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Camp de base / Camp itinérant 2022 du 9 au 16 juillet, les inscriptions sont ouvertes ! ✅

#1 22-03-2022 18:44:40

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
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[Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Salut à tous  smile

Après la conclusion de mon tour du Pô par les Alpes, il était temps pour moi de passer à autre chose ... Je ne vais pas vous dire ici ce que je ferai l'été prochain, ni si ce sera original : sachez juste que c'est quelque chose dont j'ai très envie, sans le besoin de me lancer dans de la sur-préparation. Je mets donc un embargo sur l'information jusqu'au jour du départ wink

En attendant, je débute l'exploration documentée de mon nouvel environnement alsacien au sud des Vosges, après mon emménagement au printemps dernier, lequel a mis fin à 20 ans (purée !) de vie normande. J'ai déjà pas mal tourné à proximité immédiate de mon nouveau chez moi en marchant ou courant, mais quasi-uniquement sur des sorties à la journée jusqu'à présent.

Je vous présente donc ma première "grande" balade effectuée sur 2 jours au départ et à l'arrivée de chez moi, le Tour de la Vallée de la Thur. Pour ce week-end de passage de l'hiver au printemps, j'aurai eu les 4 saisons !

Dans la foulée de la présentation vidéo de mon sac rl de montagne estivale, partir dans les Vosges à cette charnière saisonnière était un bon test de confirmation des limites que je peux gérer avec cet équipement. J'ai donc marché avec rigoureusement la même liste que celle présentée dans ma vidéo "Revue de Sac 2022" (piolet & crampons exceptés). Voici le récit des ces 2 journées intenses en 2 épisodes, bonne lecture smile !



TOUR EN THUR
19 & 20 mars 2022
2 jours, 90 km, 3400 m D+, 21 h de marche, 4 saisons


Jour 1 - samedi 19 mars - de Leimbach au Grand Ventron

Depuis quelques semaines j'apprécie que le jour se lève de plus en plus tôt et me permette d'allonger les sorties matinales (marche ou footing) sans mettre en péril ma vie professionnelle. Il y a désormais suffisamment de lumière dès 6h00 pour me permettre de sortir sans le besoin d'une frontale. M'étant couché tard hier soir j'ai du mal à tenir cet horaire, et ce n'est qu'à 6h30 que je décolle : pourvu que cette 1/2 h ne me manque pas à la fin de la longue journée qui débute.

Le temps est beau pour aujourd'hui, annoncé avec des températures légèrement positives à la mi-journée sur les crêtes, mais avec un vent soutenu qui pourrait être désagréable surtout en matinée, avec des températures ressenties franchement négatives. Je ne vais pas me refaire, je suis parti en short ! Pour demain matin il devrait y avoir un peu de pluie, peut-être mêlée de quelques flocons sur les crêtes. Le tout sera l'occasion de tester les nouveaux équipements qui ont asséché ma tirelire MUL pour le reste de l'année. Le premier est la veste de pluie (RAIDLIGHT REVOLUTIV MP+), et le second, impatiemment attendu par le public (très clairsemé ...) de mes vidéos qui résistait encore au mal de mer en vérifiant le fonctionnement de son appareillage auditif roll , ma caméra DJI OSMO Pocket 2.

Le temps de passer quelques maisons et me voilà vite sorti du village, grimpant 300 m D+ par les bois du Kurrenburg. J'apprécie les sons du matin, intenses chants d'oiseaux notamment, et commence à me mettre en jambes, d'abord par les larges chemins un peu raides du parcours sportif, ensuite par la poignée de lacets menant jusqu'à hauteur de l'abri Zuber (alt. 652m, très bel abri du Club Vosgien. Pas de couchage proprement dit dans tous ces chalets, mais on peut dormir sur les tables et chauffer avec un poêle). Quand je peux prendre la vue, je constate que les Alpes ne seront pas visibles aujourd'hui : dommage, j'ai déjà souvent pu spectaculairement et distinctement observer Cervin, Mont-Blanc et Mont-Rose ...

06h56 alt.576m Bois du Kurrenburg : on ne verra pas les Alpes aujourd'hui
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Je peux apprécier le son du vent dans les arbres encore dénudés, dont certains grincent avec insistance. A travers eux, je peux admirer le lever d'un soleil encore bien froid à cette heure. En mon for intérieur je prends note de prendre garde aux chutes de branches ... Les troncs renversés et tronçonnés en travers du chemin sont là pour rappeler que la forêt est ici de plus en plus fragile : moins exploitée / entretenue que par le passé, la succession des coups de vents se charge de faire le ménage d'un couvert forestier que l'affouage ne suffit plus à nettoyer. Par endroits, l'accumulation d'arbres au sol montre le lent retour à une forêt primaire ...

Depuis le site du chalet Zuber la vue s'offre sur la vallée de la Thur. C'est là l'occasion de repérer l'ambition de l'itinéraire : je ne peux apercevoir qu'une petite partie de celui d'aujourd'hui, en direction du Rossberg (1191m) et du Thanner Hubel (1183m), la suite étant cachée derrière. En revanche, une grande partie du retour est visible de l'autre côté de la vallée, par toutes les crêtes qui culminent au Grand Ballon (1424m), avant que d'avoir à redescendre sur Thann au débouché de la Vallée de la Thur dans la plaine d'Alsace. Une chose et un obstacle à la fois, à l'instant c'est la montée au Rossberg qu'il faut effectuer.

07h04 alt.644m, Chalet Zuber
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même lieu et horaire : tout à gauche le Thanner Hubel (1083m) et à droite le Grand Ballon (1424m)
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A force de marche et de footing je connais cette portion par cœur, jusqu'au moindre caillou saillant dans le chemin qui pourrait faire trébucher le coureur. Au fil des mois j'ai pris mes repères et ma cartographie mentale se complète des noms alsaciens de chaque quartier de la carte : de l'abri Zuber je passe au sommet du Kurrenburg (664m) par un petit sentier de crête, puis au col du Teufelsgrund (609m), avant que d'arriver au col de Weierlé (729m) après avoir dû enjamber quelques troncs non débardés d'un bûcheronnage récent.

A ce petit col desservi par la piste forestière, se trouve un nouveau chalet du Club Vosgien (copie conforme du précédent, juste un peu plus récent), l'abri Baumann. Un vaste espace est agrémenté de bancs et tables, en partie écrasés par un grand sapin tombé dans un coup de vent de l'automne dernier. Il reste néanmoins de l'espace pour un éventuel bivouac en groupe, pour le jour où je vous inviterai dans le coin  wink . D'ici, 2 itinéraires à gauche ou à droite du Kuppelthannkop (885m) pour rejoindre le Col du Hundsrück : aujourd'hui je prends à droite, tout en sentier. A gauche, c'est moitié sentier et moitié piste, alors j'évite pour privilégier le côté le plus bucolique. Toujours en forêt, je passe par un premier point haut à 850m, et de là commence l'interminable yo-yo des montées / descentes qui fera le cumul de dénivelé de la journée.

07h28 alt.719m Col de Weierlé, abri Baumann
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Descente donc vers le Col du Hundsrück (748m) par le sentier et quelques lacets. Juste avant le col, je fais la jonction avec le GR5 qui remonte de Thann et que je vais maintenant suivre quelques heures. Je me fais la réflexion que ce GR5 relie mes 2 patries : ma résidence d'aujourd'hui en Alsace et celle de mon enfance, tout là-bas au sud des Alpes, où j'ai terminé mon tour du Pô à la fin août ... Au programme d'une virée future, mais pas cette année.

Je coupe rapidement la route au col devant l'Auberge, et attaque enfin la montée vers les altitudes que les Vosges peuvent offrir. Toujours du vent, plus ou moins important selon le versant de la montagne que j'emprunte. La première partie est côté Est et bien fraîche, puis plus agréable par le versant Ouest. Ne vous chargez pas d'eau ici, vous rencontrerez une belle source (Rothebrand Brennala) sous l'ombrage des grands sapins, avec une table de pique-nique sûrement très appréciée dans la chaleur estivale. Ce n'est qu'une fois franchis les 1000 m que je quitte enfin le couvert forestier et le sentier, pour finir par la piste jusqu'au Chalet du Rossberg, sis à 1090m sur la vaste selle qui sépare le Thaner Hubel et le Rossberg.

08h01 alt.778m, montée par le GR5 au Rossberg
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08h43 alt.1090m Chalet du Rossberg
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Dans ces alpages dénudés, je peux enfin apprécier la vraie force du vent ce matin, finalement moins violent que je ne le craignais. Mon thermomètre est juste positif, et avec le vent le ressenti doit descendre à -6 ou -8°C. En revanche le soleil est maintenant généreux, et ma combinaison T-shirt + polaire + imper-respi + bonnet + gants me permet de ne pas avoir froid. Un peu inévitable cependant dans ces conditions, le sang se retire des extrémités et malgré mes gants mes doigts s'engourdissent : un peu difficile de manipuler ma petite caméra dans ces conditions ...

J'oblique à gauche pour passer au gîte-refuge du Rossberg (autre hébergement à seulement quelques centaines de mètres du Chalet déjà nommé), où je fais le plein d'eau (1/2 l ...) à la fontaine en bord de GR5. Je longe la crête herbeuse (avec quelques bosquets), les feuilles mortes courant au sol à la perpendiculaire de ma trajectoire, s'accumulant par endroits en épaisses congères végétales parfois épaisses de 50 cm ... Il reste quelques plaques de neige, mais le chemin est ici libre.

08h55 alt.1136m, en direction du Vogelstein. Les restes de neige sont encore rares
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Au bout de cette crête je passe au Vogelstein (1181m), avec cette fois une large vue sur tout le sud des Vosges et l'ensemble de mon parcours du week-end. Depuis mon emménagement, je ne suis passé par ici qu'une seule fois et me rapproche de ce que je ne connais pas encore. Dans la direction du haut de la vallée de la Thur, j'essaye de repérer les sommets avec lesquels je ne suis pas encore familier : Drumont, Ventron ... et ceux dont je connaitrai bientôt le nom ...

09h08 alt.1181m le Vogelstein. Ballon d'Alsace (1247m) tout à gauche, Drumont (1123m) à droite
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Nouvelle redescente (~200m D-), en partie par les lacets englacés d'un chemin en forêt : quelques centimètres dans la largeur du sentier sont libres de verglas et il me faut contrôler ma trajectoire ... Je repasse dans l'alpage pour longer la ferme auberge du Belacker, les doigts quittant maintenant douloureusement leur léthargie, réchauffés par le soleil un peu plus généreux avec la matinée qui avance. Maintenant en direction du Col du Rimbach (940m) par un versant abrité du vent et plein sud, je suis passé de l'hiver à un doux printemps. J'aime de plus en plus ma balade ...

Au col du Rimbach vous trouverez un étroit cabanon : 2 bancs le long des cloisons, et une table suspendue à des chaînes, et rien d'assez large pour installer un couchage. De quoi faire une pause assise pour pique-niquer à l'abri du soleil ou de la pluie, mais compliqué pour un bivouac, d'autant que l'abri ne ferme pas. Dans un coin traînent quelques ordures non remportées, gâchant le plaisir des lieux.

09h42 alt.940m Col du Rimbach : un joli petit cabanon ...
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Le GR5 ne reste pas sur la piste et poursuit juste en-dessous du fil de crête abondamment boisé. C'est sans m'en apercevoir que je m'élève à nouveau, car je pense être sous les 1000m d'altitude quand la neige se fait très présente sur le chemin. Un petit panneau m'indiquant les 1195m du Rimbachkopf viendra me détromper. A hauteur d'un petit saillant rocheux, un rare mais substantiel aménagement a été fait pour sécuriser le GR5, avec une belle échelle métallique munie de rampes pour franchir le pourtant facile obstacle. Facile, c'est moi qui le dis, mais je n'ai pas essayé l'escalade du petit rocher par temps d'orage ou de verglas ...

10h06 alt.1059m sous le Mittelrainkop(1045m) : sécurisation quand tu nous tiens ...
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10h41 alt.1046m  : Sous le Rimbachkopf (1101m), la neige est plus présente
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Avec ma nouvelle organisation qui sépare la fonction téléphone et caméra en 2 objets distincts, le téléphone ne me sert plus qu'à la carto GPS et je peux m'autoriser un peu plus de gourmandise énergétique en enregistrant ma trace (ça me bouffe 5-6% de charge à l'heure). Je vois que j'ai maintenant passé 4h de marche, et qu'il pourrait être judicieux de faire une pause au beau soleil désormais installé. J'ai déjà fait 18 km et 1200m D+, un bon début bien dans les temps du programme. C'est donc à peine au-dessus du Col des Perches (1070m) que je m'installe dans l'herbe au soleil, relativement protégé du vent. Relativement, car il en restera hélas suffisamment pour perturber la chauffe de mon café, qu'il me faudra boire tiède ... beurk cry

La respirabilité de ma nouvelle veste de pluie, que je ne quitte pas aujourd'hui car elle me fait aussi coup-vent, est décidément remarquable : après la transpiration des montées, le temps qu'il me faut à sécher sous sa protection est admirablement court. J'admets qu'en ce jour vent et beau soleil aident, mais j'apprécie de ne pas ressentir le besoin de me changer dans ces instants ou l'effort s'arrête ...

Après la pause et quelques calories (Isostar & chocolat), me voilà déjà reparti. A l'étroit Col des Perches, je quitte le rectangle rouge du GR5 pour ne conserver que la marque au rectangle bleu du GR531 que je vais essentiellement garder jusqu'à demain matin. Le GR5 poursuit quant à lui en direction du Ballon d'Alsace, passant au-dessus du très beau et très proche Lac des Perches dont je n'aperçois rien d'ici.

11h00 alt.1158m, au-dessus des Col et Lac des Perches : chut, le pêcheur dort
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Par un beau sentier perché sous la Tête des Perches (1222m), j'arrive à la petite station de Rouge Gazon (1089m). Est-ce une petite menterie pour attirer le touriste ? Le panneau de randonnée indique 1171m, en contradiction avec toutes les cartes et lignes de niveau. Rhôoo, c'est pas beau de tricher  eek  ... Allez, vite fait je traverse le large parking presque désert, et m'engage un gros kilomètre sur le chemin carrossable ensoleillé, jusqu'au Chaume des Neufs-Bois, où je reprends le sentier à travers les bois de la Forêt Communale d'Urbes.

12h00 alt.1089m Rouge Gazon. Quelqu'un ment ...
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12h04 alt.1089m Rouge Gazon toujours. Dorénavant le Ballon d'Alsace s'éloigne ...
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12h18 alt.1054m les Neufs Bois (Neuwald) : tourbière
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Ici ça déroule vite car le chemin est large avant de redevenir piste, et au bout d'une grosse demie-heure et une lente perte d'altitude j'atteins une nouvelle cabane ouverte aux randonneurs, le Chalet Saint Hubert, perché sur pilotis dans la pente avec terrasse et vue sur les pentes du Drumont. En voulant visiter les lieux, je rencontre un randonneur qui fait là sa pause de la mi-journée, et se prépare à allumer le poêle. Il faut dire qu'à 13h le chalet exposé Nord est toujours à l'ombre : beaucoup de ces abris admirablement bien entretenus (la rénovation de celui-ci est datée de 2018) ne sont quand même pas bien chauds ...

12h57 alt.872m Chalet Saint Hubert
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Pour profiter d'une source indiquée par ma carte, je coupe la piste par un sentier pour retrouver plus bas l'itinéraire au rectangle bleu après m'être réhydraté et avoir rechargé mon 1/2 litre (la Platypus de 2.4 litres dort dans le sac). Je suis à nouveau en sentier pour finir enfin la descente au Col de Bussang (727m), important col routier pour relier le sud de l'Alsace et les Vosges : il me faut (un peu) patienter pour traverser et repartir à l'ascension. J'aurai pu légèrement me détourner pour aller rendre visite à la source de la Moselle, sise à seulement 300m de là ... si j'y avais alors porté attention sur ma carte !

Ce sont maintenant 500m D+ de remontée qui m'attendent, et dans la douceur printanière l'effort me fait transpirer sous ma chaude tenue : je porte toujours ma polaire ... En effet, les alternances entre versant printanier et hivernal de ce fil des Vosges m'ont découragé à tenter d'incessants changements de tenue : je me suis contenté de retirer les gants, et de ne jouer que sur zip de l'imper-respi, bonnet, buff et capuche pour réguler ma température. La remontée s'effectue à bon rythme, marquée seulement par un nouveau plein d'eau à une source captée en bord de chemin. Avec encore neige et glace dans le sentier, j'émerge enfin de la forêt pour retrouver l'herbe des crêtes à une petite encablure du Drumont, ou Petit Drumont (1200m) selon la carte que je consulte, ça porte à confusion. Le temps d'un point de vue à la table d'orientation, je poursuis par la très belle crête et sur la neige en direction de la Tête de Fellering, ou Grand Drumont (1223m) toujours selon la carte : ce sera le plus haut du jour. C'est aussi dans cette portion que je longe la limite du Haut-Rhin et des Vosges, matérialisée par les bornes frontières nées de l'annexion allemande. Décidément, l'histoire des frontières hante tous mes périples ...

14h36 alt.1200m le Petit Drumont. Vers le Sud, la vallée de la Thur à gauche, et les crêtes d'où j'arrive
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la suite est vers le Nord
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L'après-midi avance, et avec ce retour en altitude sur de larges plaques de neige, le ressenti du vent me fait comprendre que la fin de journée pourrait être fraîche, me poussant à réfléchir à mes options de bivouac. Je n'ai croisé que peu de marcheurs aujourd'hui, et toujours à proximité des routes d'accès, mais ici les rencontres se font plus resserrées. Le passage d'un mec en short dénote ...

14h51 alt.1181m en direction du Grand Drumont / Tête de Fellering (1223m)
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Je descends maintenant vers le Col d'Oderen, chaque descente étant décidément un peu plus enneigée que la précédente : je pensais la fonte des neiges plus avancées. A altitude égale, les restes de neige sont plus importants ici que vers chez moi.

J'ai 34 km au compteur quand à 16h30 je passe au Col d'Oderen (884m), à la route moins fréquentée qu'au Col de Bussang. De l'autre côté c'est la montée au Haut de Felsach (1161m), et les yo-yos jusqu'au Petit Ventron (1155m) et Grand Ventron (1204m). J'arrive déjà du froid, et j'ai une petite appréhension d'y retourner dans la fin d'après-midi avec la fatigue d'une grosse journée. Je suis en forme pour avancer, mais en cette saison je serai là-haut aux limites thermiques de mon système de bivouac : est-ce bien raisonnable ? Je me laisse convaincre par le panneau qui ne me donne que 6 km jusqu'au Grand Ventron, où je sais pouvoir trouver de l'abri en dur : il me reste environ 3h de jour, mais il me manque une seconde pause ... Tant pis, je choisis de progresser et de reprendre du D+ !

~300m D+ de montée franche mais relativement facile et dégagée de neige par le versant Sud jusqu'au Haut de Felsach (1161m), puis de là restent quelques champs de neige de parfois 40/50 cm d'épaisseur où je dois prendre garde à ne pas m'enfoncer. La neige est à bonne température pour me permettre de tenir sur sa surface, même si évidemment elle craque parfois sous mon poids. Dans l'ensemble, ça le fait bien. A la redescente bien chargée en neige, je croise 2 jeunes randonneurs avec qui j'ai pour une fois le temps de tailler une courte discute. En cette fin d'après-midi j'évoque ma recherche de bivouac, et même s'ils s'étonnent que je puisse être équipé dans mon petit sac, on n'attaque pas de déballage de matériel au milieu du névé à l'ombre ... Je leur dis que pour ce soir je privilégierai une cabane à mon abri, et ils m'indiquent que celle du Grand Ventron mentionnée sur ma carte est la seule à disposition, mais je ne suis pas certain que nous parlions de la même chose.

16h04 alt.1161m Haut de Felsach. Mon demi-tour au bout de la vallée de la Thur se rapproche
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De fait je vais croiser plusieurs abris : juste au bas de la descente où j'ai croisé mes 2 marcheurs, un bel abri en auvent se trouve au Col des Winterges (1049m), mais difficile de chauffer un abri qui n'a que 3 murs ... J'aperçois une autre bâtisse plus conséquente un peu plus loin par-delà un vaste pré, mais ne me détourne pas pour la visiter (il semble avec le recul qu'il soit également utilisable). Le soleil donne encore bien et je veux poursuivre en direction des Petit et Grand Ventron, objectifs minimaux du jour si je ne veux pas garder trop de distance pour demain.

16h47 alt.1049m Abri des Winterges
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Depuis ce matin, mon téléphone maintenant dédié à la seule cartographie fonctionne très bien. Ses défaillances au froid expérimentées par le passé ne sont survenues qu'en cas de tentative de photos et surtout vidéos ... Raccordé en permanence au panneau solaire et malgré les nombreux passages forestiers, j'ai pu limiter jusqu'ici sa baisse de charge et il affiche encore 70%. A croire pourtant que je n'apprendrai jamais, je vais oublier de le protéger dans son étui et de le tenir au chaud dans mes vêtements tandis que la température baisse : voulant consulter ma carto, l'écran va se figer, et la batterie se mettre en rideau ... Argh !

Je sais qu'en pareil cas, je dois le remettre en charge sur le panneau, mais c'est à condition d'avoir du soleil. Sachant qu'il doit pleuvoir demain matin, si je ne récupère pas un peu de charge dès ce soir, je serai aveugle jusqu'au retour des éclaircies demain ... A ma recherche d'un abri désormais sans support cartographique, je dois donc rajouter le critère de l'ensoleillement : il n'est plus question de poursuivre au-delà du Grand Ventron (heureusement excellement bien marqué par le Club Vosgien) si je veux profiter des derniers instants avant le coucher du soleil. Je coupe donc au plus court pour rejoindre l'Auberge du Grand Ventron, mais je n'ai pas besoin de l'atteindre pour trouver une vieille cabane à l'orée du bois que je vais prospecter : c'est bien un abri autorisé, bien fermé, pourvu de tables, bancs, d'un poêle et d'une réserve de bois sec. Les environs sont encore bien enneigés, mais le pied d'un arbre est au sec et restera abondamment ensoleillé jusqu'au coucher du soleil : j'y installe le panneau solaire raccordé au téléphone, ce dernier glissé dans les replis de mon matelas mousse pour le protéger de l'exposition au froid.

Je retourne à la cabane et y ouvre un volet pour mieux éclairer les lieux, et allume le poêle en m'aidant d'un peu de mon alcool à brûler pour faciliter le démarrage (allez faire ça avec une bouteille de gaz wink !). L'une des 2 tables est bien assez grande pour que je dorme dessus (pas l'autre). Les lieux sont rustiques mais pas sales, mais dépourvus de tout outil qui me permettrai de découper mon propre bois, ou simplement balayer les lieux. Zut, je n'ai qu'1/2 litre d'eau, mais tant pis, j'irai à plusieurs reprises récupérer de la neige que je ferai fondre dans ma petite popote sur le poêle, autant pratique qu'agréable.

Je me change pour enfiler collant et TS ML bien secs pour ne pas prendre froid tandis que la cabane se réchauffe lentement. Les chaussettes ne seront changées que lorsque j'en aurai fini à faire des aller-retours vers mon installation extérieure de recharge du téléphone. Le vent renversera plusieurs fois le panneau, mais je parviens quand même à redémarrer l'engin avec un maigre 5% de charge ... Juste assez pour envoyer un SMS pour indiquer que tout va bien et que je suis au sec et au chaud pour cette nuit, mais que je dois économiser mes batteries : pas de papotage sur RL rl pour ce soir ! Ni sur Whatsapp d'ailleurs, où Azerty partageait une expédition neigeuse au-dessus de l'Hospitalet, et où Pala2 répondait avec de 1ères photos sur le PCT dans le désert de Mojave: coupé des rézosocio je suis cry

17h19 alt.1155m Chaume du Grand Ventron, ma cabane au fond des bois
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La soirée s'annonce au coin du feu
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Noix et fruits secs, soupe-semoule, capuccino bien chaud et chocolat, le tout dans le rayonnement du poêle : je suis finalement bien !

Avant de me coucher je recharge en bois à bloc, histoire que ça tienne aussi longtemps que possible car je n'ai nulle envie de me relever ni de brûler toutes les réserves mises à disposition. Si le début de nuit dans ma cabane est à température très confortable (peut-être 10°C pour du franchement négatif dehors), je renfilerai des couches au fur et à mesure de la descente des températures dans la nuit, qui finira peut-être légèrement négative dans la cabane (en tout cas sur mon thermomètre qui affichera -2°C, sans pour autant que mon fond d'eau gèle dans sa bouteille). Avec SOL Escape Bivy en drap thermique, puis les vêtements imper-respi puis polaire) rajoutés en cours de nuit, ça se passera somme toute plutôt bien.

Dehors le vent ronfle, dedans personne ne m'entendra ...

Itinéraire J1 40 km D+2247 D-1459 Marche 10h
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Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

Liste 3 kg - 3 saisons en tableau
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#2 22-03-2022 19:56:52

Noard
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Bonjour Hervé,

Merci pour ce partage, quel terrain de jeu !  roll
Belle journée, avec cette distance et ce D+, on peut comprendre que les guiboles n'aient pas trop le temps de refroidir même en short

Pour la péripétie du téléphone, en tant que lecteur de l'ombre, ta détermination me fait encore sourire : ça ne semble pas te faire changer d'avis sur le fait de retrimbaler  à l'avenir le tout petit accu que tu as abandonné de ta liste (d'après ta revue vidéo), alors qu'il serait à même de fournir le petit courant nécessaire si cela c'était produit un peu plus tard.
Cela dit, avec des "si" comme on dit... wink

En attente de la suite  tongue

Dernière modification par Noard (22-03-2022 19:57:57)


On ne dépasse pas ses limites, on se découvre - trombi

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#3 22-03-2022 20:05:51

Hervé27
éMULe
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Noard a écrit :

#648394Bonjour Hervé,

Merci pour ce partage, quel terrain de jeu !  roll
Belle journée, avec cette distance et ce D+, on peut comprendre que les guiboles n'aient pas trop le temps de refroidir même en short

Pour la péripétie du téléphone, en tant que lecteur de l'ombre, ta détermination me fait encore sourire : ça ne semble pas te faire changer d'avis sur le fait de retrimbaler  à l'avenir le tout petit accu que tu as abandonné de ta liste (d'après ta revue vidéo), alors qu'il serait à même de fournir le petit courant nécessaire si cela c'était produit un peu plus tard.
Cela dit, avec des "si" comme on dit... wink

En attente de la suite  tongue

Et oui !

Tout à la fierté de ma belle liste de montagne estivale, j'en ai oublié mon propre diagnostic de l'efficacité limitée du panneau solaire dans les forêts des Vosges, où je prévoyais de fonctionner avec une powerbank ... Evidemment, dans ces circonstances un coup de booster eut été appréciable !

Ceci étant dit, l'itinéraire n'était pas compliqué sans carto, il suffisait de suivre le très compétent marquage du Club Vosgien. Quoique ... (suite au prochain épisode)


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#4 22-03-2022 21:47:51

cernunos
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

smile Salut,

Souvenirs, souvenirs... lol


"Marche, marche ! Tu verras..." Henri Vincenot - Les Etoiles de Compostelle
"Le recours aux forêts — ce n'est pas une idylle qui se cache sous ce mot. Le lecteur doit plutôt se préparer à une marche hasardeuse, qui ne mène pas seulement hors des sentiers battus, mais au-delà des frontières de la méditation." Jünger

"Marcher dans une forêt entre deux haies de fougères transfigurées par l’automne, c’est cela un triomphe.
Que sont à côté suffrages et ovations ?"   Cioran

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#5 23-03-2022 20:01:39

Hervé27
éMULe
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Jour 2 - dimanche 20 mars - du Grand Ventron à Leimbach

Dans la nuit, j'ai géré la lente extinction du poêle et l'inexorable rechute de la température en renfilant des couches. Chaque fois que je ressentais le besoin de me recroqueviller pour garder ma chaleur, j'en rajoutais une : l'imper-respi d'abord, puis la polaire ... A mon petit thermomètre je relève -2°C au petit matin, mais bien que cela corresponde à mon ressenti je suis dubitatif car le fond d'eau de ma petite bouteille n'est pas gelé.

En milieu de nuit, en plus du vent commencent à tomber les averses dont j'étais averti par les prévisions. Il n'était pas raisonnable pour moi de bivouaquer en mode estival dans ces conditions : la cabane était vraiment bienvenue. Endormi à 3% de charge hier soir, mon téléphone refuse de se réveiller, bien que je l'ai conservé dans le duvet : quand ça veut pas, ça veut pas ... Je n'ai plus la notion du temps, et comme j'ai fermé les volets de la cabane je ne peux pas voir si le jour se pointe : il me faut me relever pour les ouvrir afin que la lumière attendue me serve de réveil.

Quand enfin l'aube arrive, l'environnement est embrumé et il tombe une petite pluie glacée et continue. Ayant fait moins de la moitié de la distance totale hier (40 km sur 90 ...), je ne dois pas traîner si je veux pouvoir rallier la maison avant la nuit, sans la honte de devoir quémander la voiture-balai à mon épouse  roll . Je remballe vite bien que mon bazar soit éparpillé sur les 2 tables et les bancs : c'est l'avantage des cabanes ! Comme je n'aurai pas d'autre bivouac sur cette sortie, je reste en pyjama et garde TS ML et collant pour la marche de ce jour : pour une fois je ne suis pas en short ...

Je sors donc dans la brume et la pluie, l'occasion donc de vérifier la performance de ma nouvelle veste (spoiler : nickel !). Une petite vidéo de l'instant histoire d'enregistrer l'heure du départ (6h43), et c'est parti pour le match retour ! Je rejoins à 100 m l'Auberge de la Chaume du Grand Ventron (fermée à cet instant et panneau "à vendre", pour ceux que cela intéresse), et juste à côté le Refuge du CAF que j'inspecte histoire de compléter mes repérages : tout est fermé, je n'ai pas trouvé d'accès à un refuge d'hiver. Je me réhydrate à la fontaine et refais le plein d'eau, ça ne m'aurait pas coûté grand-chose de le faire hier soir ...

06h43 alt.1155m Chaume du Grand Ventron, faut se lancer
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Je suis ici les indications pour rattraper le GR531 et sa marque au rectangle bleu, qui me permet de ne pas me soucier de l'absence momentanée de ma cartographie. Il me faudra attendre le retour annoncé du soleil plus tard en matinée pour pouvoir redémarrer le téléphone. Montée donc au sommet du Grand Ventron, dont je ne vous montre rien parce que c'était dans la brume, la pluie et le vent : j'ai vu la table d'orientation, et pas plus loin. J'y récupère le GR531 et bifurque sur ma droite pour poursuivre le fil des crêtes ... mais quelques mètres plus loin, à l'entrée de la forêt, l'accès au chemin est barré d'une banderole : les bois du Bockloch à l'hivernage sont une zone de repos et de quiétude animale (je suppose pour les chamois principalement). Une petite carte indique le chemin hivernal alternatif, par une marque au rond bleu au départ du refuge dont j'arrive ! Demi-tour dans la pluie qui déjà se mêle de quelques flocons, la brume, le vent et le froid, et retour à la case départ.

La marque au rond bleu emprunte la route, encore abondamment enneigée englacée. Je me fais la réflexion que le sentier de crête et pentes abruptes que je prévoyais d'emprunter n'aurait pas été très pratique ... Si j'ai mémorisé la carte de déviation du sentier fermé, je n'ai aucun support pour contrôler ma position : je me fie donc totalement au marquage, toujours inquiet de manquer une bifurcation. La neige qui se mêlait à la pluie prend maintenant le dessus, et après quelques minutes il neige à gros flocons. Quel contraste avec hier !

Après 1 km je croise l'abri de la Méreuille, très belle et vaste cabane, bien plus moderne et propre que mon abri de cette nuit. Comme toujours, pas de couchage mais les tables feraient l'affaire. Je poursuis par la route sur ~3 km, sans avancer très vite car il faut faire avec la route encroûtée de neige, et trouver sa trajectoire entre les profondes marques de pas faites aux heures où la couche était molle. C'est plus facile pour moi sur la neige dure de ce matin, mais je m'enfonce parfois malgré tout. Je croise un autre abri, celui des Blancs Murgers, mais je ne me détourne pas pour le visiter, car j'ai retrouvé juste avant le rectangle bleu et c'est dans la direction opposée qu'il se sépare de la route. Je retrouve donc le sentier, moins enneigé que la route mais la fonte l'a rendu spongieux : de temps à autre une eau froide s'infiltre et mouille mes chaussettes.

La neige tombe toujours, et les sols qui hier n'étaient que parsemés de plaques de neige redeviennent gris, puis blancs ... Les conditions sont tout de même plus mauvaises que ce à quoi je m'attendais, mais je n'ai pas froid malgré ma tenue qui n'est pas différente de celle que j'emmène en été. Seuls les doigts morflent un peu, mais ça c'est l'ajustement de la circulation sanguine aux conditions ambiantes, aucune couche supplémentaire de gant n'y ferait rien.

07h53 alt.1090m, juste avant le Col de Pourri Faing, après 1h de chute de neige
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Quand je passe au col de Pourri Faing (1092m), secteur abondamment boisé, l'enneigement prend des proportions que je n'attendais pas. La couche de neige fait encore ici 50 cm à 1 m, et je ne suis pourtant pas plus haut qu'au Col des Perches où, hier, je faisais ma sieste au soleil dans l'herbe ... A altitude égale, les restes de neige sont bien plus importants à l'intérieur du massif qu'à sa périphérie. Les traces des randonneurs qui m'ont précédé les jours passés m'indiquent le chemin, lequel se fait un peu plus praticable quand je remonte du col.  Après plus d'une heure de marche je ne peux plus maintenant être très loin du Col du Bramont, donné à 6 km depuis le refuge du Ventron. Las ! La portion de sentier suivante du GR531 est à nouveau fermée, car cette fois trop dangereuse en conditions hivernales. Dans la neige abondante où je me trouve, je ne discute pas le verdict.

C'est un nouveau détour dans la direction opposée qui m'est proposé via la marque au rond bleu, mon unique repère ... En la suivant je parviens bientôt à de vastes prés toujours abondamment enneigés, la Vieille Montagne (1151m). Parvenu à une bifurcation, j'interprète mal les panneaux "Itinéraire hivernal" et les ronds bleurs affichés dans les 3 directions. Bingo ! Je fais le mauvais choix et finis par constater que ma direction et le sens de la pente ne sont pas de nature à m'amener vers le terminus de la Vallée de la Thur : je suis plutôt en train de marcher vers La Bresse et de m'éloigner de l'Alsace !

J'arrive bientôt à une route de forêt (enneigée et fermée) et décide ici de quitter la direction du rond bleu (vers ma gauche et a priori l'Ouest) et d'aller à l'opposé vers a priori l'Est, espérant retrouver un repère / marquage que je puisse identifier. Le Col routier de Bramont ne peut pas être loin ! Le moral descend car s'il ne neige plus, les arbres s'égouttent de leurs flocons fondus et c'est comme s'il pleuvait. A cet instant, ma décision est pratiquement prise de bifurquer depuis le Col de Bramont pour redescendre dans la Thur et rentrer à la maison par le fond de vallée plutôt que par les crêtes ... à condition de retrouver le col ...

Ma correction de trajectoire était heureusement la bonne, et bientôt les bruits de moteurs me renseignent sur la proximité de la route, et j'arrive enfin au Col de Bramont (955 m). Les 6 km théoriques se sont transformés en 9 au réel : je ne suis pas en avance ... Mon petit débat intérieur se poursuit, que j'arbitre en faveur de poursuivre par l'itinéraire  initial : j'ai retrouvé le GR531, et les versants que j'aborde maintenant devraient être mieux exposés et, je l'espère, dégagés de neige. Va donc pour la remontée en direction du Col de l'Etang. Dans l'essentiel de tout cet épisode matinal, j'ai gardé la caméra bien au sec. Dommage, quelques scènes auraient valu le coup ...

Le plafond nuageux s'est relevé et, s'il ne fait pas encore beau, il y a déjà plus de lumière. Je remets en place le panneau solaire et le branche au téléphone, attendant que quelque part au cours de ma marche il veuille bien ressortir de sa léthargie ... Le sentier ne grimpe pas spécialement fort, et en-dessous du sommet de Ronde Tête / Rundkopf (1160m) s'offre une belle vue sur la haute vallée de la Thur, le village de Wildenstein, le lac de Kruth, ainsi que le piton sur lequel se dressent les restes de la forteresse de Wildenstein.

9h15 alt.1100m Point de vue du Rundkopf
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Je redescends légèrement pour passer au Col boisé de l'Etang (1027m). A ma gauche sur le versant Nord et côté département des Vosges la Tourbière de Machais est abondamment enneigée, mais pour ma part le chemin est globalement libre de neige. Il y a là un nouvel abri, mais en auvent à l'image de celui des Winterges croisé hier. Il n'aurait pas fait l'affaire dans les conditions de cette nuit ...

Le GR531 remonte ici franchement en direction du Rainkopf (1305m). Forcément, il y a à nouveau plus de neige mais ça reste très facilement praticable, la saison des raquettes est terminée. Le sentier coupe une route enneigée au niveau d'une belle vieille borne jaune et blanche pleine d'indications : elle va rejoindre la Route des Crêtes, et Thann m'est indiqué à 35 km (j'en ai déjà fait 12). D'ici, plutôt que de m'enfoncer dans toujours plus de neige pour monter au Rainkopf via le GR, je décide d'effectuer mon virage vers le Sud en utilisant la route. Au vu de l'épaisseur de neige qui la recouvre (~30 cm), et de certaines congères aussi hautes que moi, je ne vais pas être dérangé par le trafic et ma progression / orientation sera plus facile !

09h46 alt.1156m tout droit par le GR531 ...
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... ou plutôt par la route ?
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La lumière se fait plus vive, et quand quelques centaines de mètres plus loin se fait la jonction avec la Route des Crêtes indiquée, un chaud soleil et un très grand beau temps se sont réinstallés. J'ai du mal à croire que j'ai marché 2h sous les flocons ce matin ... Très vite le téléphone se réveille et vibre : avant de le manipuler, je vais configurer au mieux le panneau pour optimiser sa charge, le portant un temps sur le torse car je marche désormais plein Sud. Avec ma carto, de quoi échanger avec mon camp de base au bout de la vallée, du soleil, de la vue et de la marche qui déroule, j'ai vraiment bien fait de ne pas renoncer !

Neige et congères sur la route n'entravent pas spécialement ma progression, car en général la neige est dure, et il y a souvent une bande dégagée côté pente sur laquelle je peux marcher au sec. Je ne suis pas le premier ce matin au vu des traces sur les 2 cm de neige fraîche : quelqu'un est déjà passé à ski de fond avec un chien. Là où je me suis engagé sur la route, la borne indiquait la station du Markstein à 13 km, elle-même bien avant le Grand Ballon, celui-là bien avant Thann ... La journée pourrait être encore longue, et je tente de calculer si je peux encore arriver à parvenir chez moi avant la nuit ...

Au départ la route m'appartient, puis au fur et à mesure que des chemins montant de la vallée amènent les promeneurs du dimanche, je croise quelques rares groupes et famille. Ce n'est pas la foule de l'été !

10h18 alt.1230m Route des Crêtes, retour du soleil !
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J'attends le 20ème km pour m'écarter de la route au Col de Hahnenbrunnen (1186m), et trouver ma 1ère pause au soleil au pied d'un arbre dans un ilot d'herbe sèche au milieu des plaques de neige. Un peu trop de vent pour lancer un café, je m'abstiens  cry . Le téléphone recharge maintenant vite, et je peux tenter un peu de réseau pour donner des nouvelles : mon épouse veut déjà savoir si, où et quand elle doit venir me chercher, mais j'ai le temps de profiter de cette journée redevenue magnifique avant de décider quoi que ce soit.

La pause est courte, et comme ici la route est désormais dégagée (de rares voitures sont passées), je rattrape le GR5 au Refuge de Hahnenbrunnen. Je n'y reste cependant qu'un gros kilomètre, car dans la neige fondante les portions de gadoue manquent plusieurs fois de me faire glisser : ce sera donc par la route pour les 2 derniers km jusqu'au Markstein. Les quantités de neige ne sont plus suffisantes pour que la station opère, mais il y a quand même là un public clairsemé monté pour le dimanche. Je traverse vite, et reprends encore une fois le GR5 à la sortie : je n'ai plus que lui à suivre pour rallier Thann.

11h36 alt.1186m Col de Hahnenbrunnen, temps de la pause
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12h47 alt.1203m le Markstein au bout de la route
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Le chemin est très régulier et, sur le fil des crêtes, ne change que très peu de niveau : ça déroule ! J'essaye de jauger le temps qu'il me faudrait pour monter au Grand Ballon, mais en fait ma décision de ne pas y monter est déjà prise. L'objectif prioritaire est de rallier Thann puis la maison dans les temps d'une part, j'y suis monté il y a 15 jours d'autre part. De plus, si le temps est revenu au beau, les vues à longue distance sont tout aussi bouchées qu'hier : aucun espoir d'être là-haut récompensé par le spectacle des Alpes, souvent visibles du Tyrol au Mont-Blanc et par-delà les crêtes du Jura.

13h30 alt.1210m Hundskopf, retour sur un GR5 printanier et déroulant
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Le GR5 / rectangle rouge quitte la crête pour passer en forêt autour du Storkenkopf. Nouveau chalet du Club Vosgien juste sous le chemin, que je ne visite pas, le supposant identique aux précédents. J'arrive au Col du Haag (1232m) juste au pied du Grand Ballon vraiment très proche, mais je m'en tiens à ma décision et emprunte mon itinéraire de contournement (croix jaune). Retour dans les bois et, sur un collet dans un très beau cadre sylvestre, encore un chalet que je veux cette fois visiter, mais la présence d'un groupe occupé à ses grillades et couvrant d'une sono les bruits de la forêt me dissuade ...

14h25 alt.1233m Col du Haag, Grand Ballon tout proche, mais je n'y monte pas
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mais si j'y étais monté ...
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... je vous aurai montré ça, parcouru hier
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En bord de chemin et creusés dans le rocher plusieurs cavités, certaines au sol inondé, dans lesquelles je jette un oeil et que j'interprète comme des aménagements militaires de la 1ère Guerre Mondiale. Le Vieil Armand n'est pas loin.

Je veux faire ma seconde et donc dernière pause de la journée, et sais pouvoir trouver fontaine, table et banc au soleil un peu plus loin, à l'abri de Gerstacker (~1050m, bâtiment en dur fermé dont j'ignore le statut au regard des randonneurs). J'y arrive à 15h, avec un compteur monté à 35 km depuis ce matin. Tandis que j'aère mes panards en sirotant mon jus de chaussettes café (tiède car mal chauffé dans un petit vent, je me suis loupé), un puis deux lamas passent nonchalamment devant moi eek , suivis d'un couple de randonneurs en guise de propriétaires. Ils semblent obéir à la voix et accompagnent en liberté, sans harnachement quelconque. Surprenant cool  !

A l'heure de me lancer dans le final et la longue descente vers Thann, je fais mon petit calcul : depuis chez moi, je monte au Grand Ballon en moins de 5 h pour en redescendre en moins de 4. Comme je décolle à 15h40 de mon banc, j'annonce une heure maximale de 19h45 (donc à la nuit) de retour à la maisonnée. En revanche je reprends sur des chapeaux de roue : j'ai la forme et je bastonne ! Etant de plus désormais sur un itinéraire déjà parcouru, je porte moins attention et me concentre sur l'efficacité de ma progression.

15h09 alt.1150m Gerstacker, seconde et ultime pause
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Je passe en coup de vent :
- le Col de Firstacker (955m), sa table de pique-nique et sa belle source
- le Col Amic (828m), son carrefour routier et parking
- les ruines perchées du château de Freundstein
- la ferme-auberge du Freundstein, d'où et pour tirer au plus direct, je ne remonte pas au Molkenrain (1125m), et opte pour la découverte d'un très bel itinéraire forestier sur ses flancs
- le Camp Turenne (900m) et son petit mémorial militaire où flotte le drapeau tricolore
- le très agréable abri du Becherkopf (encore et toujours chalet du CLub Vosgien), et 200m en amont le superbe spot de pique-nique et pourquoi pas de bivouac avec vue plongeante sur la vallée
- le Camp des Pyramides (781m) (baptisé d'après les grands monolithes qui le dominent ?)
- le Col du Grumbach (581m), où je fais une incartade au GR5 pour une descente vers Thann plus directe en direction du quartier de Kattenbach
- et enfin Thann, où je passe la Thur à 18h, puis me pose devant le grand panneau des directions du Club Vosgien au son de l'angelus de la Collégiale

16h54 alt.930m je bastonne en direction de Thann
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16h58 alt.910m Camp Turenne
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17h09 alt.860m Baecherkopf, spot pique-nique (et bivouac ?)
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18h03 alt.350m Thann, la Thur
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18h05 ayééééé ! j'ai fait le tour !
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Ne me restent alors que 2 gros kilomètres pour rallier la maison à 18h30, moins de 3 h après la fin de ma pause sous le Grand Ballon.


Total J2 50 km D+1096m D-1893m Marche 11h

Total du tour 90 km D+3343m Marche 21h

Itinéraire
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#6 24-03-2022 07:47:00

vogesus
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Sympa le récit, ça me rappelle des souvenirs  smile

Il me semblait que le site de ventron avait été racheté pour en faire une hôtellerie "4 saisons", le ski est abandonné pour l'instant.

https://www.vosgestelevision.tv/Info-en … x9THb.html

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#7 24-03-2022 10:05:17

DOM42
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Très belle découverte de cette région grâce à toi. Tu m'impressionnes, 90kms en deux jours  eek

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#8 24-03-2022 10:13:03

Hervé27
éMULe
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Salut cernunos, vogesus, merci du passage  smile

J'avais eu un rapide aperçu des Vosges il y a 30 ans (ouch !) quand, débutant ma vie professionnelle à Reims, j'occupais mes week-ends en attrapant un train de nuit pour me faire déposer quelque part au petit matin, et rentrant vaille que vaille le dimanche soir ...

Un week-end d'été, je suis ainsi descendu à Saverne à 6h du matin pour aller bivouaquer le soir au Donon (avec 15 kg sur le dos ... c'était quoi la MUL en ce temps-là  tongue  ?). Je m'étais juré de revenir un jour en ce paradis de randonneur, et c'est chose faite à temps plein depuis le printemps dernier. Je nage dans le bonheur (et pas dans mon T-shirt ...) !

La balade est en vidéo ici (toutes les images publiées ici en sont extraites), a priori plus regardable et écoutable que d'autres horreurs que j'ai pu commettre jusqu'à présent roll . J'explore le potentiel de ma petite caméra cool ...

Tour en Thur en vidéo
7UJmD1ozt.Intro-Tour-en-Thur.s.jpeg


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#9 24-03-2022 10:24:16

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
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Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

DOM42 a écrit :

#648652Très belle découverte de cette région grâce à toi. Tu m'impressionnes, 90kms en deux jours  eek

Salut DOM42 smile

C'est clair, j'aime les grosses journées et suis toujours dans le mouvement, ne m'octroyant pas plus de pauses que je n'en ai besoin ou envie. Il ne s'agit pas tant de marcher vite que longtemps, en partant tôt et en s'arrêtant tard. Dans ma logique de traversée, ne pas exploiter tout le temps de jour disponible relèverait du gaspillage ... Néanmoins, sur une journée d'été avec 16h de jour, marcher 10h (ce que je considère mon quota normal) laisse encore 6h de battement et de flâneries au soleil, à répartir entre les pauses et le bivouac, en plus des 8h de repos dans le duvet.

Et en plus, je trouve que les plus belles heures de marche sont celles du petit jour et du soir, question de lumières, de température, de sons ... et de chemins vides d'autres bipèdes, sauf ceux qui comme moi aiment ces ambiances cool ...


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#10 24-03-2022 10:57:39

Cat 09
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Messages : 447

Re : [Récit + liste] Tour en Thur, 90km, 2 jours, 4 saisons

Jolie balade, dans un coin que je ne connais pas du tout. Merci de la découverte ! Moi aussi je suis impressionnée par les distances et les dénivelées. Mais il est vrai que tu nous y as habitués  wink .

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