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#1 25-12-2015 00:24:54

Jobig
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[Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

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Comme promis, je vous livre aujourd'hui la première partie des flâneries lacustres que je m'étais offertes en septembre. La suite demain ou après demain... Joyeux Noël à tous ! Nedeleg laouen dac'h oll !

Jobig

Glandouillage, avant-propos : Pont d’Espagne – Refuge Wallon
Distance : 8.2 km
D + : 465
D - : 60

« Vous êtes seul : venez donc avec nous ! » M’invite pour la seconde fois la jeune femme brune aux châsses d’une noirceur pétulante qui me fait face à une des tables communes du réfectoire en ce dimanche soir passé au refuge Wallon. Décidément, elle y tient la frangine. Le timbre de sa voix est accrocheur, avec quelque chose de terriblement bienveillant. Une heure qu’on se raconte par le menu autour des carafons de pinard et des plats de lentilles qui s’entassent vides sur la table… Un petit coup d’œil à mon voisin de droite me laisse perplexe… une petite lueur inquiète s’est allumée fugacement dans ses yeux. Je commence à respirer la vape*. Aïe ! Je viens de mettre les pieds dans un plan drague et ça ne se passe pas au mieux des mâles espérances du gazier pour lequel la perspective de tenir la chandelle ne doit pas survolter l’enthousiasme. Un jovial, pourtant. Un type d’Albi, peintre en bâtiment qui pointe à Pôle Emploi. La Crise, hélas. On a sympathisé immédiatement tous les deux. Mes compagnons de table sont quatre, en fait : deux femmes et deux hommes. A part mon prolo du BTP, ils sont tous fonctionnaires. Très couleur locale. Ils n’ont pas l’air de se connaître vraiment, c’est l’impression que j’en ai. Mais ça débagoule dans des sonorités toulousaines à me faire oublier mon accent carhaisien. big_smile Celui qui me semble le plus expérimenté de la matière pyrénéenne fait office de guide. Il m’explique, cartes en mains, le détail de leur balade : un La Raillère aller et retour par Wallon, les Oulettes, le col d’Araillé, le lac d’Estom et la vallée du Lutour. Du classique mais ce n’est pas exactement ma route. Sinon, qui sait si je ne me serais pas laissé tenter par la fougue prosélyte de cette brune occitane… Le cicérone-cartographe de cette joyeuse compagnie dont l’accent de Toulouse aurait haché menu feu Nougaro lui-même finit par m’avouer qu’une partie de sa famille est originaire de Carhaix !… Je n’arbore jamais le Gwen-ha-Du sur ma petite personne mais, comme vous pouvez le constater sur RL, on peut compter sur moi pour faire savoir que je suis Breton… Entre nous, rien de mieux pour délier la langue d’un(e) autre Breton(ne) à l’étranger… cool

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En avant pour de nouvelles aventures...

Moi qui cette année ascensionne pour la troisième fois les Pyrénées (record battu !), je me vois plutôt faire des ronds dans la montagne au gré de mes envies, sans plan clairement défini. Tout ce que je sais, c’est que je franchirai la frontière un moment ou à un autre pour me transporter vers Bachimaña et Gramatuero. La soif d’apprendre déclinée aux couleurs d’un éloge à la paresse randonneuse. Trois ou quatre jours de déambulations libres dans les vertes Pyrénées. En commençant par la livraison d’un « Giono » au refuge Wallon : respecter la parole naguère donnée à ester, telle est ma mission du moment sur cette terre… smile je dis bien du moment car j’en ai accepté une autre, des plus saugrenue, que je vous raconterai dans l’épilogue… wink

La nuit a abattu sur la vallée son couvercle nuageux, d’une obscurité cendreuse en cette fin d’été. Il est temps de penser à la séquence bivouac du programme. Exclamation d’effroi de ma belle toulousaine :  « Mais il va faire froid dehors cette nuit, ça va geler… ! » On sent la frileuse, là… Mais elle n’a pas tort sur le fond : je risque bien de me cogner les premières gelées de septembre. Je me lève alors que quatre paires d’yeux incrédules et vaguement goguenards me fixent lourdement. Le braquage en règle pendant que je vais chercher mon sac. roll Il est vrai que je leur avais expliqué ma démarche dans les grandes lignes (sans m’étendre sur la MUL ou RL en particulier car je sentais bien qu’ils n’étaient pas demandeurs) et qu’ils savaient que je dormirai à la belle étoile. Et encore, j’avais omis de leur parler de la couette Cumulus parce que déjà l’évocation de ma future nuit sans abri présumée boréale - ou surtout sans tente - leur avait paru aussi incongrue qu’un régime de bananes sur la banquise... On en vient à s’autocensurer pour ne pas passer pour des malades… ou tout simplement pour éviter de se lancer dans des démonstrations sans fin devant l’incrédulité ou le scepticisme. Ça c’est valable quand on est deux : le contradicteur se fatigue plus vite. Sans garantie du résultat, faut admettre. Plus la satisfaction un rien vaniteuse d’avoir remporté la joute verbale. tongue big_smile

Ce soir je prêche – stoïquement – par l’exemple : toute la Garonne me regarde ! C’est vrai que ça commence à peler sévère dès que je franchis le seuil de la porte… Mais l’excitation de tester mon couchage par temps froid l’emporte sur toute autre considération. La carafe de rouquin liquidée tout à l’heure fait le reste… J’avais repéré en arrivant un spot à peu près plat en très légère pente calée contre une mini-barre rocheuse, dégagé des bouses très envahissantes du vallon, à deux pas du sentier qui mène vers Loubosso et le col de la Fache. J’y étale mon sursac dans l’obscurité, gonfle le matelas, enveloppe ce dernier de la couette et introduit le tout dans le sursac. La routine, quoi. Le geste chirurgical. Je décide de garder mes chaussures non sans les délasser préalablement (je suis un adepte du pipi nocturne), j’enfile ma doudoune, me recouvre la tête de mon shemagh façon SAS. Jobig ferme les yeux : pendant un court instant, il est redevenu le jeune homme de 18 ans qu’un rêve fou né de la colère jeta éperdu dans les landes bretonnes avec ses frères (et sœurs) d’armes… la tendresse révoltée au diapason de « Princes, entendez bien » … pour LA Cause…, ou le gracile para « du 6 » crapahutant au camp de Caylus, ou encore... Stop ! La nostalgie resquilleuse, les mélancolies dévoreuses, le regret sinueux, le post-traumatique frappeur, c'était l'épisode précédent. Cette fois, on s’essaye à autre chose. Dormir par exemple. lol

* Respirer la vape : sentir le coup fourré, piger

Glandouillage, première partie : le tour des lacs

Distance : 12 km
D + : 678
D - : 902

Je m’enfonce dans les toiles. Vers 4 heures du matin, le froid vient me mordre légèrement le haut d’une cuisse. Ça me réveille. Stupéfaction ! Le ciel s’est complètement découvert : de ma couche, je contemple immobile la voie lactée dans un silence glacé ; les pics de Pantet, d’Arailhous et d’Affron se détachent du firmament comme en plein jour tellement les étoiles brillent là-haut. Une légère pression des doigts sur le pertex de mon sursac rencontre des surfaces rugueuses et gelées, l’herbe scintille partout et craque sous les oscillations du matelas… du givre ! yikes et je bivouaque à moins de 2000 M d’altitude ! mais le gave est tout proche aussi… Je me replonge dans les vapes, bercé par le bruissement hypnotique de l’eau… 

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L'aube se lève

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Quelqu'un a du dégivreur sur lui ?

Il est 7 heures. Je bondis hors de ma couette : revue de matériel, dégivrage énergique et brassage rapide. Malgré mes Meindl, le froid venant du sol me colle aux pieds comme le goulot d’un aspirateur en marche plaqué contre une pièce de tissus. Heureusement que pour la nuit j’avais pensé au matelas néoair plus isolant mais je regrette d’avoir omis une paire de chaussettes plus chaudes dans mon paquetage de réserve. Je remonte au baraquement pour y faire de l’eau et retrouve mon entreprenante toulousaine de la veille. Le teint pas très frais ; la nuit en refuge a dû être un peu difficile... Elle n’aime vraiment pas le froid, cézigue. Je l’observe qui enfile consciencieusement sa troisième couche… pour les jambes. Je trouve que pour grimper au col d’Arratille c’est excessivement prévoyant. wink Devant mon regard interrogateur elle chantonne de sa voix qui n’a rien perdu de sa grâce : 

« Je suis une fille du Sud, j’adore le soleil et la chaleur ! » That’s her Climb and Rock attitude. Yeah ! big_smile

Un percolateur bouillonnant trône sur une table de la terrasse. On y tonitrue comme dans une foire aux bestiaux. Des voix d’hommes habitués à parler fort. Une bande de bergers vient de faire irruption, sacs à dos un peu miteux à l’intérieur desquels on flaire  le nécessaire très dégraissé. Vestes de treillis rapiécées sur les endosses, ils sont emmitouflés comme peuvent l’être des types qui viennent de passer une nuit dehors… et exhibent une barbe d’un ou deux jours. Certains tiennent une crosse au fer recourbé brandie solidement. C’est le gardien qui les accueille, on est entre gens de bonne compagnie… Ils s’en vont à la recherche de leurs bêtes. Un troupeau de brebis qui s’est éparpillé sur un espace couvrant plusieurs kilomètres carré : « De Baysellance à Cambalès ! » Une équipe prend la route du lac de la Badette, une autre celle des lacs de Péterneille. Ils ont beau filer comme des isards, ils n’ont pas fini de faire des ronds dans la montagne, ceux-là… hmm

Je cause, je cause, mais je n’ai toujours pas esquissé le moindre pas en direction d’un quelconque sentier montagnard… Il est temps pour moi de faire mes adieux à mes amis de la Ville Rose et de prendre la direction du Pé deth mailh. Une envie. La suite ? le tour des lacs : Nère, Pourtet, Embarrat… une boucle pépère avec escale contemplative les pieds dans l’eau, ou presque, devant le pic de Bassia et les aiguilles acérées du pic Arrouy cool. A hauteur de la bifurcation vers les lacs d’Opale, pas très loin de la toue ruinée, une tente toute gelée se tient un peu à l’écart dans la pénombre qui n’est déjà plus qu’un souvenir sur les versants Est du pic de Bernat et du tuc de Bassia. Je passe mon chemin. En me retournant je peux admirer plus au Sud la Grande Fache qui domine toutes ces vallées frontalières. Je lui ai toujours trouvé un côté pyramidal digne du Plateau de Gizeh, à cézigue. La température commence à grimper : il va faire beau. J’enlève ma Ullfrotté et ne garde que ma chemise en soie nouvellement acquise sur ma peau si tendre : elle le vaut bien. Le shemagh sur les épaules histoire de réguler ma transpiration et me protéger rapidement du vent coulis qui ne manque jamais de vous transpercer à la surprenante sur les terrains exposés. Le silence est à peine rompu par le sifflet de marmottes aux aguets. En fait, en dehors du bruit de mes grôles qui crissent faiblement sur la pierre sèche du sentier il n’y a rien qui vienne troubler la quiétude des lieux. Je suis seul. Tout l’avantage du mois de septembre dans un secteur plutôt fréquenté pendant la pleine saison. Une poussée énergique me mène au lac Nère encore partiellement noyé dans l’ombre. Le voilà bien nommé ! wink

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La VFache !

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Le lac Nère broie du noir

Un dernier ressaut et je me hisse sur le plat qui conduit au lac du Pourtet. Juste après la toue, dans le chaos, un drôle d’animal cornu, isolé, debout dans la tourbière à l’écart d’une mare, attire mon attention. Une licorne ? Un bélier ? Non, une brebis à corne… il n’y a pas qu’à Ouessant qu’on en trouve ! La bête claudique de la patte avant gauche. Je sens qu’elle est en détresse. Blessure ? Maladie parasitaire ? Prudemment elle s’avance vers moi. Quelques pas seulement. Je m’approche à mon tour, doucement. Une petite embardée sur le côté m’avertit qu’il ne faut pas pousser plus loin les familiarités. hmm Je pense immédiatement aux bergers de tout à l’heure et prends un cliché de la bestiole pour identification de la marque bleue qu’elle porte sur le haut du dos. Je me trouve à plus d’une heure de marche de Wallon et, comme en juillet, il n’y a pas de réseau. Impossible d’avertir le refuge et de toute façon, les bergers sont loin maintenant. La cerise. roll Je me dis qu’à cette époque de l’année, j’ai des chances de tomber sur d’autres pâtres plus bas vers les lacs de l’Embarrat ou plus probablement vers l’arrailhé du Clot, une voie privilégiée des troupeaux à la verticale du col de la Haugade (faut le savoir ! mais à force de crapahuter dans les environs j’ai fini par me fixer des repères à peu près invisibles au commun des visiteurs). Cet imprévu met à l’épreuve mes dispositions à la compassion d’animal vaguement social envers les autres animaux. Sursum cordia ! Cette fois c’est mézigue qui s’auto-missionne, mais il est encore bien tôt pour voler à la recherche du sauveur providentiel… du Bon Berger ? Parce que je ne me vois pas ramener cette brebis égarée sur mes seules épaules ! big_smile

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La brebis égarée...

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Le Bon Berger ! Détail de la mosaïque paléochrétienne de la basilique patriarcale d'Aquilée, 4ème siècle de notre ère

Je me surprends à songer qu’il y a de nombreuses années, il m’avait été donné d’entendre – à défaut de pouvoir la suivre – une conversation sifflée entre deux bergers qui s’interpellaient de l’autre côté du col de Courougnalas, aux alentours du lac du Hourat. smile J’ignore si cette façon de communiquer se pratique encore. Elle était déjà, en 1983 ou 1984, en voie de disparition. Je poursuis donc en direction du lac du Pourtet pour un arrêt buffet. Halte que je compte mettre à contribution pour faire sécher mon couchage qui a dû s’imprégner de l’humidité de cette nuit. Brin de toilette et travaux ménagers accomplis, je me pose sur un rocher au-dessus du lac, mon bouquin dans les mains, tout à la contemplation du pic de Bassia dont la majesté se reflète dans le miroir d’eau sous mes pieds nus. Un chapitre plus tard, mon regard périphérique surprend une forme qui s’approche. Une jeune fille solitaire. Elle s’installe à bonne distance de moi sur une bosse et entame sa pause casse-croûte. Il fait bon, j’en oublie mon mouton égaré. Au chapitre suivant, voici la demoiselle qui se lève, enfile son sac et me fait un petit signe de salut de la main auquel je réponds chaleureusement. Mignonne, va ! Elle continue vers Wallon visiblement… et je la laisse filer sans broncher. Si les cons apprenaient à voler je me dis que je serais facilement promu chef d’escadrille. Une vocation. Je plane tellement que je n’ai même pas la présence d’esprit de la rattraper pour lui signaler la brebis malade… Mais quel gland ! Le temps que je me rende compte de ma bévue, elle a déjà disparu derrière les gros blocs où se faufile le sentier et il me faut remettre mes pompes. Le handicap commence à se mesurer en centaines de mètres. Le dilemme : poursuivre ou laisser tomber ? A s’en faire saigner le cervelet… Si je la prends en chasse, je risque de lui filer les flubes. La sainte trouille féminine avec sa cascade d’embrouilles, un vrai cinoche : la poursuite du satyre infernale, la polissonnerie féroce dans les alpages, le fait divers dramatique atroce à la une du journal Sud-Ouest. big_smile wink hmm De quoi se retourner les foies. Je laisse béton et lève le camp à mon tour, ramasse tout mon bardas et amorce la descente vers les lacs d’Embarrat en ne sachant quoi maudire de ma propre distraction ou de l’excessive prudence des filles. roll

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Le pic de Bassia comme surgi du lac du Pourtet

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Les aiguilles du pic Arrouy

Je vais essayer de réparer ma bourde. Bien temps. Sur la gauche, au-dessus du lac supérieur, je frime la sente qui mène au col de la Haugade en longeant les aiguilles de Castet Abarca. Ce chemin, c’est peut-être la voie du salut pour la brebis boiteuse. Je m’y engage prestement. Le panorama dégagé dévoile un horizon hérissé de tous les pics renommés de la Bigorre : Vignemale, Ardiden, pic du Midi et son observatoire… Castet Abarca est un balcon d’observation privilégié, du paysage bien sûr, mais aussi des rapaces pour peu qu’une carcasse d’isard ou d’ovin soit piégée dans une hourquette ou dans des éboulis. J’y ai pu observer en 2009 un gypaète barbu planant parmi des vautours fauves qui tournoyaient autour du cadavre d’une brebis. Aujourd’hui, nada. La sonnerie de mon portable m’indique brusquement une fenêtre de réseau… pendant seulement quelques secondes. Merde ! neutral Je poursuis jusqu’à l’embranchement avec le sentier qui plonge au beau milieu de l’Arailhé du Clot(t). Le col de la Haugade, à un petit quart d’heure de là, plus haut, me fait penser au film de Imamura « La ballade de Narayama », vous savez : la séquence dans laquelle le fils aîné portant sa mère sur le dos arrive en vue du col qui marque la limite avec la nécropole… peu engageante, vu d’où je me tiens, cette Héougade dont le sens n’a aucun rapport avec un quelconque cimetière puisque le toponyme désigne une fougeraie… peu m’en chaut puisque je n’ai rien à y faire, finalement. L’œil scrutateur, je fouille les contrebas de la zone d’éboulis à la recherche de quelque troupeau. Mais rien de rien, point de tintement de clochetons caractéristique non plus, même assourdi. roll Je suis tout seul dans la montagne, un sentiment qui se fait légèrement oppressant dans ce glacis rocailleux dévasté et que renforce le silence qui à chaque seconde s’alourdit sous ce ciel bleu figé et transparent que la lune diurne traverse lentement. Je déteste ces acoustiques assourdies qui n’ont rien d’apaisant. sad

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En avant vers la Haugade... C'est un moment d'intensité dramatique, en fait !

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Lune diurne quelque part au-dessus de Castet Abarca

Un peu déçu, je reviens sur mes pas et redescends vers les lacs et leur vallon suspendu, immémorial lieu de pâture où les traces archéologiques ténues de sépultures quelque peu arasées attestent de l’activité humaine depuis la fin du néolithique. Faut bien que mon récit mérite son titre… wink Retour à la multitude car ça grouille tapageusement près des plans d’eau, principalement des retraités qui suent sang et eau sur le sentier et quelques baigneurs à la sauvette. Je vais croiser ou doubler des dizaines de seniors et devoir répondre à la sempiternelle question : « c’est encore loin ? » sans trop savoir d’ailleurs de quelle destination on s’enquiert au juste... Soudain, à hauteur d’un éperon rocheux situé à la cote 2081, je perçois un tintamarre de clochettes plus bas dans une cuvette où s’étalent une mare et son marigot. Gagné. smile J’accélère le pas. Je vole à présent, un binôme de bergers en ligne de mire. Ils sont trop loin pour que ma voix puisse porter efficacement. Va falloir houiller, mon gars. Car mes gaziers, eux, malgré les bêlantes toujours prêtes à folâtrer dans les buissons d’herbe tendre, calousent comme si la montagne allait leur tomber dessus. yikes Les chiens sont d’une efficacité redoutable, rabattant le troupeau, le canalisant sur le sentier sans coup férir. Je finis par les rattraper et leur explique la situation. Quel marquage qu’ils me demandent ? une photo vaut mieux qu’un long discours. Ils remettent. Mais la brebis cornue n’est pas à eux. Ils me confirment qu’elle appartient aux bergers rencontrés ce matin à Wallon. Je leur demande s’ils ont les moyens de donner l’alerte. Ils opinent. Me voilà rassuré. Je peux continuer le cœur léger, précédant les travailleurs pastoraux dans leur course forcenée vers la vallée du Marcadau. Un vrai Jésus… lol

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Les lacs suspendus d'Embarrat (tautologie...)

Mon intention est de m’arrêter pour la nuit à la cabane qui se trouve à quelques centaines de mètres du pont du Cayan. Histoire de varier les plaisirs. C’est un peu crade à l’intérieur mais on s’en contentera. Le coin est généralement plutôt frais le matin, en revanche les soirées y sont douces. Faut aimer le brouhaha du gave tout proche. tongue On peut faire de l’eau à une source située sous le sentier de l’Embarrat à une trentaine de mètres du « pont » du Cayan. C’est le premier des quatre ou cinq points d’eau potables que l’on peut rencontrer sur le chemin du refuge Wallon auxquels peu de monde accorde une réelle attention. A tort. Un peu de toilettage à l’intérieur m’offre l’occasion de coincer une grosse branche ébarbée complètement desséchée entre un rebord de cheminée et le linteau d’une fenêtre afin d’y suspendre mon sac à dos. Gare aux gaspards* ! Je passe ma fin d’après midi allongé sur l’herbe devant la cabane et m’absorbe totalement dans la lecture. Popote au gaz d’une polenta à la cassonade agrémentée de tranches de lomo acheté à Cauterets et dodo… tongue

* Cerise : la guigne, la déveine
* Gaspards : rats

Edit : émoticônes

Dernière modification par Jobig (03-01-2016 15:04:06)


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#2 25-12-2015 10:45:38

lynx18
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Excellent, Jobig, merci pour le cadeau de Noêl.. smile

Les conversations sifflées ont fait l'objet récent de reportages TV : je ne sais plus sur quelle chaine d'info ni quand, mais c'était cette semaine : dans le sud,un prof essayait d'initier des collégiens au langage sifflé des bergers, en espérant que cette tradition puisse perdurer..

édit : ce devait être France 3 :http://france3-regions.francetvinfo.fr/ … 79647.html la vidéo des enfants se trouve en bas de page

et en université aussi : http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2 … 280673.php

Dernière modification par lynx18 (25-12-2015 11:04:40)

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#3 25-12-2015 11:13:08

SionBhravi
Mul Nul
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Jobig a écrit :

film de Kurosawa « La ballade de Narayama »

Rendons à Kinoshita ou à Imamura...


Et toujours, partout, cet irrésistible besoin d'aller voir ce qu'il y a après, surtout si on ne peut y aller qu'à pied.

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#4 25-12-2015 14:57:41

You
Ptit lapin givré
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Chouette plume, c'est un plaisir que de te lire smile


There is a curse. They say : "May You Live in Interesting Times" (Terry Pratchett)
"Le froid est pour moi le prix de la liberté" (Elsa, Reine des Neiges) / "La météo, c'est dans la tête" / φ / (⧖)

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#5 25-12-2015 19:20:50

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Salut Lynx,  smile

Merci de ta visite. Je suis heureux d'apprendre que le langage sifflé fasse l'objet d'une tentative de transmission !  smile

@ SionBhravi,  smile

Tu as parfaitement raison : il s'agit bien d'Imamura. Je m'en vais rectifier immédiatement cette bourde !

@ you,  smile

Merci pour le compliment ! attends la suite ! big_smile wink

Oli_v_ier, j'ai reçu un message d'erreur lors de ma première tentative de mise en ligne. Du coup, il y une version de trop des Flâneries dans la rubrique Retours de terrain... hmm roll

Je vous balance la suite incessamment sous peu ! tongue

Jobig


From each according to their ability, to each according to their needs.

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#6 25-12-2015 19:46:26

ester
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour Jobig,  smile
Bonjour à tous,  smile

Un beau cadeau de Noël, l'attente en valait la chandelle, ce dont je ne doutais pas !
Grand merci à toi, Jobig !
J'attends que le temps s'arrête un peu pour lire avec délectation, mais déjà, j'ai admiré les photos ! cool

Nedeleg laouen ! smile


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#7 25-12-2015 20:22:54

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Glandouillage, 2ème partie : Pouey Trénous – retour à Wallon
Distance : 12.5 km
D +  882
D – 657

Plutôt bien pioncé dans cette pièce unique en terre battue saturée des effluves de charbon humide qui s’exhalent de la cheminée. J’avais laissé la porte grande ouverte à côté. Une ou deux incursions de rongeurs homologuées dans la nuit… tongue Ce matin je suis fermement résolu… à glandouiller comme hier. Point de course seulâbre à l’adrénaline… Mauvais pour la santé, surtout passé la cinquantaine : l’addiction dévorante, le fléau du guignol à la ramasse… le billet de réservation en salle de réa. neutral Refus franc et massif. Et autant l’avouer, je ne me sens pas d’humeur à franchir des cols à 3000 M sous un orage ou faire des pointes en tutu sur des arêtes vertigineuses dans le brouillard. La jeunesse, ah, la jeunesse ! légère, pressée, gloutonne, insatiable, vigoureuse, sensuelle, peut tout, doit tout se permettre, tout oser. Mais moi qui suis un vieux sage solitaire bien conscient de sa fin prochaine, je pense comme l’Ecclésiaste (I, 3) qui clame :

(…)
Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :   
un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;
un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ;
un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ;
un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements ;
un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter ;
un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler ;
un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

(…)

wink wink wink

Et le vieux sage à la philosophie bien terrienne va se retirer à Pouey Trénous. Pour la journée. Histoire de prendre le temps comme il vient, lui aussi… avec sous le bras « Hommage à la Catalogne » de George Orwell parce que même s’il y a un temps pour toutes les sagesses d’ancienneté immémoriale, faudrait voir à ne pas oublier ses fondamentaux. Merdre. Considérez qu’il s’agit là d’une pause entre deux flâneries lacustres, parce qu’il y a pas lerchouille de lacs dans le coin (à part quelques minuscules laquets plus ou moins évaporés, coincés dans des raillères haut perchées dont la reconnaissance ne s’accorde guère avec mon humeur galvaudeuse)… Et le programme ? une fois pour toute : il n’y a pas de programme ! wink

Fait encore frisquet ce matin. Moins qu’hier. Je remets la toilette à plus tard, dans le vallon, là-haut : y a un temps pour tout… wink J’y suis déjà monté à Pouey Trénous… Le bijou minéral, le trésor faunistique et végétal des vallées cauterésiennes ; un jardin paysager à l’anglaise au tendre gazon suspendu où on s’attend à franchir à tout instant un ha-ha. Je sais : d’autres ont plutôt des nipponeries dans les yeux ou sous le clavier pour en parler. Tout ça pour dire qu’elle est choucarde la vallée… Enfin, personne n’a eu l’idée d’y édifier un cottage ou un manor, heureusement, car les anachorètes de mon acabit en font volontiers leur désert (au sens médiéval). C’est accessoirement un passage obligé pour ceux qui, partant du Pont d’Espagne, entreprennent une boucle par les lacs Chabarrou, au-dessus de la vallée de Gaube. Mais le site est peu fréquenté même en saison. La sente d’accès s’inscrit dans une topographie rédhibitoire pour le commun des visiteurs  : un raidillon de 400 M de dénivelée des plus abrupte et des moins balisé qui soit au départ de l’autoroute vers Wallon, à déconseiller aux cardiaques… cool

Je me lance dans la grimpette, rattrapant un couple un peu à la peine. Petits pas de danseur régulier, économie du geste, grâce des entrechats, souffle maîtrisé, je les dépasse et prends la tête. Je m’amuse comme un danseur de gavotte des Montagnes (que je suis !) sur ce cheminement étroit et accidenté.  Bientôt je ne distingue plus le bruit de leur progression. Vais-je si vite ? Je n’en ai pas l’impression. Mais c’est le silence sous les couverts. Je finis par prendre pieds sur le plat qui précède l’ultime ressaut avant le vallon. Un coup d’œil derrière moi et j’enveloppe du regard le pic de Courougnalas, La Cardinquère, le pic de Nets qui s’étalent de l’autre côté du Cayan comme des gâteaux à la broche sur l’étal d’un confiseur bigourdan facétieux. Le crottin de plus en plus frais qui jonche le sol à mesure que je m’approche du ruisseau de Pouey Trénous me renseigne sur la présence d’un troupeau de chevaux. Peut-être que ce sont les mêmes qu’il y a 6 ans ? Un jeune poulain faisait l’objet de toutes les attentions de sa mère… J’avais passé une partie de la matinée à les observer… attendrissant. smile

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gâteaux à la broche un peu raides sous la dent...

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Manquent plus que 18 trous... wink

Ils sont là. Un peu vieillis, ils déambulent avec nonchalance au plus près du cours d’eau, dans l’herbe grasse des estives et amorcent doucement leur remontée en direction de l’adret. Je leur susurre quelques paroles apaisantes en guise de salutation et poursuis également vers le vallon en longeant l’immense barre rocheuse recouverte d’un tapis d’herbes sèches qui domine longitudinalement le sentier. Le vallon s’élargit découvrant son réseau de croupes herbeuses où s’entremêlent les buis et les repousses d’orties, les bosquets de sarisses* desséchées en cette saison, de rochers plantés à l’emporte pièce. Il s’ouvre sur un cirque couleur de craie qui en barre l’horizon. Je remonte le ruisseau qui, au fur et à mesure que je prends de l’altitude, se transforme en petit torrent bouillonnant. J’avise un gros bloc de granit isolé et y laisse mon sac caché à l’abri d’un bosquet de myrtilles. Sans idée préconçue de la suite à donner aux événements, je reprends mon bâton de marche et enquille le sentier en direction des amphithéâtres naturels qui relient le sommet de Pouey Laou au Gerretet avec en arrière-plan les pics de Chabarrou. Bientôt la sente laisse la place à une voie cairnée, la végétation se fait plus rare. Je continue à poser un pied devant l’autre, au petit bonheur. cool L’itinéraire oblique insensiblement vers le sud-ouest où un laquet répertorié sur les cartes alimente le Pouey Trénous. Je me demande si la vallée d’Arratille est accessible par le col de Pouey Laou ; il y a une cuvette avec un petit lac au milieu sur l’autre versant qu’on appelle le « clot » mais tout cela me paraît vermoulu et bien casse-gueule…

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La vallée de Pouey Trénous

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Dire que derrière, c'est l'Espagne ! Quand on y pense...

Le temps passe lentement, intensément. Je suis complètement recueilli et j’ai l’intuition que je suis le seul être humain dans cette vallée. Aucun sentiment d’oppression ne vient ternir ma conscience du moment et du lieu. Le temps se dilate : une seconde vaut… une éternité, un truc qu’on ne peut pas compter ! cool Une longue séquence de plénitude s’offre à moi. Je retrouve les sensations et les émotions qui m’ont si souvent guidé en montagne. Une légère euphorie me titille la gamberge : l’état de grâce ou je ne m’y connais pas… Dans ce huis clôt mental c’est un allegro con moto que je suis en train de me jouer car je dois approcher des 2300 M d’altitude maintenant, sans trop y penser à vrai dire, à quelques jets de pierre du laquet cartographié, enfin je le suppose, quand l’envie me prend de faire demi-tour : je commence à déclarer ballon*. Pratiquement rien tortoré depuis hier soir. Deux trois abricots secs qui traînaient dans une poche de ceinture de mon SAD. Faut que je pense à quelque chose de plus substantiel. De toute façon, c’est une sortie bordée pieds nickelés* (ou pieds palmés si vous voulez) et je préfère aller béquiller que de me pâmer devant un énième laquet : le lacustre attendra... tongue Mes contingences digestives n’ont fort heureusement pas eu raison de ma douce musique intérieure qui ne faiblit pas alors que je redescends en quête de mon pain quotidien : j’ai vraiment l’oignon qui décalotte* aujourd’hui. Les pieds nickelés ? * cool

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J'astique pour le mastic !

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Du MUL négligé...

Je retrouve mon sac intact sous son myrtiller et puisque j’en suis à évoquer la galtouse, c’est myrtille-land ici ! Y en a des hectares autour de moi ! ça tombe bien, j’en raffole… mon côté ours, sans doute. Pourquoi ne pas poser un cul près du torrent ? Sans les pompes, les nougats* dans une marmite, j’affûte mes crocs… Pas un bipède à l’horizon. Pas un nuage non plus. Le calme d’un rade après une descente de condés. Même les marmottes se tiennent tranquilles : pas l’ombre d’un aigle patrouillant dans le ciel azuré de Pouey Trénous. Déjeuner sur l’herbe les doigts de pieds en éventail et je rempile pour le front d’Aragon en compagnie de mon ami « George » ; les terribles « journées de mai » à Barcelone approchent, nous sommes déjà en 1937. De quoi m’occuper une bonne partie de l’après-midi… tongue cool Vers les 5 heures, je me dis que je pourrais étudier de plus près l’hypothèse d’une halte gastronomique à Wallon, et en profiter pour prendre le pouls de la météo des prochains jours. Dans la descente, je tombe nez à nez avec mon couple de ce matin qui en chie à hauteur de la cascade… ça me fait un choc. Il était quoi, 9 H 30 quand je les ai semé… Une hallucination ? J’ai peut-être fait que rêver ma journée paradisiaque et je me réveille là au beau milieu de l’effort, le torse penché sur mon bâton tenu à deux mains contre ma poitrine comme un chapelet, à lutter contre la pesanteur en plein cœur de la matinée ?  Je commence à trémousser du ciboulot : la berlure totale. Ils me disent qu’ils ont renoncé au dernier moment pour aller à Wallon et qu’ils l’ont regretté ensuite. Le brusque silence dans la montée s’expliquait donc. smile

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Les pompes sont déjà moins MUL... roll

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Ici, c'est myrtille-land tongue

Un peu en amont du pont de l’Estalounqué (petite source dans une anfractuosité à proximité, rive gauche) sur le plat, je croise un des bergers de hier matin qui arque dans l’autre sens vers le Pont d’Espagne. Après une légère hésitation, je le hèle. Je lui raconte la brebis cornue du lac Pourtet, lui montre la photo. Grimace.

Le couperet tombe : « On l’a retrouvée morte ce matin ! » sad
« Oh, merde ! » que je crie du cœur.

Il me quitte un sourire amer sur les lèvres, j’ai senti que la vision de sa bête encore en vie sur mon portable lui avait porté un coup. Je m’en veux maintenant. hmm On a les gestes de salut réciproques comme plombés par la fatalité. Je ne saurai jamais quand ses collègues l’ont prévenu. Sans doute l’ont-ils fait puisque le cadavre a été découvert à l’endroit que j’avais indiqué, mais de toute évidence, tragiquement trop tard.

« J’ai bien l’honneur de quémander le couvert pour ce soir ! » C’est théâtral mais bien dans l’esprit de l’équipe qui s’active dans la cuisine du refuge Wallon. Avant-hier, c’était concert de musique concrète plein baffle dans la cambuse. A vous scier les nerfs… Mais j’apprécie l’humour pince-sans-rire et carrément décalé du gardien et de ses assesseur(e)s. « Les chefs, on leur coupe la tête ! » qu’y dit le gardien. Liberté et Egalité. Inutile d’inscrire leurs noms sur un fronton car ici c’est de l’immersion. Comme pour les langues, ça s’apprend en pratiquant. Question d’oreille et aussi de tripes. cool Le refuge fait presque le plein ! Soirée débonnaire, peu loquace cependant durant le repas : deux espagnols affamés, un peu intimidés par cette tablée qui déborde de français, des jeunes couples chuchotant, très « nous sommes seuls au monde et t’as de beaux yeux, tu sais… » et mon voisin de gauche qui ne l’ouvre absolument pas. neutral Frustration totale. C’est qui le cheveu sur la soupe ? c’est bibi. Je sens que je vais sortir une main devant, une main derrière, moi. Pourquoi ai-je été écrire sur RL, je cite, que « (…) je ne m’interdirai pas pour autant d’y manger [aux refuges], disons un soir sur deux, pour le plaisir des rencontres et des discussions improvisées avec des inconnus. C’est à mes yeux le sel de mes sorties solitaires ( !). » Dans le fond, je dois être un enthousiaste qui s’ignore… Soudain mon taciturne se met à s’animer, la magie du dessert ? Un volubile, cézigue… il vient de l’Ariège (tout à l’heure j’aurais pas pu deviner…), passionné de montagne (quel heureux hasard, ça m’intéresse), demain en route pour la Grande Fache (ouaaaaiii !). On a dû passer deux bonnes heures à déblatérer de nos « exploits » respectifs : les Pyrénées, ces reines des neiges, bien sûr, mais aussi le Vercors, le Mercantour… et les Montagnes d’Arrée ! M’a même parlé de l’Himalaya et de l’Atlas mais là je me suis senti un peu largué (les Monts d’Arrée, ça va…). big_smile Il est temps de mettre les yeux à dormir. Je m’improvise à nouveau un dodo à la belle étoile : sursac, matelas, couette… le geste chirurgical. wink

* Sarisse : nom gascon donné à une variété d’épinard sauvage que l’on trouve autour des abris de berger
* Déclarer ballon : avoir la dalle, faim
* Avoir l’oignon qui décalotte : avoir du cul, de la chance. Admirez au passage mon sens de l’à-propos !
* Les pieds nickelés, expression argotique à double sens : 1. Etre fainéant (les avoir palmés) 2. Avoir de la chance
* Nougats : les pieds

Edit : émoticônes

Dernière modification par Jobig (03-01-2016 15:12:54)


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#8 25-12-2015 20:29:32

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonsoir ester,  smile

Merci pour ton assiduité ! cool Souhaitons que le temps s'arrête pour toi, alors ! Que tu profites un peu de mes flâneries et de mon cabotinage littéraire...  smile

Jobig


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#9 26-12-2015 00:02:07

kodiak
Pas assez léger, mon fils!
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Jobig merci pour ce CR. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut lire l’Ecclésiaste sur RL. Attention, le livre dit aussi "...malheur a celui qui est seul..." (4;10b)!


Lâche ce clavier, attrape ton sac et pars marcher! |k|
« Strong, light, cheap, pick two' » (Keith Bontrager)

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#10 26-12-2015 10:12:51

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Salut kodiak,  smile

Il y a un temps pour tout... c'était le leitmotiv que j'avais en tête qui a guidé mon choix de citer aussi longuement l'Ecclésiaste qu'il faut lire lentement pour bien en saisir tout le sens et la subtilité. En lisant la 3ème partie tu ne vas pas tarder à comprendre pourquoi j'ai donné cette tonalité religieuse  à mon récit (le bon berger, l'ecclésiaste)... En en rajoutant un peu, cabotinage oblige ! big_smile

"...malheur a celui qui est seul..."

Je ne suis pas un forcené de la solitude en montagne : j'en éprouve assez vite les limites. smile A l'Arrailhé du Clot je me suis trouvé mal à l'aise et fus pressé de redescendre. Mon séjour à Pouey Trénous fut au contraire parfait, un moment de quiétude émotionnelle que je souhaite à chacun d'éprouver le plus souvent possible. cool Et la journée fut équilibrée entre la part d'épisode solitaire et la part des rapports sociaux. La seule ombre au tableau fut d'apprendre qu'on n'avait rien pu faire pour la brebis et de lire sa peine dans le regard du berger. Avec un peu de culpabilité* aussi parce que je lui ai fait comprendre sottement qu'il s'en était fallu d'un cheveu qu'il ne la récupère vivante sa bête... Enfin peut-être aurait-il dû quand même assister à son agonie s'il l'avait trouvée à temps ?... je n'en sais rien. roll

Jobig

* et de honte mêlée... (ajout)

Dernière modification par Jobig (26-12-2015 13:39:40)


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#11 26-12-2015 11:09:54

enrico
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour Jobig smile ,

Merci pour ce compte-rendu dont je suis la parution avec attention. Comme toujours, un texte très travaillé qui va bien au-delà de tes pas, comme si finalement, toute narration n'était que prétexte à digressions, un peu comme les improvisations d'un saxophoniste dans un groupe de jazz. Tant qu'à faire, je ne peux m'empêcher de penser que, pour enrichir ton texte, il eut aussi pu être intéressant d'écrire avec le point de vue des animaux que tu as croisés. Je pense surtout à la brebis. Et bien oui, elle pense quoi, la brebis, quand elle te voit passer ?  lol


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#12 26-12-2015 11:33:12

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour enrico,  smile

Elle pense quoi, la brebis, quand elle me voit passer... justement, je me pose la question depuis le mois de septembre. Elle a vu un bonhomme dont l'accoutrement n'était pas sans lui rappeler la mise de ses gardiens. Peut-être m'a-t-elle pris pour l'un d'eux, au début ? Cela expliquerait son mouvement dans ma direction. Je suis convaincu, intuition animale, qu'elle se savait en danger. hmm Mais je n'ai pas mesuré, parce que je n'ai pas les notions élémentaires du métier, à quel point c'était grave. roll Ton idée est à creuser, en effet. Mais les - autres - animaux ne pensent pas avec des mots ; mais pensons-nous, nous-même, avec notre seul langage articulé et conceptuel. Nous "sentons" bien plus puis tentons de traduire ce que nous ressentons. Il y a un défi littéraire à relever ! J'y songerai la prochaine fois.

J'aime bien ta comparaison avec l'orchestre de jazz ! cool

Jobig


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#13 26-12-2015 13:44:39

guichen
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Sacré Jobig! smile

Tu me fais penser aux camelots qui parcouraient les campagnes et ainsi colportaient (positivement) les nouvelles...

Un vrai diseur d'histoire: quand on voit le pavé qui s'annonce...que va-t-il encore nous raconter ce diablotin de Jobig?

Et le récit, on le goûte, puis on en reprend encore et encore... tongue

Dommage que tu n'aies pas eu le pouvoir de Saint Pancrace...la brebis gambaderait encore...

Excellente, l'évocation du jazz....Ca me rappelle les paroles (et le rythme) de "la boîte de jazz": le personnage est survolté, ne vit que par le jazz, il en suinte, il est envoûté, il faut le tempérer!

Moi, j'aime bien mon Jobig en pleine mini-transe littéraire... smile

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#14 26-12-2015 14:15:25

ester
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour Jobig,  smile

ça y est, j'ai pu profiter des deux premières flâneries !  smile
Et des premières perles ! "Le huis clôt"... "l’excessive prudence des filles. roll "...  tongue
Quant à ça :

Jobig a écrit :

je pense comme l’Ecclésiaste (I, 3) qui clame :
(…)
Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :   
un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;

Je me demande si la traduction, "il y a un temps pour planter et un temps pour déplanter", plus adéquate à notre pratique, serait acceptable sans offenser l'Ecclésiaste... cool

Belle fin d'année à tous !  smile


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#15 26-12-2015 17:11:41

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour ester,  smile
Bonjour Guichen,  smile

Merci une fois de plus pour vos gentillesses. Cela me fait chaud au cœur. Vous abordez tous les deux pléthore de points intéressants.

Guichen a écrit :

Tu me fais penser aux camelots qui parcouraient les campagnes et ainsi colportaient (positivement) les nouvelles...

Alors là, oui Guichen, tu ne pouvais pas mieux dire : j'ai été dès mon plus jeune âge (vers 9/10 ans "pour aider" en saison d'été) un camelot, issu du côté paternel d'une lignée de camelots (de marché...) et de sabotiers (pour les générations plus anciennes). Mais, et je le regrette, je ne suis pas un hâbleur, ni un conteur : je ne possède ni la voix ni la faconde de ces artistes du verbe. Je ne suis pas capable de raconter - oralement - ce que je fais passer par l'écrit, hélas. Dañvez ur skrivañgner brein 'zo barzhon ha mat pell zo.*
Je vois que je ne dois pas trop mal me débrouiller en composition française tout de même : tant mieux pour vous ! wink

Moi, j'aime bien mon Jobig en pleine mini-transe littéraire...

cool  cool  cool

Saint Pancrace... tiens, je n'avais pas pensé à celui-là ! big_smile

ester a écrit :

Je me demande si la traduction, "il y a un temps pour planter et un temps pour déplanter", plus adéquate à notre pratique, serait acceptable sans offenser l'Ecclésiaste...

Si tu veux parler des bâtons, c'est une évidence ! wink Et le "sans offenser l'Ecclésiaste" : j'adore...  tongue
Ce côté pince-sans-rire a du piquant.

Allez ! la suite ce soir... smile

Jobig

* j'ai l'étoffe d'un écrivassier, voilà tout


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#16 26-12-2015 18:36:27

CLeC
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour,
Sympa et vivant ton récit, merci !


4981875N - 0698785E - 1761m

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#17 26-12-2015 23:53:05

Jobig
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Glandouillage, 3ème partie : Wallon – Gramatuero bajo – Pont d’Espagne
Distance :  23.3 km
D +  1162
D –  1558

C’est le dernier jour de beau temps. Une dégradation arrive par l’Espagne dans l’après-midi. Le bulletin météo affiché au réfectoire du refuge est formel. Les températures matinales se sont radoucies, preuve qu’un front pluvieux approche. On se croirait sur France 3 Régions avant l’inénarrable « Plus belle la vie », vous ne trouvez pas ? Pourquoi je vous raconte tout ça, moi ? Ah ! parce que j’ai dans l’idée que demain je ferai un bonne surprise à ma femme ! Il était en effet prévu que je revienne le surlendemain. Mais pas question de m’éterniser sous la pluie, j’en ai ma dose quasi-quotidienne chez moi depuis le mois d’août et, miracle, il fait beau en Bretagne ces jours-ci. Faut battre le fer tant qu’il est chaud… et on a dit flâneries pas aventures lacustres ! wink Une petite pensée altruiste pour Florencia et Scal qui, insensiblement, se rapprochent de ma position. Ils n’échapperont pas au mauvais temps, eux. Il est encore très tôt, je plie bagage. En route donc pour l’Aragon voisin avec le lac Gramatuero comme objectif thématique du jour. Ce ne sera qu’un aller-retour : ce soir, je coucherai à Cauterets, au sec. En attendant de savourer les délices d’une chambre d’hôtel, j’enferre l’âpre chemin du col du Marcadau. Une fois de plus, je pérégrine en solitaire. Pas un quidam. C’est comme dans les Monts d’Arrée un jour de semaine en hiver… wink L’ascension s’anime un peu en vue de Hount Frida (la source froide dont on se demande où elle est nichée dans ce chaos rocheux…) quand une marmotte se met à jouer à cache cache avec moi parmi les gros blocs qui balisent la senda. La frontière n’est plus très loin, le marquage caractéristique des GR espagnols a fait son apparition, très exubérant avec ses grosses barres rouges et blanches superposées un peu hâtivement.

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D'où je viens...

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Où je vais...

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Superstar pyrénéenne sur RL cette année

Une fois au col, je me demande ce que je suis venu chercher dans cette immensité verticale. hmm Je ne trouve pas de réponse satisfaisante. Alors, je me laisse envahir les yeux par le panorama et commence à décrypter ce qui se présente dans mon champ de vision. Au fond sur la gauche, la longue Sierra de la Tendeñera barre l’horizon et se prolonge par une sorte de promontoire d’une obscurité inquiétante sous l’effet capricieux des jeux de lumière du ciel matinal ; quelques sommets  viennent cependant divertir le regard vers l’ouest de la crête : la Punta Sabocos, la Punta Mandilar, la Punta Blanca. La capacité de nommer ces montagnes les rendent tout de suite moins patibulaires (grâce à mon portable sur lequel j’avais scanné les cartes appropriées…). Ce cap pyrénéen vient mourir sur la Punta de Oz, son ultime saillant. Derrière cet obstacle gigantesque, il m’est à présent facile de reconstituer un paysage, des activités humaines, un territoire et d’y accrocher des images, celles de nos vacances aoûtiennes. Sous l’autre versant, mille huit cent mètres plus bas, c’est la route qui relie Biescas à Broto, ses tunnels, ses lacets, et en deçà  de la Punta de Oz, c’est l’impressionnant lac éponyme, ses berges vertigineuses, son eau couleur d’opale et un peu plus loin encore, le ravissant village de Sallent de Gallego aux façades ocrées… cool

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La Peyre Saint Martin d'ancestrale mémoire alias le col du Marcadau

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La Sierra de la Tendeñera : une péninsule aragonaise avancée

Du col, on ne voit que la surface des reliefs. J’amorce la plongée vers les lacs Pezico au bout desquels quelques emplacements empierrés ont été aménagés au fil du temps. J’entre de plein pieds dans les entrailles de la montagne, là où toute sa monstruosité minérale se manifeste. Des veinures dilatées de grès vert, telles d’immenses varices, recouvrent les flancs de la Punta de los Ibones, l’une des deux pinces reliées aux Infiernos qui verrouillent la profonde dépression de Bachimaña vers l’occident. Des roches au feuilletage tourmenté attestent de la violence tellurique qui les a pétris. Je n’aperçois du lac que le barrage. Je dégringole le sentier, toujours plus bas. Enfin, au détour d’un replat marécageux, le bleu profond du lac de Bachimaña Alto comme accouché du jaune vert des prairies spongieuses qui l’enserrent au nord, se dévoile. Au milieu des flots, un curieux îlot émerge négligemment ; c’est un peu comme ça que j’imagine l’île d’Avalon. wink Je m’approche encore : vers l’est surgit dans une nuée solaire Gramatuero bajo sur son surplomb. C’est merveilleux.  cool L’ensemble de la vallée me donne l’illusion d’une nasse qui s’étirerait du Vignemale dont je distingue dans la brume aveuglée de lumière les cornes lointaines et à l’autre bout,  les robustes piliers blancs et noirs des monts Garmo*. Le dieu cornu en ses enfers… wink

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Un bout de barrage du lac Bachimaña Alto vu depuis le col du Marcadau

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Les flanquements du Picos de los Ibones veinés de grès verts, au second plan : les Infiernos

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Kouign amann aragonais... big_smile

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Without conversation or a notion
Avalon wink tongue

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Gramatuero Bajo et son petit barrage avec le seigneur Vignou dans le Levant...

Je coupe et me coule à travers les dalles rocheuses pour rejoindre en amont le sentier qui conduit au petit barrage de Gramatuero. Le barranco dera Canal a peu de débit en cette fin d’été, c’est un jeu d’enfant de l’enjamber. Un petit arrêt rive gauche du lac et je tourne casaque, avec dans l’idée de raffurer* le col frontière situé à une heure de marche, pour un déjeuner sur la caillasse, à l’ombre de la grande roche qui vous protège des vents de suroît. Alors que je me suis déjà hissé d’une centaine de mètres au-dessus de Bachimaña, je frime une silhouette toute rouge qui entame sa montée dans ma direction. Merde, il va me fusiller les béatitudes, cézigue. tongue Je double le pas. J’étais bien tout seul et j’aimerais que ça dure encore un peu. Jusqu’à la Peyre St Martin (ancien nom du col du Marcadau), par exemple. Un quart d’heure d’avance que je vais tenter de porter à une demi-heure ! on y croit ! ce sera 20 minutes… hmm le temps de mettre mes fumantes* à l’air, les pompes en évidence sur le muret du petit enclos face au soleil de midi. Le temps aussi de prendre en photo un vautour fauve qui survole le col en quête d’un improbable casse croûte car aujourd’hui il n’y a pas lerche de bestioles à becqueter dans le coin. big_smile Je suis en train de morganer face au versant nord quand je perçois les premiers crissements de bâtons de marche sur la pierre nue du dernier lacet. Je m’attends à voir surgir un inconnu et me prépare déjà psychologiquement à un « Hola » amical et sonore quand… plus rien !… Je ne sens plus la moindre présence humaine alentour, et ne vois personne sur le sentier du Marcadau, non plus. « Il » ne serait pas volatilisé, quand même ? Je lève la tête vers La Muga, à tout hasard, et je découvre un petit brin de bonne femme armée de ses deux bâtons qui en entreprend l’ascension d’un pas tranquille en s’accrochant au cheminement cairné conduisant au sommet, quelque cent mètres plus haut. De toute évidence, elle ne s’est même pas arrêtée pour souffler un peu. Esprit farouche ou farouchement rivé à son but ? On a un point commun : on recherche tous les deux la même chose au même moment ! et nos trajectoires ne peuvent qu’être parallèles en la circonstance. wink Après manger, je vais faire un petit saut vers les arêtes du pic Falisse, de grandes dalles de granit qui doivent faire la joie des grimpeurs. Au moment de redescendre sur Wallon, je salue d’un mouvement ostensible de mon bâton cette solitaire qui m’observe perchée sur son grand pic. Pas de réaction. Une huître sur un rocher…  neutral

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Quand on ne passe pas, on louvoie...

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Dernier lacet avant le col du Marcadau, en surplomb : le pic Falisse

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Le vautour fait des ronds au-dessus de la montagne, lui... wink

Je repère une silhouette désormais familière qui se découpe sur la passerelle à la bifurcation de Loubosso : c’est mon Ariégeois de hier soir ! Rencontre inattendue mais synchronisée. Il revient de la Grande Fache comme il me l’avait dit. Il rentre lui aussi : on décide de cheminer ensemble jusqu’au Pont d’Espagne. La vallée du Marcadau lui botte ; il m’annonce qu’il reviendra cet hiver y skier. Je connais plutôt bien le territoire de Cauterets et me fais un devoir de lui en dévoiler les petits secrets : les sources, les rapaces, les coins à isards, les cabanes, le vallon de Pouey Trénous (dont il avait entendu parler mais qu’il avait du mal à situer), de lui suggérer des parcours. cool Ce bavardage à jet continu ne nous empêche pas d’arquer comme des malades : on couvre la distance depuis Loubosso en moins d’une heure et demi (par l’ancien chemin du Clot, ça aide) ! je prends le parti de l’imiter dans son art de la descente expresse : je bondis de point d’appui en point d’appui. Mes Meindl, pourtant poids lourd, répondent au quart de poil. tongue Son équipement m’a l’air bien étudié, c’est un vrai montagnard qui ne s’encombre pas du superflu, mais je suppute que mon sac programmé pour une autonomie de 3 jours (il me reste pas mal de vivres non consommés) n’est guère plus lourd que le sien alors qu’il ne porte quasiment pas de consommables. Je n’ai même pas eu le temps d’évoquer la MUL ! le retour a été trop rapide… On se quitte au parking, un sourire radieux au coin des lèvres. cool Mais sans rien savoir de nos identités réciproques, même pas nos prénoms… roll

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Le sentier du Marcadau à l'ombre de la Muga

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La Muga alias pic du Marcadau, au sommet une huître, mais on ne la voit pas !

Epilogue

Dégotter une chambre d’hôtel à Cauterets en fin de saison est un jeu d’enfant, même à l’arrache. Je jette mon dévolu sur le Pas de l’Ours, rue de la Raillère : on ne fait pas plus paisible et le taulier vous sert ses confitures maison au p’tit déj’ – un régal - pour un prix raisonnable. smile Des nuages lourds d’averses à venir commencent à s’accumuler sur le Lutour en cette fin d’après midi et n’épargne pas le Péguère. Je vous ai entretenu d’une mission d’un genre particulier dans mon introduction : je ne vous fais plus marner. Demain, il faudra que je me conduise comme un bon fils… et fasse abstraction de mes convictions les plus solidement ancrées. Avant mon départ pour les Pyrénées, mon paternel m’avait arraché la promesse de recueillir de l’eau bénite à la Grotte de Lourdes.  C’était, paraît-il, une question de vie ou de mort… une petite fille très malade. Fatalitas ! comme aurait soupiré Chéri Bibi. Si j’avais refusé, je serais passé définitivement à ses yeux pour un mécréant criminel, une progéniture indigne et il m’en aurait voulu, ce papa thaumaturge. Avec la mort d’une fillette sur la conscience, allez vous présenter devant Saint Pierre ! c’est lurelure Satan et ses enfers sans escale. Le poids de la culpabilité, les morsures de la honte à traîner jusqu’au trépas. roll Le Moyen Age breton, catholique romain et apostolique, à travers ses avatars datés milieu 19ème siècle, son absolu tyrannique, son culte marial, ses saints guérisseurs (et ses auréoles plein les agendas plus ou moins secrets… wink ), sa sainte frousse, sa foire aux dupes et aux superstitions, sévit encore dans certaines familles. neutral Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai tiré le gros lot à la naissance… Il faut donc que demain, aux aurores, je me déroute sur la basilique lourdaise, sa Vierge Marie pleine de grâces, ses bondieuseries un peu rancies et les obscénités de ses marchands du Temple avant de prendre la route. roll Je pense à tout ça avec sous le nez le livre de George Orwell sur ses souvenirs de la Guerre d’Espagne et j’ai le sentiment que je m’apprête à me rendre chez l’ennemi… hors de question de pactiser avec le Diable et ses corbeaux ! No pasaran ! Mais je sais aussi que je vais m’offrir une partie de franche rigolade… big_smile

* Raffurer : regagner, rejoindre
* Fumantes : chaussettes
* Monts Garmo : pour les non-pyrénéistes, ce sont les Infiernos composés du Garmo Blanco et du Garmo Negro, des « 3000 ». Oui, y a une astuce…

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Le final : je l'avais prise celle-là pour prouver que j'étais bien allé jusqu'à la Grotte... lol

La liste suit !

Edit : émoticônes

Dernière modification par Jobig (03-01-2016 18:51:13)


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#18 28-12-2015 20:28:44

Jobig
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Lieu : Breizh
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour à tous, smile

Je remercie l'inconnu qui a fait disparaître le doublon malencontreux de mes flâneries ! wink

Jobig


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#19 29-12-2015 10:43:21

Myrtille88
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Merci pour ce "glandouillage" alambiqué
j'avais vu que tu avais un 2ème fil et ai cru à une de tes "filouterie" wink

j'aime beaucoup "la nuit a abattu son couvercle nuageux"
"rabattu" aurait même donné le son (paf!) non?

bien utiles les notes en bas de page wink

au final un joli parcours, surtout vers Picos los Ibones

merci de me faire connaître la Basilique d'Aquilée smile du 4è siècle et ses mosaïques
"Découvert en 1909, après le retrait du revêtement en argile posé au xie siècle à l’époque de Poppone, le surprenant sol en mosaïque polychrome, datant du ive siècle, en parfait état, de 37 sur 20 mètres, évoque des motifs décoratifs illustrant des scènes bibliques."

Quel courage d'aller chercher de l'eau bénite à Lourdes! yikes

Myrtille

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#20 29-12-2015 12:57:18

Jobig
Membre
Lieu : Breizh
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Bonjour Myrtille,  smile

Je suis ravi de ta visite !

au final un joli parcours, surtout vers Picos los Ibones

Elle sont pas belles les Pyrénées ?  big_smile  tongue Si un jour tu avais la chance d'y aller, je te conseille de faire un petit tour entre les Infiernos et le Vignemale (et de poursuivre vers Ordesa) : c'est fabuleusement beau ! smile Les photos ont du mal à restituer toute leur féroce beauté à ces montagnes et à ces vallées lacustres... Alors, j'essaie de suppléer par les mots. wink

bien utiles les notes en bas de page

Tu l'auras noté : j'ai usé une fois de plus de l'argot parisien (daté années 20 à fin 70) pour donner une plus grande expressivité à mon texte. C'est ma façon à moi de mettre en valeur cette langue si inventive et si permissive. La langue verte donne une plus grande liberté pour jouer avec les mots, leur sens, les sons, la scansion des phrases. Elle enrichit considérablement le vocabulaire en fournissant quantité de synonymes, des nuances sémantiques et des figures de rhétorique bien pratiques pour ficeler son CR... et en apportant au lecteur des écrans blafards un peu de joie dans les châsses ! cool

La basilique d'Aquilée est un petit clin d’œil à mes - lointaines - origines italiennes (j'ai encore de la famille en Vénitie et en Lombardie)... Du point de vue de l'histoire de l'Art paléochrétien, c'est une référence majeure avec le mausolée de Ravenne. Plus prosaïquement, c'était la seule reproduction de Berger criophore que j'ai trouvée sur le net en format satisfaisant... tongue

Le courage fut amplement récompensé ! Ces lieux sont toujours égaux à eux-mêmes. Je leur trouve même un surcroît d'emphase. yikes Enfin, bonne rigolade... tongue Je voulais ramener quelque chose de gentil à mon épouse : j'ai trouvé un magnifique bouquet de roses... à l'entrée du parvis de la basilique, auprès d'une charmante fleuriste itinérante qui était toute contente de me vendre des roses plutôt que toutes ces compositions mariales qui semblent être devenues la nouvelle tarte à la crème du pèlerin. wink Un petit moment de complicité - commerciale - fort appréciable avant de se taper 800 km de route ! J'ai pu conserver intacte mon bouquet en l'immergeant... dans ma platypus ! Effet garanti !  big_smile

Jobig

Dernière modification par Jobig (29-12-2015 15:36:32)


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#21 30-12-2015 02:59:25

moustic
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Salut Jobig smile

Tout d'abord magnifique récit et photos qui rendent hommage a cette montagne merveilleuse !

J'étais stagiaire patre au marcadau tout l'été dernier, et je devais donc faire partit des bergers au sac miteux que tu as croisé au wallon cool

Tu ne pouvais avoir meilleur reflexe que de prendre cette brebis en photo et j'encourage les randonneurs dans la mesure du possible a le faire !

Comme tu l'as précisé dans ton premier post et surement constaté en live, notre champ d'action est assez vaste.
Sur ce shema topo de montagne il est normal que les troupeaux s'éclatent en petit lots afin de profiter aux mieux des ressources. A nous de faire en sorte qu'ils restent chacun dans leur secteur.

La brebis en question était  "a sa place", mais une bete esseulée signifie dans une tres grande majorité des cas un animal faible/malade. Il est donc fort aimable dans la mesure du possible d'avertir un des responsables de l'estive smile

Habituellement on marque les brebis avec differentes formes et couleurs (taoule/pegue) afin de distinguer les differents troupeaux.
Dans cette vallée ( et celles alentours visiblement) les eleveurs on décidé pour la plupart de marquer leurs brebis en bleu sans forme/logo particulier.
Cela rend infernal la distinction d'un troupeau d'un autre a la jumelle, mais surtout qui fausse totalement les informations que peuvent nous rapporter les randonneurs. (on s'est retrouvé dans l'été a faire la boucle cabane col d'arratille, col des mulets, derriere chabarou pour aller chercher des brebis bleues manquantes a l'appel qui n'étaient enfait pas les notres = une journée perdue a aller chercher des brebis parfaitement a leur place.)

Si en redescendant tu croises un eleveur ou un patre, et que tu peux lui montrer la photo sur ton smartphone ou apn ( c'est beau la technologie smile ) ça lui sera 1000 fois plus utile qu'une vague description : il reconnait directement l'individu au de la de la simple marque ce qui a été le cas.


Je ne crois pas avoir vu la date? Si tu l'as cela pourrait m'etre bien utile, j'ai encore le carnet d'estive daté.

Quoi qu'il en soit, s'il te plait,  ne te fais pas un sang d'encre pour cette brebis, rien ne dit que si on l'avait rammassé elle ait survecu bien longtemps wink ses soeurs n'étaient en guère meilleure santé qu'elle... Un troupeau qui fait vraiment mal au coeur a regarder/conduire/soigner...

Sinon, il y a du reseau a l'embranchement du chemin des lacs de l'embarrat et du lac du pourtet wink
La vue depuis le pic de Bassia par ciel degagé vaut vraiment le detour, avec en prime une petite famille d'hermine au col smile

Edit : j'ai lu trop vite comme d'hab...

Dernière modification par moustic (30-12-2015 03:36:28)


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#22 30-12-2015 13:54:50

Jobig
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Messages : 1 169

Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Salut moustic,  smile

Si je m'attendais...  big_smile  wink Je te remercie de toutes ces informations qui confirment ce que je pensais. Faire des ronds dans la montagne n'a pas que des côtés plaisants, hélas, quand on est berger.

Je ne crois pas avoir vu la date? Si tu l'as cela pourrait m'etre bien utile, j'ai encore le carnet d'estive daté.

J'évite de dater trop précisément mes CR pour me préserver une marge d'anonymat, mais je vais faire une exception : c'était le lundi 7 septembre. smile

Si je n'avais pas intercepté les bergers qui descendaient de la Haugade (leur troupeau n'était pas marqué), j'aurais poursuivi jusqu'au Clot pour donner l'alerte (le gardien FW me connaît). A ce propos, je me demandais si les refuges avaient vraiment les moyens de communiquer avec vous quand vous vous trouvez dans des coins aussi isolés que Chabarrou ou la Badète ? hmm En ce qui me concerne, j'ai bien testé mon portable au col du Pourtet et plus bas mais point de réseau. FW m'avait expliqué que seul O. passait et je suis abonné à S... roll C'est juste en passant sous Castet Abarca que j'ai capté brièvement quelque chose (c'est la photo de la lune diurne à quelques minutes près) ; pas assez longtemps pour pouvoir joindre Wallon, malheureusement. Le temps de faire la recherche sur le répertoire, je n'avais plus rien... neutral

Je retiens la leçon : un animal isolé = un animal affaibli ou en grande détresse - il vaut mieux agir vite (même s'il y a des risques que le mal soit trop avancé).  hmm

Peut-être se croisera-t-on encore dans ces belles montagnes ? J'y retournerai l'été prochain, a-priori pour une rapide incursion vers Wallon/Arratille, dans le cadre d'une boucle au départ de Torla. wink

Jobig


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#23 30-12-2015 15:51:06

kodiak
Pas assez léger, mon fils!
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Voici qu'une belle anecdote d'un CR devient une histoire de montagnards, un cours sur le marquage des brebis.

Bonjour moustic.
Intrigué de voir un berger lire RL, je suis passé par ton trombi. C'est la MUL qui t'as amené a cette formation de pâtre?

Merci pour les infos réseau GSM. Note a part: il faudra qu'on trouve un jour le moyen de regrouper ce type d'informations au même titre que les sources et les refuges...


Lâche ce clavier, attrape ton sac et pars marcher! |k|
« Strong, light, cheap, pick two' » (Keith Bontrager)

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#24 30-12-2015 19:45:27

Myrtille88
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

merci pour tes précisions Jobig
je ne connais pas du tout l'argot parisien des années 20 ... 70, le découvre donc dans tes CRs

j'ai bien l'intention de partir dans les Pyrénées, et collecte des informations... cet été ou bien le prochain...

Une surprise de taille: la visite de moustic, le berger smile
on a toujours envie de partager des moments avec les bergers quand on randonne, pas toujours facile car vous êtes évidemment très occupés, et pour ma part j'essaie de me faire plutôt discrète
tes conseils, quant à ce qu'il faut faire en cas de brebis égarées, seront utiles à tous smile

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#25 01-01-2016 12:13:07

florencia
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Re : [Récit + liste] Flâneries lacustres - septembre 2015

Salut Jobig et tous,

Merci pour ce cadeau de nouvelle année cool

Cette brebis égarée nous aura accompagnée et tenue en haleine jusqu'au bout de ces flâneries lacustres, même si malheureusement la fin est funeste.

Cela devait être son heure...

Quand les bergers au refuge de la Soula m'ont demandé la couleur des marquages des brebis rencontrées un peu plus haut, impossible de me rappeler si c'était rouge ou bleu sad. Grâce à cette histoire, je serais plus attentive, pas très compliqué effectivement de prendre une photo tongue

Meilleurs vœux Jobig smile

Flo


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