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#51 07-10-2021 20:59:50

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

laxmimittal a écrit :

#629132big_smile  big_smile  big_smile  big_smile

"Je ne marque aucun empressement pour me remettre en chemin, profitant longuement du buffet à volonté du petit-déjeuner."

et voilà, encore un hôtelier en faillite

big_smile  big_smile  big_smile  big_smile

L.

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Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#52 12-10-2021 17:05:39

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

J17 - lundi 19 juillet : du BÔ sur le PÔ

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Avec toute la pluie de la journée précédente et de la soirée il était inévitable que la nuit soit humide. A 2100 m d'altitude la matinée est un peu fraîche et le bivouac sera levé avec plus de lenteur qu'à l'habitude. En revanche le moral est gonflé à bloc, car enfin, enfin ... il fait BEAU ! Départ à 6h00 "seulement" ...

BÔ sur le PÔ
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Démarrage tout en douceur avec une petite montée très progressive de 300 m D+ jusqu'au Col de la Nevesjoch (2407m) et le refuge de la Chemnitzer Hütte. J'ai maintenant pris l'habitude d'aller très doucement pendant les 1 ou 2 premières heures de marche, le temps de réveiller muscles et articulations. Les lumières rasantes du soleil revenu m'hypnotisent, je voudrais tout photographier et immortaliser ...

5h58 1ers pas, 1ères lumières
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... comme par exemple cette petite source qui jaillit d'un trou à hauteur d'homme sur une falaise rocheuse :

6h32 ça coule de source
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J'ai beau y aller pépère, j'arrive rapidement au Col de la Nevesjoch (2407 m) et à la Chemnitzer Hütte. Ce ne doit même pas encore y être l'heure du petit-déjeuner, la montagne reste toute à moi, et quelle montagne ! Pour la 1ère fois depuis Trieste je peux enfin me croire dans les Alpes.

6h38 Chemnitzer Hütte
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6h38 Ombre de moi-même
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6h41 Nevesjoch
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Si j'ai eu droit à la lumière du soleil levant jusqu'au col, je retourne dans l'ombre et le froid après celui-ci. Polaire et imper-respi ne sont pas de trop pour aborder cette portion minérale et glaciaire, d'autant qu'un vent désagréable est de la partie ... Un petit névé bien glacé m'obligera d'ailleurs à la prudence ...

7h05 on dirait les Alpes (sauf erreur : le massif du Größer Möseler 3479m)
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7h20 pour qui la bonne glace ?
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Je vais décrire un grand arc de cercle au pied d'un cirque glaciaire, dominé par des sommets entre 3000 et 3400 m. J'en prends plein la vue ! Lorsque que je repasse au soleil au moment de traverser un premier torrent, j'anticipe une première pause afin de profiter plus longtemps du paysage. Malheureusement pour ma boisson chaude tiède froide, le vent décidera de se renforcer au-delà des compétences de mon pare-vent, dissipant les flammes de mon réchaud.

7h28 des vues à donner le tournis
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7h34 La pause au soleil et (pas vraiment) à l'abri du vent
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La suite se déroule bien exposée au vent, sur une trace bien balisée allant de dalles rocheuses en éboulis de gros blocs, mais plutôt juste en-deçà des grands névés. Le dégel des petits lacs est loin d'être achevé, je ne suis pas chaud pour la baignade ...

8h45 baignade qui caille ...
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8h47 ... ou cailloux qui beignent ?
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Avec l'heure qui tourne je croise mes 1ers randonneurs, arrivant dans l'autre sens de l'Edelrauthütte après le petit-déjeuner: un 1er couple avec juste un bonjour, puis un autre avec lequel je discuterai 5 mn.

Il suffit ensuite de perdre 100 m d'altitude pour déminéraliser l'environnement et retrouver de l'herbe surmontée de moutons.

8h55 1000m plus bas, le Neves-Stausee
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9h47 histoire de narrer aussi les mares
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9h51 mouton à cul rouge
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Tandis que j'approche du col et du refuge, mon espoir d'avoir bientôt les pieds secs coule à pic : le sentier traverse une cascade dans laquelle il est impossible de ne pas mettre les pieds. Me voilà contraint de remettre à zéro le compteur du séchage des chaussures ...

10h26 pédiluve avant d'accéder à la l'Edelrauthütte
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Parvenu à l'Edelrauthütte, la vue du lac ensoleillé de l'Eisbruggsee est trop tentante et j'y descends en 20 mn, bien que mon chemin devait rester en balcon. Mes affaires vont s'y étaler au séchage, mes pieds s'aérer, mon estomac se remplir (un peu) ... J'observerai longtemps un nuage maigrichon essayant de se former au-dessus du col. Il y a du monde qui randonne en cette belle journée, mais le lac est bien assez grand pour que mon grand étalage n'y gêne personne ...

10h38 Oh le joli lac !
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11h13 Chic ! Profitons-en !
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A la fin de ma pause j'ai la flemme de remonter au col pour reprendre mon itinéraire, et m'engage sur ce que je pense être un sentier alternatif qui me permettrait de couper par la vallée suivante. Grossière erreur, et il sera trop tard pour faire demi-tour lorsque je m'en rendrai compte. Passé le petit col de la Valsschartl décoré de vaches, me voilà contraint à une longue descente (qui plus est par une piste ...) avant de pouvoir espérer trouver le départ d'un sentier de remontée situé très en aval ... mais à bien observer l'autre rive du torrent je n'y verrai aucun sentier, et plutôt que de m'engager sur une trace incertaine et peut-être pénible, je prendrai mon parti de rester sur la piste et de faire le tour de la montagne ...

12h34 Autre col (Valsschartl 2414m), autres vallées
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13h17 Lys orangé
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Je vais ainsi me taper presque 10 km de piste, descendre de 800 m et remonter d'autant, tout ça pour ne pas avoir voulu faire marche arrière pendant 20 mn ... Je vais donc descendre vers les parkings de randonnée croisant les marcheurs qui montent, puis m'en éloigner pour croiser ceux qui redescendent ...

Certes, les vues sont belles mais les pieds chauffent sur la piste, d'autant que je vais forcer l'allure pour accélérer le retour à l'altitude. Seul point positif, je vais trouver du réseau, actualiser mes prévisions météo (encore bonnes big_smile ) et passer un peu de temps au téléphone pour donner quelques nouvelles et tenter de négocier un prochain RDV familial & logistique, qui hélas s'avèrera impossible à court terme hmm ...

15h30 Sisyphe en remet une couche : fonds de vallée et piste ...
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Après avoir ainsi passé les heures les plus chaudes à arpenter le fond de vallée sur route carrossable, je quitte enfin la piste à 16h00 au niveau de l'Engbergalm (auberge), pour remonter rapidement vers le très joli lac du Grindlbergsee. Je vais m'y arrêter pour la dernière pause du jour, et y ferai la rencontre d'un papy tyrolien randonnant les mains dans les poches, et avec qui je partagerai ma plaquette de chocolat au rhum tout en essayant de mobiliser mon allemand pour tenir la conversation ...

16h34 Grindlbergsee 2500m
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Après cette dernière pause c'est comme chaque soir la question du bivouac qui se pose. Il est encore trop tôt et j'ai encore matière à m'avancer, d'autant plus que mon long détour par la vallée ne m'a pas aidé. Je voudrais être aussi tôt que possible demain au Brenner pour ravitailler, et évidemment tout ce qui sera marché ce soir n'aura pas à l'être demain.

Il me reste le col tout proche de la Gliederscharte (2640m) à passer, lequel se rejoint sans véritable chemin car la neige s'attarde encore dans la combe qui y mène. Une congère barre le col, mais deux enjambées suffisent à s'y hisser. J'y découvre une vue magnifique, mais aussi une descente vertigineuse dans l'ombre froide d'une profonde vallée glaciaire.

17h21 vue arrière sur le Grindlbergsee depuis la Gliederscharte (2640m)
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17h23 Pics en brochette : de g. à dr. Hohe Wand 3289m - Schrammacher 3410m - Fußtein 3280m - Olperer 3470m etc.
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17h24 Hochferner 3470 m (à g.) & Hochfeiler 3510m (à dr.), séparés par le glacier du Weißkarferner
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17h41 les mêmes, avec en plus le glacier du Gliederferner et le Hoher Weißzint 3371 m
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Tout au long de la descente je vais rester aux aguets pour trouver un spot de bivouac, mais aussi pour surveiller quelques nuages lourds arrivant du Nord (déjà visibles sur la photo des "pics en brochette"), lesquels me donneront quelques gouttes de pluie, mais sans plus ... Le terrain ne se prête guère à l'exercice de planter les piquets : soit trop chaotique, ou trop pentu, trop broussailleux etc. Ma carte signale un hameau à hauteur de la limite des arbres à ~1850m, dénommé Bichl et où j'aurai espéré trouver un pré favorable, mais sur place ce ne sont que de vieilles granges ruinées cernées par les orties et une végétation haute et foisonnante.

Le chemin plonge ensuite de 100 m supplémentaires, dans lesquels je croiserai un randonneur à la montée (il est presque 19h), cherchant sans doute un bivouac dans l'autre sens.

Juste avant d'atteindre le torrent en fond de vallée je vais trouver dans une combe un petit chalet d'alpage, de toute évidence privé et cadenassé, mais près duquel s'étendent des prés où je parviendrai à trouver un replat à l'écart du chemin. Qui dit habitat dit point d'eau, et en effet je trouverai aussi une petite source captée qui me permettra d'être bien ravitaillé pour ce bivouac. Je suis juste au bord d'un ravin boisé, le torrent coulant 30 m en-dessous et me faisant craindre une nuit froide et humide, mais ce sera tout le contraire : toile totalement sèche à l'extérieur, et seulement une légère condensation intérieure ...

19h34 900 m plus bas : bivouac !
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En quelques chiffres :

Total J17
33 km
D+ 2287 D-2586
Marche 11h00
km-Effort 62.4

Cumul J01-17
599 km
D+ 36 000 m
Marche 182h30
km-Effort 1 038


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Une journée magnifique, richement décorée de paysages enfin franchement alpins. Juste un regret sur le large et inutile détour en vallée que je me suis imposé, simplement pour n'avoir pas voulu revenir 20 mn en arrière après ma pause lacustre de midi. Malgré les tours et détours, avec 600 km en 17 jours je reste dans les clous pour boucler les 2 000 km du périple dans les temps.


voir la vidéo :
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Dernière modification par Hervé27 (16-11-2021 12:38:23)


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#53 14-10-2021 16:40:08

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

J18 - mardi 20 juillet : Oh ! en haut & Bah ! en bas ...

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Pas d'humidité excessive ce matin malgré la proximité du torrent et les petites ondées de la soirée. Encore un matin où je constate que j'ai de plus en plus de mal à me réactiver aussi tôt que durant les 2 premières semaines. Il faut dire aussi que comme je me décale rapidement vers l'Ouest, le jour se lève de plus en plus tard : 5h39 ce matin, contre 5h19 à mon départ de Trieste. Je ne suis prêt au départ "qu'à" 6h05 roll

Le moral est cependant au beau fixe :
- ma cheville se remet petit à petit, et je commence à retrouver mes sensations y compris dans les descentes, qui étaient jusqu'à présent les plus compliquées.
- la météo est toujours bonne
- je suis toujours dans les temps
- aujourd'hui est un grand jour puisque je dois ravitailler au Brenner, que j'espère rallier à l'heure du déjeuner tongue . Le sac est donc particulièrement léger

3h55 (!) je prends la météo avant de décider de l'heure à laquelle je me lèverai ...
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Départ très tranquille d'abord par une courte descente le long du torrent (le Pfitscher Bach), puis quelques centaines de mètres de piste carrossable avant de prendre le sentier d'ascension de la Pfitscher Joch. Belle montée en lacets qui s'affranchit peu à peu des arbres, tandis que les cimes s'embrasent aux lumières rasantes du levant.

6h00-6h10 démarrage le long du Pfitscher Bach
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Je suis sur le versant italien et remonte vers la frontière autrichienne, les ouvrages militaires italiens de l'entre-deux-guerres sont omniprésents. La forêt laisse la place aux alpages, la montée reste douce et tranquille, mais encore à l'ombre, au vent et à la fraîcheur.

le soleil brille, mais pas encore pour moi ...
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A l'approche du col, je vois un mur de neige se dresser en travers du petit goulet où passe le sentier, plus impressionnant vu de loin qu'une fois à son pied. Je ne suis qu'à 2200 m et cela n'est pas fait pour me rassurer pour ce que je suis susceptible de rencontrer aux altitudes supérieures (jusqu' 2700 m) prévues pour aujourd'hui, mais on verra quand on y sera ... Le névé se franchit finalement très aisément, et je débouche sur un 1er petit lac (le Jochsee), le refuge de la Pfitscher Joch, le soleil et un banc ... Parfait pour une pause petit-déjeuner et c'est là que je m'installe, mais le vent dont je me croyais abrité va aussitôt tourner, le soleil que je croyais briller va se laisser occulter par un nuage, et le tout gâchera mon plaisir ...

J'ai encore une fois du mal à faire chauffer de l'eau dans ce courant d'air, et compense en grignotant tous mes restes de provisions  (Tucs, chocolat ...) et je ne garde qu'une barre de céréales entre maintenant et le Brenner.

7h20-25 Pfitscher Joch : neige, refuge, lac, banc, soleil, à l'abri du au vent,  au chaud froid
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Je limite la pause à 30 mn, les conditions n'encourageant pas à s'attarder ... Quelques randonneurs passent déjà, venant soit du refuge soit de la route carrossable qui dessert les deux versants, mais bon c'est très, très loin d'être la foule. Quelques bonjours et des "bon appétit" dans diverses langues sont échangés wink

8h06 Pfitscher Joch et frontière, 2251 m
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Il y a là plus de chemins qui s'entrecroisent que ma carte n'en montre, il me faudra surmonter quelques hésitations avant d'être certain de suivre la Tiroler Höhenweg (THW), ma nouvelle ligne de marche pour les jours à venir. La suite est très facile (bon chemin en balcon) et très belle (lacs, vues sur les sommets autant que sur la vallée en contrebas), et va dérouler ainsi pendant un peu plus de 2 heures, oscillant gentiment entre 2 300 et 2 400 m.

8h10-8h30 : des sommets, de la neige, des lacs, des vues ... et moi au balcon
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Je prends en ligne de mire un binôme de randonneuses qui marchent quelques centaines de mètres devant moi, nous passerons ainsi quelque temps à nous rattraper mutuellement au fur et à mesure de nos arrêts techniques successifs. Je consomme en effet beaucoup de temps à faire photos et vidéos, tant j'ai envie d'immortaliser la beauté de ce que j'ai sous les yeux : je suis contraint à me discipliner un peu, au risque d'entraver ma progression ... Comme je ne fais pas les choses à moitié, je suis vite confronté au problème inverse : je me laisse emporter par un rythme trop rapide sur ce chemin trop facile, et dois faire un nouvel effort sur moi-même pour ralentir (un peu), profiter et savourer ... Question de dosage roll !

9h38 la montagne, la neige, un chemin, un banc, un oratoire ... Serions-nous au Tyrol ?
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Le chemin se refait plus minéral et régulièrement coupé par les névés tandis qu'il s'élève vers le Friedrichshöhe (2717m) et le refuge de la Europa Hütte (2693m). Comme souvent en Italie, les rochers sont peinturlurés au-delà du nécessaire pour informer le randonneur ... Le soleil joue à cache-cache et le vent forcit, je dois vite reconfigurer pour renfiler polaire et coupe-vent. Au col j'évite le sommet et fais le tour du refuge pour aller prendre la vue depuis une large terrasse (sans doute l'aire réservée aux hélicoptères pour le ravitaillement & secours), où un couple est déjà là bien engoncé dans leurs doudounes. Je ne m'attarde pas et lance juste "zu kalt für mich !".

10h00-10h30 : montée et arrivée à la Europa Hütte 2693m
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Je suis un peu décontenancé de découvrir un horizon beaucoup plus ouvert que celui dont j'arrive, c'est comme si on avait escamoté les Alpes devant moi !

D'ici j'avais le choix entre 2 itinéraires pour rallier le Col du Brenner : l'un par les crêtes et une vertigineuse descente tel que je l'avais programmé en dessinant ma trace, l'autre  plus en douceur par une longue vallée. Je privilégie la facilité en optant pour la vallée, ayant eu mon quota de belles vues pour ce matin et voulant atteindre le Brenner à l'heure où on y sert encore des pizzas ... Quelques jours plus tard je discuterai avec des randonneurs de la THW passés par la crête : pas de difficulté particulière, sauf que l'arrivée au Brenner se fait en longeant une immense carrière, suivie de la route poussiéreuse qui y mène.

10h30 : la crête à g. ou la vallée à dr., j'opte pour la vallée
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10h45 : mais qui m'a chipé les Alpes ?
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J'ai rapidement la vue sur les abords du Col du Brenner, 1300 m plus bas, et entr'aperçois un petit tronçon de l'autoroute avec son trafic soutenu.

La descente est facile et le bucolique succède vite au minéral de la Europa Hütte : vaches, marmottes, bouquetins ... et même un écureuil roux qui traverse le chemin devant moi bien qu'il n'y ait pas encore d'arbres à cette altitude. Je déroule à l'envers les étages de végétation montés ce matin, pour petit à petit retrouver la luxuriance et la chaleur.

Il me faut 1h45 avant de quitter le sentier pour la piste, puis encore 45 mn pour atteindre le Brenner.

11h45 - 12h30 : retour à la luxuriance ... et à la piste
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Que dire du Brenner ? Déjà que je n'en ai fais aucune photo, vite découragé par le franchissement souterrain de l'autoroute et de la voie ferrée, puis la traversée (dangereuse) de la route nationale, la marche (encore plus dangereuse) le long de la même route et des parkings camions. Le site est étonnamment à la fois moche et touristique : c'est blindé de monde, de commerces et de trafic routier, la majorité de l'espace étant occupée par les infrastructures de logistique ferroviaire et routière. Je savais à quoi m'attendre et n'avais prévu d'y passer que le strict temps nécessaire, avec un programme bien établi :

Action n°1 : m'asseoir à une table de restaurant, pour y profiter d'une large pizza, d'une coupe d'un bol d'un grand saladier de tiramizzu et d'un double capuccino ...

Action n°2 : presque rassasié, je peux me lancer dans mes courses alimentaires. Je tourne un peu en rond dans le village, avant de découvrir le supermarché en sous-sol du centre commercial multi-marques. J'ai du mal à y trouver ce qu'il me faut : le magasin est vaste mais la variété très limitée, et une très grande partie des rayons est consacrée aux alcools ... Je fais comme je peux et ressors du magasin avec un plein sac de victuailles à reconditionner. J'ai hésité un moment à faire le tour des enseignes de sport pour y remplacer ma veste de pluie dont j'ai peur qu'elle se délite un peu plus, mais je me raisonne en me disant qu'elle tiendra bien encore quelque temps.

Action n°3 : je m'installe sur un banc et m'échine à bourrer le tout dans mon ALD Hybride 20 litres "XUL", éliminant autant d'emballage inutile que possible. Evidemment, je boulotte tout ce qui dépasse (un kugelhopf ...):P tongue . J'ai chargé pour 4 jours, sans idée précise de où et quand refaire le plein.

Action n°4 : comme j'ai du réseau, je donne et prends des nouvelles, mais doit aussi traiter à distance quelques problèmes professionnels urgents qui ont émergé en mon absence ... Le tout tire sur la batterie du téléphone que j'espérais recharger depuis mon spot ensoleillé ...

Action n°5 : et m... ! J'ai oublié de racheter de l'alcool à brûler ! Retour au supermarché, mais point d'alcool à brûler, tout est à boire ! Je tourne dans le village et finit par entrer dans un bar-tabac qui vend aussi quelques produits et demande si, au cas où ... La réponse est assez expéditive et j'interprète ça comme le fait que je ne suis pas le 1er randonneur à lui poser ce genre de question : "Euro Spin, zwei hundert metern rechts !" ah, euh, "dänke schön ..." Je ressors, tourne à droite et marche ce qui me semble être bien plus que 200 m, puis arrive à un autre supermarché, qui s'avère bien mieux achalandé pour les besoins du randonneur. Je vais y trouver mon litre d'alcool ménager (teinté en rose en Italie), ainsi que quelques broutilles pour m'éviter l'inanition avant ce soir.

NB : conseil aux randonneurs pour le Brenner, visez directement ce magasin Euro Spin à la sortie du village côté italien, et ne perdez pas de temps au centre commercial multimarques sur la frontière.

Action n°6 : foutre le camp d'ici, il est déjà 17h ! J'avais repéré des toilettes publiques dont j'aurai voulu profiter, mais elles s'avèrent payantes, je passe ... Je traverse encore une fois tout le Brenner dans sa longueur pour revenir vers le parking camion d'où repart la Tiroler Höhenweg ... Un jeune couple de randonneurs allemands s'y interroge de la conduite à suivre devant un panneau "Weg gesperrt", explicitant que le chemin est impraticable en raison des glissements de terrain de l'hiver ... Heureusement pour eux et pour moi, dans toutes mes pérégrinations j'ai repéré un trajet alternatif partant du village, et nous voilà traversant (encore une fois !) ces lieux que je ne supporte plus  ...

La discussion est sympa avec mes 2 allemands sur la THW, soulagés de pouvoir rejoindre malgré tout leur hébergement réservé pour ce soir à la Sattelbergalm. Comme mon intention est de profiter des lumières du soir au mont Sattelberg (2143 m), nous attaquons ensemble la montée. Hélas pour mon besoin de socialisation, la moitié féminine du binôme, écrasée sous un sac bien trop lourd, est déjà bien fatiguée et ne monte qu'à très, très faible allure. Je les salue donc et m'envole, malgré mon sac chargé à bloc (avec en prime une bouteille d'1 litre d'alcool !) et bien plus lourd que ce matin ...

Le sentier s'élève d'abord en lacets resserrés dans une sombre pente boisée très raide, avant de s'adoucir et d'évoluer en alpages. Je retrouve un peu la montagne douce du début des Alpes Carniques, c'est un contraste bien agréable après une matinée beaucoup plus minérale. L'heure avance et je dois maintenant planifier le bivouac que j'envisage quelque part sur les crêtes herbeuses et arrondies encore au-dessus de moi. Je dois avoir encore 1 litre d'eau sur moi, mais ne veux pas m'alourdir avant le dernier moment. L'idéal serait de trouver un spot non loin d'un point d'eau, mais je veux d'abord passer par le sommet.

Je tiens bien la cadence, et c'est en 1h30 que, du Brenner au Sattelberg, j'avale 800 m de D+. Le panorama dans la lumière du soir est splendide, et je ne partage brièvement les lieux qu'avec un hôte de la ferme-auberge en contrebas, monté les mains dans les poches.

18h22 j'émerge de la forêt, le soir s'installe
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18h59 le Sattelberg 2143 m
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Le programme est maintenant simple : suivre la crête frontière en quête d'un bivouac. J'ai le choix entre le sentier et la piste et choisis cette dernière, car à peine en contrebas de la crête elle m'offre plus de chance de trouver un point d'eau. Je scrute en particulier de possibles sources en amont des petits torrents que j'aperçois en contrebas. Ma logique s'avère la bonne, et je n'aurais qu'une dizaine de mètres à descendre dans une petite ravine pour faire le plein.

19h25 sur la piste de l'eau et d'un bivouac
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Je marche encore 1,5 km avant de trouver un poil avant 20h un ancien fortin italien pourvu d'une large esplanade herbeuse en renfoncement de la route militaire, plutôt abrité du vent (pas complètement, mais c'est le mieux dont je dispose). Une marmotte fuira à mon approche, se réfugiant dans la bâtisse souterraine ... Les piquets auront du mal à s'enfoncer, le remblai de caillasse n'étant pas loin sous l'herbe, mais j'arriverai quand même à un montage satisfaisant. Je n'ai hélas pas pris l'opportunité de faire sécher mon matériel dans la journée, et vais donc devoir démarrer la nuit avec un peu d'humidité héritée du précédent bivouac ...

La vue est bien dégagée sur le Sud-Est, la lune gibbeuse brillera généreusement une grande partie de la nuit. Je peux profiter du spectacle du fond de la douceur de mon duvet.

20h17 rideau !
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En quelques chiffres :

Total J18
32 km
D+ 2286m D- 1969m
Marche 9h00
km-Effort 59.1

Total J01-18
631 km
D+ 38 000 m
Marche 191h30
km-Effort 1097

Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Une très belle journée de marche très facile, environnée de vues splendides. Le passage au Brenner fait tâche, m'y étant attardé bien plus que je ne l'aurai voulu. Je termine ma 3ème section (baptisée Höhe Tauern) en seulement 5.5 jours contre 7 prévus, mais avec un itinéraire chamboulé par les conditions. J'attaque maintenant la 4ème section (Ötztal), laquelle doit me mener jusqu'à la Suisse.


voir la vidéo :
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Dernière modification par Hervé27 (16-11-2021 12:39:16)


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#54 15-10-2021 23:49:18

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

J19 - mercredi 21 juillet : vertigo ...

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J'avais commencé la nuit avec un reste d'humidité du bivouac précédent, je la termine avec une très forte condensation recto-verso de l'abri, à la limite d'avoir un peu froid. Environné de brume et à nouveau très poussif au démarrage, le remballage n'est fini qu'à 6h20. Eh oui, pour moi c'est déjà tard ...

Je ne crains a priori pas la pluie aujourd'hui
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Quelques centaines de mètres sur la piste et, à un petit col, je rattrape la Tiroler Höhenweg qui va ce matin me promener sur les crêtes herbeuses. Le soleil bas à travers la brume ne me réchauffe pas tout de suite, et la batterie du téléphone n'aime pas du tout cet environnement frais, la charge chute vertigineusement ... J'arrive malgré tout à capturer quelques instants sublimes dans l'éther des cimes ...

06h55 Fradersteller 2250m
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Tout au long de la crête je trouve des petits lacs, qui s'offrent en miroir au soleil, aux cimes et aux bancs de brumes. Les jeux de lumière sont incroyables, tantôt dans l'azur, tantôt dans la ouate du brouillard ...

La vue est perpétuellement panoramique, m'offrant en ligne de mire l'impressionnant massif du Tribulaun vers lequel je me dirige.

07h10 le massif du Tribulaun, flirtant avec les 3000 m
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07h26 miroir
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07h43 MUL en gloire
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Avec le soleil dans le dos, le panneau solaire est en position idéale et je peux petit à petit redonner de la charge à mon téléphone.
Montées et descentes se succèdent de petit sommet en petit col, sur un sentier pas toujours très en évidence, mais jalonné de piquets au marquage blanc et rouge pour l'orientation. Avec toutes mes micro-pauses pour profiter de la vue ou reconfigurer ma tenue, je ne progresse pas aussi vite que je le pourrais. La dernière portion de ces belles crêtes me fait arriver par un fil étroit sur le col de la Portjoch, avec là encore d'anciens baraquements militaires italiens.

08h10 Hoher Lorenzenberg 2313m
7QCQdm3hQ.J19-08.s.jpeg7QCQeRnkr.J19-08.s.jpeg

09h08 Grubenkopf 2337m, à droite le Tribulaun 3097m, au fond le Wilder Pfaff (?) 3456m
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09h32 Semiovatus et linaigrette
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09h34 descente sur la Portjoch 2110m
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J'aperçois un vélo et un casque, mais aucun signe de leur propriétaire, sans doute en train de randonner aux alentours.

Sur le toit d'un baraquement, l'exposition est idéale pour étaler mes affaires de couchage, tandis que je fais chauffer mon eau (avec mon litre d'alcool acheté hier, pas besoin de tourner à l'économie ...). Je repère une nouvelle petite déchirure sur mon polycree, vite réparée au duct-tape.

09h56 étalage
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Ayant eu tout le loisir de scruter le massif du Tribulaun pendant mon approche, j'en ai déduit qu'il était préférable d'amender mon itinéraire. Plutôt que de le traverser et de monter à la Schwarze Wand (2917m), j'opte pour emprunter le chemin qui passe à flanc, mille mètres en surplomb de la vallée. Avec la neige encore aperçue ces derniers jours, je continue de me méfier des altitudes supérieures à 2700-2800 m ...

Au redémarrage je croise un randonneur qui monte de la vallée de Pflersch et on discute 5 mn. Il me dit que c'est le jour idéal pour monter dans le Tribulaun, mais j'ai pris ma résolution et je m'y tiens, et m'engage sur mon chemin que je crois plus tranquille ...

Bien vite c'est une sente très étroite sur une pente herbeuse très raide que je vais découvrir. Moi qui pensais dérouler du kilomètre sur un large chemin en balcon, je vais progresser à petit pas, car le dérapage est interdit.

11h15 ça s'annonce serré
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Croyant au début n'avoir affaire qu'avec une portion étroite qui serait vite franchie, je déchante vite. Les passages gazeux (mais équipés ...) se multiplient, avec en gros 800 m de précipice sous les pieds et autant au-dessus de la tête. 

Je me rapproche progressivement d'un couple de randonneurs devant moi, pour les dépasser juste avant un petit collet. Se croiser sur ce chemin exige de la prudence ! Un autre couple arrive en sens inverse et nous nous saluons en allemand, mais leur conversation se poursuit en français, de même qu'avec le couple que je venais de dépasser. Cela me fait tout drôle après 3 semaines coupé de ma langue maternelle. Ce sont en fait des suisses francophones qui maintenant s'éloignent, tandis que je sympathise avec Hans et Uschi, couple autrichien mais aussi francophone (Uschi ayant longtemps séjourné en Belgique). Au rythme lent imposé par ce parcours vertigineux, nous allons marcher de concert tout en discutant ...

11h58 étoileuh des neige-euh ...
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12h15 Devant moi, Uschi et Hans que je vais bientôt rejoindre
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12h35 le village à seulement 1 km ... verticalement
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Ne pas être seul rassure face au vide, et nous pourrons ainsi nous épauler au moins moralement dans cet interminable enchaînement de passages chaînés, raidillons, petits pas d'escalade, goulets ... Un vaste névé à 40% de pente barre un moment la route, mais une version du chemin descend de 50 m pour remonter d'autant pour le contourner par le bas. Heureusement, car vraiment je ne le sentais pas ...

12h45 névé, vertiges ... (jeu-concours : repérez le chemin !)
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13h07 Hans vu de loin dans un goulet
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A force d'une attention de tous les instants, tout faux-pas étant interdit, c'est une certaine fatigue nerveuse qui s'installe. Notre petit groupe s'est donné pour objectif de rejoindre le refuge du Tribulaun, et lorsque le chemin se fait un peu meilleur j'indique à Hans et Uschi que je pars en avant mais que je les attendrai au bout. Je veux en effet vite mettre toute la difficulté derrière moi avant de m'arrêter et ne plus faire traîner ce (beau) calvaire ...

14h43 suivez le chemin, ici trop facile ...
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J'arrive au refuge après 4 h de marche depuis ma dernière pause, pour seulement 7 km ainsi parcourus à petits pas à flanc de falaise. J'ai la paume de la main droite irritée à force d'avoir agrippé des câbles métalliques ... Installé en terrasse et au soleil, je vais commander un Apfelstrudel ("mit Zahne, bitte !") et capuccino. Uschi et Hans me rejoindrons après 3/4 h : il leur a fallu 2 x plus de temps qu'à moi depuis que je les ai quittés ...

15h10 Refuge du Tribulaun
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On va rester là encore un bon moment (je prends au passage un 2ème Apfelstrudel, je pense le meilleur de tous ceux que j'aurai englouti dans ce périple), mes équipiers du jour s'arrêtant là pour la journée, tandis que je profite de leur carte papier pour réfléchir à la suite de mon itinéraire. Nous devisons de rando et de sac léger, ce qui intéresse d'autant plus Uschi qu'elle se relève d'une opération au genou il y a seulement 6 semaines (si ma mémoire est bonne ...) !

Je profite de l'opportunité pour faire cadeau au refuge de ma bouteille d'1 litre d'alcool achetée hier au Brenner, ne gardant que le 1/4 de litre dont j'ai besoin. L'allègement est immédiat ! On veut me dédommager, mais surtout pas, ça me ferait des pièces à porter wink  !

17h21Uschi, Hans et serviteur, à l'heure de la séparation
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J'avais prévu de poursuivre d'ici avec des passages en crête et cols à 2800 - 2900 m, pour passer demain par un circuit en Autriche. Or il est déjà passé 17h, je ne veux pas m'aventurer seul en soirée dans des portions potentiellement délicates, et où le bivouac risque de ne pas être possible. Je sais aussi déjà que la météo se dégrade demain, la suite du programme dans le massif prévoit des passages à 3000 m à proximité des glaciers, c'est un cocktail peut-être un peu trop compliqué.

Suivre mon itinéraire supposerait de dormir ici pour remettre les difficultés à demain, au risque d'être ensuite bloqué en altitude par la météo. Or je peux encore marcher ce soir, à condition de trouver un tracé alternatif me permettant à la fois de progresser et me mettre à l'abri demain si besoin. Sur la carte de Hans, je vais ainsi repérer un itinéraire plus tranquille qui me fera passer par le village de Maiern, et rattraper ma trace à la sortie du massif.

Je fais donc mes adieux à mes coéquipiers du jour, non sans échanger nos coordonnées, et à 17h30 me voilà lancé dans une longue descente du soir ...

18h45 orvet
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18h55 vue arrière sur le Pflerscher Tribulaun 3097m. Tout à l'heure nous crapahutions au pied de ces falaises
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Le chemin descend par d'interminables lacets que j'avale en cadence. Je parviens 900 m plus bas (et aussi 6 km) en 1h 1/4 seulement ! Pas mal pour quelqu'un qui se remet d'une entorse ... Il va bientôt être 19h et dans ma brève traversée du parking / terminus de la route je vois un camion de pompier / sécurité civile, où 3 pompiers s'équipent de matériel de plongée, pour ce que je suppose être un exercice dans le torrent tout proche.

Je vais pour ma part emprunter un sentier qui va d'abord remonter dans la forêt, puis longuement évoluer à flanc de montagne dans la forêt. Depuis les hauteurs j'avais repéré les alpages au bas du vallon comme ma meilleure chance de bivouac pour ce soir, mais je scrute le terrain à tout hasard ... Les pentes boisées ne sont cependant pas propices, et même une fois dans mon alpage je vais avoir bien du mal à trouver un espace à la fois plat, sec et non décoré par les bouses de vaches. Je vais passer près de 20 mn à explorer, avant de trouver une petite éminence bien drainée, non loin du torrent, et surtout sur la rive opposée aux vaches que je vois paître plus haut dans le vallon.


20h10 là-haut, un col au programme de demain. En face, les vertiges du jour ...
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En quelques chiffres :

Total J19
27 km
D+ 2349m D-2798m
Marche 9h05
km-Effort 57.9

Cumul J01-19
658 km
D+ 41 000 m
Marche 201h
km-Effort 1155

Itinéraire & Progression
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Impression générale :
Une journée sublime à flotter sur les nuages et le fil des crêtes le matin, et à marcher entre falaises et précipices à la mi-journée. Forme poussive une bonne partie de la journée, mais tonus retrouvé pour mon trip du soir. Je fais aujourd'hui ma première vraie rencontre depuis le départ, avec quelques heures de marche et un bel arrêt au refuge du Tribulaun ainsi partagés avec Uschi & Hans, que je salue ici. Rectifier mon itinéraire me fera contourner demain (plutôt que le traverser) le magnifique massif englacé du Feuerstein, mais j'avais trop de doutes quant à mes aptitudes dans les passages à 3 000 m avec toute la neige encore visible, et la dégradation orageuse prévue ...

Chose incroyable : je crois qu'aujourd'hui j'aurai toujours gardé les pieds secs ...


voir la vidéo :
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Dernière modification par Hervé27 (16-11-2021 12:40:13)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#55 17-10-2021 17:31:50

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

J20 jeudi 22 juillet : triste mine !

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A cette altitude moyenne, la nuit a été douce. Humidité légère malgré le fond de vallon et la proximité du torrent, ça aurait pu être pire. Malgré un sol un peu cabossé, j'ai réussi à me caler et pas trop mal dormir ... Je bataille pour accélérer le mouvement et essayer de gratter un peu de temps sur mes départs des jours précédents, et parviens à être prêt à 5h55.

Orage de l'après-midi au programme ...
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5h54, 1650m, prêt au départ
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J'ai plus de 800 m D+ au programme du réveil, pour aller franchir la Maurerscharte (col) à 2511 m. Pour rejoindre le chemin j'emprunte une passerelle à vaches aperçue hier, après avoir franchi le torrent en sautant de rocher en rocher, c'est quand même plus simple ce matin ... Il me faut couper un peu à travers les prés pour rejoindre le chemin, occasion de me mouiller les chaussures dans la rosée et le sol spongieux ...

Rien de brutal dans cette ascension, cela permet de prendre un rythme pépère et s'y tenir. La matinée s'annonce chaudement ensoleillée, malgré les quelques volutes qui s'élèvent et s'accrochent aux crêtes.

6h20 1ers rayons
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L'eau s'écoule en abondance, à se demander même pourquoi je remplis ma bouteille d'1/2 litre, aucun risque de manquer.

Depuis le départ je constate le recul de l'enneigement en observant l'avancée étagée de la végétation. Les secteurs abondamment enherbés cohabitent avec ceux encore couverts de perce-neige ... mais des névés persistent encore (ici à 2200 - 2400 m).

7h-8h ascension
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Arrivée tranquille au col après 2 h de marche, j'y fais ma pause avant d'avoir à profondément redescendre en vallée. La brume montante au soleil levant va cependant vite me couper du soleil, de même qu'engendrer un petit vent désagréable pour moi comme pour mon réchaud.

La vue ensoleillée sur le massif du Wilder Pfaff 3456 m et ses glaciers me fait tout d'abord regretter mon changement d'itinéraire. Pour contrer ce regret, il me faut me convaincre que les orages attendus ce soir m'y auraient bloqué le passage. N'empêche ...

8h04 Maurerscharte 2511m au col, vues arrière et avant
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Retour dans l'ombre pour la descente. Le sentier va zigzaguer pour aller d'abord attraper un fil de crête comme axe de descente, puis s'adoucir au niveau des petites bergeries de pierre de Prischer Alm. Il y a là un 4x4 de garé, mais personne en vue. Aucune signalétique particulière n'indique qu'il est ici possible de trouver le gîte et le couvert, je ne l'apprendrai que par les randonneurs avec qui je discuterai plus tard dans la journée.

9h23 Prischer Alm, 2150 m : restauration & hébergement
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La descente en vallée se poursuit sans problème, facile mais longue ... Je croise maintenant, mais encore et toujours en très petit nombre, les randonneurs montants du matin. Nul besoin de passer par le village de Maiern, j'ai encore bien assez de réserves de mon ravitaillement au Brenner.

9h30-10h30 longue descente au-dessus de Maiern ...
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Passage par des chemins de campagne pour atteindre le terminal minier du Moarerberg, à la fois éco-musée et point de départ des randonnées dans le haut de la vallée. Je retrouve aussi la moiteur de la basse altitude. Conscient du risque orageux de fin de journée, je repousse autant que possible le moment de la pause et poursuis mon chemin.

10h36 1400m, Musée des Mines du Moarerberg
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Depuis le terminal minier désaffecté, je vais monter à pas régulier la raide route goudronnée, doublant les marcheurs à la journée mais me faisant dépasser par la concurrence déloyale des vélos électriques. Quand la route se fait de gravier et plus proche du torrent, je me mets en recherche d'un site propice à la pause : il y faut tout à la fois du franc soleil pour le séchage et le panneau solaire, et une ombre reposante pour le marcheur. C'est ce que je finis par trouver, même si pour atteindre ma villégiature je me trouve momentanément piégé par une courte traversée marécageuse ...

Je m'arrête plus d'une heure, bien assez pour le séchage de la tente et du couchage, encore un peu court pour celui de mes affaires de marche que je rince dans le torrent. Peu importe, je les renfilerai bien humides pour finir de les sécher sur moi. Pendant ce temps les randonneurs et cyclistes passent dans les deux sens non loin sur la piste, juste assez près pour m'apercevoir, bien assez loin pour que je sois tranquille en mon paradis d'eau et de verdure.

Les nuages se forment, s'épaississent, défilent et cachent de plus en plus souvent le soleil : je déclenche le départ à 12h15 quand l'ensoleillement se fait trop intermittent pour la recharge optimisée du téléphone.

Je passe vite à côté du Stadlalm (auberge), bien que me retrouvant par erreur au milieu des clients attablés pour devoir faire demi-tour et contourner l'auberge ... La piste redevient enfin sentier et remonte dans le fond de vallée, s'extirpant maintenant rapidement du couvert boisé. Le lit du torrent est large, visiblement "nettoyé" de toute végétation par les crues successives. Je ne peux néanmoins manquer d'observer de belles terrasses herbeuses qui, à un autre horaire, feraient de bien beaux bivouacs.

Un petit raidillon fait rattraper la piste, juste avant d'atteindre le complexe minier proprement dit à presque 2000 m, d'où la visite du réseau souterrain est possible : les visiteurs sont montés en navette par la piste depuis la vallée et embarquent dans un petit train que je vois disparaitre dans la montagne ...

12h30-13h30 remontée jusqu'aux Mines
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Le temps est maintenant bien gris et totalement couvert, avec seulement quelques gouttes intermittentes. Je poursuis la montée jusqu'à hauteur du Moarerbergalm (auberge à l'écart du chemin que je laisse derrière moi), où je retrouve un fond de vallée presque plat. Devant il y a une montée de 550 m jusqu'au col de la Kaindlscharte, que j'espère pouvoir franchir rapidement avec une météo dont je crois alors qu'elle va tenir encore un peu. Puisque je n'entends aucun tonnerre, c'est que je dispose d'encore un peu de temps avant l'orage ...

Il suffit de m'être fait cette réflexion pour qu'un 1er grondement, puis un second plus sec, me fassent admettre qu'au fond, la météo ne va pas tenir. Pas besoin de réfléchir longtemps pour faire demi-tour et, à allure forcée, aller chercher abri à l'auberge du Moarerbergalm que j'avais dédaigné 15 mn auparavant ...

13h30-14h00 2100m, Moarerbergalm
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Je m'y installe en terrasse mais sous l'auvent, alors que des bourrasques désagréables se forment. D'un groupe attablé à l'écart de ma partie abritée (en fait l'unique groupe présent), je vais entendre fuser quelques jurons bien gaulois, et m'autorise à aller saluer quelques compatriotes, les invitant à me rejoindre à ma table sous la toiture avant que l'averse ne se déclenche. Je fais ainsi la connaissance de Didier, Christian et Séverine (un parisien et un couple d'alsaciens), avec qui je vais partager les 3 prochaines heures pendant qu'orages et averses se succèdent.

Nous nous découvrons d'avoir en commun nos traversées des Pyrénées (HRP) et des Alpes (HRA), faites à 1 an d'écart entre nous. Didier et Christian se sont d'ailleurs connus sur la HRP, et ils me narrent leur intoxication alimentaire après avoir séjourné chez un "empoisonneur" à l'Hospitalet ... Bons mulets, le comparatif de nos sacs est édifiant : je n'arrive même pas à soulever le sac de Didier. La pluie redoublant, nous nous réfugions dans une salle à l'intérieur (hâtivement débarrassée car elle servait de stockage à un peu de bazar), et notre discussion de randonneurs passionnés va se poursuivre tandis que nous enchainons les consommations (pas de surprise de mon côté : Apfelstrudel et capuccino dont l'affaire). Après Uschi et Hans hier, je ne peux échapper à ma 2ème revue de sac en 2 jours, mais j'adore ça wink !

Lorsqu'enfin la tempête se calme, nous repartons de concert à 17h30 : mon intention est d'aller aussi loin que possible ce soir après cet après-midi tronqué par l'orage, tandis que le trio vise de prendre le 1er spot de bivouac possible à proximité. Nous marchons ensemble pendant 20 mn, jusqu'à un petit lac flanqué d'une vaste esplanade herbeuse, où mes compatriotes de rencontre décident de planter les piquets. J'émets l'avis que le terrain est peut-être un peu spongieux, ou susceptible de servir de réceptacle au ruissellement : j'espère rétrospectivement pour eux avoir eu tort ... Il est temps de nous saluer et de nous séparer, et me voilà enfin (re)lancé à la montée de la Kaindlscharte (2690m), finalement vite atteinte car je suis bien en jambes.


18h-18h30 montée à la Kaindlscharte 2690m, vues du col arrière et avant
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Je découvre à mes pieds l'amphithéatre de la vallée du Schneeberg, scarifiée par l'exploitation minière. Alors que j'avais derrière moi du ciel bleu dans lequel l'orage finissait de se déliter, une nouvelle et sombre masse nuageuse s'avance ici vers moi et la pluie reprend légèrement. Je ne m'attarde pas dans la descente et atteint rapidement l'ancien hameau industriel pourvu d'une chapelle (Maria Schnee) et d'un refuge (Schutzhütte ou Schneeberg Hütte).

Je fais ici ce qui est peut-être ma plus lourde erreur d'appréciation depuis le départ : si le temps s'était maintenu, j'aurai poursuivi par le col suivant (Karlsscharte 2663 m) en visant un bivouac d'altitude dans la vallée suivante. La pluie revenue, je me refuse à reprendre de l'altitude ... hésite quelques instants à faire halte au refuge ... puis décide de poursuivre ma marche du soir (il me reste en effet plus de 2 h de jour), en effectuant une nouvelle coupe de l'itinéraire prévu en passant par la vallée. Le plan est alors de prendre le 1er bivouac possible ...

19h05-10, 2350 m : Chapelle Maria Schnee, Schneeberg Hütte, installations minières ... la petite pluie va bientôt se faire grosse
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Las, à peine engagé dans la descente la pluie double, triple, décuple ... Je suis pris dans le déluge sans que rien aux alentours ne se prête à planter l'abri. Plutôt que de remonter vers le refuge, je poursuis la descente en ne comptant plus que sur ma bonne étoile pour me sortir du pétrin. Selon un principe maintenant établi dans cette traversée, tant qu'à être mouillé autant que ce soit aux altitudes les plus basses. Quand bien même j'aurai alors trouvé un spot de bivouac, la pluie était trop forte pour que je puisse installer mon campement sans préalablement risquer de détremper mes affaires : je me suis tout seul condamné à poursuivre ...

Sauf ici ou là où le sentier fait une coupe, je vais suivre par facilité la piste 4x4, faisant un moment courir devant moi le troupeau des vaches redescendant aux vacheries. C'est interminable et, bien que l'averse finisse par cesser, il me faut toujours continuer car rien ne se prête au bivouac dans ces terrains pentus et boisés.

Lorsque je l'atteins j'ai l'option de suivre la route qui me ramènerait vers le haut de la vallée et mon itinéraire, mais la carte n'est pas optimiste sur les options de bivouac. En face de moi de l'autre côté de la vallée je peux voir le village de Rabenstein, perché sur une petite éminence et entouré de prés. Sous le ciel toujours chargé le soir tombe plus vite, et je crains maintenant la nuit sans avoir pris abri. Maintenant bien fatigué, je me résous à aller vers ce village et ne pas aller plus loin, me tenant désormais prêt à toquer chez l'habitant pour quémander le droit d'occuper une pelouse privée ...

Atteindre Rabenstein n'est pas non plus chose facile, car le fond de vallée est une gorge aux pentes raides, sur un chemin aux pierres rendues glissantes par la pluie d'une part, les herbes coupées par un récent débroussaillage d'autre part, sans oublier que le sous-bois est maintenant très sombre dans le soir. Je me gamelle plusieurs fois et , malgré une prudence maximale, continue de déraper à de multiples reprises ... J'inspecte quelques bâtisses qui s'avèrent ruinées et inoccupables, et continue de m'enfoncer dans la gorge. Elle se franchit enfin par une passerelle inclinée, loin au-dessus des eaux furieuses, couverte de grillage à poulailler pour donner un peu d'adhérence sur des traverses de bois autrement terriblement glissantes. Le sentier remontant à Rabenstein est bien raide et parfois aérien, mais sécurisé et équipé : je ne m'attendais pas ici à ces difficultés qui en journée n'auraient été qu'un amusement, mais pour moi et à ce stade épuisantes. Je me traine pour atteindre le village sur une ultime pente herbeuse, sans plus de chemin visible ...

Face à moi se dresse une Gasthof à la riche esthétique tyrolienne : je ravale ma fierté de bivouaqueur autonome qui n'a besoin de rien ni de personne, et y entre à 21h pour supplier qu'on m'y fasse une place, sans même prendre le temps de consulter les tarifs, prêt à expier mes erreurs par le sacrifice de mon budget ...

Il y a là juste un couple en train de dîner, le cuisinier et la réceptionniste ... Je dois avoir une allure de chien mouillé abandonné sur un bord de route, et me demande si ce n'est pas par pitié que, oui, bien sûr, il y a une chambre de libre (et probablement beaucoup plus en cette saison estivale épidémique et pluvieuse). Je peux même encore dîner si je ne tarde pas trop ... La chambre est absolument superbe et moderne avec un confort maximal, je suis gâté ! Incroyablement (mais réflexion faite, non, c'est normal) mes affaires sont restées sèches dans mon sac à dos, et je peux enfiler mes affaires de bivouac pour être habillé (à défaut d'être présentable dans mon "pyjama" de rando) dans la salle de restaurant.

J'y retrouve le couple de tout-à-l'heure, des zürichois avec qui j'échange longuement en anglais, en même temps que je profite de la richesse calorique du dîner dont je n'ai hélas pas mémorisé le détail, sauf que c'était chaud et roboratif tongue tongue tongue .

Ayant l'intention de repartir tôt, je me rapproche de la réception pour régler ma note dès ce soir, prêt à assumer la douloureuse résultant de tant de luxe ... Je crois avoir mal compris quand on me parle de € 70 pour le gîte et le couvert, mais non. Comme on m'invite à régler en liquide, je pense qu'il ne s'agissait pas du tarif officiel, ni que mon passage aura laissé une trace dans les comptes (tant mieux pour moi, tant pis pour le fisc italien).

Dans la chambre et avant de me coucher, je vais encore avoir à étendre mes affaires de marche, dont je vais profiter qu'elles sont déjà trempées pour les laver au savon et à l'eau chaude. Rien ne saurait être sec d'ici demain matin, mais j'ai l'habitude de me rhabiller mouillé roll ...

J'arriverai aussi à recharger le téléphone en le branchant à la prise USB de la TV ...

20h15 Rabenstein en vue, 1420 m. Ma Gasthof au matin ...
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En quelques chiffres :

Total J20 :
30 km
D+ 2428 D-2634
Marche 10h20
km-Effort 61.6

Total J01-20
688 km
D+ 43 000 m
Marche 211h
km-Effort 1217

Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Itinéraire de contournement choisi la veille à plus ou moins bon escient. Passé le 1er col, les longues heures de fond de vallée manquent d'intérêt et me font regretter l'altitude. La forte dégradation orageuse de l'après-midi justifie cependant a posteriori ce choix, mais me contraint à encore un nouveau détour ...  Le désintérêt relatif pour le fond de vallée est partiellement compensé par la présence des anciennes mines et leurs ouvrages spectaculaires. En compensation de mes frustrations d'itinéraire, j'ai cependant droit à une deuxième rencontre très sympathique avec 3 compatriotes : Didier, Christian, Séverine, si vous passez par ici, n'hésitez pas à donner de vos nouvelles !

Ma gestion de l'orage ce soir-là fut, reconnaissons-le, désastreuse, heureusement que ma bonne étoile m'a permis de trouver un hébergement de luxe à pas trop cher !

Au 1/3 du temps imparti, je suis toujours dans les clous pour 2 000 km en 60 jours ...


voir la vidéo
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Dernière modification par Hervé27 (18-11-2021 14:35:49)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#56 17-10-2021 18:14:26

Nayana
Helix pomatia
Lieu : Cote d'Or
Inscription : 05-10-2010

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Coucou, juste un petit encouragement pour dire que je suis toujours mon feuilleton quotidien wink


Lentement mais surement...

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#57 19-10-2021 16:42:26

bruno7864
partir, partir et découvrir
Lieu : toujours dans la Lune
Inscription : 11-10-2012

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut Hervé,

juste pour te montrer ce que tu aurais pu avoir à la Schneeberghütte Jour 20. Un Super refuge ancienne maison du directeur de la mine, c'est confortable, chaleureux un endroit à ne pas rater surtout lorsque tu passes et qu'il pleut j'en parle ici: 24ème jour de marche.

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ne pas s'arrêter à cet endroit à 2500m d'altitude lorsqu'il est 19h et que le temps n'est pas bon, je comprends mieux pourquoi tu as fini épuisé big_smile

Dernière modification par bruno7864 (19-10-2021 16:42:59)

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#58 19-10-2021 19:10:29

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
Inscription : 01-11-2017
Site Web

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut Nayana, merci du petit encouragement wink ... le récit me prend plus de temps que la rando elle-même, mais je me régale à revivre / reconstituer ces journées  cool  !

Salut Bruno smile : j'ai en effet bien mal placé ma fierté ce soir là roll ! Comme je venais juste de passer 3 heures bloqué dans l'auberge précédente, je voulais stupidement avancer à tout prix ... Quand j'en aurai fini avec mon récit, je me replongerai avec délice dans le tien qui m'avait beaucoup inspiré lorsque je l'avais découvert cool , c'est de lui que je tiens mon projet de cette (très) grande traversée des Alpes : merci à toi !


J21, vendredi 23 juillet : l'été en pente douce ...

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Il n'est pas forcément plus rapide de remballer son matériel quand on dort à l'hôtel  plutôt qu'au fond d'un bois ... Je dois me faire violence pour m'arracher au confort et renfiler mes vêtements de marche humides (mais propres !). J'attendrai d'être à l'extérieur pour enfiler mes chaussures encore crottées et détrempées de la veille ... La météo s'annonce convenable, j'anticipe donc une belle journée !

Pas de pluie ...
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6h10 départ discret de Rabenstein, à pas de MUL
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6h52 Aux héros tyroliens qui luttèrent contre Napoléon
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Le 1er objectif est d'aller rattraper mon itinéraire en haut de vallée, ce qui sera fait en 1/2 h à travers bois et pâtures, jamais très loin du torrent. Quand le sentier croise la piste forestière, je crois apercevoir un gros chat à 50 m qui me regarde avant de retourner se dissimuler dans les bois. Je me demande si je ne viens pas de voir un lynx ...

Je suis au pied du Timmelsjoch (2474m), avant-dernier col routier entre Italie et Autriche avant la Suisse, pays dont je me rapproche rapidement. Au pied des lacets vertigineux de la route, je suis à un carrefour de vallées : à droite la direction d'où j'aurai dû arriver si l'orage d'hier ne m'avait pas chassé vers la vallée, à gauche une vallée qui oblique vers le Sud, fermée par le magnifique massif du Texel Gruppe, culminant au Höher First 3405 m nappé de neige et de glaciers.

6h55 Retour à l'itinéraire prévu (encore ...)
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Toujours à l'ombre, je retrouve le fléchage de la Tiroler Höhenweg, laquelle se faufile au-dessus de la petite gorge qui ferme la vallée, longeant ou traversant quelques fermes. Les chiens m'accueillent en aboyant, mais se font rabrouer par le patron à la traite. Pas de réponse en revanche à mon "Grüß Gott" ...

Passé la grimpette la vallée s'élargit et le chemin la remonte presque à plat. Il faut faire avec le malaxage du terrain par les vaches : c'est souvent de la "confiture", parfois glissant ... Je dépasse une nouvelle ferme faisant également auberge, où des banderoles affichent un militantisme certain contre la présence du loup ... équation impossible qui ne se limite pas à un seul territoire ! Le long du torrent et de quelques vieux ponts de bois, la promenade est idyllique bien qu'encore un peu fraiche tant que je marche sans le soleil. Lorsqu'enfin il parvient à s'élever au-dessus des crêtes, je m'écarte sur un petit promontoire entouré de jeunes mélèzes, et m'y pose confortablement sur l'herbe le temps d'une boisson chaude, juste avant que le chemin n'attaque l'ascension du col.

7h13 carte postale, le Texel Gruppe en fond
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De là j'ai une grimpette de 700 m D+ pour rejoindre le col de la Grubjoch ( 2658m). A mon 9ème jour de marche consécutif depuis mon repos à Sillian et après mes épreuves d'hier, j'attaque la montée tout doucement, pour me trouver surpris de la facilité de l'ascension. De vastes paliers herbeux presque plats, parfois avec de petits lacs, s'intercalent entre des dénivelés jamais très longs à franchir. Un "coup de cul" est aussitôt récompensé par la douceur d'une prairie en pente douce, rendant le dosage très reposant et agréable.

A mi-hauteur je croise une petite cabane en bois à laquelle je jette un oeil. Visiblement utilisée par les bergers, elle est à moitié occupée par du stockage de matériel, mais il y reste 3 couchages disponibles, si toutefois lesdits bergers n'y trouvent rien à redire ...

9h30 cabane ouverte, couchage possible
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La montée se poursuit, avec des vues toujours plus proches et plus belles sur les glaciers du Höher First, et les névés commencent à barrer le chemin, sans créer de problème puisque sans véritable pente. La neige résiduelle est bien abondante dans la combe, mais se fait plus rare et disparait dans la montée finale, toujours très douce.

9h48 au centre et sauf erreur, le Granatenkogel 3304 m
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10h22 Baignade ? Toujours pas !
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10h37 vue arrière
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10h50 Au col, vue vers l'Est
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Au col je constate la présence des chèvres sur les crêtes, lesquelles semblent se contenter de l'herbe maigre qui s'y trouve, laissant à d'autres les prairies bien grasses en contrebas. Petite pause d'1/4 h pour profiter des vues, et gérer la transition vers le changement de terrain qui doit suivre, puisque je bascule ensuite sur un itinéraire à flanc qui va encore s'élever jusqu'à 2 820 m (nouveau plus haut du périple !), 1 500 m au-dessus du fond de la vallée que j'ai en vue directe ! Autant dire que sur l'étroit sentier, je mesure mes pas et évite de fanfaronner. Juste en contrebas du sommet du Rauhjochspitz (2926m), que j'aurai pu atteindre en 20 mn si j'avais voulu faire ce détour, j'entends au-dessus de moi les voix toutes proches d'autres randonneurs en pleine ascension, qui me resteront invisibles.

11h35 Nouveau plus haut 2820m : raide derrière, gazeux dessous, balconesque devant
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L'étroit chemin en dévers redescend ensuite légèrement, mais continue d'osciller entre 2500 et 2700m. Rien toutefois d'aussi aérien que ce que j'ai eu au pied du Tribulaun il y a 2 jours, et la progression prudente reste régulière. A l'heure du midi j'atteins un Biwak (=cabane ouverte / refuge non gardé en français, = bivacco en italien) à l'allure extra-terrestre. Le module lunaire est posé sur la montagne et on y accède par un escalier. Les cloisons intérieures en contreplaqué cachent une bonne isolation, et un dôme de plexiglas permet de garder les étoiles en vue depuis n'importe laquelle des 6 couchettes. Avec un autre horaire, j'y aurai volontiers fait escale ...

12h02 David Vincent les a vus
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12h00-12h30 au balcon encore et encore ...
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Le chemin évolue juste en-dessous du niveau où les névés persistent, sauf dans les thalwegs des torrents où de longues langues de neige viennent parfois barrer le passage. Elles ne sont jamais très larges mais exposent à 2 dangers : celui des ponts de neige bien érodés par le torrent susceptible de s'effondrer sous le randonneur, et celui de la glissade vers les cascades en contrebas. Il faut faire usage de multiples stratégies : l'évitement par le bas quand c'est possible, le franchissement prudent à une hauteur où le pont de neige parait plus solide ... Je ne sors pas les équipements, mais je fais gaffe ...

12h56 début d'une succession de ponts de neige ...
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Après une une série de traversées de ce genre, la Tiroler Höhenweg doit remonter au-dessus de 2800 m pour se rapprocher de la Zwickauer Hütte (elle-même à 2950m), puis redescendre à 2400 m. Je choisis de mettre en œuvre un itinéraire moins gourmand en effort, et de descendre vers l'auberge du Schneidalm que j'ai aperçu en contrebas à 2200 m. Ce sentier transverse ne sera pas toujours évident, car se confondant avec les sentes de chèvres (omniprésentes). J'y vais un peu à l'azimut, motivé par l'auberge et le double Apfestrudel / Capuccino que je vais encore une fois m'y offrir (après une omelette) tongue ...

14h26 au balcon toujours, mais depuis ma table de déjeuner et en levant la tête ...
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Un peu de monde à la Schneidalm, bien aidé par le petit télécabine qui amène et remmène son cortège de visiteurs. Je vois surtout des randonneurs, mais reste seul dans mon coin avec mon petit sac ... Au moment de régler la note, j'ai le plaisir de constater que le montant excédant mon billet correspond exactement à la totalité de ma petite monnaie, dont je me déleste avec joie.

Je repars à 15h00, rassasié, avec toutefois 200 m de D+ pour rattraper l'altitude de l'itinéraire en balcon dont j'avais décroché pour ce rattrapage calorique. Depuis la Grubjoch je ne suis qu'à mi-parcours de mon objectif de cet après-midi, le Col de l'Eisjoch à 2895 m. Je peux voir de loin que la vallée qui y mène est bien barrée de grands névés, et ressens une petite appréhension étant donné toute la neige déjà vue aujourd'hui à des altitudes inférieures. Sur la Tiroler Höhenweg, je peux néanmoins espérer que les traces soient bien faites, et ne pas être tout seul si une difficulté véritable se présente.

15h23 je vise le col juste à droite du poteau
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Les névés plus ou moins délicats sont vites de retour : l'un particulièrement large, mais dont la surface plutôt rugueuse et parsemée de cailloux n'aurait pas été glissante en cas de chute, l'autre en revanche étroit mais très pentu, avec risque d'une chute de 10 m dans la ravine, à quelques mètres seulement de son point de franchissement. Pour ce dernier, je vais choisir de remonter pour me donner plus de marge de manœuvre en cas de glissade, sans pour autant sortir le piolet mais c'était tangent ...

Dans l'autre sens je croise un couple en tenue de trail, passé tel que ...

16h-16h15 : succession de névés délicats, terminus dans le ravin ...
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Après 12 ou 13 km de balcon de puis la Grubjoch, j'attaque enfin vers 17h les derniers ~400m D+ en direction de l'Eisjochl, tout en repassant dans les ombres du soir. Les vastes névés que j'avai vu de loin ne se traversent heureusement que dans leur partie basse, là ou leur pente s'adoucit pour rejoindre le fond de vallée. La neige est qui plus est molle et ne pose aucun problème. Je traverse ainsi de nombreuses et longues sections enneigées, mais sans aucune des possibles difficultés que j'appréhendais, c'est un soulagement.

16h59 vue arrière sur un long (et très beau) balcon
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17h10-17h45 approche de la Eisjochl, bien nommée ...
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Je retrouve un peu de soleil à hauteur de la Stettiner Hütte, où j'envisageais vaguement de faire halte pour ce soir, prenant goût aux hébergements payants (et ne me voyant pas trop bivouaquer à cette altitude glacée ...). Il faut se méfier des 1ères impressions, mais la vision de cette énorme bâtisse informe, qui plus est en travaux d'agrandissement, a la vertu de me décourager instantanément. En raison des travaux, l'hébergement ne se fait pas dans le bâtiment principal, mais dans des bungalows déployés à l'extérieur. Triste chantier de construction d'un bâtiment sans âme dans une montagne sublime.

17h45 Stettiner Hütte
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Le cadre est néanmoins spectaculaire, et j'engage la courte ascension qui me reste jusqu'au col où, à 2 895 m, j'établis le nouveau point haut du périple cool .

17h45-17h55 Eisjochl, 2895 m, encore un peu plus haut !
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17h55 Eisjochl, je fais finalement halet sur le vaste replat herbeux en contrebas
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Il n'est "que" 18h au col, le temps est au beau et je pourrai d'ici marcher encore plusieurs heures afin de m'avancer sur l'itinéraire, fait d'une longue vallée facile le long d'un large chemin. En m'avançant maintenant je pourrais être à Vernagt demain à la mi-journée pour un ravitaillement, mais pendant la descente je vais me résoudre à bivouaquer dans le replat herbeux paradisiaque, strié de torrents, qui s'offre à moi (je vois d'ailleurs qu'un autre randonneur est en train de faire de même à 300 m du chemin à mon passage, il y a de la place pour une armée !).

18h15 dans la descente
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Je m'arrête ainsi relativement tôt, car lors de mon arrêt déjeuner au Schneidalm j'ai profité d'un peu de réseau pour actualiser mes prévisions météo. Ce n'est pas brillant, mais comme je ne veux pas gâcher le récit de cette belle journée, je ne vous les montrerai qu'au prochain épisode ... J'anticipe donc que je n'aurai peut-être pas l'opportunité d'aussi beaux bivouacs avant quelque temps. Je peux ainsi me rincer dans le torrent, ainsi que mes vêtements, et profiter de la douceur du soir, encerclé de falaises rocheuses au soleil couchant ...

La Pleine Lune se lèvera juste au-dessus des parois englacées qui m'entourent, mais restera si basse dans le ciel qu'elle passera la nuit à paraître et disparaître le long des crêtes ...

19h20 bivouac !
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20h24 de ma fenêtre
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En quelques chiffres :

Total J21 :
30 km
D+ 2622m D-1493
Marche 10h00
km-Effort 56.7

Cumul J01-21 :
718 km
D+ 46 000 m
Marche 221 h
km-Effort 1273


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Facilité et douceur le matin dans toute la montée, puis impression plus "rugueuse" dans la traversée en balcon de l'après-midi. La neige de plus en plus présente à l'approche de l'Eisjochl, nouveau plus haut à 2 895m, me conforte dans les choix des jours précédents d'avoir évité d'approcher les 3 000 m. De la neige au col mais sans danger, et un splendide bivouac en récompense. J'aurai pu marcher un peu plus longtemps, mais j'ai voulu profiter d'une belle soirée en altitude avant le (très) mauvais temps qui se profile pour la suite ...



voir la vidéo
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Dernière modification par Hervé27 (21-11-2021 11:07:05)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

Liste 3 kg - 3 saisons en tableau
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#59 19-10-2021 21:17:17

Etimul
Membre
Inscription : 13-03-2013

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Hervé a écrit :

Je choisis de mettre en œuvre un itinéraire moins gourmand en effort, et de descendre vers l'auberge du Schneidalm

Magifique  smile

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#60 19-10-2021 23:56:22

laxmimittal
Membre
Inscription : 23-10-2016

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

ouahou the bivouac de rêve.

cool cool cool cool

L.


La touche Majuscule de mon ordinateur fonctionne mal.

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#61 20-10-2021 16:52:05

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
Inscription : 01-11-2017
Site Web

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Coucou Etimul & Laxmimi, merci du passage  wink  !

Ce bivouac m'a en effet laissé un souvenir éblouissant, mais il aura encore des concurrents au jeu du plus beau ... Quant à ma gestion de l'énergie dans l'effort, chacun connait mon ascétisme tongue


J22 samedi 24 juillet : interruptus horribilis

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Autant lâcher tout de suite la mauvaise nouvelle, à savoir la météo telle que j'avais pu la capter hier à la mi-journée. Elle pèse sur mon moral et je vais passer de longs moments à explorer ma cartographie pour mesurer ce que cela implique sur l'itinéraire.

C'est reparti sad !
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Le parcours prévu pour aujourd'hui, en soi très facile car principalement en vallée, devait m'amener au pied de la Bildstöckljoch, col à 3098 m à franchir au mieux ce soir, ou plus probablement demain matin. Les conditions d'enneigement telles que je viens de les voir à la Eisjöchl à 2900 m signalent déjà un passage potentiellement problématique, et la vague d'orages pourrait bien me fermer la porte pour plusieurs jours. Les alternatives au Nord par l'Autriche sont inaccessibles (altitude & glaciers). Si je veux éviter d'être immobilisé dès ce soir, je ne peux donc envisager que des contournements par le Sud, et mes cartes n'en indiquent que 2 à ma disposition :
- via la Taschenjöchl à 2772 m qui serait à franchir aujourd'hui en fin d'après-midi et donc au maximum du risque d'orage ;
- la descente directe dès ce matin par le Schnalstal ;
ces 2 échappatoires m'amenant l'une comme l'autre à très basse altitude (500 m) dans la haute vallée de l'Etsch (l'Adige), qu'il me faudrait alors remonter jusqu'au Reschenpass (1507m et tout en haut à gauche de la carte).

Les données du problème :
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Je peux marcher une poignée d'heures avant de faire mon choix définitif, mais au fond j'ai déjà décidé de me précipiter vers l'Etsch pour privilégier la progression face à cette météo très dégradée. La ligne d'orage alignée Sud-Nord et défilant sur le même axe, j'espère qu'en forçant l'allure vers l'Ouest sur du chemin facile je pourrais m'en extirper plus rapidement. J'estime qu'il me faudra 2 jours à marche rapide (forcée ?) pour rallier le Reschenpass, dernier col entre Italie et Autriche, et là atteindre la Suisse et, peut-être, du moins mauvais temps ...

Pas de temps à perdre donc ce matin, et je parviens à être plus efficace que ces derniers jours pour un départ dûment noté à 5h53 ...

5h50 bivouac à 2580 m déjà replié, prêt au départ sous un ciel déjà incertain
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6h10 vue arrière, avant et latérale : le réveil de ces dames
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6h23 fontaine design & passé militaire
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6h45-7h15 au fil de la descente, avec un dernier regard en arrière
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Le sentier est d'excellente facture, dallé pour résister à l'enneigement à l'approche de la Eisjöchl, de terre et bien confortable un peu plus bas, faisant de larges lacets quand la déclivité se fait plus forte. Pas besoin de forcer pour aller vite, ça déroule ! La descente est très progressive, le chemin s'élargit encore en piste carrossable ... Je traverse successivement 3 Alm / auberges / refuges étagés entre 1950 et 2100 m ... Pour l'un d'eux, un panneau illustré rappelle les lourds dégâts subis lors d'une coulée de ravinement récente, et les efforts de reconstruction qui ont suivi. Le thème d'un ravinement particulièrement intense ces dernières années se répète tout au long de mes étapes, et j'en croise tous les jours les cicatrices ...

Peu de monde à cette heure-ci, mais tout de même un joggeur, puis une dame qui me demande si je n'ai pas vu son mari et ses enfants (négatif). Je suis alors tout près de l'un des refuges, en pleine animation du petit déjeuner, et la suite est plus tranquille / solitaire ...

Un 4ème refuge est beaucoup plus bas : la Gasthof Jägerrast à ~1700 m. C'est le terminus de la route asphaltée, le parking étant la base de départ des randonnées dans le massif. C'est là que je dois faire mon choix définitif d'itinéraire : remonter par une crête à 2400 m puis redescendre sur Vernagt, ou bien me laisser descendre jusqu'à l'Etsch. Faute de réseau je ne peux actualiser ma météo (qui date d'hier midi) : dans le doute j'en reste à ma préférence prudente de la descente directe. J'attrape donc ici et pour un temps la Meraner Höhenweg, agréable sentier qui va accompagner ma perte d'altitude.

8h00-8h30 poursuite de la descente par la Meraner Höhenweg
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Je marche encore une heure en forêt et à flanc de montagne, avant de trouver un beau promontoire herbeux idéal pour ma pause. Le site semble également prisé pour le bivouac, au vu de quelques rectangles d'herbe aplatie. Le soleil est pour l'instant de la fête, et je peux étaler tout mon couchage au séchage, calé par quelques pierres pour éviter de le voir s'envoler. Comme mon environnement va redevenir semi-urbain dans la vallée de l'Etsch, je ne m'inquiète pas pour le ravitaillement et épuise goulûment mes réserves, 4 jours depuis mes derniers achats au Brenner

(à ce propos, je me remémore aujourd'hui la mésaventure de ce précédent ravito : j'avais acheté 2 fromages que je pensais être de la tomme, sans trop regarder l'étiquette ... Il m'a fallu faire avec un fromage maigre (ou "fromage gris du Tyrol") peu réjouissant, avant que d'en enterrer les restes immangeables dans un trou hier soir ...)
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10h00 longue pause séchage tant qu'il y a du soleil
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La perte d'altitude s'accélère ensuite pour descendre au village perché de Katharinaberg, tandis que je croise de plus en plus souvent des randonneurs à la montée. Je m'arrête d'ailleurs quelques minutes avec l'un de ces groupes, pour observer de concert 2 chamois en contrebas. Occasion pour moi d'enrichir mon vocabulaire avec leur nom germanique "Gemse".

10h31 descente vers le village perché de Katharinaberg (1230 m) depuis la Meraner Höhenweg
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Il y a au moins une compensation à changer d'étage de végétation : je peux enfin trouver quelques framboises mûres le long du chemin ... Depuis Trieste, je ne trouvais que des fraises des bois et encore assez peu de myrtilles ...

Je reprends un peu d'eau au village, puis plonge plus profondément dans la vallée. Je quitte en effet la Meraner Höhenweg qui va bientôt obliquer vers l'Est, et doit passer maintenant sur le flanc opposé par un chemin qui me fera bifurquer à l'Ouest au-dessus de l'Etsch. Au fond de la vallée je traverse la route et repère ma "correspondance" par ce nouveau sentier, dénommé "sentier archéologique" et qui attire ma curiosité ...

11h55 quelques compensations sucrées à la perte d'altitude
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Las ! Un panneau signale la fermeture du sentier pour cause d'éboulements et d'absence de maintenance ... Je ne m'essaye pas à braver l'interdit, les reliefs escarpés que j'ai aperçu au préalable m'en ôtent toute envie. Je peste, car je n'ai plus d'autre solution désormais que de suivre la route sur presque 6 km, coincé entre le trafic (heureusement léger) et les rails métalliques de la balustrade. C'est à allure forcée que j'avance afin d'écourter cet intermède imprévu et désagréable, craignant particulièrement la succession de tunnels que je vois sur ma carte (dont un de presque 1 km !). En fait, ce sera dans ces tunnels que je me sentirai le moins exposé, car là au moins il y aura des trottoirs (étroits !) pour m'isoler du trafic.

C'est avec les pieds échauffés que je touche le fond de la vallée de l'Etsch, avec un coup au moral à la vue d'un panneau routier indiquant le Reschenpass à 62 km. Je connais maintenant le programme ... Petit tronçon de véloroute d'abord, avant de pouvoir enfin bifurquer et retrouver de l'itinéraire randonnée à travers les vignes, et en balcon au-dessus de la vallée. Seulement 13h et déjà 25 km au compteur !

12h10-12h50 fin de descente forcée par la route...
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12h54 véloroute mais route quand même ...
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13h00 chemin des vignes, retour sur les sentiers
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Ayant vidé mes provisions tout-à-l'heure, je vise le village de Kastellbell pour y trouver un commerce alimentaire. Bien qu'ayant ici du réseau, les cartographies OSM disponibles sur Iphigénie ne mentionnent pas les épiceries / supérettes (les restaurants, bars, refuges, hôtels, administrations, arrêts de bus ... oui, mais pas les commerces !). Je dois croiser plusieurs agglomérations importantes, je ne suis pas inquiet ...

En attendant, je découvre le paysage très "monoculture" de la vallée, couverte de vergers et de pommiers. Pour ma part, après les vignes ce sont les châtaigneraies que je traverse, le plus souvent le long de canaux d'irrigation et donc avec très peu de dénivelé. La balade est très agréable (surtout après l'asphalte !) et prend un faux air de levada de Madère ou des Açores. J'en montre ici peu de choses, mais j'aurai beaucoup de ces "levadas" d'ici à demain.

13h15 vision monotone de la haute vallée de l'Etsch : pommes, pommes, pommes, pommes ... et des raisins ...
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13h27 Un air de levada
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Le temps s'est fait encore plus lourd, et je vais recevoir la première d'une longue série d'averses orageuses ... mais heureusement toutes assez légères, comme "évaporées" dans la chaleur. En revanche, il semble que les hauteurs soient bien bouchées, et j'entends gronder l'activité électrique lointaine qui s'y déroule. Il semble bien que j'ai eu raison de me détourner. Le mauvais côté de la chose, c'est le dilemme permanent veste de pluie / trop chaud - pas de veste de pluie / trop mouillé - mouillé mais trop chaud  / moins chaud mais encore plus mouillé etc.  roll

Je traverse d'abord brièvement les hauteurs du village de Tschars, puis remonte dans les châtaigneraies pour enfin descendre à Kastellbell vers 14h30. J'y trouve tout de suite la supérette ... fermée ! Je réalise que nous sommes samedi après-midi, et il revient à ma mémoire que dans le monde germanique (oui, je sais, l'Italie, le Sud Tyrol et tout ça ...) la culture n'est pas à une ouverture non-stop des commerces le week-end ... Mon sac est vide, et ce n'est pas demain dimanche que cela ira mieux.

Je me dis qu'à la bourgade plus importante de Latsch, à un peu plus de 3 km si je trace direct, j'aurai peut-être plus de chance avec un commerce qui ne fermerait "qu'à" 15 ou 16 heures ? Retour alors sur le véloroute pour une progression forcée vers Latsch ... A l'approche du petit centre-ville les panneaux d'une supérette me guident, mais là aussi je la trouve fermée en ce samedi après-midi ... Je me rabats sur une sorte de grosse boulangerie / glacier / salon de thé, et y achète un assortiment de n'importe quoi : du pain, des parts de pizza, des genres de pains au fromage, des viennoiseries, ainsi que quelques plaisirs frais (grand yaourt aux myrtilles), ces derniers consommés sur un banc non loin.

Pendant que je reconditionne le bricolage qui me sert de ravitaillement, je vois passer un individu à la chevelure et barbe abondantes et grisonnantes, vêtu d'une chemise à carreaux, dont sur l'instant je me dis qu'il me fait penser à Georges Lucas. Je ne peux m'empêcher cependant de lui trouver un air plus familier, cherchant futilement à mettre un nom sur ce visage : il faut bien s'occuper quand on est affalé sur un banc avec un pot de yaourt de 250 g à engloutir... C'est en repartant que j'apercevrai une affichette faisant la promotion d'une conférence débat avec Reinhold Messner, ornée de sa photo ... et c'est en me renseignant aujourd'hui sur le personnage que je découvre qu'il réside en été juste au-dessus d'ici, à Juval ... où se trouve le "Messner Mountain Museum Juval", l'un de ses "musées" plus ou moins franchisés dans la région. Hasards de l'existence ... (aucune idolâtrie de ma part, je ne connais pas grand-chose du bonhomme).

Chargé de mon semi-ravitaillement, je repars à 16h45 et, après avoir marché seulement 100 m, croise une seconde supérette ... ouverte ! Ni une ni deux, je vais doubler la mise avec cette fois des produits plus "ciblés" : Tucs, chocolats, fruits secs, capuccino en dosette ... Moi qui pensais rester léger grâce aux opportunités de ravitaillement de la vallée, je me retrouve chargé à bloc de peur des fermetures du week-end ...

Bien lesté, je vais osciller pendant encore de nombreux kilomètres entre villages, chemins agricoles, vignes et "levadas" ... Je scrute le potentiel pour bivouaquer, mais ici tous les terrains plats sont des vergers, des terrasses cultivées ou des jardins entourant des habitations. La discrétion se révèle impossible.

Au dessus de la petite ville de Schlanders, ayant repéré la présence d'un camping, je me résous à y faire escale. Motivé par la perspective d'une douche chaude et d'un peu de confort, je descends vers les abords de la ville et pénètre dans le camping, visiblement bien occupé. Après 15 mn d'attente à la réception, on me fera savoir qu'avec regret il ne reste plus le moindre espace disponible, pas même pour une tente monoplace ... "Es tut mir Leid", me dira-t-on ... Dépité, je reprends la direction des hauteurs, prêt à me rabattre sur n'importe quoi ... Il est déjà 18h45 ...

19h27 Schlanders
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Après une erreur d'itinéraire qui me contraint à revenir sur mes pas, je traverse la bourgade et reprends une centaine de mètres de D+. J'ai aperçu une chapelle qui domine la vallée depuis un promontoire, peut-être y aura-t-il là un espace pour moi ? Je vais en fait assez vite trouver dans un lacet du chemin l'un des oratoires du chemin de croix menant à ladite chapelle, sur un plat herbeux pourvu de bancs et sous le couvert des arbres. Il est près de 20h et j'ai marché 11h à bonne allure, je suis rincé et m'installe ...

Je suis refait pour la tranquillité de début de soirée, car si la végétation me cache mon environnement, les bruits vont me permettre de le reconstituer :
- voitures roulant sur le gravier me signalant une route carrossable à courte distance
- arrêts et démarrages de moteurs, ouverture et fermetures de portières signalant un parking
- bavardages de groupes se déplaçant a priori entre ce parking et la chapelle que je visais
- sifflotements de quelqu'un s'activant à des travaux (de jardin ?) à quelques dizaines de mètres

A tout instant je m'attends à ce que quelqu'un vienne me demander ce que je fais là, mais au fond je m'en fiche, tout ce que je veux c'est disparaitre et dormir sous mon pioulou, où je peux me lâcher sur mes excès de victuailles ...

De fait on me laissera tranquille ...

20h20 mon pieux bivouac
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En quelques chiffres :

Total J22 :
48 km
D+ 1113 m D- 2844 m
Marche 11h10
km-Effort 70.8

Total J01-22
767 km
D+ 47 000 m
Marche 232h
km-Effort 1344


Itinéraire & Progression
7QKoOqoMl.Trace-J22.s.jpeg7QKoPwyey.Progression-J22.s.jpeg

Impression générale :

Si la descente du matin a été au début agréable, les kilomètres contraints de route & véloroute, prolongés par la recherche d'un ravitaillement plus compliqué que prévu, ont ensuite constitué un long intermède particulièrement pénible. De là, la lourde chaleur humide de la vallée s'est avérée étouffante, m'empêchant de vraiment profiter d'itinéraires qui, à une autre saison, auraient été presque agréables. En fin de journée, la recherche du bivouac m'a contraint à marcher plus longtemps que je ne l'aurai voulu ... Au moins aurai-je échappé aux orages qui sévissaient en altitude ! Je suis pressé d'atteindre Reschen et retrouver la montagne ...



voir la vidéo
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Dernière modification par Hervé27 (23-11-2021 12:24:56)


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#62 20-10-2021 17:50:14

enrico
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Lieu : Rhône-Alpes
Inscription : 13-08-2013

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

smile Ah ! Ca me rappelle des trucs, cette vallée du Haut-Adige, le grenier à pommes de l'Italie, voire de l'Europe. J'étais arrivé par le Passo Stelvio, où j'avais quitté l'itinéraire rouge de la Via Alpina, parce que je ne voulais pas remonter vers le nord pour le détour par le Liechtenstein. Du coup, j'avais longé vers le sud les contreforts des montagnes du Parc Nationale del Stelvio dans un itinéraire improvisé, avant une traversée interminable de la vallée en oblique pour rejoindre Naturns, puis au-dessus le très fréquenté Meraner Höhenweg sur l'itinéraire jaune, jusqu'à Merano et la station de ski au-dessus, avant de redescendre sur Bolzano, pour entamer enfin la traversée des Dolomites, beaucoup plus intéressant.

EDIT : C'est vrai que c'est un vrai problème de trouver où bivouaquer dans ces coins où on a toujours l'impression d'être chez quelqu'un !

Dernière modification par enrico (20-10-2021 17:56:14)


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#63 20-10-2021 22:27:03

CLeC
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Bon, on est quand même content pour toi en voyant le (trop court) intermède ensoleillé sur cette grande traversée !  wink


4981875N - 0698785E - 1761m

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#64 21-10-2021 19:06:00

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
Inscription : 01-11-2017
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut enrico, CleC  smile

Pour ce qui est du mauvais temps, le pire est encore devant roll ...

Pas de récit ce soir, je me suis remis au montage des vidéos avec la mise en ligne du J10, de Pramosio au Wolayer (Alpes Carniques)

Pfiou ! Entre vidéos et rédaction, je ne suis pas près de boucler cette traversée ...


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#65 22-10-2021 00:09:32

bruno7864
partir, partir et découvrir
Lieu : toujours dans la Lune
Inscription : 11-10-2012

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Hervé27 a écrit :

#630566Salut Bruno smile : j'ai en effet bien mal placé ma fierté ce soir là roll ! Comme je venais juste de passer 3 heures bloqué dans l'auberge précédente, je voulais stupidement avancer à tout prix ...

c'est formidable de pouvoir trouver des marques d'humilité dans un récit. Au fur et à mesure que dans ton récit les jours passent ont en trouve de plus en plus. La randonnée nous apprend beaucoup sur nous même et permet sur le long terme de relativiser entre ce qui est indispensable à faire ou non. C'est comme cela que chemin faisant on fini par éviter certains pièges dans lesquels il est si facile de tomber. Tu n'es pas le seul à n'avoir pas pu concrétiser tous ce que tu souhaitais faire sur une rando. Mais combien de belles choses n'as tu pas pu vivre, malgré ces renoncements?

Je lisais au J15 "sentiment de défaite" pour des changements au programme que tu avais du faire. Tu n'as rien à te reprocher ou à regretter, car personne ne peut être certain en planifiant un parcours encore plus dans dess lieux qu'il ne connait pas que tout va fonctionner comme sur des roulettes. Et franchement si c'était le cas, la rando perdrait de sa saveur. Je pense plutôt qu'à J15 et J16 tu as prit 2 sages décisions. Celle à J15 de prendre une chambre d'hôtel pour te reposer de cette journée chaotique et à J16 de redescendre et ne pas prendre le risque de franchir le torrent. Un échec aurait été d'être contraint d'arrêter cette belle rando. Si tu avais quelque chose à regretter, c'est à J14 après le klammljoch de n'être pas allé par la via Alpina sur Sand in Taufers puis rejoindre la Chemizter Hütte toujours par la via Alpina ou plus bas suivant les conditions météo. Ce contournement de la vallée de l'Ahr très long initialement prévu n'apportant pas grand chose dans la progression de ta traversée Alpine, tu n'as pas de regret à avoir. C'est fait, et surtout malgré toutes ces galères, dont tu t'es bien sorti, tu as pu continuer. C'est le principal.

Au plaisir de lire la suite

edit : orthographe

Dernière modification par bruno7864 (22-10-2021 00:39:35)

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#66 22-10-2021 15:04:19

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut Bruno et merci smile !

Face à l'itinéraire, je me sens toujours sur le fil :
- attaquer la difficulté au risque que ça ne passe pas ?
- la contourner au risque d'en concevoir des regrets ?

Il faut perpétuellement arbitrer, mais comme il vaut mieux des regrets que des remords, dans le doute je choisis très souvent l'option prudente. Cette année j'ai plusieurs fois tenté de me forcer face à la difficulté, pour presque à chaque fois constater de visu que, non, ça ne passait vraiment pas ...

J'avais délibérément voulu un itinéraire très ambitieux, conscient par avance que ce serait générateur de beaucoup de renoncements. Dans le récit, je m'efforce d'exprimer mon sentiment ressenti sur le vif, mais au fond de moi je n'ai pas de réel regret : tout itinéraire a ses hauts et ses bas, ça fait partie de l'aventure.


Allez, je vous livre la 23ème étape, même si ce n'était sans doute pas la plus passionnante ...


J23 dimanche 25 juillet, de Kortsch à Reschen : la remontada !

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Chaude nuit, je n'ai pas vraiment bien dormi malgré l'épuisement de la veille.

Objectif du jour : atteindre Reschen dès ce soir pour "boucler" cette section "Ötztal" (n°4) et pouvoir attaquer du bon pied la partie n°5,"Bernina"

Je démarre à 6h05, sous un ciel déjà lourd. Je m'extirpe de mon îlot de verdure, longe brièvement la petite route et reprend par les hauteurs la vue sur les villages voisins de Schlanders et Kortsch. Il y avait toute proche une aire de jeux et un point d'eau dont j'aurai pu profiter, mais trop près du passage de la route à mon goût.

6h11 photo concours de l'oratoire le plus moche
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6h22 vue arrière sur Schlanders (au fond) et Kortsch (à droite)
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7h01
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Me revoilà vite sur un chemin à flanc dénommé "Schweinweg" (chemin des cochons), sur un ruban de gazon brouté à raz et en dévers, avec à ma gauche les vergers et à ma droite la montagne aride. Je retrouve ensuite du chemin de campagne avant et après la traversée du village d'Allitz. Sachant que le chemin va bientôt redescendre en direction de la route nationale puis en rester très proche sur de longs kilomètres, je prends une pause anticipée sur une jolie zone de pique-nique, à la vue bien dégagée sur la vallée. La chauffe de mon capuccino sera comme de juste perturbée par le vent, et la pause elle-même écourtée par une première ondée ...

7h47 déjà la pause ... et bientôt la pluie
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J'arrive sur la nationale à hauteur d'une station service et d'un restau-routier désaffecté, puis reprends une piste qui s'avèrera plutôt agréable, dès lors que je saurai faire abstraction de la rumeur incessante de la route.

8h49 pas désagréable
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Rien de transcendant, mais au moins je marche sur du chemin et évite l'asphalte. De temps à autre le sentier vient toucher la route, comme par exemple lorsque je passe devant une chapelle et un ancien petit cimetière militaire autrichien. Il y a là un point d'eau et j'en profite.

Au village de Spondinig, mon sentier à flanc reprend brutalement 150 m de dénivelé par une série de lacets serrés dans la forêt. Je suis content de pouvoir me dérouiller les jambes ... J'y croise une jeune randonneuse que je pense être au long cours, au vu de son teint halé et d'un sac bien au carré (pas MUL mais visiblement bien travaillé / optimisé), mais on ne se croise que le temps d'un Grüß Gott / Christi ... Lorsque je reviens "à plat" et me dégage des arbres, je profite d'un banc à 10h30 pour déjà une 2ème pause. J'ai sur-provisionné hier, j'en profite pour grignoter à la moindre occasion. Les promeneurs du dimanche font peu à peu leur apparition, qu'ils soient marcheurs, joggeurs ou cyclistes.

Retrouvailles brèves (2 km quand même) avec l'asphalte lorsqu'il s'agit de descendre sur le village de Schluderns, que je traverse pour ensuite prendre un nouveau raidillon et emprunter l'itinéraire dit du Sonnensteig (le sentier du soleil), qui déroule très agréablement à flanc de côteaux. Les promeneurs se font plus nombreux, et il faut fréquemment se croiser / doubler sur le sentier pas toujours large, mais ça se fait quand même. Une ondée plus soutenue que les précédentes me contraint à renfiler la veste de pluie et à remettre le téléphone sous étui ...

11h31 arrivée à Schluderns
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11h54 vous je ne sais pas, mais moi à la longue ça me stresse ...
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12h-13h ça déroule avec plaisir ... et quelques ondées
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Les derniers kilomètres de cet itinéraire, en gros au-dessus du village de Mals, sont très aménagés, avec force passerelles & rambardes, que ce soit pour franchir des petites ravines, ou tout simplement ne pas marcher dans la boue. Je me suis élevé peu à peu, et suis maintenant revenu à 1300 m d'altitude quand il faut passer sur l'autre versant de la vallée de l'Etsch, là où la route effectue de larges lacets dans la pente de prés et vergers pour son approche finale des grands lacs de l'Haidersee et du Reschensee, juste avant le Reschenpass.

La pluie et un vent désagréable sont revenus, et j'aurai maintenant presque froid dans cette portion très dégagée que je traverse par de la piste et de la petite route. A 14h au village de Burgeis, je m'arrête dans un bar-restaurant et prend une table en salle, le temps de laisser passer la pluie qui se renforce encore. Comme d'hab, Apfelstrudel + capuccino, le tout x 2 ...

Je refais mon point météo, ça reste déprimant (cf fin de post roll )...

13h55 arrivée à Burgeis
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14h52 départ de Burgeis
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Passé Burgeis je semble enfin retrouver la montagne à vaches, à travers prés, sapins et petits lacs. J'ai même droit à un peu de soleil (le premier de la journée !). Rencontre et discussion sympathique avec une vieille dame croisée dans ces alpages, où elle ramassait quelques herbes particulières pour se faire des décoctions. Nous échangerons dans un mélange d'allemand et d'italien : elle s'étonne qu'on puisse marcher aussi loin avec aussi peu, et surtout dormir dehors avec les bêtes sauvages ...

Je croise 2 petits lacs, le 1er très aménagé, l'autre plus sauvage, chacun offrant un cadre agréable de pique-nique, plus difficilement de bivouac si l'on veut rester discret.

15h10 Bergsee
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16h11
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16h20 Fauler See
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Passé ce petit lac, rapide descente vers le beaucoup plus grand Haidersee. La région étant très touristique, je redécouvre les joies d'une descente en forêt sur un sentier laminé par les VTT, qui plus est à la fin d'une journée pluvieuse. En quelque sorte le mariage de la confiture et du roulement à bille, bref, casse-gueule ... Je longe le lac par un véloroute que je suivrai jusqu'à Reschen : il aurait dû y avoir un sentier juste en-dessous, mais les pelleteuses s'y activent (en semaine, pas aujourd'hui dimanche), me condamnant à l'asphalte pour ce soir. Beaucoup de promeneurs ce soir, qui à cette heure rejoignent leur villégiatures ... Des cyclistes aussi, sur ce grand itinéraire à travers les Alpes.

Je tire maintenant tout schuss le long de l'Haidersee jusqu'au village de Sankt Valentin, vite traversé. J'hésite un instant devant un gîte au bord du véloroute, où je vois encore affiché "Zimmer frei" à côté d'un amoncellement de vélos, mais reste résolu à bivouaquer. Mon idée est de me trouver un espace quelque part au-dessus du Reschensee et juste avant le village de Reschen ... mais je sous-estime les distances : l'Haidersee fait 2 km de long, le Reschensee en fait 7, et 1.5 km entre les 2 lacs ... Je me repère aux bornes kilométriques du véloroute, décroissantes en direction du col ...

16h30-18h00 au long des lacs
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J'attends de pouvoir remplir ma Platypus à l'eau d'une cascade (que je filtrerai) pour pouvoir vraiment me mettre en mode bivouac. Il y a ici et là des bâtiments inoccupés près desquels je prospecte, mais en vain. Je vais attendre d'être presque au bout du Reschensee pour emprunter un sentier qui s'élève, fondant mes espoirs sur des lignes de niveaux plus espacées aperçues sur ma carte. Je finirai par trouver à 18h30 un emplacement tout-à-fait convenable, pour y passer une soirée (presque) ensoleillée entouré de fraises des bois ...

19h22 bivouac sylvestre
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Demain la Suisse !

Je sais cependant déjà qu'il me faudra encore faire des compromis ...
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En quelques chiffres :

Total J23
42 km
D+1547 D-534 (beaucoup de yo-yo en chemin, chiffres peut-être sous-estimés)
Marche 10h20
km-Effort 56.1

Cumul J01-23
809 km
D+ 48 000 m
Marche 242 h
km-Effort 1 400


Itinéraire & Progression
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Impression Générale :
Suite du grand contournement amorcé la veille, mais en moins pénible. Quelques jolis itinéraires et un peu de fréquentation en ce dimanche, tandis que je reprends très lentement de l'altitude. Météo maussade, quelques ondées mais rien d'insurmontable : comme hier l'orage est sur les hauteurs et les précipitations sont très atténuées dans la chaleur de la vallée. J'ai poussé pour atteindre Reschen dès ce soir et reprendre par la montagne dès demain, mais la météo n'est toujours pas de mon côté ...

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#67 23-10-2021 17:30:26

bruno7864
partir, partir et découvrir
Lieu : toujours dans la Lune
Inscription : 11-10-2012

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut Hervé,

Chouette vallée de l'Adige big_smile où l'on finit tous par atterrir moi en 2019, pour un grand contournement du Tyrol Autrichien par le sud. Pour ma part 2 journées peu passionnantes en vallée. De ton côté tu t'en es finalement pas si mal sorti en l'agrémentant de chemins et sentiers en balcon. Je ne peux pas en dire autant wink .

Si c'était à refaire (ce que j'envisage), je passerai comme en 2015 côté Autrichien avant Sölden vers le col Timmelsjoch au pied duquel tu es passé.
Côté Tyrol Autrichien les vallées à franchir convergent vers la vallée de l'Inn, qui elle même remonte vers la Suisse. Depuis l'Östall pour atteindre la Suisse le plus directement, il y a en gros 2 vallées à passer, avec seulement 3 cols autour de 3000m, dont uniquement 2 (l'Ölgrunbenjoch et le Kaiserjoch) un peu délicats à franchir en cas de mauvais temps ou d'enneigement abondant. Au pire si l'un ou l'autre ne passent pas, tu peux descendre vers la vallée de l'Inn et trouver en route des passages moins haut.

Dernière modification par bruno7864 (23-10-2021 17:47:33)

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#68 23-10-2021 20:18:53

Noiky
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Chouette compte-rendu, Hervé! smile

Je confirme que l'itinéraire de Bruno est une chouette alternative: l'étape après être passés par Solden est une de nos préférées. Il y a quand même quelques bonnes montées / descentes à se farcir quand même big_smile

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#69 24-10-2021 23:00:39

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut Bruno & Noiky  smile

Même si du fond de la vallée je n'ai pas pu apprécier ce qui se passait réellement sur les hauteurs, c'était clairement bouché. Par l'Etsch (Sud-Tyrol) ou par l'Inn (Autriche), il m'aurait fallu attendre ou contourner ... Je rattraperai ça la prochaine fois  wink  !

Journée bien occupée aujourd'hui avec une jolie montée au Ballon d'Alsace, histoire de (re)voir les Alpes par une météo éblouissante. On a pu reconnaitre le massif alpin depuis l'Allgau (confins de l'Allemagne et du Vorarlberg autrichien), par-dessus toute la Suisse et jusqu'au Mont-Blanc. Des vues directes à 200 km+ de distance ! Incitation supplémentaire à investir bientôt dans un bon APN (léger) ...

Malgré ce beau programme j'ai réussi à boucler/publier la vidéo J11 visible ici (très en retard sur le récit écrit), ET à vous offrir l'épisode J24. Merci qui cool ?


J24 lundi 26 juillet, de Reschen à S Charl : caramba, encore raté !

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Il pleut sad ... Je remballe mouillé sans excès de précipitation, car il est inutile de me pointer à Reschen trop en avance sur l'ouverture des commerces. J'envisage en effet à partir d'ici une section en autonomie de 4 à 5 jours jusqu'à Maloja (sauf détour). Il est donc nécessaire de recompléter.

En route à 6h20, je redescends de mon bivouac perché en forêt et ~200 m plus haut que le Reschensee, puis traverse un vaste parking à camping-cars sous une pluie soutenue, et longe enfin le lac jusqu'à atteindre le village de Reschen, traversé par la route Nationale. Peu de circulation à cette heure matinale, et j'arrive à 6h55 devant une 1ère supérette qui doit ouvrir à 7h : il y a là un banc qui me permet de rester abrité, j'en aurai besoin après mes achats en vue de l'indispensable reconditionnement.

Une bonne surprise lors de ces courses : je trouve ici des flacons souples d'alcool à brûler (rose) de 1/2 litre. Ce volume réduit est bien plus pratique que tous les contenants d'1 litre trouvés jusqu'à présent, et me permettra 1) de consommer sans modération 2) de conserver ce flacon jusqu'à épuisement du contenu.

Le point météo que je fais est un peu déroutant, puisque la pluie n'y est annoncée que pour 12h alors qu'il pleut déjà, et les orages de ce soir semblent devoir être plutôt marqués.

Je suis sous la pluie quand la météo me dit qu'il ne pleut pas, mais qu'il va pleuvoir ...
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Evidemment c'est un nouveau choix cornélien pour l'itinéraire : j'avais prévu d'ici de rester au plus près de la crête frontière, souvent à des altitudes de 2800 à 2900 m. Avec une météo déjà dégradée et aussi incertaine pour la suite de la journée, ce serait un risque inconsidéré. L'alternative est de progresser à plus basse altitude par le versant suisse et la vallée de l'Inn, avant de remonter par l'une ou l'autre vallée, selon les conditions. Avant de faire un choix définitif je peux cependant progresser un peu en prenant de l'altitude : on ne sait jamais, le temps pourrait s'éclaircir ...

8h13 départ de Reschen sous la pluie : encore un chemin de croix !
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Je m'élève tranquillement par une petite route, puis une piste, puis un sentier, jusqu'à atteindre enfin le Reschner Alm à 2010 m d'altitude. Derrière moi en contrebas le lac se laisse deviner à travers des bancs de brume. Au-dessus le Piz Lat (2 808 m) semble vouloir apparaître. Disposerai-je d'un créneau ? Il est passé 9h, je continue de recevoir des ondées légères malgré un soleil entr'aperçu, et l'orage est annoncé pour midi ... Je fais le choix de la vallée suisse ... Encore un renoncement, certes logique, mais déprimant ...

9h09 Reschner Alm : l'heure du choix ...
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Au lieu d'obliquer vers les hauteurs, je vais donc redescendre par le Nord par une large piste, bordée de quelques ouvrages militaires italiens. Je vise un ultime bref passage par l'Autriche, pour ensuite obliquer à l'Ouest par les hauteurs de la vallée de l'Inn. Après 10 mn dans cette direction la pluie semble cesser et le soleil se fait généreux : avec la météo pessimiste pour le reste de la journée, je crains de ne pas disposer de beaucoup de créneaux de séchage et, lorsque je passe au-dessus d'un large pré bien exposé, je tente une grande opération d'aération.

La météo joue avec mes nerfs car l'ondée va reprendre, sans pour autant masquer le soleil. Je ré-empaquette mes affaires toujours mouillées et reprends le chemin après seulement 20 mn d'arrêt. Le ciel se dégage à nouveau, de plus en plus franchement au fur et à mesure que je m'avance dans cette direction opposée à ce qui était initialement prévu ...

9h21 il fait beau .... mais il va pleuvoir
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9h47 il a plu, mais il fait beau ...
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Je franchis mon ultime borne frontière austro-italienne, pour un très court et dernier passage en Autriche de 3 km sur les hauteurs de Nauders. Le sentier descend ici à travers les estives, pour un joli circuit reliant plusieurs lacs entourés de forêt. Je m'arrête au 1er d'entre eux, le Grünsee, pour cette fois-ci une belle pause au soleil, certes un peu ventée. Il y a ici des bancs et j'en réquisitionne un pour mon usage personnel. Ma toile de tente prendra place sur le panneau indicateur, mon duvet sur le dossier du banc etc . Le vent aidera au séchage, même s'il me compliquera la tâche avec les textiles et ustensiles divers (et légers ...) qui chercheront à s'évader au loin ...

9h58 dernière incursion d'Italie en Autriche
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10h02 il n'était pas supposé faire beau ...
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10h19 Grünsee au soleil (et au vent !)
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Je profite de ces instants de repos pour affiner mon nouvel itinéraire par la haute vallée de l'Inn ... et réalise que si j'avais présumé de pouvoir la longer par les hauteurs, il n'y a là aucun chemin me permettant cette trajectoire idéale. Pas d'autre choix maintenant que de descendre jusqu'au fond de la vallée, soit 800 m de D- depuis mon lieu de pause ! La boulette ... Sur les hauteurs, le soleil brille ...

Les rencontres de randonneurs sont maintenant fréquentes, et dans ces confins de 3 pays et d'une multitude de langues et dialectes, l'incertitude est totale quant à la bonne manière de dire bonjour ...

11h27 protection des tourbières
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Je guette avec impatience mon 1er passage en Suisse, surveillant par GPS mon approche de la frontière ... Si j'en fais la photo, elle ne montre strictement rien de particulier : aucun marque, aucun panneau, rien ... Je me venge sur les fraises des bois bien abondantes sur les bords du chemin.

11h28 faisons le point ...
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11h36 ici même commence la Suisse ... Cela ne saute pas aux yeux ...
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11h43 Compensation : celles-là, je n'en aurai pas eu en altitude tongue
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Le sentier souvent boueux va rester bien à flanc sur 3 km, avant de décrocher et commencer la longue descente. Une mauvaise lecture du fléchage va me faire revenir en arrière par un itinéraire parallèle, sur une étroite sente en surplomb au-dessus d'une piste, me rallongeant cette section, mais je ne suis plus à ça près.

12h25 En face, le village de Tschlin
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Au milieu des prés à la coupe de cheveux impeccablement peignée, où les outils sont méthodiquement disposés dans le salon de coiffure, je continue de perdre de l'altitude pour enfin atterrir à 13h au bord de l'Inn au hameau de San Nikla.

12h45 je devais être là-haut, je dois aller là en bas ...
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D'ici commence une piste par laquelle il me faut maintenant remonter la rivière sur de nombreux kilomètres. Si j'y croise quelques randonneurs, ce seront les cyclistes les plus nombreux. Sachant la monotonie qui m'attend avant de pouvoir rejoindre les hauteurs (si la météo me le permet, ce qui est loin d'être certain !), j'avise une terrasse rocheuse bien plate et molletonnée d'aiguilles de sapins comme villégiature pour ma pause, juste au-dessus d'une plage sableuse sur les bords de l'Inn où j'irai me rafraichir les pieds et me frictionner / rincer l'épiderme.

13h07 les bus aussi sont fléchés
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13h13 la plage au soleil : la pause !
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Quand je repars le temps s'est assombri, mais il ne semble pas encore pleuvoir sur les hauteurs. Où serai-je rendu si je n'avais pas décroché par ici ?

14h17 là-haut, ça tient encore ...
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14h21 Bienvenue à la langue des Grisons !
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J'enquille désormais les kilomètres, presque sur le plat, les hauteurs continuant de se couvrir. Je vois de loin que des ondées y circulent maintenant, mais pas d'orage audible. Je croise de plus en plus de monde sur cette piste / itinéraire touristique : vélos, promeneurs variés, familles avec poussettes ... Quelques œuvres bricolées décorent les abords du chemin, faites tantôt de bois et pierre, tantôt d'objets de loisir recyclés. Ces décorations se multiplient jusqu'à saturer l'environnement, en même temps que le chemin continue de se faire plus fréquenté.

Je finis par en comprendre la raison lorsque je traverse le vaste camping en milieu semi-naturel de Sur En, puis le hameau voisin qui lui a donné son nom. Je croise là bien du monde en villégiature, en même temps que la pluie des hauteurs finit par m'atteindre ... Je procède à la reconfiguration de ma tenue en mode veste de pluie, car je m'attends à ce que l'orage m'arrose ... Ledit orage devant s'aggraver d'ici ce soir (si j'en crois la météo prise), j'envisage un instant d'aller quémander l'abri dans l'un ou l'autre des gîtes que je croise ici, mais prends l'option de poursuivre tant que la pluie reste modérée et gérable.

14h56 là-haut, ça ne tient plus ...
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15h26 arts créatifs
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Avec l'arrivée de la pluie précisément à Sur En, où je disposais de ma première option pour regagner l'altitude par le val d'Uina, me voilà contraint de poursuivre ma remontée de l'Inn, au moins jusqu'à Scuol, encore à plus de 5 km, par la piste qui va bientôt devenir asphaltée. Le moral est alors au plus bas, et si j'envisage brièvement de chercher abri à Scuol, j'en suis dissuadé par les tarifs d'hébergement que je consulte brièvement sur un site de réservation en ligne bien connu ...

J'approche de Scuol après un total de 12 kilomètres sur les bords de l'Inn : le temps reste couvert et la pluie s'est faite plus légère. Je repère qu'à partir du hameau de Pradella, je peux couper par les hauteurs et éviter ainsi plusieurs lacets de la route dont je sais qu'elle sera ensuite mon seul itinéraire possible pour remonter la vallée de S Charl (pas de faute de frappe, l'écriture des toponymes romanches est parfois étrange ...). Je peux alors enfin quitter la route et retrouver du sentier (parfois entravé d'arbres), et m'élever de ~300 m sur la vallée.

Le moral remonte avec l'altitude, d'autant que le soleil revient et les cimes réapparaissent.

Je me fais surprendre par une cavalcade équestre arrivant en face dans un virage du chemin, mais tout se passe dans la bonne humeur, chacun ajustant son rythme et sa position pour que la circulation reste fluide ! De fait, j'approche puis traverse le vaste centre équestre de San Jon (bâti / décoré dans un style western), accueillant tout à la fois des groupes pratiquant l'équitation, que de simples visiteurs venus fréquenter le saloon ... Si je prends ici de l'eau à une fontaine, je résiste à la tentation.

17h14 je reprends de l'altitude, mais pas assez à mon goût
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L'amélioration de la météo s'est maintenue, ce qui veut dire que toute la journée il aura plus quand il devait faire beau, et plu quand il devait pleuvoir. La suite n'étant plus que la longue route de S Charl (9 km encore jusqu'au village du même nom), j'active le pilote automatique pour y marcher aussi longtemps que mes pieds me le permettront, et prendre bivouac quand les circonstances s'y prêteront ... Je prends ainsi le risque d'y être pris par les orages qu'on m'annonçait pour ce soir, mais que je ne vois pas venir.

Pas grand chose à dire de cette dernière partie que je remonte à rythme soutenu, sauf qu'elle s'engage dans une gorge profondément ravinée par des épisodes orageux récents (quelques mois ? années ?), et que les possibilités de bivouac y sont inexistantes avant que d'approcher le village de S Charl. La route arrachée a été retracée, mais n'est plus bitumée. En cette fin de journée le trafic est rare, les promeneurs du jour finissant de regagner la vallée. J'y suis définitivement à l'ombre, largement dominé par les sommets environnants à 3000 m et +.

17h52 la longue route commence ...
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18h24 ... avec une courte interruption en balcon au-dessus des gorges
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18h33 ... et une certaine monotonie dans le chaos du ravinement
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Après presque 1h30 de ce régime, un pont offre enfin la possibilité de traverser le torrent et de le remonter par un sentier de découverte, appelé le chemin de l'ours (je traduis). J'y découvre des aménagements variés expliquant le biotope aux publics de tous âges, comme par exemple des sculptures d'insectes à échelle humaine (c'est-à-dire énormes).

Un "atelier" rigolo : un portique d'où pend une série de sacs à dos (modèle de l'armée suisse ?), chacun lesté d'un poids représentant la charge de nourriture qu'il faudrait porter selon l'autonomie souhaitée, calculée comme s'il s'agissait exclusivement de maïs. Heureux pays où l'on prend le temps d'investir dans des outils d'éducation pondérale à la randonnée wink  !

19h17 chemin de l'ours, fin de la route !
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19h21 éducation au poids du sac wink . Aujourd'hui "travaux pratiques" : le poids de l'autonomie alimentaire
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Entre le torrent et les pentes abruptes s'étagent des prés à l'herbe rase, que j'explore maintenant à la recherche d'un espace plan suffisamment à l'écart des regards et du sentier. Celai fait un long moment que je ne croise plus personne et il est peu probable que je sois désormais dérangé, mais je préfère la discrétion. A 19h30 je trouve l'emplacement idéal, à quelques dizaines de mètres du torrent pour me ravitailler en eau. La pluie revient à peine la tente installée : une fois de plus je suis rincé !

19h57 rideau (de pluie !)
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En quelques chiffres :

Total J24 :
44km
D+ 1544 D- 1447
Marche 10h15
km-Effort 62.7

Cumul J01-24 :
853 km
D+ 50 000 m
Marche 253 h
km-Effort 1463


Itinéraire : ce qui était prévu (rouge), ce que j'ai fait (vert), ce que j'aurai (peut-être) pu ou dû faire (bleu)
& Progression

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Impression générale :
Grosse frustration de m'être laissé emporter par le pessimisme pluvieux au réveil et au départ de Reschen. Si l'itinéraire de crêtes initialement prévu n'était sans doute plus possible, je n'ai pas su voir qu'un autre itinéraire plus évident, raisonnable et direct était disponible, avec des refuges jamais loin si les conditions devenaient trop dégradées. Je n'ai pas su voir non plus que mon détour par la Suisse ne permettait pas d'éviter le fond de vallée, et la très longue remontée par la route vers S Charl par des gorges défoncées par le ravinement ne fut pas une partie de plaisir.

Quelques bons moments cependant tout au long de cette journée, et la satisfaction malgré tout d'un itinéraire prévisionnel retrouvé en soirée, avec cette fois la ferme intention de m'y tenir (que je crois roll !)


voir la vidéo !
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Dernière modification par Hervé27 (25-11-2021 16:58:35)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

Liste 3 kg - 3 saisons en tableau
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#70 25-10-2021 07:58:33

Magne2
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Bonjour,sacré détour,il y a fort fort longtemps j'avais fait un parcours Scuol,cabane Lischana,S Charl, un arrêt de deux nuits pour aller faire un AR vers le val Mustair, au couleurs de l'automne fin octobre,l'Engadine basse ou haute est une très belle région
J'espère que tu à passe le pire


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#71 25-10-2021 08:08:32

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Magne2 a écrit :

#631137J'espère que tu à passe le pire

non sad


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#72 25-10-2021 11:21:55

denq
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Chapeau pour cet exploit sportif! Et pour les listes hyper-detaillées, très intéressant !


Vaut mieux être un peu titane qu'un grand mulet...

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#73 25-10-2021 22:56:48

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Salut Denq, merci de la visite  wink

J'aurai un peu de toilettage / commentaires à faire sur la liste présentée. Rien de fondamental, juste quelques corrections à la marge pour rendre compte des changements de dernière minute, ainsi que des modifications intervenues au fur et à mesure de la traversée.


Allez, un épisode de plus :

J25, mardi 27 juillet, de S Charl au Lago Nero : douché mais pas coulé !

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Il a plu toute la nuit, parfois assez abondamment. Mon spot était bien drainé et plutôt abrité du vent, je suis resté au sec. En dehors d'un unique coup de tonnerre hier en soirée,  l'activité électrique a été inexistante.

Je démarre à 6h15 et, ô miracle, j'obtiens quelques instants un pouyème de réseau dans cette vallée encaissée, et peux ainsi actualiser ma météo ... mais, finalement, peut-être aurai-je préféré ne rien savoir ...

je m'habitue ...
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Le ciel est partagé par une ligne de démarcation dont j'espère qu'elle va fluctuer en ma faveur : au Nord règne un grand bleu, au Sud un gris épais. Je vais au Sud ...

Le village de S Charl n'est qu'à 1/4 d'heure de mon bivouac, et c'est là que je rattrape une nouvelle fois mon itinéraire prévisionnel abandonné hier matin. A part un détour inutile par les crêtes que je court-circuite car sans objet pour ce matin gris, j'ai la ferme intention cette fois-ci d'avancer sur la trace prévue, quitte à braver les éléments (tant que ce n'est pas de l'orage).

Je traverse rapidement le hameau qui s'éveille, ou en tout cas le personnel des pensions / gîtes qui se prépare au réveil de leurs hôtes.

6h30 il est des lieux où il fait beau et où je ne vais pas ...
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6h33 S Charl
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Le chemin est une jolie piste qui serpente paresseusement en vallée, reliant entre elles les bergeries, ou plutôt les "Alp". Ayant démarré avec mes 3 couches, nul besoin de reconfiguration quand l'espoir de ciel bleu s'évanouit et que la pluie revient ... Je dépasse l'Alp Praditschöl et poursuis jusqu'à atteindre l'Alp Astras où l'on bifurque pour monter au col de la Fontana de S Charl à  2393 m. Enfin, où j'aurai dû bifurquer, car je me trompe d'itinéraire et dois revenir sur mes pas (boueux), et couper à travers le vallon pour rattraper mon sentier ... Je croise un couple de randonneurs en poncho qui ont l'air de s'accommoder des intempéries, et je décide de les imiter.

7h05-10 : Plan d'Immez
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Les 250 m D+ d'ascension dans l'estive et les rhododendrons n'est pas violente, et lorsque j'atteins la Fuorcla Funtana da S Charl je suis tout surpris d'y trouver un chalet au départ d'un remonte-pente d'apparence délabrée. La pluie est régulière, et je suis content de pouvoir prendre abri sous l'auvent et à l'abri du vent pour ma pause petit-déj.

Je vois passer de longues files de VTTistes, qui ont dû croire que c'était l'été et ont sorti les vélos.

9h00-9h40 pause petit-déj en terrasse
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En repartant je suis hélé par un cycliste qui, après réglage sur la bonne fréquence linguistique, m'explique qu'il a perdu son groupe. Parti en avant, il ne les a pas vu le rejoindre et tourne maintenant pour les retrouver. Après consultation de ma carte, nous déduisons qu'ils ont dû quitter la piste après être passés devant le chalet où je déjeunais, et emprunter le sentier que j'ai l'intention de suivre. Mon cycliste italien s'y engage, et je le verrai souvent démonter pour franchir les portions les plus chaotiques du chemin ...

9h51 je descends à droite, vers le col routier du Pass dal Fuorn (2150 m), visible au bout de la vallée
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Le chemin rejoint la piste, puis un très agréable sentier à flanc permet de s'en affranchir pour rejoindre le col. La pluie se fait plus régulière, voire soutenue. Pour une fois, je cède à la tentation de l'hôtel-bar-salon de thé-restaurant installé au bord de la route et atteint à 10h30, dans la foulée d'un couple de jeunes randonneurs tout aussi trempés que moi. Je vais prendre place en salle, parmi une clientèle de motards, automobilistes et cyclistes qui va s'étoffer pendant l'heure que je passe là.

Accueil très sympa, je vais profiter de capuccinos - croissants, Apfelstrudel et autre dessert dont je n'ai pas noté le nom ... On me recharge mon téléphone au comptoir (avec un panneau solaire en mal de photons, la batterie fait grise mine ...) pendant que je sèche et me réchauffe, et que la pluie au-dehors se fait carrément violente. J'ai vraiment bien fait de m'arrêter.

11h30 l'accalmie : je repars !
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Pendant environ 1h30, avec une pluie qui s'allège puis se dissipe, je vais évoluer essentiellement de niveau à une altitude de ~2 300 m dans une montagne très douce, avec de belles vues sous le plafond nuageux, aux contrastes renforcés par les pluies. J'adore, d'autant qu'il ne fait pas froid et que ma tenue de pluie, somme toute, fait son boulot.

Je passe non loin de petits chalets de bergers, selon toute apparence occupés, me demandant si je ne pourrai pas tenter d'aller m'y mettre au sec ... mais je poursuis mon chemin dont je me dis qu'il aurait pu être beaucoup plus inconfortable.

11h45-13h00 rêveries ...
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Après la traversée d'un vaste col / plateau, je débouche finalement au-dessus du Val Mora, 350 m de D- plus bas. De même qu'un binôme de cyclistes qui en remonte et fait là une pause, je profite de ce que la pluie a cessé pour m'asseoir dans l'herbe (sur mon matelas-mousse plié en sitpad) et filmer un timelapse de la nébulosité qui ondule dans cette haute vallée.

13h arrivée au-dessus du Val Mora
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A la descente mes 2 cyclistes maintenant sur le retour me dépassent à nouveau, mais je les trouverai encore une fois un peu plus bas lors d'un nouvel arrêt de leur part. Un dernier salut et je poursuis ... pour me rendre compte après 5 mn que je suis dans la mauvaise direction : tout occupé à dire bonjour (ici en italien), j'ai négligé le panneau où leurs vélos étaient appuyés ... Pas bien grave et vite corrigé !

En bas le sentier rejoint une piste sur le fond d'abord plat de la vallée, mais cette dernière se fait bientôt plus étroite et, surtout, beaucoup plus ravinée. Lorsque je passe une passerelle pour passer de l'autre côté du torrent, je partage le sentier avec des groupes successifs de VTTistes, sur d'énormes masses de graviers charriées ici par les crues d'orages.

13h42 fin de la piste
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13h59 vue arrière sur une vallée ravinée
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Pourtant toujours très proche de 2000 m, je suis surpris de trouver ici une végétation de pins, d'aspect finalement très méditerranéen. Si le couvert des arbres est assez touffu, ceux-ci semblent tous de la même génération et ne sont jamais très grands, comme si ils avaient tous poussé en même temps sur les cônes d'éboulis qu'ils occupent. Ces arbres bas me laissent des vues spectaculaires sur les falaises rocheuses des cimes alentours, aux alentours de 2 700 - 2 800 m.

14h14 forêt de jeunes pins et Monte Cassa del Ferro (3100m) la tête dans les nuages
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En mode marche rapide sur ce sentier facile, je suis tout surpris de repasser de Suisse en Italie (je n'avais pas fait très attention à ma carte quant à la position de la frontière). Ces derniers temps, je finis par ne plus très bien savoir dans quel pays je circule, la langue parlée ne m'étant d'aucun secours : quelqu'un parlant allemand peut aussi bien être Autrichien, Suisse ou Italien (ou tout bêtement allemand), un italophone peut être Suisse ou Italien etc .

14h16 contrôle des passeports
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14h25 vue arrière sur la Cima del Serraglio (2685m)
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Encore 3 très longs kilomètres en très légère pente ascendante, sur une large piste camions quasi-rectiligne (je ne sais pas très bien si on exploite ici du gravier où si l'on travaille à dégager les coulées générées par les crues). L'ambiance est moins agréable car la vallée forme maintenant un couloir de vent froid : je presse le pas pour atteindre le lac de San Giacomo di Fraele.

14h42 Banc cerné par la clôture électrifiée, vaches au couvert des arbres ...
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A courte distance du lac se trouve une aire de pique-nique / parking de départ de randonnée. Je veux m'y installer pour une pause et, surtout, tenter d'aérer au vent mon couchage toujours humide des pluies de la nuit dernière. Je n'arrive toutefois pas à trouver un emplacement qui me permette à la fois d'étendre mes affaires et d'être moi-même à l'abri du vent froid. J'opte alors pour rester en mouvement et entamer le contournement du lac en direction du Rifugio San Giacomo et du hameau qui l'entoure.

15h00 Lago San Giacomo 1950m
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Le temps s'est assombri et une première ondée passe. Je fixe maintenant vraiment mon objectif sur le rifugio, car si je ne peux pas disposer d'un couchage sec la nuit risque d'être misérable, d'autant que passé le lac je dois remonter en direction d'un col à 2650 m. Je presse l'allure sur ces 2 kilomètres, craignant maintenant une pluie soutenue ... Apercevant un chalet en apparence inoccupé sur le côté de la route et au-dessus du lac, je commence à regarder si, par hasard, un auvent ne pourrait pas m'y abriter ... Là-dessus arrive un couple à moto tout sourire, qui trouve le lieu idéal pour leurs selfies ... Je n'échapperai pas à devoir les photographier ...

Finalement arrivé au refuge, je m'y pose en terrasse (sous l'auvent !), pour :
- commander une collation
- demander la permission d'étaler mes affaires au séchage sur la balustrade ...

Si on m'autorise (ouf !) à procéder au séchage, on me dit qu'à cette heure-ci on ne fait plus de collation : seuls des sandwiches sous plastique ou des desserts (enfin, 1 dessert) sont possibles. Une famille arrivera après moi, voulant déjeuner après leur randonnée, mais se cassera le nez : service terminé ! J'entendrai la discussion du patron et de la serveuse, les 2 semblant étonnés qu'autant de monde puisse vouloir déjeuner à une heure indue dans un refuge : ils ne connaissent pas les heures de service ? J'aurai droit à une maigrelette part de tarte au myrtille et un capuccino, mais pour seulement 5 € : pas rassasié mais pas vraiment volé non plus ... Une autre cliente aura également du mal à faire entendre qu'elle avait téléphoné pour réserver l'hébergement, avant de se faire enfin accepter. Bref, pas très commerçant, tout ça ...

La pluie ne lâche pas, un peu de soleil revient, tente et duvet ont pu évacuer leurs excès d'humidité et mon panneau solaire a redonné quelques % à mon téléphone ... Je suis plus optimiste pour la fin de la journée et, après 3/4 d'heure d'arrêt, reprends le chemin.

16h14 départ de San Giacomo
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Je remonte par une piste 4x4 la Valle Porta, dans un vallon qui se resserre jusqu'à devenir une étroite et profonde gorge, la piste s'élevant en lacets au-dessus de l'à-pic. J'y suis doublés par des VTTistes, sauf par le dernier du groupe qui ne semble pas parvenir à faire l'ascension plus vite le marcheur que je suis ...

16h34 vues arrières sur le vallon et le lac
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Au débouché de la gorge j'arrive sur la combe herbeuse de l'Alpe Trela, où la bergerie fait refuge et auberge. Je suis bien ravitaillé, un peu de soleil est revenu et je suis optimiste pour aller chercher bivouac encore un peu plus loin (il n'est que 17h). Sur la carte je jette mon dévolu sur le Lago Nero qui, à 350 m D+ plus haut, ne doit pas être à plus d'une heure de marche. J'attaque d'un bon pas cette dernière montée ...

16h53 Alpe Trela
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... mais en m'élevant mon champ de vision va s'élargir et je vais pouvoir constater que de lourds nuages de pluie sont (peut-être) en approche, à l'incertitude près de la direction de leur mouvement. Je mobilise mon énergie afin d'être en mesure de monter mon bivouac avant la survenue de (l'éventuelle) averse, forçant le pas dans l'ascension.

17h15 course avec quelques noirs nuages ...
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La brume va me rejoindre avant que j'atteigne l'objectif, et c'est avec la nébulosité, quelques gouttes de pluie et un vent froid que je vais tourner autour du lac, avant de trouver le bon spot un peu en hauteur. Je disposerai aussi d'une source à quelques dizaines de mètres, prenant garde dans ma recherche de ce point d'eau à ne pas perdre de vue mon abri dans la brume ...

La pluie sera intermittente dans la soirée, mais je suis maintenant au sec et au chaud. Repos !

18h21 Lago Nero (2560 m) : la brume se lève, vite la photo !
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En quelques chiffres :

Total J25
38 km
D+ 1649 D- 836
Marche 9h40
km-Effort 54.2

Cumul J01-25
890 km
D+ 52 000 m
Marche 262 h
km-Effort 1 517


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

C'est sûr, j'aurai préféré du beau temps ... Néanmoins, je dois admettre que cette marche sous la pluie n'était pas dépourvue de charme, dès lors que je n'avais pas froid, ai pu prendre abri de temps à autre, faire sécher mon couchage et recharger mon téléphone. Je prends mon mal en patience, ça finira bien par s'arranger ... Je n'ai pas tout-à-fait atteint mon quota des 10h de marche, principalement en raison de ces arrêts "en dur", mais passé mon petit lac je ne suis pas certain que j'aurai pu trouver quelque chose de confortable.



voir la vidéo !
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Dernière modification par Hervé27 (27-11-2021 18:36:07)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#74 25-10-2021 23:01:41

laxmimittal
Membre
Inscription : 23-10-2016

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

Hervé,

Si on ne juge par ses photos, Nolky a eu plein de soleil.

comment ça se fait que tes photos soient pleines de pluies  smile  smile  smile

smile  smile  smile  smile

Merci pour ce marathon de récit.

L.


La touche Majuscule de mon ordinateur fonctionne mal.

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#75 25-10-2021 23:16:53

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
Inscription : 01-11-2017
Site Web

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô, 50 j de Trieste au Mercantour

laxmimittal a écrit :

#631250Hervé,

Si on ne juge par ses photos, Nolky a eu plein de soleil.

comment ça se fait que tes photos soient pleines de pluies  smile  smile  smile

smile  smile  smile  smile

Merci pour ce marathon de récit.

L.

coucou Laxmimi wink ,

Un colossal travail de photoshoppage a été nécessaire pour masquer tout ce soleil. Je ne voulais pas vous rendre jaloux ...


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