#176 14-01-2022 21:53:21

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Salut à tous smile ,

Tout allait ce jour-là dans le sens d'un gros chiffrage : le beau temps, la forme, des chemins très roulants ... J'avais envie de voir ce que j'avais en réserve dans le moteur wink !

Par l'Italie et le Val Thuras la montée au Col des Thures est globalement très douce, le dénivelé s'étale sur des kilomètres ... Par le côté France et Le Roux / Abriès, c'est un mur de 900 m D+ depuis la Chapelle de la Montette, mais par un relativement bon chemin en lacets dans la pente herbeuse qui permet de prendre un rythme et de s'y tenir. C'est clair que je ne l'aborderai pas de la même manière avec 15 ou 20 kg sur le dos ...

On peut pratiquement considérer les 3 derniers cols de ce jour comme un seul (Abriès / Valpreveyre / Bouchet), car à très faible distance les uns des autres. Seul le transfert entre Abriès et Valpreveyre exige un peu d'énergie, avec une montée / descente courte mais raide.


Allez ! Je poursuis l'alternance des diffusions écrites et vidéos. Lentement mais sûrement j'approche de la clôture ...

J37 / 14 août en vidéo
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Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#177 15-01-2022 21:03:11

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Je me sens productif ces temps-ci, alors va pour l'épisode 45 !


J45 dimanche 22 août : Karma Soustra ...


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Pas évident de bien dormir, même confortablement installé, lorsque muscles et articulations doivent se remettre d’un gros effort. La tension nerveuse a du mal à s’évacuer et le sommeil à venir … Petite nuit car couché tard et levé tôt, à 6h30 me voilà dehors encore dans la pénombre. Je n’aurai pas pris le temps de voir le bivacco en plein jour.

Etonnamment pas de courbatures ou de douleurs, mais je m’impose un démarrage très en douceur pour éviter les mauvaises surprises et réchauffer tranquillement le moteur.

Le temps semble avoir tourné, des nuages d’altitude empêchent le soleil du matin de s’imposer. En revanche les vues sont dégagées. Un troupeau massé sur un promontoire attend le jour pour s’égailler dans l’alpage : je suis plus matinal que les ovins … Depuis le refuge le Mont Viso est dans mon viseur, mais ce n’est que plus tard dans la journée qu’il dévoilera toute sa majesté.

06h30 départ du bivacco Soardi
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06h31 Voiles au soleil levant
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06h39 Salamandre de Lanza
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06h47 Seigneur furtif
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07h14 là-bas, le Pô ...
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Le chemin est raisonnablement bon, mais il y faut tout de même 1h30 pour redescendre du Col Bouchet jusqu’à l’Alpe Crosenna, pas moins de 1 000 m plus bas … De là changement de pied, puisqu’il faut remonter assez directement de 400 m par un étroit sentier forestier souvent envahi de végétation. Revenu au-delà de 2 000 m la forêt s’éclaircit, le chemin se fait en balcon sur une pente abrupte, et je peux malgré la nébulosité profiter des belles vues du Val Pellice jusqu’à la Plaine du Pô.

Les kilomètres s’égrènent agréablement en balcon, et après les granges ruinées de Barricate il faut redescendre de 350 m vers le fond du Val Pellice, le hameau de Ciabota del Pra et le refuge Willy Jervis. J’y suis un peu avant 10h00, alors que l’animation touristique de ces lieux fréquentés commence à se faire plus intense.

Le haut du Val Pellice est une large plaine au milieu de laquelle coule le torrent, et le vent aujourd’hui y souffle fort. La piste de terre qu’il faut suivre pour passer d’un hameau à l’autre (Alpeggio Pra, Partia d’Amunt …) est balayée par les rafales qui soulèvent des nuées de poussière. A hauteur d’une fontaine je fais le plein et bifurque pour remonter dans un sous-bois clairsemé, et me pose pour un instant de détente modérément abrité. Déjà 4h que je marche …

Pendant que je lézarde, je m’amuse à regarder passer les groupes successifs de randonneurs. Pas de marcheurs légers, que des gros sacs qui me feraient grimacer de douleur s’ils étaient sur mon dos. Entre eux et moi, qui est finalement le plus courageux ? J’essaye de mémoriser les différents groupes, histoire de voir à quelle hauteur je les rattraperai dans la vallée une fois ma pause terminée …

07h48 au-dessus de l'Alpe Crosenna
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08h00 Carrefour
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08h27 le Col Bouchet et le Bivacco Soardi à la pointe de mon bâton
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08h27 Chemin végétal
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08h31 le Val Pellice descend vers le Pô (en tournant à gauche et vers le Nord)
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08h31 le chemin s'horizontalise, ça déroule !
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08h38 le haut Val Pellice se dévoile
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09h45 Refuge Willy Jervis et haut Val Pellice
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J’expédie le kilomètre et demi de piste qui me reste, puis retrouve avec plaisir le sentier pour la montée au Rifugio Granero. Comme prévu, je commence à rattraper les groupes : 3 allemands puis 2 italiennes, mais comme je discute avec les uns les autres me rattrapent et me dépassent à nouveau, puis inversement …

Le site du Rifugio Granero est décidément bien agréable, perché au-dessus de son superbe lac (lago Lungo) mais je ne m’y arrête pas. Comme déjà indiqué, je n’accorde plus guère d’importance à ma trace prévisionnelle, et c’est désormais la progression dans la traversée qui prime. Pour rallier le pied du Viso j’ai l’alternative du versant italien (très sauvage et accidenté) et le versant français (très roulant). J’opte pour le versant français, mais en le pimentant par la montée au Passo Sellierino (2899m) plutôt que Seillière (2834m), puis un A/R jusqu’au tunnel du Col de la Traversette (2950m, le tunnel un peu blus bas) que je veux absolument voir et traverser.

La montée au Passo Sellierino perd vite tout chemin, mais le balisage et les cairns ne laissent aucune crainte d’orientation. Avec 1200 m D+ ainsi à remonter depuis le fond du Val Pellice et après ma grosse journée d’hier, je n’ai pas autant de jus que les autres jours … Qu’importe, dans cet environnement ma vue porte loin et le bonheur domine !

Juste sous le col je croise un groupe dans l’autre sens, et une petite discussion s’amorce avec l’accompagnateur. La discussion s’engage un instant sur le franchissement des Alpes par Hannibal, et la thèse controversée qui situerait l’exploit au Col de la Traversette. Mon interlocuteur semble bien connaitre ce sujet, et raille l’équipe anglaise  qui supporte cette hypothèse, et dont il attend depuis 5 ans qu’ils daignent publier leurs travaux et les analyses détaillées de leurs prélèvements de sol qui, affirment-ils, appuieraient leur théorie … Bah, l’histoire est belle et en vaut une autre, et comme aujourd’hui je suis là, je vais m’autoriser à rêver de voir ici passer des éléphants …

11h49 montée au Rifugio Granero
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11h49 stèle à la mémoire de l'équipage d'un avion militaire crashé ici. Ceci est une hélice ...
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12h25 Rifugio "Battaglione Alpini Monte Granero" (2377m)
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12h31 Lago Lungo et Monte Granero (3170m)
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12h32 Seillière c'était 2019. En 2021, ce sera Sellierino !
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13h29 Après 1h de franche montée, la Passo Sellierino (2899m) au bout d'un replat
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Au col, le Viso se fait déjà plus imposant que quand je le voyais depuis le bivacco Soardi. Le vent souffle fort, et je ne m’attarde pas pour attaquer la descente. Après 100m de D-, je quitte le temps d'un aller-retour la direction du refuge du Viso pour rallier le Col de la Traversette, pour une remontée lente et désolée dans les éboulis de grands blocs. Il y a pas mal de passage en ce dimanche d’août, et je croise des groupes de toutes nationalités.

Sur le terre-plein à l’entrée du tunnel, le vent souffle fort et s’avère franchement désagréable. Poussé par ce dernier je m’engage dans le sombre boyau … Percé à la fin du XVème siècle, le « Buco di Viso » n’est ni plus ni moins que le premier de tous les tunnels alpins, permettant plus facilement et plus longtemps dans l’année le franchissement du Col de la Traversette,  en évitant les parties à l’époque longtemps englacées et dangereuses (aujourd’hui, tout est très sec et libre de glace en été).

Le violent courant d'air dans le tunnel fait apprécier d'avoir enfilé un coupe-vent !

En débouchant côté italien, je découvre une vue en descente directe vers la plaine du Pô et, surtout, une atmosphère apaisée et sans vent. Je réquisitionne à mon seul profit le banc au pied du panneau d’information, pour une nouvelle pause bienvenue. Comme je me suis loupé dans mes prises de vue du tunnel dans le sens France-Italie, je vous le montrerai ci-dessous  dans le sens du retour vers la mère-patrie.

Revenu côté français, je redescends rapidement le chemin à flanc d’éboulis en direction du refuge du Viso. Un jeune bouquetin et sa mère traversent le chemin devant moi puis s’installent un peu plus haut. A peine passé, je vais entendre un bruit de chute de pierre, puis en me retournant voir un bloc de peut-être 100 ou 200 kg dévaler avec fracas en travers du chemin, là où je me trouvais 30 secondes auparavant …

13h46 du Passo Sellierino, vue arrière sur le haut Val Pellice ...
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13h46 ... et côté français sur le refuge du Viso et l'Asti (3298m) ...
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13h46 ... et bien sûr le Viso (3841m)
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13h56 en vue du Col de la Traversette (2950m)
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14h14 sortie du tunnel en Italie
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14h16 ma pause
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14h16 entrée italienne
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14h54 sortie française
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Rejoindre le Refuge du Viso est plus long que je ne l’imaginais, et le vent toujours froid et désagréable ne me permet pas d’apprécier le cadre autant que je l’aurai voulu. Je reprends de l’eau au refuge, puis poursuis pour remonter vers le Col Valante (2811m). Malgré la fatigue je trouve la ressource pour cette nouvelle montée, pour aller au col présenter mes hommages au seigneur des lieux, encore 1 000 m au-dessus de moi …

Si le Viso à ma gauche m’écrase par sa grandeur, à l’horizon droit devant moi les plans successifs des massifs qui me restent avant l’arrivée sont là. Pas de doute, là-bas tout au fond, voilà le Mercantour vu du Nord …

15h45 en direction du Col Valante
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17h07 vue arrière du Col Valante (2811m) vers la vallée du Guil
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17h10 à ma gauche le sombre Viso
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17h10 devant moi, toutes les Alpes qui me restent
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17h19 toujours lui
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17h42 jusqu'au Mercantour ...
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Tandis que je me transfère du Col Valante (2811m) vers le Colle Losetta (2872m), moyennant un peu de yoyo en déclivité, le temps se fait plus sombre et menaçant : la lumière baisse plus vite que l’heure le laisserait attendre. Tandis que je croise une douzaine de bouquetins en arrivant au Colle Losetta, des gouttes de pluie glacées commencent à tomber, et mes nouvelles vues vers les sommets de la Haute-Ubaye me dévoilent aussi des chapelets de grains en route vers moi …

17h44 Colle Losetta (2872m) : ça se gâte
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17h44 j'ai un grain
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De mon passage ici en 2019, je sais que non loin en contrebas se trouve un abri en pierre où j’avais alors dormi. Je n’ai nulle envie de marcher sous une pluie froide, et je force le pas pour l’atteindre avant que l’averse ne se fasse plus intense. Je voudrais marcher encore ce soir, mais garder des vêtements secs prend le dessus …

J’engloutis bien vite les 300 m D- qui me séparent de l’abri, essuyant une première petite averse. Je l’atteins à 18h, conscient que si je m’arrête un instant ici, j’aurai bien du mal à remettre en marche mes muscles qui vont s’y refroidir … Entre descendre l’interminable Val Soustra sous les averses ou dormir ici, j’opte donc pour terminer la journée et m’arrêter là …

Il y a 2 ans j’avais (mal) dormi ici, le sol de terre battue étant froid et humide. Mon équipement n’est cette année pas très différent, mais je vais en prendre mon parti et anticiper quelques astuces pour améliorer mon confort (bouillotte !). La pluie ne s’installant finalement pas, je vais profiter des 2 heures de jour qui restent pour me laver dans le torrent et rincer mes affaires encroûtées de sel de transpiration. C’est quand même pas mal de, parfois, se poser pas trop tard …

Dans la soirée et dans la nuit, un oiseau fera des aller-retours entre son nid et l'extérieur, ostensiblement dérangé par ma présence ...

Cabane du Val Soustra, dormir à nouveau ici était mon karma !

18h07 Cabane du Val Soustra : mon oiseau perché sur le rocher
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En quelques chiffres :

Total J45 :
31 km
D+ 2365 D- 2448
Marche 9h30
Km-Effort 60.3

Cumul J01-45 :
1 506 km
D+ 93 000 m
Marche 447 heures
Km-Effort 2 632


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

De nouveau dans mes traces de 2019, la seule innovation du jour est le segment par le Passo Seillerino (2899m) suivi du Tunnel de la Traversette (Buco di Viso) en A/R. Je voulais aller plus loin que la cabane humide du Val Soustra, mais la peur d'un retournement météo m'a fait me poser un peu plus tôt. Les abords du Viso sont toujours aussi beaux : je n'imaginais pas croiser au loin, et tant pis pour la redite !


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#178 18-01-2022 17:59:34

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement


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#179 18-01-2022 18:35:15

Manche
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Hervé27 a écrit :

#639391J45 dimanche 22 août : Karma Soustra ...
...
Etonnamment pas de courbatures ou de douleurs,
...

lol

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#180 19-01-2022 19:25:54

Etimul
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Merci Hervé pour cette vidéo du jour 38.
J'ai fait un beau voyage

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#181 23-01-2022 19:05:50

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Salut Manche, Etimul, merci du passage smile

@Etimul : la fin des récits écrits se rapproche, il faut se préparer au rattrapage des récits vidéos wink


J46 lundi 23 août : Provence, côtes, azur ...

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Pour cette seconde nuit dans l'abri du Val Soustra (après mon précédent passage à l'été 2019), le ressenti aura été moins froid et humide ... Mon couchage est pourtant le même, c'est donc que les conditions devaient être meilleures ... Je ne perds pas de temps au démarrage, et le 1er pas est fait à 6h39 (c'est ce que j'ai noté !).

Dans l'axe du Val Soustra dont j'amorce la longue descente, la Pleine Lune dépassée d'un ou 2 jours descend vers le massif de la tête de Longet (3 177 m). Elle est encore visible lorsque les 1ers rayons du Soleil éclairent les cimes. C'est beau et tranquille ...

Juste en amont des Granges Bernard, je peux saluer de loin un papy bivouaqueur sur lequel j'ai un peu d'avance : il entame tout juste le démontage de sa tente (bon, quand je dis papy, beaucoup pourraient dire la même chose de moi roll ...).

06h41 au-revoir à l'abri du Val Soustra
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06h43 juste avant ...
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06h54 ... et juste après le lever du Soleil
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07h27 à défaut d'être le seul, je suis le premier
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Le chemin déroule, et après 5 km j'atteins la route du Col Agnel à hauteur des Granges del Rio. Je longe l'asphalte sur quelques centaines de mètres, puis emprunte le sentier pour couper un lacet de la route. Un peu de gadoue casse-gueule dans cette portion, j'aurai peut-être mieux fait de suivre le goudron, mais j'aurai manqué une fontaine pour mon plein d'eau ... Je descends en direction du village de Chianale, mais bifurque avant de le traverser pour remonter vers le Col du Longet. Je traverse d'abord les parkings où, à 8h, les randonneurs du jour s'activent avant de démarrer. Petit salut à une bande de retraités soixante-huitards (d'après leur plaque d'immatriculation), et je me mets en recherche d'un pré où je puisse m'étaler au soleil le temps d'un café.

Pendant ma pause, tous les randonneurs précédemment croisés prennent les devants sur moi, depuis mes alsaciens jusqu'au bivouaqueur du Val Soustra. Je fais durer l'arrêt, car la batterie du téléphone est en rade après la fin de journée couverte / pluvieuse d'hier, et mon utilisation imprudente à la fraicheur du matin ... Je prends le soleil du temps présent avant d'avoir à remonter par la forêt, ne sachant ce que j'aurai plus tard ce jour ... Je repars après presque 1 heure pour les 800m D+ qui m'attendent pour le Col du Longet.

Affluence sans excès sur ce chemin fréquenté, je rattrape les uns après les autres les marcheurs que j'ai vu passer depuis ma pause. Le chien d'un couple m'adoptera un temps, préférant mon rythme à celui de ses maîtres ...

Mon papy bivouaqueur du Val Soustra est rattrapé dans la partie la plus raide, encore en forêt. On arrive à échanger quelques mots (il est français), et j'en retiens que son bivouac trop près des vaches n'a pas été des meilleurs. Sa charge étant bien supérieure à la mienne, difficile de faire route commune ... et on se demande pourquoi je suis un MUL solitaire ...

Un peu plus haut, ma galanterie m'amènera à mobiliser mes talents de garçon vacher pour ouvrir le passage à un binôme de randonneuses, mère et fille de ~20 ans, tétanisées par la présence des vaches qui barrent le passage. Je les accompagne ainsi sur 2 lacets, régulant à leur profit la circulation des bovidés lol  !

Plus loin encore, au-dessus des derniers arbres et revenu dans les alpages, ce sont mes retraités alsaciens qui sont à la pause. Je m'attarde un peu avec eux, et il s'avèrera que nous sommes presque voisins ...

09h54 Montée au Col du Longet. Le Val Soustra en face, le Viso tout à droite
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09h54 Montée au Col du Longet : encore 2 à doubler
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L'ambiance montagne reprend plus franchement le dessus à hauteur du 1er lac du jour, le Lago Bleu. J'ai pris les devants sur la "vague" partie du parking ce matin : plus j'avance et moins je croise de monde. En revanche les nuées montent de la vallée : elles n'obstruent pas encore le caractère ensoleillé de cette matinée, mais le soleil n'est plus sans concurrence ... Quand j'atteins le Col du Longet, le Mont Viso a été rattrapé et n'est déjà plus visible. Toute la nébulosité se trouve du côté italien, alors que le versant français éclabousse d'azur.

J'avais d'ici envisagé un passage d'altitude par le versant italien et quelques passages à 3 000 / 3 100 m. La frontière météorologique me pousse à choisir la facilité de redescendre par la Vallée de l'Ubaye : à quoi bon m'épuiser dans les pierriers si c'est pour m'y faire piéger par la brume qui ne peut que se renforcer, au risque de tourner en pluie en fin de journée comme hier ?

10h33 Lago Bleu ~2530 m
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10h55 vue arrière du Col du Longet (2649 m) le Viso s'encapuchonne
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10h56 Col du Longet
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10h56 par là-haut ?
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10h56 ou par l'Ubaye ?
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11h35 par l'Ubaye aux ombres rares !
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La facilité n'interdit pas le plaisir : cette belle vallée dépourvue de toute voie carrossable est un havre de quiétude, en ce jour inondé de soleil. Du col du Longet j'ai plus de 10 km de chemin facile en descente douce jusqu'aux abords de Maljasset. Sur l'heure du midi, je ne laisserai pas passer ma chance lorsque je repère un gros rocher dont une face reste ombragée, qui plus est pourvue d'un confortable renfoncement où je peux m'installer comme dans un fauteuil ! J'y fais ma seconde pause déjeuner-café, et ne quitte les lieux que quand l'ombre s'est trop réduite pour encore me protéger ...

Je repars à 13h sous le chaud soleil, pour m'engager dans la portion plus resserrée de la vallée, où le chemin en balcon au-dessus du torrent est plus souvent raboté par le ravinement. Le contraste n'en est que plus saisissant lorsque je débouche dans le secteur du Plan de Parouart, où le torrent s'engage dans une plaine alluviale. Dans cet axe où la force du courant est amoindrie par l'étalement de son débit sur une large surface, jeunes arbres et hautes herbes ont conquis les alluvions, donnant aux lieux une allure de mangrove ... Dans cette belle lumière les lieux sont enchanteurs : pour un peu je m'arrêtais pour une longue baignade dans l'eau glacée !

Plutôt que de remonter en altitude par le vallon de Chabrière et le Col de l'Autaret (2875m), par où j'étais descendu à mon précédent passage, je préfère pousser plus loin jusqu'aux abords de Maljasset, et remonter par le vallon de Mary que je ne connais pas. Cela m'amène un peu plus près de Maljasset, mais encore une fois sans y passer : un comble en 3 traversées des Alpes !

13h22 Ubaye : portion resserrée
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13h31 Plan de Parouart et la Pointe Sud de l'Eisassa (2971m)
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13h43 Plan de Parouart : des allures de mangrove
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13h55 descente vers Maljasset, vue arrière sur le Péouvou (3232m)
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14h10 aux abords de Maljasset
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A une encâblure de Maljasset, j'oblique à gauche pour remonter enfin dans le vallon de Mary. Malgré les 700m D+ d'ici au col, cette ascension se fera toute en douceur, rendue d'autant plus agréable que les températures seront plus douces avec le retour de l'altitude. J'attrape le bon souffle, et la montée se fait d'une traite, en 1h 3/4 environ. La beauté du vallon m'enchante, je me félicite de cette option de découverte ...

Le chemin est momentanément plus chaotique à hauteur de la bergerie : visiblement, le tracé a été détourné pour que le flot de randonneurs ne vienne pas y fendre le troupeau. Ce n'est qu'un court détour à zigzaguer dans quelques grands blocs, et bien vite le chemin reprend son tracé bienveillant et herbagé.

14h44 montée dans le Vallon de Mary
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14h53 montée dans le vallon de Mary. Vue arrière sur la Tête de Girardin (2876m) et la Pointe Sud de l'Eisassa (2971m). Entre les 2, le Col Tronchet (2661m)
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14h53 montée, toujours
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15h19 Bergerie de Mary 2365m, vue arrière
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15h19 Bergerie de Mary
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15h19 Bergerie de Mary, en direction du Col
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15h46 vue arrière sur (de g. à dr.) le Pic de la Font Sancte (3385m), le Col Girardin (2699m) et la Tête de Girardin (2876m)
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15h46 Dans le sens de la Marche, le Col Mary qui se rapproche en douceur
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Je suis facilement au col à 16h, n'ayant plus croisé que quelques "descendeurs".

La vue vers l'Italie par la vallée de la Maïra est belle, mais sur les cimes à ma droite et à ma gauche l'accumulation de la nébulosité prend un tour plutôt sombre. Le contraste avec l'Ubaye toujours violemment ensoleillée renforce l'aspect sinistre.

Il est encore tôt et je peux espérer marcher encore plusieurs heures. En revanche, entrant maintenant dans le Chambeyron, je dois prendre en compte la perspective d'une fraîche et humide nuit en altitude, sauf à rallier un abri en dur. Cela tombe bien, j'ai dans le viseur le bivacco Barenghi, sis au-dessus du Lac Vallonasse, mais pourrai-je l'atteindre dans de bonnes conditions avec les brumes montantes ? Entre lui et moi, j'ai 3 cols en courte succession (Col de Marinet 2787m, Col Ciaslaras 2948m, Col de l'Infernetto 2783m), les 2 derniers offrant des faces un peu raides ...

Pour ne pas laisser à la brume le temps de me barrer le chemin ou de me faire hésiter, je me lance sans attendre ...

16h04 Col Mary (2637m) vers le Val Maïra et l'Italie
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16h04 Col Mary, vue vers la Pointe Haute de Mary (3206m)
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Je me transfère rapidement et sans difficulté vers le Col de Marinet (150 m D+), pour y reprendre une nouvelle vue éblouie vers le versant français. En-dessous de moi, vallon et lac de Marinet brillent au soleil : j'aurai pu monter par là, au risque d'une irrésistible invitation au bivouac ... Dans l'autre direction, c'est la sombre muraille de la montée au Col Ciaslaras qui me fait face, par-delà un long pierrier. J'y traverse un ultime petit névé, peut-être le dernier sur lequel j'aurai posé le pied dans cette traversée. Je croise aussi mes derniers randonneurs du jour, descendant du col ... Ma fin de journée sera solitaire jusqu'à l'arrivée.

16h12 vue en direction du Col de Marinet sous l'azur français
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16h12 la crête frontière dans les brumes italiennes. Le Brec de l'Homme (3202m) tout à droite, la tête dans les nuages
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16h23 du Col du Marinet (2787m), vallon et lac éponymes
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Je peux maintenant contempler le Col Ciaslaras dans toute sa raideur, qui pourrait en rebuter quelques-uns. Toutefois, avec seulement 100 m D+, la muraille est plus impressionnante que réellement difficile, malgré un sol de gravier où il peut être difficile de garder l'acquis du pas précédent : je suis finalement en haut en à peine 1/4 h ...

De l'autre côté la brume est maintenant bien accrochée : si je peux voir la redescente, les sommets alentours sont désormais invisibles.

16h36 Col Ciaslaras en vue : droit ? Raide ? Vertical ?
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16h49 du Col Ciaslaras, ultime vue arrière
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16h53 du Col Ciaslaras, on replonge de l'autre côté, cette fois avec la brume
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300 m à redescendre dans l'éboulis et le gravier, avant que le chemin ne se stabilise et retrouve son caractère déroulant. Lorsque j'arrive au pied de mon dernier col, l'Infernetto, je suis un moment à la peine pour trouver ma bifurcation dans la brume. Je m'en remets au GPS pour bien me positionner au départ de la trace, et me trouve rassuré par l'abondance du marquage. Montée par les éboulis d'abord, puis par un chemin raide, partiellement aménagé, le long d'un goulet. Toujours à sa place, une bêche est là pour inviter le randonneur empêché à retailler le passage en cas d'éboulement ...

Je suis maintenant totalement dans la brume, et cette montée au petit enfer est réellement sinistre ... mais courte : un gros 1/4 h pour 150m D+

17h22 petit lac juste avant la montée à l'Infernetto
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17h25 l'éboulis d'abord, tant que la brume ne masque pas le marquage
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17h38 je vous avais dit que j'étais content d'être MUL ?
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17h43 Col de l'Infernetto 2783m : je viens d'émerger de par là
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La visibilité est meilleure de l'autre côté, et la suite est maintenant relativement facile sur un chemin presque essentiellement en balcon. Il s'agit de faire le tour de la Cima della Finestra de Stroppia (3034m), pour arriver de l'autre côté au Lac Vallonasse et à mon objectif du bivacco Barenghi. Avec la fin de journée et l'absence de pause depuis mon redémarrage de 13h, la dernière partie un peu en yo-yo me fera un peu grimacer ... Il est temps d'arriver !

17h41 Col de l'Infernetto, double face
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17h42 Col de l'Infernetto : après, ça déroule
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17h54 montagne fantômatique
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17h59 petit lac intermittent, bien rempli pour un mois d'août !
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Juste avant 18h30, donc pas si tard que ça grâce à mes seulement 2 pauses, j'arrive enfin au bivacco Barenghi. Il est déjà occupé ce soir par un binôme français père et fils, lesquels tournent dans le massif, d'un bivacco l'autre. Le bivacco Barenghi est sur un noeud de passage, mais d'autres sont des nids d'aigle perchés sur les crêtes, tel le bivacco Montaldo où ils ont passé la nuit précédente. Avant de partager le repas et la soirée avec mes 2 colocataires d'un soir, je descends vers le lac faire le plein d'eau. Comme à mon passage en 2019, la fontaine près du bivacco est en effet tarie, le tuyau sans doute coupé quelque part en amont dans les rochers ...

Soirée bien sympa, laquelle me fait ressentir plus que jamais le besoin de me resocialiser ... Douceur amère des fins de parcours ...

18h25 Lac Vallonasse 2810m ...
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18h27 ... et bivacco Barenghi 2815m. Au fond, le Col de la Gypière (2948m)
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En quelques chiffres :

Total J46
37 km
D+ 2213 D- 1918
Marche 10h15
km-Effort 62.8

Cumul J01-46
1 543 km
D+ 95 000 m
Marche 458 h
km-Effort 2 695


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Une très belle journée et une bonne forme. Aucun regret d'avoir choisi le très grand beau temps par l'Ubaye, au détriment (partiel) d'un itinéraire versant italien beaucoup plus exigeant et sous la menace de la brume. La fin de journée de retour dans le massif du Chambeyron était à la fois sinistre et exaltante, étrange mélange ! Je ne le savais pas encore mais ça sera ma dernière grosse journée : une fin de traversée toute en douceur se profile ...


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Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#182 24-01-2022 08:56:19

brons07
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Inscription : 27-06-2015
Messages : 223

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Très belle étape dont je me souviens également, j'avais aussi dormi au bivacco Barenghi avec entre autres des cyclistes italiens, à presque 3000m quand même...ils faisaient du portage mais pas si souvent que ça, les sentiers sont assez roulants dans le secteur.
La plaine de Maljasset surprend quand on descend de la montagne, si plate et alluviale, un changement de décors étonnant.

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#183 24-01-2022 09:54:55

tacheton
Membre
Inscription : 05-09-2018
Messages : 721

Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Maljasset semble effectivement un lieu "oui mais non"  lol J'avais réservé au refuge mais finalement préféré tailler la route jusqu'a Fouillouse pour voir le cultissime pont du chatelet sur l'Ubaye. Cette partie des alpes (disons le queyras et proches alentours) ont été un vrai coup de coeur, merci de me la remettre en mémoire.

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#184 Hier 20:29:25

Hervé27
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Lieu : Normandie
Inscription : 01-11-2017
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Salut Brons07, Tacheton  smile

Merci du passage et des commentaires. Le secteur Haute-Ubaye / Chambeyron est une merveille qu'une traversée ne permet pas vraiment de pleinement explorer. Il est ainsi plein de lieux où j'aimerai revenir passer un gros week-end ou une petite semaine, histoire de mieux profiter ... Hélas ou tant mieux, l'envie des grands périples est encore trop forte !

Allez, je vous livre une petite 47ème journée, écourtée par le retour du mauvais temps après une belle série de 16 journées presque toutes estivales.


J47 - mardi 24 août - cellule de dégrisement

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Une bonne nuit sous les lourdes couvertures du bivacco Barenghi. J'ai insuffisamment préparé mon sac hier soir et, ayant dormi dans mon duvet, il faut en passer par pas mal de remballage avant de pouvoir partir. Dans le minuscule vestibule / salle commune, séparé du dortoir par une porte coulissante, je fais du bruit, bien trop à mon goût ... Mes colocataires sont soit trop profondément endormis pour l'entendre, ou trop polis pour rouspéter, allez savoir !

Sorti du refuge à 6h35, je suis dans un épais brouillard. Je ne marche que quelques mètres, me retourne pour une photo, mais je ne vois déjà plus le bivacco !

Après 2 passages à proximité (2017 et 2019) sans être allé le voir, j'opte pour franchir le Col de la Gypière (2948m) tout proche et tenter de contempler le mythique Lac des Neuf Couleurs ... Il en manquera 8, je n'y verrai que du gris, avec beaucoup de nuances ...

06h38 L'Emyn Muil ... Frodon et Sam pourraient tout aussi bien émerger de derrière ces rochers !
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06h49 flore résiliente ...
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06h51 Col de la Gypière : en combien, les nuances de gris ?
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06h57 réponse : 9 "Couleurs", surtout la grise ...
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J'évolue juste à hauteur du plafond de brume, et dès que je m'éloigne du lac en descendant un peu, je retrouve de la visibilité vers le bas, les cimes acérées que j'imagine se perdant dans la nuée ...

Hier soir mes compagnons de bivacco m'avaient dit que 3 autres randonneurs avaient décidé de bivouaquer à proximité plutôt que de partager l'intérieur. C'est peut-être eux (et un quatrième ?) que je repère dans un creux. Les espaces propices à planter les piquets ne sont pas nombreux, et la nuit a dû être bien fraîche et humide. Je ne regrette pas mon choix du bivacco : en cette fin août, à cette altitude (2800/2900 m) et sous cette météo, mon système de couchage pourrait atteindre ses limites ...

7h03 en descendant, je passe sous la grisaille
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7h15 fallait trouver le spot, dans cet environnement !
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7h21 rude paysage
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Jusqu'au Pas de la Couletta (2752m), je reste grossièrement de niveau dans les rochers, quelques névés tardifs et des petits lacs intermittents bien remplis. De là, la vue se dégage vers l'autre versant de l'Ubayette : le temps y reste bien chargé. Il me faut encore attendre pour pouvoir prendre une météo, et tenter de deviner à quelle sauce je vais devoir avaler mon objectif du jour, que je plaçais jusque-là aux Lacs Morgon ...

Je passe ici au large du refuge du Chambeyron, et après le Pas de la Couletta j'entame une série de montée / descente, et la succession des cols et vallées .

7h37 l'Ubayette apparait
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7h44 je passe au large du refuge du Chambeyron
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Non loin les moutons sont en mouvement, les patous sont bruyants et je m'interroge sur les positions respectives de mon sentier et du troupeau. Pas d'interaction canine à prévoir, je passe finalement très au large.

Au Col du Vallonet (2542m), je recolle quelques centaines de mètres à rebours de mon itinéraire 2017, mais je le quitte bien vite en restant sur le GR5 en direction du Fort de Viraysse. Petit tour de piste pour rallier le fort, puis le Col de Mallemort (2558m).

8h19 je recolle à l'itinéraire 2017 ...
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8h48 Col et lac du Vallonet 2524 m
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9h05 à g. la Tête de Sautron (3166m) en arrière-plan et dans les nuées, le Col de la Portiolette (2692m) au milieu, a dr. la Meyna 3067m (sauf erreur, bien sûr)
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9h25 enfin en piste, montée à Viraysse
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9h44 montée à Viraysse, vue arrière sur la Tête des Bréguets (3079m) et un "Col sans Nom" (2641m)
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9h49 incontournable des GTAistes, le Fort de Viraysse ...
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9h55 Col de Mallemort 2558m et Tête de Viraysse 2772m
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Après le Col de Mallemort c'est la grande plongée vers Larche, et c'est aussi le retour du réseau sur mon téléphone. Pas besoin d'un présentateur météo pour expliquer que ça va se gâter, avec quelques beaux orages dès l'heure du déjeuner.

Dans la longue descente je rattrape un hollandais sur une GTA par sections. On discute bien, et je le laisse lorsqu'il retrouve son groupe. On se reverra encore ...

J'arrive à Larche à 11h, où je m'arrête d'abord à l'épicerie, maigrement achalandée mais suffisamment pour subvenir à mes besoins immédiats, agrémentés d'une bonne série de viennoiseries. En ressortant, le temps de traverser le route, je soupèse mes options et prends ma décision : poursuivre d'ici pour remonter le Lauzanier et affronter le Pas de la Cavale avec l'orage qui approche serait déraisonnable : je vais toquer à la porte du Gîte / Refuge, quémander ma place pour cette nuit ... D'habitude les randonneurs arrivent plus tard ... De fait, après m'avoir installé, on me laisse la disposition des lieux, me demandant juste d'informer les suivants que l'équipe reviendra plus tard dans la journée ...

10h16 Plongée vers Larche, l'avenir est gris ... Le Pas de la Cavale est visible, décentré sur la gauche
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La suite est annoncée ...
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13h20 ... elle arrive dans quelques secondes, mais je suis au chaud et au sec !
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J'ai désormais énormément de temps à tuer : douche, lessive, grignotage, sieste, lecture, revue de notes et photos ... Dehors c'est de plus en plus sombre, mon linge n'y sèchera pas et je le rapatrie dans la buanderie. L'orage arrive à 13h30 et durera jusqu'au soir, avec des pauses. C'est au cours de l'une d'elles que je retourne à l'épicerie : à force de grignotage, j'ai vidé la réserve et j'ai faim tongue .

Les lieux s'animent peu à peu : beaucoup n'avaient comme moi pas prévu cet arrêt et reviennent du bivouac qu'ils avaient programmé en altitude. On discute, fait connaissance. Je sympathise ce soir avec Gérard, niçois qui arpente les Alpes du Sud, et Pedro, suisse francophone hyper-mulet (20 kg+ !) qui approche ici de la fin de sa GTA. Assis ensemble au dîner, on va tchatcher jusque tard ce soir ...

Désormais pris par le temps dans tous les sens du terme, je finis par admettre que poursuivre ma traversée par les crêtes ne correspond plus à mes possibilités :
- il me reste au mieux 7 jours pour terminer, et plutôt moins car les dossiers professionnels s'accumulent pour mon retour
- je ne peux pas ne pas faire halte à Valdeblore dans 3 jours, retrouver ma Maman et quelques amis de longue date, raccourcissant encore le temps de marche qui me reste
- j'ai envie de plus de douceur pour les derniers jours, bien loin de la marche forcée qu'il me faudrait m'imposer pour revenir dans un "programme" ...
- demain est encore orageux, pas raisonnable de poursuivre par les crêtes du Mercantour (Morgon, Vens, Ténibre, Rabuons ...)

J'en viens donc à opter pour poursuivre par le facile GR5 au moins jusqu'à Valdeblore (mon chez moi d'enfance), et de là aviser du final en fonction du temps qui me restera (+2 j pour Nice par le GR5, + 4j pour Menton par le GR52, ou autre ?). Avec Pedro, on s'entend pour démarrer de concert demain matin, et je vais même jusqu'à aligner mon horaire sur le sien pour ne partir qu'après le petit-déjeuner : changement de régime !


En quelques chiffres :

Total J47 :
16 km
D+ 528 D- 1679
Marche 4h30
km-Effort 28.6

Cumul J01-47 :
1 559 km
D+ 96 000 m
Marche 462 h
km-Effort 2 723


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Matinée de longue redescente vers Larche toute dans les tons de gris, mais pas sans charme. Le "Near-0" fait du bien au corps, mais aussi à l'âme avec toutes les rencontres faites au gîte. Hélas, toutes ces heures de marche "perdues" rendent désormais illusoire la possibilité de compléter le périple par la fin de parcours initialement envisagée. Les plans vont donc encore changer, et ce sera très bien comme ça !


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#185 Hier 21:02:16

sjeanmarc
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Sur toute cette partie, on était pas loin. Ce soir là, j'ai dormi au refuge au col de Larche. J'ai vu le lendemain un hollandais qui faisait la GTA en plusieurs années (sans doute le même).
Le 25 août, on a dû passer le Pas de la Cavale pas très loin l'un de l'autre. J'y étais avec le groupe de hollandais.

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#186 Hier 22:32:31

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Tu as alors passé le Pas de la Cavale guère plus d'1/4 h avant moi et Pedro (le Suisse avec qui je vais marcher tout ce jour-là), car nous avons rattrapé les hollandais juste après le Camp des Fourches, et on fera alors groupe jusqu'à St Dalmas le Selvage ! Si tu t'es attardé au col après le départ des hollandais, c'est peut-être alors toi qu'on aperçoit assis en fond d'un bout de vidéo :

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#187 Aujourd'hui 07:30:22

sjeanmarc
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Re : [Récit + liste] Alpes à Fleur de Pô J47 : Cellule de dégrisement

Ce n'était pas moi. J'ai quitté le Pas de la Cavale avant les Hollandais. J'ai poursuivi ensuite vers le Pas de Morgon, Vens et j'ai dormi à Rabuons.

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