#1 12-12-2020 11:37:10

bilqis
MULe de Saba
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[Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Réparti sur deux messages, 1/Présentation ici et 2/ le récit sur le post d'après

Liste : https://www.lighterpack.com/r/7m1c8g

Dates : du samedi 28 novembre au mardi 8 décembre 2020

Le désert c’est un environnement familier (voir trombi) mais je l’ai toujours parcouru avec assistance ou en rando à la journée. Et depuis 30 ans cette envie me tenaille : y partir seule sur plusieurs jours.
Ces deux années à parcourir le forum, surtout ces 9 derniers mois – corona oblige, avaient comme but de réaliser cette petite traversée du désert seule et en autonomie.

Je n’ai pas la primeur de cette rando Négev sur RL et vous pouvez lire les péripéties de Francois89 qui a fait cette traversée dans le sens sud-nord au printemps 2019 :
https://www.randonner-leger.org/forum/v … p?id=35971
Nos randos sont différentes, pour ma part j’ai opté  pour un service de dépose d’eau à 3 reprises ce qui m’a évité de porter plus de 4l d’eau. Et aussi, je n’ai pas suivi scrupuleusement l’itinéraire du « shvil Israel » (voir glossaire plus loin) mais ai fait pas mal de hors chemin et ai emprunté plus d’une fois les single de la « bike trail » (toutes mes excuses pour les nombreux anglicismes).
Ensuite, je n’ai pas emprunté les parties les plus panoramiques comme les montagnes d’Eilat et le désert de Judée au nord qui est vraiment spectaculaire.
Mon idée était plutôt de marcher sur des tronçons que je connaissais moins bien.

Je m’excuse par avance de l’exécrable qualité de mes photos. Je n’avais pas envie de m’encombrer de plus de matériel et ne sais pas bien utiliser les réglages photo de mon téléphone. Et puis, je suis plutôt une contemplative et le moment vécu me suffit.
Comme je voulais faire un récit pour le forum j’ai quand même pris quelques photos, mais vraiment j’ai pas trop assuré de ce coté, toutes mes excuses…

Le Négev (ou Néguev) est la partie israélienne du désert du Sinaï. Son intérêt est d’une part la facilité d’accès, mais surtout le fait que c’est un espace très préservé où la flore et la faune sont protégés depuis plus de 70 ans.
Lors de ma rando, j’ai parcouru 3 espaces différents :
- L’est du cratère Ramon (Makhtesh Ramon) jusqu’à la Arava - montagneux
- La Arava – plat. Liaison en autobus vers
- l’abord des montagnes d’Eilat (je n’ai pas continué jusqu’à Eilat par manque de temps et aussi parce que c’est le coin que je connais le mieux dans le pays) - montagneux

Petit glossaire :
Shvil – ou Shvil Israel : Shvil veut dire sentier en hébreu. Quand on marche sur le shvil, on est un « shvilist ». Le/la shvilist est une créature très respectée de la population locale qui se met souvent en quatre sous forme de « Trail Angels » bénévoles qui les assistent, les accueillent, leur laisse prendre une douche ou poser la tente dans le jardin.
Le Shvil Israel fait à peu près 1000 km de long, du kibboutz Dan proche de la frontière libanaise au nord, à Eilat au sud. C’est devenu un parcours initiatique pour les jeunes israéliens qui le font avant ou après leur service militaire.

Arava : Immense vallée de 180 km de long, de la mer Rouge à la mer Morte, qui sépare la Jordanie d’Israël. C’est un gigantesque fossé d’effondrement (Graben pour les géologues), partie intégrante de la grande dépression syro-africaine (que vous connaissez mieux sous le nom de Grand Rift).
C’est un territoire de savane désertique. C’est aussi là qu’Israël a développé son agriculture du désert. Tout le long de la Arava défilent les palmeraies (dattiers) et les serres, le tout étant strictement bio. C’est également là qu’a été inventée l’irrigation au goutte à goutte.

Mochav : village coopératif agricole. Ensembles de fermes regroupées.
Kibboutz : village coopératif communautaire. Trop long à expliquer le principe du kibboutz surtout qu’il a pas mal évolué depuis la création du premier en 1909, alors en Palestine Ottomane. Vous regarderez Google ou autre…

Night camp : Lieu de bivouac autorisé sans aucune installation. À l’intérieur des réserves naturelles il est interdit de bivouaquer n’importe où donc certains espaces ont été très vaguement aménagés, en fait juste une délimitation par des rangées de pierre.

Wadi /Oued (ou nahal en hébreu) : lit de rivière asséché ou périodique. En gros, vous prenez vos rivières et ruisseaux, vous enlevez l’eau et vous avez un oued. On ne bivouaque JAMAIS dans le lit d’un oued si il y a risque de pluie qui créé des inondations soudaines et déferlantes.


Matériel :

Je remercie tous ceux qui m’ont aidé à peaufiner ma première liste :
https://www.randonner-leger.org/forum/v … p?id=37819
Grâce à vous tous, j’ai bien optimisé mon matériel.
J’ai encore le problème du sac à dos à régler. Je serais bien passée à un Talon 44 ou essayé les sacs sans armatures. Vu les douleurs dos et nuque que j’ai eues, aussi bien cet été en France que maintenant, je me dis que sans armatures n’est pas le bon choix.
Je vais aller voir mon chiropracteur et lui demander conseil…


Tarp Sierra Design.
Ayé, suis passée au tarp et c’est parfait pour le désert. J’ai regretté la tente intérieure une seule fois.
Tellement simple et rapide à monter, excepté par grand vent quand on est toute seule.
En revanche, les sardines en titane Sierra Design n’ont pas tenu le choc.
J’avais emmené en rab deux sardines D4 (acier – 9 gr) et aurais mieux fait de ne prendre que les D4. Elles font 2 gr de plus que les SD, mais elles ont été d’une solidité et fiabilité bien meilleures et comme elles sont plus pointues, bien plus faciles à planter.
J'en profite pour caser la seule photo que j'estime correcte:

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Réchaud BRS3000T : suis repassée au gaz pour cette rando et ce réchaud est une petite merveille. Même lors de la dernière soirée très venteuse, il m’a bouilli mon eau rapidement.
J’ai bricolé un pare vent très basique avec une barquette alimentaire en aluminium. La cartouche de 100 gr m’a suffit et il en reste même un petit chouïa

SDC Wilsa : rien à dire, ni chaud ni froid… parfait. Avec drap de soie.

Matelas plastazote Arklight : en fait deux mousses, une de 180 et une de 120. Agréablement étonnée par un confort que je trouve meilleur que cet été en France. Je sais que c’est spartiate et que pas tout le monde peut supporter mais pour moi ça fait très bien l’affaire.
Et couverture de survie très fine (47gr). Bon, c’est pas l’idéal, ca fait du bruit (en fait je suis bien arrivée à la caler avec des cailloux ce qui ne manque pas dans le coin). On trouve pas de polycree ici. J’en ferai un petit stock lors de mon prochain voyage en France. Elle m’a quand même bien été utile, quasi pas déchirée.

Éclairage avec ma toute dernière acquisition, la Nitecore 25 (merci Redfish, c’est toi qui me l’a conseillée). Remplacé l’élastique d’origine. Bien chargée au début, il lui reste encore la moitié se sa charge (2 bips rouges) après ces 11 jours.

Nourriture : Je vais pas en parler sur ce récit. Je n’ai pas assez mangé bien que j’avais ce qu’il faut. Pour une prochaine rando, je commanderai des lyophilisés (on en trouve aucun ici).

Conditions générales :
J’ai eu temps superbe, sauf l’avant dernière journée avec un traitre vent du sud. Températures moyennes dans la journée dans les 24 à 25. La nuit, de 7 à 11 selon les endroits.
Le soleil se lève à 6:30 et se couche à 16:30. La nuit tombe très vite, crépuscule très court.
Le rythme général est de se coucher vers 19h30 / 20h et se lever vers 5h.

EAU (vous remarquerez les majuscules)
On ne saura jamais le répéter assez : tout tourne autour de votre ravitaillement en eau et il est hors de question de lésiner sur le sujet. Le climat très sec fait que votre corps extrait beaucoup plus d’humidité que sous vos latitudes tempérées. En hiver, même si vous avez un ravitaillement en eau qui vous attend le soir, vous devez avoir au minimum 4 litres d’eau sur vous. Vous n’en boirez probablement que 3 mais vous avez besoin du 4è en cas d’imprévu.
Il existe désormais deux ou trois prestataires de service qui proposent des déposes d’eau. Cela coûte un minimum de 15 euros pour 6 litres d’eau (le litre sup dans les 2 euros). Ils ont des caches dans les alentours des night camp. Quand vous commandez et payez (tout se fait en ligne) vous recevez un point gps sur google maps et les instructions pour trouver l’eau. J’ai utilisé ce service 3 fois et je trouve ça très pratique et assez raisonnable en terme de prix compte tenu de la sécurité et du confort que cela amène.
Sur d’autres night camps entre Timna et Eilat les Réserves Naturelles ont posé des citernes d’eau régulièrement approvisionnées et c’est gratuit.
Il faut boire régulièrement et avant d’avoir soif. La déshydratation est le fléau principal qui frappe les touristes étrangers qui font le Shvil.
L’eau est potable partout.

Orientation
Le Shvil et tous sentiers annexes sont largement balisés. Normalement on a toujours en vue un balisage, devant ou derrière.
J’avais avec moi deux cartes de shvilnet au 50:000 en hébreu.
Le seul moyen d’avoir les cartes en anglais est d’acheter le « livre rouge » édition anglaise. Cartes au 50:000 et texte explicatif. Mais je le trouve très lourd et cher (dans les 22 euros).
En GPS, j’utilise Osmand avec abonnement (dont je suis très contente) et ils ont la Israel Hiking Map disponible hors réseau.
En terme de réseau, je n’ai eu que deux bivouacs totalement en dehors, à Guev Holit J3 et Beer Milhan J10.

Edit : rajout de la date

Dernière modification par bilqis (12-12-2020 16:25:55)

Hors ligne

#2 12-12-2020 12:16:26

bilqis
MULe de Saba
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

J1 et 2 - Eilat - Camping Bé'érot
Je regroupe ces deux jours qui sont une sorte de petite préparation. En fait, on est partie à deux avec ma copine Françoise qui est aussi guide. Elle aime bien randonner mais a besoin de son confort (elle a emmené sa couette et ses deux oreillers non mais!).
On a quitté Eilat en voiture de location vers le camping Bé’érot qui se trouve dans l’est du cratère Ramon. C’est un camping aménagé avec douche, toilettes etc…, tenu par un bédouin employé des Réserves naturelles.
Le cratère Ramon (ou son appellation officielle Makhtesh Ramon) est un gigantesque cratère érosif, une sorte de cirque de 40 km de long. Sa partie Est est la plus variée et intéressante,  on peut y faire facilement 3 à 4 jours de rando en étoile à partir de Béérot ou de la petite ville de Mitspé Ramon sur le bord nord du cratère.
On a fait deux journées de rando en boucle lors desquelles on a vu moult traces de Gazelles, de véritables plateaux de fruits de mer (fossiles marins dans les strates de calcaire) et du bois fossilisé dans les strates de grès plus anciennes.

Le camping:
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J3 – Béérot camping – Guev Holit
Ça y est, c’est pour moi le vrai départ puisque de là je marche seule et avec mon, pas trop gros, barda sur le dos. Françoise repartira sur Eilat en voiture plus tard dans la matinée.
Le sentier mène au bout d’une quarantaine de minutes vers un petit site archéologique nabatéen, le Khan (caravansérail) Saharonim. Les Nabatéens sont le peuple qui a sculpté Pétra, qui se trouve à une quarantaine de km de là à vol d’oiseau, peut être un peu plus.
Les Nabatéens ont créé dans l’Antiquité la Route de l’Encens. Pline l’Ancien raconte qu’il faut 65 jours de caravane pour amener l’encens de la région de Mareb au Yémen jusqu’à Pétra et les Nabatéens étaient les maîtres du désert et de ce commerce qui les a enrichi. Le plus beau résultat étant Pétra (et Médaïn Saleh au nord de l’Arabie Séoudite).
De Pétra, la route continuait vers Damas au nord, ou vers Alexandrie (ou Gaza selon les époques) à l’ouest. Et c’est sur ce dernier tronçon que se trouve le Khan Saharonim (et une dizaine d’autres Khan tous classés patrimoine mondial de l’humanité).

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Je rejoins le Shvil Israel officiel un peu plus loin avant d’entamer la montée vers la crête Harerim, vestige de l’anticlinal qui constitue la bordure sud-est du cratère.

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Dans la montée (rude!) je croise un jeune gars qui est en train de se faire cuire de la saucisse (Casher!) dans une poêle. Pas du tout une poêle à la Florencia mais une bête poêle bien lourde!
Bienvenu les amis dans le monde des Mulets israéliens. Je dirais même qu’ils doivent avoir le record du monde du sac lourd.
En haut vue sublime sur l’est du cratère, le mont Ardon… Et le sentier se poursuit tout au long de la crête, grandiose mais déconseillé si vous souffrez de vertige…
Descente vers le wadi Ma’ok. De loin je vois de beaux acacias, l’arbre roi du désert, qui seront parfaits pour faire une pause. D’ailleurs je tombe sur deux jeunes femmes, Noa et Amit, qui ont eu la même idée et sont déjà bien installées. Elles m’invitent à boire un café et on fait connaissance.
Faire le café sur le Shvil est une institution. C’est la raison pour laquelle je suis passée au gaz pour cette rando, comme ça c’est simple et rapide.
Elles repartent un peu avant moi et je les retrouverai plus tard au night camp de Guev (Guelta) Holit.
Encore une rude montée puis une descente vraiment pas drôle qui va brutaliser mes genoux. Contente d’arriver au night camp…. Les genoux flageolants.
Noa et Amit déjà arrivées sont installées un peu plus loin. Je vais chercher mes 6 litres de ma première dépose  d’eau et monte la tente (enfin…. Le tarp quoi…).
Débarque une toute petite jeune fille avec un énorme sac à dos. Elle est étudiante chinoise à Jérusalem. Suivie de près par 4 jeunes gars adorables (et très mignons). Ils posent leur camp un peu plus loin et j’entame grosse discussion avec deux d’entre eux sur l’ultra light. Et deux de convertis, deux !
Il reste du bois apporté par de précédents visiteurs  (interdiction d’utiliser le bois local pour faire du feu) et on se fait un début de soirée très sympa tous ensemble, moi la mamie au milieu de tous ces jeunes… un pétard tourne…
Qu’on est bien…

J4 – Guev Holit – Sappir (Arava)

Lever 5h30. Noa et Amit commencent déjà à plier et partent à 6h00. Elles font une plus longue étape aujourd’hui mais je les retrouverai plus tard.
Ces deux jeunes filles, qui viennent de finir leur service militaire, ont commencé le Shvil il y a plus d’un mois au kibboutz Dan, la première étape au nord. Elles ont un rythme bien rodé et on sent dans leur regard et leurs gestes une belle sérénité…
Je pars vers 7h quand les 4 gars et l’étudiante chinoise commencent à émerger. On se retrouvera plus tard…
Un petit troupeau de bouquetins de Nubie femelles et leurs petits apparaît et broute pas trop loin.
La journée commence avec une marche d’approche dans le grand wadi  Nékarot qui mène à une longue montée vers le plateau.

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C’est là que je vais commencer à souffrir d’ailleurs. Longue marche sur un austère plateau caillouteux pour redescendre dans le wadi Tzvira. Sous un acacia je déniche un dossier de chaise qui va faire mon bonheur lors de la sacro sainte pause café où je serai rejointe par nos 5 compagnons. En fait je commence à souffrir sérieusement du dos (malgré étirements/yoga matin et soir). J’ai essayé tous les réglages possibles (en fait… probablement pas). Je ne trouve pas le sac trop lourd mais c’est clair que je ça va pas faire comme ça.

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Encore une montée et descente et on sort de la zone montagneuse dans un environnement presque aveuglant de roche de craie très blanche.

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Entre deux pans de rocher on aperçoit la Arava au loin et la verdure du village/Mochav de Sappir.
Je compte aller me ravitailler en eau à Sappir et chercher un coin en dehors pour monter la tente.
Problème, les environs de Sappir coté désert sont pas très enthousiasmants et il me faudrait marcher encore assez loin pour trouver un coin sympa.
Dans Sappir je demande à une jeune maman accompagnée de deux enfants où je peux trouver de l’eau. Elle m’indique la synagogue toute proche et entame la conversation. Suis tout de suite cordialement invitée chez elle pour dodo et miam miam mais je décline le plus délicatement possible en expliquant que je recherche la solitude. Elle me dit que je peux dormir dans le parc botanique juste en dehors du village. C’est normalement interdit mais toléré pour les shvilist.
C’est du coté route et j’entendrai le trafic mais en revanche j’ai un robinet d’eau à proximité et surtout une table et des bancs et mon dos les bénira…
J’en profite pour faire le point et décider d’alléger mon programme en coupant la prochaine étape en deux. Ça va faire deux étapes assez courtes mais c’est possible coté ravitaillement et me permettra de voir une copine guide au mochav Tzofar.

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J5 – Sappir – Tzofar
Étape courte finalement décidée, je me permets de commencer à marcher à 8h.
Contourne Sappir et remonte sur le shvil qui longe les petites montagnes de craie.
Un peu plus loin je retrouve mes 4 jeunes gars sympas (et mignons, n’oubliez pas!) qui font sécher leur linge sur un arbre. La nuit dernière ils étaient accueillis par un Trail Angel à Sappir et en ont profité pour faire la lessive. Eux aussi font la totalité du Shvil depuis le début. Je ne les reverrai pas, ils font une étape assez longue ce jour là.

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On a beau être dans le désert (bon, là on est entre deux villages/mochav et la route est pas très loin) on y fait des rencontres. Deux cyclistes me croisent, s’arrêtent, et oh surprise voilà t-y pas que c’est ma copine Esti (diminutif d’Esther) qui vit au mochav Tzofar ma prochaine étape. J’avais prévu l’appeler à mon arrivée, même pas la peine ! Elle m’invite bien sûr chez elle, idem je décline mais on passera un bout de temps ensemble dans l’après midi.
Ce soir, j’ai prévu me faire plaisir et la jouer luxe. Vais dormir au Incense Road Khan. No’a et Amit avaient prévu d’y faire leur longue pause hebdomadaire et je me doutais que j’allais les y retrouver.
Zé’évi, un vieux baba cool (comme moi) gérant du khan m’indique un coin sympa pour planter la tente et comble du luxe me fournit natte et matelas. Encore un qui sera béni par mon dos.
Je fais des courses avec Esti à l’épicerie de Tzofar, et le soir elle m’apportera un plat de poulet cuisiné par son mari. Elle est pas belle la vie ? Un vrai matelas et de la vrai cuisine, je suis comblée…

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J6 – Tzofar –Tsukim
Encore une étape courte m’attend mais je me lève tôt pour dire au revoir à No’a et Amit qui resteront une des belles rencontres de cette rando.
Vers 8h je pars et un peu plus loin, le chemin passe par un autre caravansérail nabatéen de la Route de l’Encens, celui de Mo’a.
Une des surprises les plus sympas du Shvil c’est cette caisse qu’on retrouve à certains endroits dont ici à Mo’a.

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On ouvre et… on y trouve une bibliothèque ouverte aux shvilists. Vous pouvez emprunter un bouquin ou en déposer un.

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On est également sur un single, je trouve le balisage mignon.
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Le chemin se poursuit dans le large wadi Ashosh. Le paysage n’est pas très varié, grand oued avec des falaises des deux cotés, parsemé de tamaris, genêts (à fleurs blanches) et quelques majestueux acacias.
L’acacia est à la faune du désert (non carnivore) ce qu’est le maïs en Amérique du sud, le riz en Asie, le blé en Europe etc… C’est la meilleure source de nourriture, riche en protéine. Avec son bois on fait de beaux et longs feux et il fournit une ombre imbattable. L’élément indispensable pour une pause café à un croisement d’oueds. À partir de là, je quitte le tracé officiel du shvil que je retrouverai demain vers midi.

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Quelque part, c’est cette presque monotonie du paysage sur un terrain facile qui permet de vraiment apprécier la marche dans le désert.
J’arrive à Tsukim, petite communauté assez récente basée sur un tourisme qui se veut responsable et d’autres activités plus ou moins New Age.
J’y avais déposé 2 semaines auparavant un sac avec une petite cartouche de gaz et un peu de ravitaillement. Je n’en ai pas finalement pas eu besoin. J’ai laissé l’épicerie sur place et emporté quand même la cartouche de gaz.
Je fais le plein d’eau, y compris la poche de 5 l car je compte bivouaquer dans l’oued en contrebas de Tsukim et ai besoin de l’eau pour le lendemain. C’est hors réserve naturelle alors je peux choisir mon lieu de bivouac.
Je m’éloigne de Tsukim et trouve un endroit surprenant qui a probablement été aménagé par des jeunes du village qui viennent y fumer des pétards et se retrouver un peu dans la quiétude du désert. Il y a même un livre.

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Mon dos bénira (désolée, pas très original) ces jeunes qui m’ont fourni un dossier. Je plante la tente sur le plat du lit de l’oued (pas de pluie prévue).

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La soirée sera quand même mouvementée quand je commence à aménager le couchage à la tombée du jour. L’intérieur du tarp que j’avais déjà monté et où j’avais déposé mes matelas est un peu envahi par des perce-oreilles. Bon… je suis pas du genre à paniquer avec les p’tites bêtes mais vraiment c’est pas cool  ça dans cette belle lumière de fin de journée. Je dégaine mon mélange anti-tout ce que vous voulez, fabriqué maison avec des huiles essentielles, et je vous vaporise tout ca. Je vaporise autour du tarp, sors et secoue les matelas, fais la chasse à ces foutus perce-oreille qui m’ont presque gâché ce merveilleux bivouac. Je laisse reposer et reviens vérifier à la frontale, ca c’est calmé, faut encore chasser de pichenettes quelques aventureux. Pose la couverture de survie, les matelas… regarde partout.  C’est le seul moment où j’ai regretté les 370 gr de la tente intérieure. Finalement je dormirai bien… ouf…


J7 – Tzukim – Nahal Barak night camp
Pour aujourd’hui j’avais préparé une étape un peu spéciale et en dehors de chemins balisés (en fait, c’est pas très intelligent et je déconseille). Le Shvil Israël que j’ai quitté hier vers midi c’est de la piste 4x4 et ca me branche moyen. Et puis en arrivant à Tsukim, je me suis rendue compte que mon joli chemin sauvage repéré sur la carte était devenu un single (piste pour vélo). C’est franchement pas grave, ca sera de toute façon moins fréquenté que la piste 4x4.

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Je quitte le wadi et le paysage devient un peu monotone et austère, néanmoins apaisant dans le rythme de la marche. Un cycliste arrive en face, on se salue. Il repassera en sens inverse un peu plus tard et m’explique qu’il campe avec un groupe plus loin. Descente dans un joli petit oued très sauvage et riche en végétation, peuplé de plein d’oiseaux. Petite pause café pour profiter de cette ambiance de seule au monde…
Au bout de l’oued, je commence à repérer des traces d’occupation, un matelas et sdc par ci, des traces de pas sur le sentier par là… et je tombe sur un groupe d’une vingtaine de personnes sagement assis sous un immense acacia et qui écoute l’enseignement d’un gars (qui, je le sens bien, apprécie très moyennement mon passage qui perturbe l’attention des ses ouailles). Ce « gourou » leur enseigne la survie dans la nature…
Un peu plus loin, je tombe sur un autre groupe plus nombreux et des voitures. Et là, ca fait tilt! Mais bien sûr, on est vendredi ou si vous préférez, le début du Chabbat qui est le WE ici. Normal qu’il y ait tant de monde!
Du coup, je me rends compte qu’en coupant une étape en deux j’ai également décalé d’un jour mon programme et que la liaison en bus que j’étais censée faire le lendemain n’est plus possible car pas de transports en commun adéquats le Chabbat. J’ai une dépose d’eau au night camp de ce soir donc je vais y dormir dans tous les cas. En revanche, demain je suis bloquée dans le coin. Pas grave, je passerai une nuit sup au mochav Paran à quelques kilomètres au sud et dimanche matin (jour ouvrable en Israël) je ferai ma liaison en bus.
J’arrive assez tôt au night camp de nahal (wadi) Barak et comme je me doute qu’il va y avoir beaucoup de monde ce soir (ce night camp est facilement accessible par tout véhicule depuis la route de la Arava), je me pose sur un petit replat argileux assez loin du centre du camp. Je suis « en dehors des clous » et plus tard le ranger (gars super sympa qui répond au nom improbable de Lincoln), avec qui je sympathiserai, m’accordera avec quelques grincements de dents d’y rester.
Heureusement d’ailleurs, car de plus en plus de monde arrive, je suis contre le vent donc leur bruit me parvient faiblement et finalement j’y passerai une excellente nuit.
J’ai aussi sympathisé avec deux cyclistes plutôt de ma génération. Ils ont du matériel ultra light et on discute matos. Je leur laisserai la cartouche de gaz récupérée la veille à Tsukim, 195 gr de moins dans le sac!

La photo (bis) a été prise au night camp mais le lendemain matin avec cette jolie lumière de lever de soleil

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J8 et 9 – Night camp Nahal Barak – Mochav Paran – Kibboutz Yotvata – Shaharout
J’avais donc décidé de faire une liaison en autobus afin d’éviter la prochaine étape qui est longue et avec des échelles à monter ou descendre (suis seule, veut pas prendre de risque). Et les deux étapes d’après sont très très monotones (on longe de vastes espaces plutôt plats qui servent de terrain d’entrainement aux blindés).
Comme aujourd’hui c’est samedi, donc chabbat, pas de transports en commun avant la soirée. Après avoir tourné le problème dans tous les sens, le mieux pour moi est de marcher jusqu’au mochav Paran un peu plus au sud. Trouver un endroit où y dormir et le lendemain matin, dimanche, prendre un bus pour le kibboutz Yotvata.
Là, je ferai un test Corona indispensable pour entrer à Eilat qui s’est rouverte au tourisme. Il y a une station de test spéciale pour les résidents de la Arava et d’Eilat et notre test est valide 7 jours (contre 3 jours pour les non-résidents), cela me laisse donc suffisamment de temps pour marcher encore un peu avant de rentrer à Eilat.
De Yotvata, je prendrai une des navettes qui circulent entre les kibboutz du coin qui me déposera à Shaharout où je retrouve le Shvil.

Je quitte donc assez tard le night camp après avoir petit déjeuné avec mes nouveaux amis cyclistes.
Je coupe à travers le désert pour rejoindre Paran que je vois au loin. J’ai très mal à la nuque et aux épaules et dois m’arrêter souvent.
En arrivant sur le mochav, je traverse les palmeraies (dattes Medjoul, Deglet Nour, Zahi et eutres) et les immenses serres et champs. Dans toute la Arava on pratique l’agriculture du désert et celle-ci est BIO. Je sais que vous avez plus l’habitude de votre petit producteur local qui vend ses produits au marché, mais ici l’échelle est différente. Tous ces produits sont destinés en majorité à l’exportation.
Un champ de pommes de terre (je crois bien!) et dans les immenses serres on cultive surtout le poivron, mais aussi des fleurs et plein d’autres choses.

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À Paran, je vais au Khan Aviran. Je pensais y trouver le même type d’espace qu’au Khan de Tzofar, mais c’est beaucoup plus petit et l’espace prévu pour monter la tente ne me convient pas du tout : un petit carré de pelouse entre les chambres, les sanitaires et la cuisine.
Finalement, on se met d’accord sur une chambre qui est à l’écart, et n’a pas été encore nettoyée. En plus elle a sa propre salle de bain et une jolie petite terrasse. Je dis à Chouli la propriétaire que je n’ai besoin ni de draps ni de serviettes et que ca me convient parfaitement.
J’en profite pour vider le sac du sable et de la terre et me rappelle que j’ai du Voltarène! Mais franchement que je suis idiote…. Je souffre depuis 5 jours par entêtement de ne pas en prendre, mais tu es tarte ma fille!
L’épicerie ouvre en fin d’après-midi, j’y fais  un peu de ravitaillement pour me faire un dîner suffisamment consistant pour accueillir la pilule miracle…. Et ca marche (évidemment patate!)…. À partir de là, finit les douleurs…

Le beau bougainvilliers en face de mon logement de luxe:
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Le lendemain matin, je marche jusqu’à la route 90 et prend un bus vers Yotvata à une cinquantaine de km plus au sud.
Test Corona (négatif merci!) et j’attends 3 heures la navette qui va me monter à Shaharout. J’ai raté celle d’avant de 10 minutes. Donc, ca me fera arriver trop tard pour marcher.
Pas grave, je dormirai au Nomad’s Camp de Shaharout.
Shaharout, c’est une sorte de petit village situé sur le plateau au dessus de Yotvata. Il a été fondé dans les années 90 par un petit groupe d’eilatiens qui voulaient vivre de manière plus calme et isolée. Il y a une quarantaine de familles qui y vivent, ambiance plutôt baba cool et New Age.
Le Nomad’s camp est isolé et minimaliste et ca me convient parfaitement. WC biologique avec de la sciure de bois, électricité solaire… Gratuit pour les Shvilists…
Une musique magnifique s’entend… je vais voir d’où ca vient et trouve un jeune gars qui joue avec un archet de ce qu’il me dira plus tard être une lyre crétoise (23 cordes s’il vous plait!). Sublime…. Encore un petit moment magique dans la lumière déclinante du désert…
Tout se passe bien jusqu’à l’arrivée imprévue d’une bande de motards. Bon pas des têtes brûlées, mais plutôt cadres dans le High Tech. Ils sont sympas mais TRÈS bruyants et en soirée, boisson aidant, c’est à celui qui hurle plus fort que les autres.
Vers 20h30, alors que même avec les boules qiess je peux les entendre et distinguer ce qu’ils racontent, je vais les voir et leur demande gentiment de baisser un peu la voix, leur fais remarquer qu’ils parlent comme si on était en plein centre de Tel-Aviv. Ils sont cool et ca se passe bien, j’arriverai à dormir, avec les boules qiess…

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J10 – Shaharout – Bé’ér Milhan
Lève toi et marche, surtout que tu n’as plus mal au dos et à la nuque…
Je pars à 7h alors que les motards commencent à émerger. M’invitent pour le petit déj, mais je suis déjà « ailleurs »…
L’environnement est austère, collines caillouteuses entrecoupées de wadis. Je contourne Shaharout et arrive au bord de la falaise qui surplombe la Arava. Le paysage change du tout au tout. En bas, la Arava, ses kibboutz et immenses palmeraies et cultures, de l’autre coté de la vallée à l’est les montagnes jordaniennes d’Édom.

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Le temps change, un fort vent du sud se lève et c’est mauvais signe, c’est le vent qui amène les grosses perturbations. Les nuages se font plus nombreux, je profite d’un peu de réseau pour vérifier les prévisions météo. Pas de pluie prévue, juste des nuages. Oui, mais le vent du sud est imprévisible, je suis quasiment sûre de ne croiser personne aujourd’hui et je dors dans un night camp assez isolé. En bref, je commence à me demander s’il est sage de continuer. Oh, et puis c’est trop dommage d’arrêter alors que mon dos me laisse du répit grâce au Voltarène, je décide de continuer.
Il ne pleuvra pas, mais le vent restera assez fort toute la journée (et la nuit).
Je monte, je descends, je croise des Boulbouss, sorte d’énormes patates composées de calcite et/ou silex, calcaire.

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Arrivée tôt au night camp de Bé’ér Milhan (le puits d’eau saline). J’aurais le temps de continuer jusqu’à Timna mais j’ai une dépose d’eau ici et l’arrivée à Timna engage une longue descente que je redoute un peu (à tort).
Problème, le vent est très fort et je n’arrive pas à monter la tente. Suis totalement seule et me vois déjà dormir à la belle, enroulée dans ma toile de tente pour me protéger du vent et de la poussière qu’il soulève. Je fais 3 fois le tour du night camp, recherche le moindre petit coin protégé des rafales de vent. Réessaie dans un autre coin…. Rien n’y fait.
Il y a un grand tamaris. Derrière on est un peu protégé mais le sol est caillouteux en pente et inégal. Pas idéal  mais tant pis. Je nivèle, balaie, enlève les gros cailloux et arrive à dégager un petit espace acceptable. Et ouf….. un peu avant la tombée de la nuit j’arrive tant bien que mal à monter le tarp. Les sardines Sierra Design n’y résisteront pas, elles se tordent dans le sol dur et caillouteux, seules les sardines D4 tiendront le choc.
Un gros moment de soulagement et de bonheur…. Je m’installe enfin pour faire le thé, mon pare-vent bricolé avec une barquette en aluminium est bien efficace.
Tiens… j’entends des voix (je vous ai pas dit que mon 2è prénom c’est Jeanne? Si si c’est vrai) et débarquent 4 petits jeunes juste avant l’obscurité.
Ils sont en terminale, donc avant le service militaire. Font la totalité du Shvil comme petit entrainement avant.
Ils n’ont pas de tente et je leur indique un replat avec une petite bordure de pierre derrière laquelle ils seront un peu abrités.
Le vent continuera à souffler jusqu’au petit matin. Le tarp est bien arrimé et stable. Il a une bonne tenue dans le vent mais toute seule, je n’aurais jamais réussi à le monter sans le relatif abri du tamaris.
Dommage pas de photo, trop sombre quand j’ai finit de le monter et quand je suis partie.

J11 – Bé’ér Milhan – Timna – Eilat
Petit matin je démonte le tarp, réalise qu’il ne me reste que deux sardines correctes (les D4) et que le prochain montage risque d’être épique.
Bon, bien que je pourrais disposer d’un jour de plus, je décide de rentrer à Eilat. Toute la partie entre le parc de Timna et Eilat est un terrain que je pratique déjà pas mal. Pour info, les 4 derniers jours du Shvil sont parmi les plus beaux et spectaculaires…. Vous les verrez sur le récit de François89 qui les a faits.
Le vent, toujours du sud, a faibli mais la luminosité est moins bonne ce qui est dommage car c’est une étape plutôt panoramique que je fais ce matin.
Je m’engage dans le wadi Matak puis quitte le lit de l’oued pour commencer à monter vers le rebord du plateau qui surplombe le parc de Timna. Puis commence la descente par des reliefs d’argile et de craie, le tout très blanc ou assez coloré (les argiles). Superbe vue sur Timna.

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Timna est un parc géologique et archéologique, on y a retrouvé les vestiges de la première production de cuivre au monde (avec le wadi Feinan du coté jordanien plus au nord) qui date du 5è millénaire av.EC.
Superbe cirque creusé dans les grès (les calcaires, argiles et craie sont au dessus du grès), avec des vestiges magmatiques au milieu, c’est un des endroits où je viens faire des balades à la journée dans des paysages qui me rappellent les grès du Sinaï.

La descente est finalement pas si terrible que ça. Mais je sens que c’est la fin du voyage et qu’il faut que je redouble de prudence. C’est souvent à ces moments là que l’attention se relâche et qu’on trébuche. Là, si je trébuche ca peut faire une sacré chute alors coolos la môme…. Et puis j’ai le temps…
Arrivée en bas, je croise des cyclistes, des campeurs et des randonneurs.
Dernière pause sous un acacia et j’arrive à l’entrée du parc.

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Je fais du stop jusqu’à la route et c’est Levko un des  vieux guides mythiques de la région qui passe pas là et m’emmène. Il remonte sur Yotvata donc me déposera sur la route 90 d’où je prendrai le bus pour faire les 25 kms qui restent jusqu’à Eilat.


Conclusion
Un grand sentiment de satisfaction d’avoir enfin réalisé ce vieux rêve de marcher en autonomie dans le désert.
Une grande envie de recommencer, forte de cette expérience qui me permettra de pousser un peu plus loin.

Des raisons familiales vont me bloquer jusqu’à la mi janvier, mais je projette déjà de réaliser le tour du Cratère Ramon en 8 jours (et avec déposes d’eau). L’idéal serait de le faire au printemps car, s’il aura assez plu, le désert sera en fleur…

En terme de faune, j’ai vu d’innombrables traces de Gazelles (Gazella Dorcas) ce qui m’a réjouit car c’était une espèce menacée.
Ai aperçu des bouquetins de Nubie, très courant dans cette région. Un lièvre et des lapins.
Vu des traces de loup qui a été réintroduit car les bouquetins (et gazelles mais dans une moindre mesure) sans prédateurs commencent à être en surpopulation.
Pour les oiseaux, Bulbuls d’Arabie et Traquets de toute sorte (le Moula-Moula saharien) sont les rois du désert.  Et pleins d’autres sortes qui sont endémiques dont je vais pas vous bassiner avec les noms latins.
Je sens clairement qu’il y a plus de vie cette année dans le désert. Il a beaucoup plu l’hiver dernier et le corona au printemps avec ses confinements a limité l’homme dans l’équilibre de la nature…
En terme de végétation, comme il n’y a eu qu’une seule pluie pour le moment, elle attend plus de précipitations pour se développer et devenir intéressante.
J’ai quand même vu de la Jusquiame (Belladone – nom donné car l’atropine qu’elle contient fait dilater la pupille ce qui rend le regard très sexy) qui commençait à fleurir. Alors ça les copains, on évite de toucher, elle contient un puissant hallucinogène. Il y a bien longtemps, j’ai un copain qui en a pris dans le Sinaï et il n’est jamais redevenu le même…
Mais revient-on le/la même du désert?

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#3 12-12-2020 12:25:00

Magne2
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Merci pour ce retour, tu ne fera peut être pas d'agrandissement de tes photos mais sur mon smartphone elle donnent une bonne idée des paysages.


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#4 12-12-2020 12:35:35

bilqis
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Magne2 a écrit :

#594514Merci pour ce retour, tu ne fera peut être pas d'agrandissement de tes photos mais sur mon smartphone elle donnent une bonne idée des paysages.

Merci de ton encouragement Magne smile
Je n'aurais pas pu mieux décrire la qualité des photos !

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#5 12-12-2020 12:38:43

Redfish
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Quel récit !
smile

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#6 12-12-2020 13:57:26

bilqis
MULe de Saba
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Redfish a écrit :

#594517Quel récit !
smile

Merci Redfish.
je te dois beaucoup... tu avais décortiqué (sans pitié  lol ) ma première liste et j'ai adopté beaucoup de tes conseils...

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#7 12-12-2020 15:06:54

Joy Supertramp
Sempervirens
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Salut, chouette balade ! Pour les maux de dos, je pense que l'abri accroché à l'extérieur du sac et en plus loiiiin derrière toi est la principale cause de tes douleurs. Obligatoirement, tu dois compenser avec le haut du corps. Si vraiment tu n'arrivais pas à le rentrer dans ton sac (Ce qui devrait finir par arriver si tu continues de lire RL  wink ), il vaudrait toujours mieux qu'il soit au dessus du sac, en dessous au pire mais pas derrière comme tu le fais.


Edit sans précision : ortho ou faute de frappe !

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#8 12-12-2020 15:41:49

florencia
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Merci bilqis pour ce chouette récit que j'ai lu d'une traite.
Je n'ai pas trouvé à quelle période tu es partie, j'imagine fin d'automne à la lecture des températures ?

Flo


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_ _ _ _ _ _ _ _ _

"Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle !" -Paulo Coelho.

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#9 12-12-2020 16:24:50

bilqis
MULe de Saba
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Merci les filles  smile

@ Joy
merci, je prends note de modifier le chargement du sac. Jusqu'à présent, je mets sdc et abri au fond en bas, puis vêtements et nourriture. En bref, en ordre de nécessité dans la journée.
Ce que tu vois qui pendouille ce sont les mousses en plastazote qui sont légères. Ce qui fait tache c'est la couv de survie pas très bien pliée 
Prochaine fois je verrai pour les mettre ailleurs, plus haut et que ca pendouille pas  smile


@ Florencia
merci de ton appréciation smile
Suis partie entre le samedi 28 novembre et le mardi 8 décembre.
Rentrée il y a 5 jours.
Tu as raison, je fais un édit avec la date...

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#10 12-12-2020 17:47:51

tolliv
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Un grand merci pour ce retour, cela me fait vraiment envie.
Je suis agréablement surpris de voir ce balisage et ces night camps dans un endroit si désertique.

Quand tu demandes des déposes d'eau, si quelqu'un les trouve, ils ne vont pas te les prendre ? Ou alors il y a un grand respect pour l'eau ?


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#11 12-12-2020 18:28:24

bilqis
MULe de Saba
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

tolliv a écrit :

#594554Un grand merci pour ce retour, cela me fait vraiment envie.
Je suis agréablement surpris de voir ce balisage et ces night camps dans un endroit si désertique.

Quand tu demandes des déposes d'eau, si quelqu'un les trouve, ils ne vont pas te les prendre ? Ou alors il y a un grand respect pour l'eau ?

Salut tolliv, merci de ton appréciation  smile
Oui, le balisage est balèze dans le pays, tu peux pas vraiment te perdre, faut juste connaitre la couleur de ton/tes chemins.

Pour les night camp, d'un coté j'aurais préféré la possibilité de bivouaquer n'importe où. Et de l'autre c'est compréhensif au niveau sécurité et la protection de la faune est aussi mise en avant.
Et c'est également un excellent moyen de rencontrer les autres randonneurs.

Pour l'eau, les 1è et 3è déposes étaient bien cachées dans des endroits très isolés et fréquentés que par des randonneurs ou par des 4x4 qui viennent bien équipés.
La 2è était bien cachée bien que le terrain était assez plat.
Dans tous les cas, il y a un clair respect pour cette eau. Les gens savent à qui elle est destinée et je pense qu'il y a très peu, ou pas, de fauche.

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#12 12-12-2020 18:30:36

tolliv
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

bilqis a écrit :

#594557Et c'est également un excellent moyen de rencontrer les autres mignons randonneurs.

je corrige, tu avais oublié un mot important dans ta phrase  wink


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#13 12-12-2020 18:48:47

bilqis
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

tolliv a écrit :

#594558

bilqis a écrit :

#594557Et c'est également un excellent moyen de rencontrer les autres mignons randonneurs.

je corrige, tu avais oublié un mot important dans ta phrase  wink

lol wink lol

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#14 12-12-2020 18:51:52

Joy Supertramp
Sempervirens
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Ah, si ce sont tes mousses qui sont accrochées a l'extérieur c'est moins grave alors ! Mais j'ai l'impression que ton sac a une armature qui deporte le poids vers l'arrière non ? Sinon oui, c'est le plus lourd qui doit être au plus proche du centre de gravité wink


Edit sans précision : ortho ou faute de frappe !

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#15 12-12-2020 19:52:10

Manche
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Bonjour bilqis,
Merci pour ce chouette récit avec de belles photos. Ça change des paysages d'ici !
Avec le vent que tu as eu une nuit, il n'y avait pas trop de sable le matin dans les cheveux, ou le duvet,... ?
Est ce qu'il y a un risque de rencontrer des bestioles plus gênantes que des pinces-oreille, comme des scorpions par exemple ?

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#16 12-12-2020 20:45:51

bilqis
MULe de Saba
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Manche a écrit :

#594569Bonjour bilqis,
Merci pour ce chouette récit avec de belles photos. Ça change des paysages d'ici !
Avec le vent que tu as eu une nuit, il n'y avait pas trop de sable le matin dans les cheveux, ou le duvet,... ?
Est ce qu'il y a un risque de rencontrer des bestioles plus gênantes que des pinces-oreille, comme des scorpions par exemple ?

Merci Manche, trop gentil pour les photos surtout quand je vois les tiennes...

Quand j'ai réussi à monter le tarp avec le vent, me suis en effet rendue compte que la poussière (c'est pas vraiment du sable par là bas) s'infiltrait par le bas.
J'ai ramassé des pierres larges et plates et fait un mini muret de protection collé à l'extérieur des 2 cotés sous le vent. Ça a bien aidé, plus le sàd en double protection dans le même coin. Me suis réveillée pas trop poussiéreuse smile

Les bestioles? Ma foi c'est un vaste sujet. Je crois pas qu'il y ait plus de danger dans le désert qu'ailleurs.
Pour les scorpions, me suis faite déjà piquer dans le wadi Rum en Jordanie en 2000, et c'était entièrement ma faute, j'ai mis la main dessus sans regarder. De là j'en ai déduit qu'il fallait observer certaines précautions minimales comme regarder où on met ses mains, taper ses chaussures avant de les enfiler (pour ma part, je n'ai jamais délogé le moindre scorpion comme ça roll ), faire attention à ce qu'il peut y avoir sous son tapis de sol et ne jamais dérouler son sdc avant d'aller se coucher. Les scorpions et les serpents n'attaquent pas et ne cherchent pas à se faire un humain pour le p'tit déj wink . Si on est vigilants, il n'y a aucun problème.
Et ces règles sont valables pour n'importe où en fait!
C'est bête, mais pour ma part je suis bien plus stressée par les insectes en Europe, plus nombreux et moins visibles. Je me vois pas (encore wink ) y dormir sans tente intérieure.

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#17 12-12-2020 22:49:11

Stéphane_33
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Bonjour Bilqis,
Merci à toi pour ce récit qui nous fait découvrir d'autres horizons smile
Les débuts de journée doivent être éprouvants avec au moins 4 litres d'eau sur le dos !
Stéphane;

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#18 13-12-2020 07:02:08

bilqis
MULe de Saba
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Re : [Récit + liste] Rando 11 jours dans le désert du Négev

Stéphane_33 a écrit :

#594592Bonjour Bilqis,
Merci à toi pour ce récit qui nous fait découvrir d'autres horizons smile
Les débuts de journée doivent être éprouvants avec au moins 4 litres d'eau sur le dos !
Stéphane;

Bonjour Stéphane,
et merci.
En effet, le sac est bien lourd au départ.
Mais au moins tu es bien motivé pour boire un max afin d'alléger le poids  wink
Moins de risque de déshydratation

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