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#51 24-10-2019 21:56:46

Magne2
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Lieu : Vitry sur Seine
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Merci du récit et du teasing  cool


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#52 24-10-2019 22:32:49

Stéphane_33
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Messages : 144

Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Bonjour Joy,
Je suis tes aventures avec beaucoup  d'intérêt.

Joy a écrit :

Je tourne un peu en rond avant de retrouver le balisage, mais je finis par y arriver, et là, hop, c'est parti, les jambes, qui pourtant se traînent depuis ce matin, répondent carrément présentes. Ca monte bien raide comme il faut, mais je trouve le rythme, malgré quelques glissades que je ne m'explique pas trop, je prends un petit shoot d'adrénaline au passage, et j'arrive au col en même temps que les premières gouttes, YES !

Comme quoi, la forme est souvent une question de motivation, c'est très psychologique smile

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#53 24-10-2019 23:00:40

Joy Supertramp
Membre
Inscription : 25-03-2019
Messages : 65

Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Merci a vous,
C'est absolument certain que le mental joue au moins autant que le physique ! D'ailleurs c'est l'une des belles leçons de cette aventure : si tu crois que tu ne peux pas le faire, fais-le, ça ira tout seul !   wink

Dernière modification par Joy Supertramp (24-10-2019 23:01:00)

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#54 25-10-2019 08:42:51

Serval
Carpe diem
Lieu : Entre Monts Martre et Parnasse
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Messages : 482
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Ça se lit comme on regarde les épisodes d'une bonne série : un scénario qui "tient la route", deux héros complémentaires et attachants, de l'humour, de l'émotion, de belles images et maintenant du suspense !
Décidément, je ne regrette pas mon abonnement à Joyflix !


Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans les voyages que j'ai faits seul, et à pied. (J.-J. Rousseau)
Trombinoscope | Tour de Bretagne (GR 34) - De Concarneau à Auray

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#55 29-10-2019 19:27:26

Joy Supertramp
Membre
Inscription : 25-03-2019
Messages : 65

Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Je suis heureuse que ça vous plaise, vraiment. Pour moi aussi c'est un chouette exercice que de revivre tout ça par écrit, jour par jour, alors qu'ici la vie a repris son cours.

C'est donc avec quelques kilomètres en plus dans les jambes après ma petite virée ariégeoise que je reprends le récit, là où je l'avais laissé ...


Jour 23 - Vendredi 06 septembre


Me revoilà, après 4 jours de pause, à Vielha, exactement là où j'avais laissé cette aventure en suspend. Après avoir passé la première nuit chez moi à étouffer, dans ce lit trop grand, trop mou, et trop à l'abri de l'air et des bruits de la nuit, après avoir sérieusement songé, à 2h du matin, à monter la tente dans le jardin, j'ai décidé de repartir.
Je me suis donc rendue à Toulouse, chez un cordonnier spécialisé dans les chaussures de montagne, afin de voir si on pouvait tirer quelque chose de ces grolles. J'ai vu tout de suite, à son air dubitatif, que ça allait être compliqué. D'après lui, la semelle en caoutchouc n'allait pas tarder à se désolidariser du reste, la colle ayant subi trop de dommages avant même que j'achète la paire, probablement dû à un stockage dans de mauvaises conditions. Pour resituer, ce sont des chaussures que j'ai achetées en solde sur internet l'hiver dernier, et qui dataient de la collection de l'année d'avant. Elle ont donc potentiellement été stockées dans un hangar pendant une année, et ça, ni le cuir, ni le caoutchouc, ni les colles n'aiment. C'est, d'après lui, de plus en plus fréquent. Il me recolle la semelle, gratuitement, et me tend les chaussures en me disant qu'elles sont juste bonnes à promener le chien, et encore.

Il me conseille de partir sur des La Sportiva Trango, mais moi, j'en ai marre des rigides. Je passe donc mon après midi à essayer des paires de chaussures, d'abord chez Chullanka, où les rayons sont quasiment vides, puis au vieux campeur, où je mobilise l'aide du vendeur. Lui, en voyant mes pieds, me propose quelques paires, mais ici aussi les rayons sont presques vides d'autant que je fais une pointure classique. Après plusieurs essais infructueux, le vendeur abdique : il n'a aucune paire qui puisse me convenir à me proposer. Au moins lui, il ne force pas l'achat ! Bon, mais ça ne fait pas avancer mon histoire ... Avant de prendre congé, le vendeur me dit quand même : "Ah si, il y aurait bien celles-ci, mais je n'ai plus votre taille !" Celles-ci, ce sont des Mammut Ayako High GTX, et je les ai essayées chez Chullanka en les trouvant assez confortables. J'y retourne donc, et embarque la paire en 40. J'aurai souhaité des chaussures moins lourdes, moins encombrantes, plutôt tige Mid, mais tant pis, je n'ai pas le choix si je veux repartir.

Je passe les deux jours restants à reprendre tout mon itinéraire, maintenant que je me connais mieux je peux adapter mes journées à mes capacités. Et puis, j'avais un peu baclé certains choix de bivouac, faute de temps pour ma préparation, alors je reprends tout ça rapidement. Je n'irai pas non plus rendre visite à ma famille près de Formiguère, ce qui me fait gagner un peu de temps. Bref, sous l'oeil désabusé de Mousse qui soupire toutes les vingt minutes alors que je passe tout ce temps devant mon ordinateur, je garde un pied dedans pour ne pas perdre l'envie et céder au confort. J'irai tout de même tester mes nouvelles chaussures lors d'une randonnée que je connais bien, qui d'habitude me prend environ 4 heures, que je termine ... en 2h30.


Mon ami propose, gentillement, de me redéposer au point exact où je me suis arrêté, soit aux abords du refuge Conangles, sur le GR11. Nous y prendrons ensemble le pique-nique, en ce vendredi 06 Aout, jour de mon re-départ. Cette fois-ci, pas de temps d'adaptation. Lorsque je remets mon sac sur mon dos, c'est comme si j'étais à nouveau complète, entière. Ma foulée retrouve la propulsion dont elle a besoin pour s'accorder avec ce poids, et Mousse jubile à mes côtés. Il fait particulièrement beau, bien qu'un peu frais, et moi aussi, je suis heureuse !
Il me reste 1300m de D+ à faire pour finir l'étape de dimanche, et ça monte directement en direction du port de Rius. Mon sac me semble tellement léger que je me demande vraiment si je n'ai pas oublié quelque chose d'important ... il faut dire que je n'ai "que" 5 jours d'autonomie. Et quel bonheur de ressentir à nouveau les sensations de la marche !

Au port de Rius, il souffle un vent frais, je sors le Buff, et j'attaque la descente, dans laquelle il me faudra m'arrêter plusieurs fois pour régler le laçage de mes chaussures, sans toutefois jamais parvenir à quelque chose d'optimal. Les étangs sont magnifiques, et j'apprécie de voir de la végétation les entourer, j'appréhendais un peu le caillou pur et dur !

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Peu à peu, le chemin s'aplanit, et, alors que je salue un jeune homme arrivant en sens inverse, nous nous reconnaissons en même temps : Johannes ! Mon acolyte des cabanes d'Ansabère ! Quel heureux hasard ! Il est allé, comme il l'avait dit, jusqu'en Andorre par la HRP, puis a fait demi-tour pour aller se balader un peu à Gavarnie avant de rentrer en Allemagne ! Je lui explique quand à moi ma mésaventure chaussurienne, et nous nous saluons chaudement avant de reprendre chacun notre route. Décidément, quelle belle journée ! J'interprète cette rencontre comme une preuve que j'ai fait le bon choix en décidant de repartir.

J'arrive, après une dernière montée, au refuge de la Restanca, imposante batisse posée sur les rives du lac du même nom, que l'on atteind en marchant sur barrage, un peu vertigineux. Je ne m'y arrête pas, car mon objectif se trouve quelques 200m plus haut : les rives du lac del cap deth port, juste avant d'entrer dans le parc d'Aigues Tortes et donc de ne plus pouvoir bivouaquer. Le soleil décline et rend l'ambiance très particulière, le lac est magnifique, c'est assurément le plus beau bivouac de toute ma traversée, mais les photos ne sont pas à la hauteur.

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Je fais une lessive puis je me hâte de monter la tente avant que ne tombe la fraîcheur du soir, tout d'un coup, c'est comme si l'été s'était terminé pendant que j'étais chez moi ! Je découvre également que la préparation pour crème brulée, délayée avec du lait en poudre et mise à prendre dans l'eau froide, ça fait un sacré bon dessert !
Alors que j'écris dans mon journal, Mousse me signale d'un grognement une présence derrière moi : des isards ! Ce sont les premiers que je vois d'aussi près depuis le départ. Décidément, elle commence bien cette deuxième partie !


Samedi 07 septembre - Jour 24 - 13,5 km +1242m -1017m

Au réveil, chouette, il n'y a pas de condensation on dirait ! J'ouvre la tente, "crouitch". Comment ça "crouitch" ? Ah, d'accord, il a fait un peu froid ...

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C'était donc un bon test de mon duvet, Ferrino Lightech 1000, annoncé pour zéro degrés confort, je pense qu'il les tient bien puisque je n'ai absolument pas eu froid. Je dors avec un legging en Merinos et en T-shirt en guise de pyjama, Mousse doit aussi faire office de radiateur pendant la nuit.

Je m'habille et me prépare donc rapidement, il caille comme il faut et mes doigts sont à la peine, surtout quand il s'agit de replier la tente, mais j'y arrive, et décolle une heure plus tard. M'attendent 200 ou 300m de D+ ... que je mettrai près d'une heure à gravir ! Je sens bien que ma réacclimatation à l'altitude n'est pas au top, je l'ai déjà senti hier soir. C'est systématique chez moi dès que je passe une nuit à 2000 mètres, alors je ne m'inquiète pas trop et prend les pauses qu'il faut pour reprendre mon souffle, et j'en profite pour faire des photos avec mon doigt devant :

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Sympa comme lieu de bivouac, non ?

Je dois aussi m'arrêter régulièrement pour enlever une couche, mettre la veste imper, retirer les gants ... Bref, je lambine. Vers 11h, j'arrive au refuge de Colomers, après avoir traversé des paysages tous plus beaux les uns que les autres.

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Je mange juste après le refuge en faisant sécher mes affaires, encore gelées. Et je me rends compte que je n'ai presque plus d'eau, alors je fais un crochet par l'entrée d'un lac, mais l'eau ne m'inspire vraiment pas confiance, alors j'utilise une pastille de Micropure ( qu'est-ce que c'est immonde ce truc ! ).

Après Colomers, le sentier remonte et c'est avec plaisir que je vois un bon vieux dré dans l'pentu dans l'gispet, oh yeah ! En route, je double un groupe de français en galère, "Martiiiiine ! Pose ton pied dans l'trou ! ", gueule Robert à sa moitié qui peine à atteindre le rocher suivant. Moi j'attend sagement derrière en tentant des "pardon !?", jusqu'à ce qu'enfin l'un d'entre eux, d'autorité, annonce à la cantonnade qu'il faut laisser passer la p'tite dame. Il ne sont pas arrivés, à ce rythme -là !

Moi si, j'atteinds bientôt le refuge de Saboredo où je prend une pause et où je fais le plein d'eau. Je discute un peu avec une fille, qui finira par me dire que je peux prendre une douche si j'en ai besoin, je décline poliement car la journée n'est pas encore finie ! J'ai beaucoup aimé ce refuge, c'est d'ailleurs l'un des seuls où j'ai eu envie de m'arrêter.

Je repars pour la dernière montée, à contre sens d'une course de trail où tout le monde marche ! Les derniers participants croisés jugent même utile de me préciser qu'ils font partie d'une course, au cas où j'aurai des doutes, je trouve ça rigolo ! Enfin seule, j'hésite à planter la tente car la fille du refuge m'a prévenue qu'un groupe était déjà parti pour Mataro, où je compte passer la nuit, et j'ai peur que le refuge soit complet. Mousse aussi réclame une pause.

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Finalement, je me ravise, en me disant qu'il vaut mieux que je pousse un peu, ce n'est plus très loin. Bo, sauf que je n'avais pas prévu l'espère ce mur de 4m de haut que je dois franchir maintenant ! Vraiment, je me demande comment passer, et par où sont passés tous ces gens, car le balisage s'interromp à cet endroit. Je tente plusieurs possibilités, perplexe. Je finirai par réussir à passer en faisant monter Mousse d'abord, elle arrivera en haut grace à une franche poussée de ma part à mi chemin. Quand à moi, je trouve UNE prise qui me sauve la mise et me permet de franchir l'obstacle. Je ne sais vraiment pas si c'est là le tracé officiel du GR, où bien si c'est moi qui n'ai pas vu d'option plus facile, mais quand même !

Il ne nous reste bientôt plus qu'à descendre en vue du refuge Mataro, container orange fluo de son état, perdu au milieu d'un océan de caillou. La descente dans les blocs me paraît longue, et j'ai mal au genou droit. Finalement, quand j'arrive, il n'y a là qu'un père et son fils, et ils s'en vont, royal ! Je profite du privilège pour installer mes affaires, et boire un thé bien chaud en mangeant du chocolat, j'ai besoin e me requinquer après cette journée éprouvante, j'ai bien galéré avec l'altitude !


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Finalement, un père et sa fille me rejoignent peu après. Leur objectif est de gravir les pics le lendemain, mais je suis vraiment dubitative. La petite, qui doit avoir 12 ou 13 ans, est en basket nike à semelle plate, le père n'a pas pris d'eau, n'a pas de réchaud pour faire bouillir celle qu'i a trouvé dans le lac en contre bas, et lui explique que demain, ils vont monter au pic sans prendre de sac puisque "c'est vite fait on aura pas faim". Moi je me dis : ni faim ni soif, vraiment ? Ni froid ? Bon, je tente de les mettre en garde sur le fait que ça ne sera pas si court que ça comme sortie, mais rien n'y fait alors je laisse tomber. Là dessus arrivent 4 gaillards, frigorifiés, qui se servent du refuge comme d'un dernier abri en dur avant de partir pour 15 jours de grimpe, sur une boucle en Ariège et Espagne, en autonomie ! Un sommet par jour au minimum, plus les marches d'approche, ça rigole pas ! Les mecs sont Mul par oligation, tous dorment en bivy, il n'y a qu'un réchaud pour 4, mais eux ont l'air de savoir ce qu'ils font ! Avec tout ça, le refuge est plein et on ne peut plus y marcher, je cale Mousse dans un coin et me glisse sur ma couchette, je feuillette leur topo d'escalade pour m'endormir, en me disant que ça à l'air bien cool leur histoire ...

Dernière modification par Joy Supertramp (29-10-2019 19:30:08)

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#56 31-10-2019 16:59:19

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Jour 25 - Dimanche 08 Septembre - 16km

Il a fait chaud cette nuit ! Enfin, à l'intérieur en tout cas, puisque tout est gelé dehors. Je suis levée en première à 6h30, et je me dépèche de m'habiller et de déjeuner car les déplacements sont vraiment difficiles dans cette toute petite cabane ! Je suis donc prète à partir dès 7h15, je crois que c'est l'un de mes départs les plus précoces !

Il faut commencer par descendre dans les blocs, pour changer. La lumière est magnifique alors que le jour se lève !

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Je me perds dès le début, toute absorbée dans la contemplation du paysage et concentrée pour ne pas glisser sur les cailloux gelés. Je suis des cairns pourtant, mais ceux-ci ne mènent pas là où je vais, heureusement, je m'en rends compte assez vite et récupère le bon chemin au bout d'un quart d'heure hors sentier.

J'atteinds bientôt l'estany Gerber, à côté duquel je prendrai de l'eau.

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L'atmosphère est vraiment magnifique ce matin, et j'ai vraiment l'impression que nous sommes les seules êtres vivantes à des kilomètres à la ronde. J'apprécie à fond la plénitude du moment, je n'ai déjà plus l'impression d'être rentrée chez moi tant j'ai la sensation que tout est enfin redevenu normal : je suis là où je dois être.

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Lorsque le soleil commence à réchauffer l'atmosphère, je fais une bonne pause sur un rocher plat qui marque le début de la descente vers le port de la Bonaigua. J'ai du réseau, j'en profite pour donner des nouvelles et jeter un oeil à la météo ... qui annonce de la neige ! Je suis sensée, dans deux jours, franchir le port d'Orle plein nord pour passer en Ariège avant le Mont Valier, prévu au programme. D'un coup, l'idée de passer ce col à plus de 2800 mètres en pleine tempête de neige me semble peu attirante, et de toute façons la montée au Valier est compromise à cause de ce mauvais temps. Je prends donc du temps pour trouver un itinéraire alternatif : je passerai par le Port de Salau (2087m) pour rentrer en Ariège un jour plus tôt et laisser passer le mauvais temps dans la vallée. Pour l'instant, mon objectif est d'atteindre le refuge d'Airoto qui me fait complètement rêver.

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La Bonaigua

Arrivée sur la route, je tente de lever le pouce pour m'éviter les deux kilomètres sur la route, et ça marche, je me fais déposer quelques virages plus haut. Je vise le col de l'estany Pudo, par un sentier d'abord peu marqué puis de plus en plus visible. La montée se passe bien, je suis presque en haut quand j'entends un gros "Wouaf !". Surprise, je m'arrête, je regarde partout et ne vois rien. Je me dis que si c'était un Patou, il serait déjà en train de descendre sur mon en aboyant, ce n'est pas leur genre de ne lancer qu'un seul aboiement. Je reste quand même sur mes gardes et je garde Mousse au pied.  Juste sous le col, j'aperçois le berger, espagnol, qui retiens ses chiens et me demande de m'arrêter pour laisser passer le troupeau. Il ajoute "Il y a Patou !", comme pour me prévenir que je ferais mieux de faire ce qu'il me dit, mais c'était de toute façon mon intention. J'attache Mousse et j'attends, toute heureuse de pouvoir éviter une rencontre avec mes chiens préférés.

Une dizaine de minutes plus tard, le berger me fait signe, je reprends la marche et nous discutons un peu. Il me confirme que la neige est bien attendue en quantité suffisamment importante pour qu'il faille faire attention, et me montre d'un geste le sentier que je dois suivre jusqu'à Airoto. Dans son français approximatif, il me dit de suivre "le sentier de vieille chèvre qui ne va ni en haut ni en bas" ! Je me demande si un sentier de vieille chèvre, c'est comme un sentier de chèvre mais en plus facile pour que les mamies puissent passer ?

Je pique nique un peu plus loin en regardant le troupeau s'éloigner et en profitant de la vue.

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Le décor est absolument splendide, et je ne cesse de m'en émouvoir. Peu après, j'atteins les rives de l'estany de Garrabea, bordé de myrtillers avec des fruits énormes que j'engloutis par poignées. Je fais une lessive au bord du lac, en profitant du doux bruit du clapot qui me rappelle ma Bretagne, c'est extrèmement apaisant, et je prends mon temps.

Après l'étang, je me perds encore. J'ai un sentier sur ma carte, un autre sur mon GPS, et un autre sur le terrain qui ne semble pas du tout partir dans la bonne direction. Je choisis de suivre celui de mon GPS, complètement à l'aveugle pendant un bon moment, puis j'aperçois sporadiquement quelques cairns, sans suite logique. Pendant une heure et demie, je suis téléphone à la main en train de naviguer entre les blocs et les rhodo, heureusement que j'ai le GPS car c'est la première fois que je ne vois pas par où passer directement sur le terrain.

Au bout d'un moment, ça commence à m'énerver : je vois un cain, puis un autre, que je suis, et puis subitement plus rien, et 20 mètres plus loin un autre cairn dans une direction tout à fait différente, ou bien de l'autre côté du ruisseau ... Bref, attention à ce passage, je n'ose même pas imaginer en cas de brouillard.

Après la traversée en zig zag des Plans d'isavarre, je finis par atteindre le dernier col de la journée, et j'aperçois mon objectif. J'aperçois aussi, au loin, un feu de fôret, accidentel comme je l'apprendrai par la suite.

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Indice : il est orange !

Je descends donc vers le refuge le plus mignon du monde : un petit triangle orangé posé au milieu des bois. Quand j'y arrive, il y a une petite famille qui vient d'y passer quelques jours, mais ils sont sur le départ. Je profite de l'eau qui y coule pour me faire une toilette au gant, puis m'installe avec mon traditionnel combo cacahuète - bouquin.

Sur ces entrefaites arrivent au refuge deux australiens, la cinquantaine, et MUL. Ah enfin, je commençais à me dire que c'était une espèce rare ! J'engage la conversation en leur proposant de partager une des deux canettes de bière qui trônent sur une étagère, et nous discutons comme il faut d'itinéraire et de matos. Ils effectuent la HRP en 35 jours, et trouvvent particulièrement reposant le fait qu'ici on n'aie pas à se préoccuper des serpents et des araignées. J'admets que c'est un avantage certain !

Peu après arrivent deux jeunes d'environ mon âge, espagnols, lui est un skieur hors piste invétéré et guide, elle est passionnée de faune et flore et travaille dans une association de préservation. Nous nous rapatrions autour du poele car dehors le froid tombe, et c'est parti pour une super soirée à échanger de tout et de rien tous ensemble. Je dévore une popote entière de couscous, agrémentée d'une tomate donnée par notre nouvel ami, merci !

C'est définitivement l'une de mes plus belles journées, tant en terme de paysage que de rencontres et d'énergies, je recommande vivement cette portion bien qu'il faille prendre des précautions concernant l'orientation.


Jour 26 - Lundi 09 septembre

Tout le monde debout à 6h30 ! Et ça déjeune, et ça remballe, et je propose aux Australiens de les accompagner sur le début puisque nos chemins se suivent jusqu'à Alos d'Isil. Leur duo me plait bien, l'un à l'air plutôt strict et déterminé bien que fun, quand l'autre est plus détendu, plus relax, et tout ça a l'air de bien fonctionner. Nous partons donc à 7h30 à l'assaut du col del clot de moredo, 250m pus haut et donc rapidement atteint. Nous faisons une pause photo au sommet, enfin pas moi parce que je commence à être à sec de batterie alors j'économise.
De l'autre côté du col : surprise ! Fini les cailloux ! Le sentier redescend dans un magnifique vallon verdoyant, pour rejoindre une piste que nous empruntons un peu trop longtemps avant de nous rendre compte de notre erreur, c'est ça de discuter, on est moins concentré ! Mousse pourtant avait tenté de nous indiquer la bonne direction ... Il y a un court passage sans sentier ni balisage où il faut grosso modo descendre tout droit dans la pente, sans difficultés majeures par temps clair bien que la pente soit assez raide et parfois glissante.

Nous atteignons Alos d'Isil vers 10h, c'est un très joli petit village ! Nous y prenons une pause bien méritée après ces mille mètres descendus d'un coup. Nos chemins convergent sur cette route qui va vers le Nord, mais je traine un peu à la pause pour communiquer avec mes proches, tandis qu'eux ont une grosse journée qui les attends avec le passage de 3 cols. Nous nous disons donc au revoir, ciao les mecs, au plaisir !

Je marche sur la route depuis même pas 10 minutes lorsqu'une voiture passe, comme a mon habitude je lève le pouce, et me fais déposer pile poil au départ du sentier pour le port de Salau, merci messieurs dames ! Un panneau m'indique 2h15 de montée, je mettrai une heure et demie, à travers un paysage d'estive où paissent vaches et chevaux.

Je suis donc au port à 12h30, passe rapidement devant les constructions étonnantes qui s'y trouvent, vestiges d'un temps révolu de l'exploitation des mines de sel (d'où le nom : salau). J'y rencontre un couple de retraités ariiégeois avec qui je discute un peu, ils proposent de m'amener à Couflens où je dois réceptionner mon colis. J'hésite un peu car j'avais prévu de m'arrêter pour la nuit à la cabane de la Lanne, toute proche, mais vu l'heure ça me semble un peu tôt pour terminer la journée, d'autant que la pluie arrive demain, alors autant en profiter ! Je les abandonne pour casser la croûte puis les rattrappe dans la descente. En chemin la femme m'explique l'histoire du lieu, nous discutons Ariège et installation agricole. Ca me fait très plaisir de parler enfin français sur ce sentier, et ça fait passer plus vite la longue descente sur piste qui nous attend.

Ils me déposent au camping à 15h30, où je sympathiserai immédiatement avec les deux seules personnes présentes : Mona & Polo, la soixantedizaine, en fourgon aménage, eux aussi originaires du pays du beurre salé. Je partage avec eux un thé et des petits gateaux qui agrémentent agréablement notre discussion, puis vaque à mes occupations traditionnelles. Au retour de ma douche, je trouverai un concombre et 4 tomates déposés à l'entrée de ma tente : MERCI ! Les légumes et les fruits, c'est clairement ce qui me manque le plus au niveau alimentaire, alors je leur en suis profondément reconnaissante. Avec un peu de riz trouvé dans la cuisine, et un peu de crème dans le frigo, ça ira très bien !

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#57 01-11-2019 12:34:36

ester
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Bonjour Joy, smile

J'aime toujours autant le ton et l'esprit.

Attention, Lataboge m'avait signalé que le bivouac sur les rives du lac del cap deth port est interditwink


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#58 01-11-2019 18:15:43

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

ester a écrit :

#543980Bonjour Joy, smile

J'aime toujours autant le ton et l'esprit.

Attention, Lataboge m'avait signalé que le bivouac sur les rives du lac del cap deth port est interditwink

Salut Ester, merci d'être toujours là ! Oui, je crois que le lac est situé dans la zone périphérique du parc, où le bivouac est également interdit. Ceci dit, j'avais trouvé l'information sur un panneau près du parking vers le refuge de Conangles, auquel j'ai eu accès quand j'ai quitté le sentier pour faire du stop. Par contre, aucune information sur le sentier en lui-même en ce sens, donc on peut facilement passer à côté de l'information ... j'ai pris le risque, je n'ai pas été dérangée ni n'ai dérangé personne je pense smile Mais merci de le préciser comme ça si d'autres veulent tenter le coup, ils seront au courant, et bien évidemment je n'encourage aucunement ce genre de pratiques illégales ! roll

Allez la suite

J27 - Mardi 10 septembre - jour off


IL a plu toute la journée. Le propriétaire du camping, situé en zone inondable, avait même pris la précaution, hier soir, de déplacer les cailloux de la rivière pendant deux heures afin d'éviter tout débordement. A la faveur d'une trouée, j'ai bel et bien aperçu la neige sur les sommets alentours, à partir de 1800 mètres comme prévu.
J'ai donc passé la matinée à avoir faim et à lire. J'ai bien reçu mon colis de ravitaillement, mais il avait été posté avant ma "pause" et contient donc 6 jours de nourriture là où il m'en faudrait huit, je dois donc utiliser mes réserves avec parcimonie. En fait, je n'ai pas vraiment faim, mais d'habitude, les journées pluvieuses passées à lire au coin du feu, je les passe aussi à manger tout un tas de trucs géniaux, alors aujourd'hui, ça me manque. Heureusement, Mona est gentillement venue me proposer de faire quelques courses pour moi lors de leur passage au magasin, fallait pas le dire deux fois  tongue Je la laisse donc partir avec une liste qui me permettra faire des pates carbonara, et je lui demande aussi de m'apporter plein de fruits !

A midi, je remange du riz-tomates, puis j'ai discuté avec les deux jeunes  propriétaires de la MSR hubba hubba, que je n'avais pas encore vus. Ils arrivent aussi de deux semaines sur la HRP au départ de Banyuls, coucou à vous si vous passez par ici ! Nous avons parlé un peu matos, Ariège, et Poitou, et puis ils sont partis pendant que moi j'ai tenté une petite promenade à la faveur d'une éclaircie.

J'ai rebroussé chemin au bout de 10 minutes car la pluie a repris de plus belle, me revoilà donc au camping, un peu déprimée par toute cette pluie et par cette pause forcée. Il fait assez froid à rester sans bouger sous ce préau ouvert au vent, mais heureusement qu'il est là quand même sinon j'aurai passé la journée allongée dans ma tente...

Pour une fois, je fais monter Mousse sur mes genoux pour qu'elle me serve de bouillotte, ça n'a pas l'air de lui déplaire !

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Je finirai mon livre dans la journée et l'offrirai à Mona et Polo pour les remercier de leur gentillesse (ils ont en plus refusé que je paye les courses qu'ils m'ont faites!)

Je profite sans le vouloir de cette journée pour faire un bilan de cette aventure, et je me dis que j'aurai finalement aimé qu'il y ait un peu plus de défi sur le plan sportif, moins de pauses et des étapes plus grosses, car je me sens parfois un peu frustrée. Il me reste 19 étapes prévues, et je commence déjà à penser que peut-être je ne vais pas m'arrêter là, et essayer de rentrer chez moi à pieds depuis Banuyls... Bref, je me sens vraiment en forme physiquement et mentalement, et je ne subis plus ces envies de rentrer chez moi qui venaient parfois s'introduire en moi dans la première partie du parcours. Peut-être parce que je suis effectivement rentrée, que j'ai vu que ça n'était pas si chouette que ça en avait l'air...


Quand je retrourne près de la gazinière pour me faire à manger, je trouverai un oeuf, accompagné d'un petit mot "Pour tes pates carbo ! " Merci les gars, vous avez tout compris !

Jour 28 - Mercredi 11 spetembre - 22,5km +1927m -1100m

R2veillée à 6h30, j'entends la pluie sur la toile de la tente. Je déjeune à l'abri sous le préau et y prépare mes affaires, je suis prête à partir à 8h15 mais je m'arrête dire au revoir à Mona et Polo qui se réveillent. J'espère sincèrement que nos routes se recroiseront, ils me font beaucoup réfléchir sur ce à quoi peut ressembler la vieillesse. Nous nous faisons des grand signes de la main avec un peu d'émotion lorsque je quitte le camping, il y a des rencontres comme ça ...

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La route jusqu'au village est vite passée, j'entame ensuite la montée jusqu'au col de la serre du cot d'un bon pas, malgré qu'elle ssoit bien raide et que je sois bien chargée. Comme à chaque fois après une journée de pause, j'ai des ailes. A 10h45, j'entame la descente de l'autre côté, sans faire de pauses car ça caille bien trop. En plus, je veux être avant 12h30 à Saint Lizier d'Ustou pour passer à l'épicerie compléter ma cargaison et donc, m'alourdir encore un peu, vous l'aurez compris.

Je dégringole dans la descente et me voilà à midi tapantes à l'entrée du village de Saint Lizier.

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A l'épicerie, je fais main basse sur un citron qui accompagnera à merveille la boite de foie de morue que j'ai bien l'intention d'engloutir ce midi (c'était le petit plaisir de mon colis), un paquet de gaufrettes au chocolat, un genre de quatre quarts aux pommes, une tablette de chocolat, du fromage et une baguette, ainsi qu'une demi plaquette de beurre négociée auprès de l'épicière, oui, rien que ça ! J'ai décidé que j'en avais marre de me rationner, que j'avais envie de pouvoir profiter des plaisirs de la nourriture et tant pis si mon sac est lourd ! D'ailleurs, il n'aurait pas fallu que j'achète un grain de sel en plus car mon sac est plein à craquer. Je fais donc ma pause casse-croute sur le banc devant l'épicerie, et partage ma boite de conserve avec Mousse, qui elle aussi, adore le foie de morue.

Le sac, et l'estomac, plus lourd que jamais, j'attaque la montée vers le col d'escots, où j'ai planifié mon bivouac. C'est une chouette montée dans la foret qui m'attends, et avec le ciel qui commence à se dégager je découvre avec bonheur les sommets enneigés aux alentours.

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Je fais une petite pause en haut de la montée et échange quelques mots avec un local venu chercher des champignons. Le ciel s'ouvre petit à petit...

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J'atteinds le col d'escots à 15h45, mais comme je le craignais, il n'y a pas d'eau ici car le restaurant est maintenant fermé ... Un éleveur passant par là me le confirme mais je tente quand même de rallier les "sources" visibles sur ma carte, mais je fait chou blanc, aucune source par ici. Je décide donc de repartir, de toute façon ce n'est pas terrible comme endroit pour bivouaquer, et je suis encore en forme. En partant du col, je croise deux randonneuses qui me disent qu'effectivement il y a a environ une heure de marche un endroit bien plus propice au bivouac, près de la cascadu du fouillet.

En chemin, le soir qui tombe éclaire les montagnes que je trouve magnifiques. C'est beau l'Ariège ! Je passe sans encombres le troupeau de brebis, et, effectivement, trouve un bon spot pour planter la tente, au pied de la cascade.

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La cascade


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La vue deouis mon bivouac.

Cette journée est passée comme une lettre à la poste, dans une bonne énergie malgré un sac beaucoup trop lourd et un temps pas terrible, je me couche donc heureuse !

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#59 02-11-2019 19:12:28

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Jour 29 - Jeudi 12 septembre

Je traine un peu au lit ce matin, car encaissée dans le fond de la vallée, je n'ai pas envie de me lever avant qu'il fasse jour. En plus, grace à mon avance de la veille, c'est une petite étape qui m'attend aujourd'hui.
Il fait bien frais et bien humide, et le vent est de la partie. Il me faut en plus faire une lessive dans le torrent, car la météo à annoncé grand bleu donc je veux profiter de la journée pour tout faire sécher. Je plonge donc avec réticence mes mains dans l'eau glacée, ça réveille ! Je mettrai ensuite de longues minutes à retrouver une motricité normale de mes doigts.

A 8h45, me voilà partie en direction de l'étang de Guzet, où je ferai une pause goûter relativement longue. Ce petit étang encaissé n'est pas particulièrement joli, mais il y a un coin d'herbe en plein soleil en son bord et j'ai plein de vivres à écouler, alors je me fais plaisir. Le matin, je mange un genre de porridge froid composé de flocons de cérales accompagné de lait d'amandes en poudre et et noix de coco rapée, avec un peu de sucre et des fruits secs. Au départ, je le faisait chauffer, puis j'ai goûté froid un jour où je devais économiser mon gaz, et j'ai préféré. Cependant je commence à avoir de moins en moins d'appétit au réveil, alors je compense avec une bonne pause en milieu de matinée, comme ici.

Lorsque je repars de l'étang, je croise un homme tout essouflé dans la montée. Il me lance un "c'est lourd !!" de justification, et, alors que je regarde avec perplexité son micro sac à dos de 10L, il m'explique que ce n'est pas son sac qui est lourd, mais les branches qu'il trimballe et qui sont à présent posées au sol. Il colporte vaillament trois branches et demie, et il doit y en avoir à peine pour 5 kilos, à la louche. Je l'encourage en le doublant, et monte en réfléchissant aux méfaits de la sédentarité et au fait que c'est quand même triste qu'un grand gaillard comme lui soit en difficulté pour porter trois bouts de bois sur quelques centaines de mètres.

Là dessus, j'arrive à la passerelle d'Ars, au dessus de la cascade du même nom, il y a là plusieurs tentes, tout le monde prend le petit déjeuner en profitant du soleil radieux. C'est vrai que c'est un coin sympa, mais du coup un  peu trop prisé à mon goût ! J'entame ensuite la descente, qui suit plus ou moins le cours d'un ruisseau rendant certaines portions un peu glissantes.

Après avoir passé la cascade, il y a de plus en plus de monde sur le chemin, et moi je vais à contresens. Je m'arrête casser la croute sur une grosse pierre plate le long du chemin, depuis laquelle j'ai une belle vue sur la cascade.

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La fin de la descente est longue et mes genoux commencent à se faire douloureux, le poids de mon sac est encore conséquent malgré tout ce que j'ai mangé, et la journée d'hier se fait probablement sentir. Je dois en plus compiler avec la chaleur qui devient assez intense à mesure que je me rapproche d'Aulus les Bains, j'avais perdu l'habitude moi !

Je n'ai pas besoin de passer par Aulus, donc je m'arrête faire une autre pause à l'ombre avant d'attaquer la remontée vers coumebière. Je tente une petite sieste, puis reprend la marche à 14h50. D'après le panneau, j'ai encore 2h30 de marche... mais je n'avance plus, je n'ai plus de jus. La chaleur me tue et je m'arrête parfois tous les 100 mètres. Il doit faire à peine 30°C, je suis à l'ombre dans la forêt, et pourtant, je ruisselle par tous les pores de ma peau. Pour Mousse, ça va, nous traversons régulièrement des ruisseaux qui lui permettent de se rafraîchir. Au final, j'arriverai tout de même au parking en une heure trente, pas si lentement que ça donc mais j'ai quand même bigrement peiné, c'est peut-être même la fois où j'ai le plus eu du mal à avancer ! Je pense qu'au-delà de la chaleur, c'est aussi dû au fait que j'ai traîné toute la journée en enchaînant les (longues) pauses, ce qui a eu pour effet numéro un de casser mon rythme habituel de marche, je m'en souviendrai !

A coumebière, je m'installe sur l'une des tables de pique-nique pour ... manger, encore ! Pendant ce temps, j'observe un vieux monsieur ramener ses vaches qui se sont échappées, abandonnant derrière-elles leurs veaux ! Il éclate d'un grand rire quand je lui annonce que je vais jusqu'à la méditerrannée et me demandera de répéter plusieurs fois  tongue

J'attends un peu que tout le monde s'en aille pour me laver à la fontaine, quel bonheur après tout ce sel évacué ! Puis, le soir tombant, je me déplace en contrebas du parking où j'ai repéré un spot adéquat pour la tente. Ici, le camping est interdit, mais je ne vois rien concernant le bivouac, alors je m'installe. La route est proche mais il n'y a pas de passage, et je m'endors rapidement après avoir dévoré des vraies pâtes avec du vrai gruyère, reste bienvenu des courses que m'avait faites Mona et Polo au camping à couflens.


Jour 30 - Vendredi 13 septembre


J'ai bien dormi, le ventre plein, et je démarre à la même heure qu'hier : 8h50. Direction le port de Saleix par une belle montée dans les estives. Je résiste à la tentation de couper tout droit et reste bien sagement sur le sentier. Je prends de vitesse le troupeau de mouton au milieu duquel je n'ai pas envie de traverser, et hop, me voilà en haut une heure plus tard.

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Belle vue sur le Valier d'un coté ...


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Et sur la vallée de Vicdessos de l'autre.

Je trouve le panorama franchement magnifique et prends quelques instants pour contempler. En bas, j'aperçois l'éleveur d'hier qui remonte ses vaches, annoncant des retrouvailles heureuses avec les veaux.
Quelques instants plus tard, je prends le chemin du refuge de Bassiès. Ah tiens, des cailloux, ça faisait longtemps, salut les copains ! J'hésite à me laisser aller à la baignade dans le petit étang qui se trouve là, en pensant que je n'ai toujours pas réussi à trouver l'occasion de me baigner, mais je continue finalement mon chemin.


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En surplombant les étangs de Bassiès.

Dans la descente vers le refuge, je discute rapidement chaussures et bâtons avec un couple, elle est bretonne, lui Ariégeois, coucou ! Je prends ma pause goûter du matin vers 11h, un peu après le refuge. J'avance bien aujourd'hui, contrairement à hier, et j'ai déjà une heure d'avance sur le topo quand je reprends la route. Le sentier longe ensuite les étangs, c'est très joli ! Il y a là plusieurs groupes de randonneurs venus pique-niquer, et je me fais la réfléxion en les croisant qu'ils ont quand même sacrément eu la main lourde sur la crème solaire, vu l'odeur prenante qui atteind mes narines ! Comme à chaque fois, Mousse attire énormément la sympathie, et rentre à fond dans le jeu du "Ooooooh qu'il est miiiiignoooooon!" en venant donner la patte à tout va !

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Je m'arrête dès que le chemin rentre en forêt, pour casser la croute à l'ombre car aujourd'hui encore, il fait chaud. D'ailleurs, c'est bizarre que je sente encore la crème solaire alors que personne n'est à côté de moi ! Aïe, j'ouvre ma pochette située sur la sangle ventrale, et ce que je craignais se confirme : mon tube s'est ouvert et il y en a partout... J'ai utilisé de la crème solaire peut-être trois fois au début, et je me la trimballe depuis ne voulant pas la jeter parce que ça coûte cher, mais voilà qui achève de me décider : elle ira dans la poubelle dès que j'en trouve une !

Je casse la croute rapidement, et puis j'attaque la descente vers Marc, écouteurs sur les oreilles, au son de Stand High Patrol, c'est parti ! Bientôt, je me cale sur le rythme, et je dévale littéralement la pente, pif pouf, je suis hyper concentrée, en sueur, mes pieds bougent tout seuls, que c'est grisant ! C'est la première fois que je tente une descente rapide à ce point, j'adore !! Mes chaussures, plus souples que les précédentes, se pretent bien mieux au jeu même si j'imagine que le top serait d'avoir des chaussures basses...

J'arrive, en nage mais tout sourire, à la bifurcation une demi heure plus tard. Ensuite, c'est moins drôle car il me faut suivre la conduite d'eau, c'est plat et c'est long, mais je garde le rythme si bien que j'arrive au hameau de Marc à 14h à peine. Je m'arrête, fais sécher la tente au soleil et rallume mon téléphone qui ne tarde pas à faire Touït touït ! C'est Mona et Polo, mes amis retraités du camping, qui viennent aux nouvelles, et leur message me fait chaud au coeur !

Je décide ensuite de prolonger l'étape du jour, sensée se terminer à Mounicou où j'avais prévu de bivouaquer près de la rivière, pour pousser jusqu'à la cabane de la Prunadière, que j'espère trouver ouverte. Ceci devrait me permettre de squizzer le bivouac à l'étang d'Izourt qui ne m'inspire qu'à moitié, et de ne faire qu'une seule étape jusqu'au col de Grail. Moi qui cherchait à faire prendre un tour plus sportif à tout ça, j'ai la forme, autant en profiter !

Après Mounicou, le sentier s'élève rapidement dans la forêt, par quelques lacets bien serrés. Il fait lourd, je suis trempée, je prie pour que la source coule à la cabane : YES ! Un mince filet, mais un filet quand même, parfait ! La cabane est ouverte, et en plus, elle est très propre, et bénéficie d'une vue tout à fait correcte suite aux récents travaux d'abattage, visiblement.

La lessive me prend un peu de temps compte tenu du débit, mais ça se fait bien quand même. Je prends un goûter, un thé, pars chercher du bois, et quand tout ça c'est fini, j'hésite à me griller une clope, provenant d'un paquet tout neuf déposé sur le manteau de la cheminée. J'ai arrété de fumer il y a un an, mais là, pour clore cette journée un peu parfaite, je me ferai bien un petit plaisir ! Je porte la cigarette à mes lèvres, approche la flamme, et ... repose tout ça bien à sa place, je n'en ai plus besoin, je me sens déjà tellement bien sans !

Dehors, le ciel se couvre petit à petit, la journée de demain est annoncée maussade, mais tant mieux, je n'aime pas quand il fit trop chaud ! Je profite de la soirée au coin du feu puis m'endors sur le sol de la cabane, avec mon chien chéri entre moi et la porte, juste au cas où.


Jour 31 - Samedi 14 septembre


Oups, raté le réveil ce matin  ! Grâce au fait de ne pas avoir de tente à replier, je suis quand même prête à 8h30, et en plus, il fait beau ! Le sentier démarre à l'horizontale, et c'est assez agréable pour se mettre en jambes. Mousse aussi est en forme, comme toujours dès qu'on marche dans la forêt, elle court comme une dératée dans tous les sens, alertée par tout un tas d'odeurs.

Arrivée à la bifurcation, je décide de ne pas aller à l'tang d'Izourt, qui ne me parle pas plus que la veille, et prends le raccourci au niveau du hameau de pradières. Ca grimpe raide puisqu'on s'élève de quasi 500m en un kilomètre, mais je profite de la montée pour extraire quelques pensées négatives de mon esprit, et ça me donne de l'énergie. Ensuite, le sentier sort de la forêt et chemine à flanc, c'est joli et je suis heureuse de pouvoir enfin profiter d'une petite vue. Je m'arrète sur les coups d'onze heure trente pour manger, sur le bord du chemin. Là dessus arrive une fille, que Mousse voit bien avant moi et à qui elle fait la fête. C'est Fanny, qui a quelques années de moins que moi, et elle fait l'intégralité du GR10 en solo, nous nous retrouverons ce soir à Siguer, puisqu'elle continue vers Goulier pour chercher à manger tandis que je m'apprête à prendre la variante qui me fait éviter de descendre au village pour remonter ensuite.

Honnêtement, c'est la partie la moins fun de toute ma traversée : j'ai passé l'après midi sur une piste à l'horizontale sans vue, dans la forêt, je pense qu'il vaut mieux descendre à Goulier, même si celà coûte un effort supplémentaire. Je rencontre parfois des cueilleurs de champignons, la plupart n'ont d'ailleurs pas l'air satisfait de leur récolte du jour.

Avant d'arriver au hameau de Lercoul, la vue se dégage un court instant et j'aperçois le Massif de Tabe, youpi, c'est presque la maison !  big_smile

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Le verso du massif de Tabe.

La descente de Lercoul à Siguer est tout aussi inintéressante que le reste, mais je finis tout de même par arriver à Siguer à 16h30, soit 8h après être partie. Je me fais indiquer la salle mise à disposition pour les randonneurs, passe devant le Petit Gite désormais fermé pour cause de confit avec la mairie (quel dommage !), et y trouve deux autrichiens, qui se sont bien étalés comme il faut  lol  ! Nous discutons rapidement, eux aussi sont sur le GR10 mais seulement pour 10 jours, ils s'arrêtent à Merens les Vals. Ils sont surchargés comme jamais : 8 bonbonnes de gaz (!!!!!), et l'intégralité de leurs repas sous forme de lyophilisés, qu'ils se trainent depuis le début puisqu'ils se sont rendus compte qu'on pouvait relativement facilement acheter à manger sur le GR10. Quand je leur demande pourquoi ils ont huit bonbonnes de gaz, ils me répondent que c'est à cuase de leur inexpérience, ah oui quand même !

Là dessus, arrivent Daniel et Cindy, eux aussi sur le GR, j'ai doublé Cindy plus tôt dans la journée. Puis Fanny, puis une autre Fanny, puis un Monsieur complètement perdu qui ne sait pas ce qu'il fait là , ne cesse de soupirer en disant "ah putain !" et n'a pas prévu de nourriture (?!) ; ce qui fait que nous sommes au complet.

Après quelques discussions, je décide de marcher avec Fanny numéro 2 le lendemain : elle fait la traversée en 30 jours via le GR10, sans prendre aucun raccourci, et m'a l'air de marcher à bonne allure. Tout pile ce qu'il me fallait pour me motiver à passer la deuxième, me dis-je ! Bon, je me couche quand même en me demandant si je vais pouvoir suivre une triathlonienne entraînée ... sur plus de 2000 m de D+ !


[désolée pour le peu de photos, mon téléphone étant tombé plusieurs fois, l'appareil est rayé et je crois que j'en ai eu marre de prendre des photos moches !]

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#60 03-11-2019 21:17:13

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Jour 32 - Dimanche 15 septembre - 19,5 km +2308m -1335m - 07h25

Réveil à 6h après une nuit pas terrible, entre les gesticulations des uns et les sorties pipi des autres ... Nous décollons à 7h avec Fanny, les autrichiens sont partis devant puisqu'ils ne prennent pas de petit déjeuner, les autres partirons après nous.

On attaque à la frontale, en discutant, et comme ça, tranquillement, nous montons les 1200 mètres de D+ qui nous séparent du Pla de Montcamp. En discutant ! Je n'en reviens pas moi-même d'avoir pu monter si facilement. Nous avons le même rythme toutes les deux, ce qui est bien appréciable : personne ne doit attendre ou forcer le rythme. En chemin, nous doublons les autrichiens, qui eux visiblement ne vont pas au même rythme : l'un trime loin derrière l'autre qui s'est arrêté grignoter un bout. Ce dernier a un côté très arrogant et n'a pas l'air d'apprécier de se faire doubler, encore moins par des filles... Nous en rigolons !

Au pla de Montcamp, la vue est magnifique et on en profite le temps de manger quelques fruits secs.

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Il nous faut ensuite descendre vers les cabanes de Courtal Marty et de Balledreyt, toutes deux ravitaillées, l'une par le berger, l'autre par les scouts qui cherchent à se financer un voyage. En guise de ravitaillement, c'est le grand luxe ! Des conserves de plats cuisinés maison, des fruits, des gateaux, des jus ... J'en bave, mais je suis raisonnable et n'achète qu'un citron, en prévision du taboulé de ce soir.

Nous remontons ensuite jusqu'au col de Sirmont, où nous mangeons même s'il n'est que 11h... Le temps passe vite quand on est en bonne compagnie ! Avec Fanny, tout se passe très simplement et j'ai rapidement l'impression que nous nous connaissons depuis longtemps. Un rapide coup d'oeil au topo nous confirme que nous avançons bien, nous allons sûrement arriver tôt. Je n'ai pas encore décidé si je m'arrêtais à a jasse d'Artaran où doit se trouver une jolie cabane, rendue "célèbre" par un youtubeur, ou bien si je continue jusqu'à Beille avec Fanny, nous verrons bien.

Nous redescendons ensuite en forêt vers la cabane de Clarans, ravitaillée elle aussi, mais nous n'y allons pas car elle se trouve un peu en retrait par rapport au chemin. Dans la descente, j'arrive à suivre le rythme sans trop de mal, ouf ! Fanny marche toujours devant, ça me permet de me caler sur son rythme qui est très régulier, et ça fait du bien de se laisser un peu porter aussi !

S'en suit la montée vers la Jasse, je sens que je n'ai plus la fraicheur du matin, et en plus je crains de manquer d'eau car je suis presque à sec, nous avons beaucoup transpiré aujourd'hui, sous le soleil. Je suis quand même le rythme, motivée par la perspective de trouver la source, peu avant la cabane. Elle est bien indiquée et j'en profiterai pour me rincer le visage, quel bonheur !

Peu après, nous arrivons à la cabane, dont seulement une partie est ouverte. Comme tout le reste, elle avait l'air beaucoup mieux sur youtube qu'en vrai, mais il faut dire que le vrai confort est sécurisé dans la partie fermée (la gazinière, l'electricité ...) Du coup, je ne résiste pas à l'appel de la douche et je décide de suivre Fanny jusqu'au plateau de Beille, où nous allons pouvoir planter la tente au village nordique.

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Au fond, la cabane d'Artaran.

L'arrivée à la station de ski nordique est plutôt ignoble et me laisse dubitative, mais le campement est tout autre ! Il y a là plusieurs yourtes et cabanes, toutes très jolies et bien entretenues, et il n'y a personne ! Nous nous installons et prenons nos quartiers sur un banc au soleil, bientôt rejointes par la responsable, particulièrement sympathique et à qui nous achèterons une bière pour fêter ça ! Il y a aussi une machine à laver, dont nous profitons avec joie, et une épicerie à prix libre, garnie comme il se doit, c'est vraiment chouette ! La cuisine est en libre accès dans une petite cabane très bien fournie, et nous retrouvons un semblant de "chez soi" avec bonheur.
Comble de la joie, notre ami autrichien prétentieux arrivera plus d'une heure après nous, visiblement blasé, et toc !

Donc en fait, je viens de réaliser la plus grosse journée de ma vie en terme de dénivelé, achevée en 7h30 pauses comprises, et j'en ai encore sous la pédale, eh ben ! Pourvu que ça dure ! Demain, l'objectif est de rallier Merens-Les-Vals, soit une grosse journée de descente, j'espère être aussi en forme !


Jour 33 - Lundi 16 septembre

Réveil au sec, il n'a pas plu contrairement aux prévisions. Je file prendre le petit déjeuner au chaud dans la cabane commune, et je me laisse tenter par les biscottes au beurre et à la confiture d'abricot, comme à la maison, quel régal ! Le petit déjeuner aussi est à prix libre, et c'est tellement appréciable que je laisserai largement de quoi acheter le paquet de biscottes entier et la plaquette de beurre ! Ensuite, je me dépèche d'être prête parce que Fanny, elle est efficace, alors que moi parfois... un peu moins  cool  ! Nous voulons décoller à 7h pour arriver avant l'orage annoncé ce soir.

Nous partons donc avant les autrichiens, sur la piste quasi horizontale qui serpente sur le plateau de Beille. Le jour se lève et on aperçoit l'astre lumineux du soleil qui point, à l'est, notre phare.

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Je suis vraiment émue de passer derrière le Massif de Tabe, car celà signifie que je passe à l'Est de chez moi, c'est-à-dire que jusqu'à présent, je m'en rapprochais et que maintenant je m'en éloigne, c'est particulier. Que de chemin parcouru depuis mon dernier bivouac sur ces montagnes !

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Mont Fourcat, sommet de l'estanyole, Pic du Han, Girabal, Saint Barthélémy et Soularac.


Un peu avant le col de la Didorte, nous rattrappons deux gars, éleveurs-pêcheurs qui, en même temps qu'ils "cherchent" quarante brebis effarouchées (ou pire) par l'ours, s'adonnent à une partie de pêche. Ils nous apprennent qu'ici vit toute une famille d'Ours, mais nous n'avons pas eu la chance de les voir, il faut dire que nous discutons quasiment en permanence, ça doit leur faire peur !

S'ensuit un parcours en crête ascendante que nous grimpons tranquillement, quand arrive tout à coup notre Autrichien, en nage et soufflant comme un boeuf, qui visiblement met un point d'honneur à être le plus rapide aujourd'hui, quitte à tout donner, puisque c'est son dernier jour. "Yesterday wou were faster, today it's me !" Ouais ouais, on verra bien ... Nous ne cesserons de nous doubler toute la journée à la faveur des pauses des uns et des autres.

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Une porte d'un autre temps, sur la fameuse crête des Izards.

Juste avant le refuge du rulhe, quand la pente s'adoucit, nous croisons un fuxéen (habitant Foix, donc) avec son chien qui lui, porte ses sacoches ! C'est la première personne que je vois faire la traversée complète avec un chien, nous échangeons donc deux ou trois tuyaux sur la suite ddu parcours. Il m'apprend à cette occasion qu'il n'a pas eu de problème pour traverser la réserve de Mantet, das les Pyrénées Orientales, que les gardes l'ont autorisé à passer sans problème à condition de rester sur le sentier. Tiens tiens, voilà que je pourrais à nouveau changer d'itinéraire ?

Nous prenons la pause déjeuner au col des Calmettes, avant de redescendre vers l'étang bleu, puis de remonter vers la crête de la lhasse. Aujourd'hui, c'est moi qui suis devant, il faut dire que moi, les blocs, j'ai l'habitude !

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Quelques nuages font leur apparition.


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La descente s'amorce tranquillement, nous passons près d'un groupe de randonneurs en train de pique niquer et salivons sur leurs salades de légumes frais, puis nous rattrappons les Autrichiens qui se dépêchent de remballer lorsqu'ils voient Mousse arriver, la course n'est pas finie messieurs !

Je suis devant dans la descente et même si les genoux sont sensibles (-1900m aujourd'hui), nous arrivons à Merens à 15h30, et savourons à cette occasion une pomme chipée au pommier voisin. Sans rancune, Fanny en offre une à notre ami autrichien arrivé en second, quand à celui qui s'est cramé ce matin, il arrivera bon dernier, y a pas de secret !

Nous nous rendons au camping de Merens, où j'espérais récupérer mon colis. Malheureusement, il n'est pas arrivé, conséquence facheuse de mon accélération de ces derniers jours (5 jours en trois) et d'un oubli d'envoi de mon ami. Ca m'embête vraiment de devoir attendre une journée ici, je n'ai pas du tout envie de couper le rythme dns lequel je suis, et puis j'aurai bien voulu continuer à marcher avec Fanny, mais tant pis, j'ai besoin de ce qu'il contient et notamment les croquettes de Mousse. Il n'y a aucun magasin à Mérens et l'épicerie du camping possède seulement un paquet de chocapic et une bouteile de lait... peu adéquat !

Je relativise, c'est la vie. Et puis j'ai un ami qui vient passer la soirée avec nous au camping, et ça, c'est cool ! Il nous ramènera des tomates et des figues, tout ce dont je rêvais ! La soirée passe bien trop rapidement, quel plaisir de trouver un ami après un mois en solitaire ! L'orage s'est mis à tomber fort et nous nous sommes abrités sur la terrasse d'un mobil-home, lorsqu'arrive l'autre Fanny, trempée comme une soupe mais toujours de bonne humeur, quel plaisir !

Je prolongerai la veillée autant que possible, de toute façons demain, c'est grasse matinée forcée !

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#61 04-11-2019 21:29:15

gerard75
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Je suis totalement fan, vivement la suite.  lol

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#62 04-11-2019 22:04:30

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Jour 34 - Mardi 17 Septembre

Nous avons passé une chouette soirée, et si j'ai entendu Fanny se lever à 5h30, je ne me suis levée que deux heures pus tard. Il faut dire qu'elle a une belle journée qui l'attends puisqu'elle va jusqu'à Bolquère, alors que moi, je reste là jusqu'à ce que mon colis arrive, en espérant qu'il arrive aujourd'hui !

Après le petit déjeuer, je vais squatter un peu la salle tandis que la télé braille ses obscénités pour le plus grand plaisir des oreilles de l'employée, visiblement. Son chien aussi braille tout le temps, d'ailleurs. Elle me met dehors " un quart d'heure ", le temps d'aller nettoyer les sanitaires. D'après elle je ne peux pas rester là si elle n'y est pas, ah bon, c'est original ! Donc je sors, et poireaute quasiment une heure. J'ai laissé cartes, livre et téléphone à l'intérieur, je n'ai rien à faire qu'attendre, et ça m'énerve.

J'ai pour objectif de filer d'ici au plus vite dès que mon colis arrive, mais je devrais adapter l'étape du jour aux orages annoncés en fin de journée. Je me refais sortir de la salle à midi "Pause déjeuner !". Je me retrouve donc à faire le pied de grue à l'entrée du camping sans oser m'en éloigner de peur que le facteur passe pendant mon absence. Je ne m'autorise même pas à aller aux toilettes, ni à aller prendre de l'avance en repliant la tente qui doit maintenant être sèche. Bref, je ronge mon frein, et Mousse me regarde en soupirant l'air de dire "Bon, tu te bouges ?! " Le chien du camping, lui est enfermé dedans et aboie en continu, c'est extrèmement pénible. Quelle ironie, moi qui voudrait être dedans, et lui dehors !

Toute à ma frustration, j'ai demandé à mon ami de ne pas m'envoyer le prochain colis, je compte doubler certaines étapes et puis je pourrai à présent facilement me ravitailler sur la route. Et puis comme ça, pas de risque de l'attendre!

A 14 heures, le facteur arrive enfin ! Mon colis est la dernière chose qu'il a dans son véhicule, "ben oui, le camping, il est fermé entre midi et deux alors je suis venu après !" Grouiiimpfffrr Merci monsieur ! Vu l'heure et les nuages au-dessus de ma tête, il est clairement trop tard pour me mettre en route, à mon grand désarroi. Mais bon, j'en ai assez d'être énervée, alors je décide d'aller me détendre aux sources chaudes, un peu plus loin sur le GR10.

Quand j'y arrive, il y a quelques personnes mais tout le monde décampe aux premières gouttes de pluie, et j'ai les trois bassins pour moi toute seule, quel pied ! L'eau est à température parfaite, c'est comme un bain qui ne refroidirait jamais ! Je bouquine quand arrive un jeune parisien dans le bassin d'à côté. Je ne suis pas d'humeur à la discussion, alors après les échanges d'usage je me replonge dans mon bouquin, mais lui, visiblement, ne l'entends pas de cette oreille et ne cesse de me parler. J'imagine que le fait qu'on soit tout les deux à poil dans les bassins lui donne du courage ! lol Je lui explique donc que je suis en train de traverser les Pyrénées à pieds, quand il me dit qu'il "fait un truc un peu comme moi" ! Il m'explique traverser les Pyrénées ... en 4x4 !!! Et le pire, c'est qu'il considère ça comme un moyen de se rapprocher de la nature ... roll Bon, vu mon humeur du jour, vous imaginez bien que ça m'énerve, et j'ai clairement envie de lui demander si ça l'embêterait pas de rester polluer Paris avec son 4x4 de mer... et de laisser nos belles montagnes et leurs habitants tranquilles, mais comme je suis polie, réponds "ah oui d'accord, ce n'est pas tout à fait pareil quand même ! " Tsssss ...

Là-dessus, arrive une fille d'à peu près mon âge avec un sourire un peu évaporé accroché à son visage. Tout d'un coup, elle s'accroche à un arbre et se suspend par les pieds ! Allons bon ! Elle fait l'oppossum pendant quelques minutes, sous le regard complètement subjugué de mon voisin de bassin qui, du coup, change de cible  tongue  !

La fille se glisse ensuite dans l'eau et commence à faire du yoga. Dans l'eau. A poil. Je vous dit pas la tête du voisin, j'en rigole derrière mon livre moi  lol  ! Interrompant sa comtemplation, arrive un couple de jeunes qui débouchent rapidement les mignonettes de rhum, et ben v'la autr' chose ! Bon dans tout ça, je ne peux plus profiter comme je le voulais de la quiétude du lieu, alors je remballe mes affaires et je redescend au camping, où finira par débarquer mon parisien me demandant si je veux qu'il me ramène des trucs pas chers du Pas de la Case. Il n'a toujours pas saisi que je n'ai pas l'intention de m'enfiler 1L de Old Nick ni 400 gr de tabac pendant que je marche, alors je lui dit "non merci !" Décidément, les gens, ce n'est pas de tout repos aujourd'hui, mon côté social est mis à rude épreuve !

Je me couche tôt car je dois partir très tôt demain pour pouvoir avaler 18 km et 1900 m de D+ avant 13h, et l'arrivée des orages, tout ceci avec mon sac chargé à bloc.


Jour 35 - Mercredi 18 septembre +1900m -750m

Allez hop, c'est après avoir rêvé d'une arrivée à Banyuls avec Fanny que je me réveille à 5h30, pour être prête à partir à 6h45, à la frontale. Je traverse le village avec Mousse, toujours aussi heureuse lorsqu'on se met en route.


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Je repasse à côté des sources chaudes de la veille, où il n'y a personne à cette heure si, et puis ça monte. Ca monte longtemps d'ailleurs, 1300 mètre d'un coup, mais ça passe bien car la montée est parfois ponctuée de petits moments sur le plat qui permettrent de se reposer. Je fais quelques centaines de mètres en bonus après avoir encore laissé tomber mon portable par terre ... ce qui m'arrive quasiment une fois par jour en ce moment. Je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à penser à fermer ma poche. Peut être que c'est inconscient et que je voudrais ne plus avoir de téléphone ? Aucune idée, il n'empêche que sur le coup, je m'en veux.

Je reprends la montée et atteinds la porteille des Bessines à 10h, j'ai donc mis deux heures pour ces 1300 mètres, pas mal compte tenu du fait que j'ai 18 kg sur le dos !

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Je descend ensuite jusqu'au refuge du même nom, en passant parmi les troupeaux de vaches. Il y a même le papa !

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Au refuge, je fais une pause casse-croûte. Pour l'instant, le temps est au beau mais le gardien me confirme que ça va tourner d'ici peu, alors en route. Du refuge, il faut descendre un peu, puis cheminer à plat et enfin remonter pour atteindre le col de la couma d'Anyell, et voilà les 1900 mètres avalés !

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Je ne traîne pas au col car l'orage menace, alors je me hâte en direction de la cabane Rouzet.

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J'approche de l'étang du Lanoux.

J'arrive à la cabane avec les premières gouttes, il est 13h et l'étape prévue est terminée, pile poil dans les temps ! Ceci dit, j'ai encore la forme et je n'exclut pas de repartir si ça se calme.  La cabane est toute petite, et elle est déjà occupée par 6 français et deux allemands qui s'abritent, tout ce petit monde en profite pour manger et puis s'en va. Dehors, la pluie ne s'arrête plus, alors pour l'instant, je reste au chaud ! C'est une façon de parler, car la cabane n'a pas de cheminée et il y fait plus froid que dehors, donc en vérité, ça caille.


Bientôt arrivent 3 gars qui redescendent du Carlit et viennent s'abriter par ici, puis arrive Patrice, lui aussi randonneur sur le GR10 mais il a fait plusieurs pauses tout au long de la traversée, pour retourner travailler, il est cheminot. Chacun tente de sortir un peu à plusieurs reprises, mais à chaque fois la pluie reprend de plus belle, l'orage nous tourne tout autour et il est même juste au-dessus de nous à un moment. Plus ça va, plus il est clair que je vais passer la nuit içi, tout comme mes quatre camarades, dont quelque chose me dit que peut-être deux d'entre eux passent sur ce forum ... coucou ! Nous mettons nos vivres en commun pour un chouette repas, je suis heureuse de m'alléger et partage volontiers ma douzaine de crêpes, initialement prévue pour être dévorée pendant ma journée de repos, mais je n'ai pas tout mangé.

Avec Patrice, nous partons chercher de l'eau et profitons de la présence d'un troupeau de mouflons, pas effarouchés pour un sou, même par Mousse qui pourtant est plus qu'intriguée !

Nous nous serrons à 5 dans cette cabane, tous les matelas les uns à la suite des autres, il n'aurait pas fallu une personne en plus sans quoi il aurait fallu pousser les murs ! Je mets mes boules Quies pour parer aux éventuels ronflements, et me dit que c'est quand même chouette de se retrouver là, seul élément féminin dans une cabane isolée dans la montagne, sans avoir peur de quoi que ce soit ! Je commence à m'endormir quand tout à coup ... Merde ! ma tente ! Je l'ai sortie pour qu'elle sèche lorsque la pluie à cessé, et je l'ai oubliée dehors, et avec le vent qu'il y a j'ai bien peur d'en avoir perdu un bout ! Il s'agit donc de réussir à sortir de la cabane sans écraser quelqu'un, opération ma foi périlleuse mais que je crois avoir pas trop mal réussi wink Dehors, ouf, ma tente est toujours là, je respire ! Je rentre tout ça et je me rendors, au son de la pluie et du vent ...


Jour 36 - Jeudi 19 spetembre


Branle bas de combat à 6h ce matin dans la petite cabane, tout le monde se contorsionne dans son coin pour replier duvets et matelas en essayant de ne pas marcher sur ceux du voisin ! Moi j'ai bien dormi, finalement à nous tous nous avons bien réchauffé l'atmosphère !  Le petit déjeuner est avalé en vitesse et je démarre à 7h, accompagnée de Patrice. Nous marchons à peu près à la même vitesse, mais je ne me sens pas au top, ce qui ne nous empêche pas de bien avancer quand même. Le ciel est tantot bas tantot dégagé, et la vue est chouette en arrivant aux Bouillouses même si tout ça n'est, à mes yeux, pas transcendant, peut être un peu trop "artificiel".

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Il y a même l'horizon qui bouge ! roll

Nous stoppons au point info faire un brn de toilette, remplir les bouteilles et donner des nouvelles aux proches, et c'est reparti. J'essaye de me dépécher car je veux atteindre l'épicerie bio à superbolquère pour acheter des fruits et des tomates, et surtout, du beurre ! (On ne se refait pas ...) Je peine un peu à trouver mn rythme cependant et je suis un peu en force, il faut dire que nous parlons beaucoup ! Même si je crois que j'aurai apprécié de marcher seule aujourd'hui, Patrice est de bonne compagnie. Il y a une déviation du GR après les Bouillouses qui nous fait passer près du lac Noir, dont le calme m'émeut beaucoup. Le temps à l'air de ralentir par ici ...

Nous arrivons à Bolquère une demi-heure avant la fermeture du magasin, objectif atteind ! Je trouverai tout ce que je voulais et même plus, et nous nous offrons un festin un peu plus loin, miam ! Autour de nous, le ciel s'assombrit (très) rapidement, et je me rends compte que nous n'atteindrons jamais le reuge de l'Orry avant la pluie, j'essaye donc de trouver un plan B. Il y a une aire de pique-nique à La Cabanasse, peut-être pourrons-nous y planter la tente ?

Nous marchons sur la route puis sur la piste, il est clair que l'on s'approche de la mer, le relief s'adoucit largement et d'ailleurs toute la journée se passe sur le plat, ou en descente. Un peu avant l'aire de pique-nique, je me rends compte que j'ai un point de pression sur la cheville droite qui commence à me faire vraiment mal, mais trop tard, en 10 minutes, le mal est fait : j'ai un bleu sur un oeuf...

Je continue en claudiquant alors que la douleur s'intensifie rapidement au point que je ne puisse plus poser mon pied au sol correctement, c'est encore pire si la pente est en léger dévers. Je ne comprends pas du tout d'où peut venir une telle douleur, qui arrive de nulle part et débarque avec force. On se rend compte qu'on a passé l'aire de pique-nique, sans rien voir, mince ! Je peste intérieurement car l'orage menace franchement et que les premières gouttes tombent, et que moi, je serre les dents. Devant nos yeux, le panneau "Camping 300m" nous interpelle, mais nous savons qu'il est fermé d'après nos recherches internet ce midi. Je pense à voix haute " On pourrait peut-être appeler, on ne sais jamais ?" Ni une ni deux, Patrice téléphone, BINGO, c'est ouvert ! Je claudique aussi vite que je peux et nous arrivons tout juste pour monter les tente avant que ne s'abatte une jolie pluie d'orage bien comme il faut, encore un bon timing !

Il y a une petite salle pour rester au sec, c'est idéal ! Je n'ai aucun douleur lorsque je marche en tong, par contre ma cheville est très douloureuse au toucher, j'espère que la nuit sera suffisante pour me permettre de repartir ... du bon pied ! wink

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#63 04-11-2019 22:05:40

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

gerard75 a écrit :

#544311Je suis totalement fan, vivement la suite.  lol

Merci Gérard, vos désirs sont des ordres lol !

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#64 06-11-2019 22:32:52

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Jour 37 - Vendredi 20 septembre

J'avais mis le réveil à 6h, mais je ne me lèverai qu'une demi-heure plus tard. En effet, une rapide vérification me renseigne sur l'état de ma cheville : ça ne va pas mieux, dès que le côté extérieur touche quelque chose, ça brule.

Ne sachant pas quoi faire d'autre, je me lève quand même et je me prépare pour partir. Patrice est prêt avant moi, car je prends mon temps et ne partirai qu'à 8h15, sous le beau soleil ! Je suis particulièrement joviale ce matin, malgré ma cheville, je retrouve avec plaisir ma petite solitude avec laquelle j'aime tant marcher. Pour ne rien enlever à ma bonne humeur, je m'arrête à la boulangerie m'acheter un pain aux raisins, et hop, deuxième petit déj' moins d'une heure après le premier, trop cool !  big_smile

Je chemine avec le sourire jusqu'aux oreilles en me disant : "Voilà, c'est ça le bonheur, marcher au soleil avec mon chien en mangeant un pain aux raisins " En plus, le sentier est plutôt agréable et ma cheville me laisse un peu de répit dans la montée. Je me rendrai compte cependant que c'est de courte durée puisque dès que je marche sur le plat ou en descente, je douille.

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Je monte le premier col tranquillement, puis je redescend sur la cabane de l'orri. Je m'arrête un peu avant pour le troisième petit dèj', en profitant du soleil avant qu'il ne disparaissse derrière les nuages qui déjà, menacent. Je refais une halte à la cabane, où se trouvent le vacher et un Allemand qui mange un lyophilisé. Je discute rapidement avec chacun, puis je reprends la route vers le col Mitja, que je veux passer avant la pluie, annoncée pour le début d'après-midi.

Depuis la cabane, la piste reste quasiment à plat, j'ai mal. Je tente plusieurs techniques de laçage mais aucune n'est satisfaisante, le haut de ma chaussure finit toujours par appuyer sur ma cheville. Je trouverai une solution en glissant mon gant de toilette dans ma chaussette, ça comprime un peu mais du coup, j'ai mal en permanence plutot que d'avoir à chaque pas la douleur qui s'éveille. La montée est raide, +600m en 3 km, je la sens passer d'autant que je commence à avoir faim ! J'arrive en haut vers 13h30, alors je m'arrête pour le pique-nique. D'habitude, je mange plutôt vers 11h30 ou midi, j'essaye aussi de ne pas manger avant d'avoir fini de monter le plus gros de la journée, si possible. Bon, et puis là, avec mes trois petits déjeuners, je suis bien tongue

Au col, il y a du vent et ça caille fort, je ne m'attarderai donc pas après manger ! Du col, on redescend par une piste jusqu'au refuge du Ras de la Carança, c'est un peu long mais la piste me facillite le travail. Le refuge est extrèmement mignon, et d'après les témoignages des gens que je rencontrerai plus tard, il y règne une bonne ambiance ! J'avais un temps songé m'y arréter, car vu du col Mitja l'orage n'était plus très loin, mais il semble à présent s'éloigner alors je continue. Je remonte donc 500 mètres pour atteindre col del Pal, mais cette fois-ci la montée est plus douce même si ça tire un peu quand même, c'est le troisième col de la journée ! Dans ces cas là, je mange une barre de céréales qui me permet de retrouver, après quelques minutes, la lucidité et l'énergie nécessaire.

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Enfin, il ne me reste plus qu'à descendre vers la cabane de l'Alemany, mon but de la journée. J'entre alors dans la réserve naturelle de Mantet, interdite aux chiens mais apparement, il y a une tolérance si on reste sur le sentier. Je croise un berger avec ses chiens, il ne me dit rien, ça doit être bon ! La descente sur l'Alemany est parfois raide, je serre les dents !

Lorsque j'y arrive, j'entends des voix : je ne serais pas seule ce soir ! Ah, mais je les connais  ! Voilà Patrice et Cindy (que j'avais rencontrée à Siguer !), qui ont marché ensemble toute la journée ! Je suis heureuse de retrouver mes amis d'un jour, et nous prenons nos aises dans cette cabane qui est vraiment très très chouette : une grande table avec des bancs, des immenses bat-flancs, et surtout : un poêle à bois ! Dehors coule la source à laquelle je me lave, pendant que les nuages remontent de la vallée.

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Nous passerons une agréable soirée, à discuter de tout et de rien et à comparer nos provisions, puis je me couche sur la mezzanine, pendant que mes amis prennent les couchettes du bas. Pour demain, je suis assez indécise, car la météo annonce une journée exécrable, et que moi, je voudrais recoller avec la HRP et rejoindre la porteille de Mantet pour longer ensuite la crète frontière toute la journée ...


Jour 38 - Samedi 21 septembre


Ca y est, c'est l'automne ! Pour fêter ça, le mauvais temps c'est invité, et un vent fort souffle dès le réveil, à 6h30. Par la fenêtre, nous voyons même les éclairs ! Je jette un rapide coup d'oeil à la météo (car il y a du réseau dans cette cabane!) qui annonce la pluie dès 11h ... Ca ne me fait pas rêver de quitter la cabane pour devoir passer l'après midi dans ma tente sous la puie sur un hypothétique spot de bivouac, aussi, je décide de rester ! Celà devrait permettre à ma cheville de se remettre, enfin j'espère ... En plus, demain, il est annoncé grand beau, ce qui sera parfait pour ma journée en crète jusqu'aux MArialles. Par contre, je suis un peu juste en nourriture, mais Mousse à ce qu'il faut et c'est le principal.

Je viens de commencer Rêves de trappeurs, de Rock et Kathryn Boivin, et je crois que ça m'inspire un peu, que j'ai moi aussi enve de vivre en cabane pour une journée ! Mes deux compagnons partent vers 8h, au moment où je sors pour faire une mission bois. J'en ramasse un peu aux alentours, puis m'attèle à la tache avec la scie présente dans le refuge. L'inconvénient du poêle, c'est qu'il faut tout débiter, mais ça me va bien, j'ai envie de m'activer !
Dès 8h45, il commence à pleuvoir, je suis contente d'avoir choisi de rester au sec ! Au coin du feu, avec un bon bouquin et un thé brûlant, je suis parfaitement heureuse. Il y a aussi une part de moi qui veut faire durer le plaisir le plus longtemps possible, et qui repousse le moment d'arriver à Banyuls. En tous les cas, je profiterai de cette journée pour assouvir mes envies de "cocooning", et occuperai mon temps entre mots fléchés, lecture et sciage de bois.

Vers midi, je reçois la visite d'un GR10ste venu là s'abriter pour manger. Il est très speed et ne me laisse pas en placer une, ou plutôt me pose des questions sans écouter les réponses, c'est perturbant, surtout compte tenu de la quiétude dans laquelle je me trouve depuis ce matin. Au moment de partir, il casse une bouteille de vin vide posée là, pousse rapidement les morceaux de verre contre le mur et s'en va. Je suis tellement choquée que je ne dis rien, mais enfin ! Le gars arrive à Mantet dans quelques kilomèètes, c'était si compliqué d'embarquer ses bouts de verre ?! Je fulmine en ramassant ses conneries avec soin pour éviter que Mousse ne se blesse... puis je sors faire du bois pendant une heure pour me défouler un peu.

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En fin de journée, je suis rejointe par Nicolas, qui est venu ici dans l'optique de monter au Pic du Géant demain matin. Nous discutons calmement toute la soirée, je crois que lui aussi est venu chercher un peu de paix. Je troque une poire contre du chocolat, quel bonheur ! Avant d'aller nous coucher, nous remplissons le poêle afin de faire durer le feu toute la nuit... En haut dans ma couchette l'air devient vite irrespirable tant il fait chaud ! J'essaye de ne pas y penser puis je n'y tiens plus, et je redescend mon matelas sur la couchette du bas, ça va déjà beaucoup mieux ! Note : le poêle de cette cabane chauffe très fort !



Jour 39 - Dimanche 22 septembre - 34,7 km +1208m - 1422m - 10h23

Ce matin, Nicolas était prêt une demi heure avant moi, il part à la frontale tandis que j'observe le jour se lever.

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Je quitte la cabane en lui disant au-revoir, puis je prends la route. Chouette, ma chevile à l'air de me laisser tranquille ! Rapidement, je passe saluer le berger dans sa cabane à lui, toute neuve et très jolie, puis je rattrappe bientôt Nicolas. Il a eu un peu de mal à trouver le sentier dans la pénombre, ça ne m'étonne pas car moi aussi j'ai un peu tatonné ! Evidemment, je le double dans la montée, mais je l'attends à la porteille de Mantet pour que nous nous disions au revoir, il part à droite vers le pic du Géant et moi à gauche, sur ma HRP bien aimée que je retrouve avec un plaisir très intense.

Ca doit être communicatif puisque Mousse est complètement surexitée !

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Un peu plus loin, je croise un jeune qui est en train de replier sa tente, sympa comme spot de bivouac ! Pendant ce temps, Mousse est partie à toute vitesse à la rencontre d'un troupeau d'isards, invisibles mais probablement odorants, et j'ai le vent (fort) contre moi si bien qu'elle n'entends pas mes rappels. Elle monte à une vitesse incroyable sur le versant d'en face, quand je me souviens que mon sac est équipé d'un sifflet : Tuiiiiiiiiiiiiiiiiiit ! Ca fonctionne impeccable et la voilà qui revient, l'air complètement satisfait de son épopée. C'est la seule fois de toute la traversée qu'elle s'éloigne de moi à ce point, elle doit commencer à se sentir chez elle elle aussi  wink

Le parcours en crête est magnifique, je m'émerveille sans cesse et je déroule les kilomètres sans problème, ni à la cheville ni ailleurs.

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Je les vois finalement !

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Je m'arrête juste avant le Pla Guilhem sur une table de pique nique judicieusement placée, puis je descend vers les Marialles, que j'atteinds à 13h30. Je fais une brèvve pause pour remplir mes gourdes et je repars, je suis en forme comme jamais aujourd'hui, et j'ai bien l'intention d'en profiter. Pour dormir ce soir, je vise le refuge de Bonne Aigue, car j'ai dans l'idée de monter au Canigou demain matin. Après le Valier annulé pour cause de neige, puis le Carlit pour cause d'orage, j'espère avoir la chance de pouvoir profiter du dernier sommet que j'avais intégré à ma traversée.


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big_smile

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C'est donc à 4 km/h, vitesse constante depuis ce matin que ce soit sur le plat, en montée ou en descente, que j'avale les kilomètres. Du coup, je double tout le monde, et il commence à y en avoir un peu du monde, maintenant qu'on se rapproche du canigou ! Soudain, j'entends derrière moi le bruit de bâtons, je me retourne, c'est le gars qui repliait sa tente ce matin quand Mousse débusquait les isards, c'est qu'il marche bien lui aussi ! J'essaye de tenir le rythme pour ne pas me faire doubler mais je commence à sentir une gêne au niveau de ma cheville ... gauche ! C'est à dire l'autre cheville ! Je m'arrête sur le côté et j'abdique, je le laisse passer et nous discutons rapidement, en anglais, lui aussi est sur la HRP !

Je reprends la marche, et en moins d'un quart d'heure, je passe de vague douleur à douleur aïgue, encore une fois sans rien y comprendre. A chaque fois que je pose mon pied légèrement en dévers, la douleur m'arrache un cri. Il me reste encore 7 kilomètres à faire, alors je serre les dents. Vraiment, je n'ai jamais eu de douleur comme celle-ci, et je n'en comprends asolument pas l'origine. Si c'était tendineux ou ligamentaire, j'aurai mal aussi en tongs ?! Et pourquoi d'abord la cheville droite, puis plus rien, puis la gauche ?!

Aucun réglage de mes chaussures ne parvient à me soulager. Après presque une heure d'effort, je passe un panneau qui m'indique qu'il me reste 5,5 kilomètres, je tiens bon. Ca se complique, il faut marcher dans les cailloux. Par moments, pour évacuer, je hurle. A d'autres, je compte mes pas pour m'occuper l'esprit, j'arriverai à 4000 avant de laisser tomber. J'ai l'impression de marcher depuis une autre heure quand je vois "Bonne Aigue - 4km" sur un autre panneau. Quel supplice ! Je tape le sol avec mes bâtons, la douleur envahit mon esprit, mais je continue d'avancer. A un moment, je n'en peux plus, et me décide à prendre un ibuprofène. Je n'en ai pas utilisé depuis des années et je ne prends jamais de médicaments, car je ne suis jamais malade, mais là, je dois faire quelque chose ! 15 minutes plus tard, j'ai toujours mal mais je suis dans le gaz, comme un peu "ouatée", et la douleur me semble plus lointaine. Par contre, j'ai du mal à rester concentrée et j'ai l'impression de flotter, je galère à trouver mon chemin dans les éboulis et je me dis que vraiment, le dernier truc à faire maintenant, c'est de se perdre.

Je cheminerai ainsi péniblement jusqu'à ce que j'atteigne, à 17h30, la cabane de Bonne Aigue. J'aurai bien aimé m'arrêter avant, mais il n'y a pas d'endroit propice car il n'y a pas de plat. Heureusement pour moi, je me suis arrêtée en route prendre de l'eau, car la source ne coule plus à la cabane.

Vite, j'ôte mes chaussures et j'enfile les tongs, la douleur disparaît. Autant vous dire qu'à ce moment là, je HAIS ces chaussures. Sous le tuyau de la source, une bouteille pleine m'attends : je vais pouvoir me laver ! En fait, la source coule d'une goutte toutes les 5 secondes, ce qui fait qu'en une nuit j'obtiendrai 25cl d'eau ... heureusement que j'avais prévu le coup ! J'ai à peine le temps de m'installer que le tonnerre gronde et la pluie se met à tomber, je me retrouve en plein dans le nuage. La cabane est franchement inhospitalière, surtout comparée à celle de l'Alémany, mais finalement, je ne suis pas si mal compte tenu de la météo ! Pour dormir, j'installe mon matelas sur l'un des bancs-coffres dans la première salle, ce qui me permet de ne pas me faire envahir par le nuage qui rentre dans la deuxième salle par la fenêtre cassée.

Fatiguée par cette journée éprouvante, mais avec le moral à nouveau en hausse, je m'endors rapidement, croisant tout ce que je peux pour que ma douleur disparaisse au bout d'une journée, comme pour l'autre cheville !

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#65 06-11-2019 22:39:14

Magne2
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Merci de ce récit, complet à bien des points.


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#66 06-11-2019 22:45:42

laxmimittal
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Ah ça commence vraiment à sentir le sud là.

Comment Mousse a-t-elle appris à prendre les poses photos car elle est très très forte.

Quel mystère cette histoire de chevilleS.

L.


La touche Majuscule de mon ordinateur fonctionne mal.

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#67 06-11-2019 23:56:18

gerard75
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Ouais, les maux de chevilles, c'est le rebondissement inattendu de cette presque fin de voyage.  smile

Au début du voyage si je me souviens bien, tu faisais plus du bivouac que des cabanes, est-ce lié à la météo et à la température plus fraîche la nuit ou le besoin d'un semblant de meilleur confort ou juste pas d'endroit pour le bivouac ?

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#68 07-11-2019 07:51:06

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

@ Laxmimittal, je lui ai appris à monter sur des trucs ! Du coup quand je lui dis "monte", elle cherche autour d'elle un truc pour monter dessus, et moi je fais la photo smile

@ gerard : Non, ce n'est pas du tout fait exprès. D'ailleurs a ce moment là je commence a a voir envie d'un vrai bivouac, chose que je n'ai pas fait depuis coumebiere ! C'est juste que les cabanes, c'est la solution de facilité,  bien pratique avec tous les orages qui pètent relativement tôt  wink

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#69 07-11-2019 09:05:43

gerard75
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Joy Supertramp a écrit :

#544569@ gerard : Non, ce n'est pas du tout fait exprès. D'ailleurs a ce moment là je commence a a voir envie d'un vrai bivouac, chose que je n'ai pas fait depuis coumebiere ! C'est juste que les cabanes, c'est la solution de facilité,  bien pratique avec tous les orages qui pètent relativement tôt  wink

Pas de spoil  yikes  yikes  yikes  lol

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#70 07-11-2019 22:03:16

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Jour 40 - Lundi 23 septembre

Finalement, j'ai très bien dormi et je n'ai pas eu froid malgré l'humidité ambiante. J'ai donc décollé à 7h15 pleine de bonne volonté, après avoir terminé le stock de muesli.

Aïe. Dès les premiers pas, je sais que la journée va être longue... j'ai encore bien mal à la cheville. Ceci dit, comme ça monte au départ, ça reste supportable. Mais bon, je m'approche sévèrement de Banyuls, alors il va bien falloir descendre à un moment ... Dans tous les cas, la montée au Canigo est largement compromise. C'est marrant, il y a quelques jours je lisais un livre intitulé Sans jamais atteindre le sommet. Faut croire que tout ça m'a un peu influencé ! hmm

Je m'élève donc en direction du Refuge des Cortalets, alors que le jour se lève. Au départ dans la forêt, la vue se découvre petit à petit, et je me rends compte que ça y est, en bas, c'est la plaine ! C'est vachement plat d'ailleurs ! Oh mais non !! C'EST LA MER !!!

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Je suis véritablement très émue de vivre enfin ce moment que je m'étais imaginée tant de fois. Extrèmement heureuse, fière, et en même temps un peu triste aussi, je déborde d'émotions et ressens le besoin de les partager, alors je sors mon téléphone. Malheureusement, il n'y a pas de réseau : encore une fois ce moment est, comme toute l'aventure, sublimé par la solitude. J'annonce quand même à Mousse que ça y est, on y est, et que quoi qu'il arrive et même si je dois cloche-pieder pendant les jours restants, nous arriverons à Banyuls à pieds.

Aux Cortalets, je pensais retrouver Cindy mais il n'y a personne quand j'y arrive. Je fais le plein d'eau au robinet près de la terrasse, et tente un bandage compressif avec mon buff autour de ma cheville, sans succès. Sans trop réfléchir et par habitude, je prends la variante qui fait éviter la piste. Je regretterai ce choix au premier passage dans les cailloux, où je m'autorise à jurer tout haut pour laisser sortir la douleur.

Je serre les dents dans la descente vers le Ras de Prat Cabrera, où je croise Michel, mon casseur de bouteille. Je décide de m'arrêter prendre mon goûter du matin, et le regarde se perdre, c'est à dire ne pas réussir à suivre les balises évidentes qui sont devant nous. Je lui indique le chemin, mais il ne me croit pas, et vérifie sur son GPS, puis se perd encore, puis finalement, je le vois enfin disparaître.
Je repars à sa suite et le retrouve en pause un peu plus loin. Je prends le temps d'observer les panneaux, quand il me dit " regarde, c'est par là, il y a une marque sur le caillou, là, devant, mais regarde!" Je lui signale que c'est le GR36 qui est indiqué, et que pour nous, il faut prendre le sentier sur la droite. Il maintient son point de vue, et au vu de ses exploits d'il y a 10 minutes, j'abdique et lui lance un "Tu fais comme tu veux mais moi je vais par là !" L'histoire ne dit pas s'il prendra la bonne direction ...

Pour moi, le sentier reste à flancun bon moment, et en dévers dans le bon sens pour ma cheville, alors je profite de la douleur réduite pour accélérer, car je garde en tête que la journée va être longue, autant raccourcir dès que je le peux. J'arrive donc à la cabane forestière de l'estanyole à 11h30, pile pour le pique-nique !

Alors que je m'apprête à repartir après avoir profité de la fontaine pour faire la lessive, je vois arrivér le mec qui m'a doublé hier, tout sourire ! Cette fois, il a envie de discuter, et nous marcherons ensemble jusqu'au col de Cirere, où il s'arrête pour manger. Il est suisse, et MUL ! Nous discutons donc logiquement matos, mais également trek, puisqu'il me décrit sa traversée des Alpes effectuée l'an passé, qu'il a ensuite enchaîné avec le GR20 (en 7 jours). Bon, c'est le mec le plus rapide que j'aie croisé de toute ma traversée, c'est aussi le plus léger : sa liste de base est à 4,5 kg, en prenant en compte qu'il ne dort pas sous tarp mais sous tente double paroi, ça me fait un peu rêver. Nous nous séparons au col, où il me laisse l'adresse de son site, écrit tout en Allemand (que je ne parle pas). Ca m'a fait du bien de marcher en discutant, j'en ai un peu oublié ma douleur !


Elle reprend de plus belle dans la descente vers le refuge de Batère. MA cheville droite se réveille elle-aussi, le tout accompagné de courbatures de plus en plus violentes aux cuisses, probablement dues à ma démarche claudicante d'hier sur 7 km. Ca m'étonne quand même de pouvoir avoir des courbatures, trois jours avant la fin, mais bon, je fais avec.

Pendant trois heures et demie, je chercherai à détourner mon attention de la douleur, en essayant de m'auto-hypnotiser (car c'est le principe de l'hypnose médicale), ça ne marche que par intermittence. Un peu avant d'arriver à Arles sur Tech, le sentier se transforme en piste sableuse alors je passe au plan B :

7ypIg1rWx.20190923_144214.jpeg

La marche en tongs ! Ca ne dure qu'un temps puisque le sentier redevient glissant par endroits, alors je rechausse 30 minutes plus tard mes rontudjuuuu de chaussures.

Enfin, j'arrive à Arles sur Tech, 291 mètres d'altitude seulement, à 16h30, vannée. Je passe à l'épicerie et me sens profondément agacée par tout ce bruit autour de moi, les voitures, les gens, les odeurs, tout m'énerve, je rejoins donc en vitesse le camping (toujours pas de bivouac !). Alors le camping comment dire ... c'est bien si on est curiste et qu'on aime parler de nos problèmes de réception des chaines télé avec nos voisins en caravanes, sinon, c'est un peu la loose, en tout cas en cette saison. Il n'y a ni eau chaude pour la vaisselle ni prise électrique disponible, heureusement, j'amadoue mon voisin en mobilhome et il accepte de brancher mon panneau pour le recharger un peu car je suis à sec, ou quasi.

Je me fais donc un gros gueuleton, grâce à mes courses de l'épicerie, et prie pour ce ça aille miraculeusement mieux demain. Aujourd'hui, je n'ai pas pris de plaisir à marcher, et ça m'embêterai vraiment que l'aventure se termine dans cette atmosphère.


Jour 42 - Mardi 24 Septembre, environ 30 km.

Je me fais un énorme petit déjeuner plaisir ce matin : un kiwi, deux yaourts à la framboise, du pain, du beurre et de la confiture, miam ! MAlgré tout, j'arrive à décoller assez tôt car la tente est sèche, vive le sud de la France ! D'ailleurs, j'ai eu bien chaud cette nuit, pas au point de transpirer mais je n'étais pas loin !

A 8h, je traverse donc Arles sur Tech encore endormie, et c'est tant mieux, je n'ai pas à subir les agressions sonores, visuelles et olfactives d'hier. A la sortie du village, je sais que ça ne va pas le faire : je peux à peine poser le pied par terre... Je m'asseois sur un muret pour tenter de trouver un Nième laçage qui me satisfasse, encore une fois sans succès. Je croise alors un couple d'anglais qui s'inquiète de savoir comment ça va, je dois avoir une sale tête ! Eux me font rêver avec leurs chaussures basses ... vraiment, je me jure que la première chose que je fais en rentrant, c'est de m'acheter des chaussures qui laissent ma cheville se débrouiller seule !

Finalement, j'abandonne purement et simplement le laçage et repars la chaussure non attachée, à l'assault du Col de Paracolls. La montée est assez raide puisqu'elle a été le théâtre d'un kilomètre vertical, mais en montée la douleur est supportable alors je reprends mon rythme de croisière et redouble rapidement mes deux HRPistes Anglais.

Au Moulin de la Palette, je fais une pause fruits secs après avoir passé le pont, puis je continue à flanc vers l'ermitage de Montalba.


7ypJmuDaF.20190924_103517.jpeg
Avant, j'avais le vertige, mais plus maintenant !

A Montalba, je remplis ma gourde : il fait bien chaud aujourd'hui et j'ai déjà pas mal bu. Bizarrement, je sens que ma cheville va mieux : même sur le plat j'arrive à marcher normalement. La douleur est toujours présente en sourdine, mais soudainement, elle devient largement supportable et s'effacera quasiment au fur et à mesure de la journée, même lorsque je relaçerai mes chaussures : JE NE COMPRENDS RIEN A CETTE HISTOIRE ! neutral

A Montalba, je discute un peu avec des parisiens en vacances à qui Mousse fait son numéro, puis je repars vers le Roc de France. C'est raide, et il fait chaud : je m'arrête pour la pause au col Cerda, même s'il me reste encore 300m à monter, tant pis. Il est 13h, j'ai faim ! Du coup, je prends le temps après manger de me reposer un peu, histoire de digérer toutes ces tomates et concombre que je viens d'engloutir.

Finalement, les 300 mètres e passent bien et je m'octroie le luxe de monter sur un voisin du Roc de France pour admirer la vue, avant de repartir en forêt.

7ypJP2QvA.20190924_144413.jpeg


7ypJX9FbT.20190924_144418.jpeg

Je prends la variante HRP par les Salines, qui passe ensuite par une jolie forêt de pins.L'odeur me fait vraiment penser à mes vacances d'enfance dans le sud, la fin est proche ! Quand je fais une pause pains-au-lait-beurre-chocolat (on ne se refuse rien !), je vois arriver un gars dans l'autre sens.Il veut faire la traversée en entier mais il a mis une semaine depuis Banyuls, quand je compte y être après demain ! De son aveu peu entraîné, il souhaite prendre le temps de la discussion avec tous les gens qu'il rencontre sur sa route. C'est très louable mais nous sommes déjà tard dans la saison, à sa place, j'aurai peur de me faire prendre par la neige ! D'ailleurs, s'il a gardé le même rythme, il doit être bien embêté en ce moment ! Il marche en chaussures d'alpi et me dit avoir mal aux pieds : tu m'étonnes ! Mais avec le recul, ça lui servira peut-être finalement ...

J'entame ensuite la descente vers Las Illas, village français avec un nom espagnol, que je dévale presque en courant (quand je vous dit que ça va mieux !), et je déboule sur cette belle terrasse qui me tend les bras ! Patron, une bière s'il vous plait, j'ai une victoire sur la douleur à fêter moi !

Je discute avec un couple de français, jeunes retraités, puis descend m'installer sur l'aire de bivouac aménagée, où je profiterai de la douche, fraiche mais appréciable ! Le temps de vaquer à mes occupations, je vois arriver mes deux anglais, qui s'avèrent en fait venir de Guernesey, hello ! Moi, j'ai décidé de m'offrir un vrai repas, et je vais manger au refuge, où je retrouve mes deux amis retraités, Dominique et Annie.

Le repas est très bon, et j'apprécie de manger avec des gens, ce qui ne m'est pas arrivé depuis... longtemps, j'ai l'impression.

Repue, et soulagée de voir ma douleur envolée, je rejoins mes pénates pour un sommeil bien mérité, après ces journées dans la douleur !

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#71 07-11-2019 22:19:04

laxmimittal
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

.."A Montalba, je remplis ma gourde ... et j'ai déjà pas mal bu. "

A mon avis, la réponse à la douleur des chevilles est là...

smile

L.


La touche Majuscule de mon ordinateur fonctionne mal.

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#72 07-11-2019 22:47:59

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

laxmimittal a écrit :

#544745.."A Montalba, je remplis ma gourde ... et j'ai déjà pas mal bu. "

A mon avis, la réponse à la douleur des chevilles est là...

smile

L.

Non, je ne pense pas. Je bois énormément, tous les jours minimum 5L d'eau ! Et j'ai encore augmenté aux premières douleurs, en sachant que la deshydratation peut causer ce genre de désagréments !

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#73 08-11-2019 13:22:03

gerard75
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Ca ressemble beaucoup à de la fatigue : les muscles ou les articulations qui par moment, sur des sollicitations précises, font mal et la douleur qui s'évapore ensuite.
Comme tu avais changé tes chaussures quelques jours avant, peut être ta cheville a compensé silencieusement quelques jours les efforts liés à la différence de chausse et ensuite quand la cheville fatigue, tu as mal en descente car alors tu es en compensation et en montée tu es moins en compensation donc ça passe mieux.
Et d'ailleurs si j'ai bien lu, il n'y a que quand tu as tes chaussures que tu as mal, comme par hasard.
Puis comme le corps apprend, après quelques jours ta cheville a compris qu'elle devait travailler différemment et la douleur disparaît pour de bon.

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#74 08-11-2019 16:58:29

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

gerard75 a écrit :

#544803Ca ressemble beaucoup à de la fatigue : les muscles ou les articulations qui par moment, sur des sollicitations précises, font mal et la douleur qui s'évapore ensuite.
Comme tu avais changé tes chaussures quelques jours avant, peut être ta cheville a compensé silencieusement quelques jours les efforts liés à la différence de chausse et ensuite quand la cheville fatigue, tu as mal en descente car alors tu es en compensation et en montée tu es moins en compensation donc ça passe mieux.
Et d'ailleurs si j'ai bien lu, il n'y a que quand tu as tes chaussures que tu as mal, comme par hasard.
Puis comme le corps apprend, après quelques jours ta cheville a compris qu'elle devait travailler différemment et la douleur disparaît pour de bon.

Oui, c'est effectivement probablement lié au changement de chaussures, qui a eu lieu plus de deux semaines avant quand même, et sans douleurs ! Ceci dit, j'ai gardé une gêne au toucher trois semaines après mon retour ...
Cette douleur n'est pas articulaire, c'était plus comme un bleu sur lequel on appuyerai en permanence ?!

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#75 08-11-2019 17:52:44

Stéphane_33
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Re : [Récit + liste] HRP - GR11 - GR10, la traversée avec ma chienne.

Bonjour Joy,
Je ne sais pas si tu as eu à faire de longues traversées dans des pentes en dévers au cours de ton périple, mais cela peut être très stressant dans la durée pour les chevilles, surtout avec des chaussures montantes neuves, et créer l'équivalent d'un bleu du coté amont du fait de l'inclinaison forte du pied. En général cela disparaît au bout de quelques jours de repos.

Stéphane.

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