroute à 5 voies et sous le chemin de fer. Les bouchons pour oreilles sont de sortie, laissant seulement passer les basses fréquences.

Cela me semble tellement antagoniste de marcher dans ces grands espaces pour finir par dormir sous l'autoroute  yikes
Vraiment pas le choix je suppose, mais quel "grand écart" !

Tu as répondu toi-même, avec l'aide de fredlafouine. tongue La réflexion derrière ça est finalement toute simple : comment passer la nuit la moins désagréable possible? Même si je n'avais pas eu cette plaie infectée, j'aurais fais exactement le même choix. La raison en est simple : l'absence de vent dans le tunnel, puisque perpendiculaire à la vallée et donc au sens du vent.
D'ailleurs, à chaque fois que j'ai dû bivouaquer dans une de ces vallées à vent qui relie la côte au désert, j'ai utilisé les infrastructures présentes : chez Ziggy and The Bear, le camping avec jacuzzi, le tunnel sous l'autoroute, le pont sur la rivière asséchée.

ThiX a écrit :

Et concernant tes problèmes d'ampoules (qui semblent disparaître tout à coup) : tu sembles être un marcheur régulier... comment expliques-tu ces ampoules? liées précisément à l'effort (plus long?), aux contraintes locales? Tu n'en parles plus tout à coup, est-ce que cela s'est réglé assez rapidement finalement?

Arnaud a écrit :

Moi aussi je suis curieux de savoir comment tu as résolu ce problème d'ampoules, ça ne guéri pas comme ça.

Je n'avais pas marché pendant des mois avant de commencer. Je pense que les ampoules sont principalement liées à la chaleur (et à la transition brutale printemps froid+humide => environnement chaud+sec) vu que je transpire déjà beaucoup des pieds à la base. D'autre part, il y a le sable qui s'insinue dans les chaussures (une paire de mini-guêtres peut certainement aider).
Les 5 jours et demi d'arrêt total à Wrightwood ont fortement contribué à la guérison de mes ampoules. Je n'ai plus vraiment été embêté après, raison pour laquelle je n'en parle plus.  smile

Arnaud a écrit :

J'ai beaucoup aimé quand tu dis au début du trek "en même temps un immense sentiment de liberté et l'impression d'être au pied d'un mur sans fin" (ou quelque chose comme ça), je l'ai ressenti aussi en lisant  lol .

Cette image résume bien la situation :
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Tu marches depuis 20 minutes, qui t'ont déjà paru comme une éternité et tu tombes sur un panneau "Mile 1". Et là tu te dis "Super, plus que 2665 roll ".
lol

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#31 27-11-2014 12:05:43

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Partie 2 - Central California

Du fait de la difficulté de ravitaillement pour la suite du parcours, j'ai prévu d'effectuer d'une seule traite une section de 220 miles entre Kennedy Meadows et la ville de Mammoth Lakes, incluant l'ascension du Mount Whitney. Mon sac est bien lourd, puisqu'il contient une réserve de 8 jours de nourriture en plus du poids supplémentaire de la boîte à ours obligatoire dans les parcs nationaux que je vais traverser.
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Le sentier s'élève progressivement, passant d'une altitude moyenne de 5'000 pieds (1'500m) à plus de 10'000 pieds (3'000m). En traversant Beck Meadow (photo), je réalise vraiment que je me trouve désormais en plein cœur de la Sierra Nevada. Cette chaîne de montagne est un désert de haute altitude où tombe d'énormes quantités de neige en hiver. La fonte de toute cette neige alimente des milliers de rivières et de lacs et crée des prairies verdoyantes (meadows) en fonds de vallées, constrastant avec l'aridité des flancs des montagnes.
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Les forêts de pins laissent place à des amas de blocs granitiques. La limite supérieure des arbres se situe à environ 3'300 mètres d'altitude.
Je partage ma pause de midi avec un chipmunk, petit rongueur à rayures typique du continent américain.
mqdefault.jpgVidéo du chipmunk
Ces petites piles électriques sont très habiles pour chiper de la nourriture (coïncidence?).
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Près de Cottonwood Pass.
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Pour mon second jour dans la Sierra, j'ai prévu de d'atteindre Lower Crabtree Meadow, le point de bifurcation pour l'ascension du Mount Whitney. J'y arrive après la tombée de la nuit et pose le bivouac à quelques mètres de la rivière.
Première nuit à plus de 3'000 mètres, le ton est donné : il fait -2°C à 6h du matin. La prairie est couverte de givre. Au moment d'en prendre la photo, le soleil pointe le bout de son nez, m'éblouissant. Il est temps de commencer l'ascension : 8 miles et environ 1'500 mètres de dénivellé, en aller-retour. Je laisse toute ma nourriture sauf quelques barres énergétiques dans un container résistant aux ours à Upper Crabtree, près de la station de rangers.
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Guitar Lake, un lac en forme de guitare.
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Les marmottes sont de sortie. Elles n'ont apparemment aucun prédateur ici. Elles ne sifflent donc pas comme dans les Alpes.
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J'atteinds le sommet (4'421m) vers 11h.
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mqdefault.jpgVidéo du sommet
Il fait approximativement 0°C, mais avec le refroidissement éolien, la température ressentie est bien inférieure, si bien que je n'ai pas le temps d'enfiler mes couches thermiques avant d'être complétement frigorifié. Heureusement, il y a une cabane où je peux m'abriter du vent et me réchauffer. Je tente de manger un morceau, mais mes snickers sont aussi durs que du béton, impossible d'y mordre!
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Je redescends à Upper Crabtree Meadow et y fais une pause sieste de 3 heures afin de récupérer du jour précédent et d'aujourd'hui. À 17h, je m'engage sur le John Muir Trail (JMT), le sentier de randonnée le plus spectaculaire des États-Unis. Le PCT et le JMT se confondent sur 200 miles environ.
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Je passe à proximité de Big Horn Plateau (photo) et passe la nuit à quelques miles de Forester Pass. Ça caille : -2°C à nouveau.
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Forester Pass est le col marquant le point culminant du PCT, à plus de 4'000 mètres (13'153 pieds). Quelques encablures à peine sous le sommet, des bouquets de fleurs violettes poussent au milieu du granit.
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Le sentier traverse quelques plaques de neige et descend jusqu'à Vidette Meadow. Durant 3 jours, le schéma sera toujours le même, à savoir : montée vers un col grandiose suivie d'une descente interminable, puis changement de vallée et on recommence!
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L'arrivée à Glen Pass (3'650m) est probablement le moment le plus fort de tout mon voyage. Le panorama depuis le sommet est véritablement à couper le souffle. Je reste là-haut pendant près de 2 heures pour le contempler. La suite du parcours n'est pas en reste, puisque le JMT passe entre les Rae Lakes (photo, sur la droite au fond de la vallée).
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Quelques maux d'estomac surviennent, certainement à cause d'une descente trop rapide en période de digestion. Cependant, le coin est infesté de moustiques, rendant l'arrêt compliqué.
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La descente se fait le long d'une rivière créant une succession de lacs au long de son parcours. Les cours d'eau secondaires sont omniprésents : j'en traverse toutes les 2 minutes en sautant de rocher en rocher. En fin d'après-midi, je traverse Woods Creek par un pont suspendu et entame la montée en direction de Pinchot Pass.
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Le sommet (3'700m) est atteint le lendemain avant 8h. Encore une fois, le panorama est grandiose.
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Je regrette presque de ne pas avoir emporté ma canne à pêche, car il y a des truites partout. Elles se faufilent même sous mes pieds lorsque je traverse les ruisseaux.
Une petite parenthèse sur la quantité de neige rencontrée : il s'agit là d'une année particulièrement sèche, probablement même d'un des records de sécheresse. À la même période de l'année (mi-juin), le paysage est habituellement recouvert de neige. La situation rencontrée correspond donc plutôt à celle d'un mois d'août normal. La fonte des neiges étant bientôt terminée, les rivières ont eu le temps de dégonfler, rendant leur traversée plus aisée et souvent à pieds secs.
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Vue arrière en montant à Mather Pass.
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Au sommet de Mather Pass (3'685m). les Palisade Lakes sont visibles dans le fond de la vallée.
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Pause de midi sur la berge du Lower Palisade Lake, à l'endroit où le lac se transforme en rivière. Impossible de trouver un endroit plus paradisiaque que celui-ci. La petite brise fait fuir les moustiques. Je m'essaie à faire trempette mais l'eau est à quelques degrés à peine au dessus de 0°C.
Je passe toute l'après-midi à redescendre la vallée, jusqu'à son embranchement avec le Middle Fork Kings Canyon. Là, j'ai le plaisir de rencontrer et d'approcher des biches (mule deer) pas du tout peureuses. Il s'agit d'un parc national et elles n'ont aucun prédateur ici.
mqdefault.jpgVidéo d'une biche
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Le lendemain, montée à Muir Pass
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C'est le col le plus enneigé jusqu'à présent. Je me vautre violemment sur une plaque de glace, ce qui a pour conséquence d'arracher la sangle ventrale de mon sac à dos.
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Le sommet de Muir Pass (3'650m) avec sa cabane en pierre (Muir Hut). J'effectue quelques réparations et repars en direction d'Evolution Basin.
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Les lacs, tous plus magnifiques les uns que les autres s'enchaînent jusqu'à arriver à Evolution Lake, un véritable bijou.
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Un petit gazon, une eau pure et transparente, une vue incroyable sur les pics rocheux des alentours. Absolument rien n'est plus agréable que ces pauses de midi les pieds dans l'eau dans un cadre idyllique!
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En redescendant, arrive le moment où je dois traverser à gué cette rivière (Evolution Creek). Rien de bien compliqué au premier abord. Je pense prendre mon temps pour enlever mes chaussures et mes chaussettes ainsi que pour mettre mon appareil photo en sécurité dans le sac. C'était sans compter sur ces satanés moustiques. Je suis en short et T-shirt, sans chapeau, la moustiquaire est au fond du sac et n'ai pas de répulsif. Je n'ai rien le temps de faire : en quelques secondes, ils sont tous sur moi. Je dois en avoir au bas mot une cinquantaine rien que sur un avant-bras. Je me frotte rapidement les bras, les jambes et la nuque. Rien à faire, ils sont à nouveau tous sur moi. Je répète le processus encore quelques fois, mais je comprends qu'ils ne lâcheront pas le morceau. Je décide donc de sacrifier quelques piqûres pour enfiler ma veste, facilement accessible. Je fonce enfin de l'autre côté en manquant de tomber et de me faire emporter par le courant à cause de ces monstres qui me piquent le visage et la nuque. Pfiou... Je me réfugie dans un coin moins humide. Il y a une autre rivière à traverser à gué le lendemain, je prendrai mes précautions.
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La forêt humide ne désemplit pas de ces petits monstres. Je suis aujourd'hui équipé de mes pantalons long, veste de pluie et chapeau, avec moustiquaire prête à dégaîner. Bon point, j'ai la chance d'être assez poilu, et ils doivent d'abord se dépatouiller avec mes poils afin de se frayer un chemin jusqu'à ma peau, ce qui me m'aide à les détecter car cela chatouille un peu et me laisse du temps avant de me faire piquer.
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Vue sur Marie Lake depuis Selden Pass (3325m)
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La traversée à gué de Bear Creek se passe beaucoup plus convenablement que celle de la veille, malgré une densité de moustiques comparable.
Je loupe ensuite une bifurcation et me retrouve sur le mauvais sentier. Pire, le tracé correspondant plus ou moins à ma carte, je ne m'aperçois de l'erreur qu'après plusieurs miles. Retour sur le PCT après une bonne heure de hors sentier à la boussole. J'ai eu peur de ne pas réussir à identifier le PCT lorsque je le croiserais, mais tout rentre dans l'ordre.
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Je passe le col de Silver Pass (3'275m) en fin de journée et bivouaque aux abords du Lake Virginia. Red's Meadow, un petit ranch touristique d'où je vais pouvoir rejoindre la ville de Mammoth Lakes, n'est plus qu'à une vingtaine de miles.
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À proximité de Red's Meadow, les arbres de la forêt n'ont pas seulement été victime d'un incendie : ils sont également tous été cassés en leur milieu lors d'une tempête. Quel spectacle de désolation!
Il était temps d'arriver : je n'ai rien avalé depuis ce matin pour cause de rupture de stock. Affamé, je mange un burger au restaurant de Red's meadow en compagnie d'un autre marcheur. Nous y apprenons que les bus sensés nous conduire à Mammoth Lakes entrent en fonction seulement 3 jours plus tard, le 21 juin. Nous tentons donc de sympathiser avec quelques touristes venus admirer les chutes Rainbow Falls et le monument national Devil's Postpile.
Un couple nous conduit à l'office du tourisme de Mammoth. Il s'agit d'une gigantesque station de ski et de VTT, beaucoup plus grande que ce que j'avais imaginé. Être parachuté dans une immense ville sans aucun renseignement n'est pas évident. Heureusement, l'office du tourisme me fournit une carte et une liste exhaustive des hôtels, condos et autres plans d'hébergement, plutôt onéreux dans l'ensemble. Chose extrêmement appréciable, la ville dispose d'un réseau de bus entièrement gratuit! Les demandes d'arrêt s'y font par oral au chauffeur! Je fais une fois le tour complet de la ville avant de me diriger vers l'auberge de jeunesse.
Le soir, je mange dans un restaurant plutôt chic. Les menus n'y sont pas trop chers. J'ai des crampes au doigts à force de tenir les services, preuve que mon corps s'est habitué à ne faire que marcher et rien d'autre! Le serveur, sympathique pendant le repas, semble très insatisfait de mon pourboire au vu de la tronche qu'il me fait au moment de régler l'addition! Effectivement, quand la carte indique 25$, je ne m'attends pas à devoir en payer 40 (menu + TVA + pourboire)!
Puisque j'ai parcouru un tiers de l'intégralité du parcours, je me permets un jour de repos complet. En plus du ravitaillement, ma priorité absolue est de trouver du répulsif anti-moustiques. Je profite également de la journée pour effectuer quelques ajustements sur mes bretelles de sac à dos.
Le jour suivant, je monte en bus jusqu'à la ski lodge, le départ des télécabines pour accéder aux pistes. Je suis surpris d'y voir bon nombre de skieurs en ce dernier jour de printemps. Le plan est de faire du stop pour remonter à Red's Meadow, mais un détail que je n'avais pas noté en venant va compliquer les choses : il s'agit d'une route à péage puisqu'elle pénètre dans la réserve Ansel Adams. Je comprends donc la réticence des touristes à me prendre. Après quelques heures d'attente, je commence sérieusement à me demander s'il ne vaudrait pas mieux rejoindre le PCT à pied. Alors que je commence à marcher, je suis pris par un forestier qui travaille là-haut (il m'avait déjà vu en descendant, une heure plus tôt...).
À Red's Meadow, je croise Lint pour la première fois. Le contact est bref, je veux décoller rapidement car j'ai déjà perdu inutilement une bonne partie de la journée. Il me dit, comme à son habitude "I'll catch you on the trail" (On se voit sur le chemin).
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Je visite rapidement le monument national Devil's Postpile (photo), une formation basaltique. En refroidissant, la lave s'est fendue en piliers hexagonaux, la forme naturelle la plus solide (comme les nids d'abeilles). Le dessus a ensuite été érodé par un glacier, créant une véritable terrasse naturelle toute plate composée de dalles hexagonales.
Pour cette deuxième semaine dans la Sierra Nevada, j'emporte volontairement une quantité démesurée de nourriture afin de tenter de récupérer un peu de masse corporelle. Mon sac est rempli d'environ 9kg de nourriture pour une autonomie de 190 miles, en plus du poids de la boîte à ours. Je ressens immédiatement les conséquences de ce fardeau : j'ai de la peine à avancer à mon rythme habituel.
J'atteinds un lac parsemé de minuscules îles, d'où son nom : Thousand Islands Lake.
Un phénomène étrange, similaire à celui de la toute première nuit se produit. Au matin, une zone d'un rayon d'une dizaine de mètres autour de mon camp est recouverte de givre. Il n'y en a strictement nulle part ailleurs. De plus, les goulots de mes bouteilles sont bouchés par la glace. Bizarre...
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Je pénètre dans le parc national de Yosemite à Donohue Pass (3'375 mètres).
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Le sentier descend dans le Lyell canyon et suit la magnifique rivière Lyell Fork jusqu'à Tuolumne Meadows (prononcer Toualomi). Le nombre de touristes y est impressionnant et les clichés de l'ouest américain sont véhiculés par quelques rangers qui patrouillent à cheval.
Le John Muir Trail descend jusqu'à la vallée de Yosemite tandis que le PCT continue sa route en suivant la Tuolumne River jusqu'aux Tuolumne Falls, de superbes cascades. Je n'ai pas vraiment le temps de les contempler avant d'être assailli par des centaines de moustiques.
J'effectue encore quelques miles et m'arrête en bordure d'une grande prairie.
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Au matin, elle est entièrement couverte de givre.
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Le PCT traverse latéralement une série de vallées encaissées. L'enchaînement de montées et de descente est sans répit, sans doute le plus violent depuis le début. Additionné au poids du sac, toujours bien rempli, cette journée me causera de grosses courbatures aux cuisses durant les jours suivants. Je bivouaque à côté de Rancheria Creek.
Je me lève, avale mon petit-déjeûner et commence la journée par la traversée de cette rivière. Quelques rochers assez éloignés semblent permettre de pouvoir traverser à pied sec. Je tente le coup et saute. Plouf! C'était sans compter sur... le poids du sac, évidemment. J'ai connu de meilleurs débuts de journée. Au moins, maintenant je suis réveillé!
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Au fil de la journée, le temps commence à se couvrir. Après un total de 998 miles parcourus, il se met à pleuvoir. Mince alors, c'est raté pour les 1'000 miles sans flotte! L'averse est de courte durée.
À 19h, je tombe sur un groupe de 3 marcheurs qui ont déjà installé leur campement au fond de Kennedy Canyon. J'hésite à rester en leur compagnie, mais continue tout de même pour profiter de cette fin de journée sur les hauteurs.
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Je regrette rapidement mon choix car j'arrive à 20h sur une arête rocailleuse à plus de 3'000 mètres d'altitude où souffle un vent tempêtueux. Je marche encore une heure sans trouver un seul endroit protégé du vent. Finalement, je trouve un espace plat inespéré entre un énorme névé et une rangée d'arbustes.
En milieu de nuit, le temps se montre assez menaçant et donne finalement lieu à une tempête de neige vers 5h du matin. Je ne suis pas au meilleur endroit au vu de l'évolution de la situation. C'est en vitesse que je plie le camp, sans manger. Le vent projette les flocons si violemment que ceux-ci me griffent presque le visage. Par endroits, je marche penché, appuyé latéralement contre le vent. En effet, même si mon centre de gravité se trouve au dessus du sentier, mes pieds sont à coté, dans la pente.
Descente à Sonora Pass, où une légère accalmie me laisse le temps de prendre le petit déjeûner. En remontant sur l'autre versant, la neige se transforme en neige mêlée et laisse ensuite place à la pluie en redescendant à nouveau. Le sentier devient un véritable torrent. Les torrents, quant à eux, gonflés par les précipitations deviennent des rivières périlleuses à traverser. Les conditions climatiques sont assez extrêmes : La quantité de flotte qui s'abat du ciel est tout simplement hallucinante, sans parler des rafales à plus de 60km/h et la température de 2°C. Je me fais constamment détremper des pieds à la tête, où que je me trouve.
- Dans la forêt, les rafales de vent me balancent de véritables murs d'eau à la tronche, même lorsque la pluie faiblit.
- Dans les prairies, les buissons m'arrivant à la taille me donnent l'impression de me promener dans une piscine.
Je mets fin prématurément à la journée alors que toutes mes couches thermiques sont saturées d'eau, le dernier rempart à l'hypothermie étant mon sac de couchage. C'est la toute première fois que je monte l'abri en Californie. Il résiste correctement au vent, mais la pluie discontinue ajoutée aux gouttes de 2cm de diamètre projetées depuis les arbres des alentours auront raison de son étanchéité. Impossible de fermer l'oeil de la nuit. Je reste là jusqu'à 10h du matin sans savoir quoi faire, en grelottant à moitié. Profitant d'un court répit, je plie bagage. Même topo que la veille. Alors que je cours et que je fais des mouvements continus avec les mains et les doigts, je sens l'hypothermie me gagner. Dans un dernier sursaut de lucidité, j'aperçois quelque chose sur la carte qui attire mon attention et me fait faire un détour en pleine tempête. Je prie pour que ça soit ce à quoi je pense... Bingo!
J'ai réussi à dénicher le seul bâtiment dans un rayon d'une cinquantaine de kilomètres! Bon d'accord, ce sont des toilettes publiques, mais je n'ai jamais été aussi heureux de tomber sur une cabane insalubre et nauséabonde! (Explication : dans ce pays, presque chaque accès routier à un sentier de randonnée, marqué "TH" (trailhead) sur la carte, est muni d'une maisonnette avec des toilettes sèches). La tempête prend fin alors que la nuit tombe. La situation aurait largement pu dégénérer à cause de mon manque d'expérience et ma protection contre la pluie défaillante et non dimensionnée pour de pareilles conditions. En effet, je m'attendais à rencontrer une météo moins extrême, mais plus souvent. Un britannique expérimenté que je rencontrerai quelques jours plus tard me dira "Those two days were the wettest I ever hiked in!" (Ces deux jours étaient les plus humides que j'ai rencontré en randonnée!).
Je passe donc la nuit à Ebbets Pass, après une journée misérable (13 miles). Au réveil, devinez quel temps il fait? Grand beau, bien sûr (et ç'est reparti pour un nouvel épisode de la série "1'000 miles sans flotte"). Je rejoins le PCT par la route et un évènement improbable se produit au moment même où j'atteinds la jonction : un homme est en train d'installer une tonnelle, avec une table et une dizaine de chaises au bord de la route. Je me fais la réflexion suivante "6h du matin, c'est un peu tôt pour un barbecue... Tout seul en plus..." avant de comprendre.
TRAIL MAGICS! Je me frotte vigoureusement les yeux pour être certain de ne pas rêver. Je n'en reviens pas, le type m'accueille et commence à me cuisiner un breakfast et me faire du café. Je lui propose mon aide pour installer son stand. Il a prévu de rester 3 jours et a assez de provisions pour alimenter un régiment dans sa fourgonnette. Attirés par le bruit, pas moins de 8 marcheurs qui campaient à proximité sortent du bois, tous aussi ébahis que moi, avec un sourire jusqu'au oreilles! Impossible de mieux débuter une journée après les événements des précédents jours. Je me mets en route 2 heures plus tard, le ventre bien plein et le moral au plus haut.
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Cette journée fut symbolique pour plusieurs raisons. L'altitude moyenne du trail étant redescendue aux alentours de 2'000 mètres, le paysage s'est légérement modifié et renforce un sentiment de renaissance ou de nouveau départ. En effet, j'avais déjà remarqué sensiblement ce changement, mais j'en prends toute la mesure maintenant que le brouillard a disparu. L'herbe parsemée des prairies a laissé sa place à des buissons nains et aux mule ears (les oreilles de mules, des plantes avec d'énormes feuilles allongées et des fleurs jaunes), typiques de Californie du Nord. Les sommets enneigés ne sont plus visibles que dans le lointain et laissent place à des paysages vallonés de moyenne montagne. Autre fait marquant, la présence de pics et rocs volcaniques avec leurs formes agressives contraste avec les rondeurs et la volupté des roches granitiques, signe précurseur de la transition entre les chaînes de la Sierra Nevada et des Cascades. L'abaissement de l'altitude a également des effets dopants incroyables. Je n'ai pas remarqué la rarefaction de l'oxygène en haute altitude, par contre, je ressens clairement sa densification. En effet, tel une locomtive, je peux enchaîner les montées à un rythme endiablé sans jamais être essouflé!
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La pause de midi me permet de faire sécher toutes mes affaires au soleil. J'atteinds Carson Pass en fin d'après-midi. Étrangement, le coin est désert à part quelques marmottes. Il y a pourtant un "visitor center" (sorte d'office du tourisme) et l'état du sentier laisse supposer une fréquentation importante. Je continue dans le fond d'une vallée et visite un ranch datant du 19ème siècle, le Meiss Cabin.
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Le lendemain, il me reste une dizaine de miles avant d'arriver à Echo Lake, mon second point de récupération pour ma boîte postale. C'est une petite station touristique près de la ville de South Lake Tahoe. Le lac est entouré de chalets de vacance luxueux accessibles seulement à pied ou par bateau. Le seul magasin du coin fait également office de poste. La gestion de mon colis y est beaucoup plus aisée qu'à Tehachapi. Je prends les 5 jours de nourriture que j'y avais laissés et y dépose ma boîte à ours. Mon rythme de progression dépasse maintenant de plus de 25% mes estimations. J'adapte donc mon plan de ravitaillement pour les prochaines semaines car je n'ai pas envie de m'arrêter tous les 3 jours.
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Je monte en direction du Lake Aloha (photo). La tempête d'il y a deux jours a sembe-t-il été particulièrement violente dans le secteur : Le sentier est encore souvent inondé, et en deux endroits il plonge carrément dans le lac avant d'en ressortir une cinquantaine de mètres plus loin!
Dans l'après-midi, je dois faire un peu de hors sentier après m'être trompé de chemin en montant à Dicks Pass. En effet, Le nombre de sentiers secondaires et de bifurcations est impressionnant. En redescendant, je tombe sur un marcheur nommé Craig, que j'avais rencontré le matin même à Echo Lake. Il remonte la pente en sens inverse et m'affirme que nous ne sommes pas sur le PCT. Après un examen attentif de la carte, il s'avère qu'il a raison. Deuxième erreur d'orientation en moins de 2 heures, ce n'est pas glorieux. Heureusement qu'il était là car il m'a certainement évité quelques miles supplémentaires. Nous rebroussons chemin et continuons ensemble, jusqu'au moment où je décide de m'arrêter. Il continue. C'est bien la première fois que je rencontre un gars qui marche plus tard que moi!
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Dernière modification par Nolok (13-02-2016 17:12:45)

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#32 27-11-2014 14:27:54

gregca
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

génial le récit, on se régale... les paysages verdissent à mesure que tu montes vers le nord, j'aime beaucoup!

je découvre ici les "trail angels" et "trail magics" dont je n'avais jamais entendu parler... plutôt sympa comme concept... cela n'existe que sur le PCT ou est-ce un phénomène répandu outre atlantique?

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#33 27-11-2014 17:24:33

bruno7864
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Salut Nolok,
Merci pour ton récit cool cool . Attiré par le PCT et ce genre de traversées, on y apprend beaucoup de choses, sur l’organisation ainsi que sur les différents secteurs. La lecture de tes aventures m’insisterai à éviter la première partie trop sèche et monotone à mon goût.
J’ai beaucoup aimé aussi ta première remarque au moment du départ,  « partagé entre la sensation de liberté totale et le fait d’être au pied d’un mur sans fin » .........
et, alors que tu as 4 mois devant toi tu enquilles le chemin en brûlant les étapes, comme si que dès le premier pas ta liberté était perdue et comme si tu te devais de parcourir sans plus tarder l’intégralité de ce mur.... hmm ?. Les ampoules malheureusement te ramèneront à la raison, mais quel calvaire (déjà vécu) aie, aie, aie....aie wink

impatient de lire la suite smile

Dernière modification par bruno7864 (27-11-2014 17:25:37)

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#34 27-11-2014 17:39:02

thierry
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Vous avez aimé ... Alors je vous  conseille également la lecture sur ce forum du récit de jeanjacques : PCT - PCR: 3300km sur la Côte Ouest des Etats-Unis

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#35 27-11-2014 17:42:09

Alex@ndre
En quête de légèreté
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Décidément on a beaucoup de chance d'avoir des conteurs tel que toi sur Randonner léger pour découvrir ce qu'on a pas (encore)pu découvrir par soi même,et un style très agréable sans marquer précisément le jour que tu commente entre chaque photo,j'aime beaucoup car ça me rappelle qu'une fois parti sur un périple je perd très rapidement la notion des jours passé ....du coup je m'abonne aussi à la "rêverie"  wink  merci.

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#36 27-11-2014 18:20:22

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

gregca a écrit :

je découvre ici les "trail angels" et "trail magics" dont je n'avais jamais entendu parler... plutôt sympa comme concept... cela n'existe que sur le PCT ou est-ce un phénomène répandu outre atlantique?

Le concept est apparu, je suppose, sur l'Appalachian Trail puis s'est développé sur bon nombre de sentiers américains au fur et à mesure que ceux-ci gagnent en popularité et en fréquentation : PCT, Continental Divide Trail, Arizona Trail, Colorado Trail, etc...

bruno7864 a écrit :

La lecture de tes aventures m’insisterai à éviter la première partie trop sèche et monotone à mon goût.

C'est marrant, de mon point de vue, ce n'est clairement pas la moins intéressante. Ce que j'adore avec ce genre de rando, c'est le fait que lorsque les paysages deviennent monotones, il y a d'autres aspects qui prennent le relais. wink

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#37 27-11-2014 19:32:20

citral
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Passionant, tu as fait ces photos avec un compact ?

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#38 27-11-2014 22:17:17

Grands-Pas
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Ce genre de retour devrait être interdit tellement ça donne envie de se carapater  !

Après cette longue journée j'étais fumé comme un jambon serrano mais franchement tu m'as donné la pêche rien qu'en te lisant.

Merci Nolok  smile


" J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Étais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ? "

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#39 27-11-2014 22:40:37

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

>citral
Oui, un Panasonic Lumix LX3.

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#40 28-11-2014 00:10:37

Magne2
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Merci de se récit bien écrit , vivant ,de plus les photos sont excellentes cela m'a rappelé l'ascension du Mt Whitney dans l'antiquité en 1980  wink

Dernière modification par Magne2 (28-11-2014 00:11:06)


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#41 28-11-2014 02:18:08

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Magne2 a écrit :

Merci de ce récit bien écrit , vivant ,de plus les photos sont excellentes

+1 smile

les ambiances et paysages sont bien captées, je pensais pas ça aussi beau

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#42 28-11-2014 13:20:14

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Partie 3 - Northern California

Le lendemain, la matinée se déroule dans une forêt humide remplie de moustiques où je mets en pratique de manière exhaustive les façons d'éviter les arbres tombés sur le chemin. Sauter, escalader, enjamber, rouler, contourner, ramper, tout y passe. Il y en a tous les 10 mètres.
En fin de matinée, je rattrape Tramplite, un randonneur britannique que j'avais aperçu pour la première fois à l'aéroport... de Londres! Comme moi, il fabrique lui-même une partie de son matériel et j'avais lu quelques articles sur son blog auparavant. J'y avais d'ailleurs vu qu'il projetait de commencer le PCT à une date proche de la mienne. Cependant, j'étais loin de m'imaginer que nous prendrions le même vol pour San Diego. En fait, lorsque je l'ai revu après l'atterrissage au moment de récupérer les bagages, j'ai su que c'était lui, mais je me voyais mal l'accoster "Hé, salut! Je sais qui tu es, d'où tu viens et pourquoi tu es ici.". Je me doutais que nous allions nous rencontrer sur le chemin. Il est parti un jour après moi et m'a dépassé pendant que j'étais coincé à Wrightwood. Je lui explique toute cette histoire et nous rigolons un coup avant de commencer à examiner mutuellement nos affaires et à discuter de nos projets bricolage.
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Je le laisse partir devant. Nos chemins se recroiseront encore pendant près de 300 miles.
Après le passage sur une crête avec une jolie vue dégagée sur le lac Tahoe, je m'arrête au bord d'un petit ruisseau pour manger. Un super endroit sans moustiques, uniquement des mouches. De couleur grise foncée et avec les yeux rougeâtres, elles ont un look un peu démoniaque, mais je les laisse se poser sur mes pieds nus en me disant qu'elles allaient simplement sucer le sel s'y trouvant. L'opération chatouille un peu au début, puis une violente douleur survient. Je les éclaffe et vois des gouttes rouges perler sur mes pieds tout blancs. "NON!! Ne me dites pas que... Même les mouches sucent le sang dans ce foutu pays!!". Je me rhabille et dégage au plus vite. Je découvrirai le nom de cette calamité plus tard en parlant du phénomène à d'autres marcheurs : ce sont des horse-flies (littéralement mouches-cheval), de la même famille que les taons.
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La fin de la journée ainsi que la suivante se déroule tantôt sur les crêtes en compagnie des mouches, tantôt dans des forêts humides parmi les moustiques. Je me retrouve avec la partie supérieure du bras droit (bizarrement, le gauche beaucoup moins) criblée de piqûres.
Je rattrape Craig et je découvre qu'il est en quelque sorte une célébrité sur le PCT. En effet, il a effectué cette randonnée pour la première fois en 1996 et il est le créateur d'un site internet permettant aux débutants de planifier leur randonnée (Craig's PCT planner). Il habite tout près de l'endroit où nous nous trouvons et est très connu dans la région. Plusieurs marcheurs à la journée que nous croisons lisent régulièrement son blog et le reconnaissent. Nous nous séparons à Donner Pass où il fait du stop pour rejoindre son domicile à Truckee afin d'y fêter son anniveraire. Il m'apprend que Donner Pass est un lieu célèbre dans l'histoire américaine : au 19ème siècle, des pionniers se rendant en californie, bloqués par la neige, ont été contraints d'y passer l'hiver et d'avoir recours au cannibalisme pour survivre.
Le soir, je rencontre Lodgepole et Maverick, un tandem père-fils (soixantaine et trentaine) très sympathique. Ils vont se ravitailler à Sierra City, un hameau de 200 âmes situé à 1 mile du PCT. Je n'avais pas prévu de m'y arrêter, mais une de mes bretelles est en train de lâcher alors je les suis.
Un couple de trail angels tient l'une des deux auberges du village. Devinez comment ils font pour attirer, au détriment de leur unique concurrent, la totalité de la foule de marcheurs désireux d'étancher leur faim et leur soif hors du commun? En proposant douches, lessive et camping gratuit, pardi! Lors de la phase d'affluence des thru-hikers, l'auberge est d'ailleurs totalement fermée aux "normies" (le surnom donné par les propriétaires aux gens normaux) par un écriteau "fermé" sur la porte d'entrée, alors même que la salle à manger et le bar sont occupés par une dizaine de hikers. J'y apprends qu'un couple de suisses-allemands est passé par là deux semaines plus tôt.
La télévision ne parle que de la canicule et de la vague de chaleur frappant le sud-ouest des États-Unis ainsi que des incendies et des pompiers décédés. Je passe l'après-midi à effectuer des réparations et à me rafraîchir dans la rivière. Le soir, le repas pourtant copieux n'est pas suffisant et je cours au magasin à l'heure de la fermeture pour acheter un demi-gallon (2 litres) de crème glacée. Je le finirai aux trois quarts. Tout le monde, et moi le premier, se demande comment j'ai pu ingurgiter tout ça en un seul repas.
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De retour sur le trail, l'atmosphère caniculaire est lourde et pesante. Un orage éclate au loin, mais reste en marge du PCT.
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La journée suivante n'est pas des plus intéressantes. Le parcours se fait essentiellement dans des collines recouvertes de forêts à des altitudes comprises entre 1'000 et 1'500 mètres. J'en profite pour accélérer le rythme et je rejoins Tramplite en fin d'après-midi, juste à côté du pont traversant la Middle Fork Feather River. Il a déjà installé son bivouac et l'endroit est propice à la baignade. J'en profite pour faire trempette avant d'effectuer quelques miles supplémentaires. Ce sera ma plus grosse journée... pour le moment.
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Le matin suivant, au passage d'un ruisseau, je tombe sur Maverick qui filtre de l'eau. Nous repartons ensemble, mais il me distance rapidement en commençant à courrir "I'm sorry, I have to catch my old man!" (désolé, il faut que je rattrape mon paternel). Je le rattrape enfin après une quinzaine de miles. Il est en train de ranger ses affaires, mais toujours aucune trace de Lodgepole. Il repart en trottinant "Damn, my dad is always running!" (Mon père est toujours tellement pressé). Décidemment, ils forment un tandem insolite.
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Je les rejoins finalement tous deux juste avant d'entamer la terrible descente vers Belden. 1'500 mètres de dénivellé négatif en lacets jusqu'au fond de la vallée (photo). Belden est un lieu où se déroulent tout au long de l'année des festivals de musique et autres rave-parties. Nous sommes le jour de la fête nationale américaine (jeudi 4 juillet) et un gigantesque festival de musique électronique sur quatre jours vient de commencer. Ce n'est pas vraiment le meilleur endroit pour passer une nuit reposante. Nous mangeons un burger au restaurant avant de remonter dans la vallée en face. Complétement carbonisée, elle est couverte d'une plante urticante appelée "poison oak". Les signes distinctifs de cette plante sont des feuilles ressemblant à de la vigne avec un aspect vitreux allant du vert au rouge, avec toujours 3 feuilles par branche. Heureusement, je semble n'avoir aucune réaction. Ce n'est apparemment pas le cas de mes deux acolytes.
Le passage à Belden marque la fin de la Sierra Nevada. En effet, on distingue au loin le premier volcan de la chaîne volcanique des Cascades, le Lassen Peak, encore partiellement enneigé.
Au fur et à mesure que le trail s'enfonce dans les gigantesques forêts de Californie du Nord, les marcheurs se font plus rares. J'ai désormais dépassé et distancé la quasi-totalité des thru-hikers se dirigeant au nord et Sierra City fut le dernier endroit où j'ai cotoyé un groupe de plus de 3 personnes. La faune aussi, se fait plus timide que dans les parties désertiques, pourtant plus sèches. Tous ces éléments contribuent à rendre la marche de plus en plus méditative, si bien que je n'ai pas de souvenirs très précis de ces journées, par manque de repères temporels ou de paysages marquants.
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Je parviens au point symbolisant le milieu du PCT, marqué par une borne et y suis rejoins par Tramplite qui était sur mes talons. Nous cheminons ensemble jusqu'à la highway 36 où nous faisons du stop pour nous rendre à la ville de Chester. Nous nous séparons à la sortie du supermarché. J'ai décidé de retourner directement sur le PCT tandis qu'il prendra un jour de repos.
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L'itinéraire qui traverse le parc national volcanique de Lassen est un peu décevant, car à part le Boiling Springs Lake (photo), il passe à l'écart des zones volcaniques intéressantes (geysers, zones hydrothermales et sommet du Lassen Peak). J'apprendrai malheureusement seulement au retour les richesses de ce parc national et l'existence de sentiers permettant de les découvrir.
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Des biches gambadent dans les marécages. Mieux vaut ne pas bivouaquer à proximité sous peine de retrouver ses affaires couvertes de salive de bambi. Plusieurs marcheurs ont passé des nuits mouvementées avec ces animaux et m'ont fait part de leurs mauvaises expériences.
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Le trail chemine à présent à des altitudes de plaine à travers des paysages volcaniques. La vallée de Hat Creek (photos) a été totalement modelée par les coulées de lave provenant du volcan Lassen (photo). Ainsi, le paysage est constitué de plateaux situés à différentes altitudes et disposés en terrasses, avec des transitions entre les "étages" presque à pic. À un endroit, les plateaux intermédiaires s'effacent et le plateau le plus haut surplombe le fond de la vallée de plusieurs centaines de mètres.
Cet endroit est appelé "Hat Creek Rim" et le PCT reste naturellement au plus près du bord du précipice pour apprécier le spectacle grandiose. En contrepartie, cette section de 50 km ne dispose d'aucun approvisionnement en eau. Je profite du dernier point d'eau avant cette section pour visiter la "Subway Cave", un tunnel sous-terrain formé par l'écoulement de lave en fusion en dessous de la surface déjà solidifiée.
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Le Mount Shasta, plus haut volcan de Californie fait sa première apparition (tout au fond, à gauche).
Le chemin traverse ensuite des champs de lave. La roche volcanique est très aérée et donc légère et pleine d'aspérités, ce qui rend la marche assez pénible. Les cailloux de la taille d'un poing constituant le sentier sont très instables et entrent en mouvement dès qu'on mets le pied dessus.
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La région est réputée pour la pêche à la truite dans ses nombreux lacs. Je fais le plein d'eau dans une alevinière (Crystal Lake Fish Hatchery) et je visite les bassins remplis de poissons de différentes tailles.
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De temps à autre, des espaces dégagés me laissent entrevoir le Mount Shasta, qui, du haut de ses 4'317 mètres, domine outrageusement les collines alentours (maximum 1'500 mètres).
Depuis plusieurs jours, le chemin ne présente absolument aucune difficulté et j'avance depuis pas mal de temps déjà à une vitesse constante de 3 miles par heure. Cette vitesse est tellement constante que je ne vois plus aucune raison de dissocier l'écoulement du temps de la distance parcourue. C'est ainsi que je commence à compter le temps en miles. 1 mile = 20 minutes. J'invente de ce fait quelques expressions bizzaroïdes du genre "dans 3 miles" (dans une heure) ou "une pause de 1 mile" (une pause de 20 minutes réduisant ma distance journalière de 1 mile).
J'augmente progressivement les heures de marche quotidiennes jusqu'à atteindre 42 miles (67 km) en une seule journée! J'effectue désormais la majorité des tâches quotidiennes en marchant: manger, boire, lire la carte, brosser mes dents, enfiler et enlever ma veste,... Marcher pendant 8 heures d'affilée sans m'arrêter est paradoxalement devenu plus usant pour le moral que pour le physique. Pour y remédier, je fais une à deux fois par jour ce que j'ai baptisé comme étant des "pauses psychologiques de 1 mile". C'est-à-dire des pauses où je ne fais strictement rien, simplement m'assoir et contempler.
Il me reste une trentaine de miles avant d'atteindre mon prochain point de ravitaillement lorsque je tombe sur un groupe de 3 marcheurs (un américain, une française et un irlandais qui randonne en kilt) qui veulent, en marge du PCT, gravir le Mont Shasta. Je suis emballé par le projet et décide de les y accompagner. Nous nous donnons rendez-vous le lendemain dans la ville de Mount Shasta, située au pied du volcan. Ça tombe bien, c'est là que je vais me ravitailler!
Je marche donc mes 30 miles et arrive à la "I-5" (Interstate 5, prononcer Aïe-faïve) où je suis sensé faire du stop pour rejoindre la ville. Problème : ce n'est pas une route, c'est une autoroute! Elle est très frequentée, mais personne n'emprunte la sortie ici. Je comprends vite qu'il va falloir trouver une autre solution et me décide à marcher 2 miles vers l'ouest, vers un minuscule village nommé Castella, où se trouve une station service. Après avoir ingurgité le minimum syndical d'un demi-litre de crème glacée, je me poste sur la bretelle d'autoroute et attends... Aucune activité non plus. Une heure passe... Je m'assieds puis finis même par m'endormir un (court?) instant lorsque je suis réveillé par des klaxons. Ce sont les 3 marcheurs croisés le matin... debouts sur un pickup! Ils ont sympathisé avec deux jeunes passant leurs vacances en famille dans le coin! Je monte aussi et nous nous dirigeons vers leur maison de vacances. Il s'agit d'une immense villa avec un jardin qui descend jusque dans la rivière. Ils y ont aménagé des petits bassins avec les pierres de la rivière et nous découvrirons plus tard dans la nuit qu'ils ont même construit un foyer en plein milieu. Nous faisons la connaissance de leurs parents et ceux-ci nous préparent un véritable festin! Nous goûtons à la véritable magie d'un acte de "trail angélisme" entièrement spontané, bien loin de ceux institués dans le désert. Nous racontons tour à tour nos aventures jusque tard dans la nuit, devant le feu qui crépite au milieu de la rivière. La fille est également une voyageuse puisqu'elle a traversé le pays de long en large à bord de trains de marchandises.
Le lendemain, nous les remercions chaleureusement et nous rendons tous à la station service. Faire de l'autostop sur une autoroute n'est pas évident et l'est encore moins à 4. Nous finissons par appeler un taxi qui nous conduit enfin au centre de Mount Shasta. Après un passage à la pizzeria, nous sortons de la ville pour passer l'après-midi aux sources de la rivière Sacramento (Sacramento River Headwaters). L'eau qui jaillit de terre est extrêmement pure, et on raconte qu'elle est filtrée à travers la roche pendant plus de 60 ans. Beaucoup de touristes viennent y récolter quelques bouteilles du précieux sésame liquide. Cet endroit, tout comme la ville, est également un véritable repère de hippies et nous entendons plusieurs histoires et légendes selon lesquelles des esprits habitent sous le volcan. Ce n'est à mon avis pas un hasard si la ville d'à côté s'appelle "Weed".
Nous passons la nuit dans un motel et nous rendons le lendemain au magasin de montagne pour nous renseigner sur les modalités de l'ascension. Dû aux fortes chaleurs et à la faible quantité de neige, nous apprenons qu'il est dangereux de tenter le sommet en journée à cause des chutes de pierres. La voie normale (la plus directe et en temps normal la plus facile), exposée plein sud, est actuellement impraticable et on nous conseille l'itinéraire de la face ouest, moins exposé aux chaleurs. Il est préférable de partir vers minuit afin d'atteindre le sommet au lever du soleil, et de redescendre avant qu'il ne tape sur le versant. Nous remettons donc le projet au lendemain et passons la matinée au restaurant où nous commandons un breakfast gargantuesque. En effet, ce ne sont pas moins de trois assiettes qui se trouvent devant chacun de nous! La table n'est pas assez grande et les autres clients nous regardent bizarrement. lol Nous faisons ensuite notre ravitaillement pour la prochaine section du PCT et montons au point de départ de l'ascension. Le reste de l'après-midi est passé à méditer, au plus près des esprits, en compagnie d'autres hippies.
Debouts à minuit, nous nous mettons en route. Le chemin est facile à suivre jusqu'au moment où celui-ci disparaît subitement. À partir de ce point, nous déchantons rapidement. L'itinéraire, sans arrêt remodelé par les chutes de pierres et autres glissements de terrain, n'est pas du tout marqué et nous avons un mal de chien à nous orienter dans l'obscurité tout en évitant les plaques de glace. De plus, le terrain composé de cendres et de cailloux volcaniques est un véritable calvaire car, à chaque pas en avant, nous glissons de la même distance en arrière. Sans compter que cette poussière s'infiltre à une vitesse incroyable dans les chaussures, surtout lorsqu'elles ont des trous. Au lever du soleil, nous parvenons finalement au sommet d'une arête. Devant nous se dressent des pitons rocheux impressionnants entourés de plaques de glace pratiquement à pic. Impossible de continuer, nous abandonnons. Au camp de base, une carte nous indique que nous nous sommes retrouvés sur la voie d'alpinisme la plus difficile. Après analyse, nous avons commis beaucoup trop d'erreurs au vu des conditions pour espérer atteindre le sommet.
À 14 heures, nous sommes de retour sur le PCT. L'après-midi est assez compliquée à gérer après les 2000 mètres de dénivellé du matin. Je passe devant et fais une halte au bord de la rivière pour avaler un snack. Tout à coup, j'entends un bruit de feuilles mortes provenant d'un peu plus haut. D'un pas tranquille, sans se presser, un félin de grande taille de couleur beige, avec le bout de la queue noir descends la pente et s'approche de moi. "***** de *****, un puma!!" yikes Je me remérore rapidement quelques conversations au sujet des "mountain lions", mais je ne suis pas certain de la correspondance des deux termes et ne sais donc pas exactement quel comportement adopter. Ce dont je me souviens est de paraître très grand (c'est pas gagné) en portant éventuellement son sac au dessus de la tête et surtout ne jamais tourner le dos, tout en évitant le contact direct du regard. L'animal s'arrête à une trentaine de mètres de moi. Je me lève et lui fais face en hésitant à saisir mon appareil photo. C'est alors qu'il se mets à me souffler en me montrant ses crocs, tel un chat mécontent. Stressé, prêt à défendre ma vie, je saisis mon bâton et commence à lui parler avec un ton agressif et en faisant des gestes brusques "T'es qui toi? Qu'est ce que tu fais là? Tu veux te battre?..." Sans vraiment insister, il lâche l'affaire et retourne d'où il est venu, toujours aussi tranquillement, d'une manière presque décontractée. Une telle rencontre est une chance rare, surtout en plein jour. Avec du recul, j'ai toujours du mal à cerner ses intentions et me dis que la situation aurait pu mal tourner.
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Le massif rocheux de Castle Crags (photo). C'est au fond de cette vallée, en contrebas de l'endroit où a été prise cette photo que j'ai aperçu le puma.
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Après les 2 jours et demi de pause à Mount Shasta, je rattrape Backup, un randonneur d'une cinquantaine d'années que j'avais déjà rencontré près de la Hat Creek Rim. J'ai de la peine à avancer à cause d'un début d'irritation sous la plante des pieds à cause de la poussière volcanique de l'autre jour et je passe donc la journée en sa compagnie, à travers les magnifiques Marble Mountains. Il m'apprend que nous avons été dépassés par Anish, une fille qui tente le record de vitesse du sentier et aussi par Lint, qui l'accompagne pendant quelques jours. Dommage, je les ai manqués de quelques minutes et j'aurais bien voulu ne serait-ce que les apercevoir.
Le soir, à proximité de l'endroit où nous voulons établir le camp, je vois quelque chose bouger sur ma droite et m'arrête subitement. Un black bear adulte au pelage très sombre (malgré le nom, ce n'est pas forcément le cas) se trouve à une dizaine de mètres de nous! Alors que nous étions en train de parler, il ne nous a ni vu, ni entendu et continue à vaquer à ses occupations.
mqdefault.jpgVidéo de l'ours
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Le lendemain, mes problèmes d'irritations se sont aggravés et j'ai désormais des plaques rouges très douloureuses sous les pieds. Je m'arrête à la jonction avec la Highway 3 à Scott Mountain pour passer de la pommade. Celle-ci est salvatrice et améliore la situation en moins d'une demi-heure. Elle vient d'ailleurs de gagner définitivement sa place à vie dans mon kit pharmacie.
Vers 14 heures, alors que je remplis mes bouteilles à la rivière, débarque en trombe un jeune randonneur. Le type est hyper speed et me sort "Hey dude, do you know where the next water is? I'm going to Scott River tonight! Hope to see you there! Bye!" (Salut mec, tu sais où est le prochain point d'eau? Je bivouaque à Scott River ce soir, j'espère qu'on se verra là-bas! Ciao!). Pas le temps d'en placer une qu'il est déjà reparti. L'endroit qu'il m'a indiqué se trouve à une quinzaine de miles, c'est exactement la distance que je prévoyais parcourir et donc je l'y rejoins. Agé de 19 ans, il est en fait assez sympathique, bien que légèrement égocentrique et ultra-compétiteur. Son trail name, Lorax, provient d'un poème pour enfant (The Lorax), qu'il est capable de réciter en entier et sans aucune hésitation, exploit qui lui prend quasiment 1 mile (~15 minutes) vu la longueur du texte!
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Le jour suivant, nous repartons ensemble. Nous passons un panneau qui indique l'entrée dans la réserve naturelle "Russian Wilderness". Quelques centaines de mètres plus loin, un bruit étrange mais familier vient du plus profond de la forêt. On dirait... des loups?! Il y en a une sacrée meute en plus, au moins dix têtes! Mieux vaut ne pas trop traîner dans le coin! J'apprendrai plus tard en racontant cette histoire qu'il est probable qu'il s'agisse de coyotes plutôt que de loups. Cependant, nous ne nous sentions pas vraiment tranquilles sur le moment!
Nous nous séparons lors de la pause de midi à la jonction de la route menant à Etna. Contrairement à Lorax, je suis incapable d'enchaîner une journée de 13 heures sans rien avaler de consistant. J'apprécie également de prendre mon temps pour me reposer en milieu de journée. Je le retrouve le soir au bivouac.
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Debouts très tôt, nous prévoyons d'effectuer d'une traite les 40 miles qui nous séparent de Seiad Valley, une minuscule bourgade traversée par le PCT, afin de prendre un repas au restaurant.
D'énormes crottes d'ours jonchent le chemin et c'est sans surprise que j'en aperçois un, détalant à vive allure dans la prairie. Apparemment, celui-là avait une bonne vue, pas comme celui de l'autre soir.
Je rattrape Lorax, qui était parti 10 minutes avant moi, en milieu de journée. Je pense qu'il considère le fait que je sois le premier et unique marcheur à parvenir à le suivre pendant plus d'une heure et même à le rattraper, comme un exploit digne de son idole : le célèbre alpiniste suisse Ueli Steck. À partir de ce moment, il commence à m'appeler J-Ueli, qui s'est très vite contracté en Jueli. Il semble que j'aie enfin trouvé un trail name avec une histoire sympathique et c'est ainsi que je l'adopte. Certains avaient déjà essayé de m'en attribuer un auparavant, mais ceux-ci que je ne divulguerai pas, ne me convenaient pas vraiment.
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La descente vers Seiad Valley est interminable, et pour ne pas arranger les choses, les 6 derniers miles se déroulent sur une route goudronnée des plus monotones, véritable test pour notre détermination. Quelle n'est pas notre déception lorsque nous apprenons que le restaurant est fermé ce jour-là! La tenancière, qui habite juste à côté, nous apporte tout de même gracieusement un repas. Lorax se remet en route le soir même. Quant à moi, je passe la nuit sur une aire de pique-nique car je dois récupérer mon carton postal le lendemain.
Je suis encore à moitié endormi lorsqu'un randonneur passe à proximité de moi sans s'arrêter. Il ressemble à un zombie et porte seulement une ceinture avec une poche et des gourdes. C'est en mangeant une omelette au restaurant que je découvre qu'il s'agit de Zenmaster, un autre prétendant au record de vitesse, à la différence qu'il est supporté par une équipe complète à chaque croisement de route. Il ne porte donc que le strict minimum. Anish et lui se livrent une concurrence acharnée à distance (environ 100 miles les séparent), même s'ils se battent pour 2 records différents. En effet, une distinction est faite entre les records accompagnés (supported) et ceux en semi-autonomie (self-supported). La semi-autonomie est énormément plus contraignante puiqu'elle se base sur l'absence d'aide extérieure, c'est-à-dire aucune utilisation de véhicules (pas d'autostop) et aucune rencontre organisée. Le prétendant en semi-autonomie (aussi appelé "thru-hiker style") peut se ravitailler uniquement dans les magasins ou les bureaux de poste, ce qui rajoute plusieurs dizaines de miles de détours et exige également un sac complet en permanence. Le point intéressant à noter est que si Anish réalise le meilleur temps, elle détiendrait du coup les 2 records. De nombreux encouragements à son attention figurent dans les différents registres présents aux abords du trail ; rares sont ceux pour son concurrent. Enfin, un dernier détail: tous deux sont vegans et prouvent donc la soutenabilité de ce type d'alimentation lors d'efforts d'endurance de très longue durée.
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Je récupère ma boîte postale contenant ma dernière paire de chaussures et recharge mes batteries de téléphone et d'appareil photo avant de renvoyer mon colis plus loin. Je profite de ces quelques heures pour m'imprégner du calme et de la sereinité du lieu. Quelques mineurs et forestiers viennent prendre leur pause café au restaurant et profitent pour dire bonjour au tenancier du magasin situé dans le même bâtiment, tandis que les femmes s'occupent des chevaux. Ici, tout le monde se connaît et forme une communauté soudée où il semble faire bon vivre.
Je repars vers midi et entame la remontée sur la crête, à travers une zone incendiée couverte de poison oak. À peine une heure après le changement de chaussures, ressurgit ma tendinite au talon d'Achille. Il n'y a désormais plus aucun doute sur la cause du phénomène. Je ne m'inquiète pas trop car je sais que celui-ci s'estompera au fur et à mesure que la semelle s'usera.
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Le lendemain matin, je pénètre finalement dans l'état d'Oregon. Je quitte enfin la Californie après plus de 60% du parcours (1700 miles).

Dernière modification par Nolok (13-02-2016 21:35:24)

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#43 28-11-2014 19:03:54

gregca
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

t'as du bol niveau rencontres animalières! sympa les ours, les biches, le puma...

je venais de lire cet article juste avant....

mais quand même, c'est une chance exceptionnelle que tu as eu de vivre ca, surtout pour le puma!

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#44 28-11-2014 19:17:48

bruno7864
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

thierry a écrit :

Vous avez aimé ... Alors je vous  conseille également la lecture sur ce forum du récit de jeanjacques : PCT - PCR: 3300km sur la Côte Ouest des Etats-Unis

au risque de décevoir certains je préfère de loin celui de Nolok un peu plus humble

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#45 28-11-2014 19:21:14

Shanx
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Si ce n’est que maintenant que tu as eu ton nom de sentier, comment étais-tu appelé avant ? Anonymous Hiker ? tongue


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#46 28-11-2014 19:41:42

ith
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

bruno7864 a écrit :
thierry a écrit :

Vous avez aimé ... Alors je vous  conseille également la lecture sur ce forum du récit de jeanjacques : PCT - PCR: 3300km sur la Côte Ouest des Etats-Unis

au risque de décevoir certains je préfère de loin celui de Nolok un peu plus humble

Merci à Nolok de nous faire partager ce magnifique récit, très bien construit et très instructif.  smile

AMHA, il ne faut pas opposer un style à un autre, chacun a sa personnalité et son ressenti. Les personnes qui font ce style de randonnée (peut-on parler de randonnée?) le font avant tout pour eux. Ceux qui relatent leur expérience "ouvrent des voies" et permettent ainsi aux autres de s'y engouffrer selon leurs ressentis. 

Les personnalités diffèrent, les lecteurs diffèrent...il n'y a pas de bon ou de mauvais récits. Certains aiment raconter une épopée, d'autres aiment les récits bien léchés, d'autres manient la gouaille et l'ironie avec une pointe de cynisme, d'autres sont factuels et sans fard...Tout au plus on n'est pas obligé de relire ceux qui nous plaisent moins parce qu'ils ne correspondent pas à notre vision du monde.

Moi je leur dis à tous : merci pour le partage!  tongue


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#47 28-11-2014 20:28:55

Nolok
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

gregca a écrit :

t'as du bol niveau rencontres animalières!

Pour le puma, je veux bien. Mais il faut vraiment avoir un manque de bol incroyable pour ne pas voir un seul ours ou des biches sur un thru-hike du PCT wink

Shanx a écrit :

Si ce n’est que maintenant que tu as eu ton nom de sentier, comment étais-tu appelé avant ? Anonymous Hiker ?

J'utilisais tout simplement mon prénom. Quelques-uns avaient essayé de m'attribuer un trail name avant ça. Entre les saignements de nez dans le désert, le fait de marcher 40 miles avec une infection au pied et la traversée d'un incendie de forêt en camion de pompier, il y avait de quoi faire! lol Sauf qu'aucun ne me plaisait et ne me correspondait vraiment...

Dernière modification par Nolok (28-11-2014 20:35:29)

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#48 29-11-2014 06:55:12

yplusx
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Nolok a écrit :

Pour le puma, je veux bien. Mais il faut vraiment avoir un manque de bol incroyable pour ne pas voir un seul ours ou des biches sur un thru-hike du PCT wink

carrément, ils sont bien paumé ici.

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#49 29-11-2014 11:20:28

highpictv
dit "Hichpyche"
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Des moustiques, des taons, des plantes urticantes, des ours, des pumas, des ampoules, des tendinites, des incendies, des vents de dingues, ... ça fait vraiment réver lol (jamais vous ne me trainerez dans un tel merdier big_smile)

Sinon super récit, merci, ça fait plaisir a lire !

EDIT : tient en parlant d'ours et de film : http://www.francetvinfo.fr/monde/ameriq … /titre1%5D hmm


- Mieux vaut être mort en vallée d'Aure que vivant en vallée de Campan (proverbe local) -
Mes randos dans mon trombino.

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#50 29-11-2014 11:52:47

philip
achemeneu !
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Re : [Récit + liste] Pacific Crest Trail

Chouette récit, je n'ai pas eu l'occasion de te remercier pour ton retour dans les Alpes suisses, surtout quand on sait le temps que ça prend...Alors un grand merci Nolok pour ces fabuleux retours et ces magnifiques photos !

Je m'abonne à celui-ci aussi avec un grand plaisir !  smile

J'ai lu sur le net le retour d'un breton ayant tenté le PCT cette année (Boris on the PCT), et je trouve que c'est enrichissant d'avoir des points de vue différents (comme celui de jj) sur une balade au long cours comme le PCT.

D'ailleurs en passant, le récit de Boris m'avait assez interpellé car, s'il prenait beaucoup de plaisir au début, au fil de son retour, il en ressortait principalement ses souffrances et ses douleurs au quotidien d'avoir à porter son sac au demeurant pas UL du tout... Il a finit d'ailleurs par laisser tomber le PCT car ses problèmes de santé (dues à une perte importante de poids cumulée à un sac trop lourd) l'avaient contraint à abandonner le trail...

Ça amène vraiment une réflexion sur la MUL ce genre de récit.

PS : comme sur ton récit sur les Alpes suisses, je trouve tes photos magnifiques, tu utilises quel APN ? Le même pour les deux balades ?


"On n'accumule pas, on élimine. Le sommet de l'éducation ramène toujours à la simplicité" B.WILLIS

"Ce que nous persistons à faire devient plus facile, non que la nature de la tâche ait changé, mais parce que notre capacité à l'accomplir s'est accrue." R.EMERSON

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