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#1 26-10-2022 09:40:31

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

[Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

La côte bretonne,
au fil de mes pinceaux

Un projet un peu particulier : l'idée était de randonner depuis Brest le long du littoral, jusqu’à peindre 30 aquarelles format « grande carte postale » 18x13 cm. Probablement inconsciemment inspiré de La vie mode d’emploi de Perec (à ceci près que je ne compte pas détruire le carnet à l’arrivée !). À raison de 25 km et deux aquarelles par jour, j’anticipais une arrivée entre Morlaix et Lannion. Ce sera finalement Brest-Morlaix. Chaque aquarelle devait être réalisée principalement « sur le vif », quelles que soient les conditions, avec éventuellement des reprises reportées au soir ou au lendemain, mais pas plus. Le but était avant tout de s’amuser et de progresser en affrontant des conditions inhabituelles.


Côté équipement, je ne reviens pas en détail sur le sac qui reste du grand classique : sac KS50, quilt apex 167 Liteway, tente X-mid 1P, matelas Zlite recoupé, microdoudoune patagonia  cuisine au gaz avec tasse Toaks 550-L et MSR PR2, etc etc. Tout ça fait un poids de base autour de 4kg. Les premières nuits étaient assez froides, j'ai subi la condensation dans cette région très humide, et ce malgré la X-mid très aérée. J'avais anticipé l'impact de l'humidité en ne prenant que de l'équipement en synthétique.

Le problème numéro 1 dans la région, paradoxalement, c'est trouver de l'eau douce. D'après ce que j'ai compris, les restrictions d'eau sont toujours en vigueur, et même certains sanitaires étaient à sec. Il faut savoir que je suis parti en impro totale, sans aucune carte, sans smartphone. Du coup, je ne pouvais pas anticiper les points d'eau, les villages pas loin du littoral... et faire des allers-retours vers l'intérieur des terres, ce n'était de toute façon pas l'idée. Sur le littoral, je croisais, en moyenne, un WC par jour. J'y remplissais systématiquement 3L d'eau, ce qui me permettait de tenir au moins 24h. Il y a eu 2 bivouacs un peu tendus (fond d'eau froide le matin...) mais globalement ça l'a fait. Un peu stressant quand même, quand le soir commence à arriver et que les réserves sont critiques... Bref, tout ça pour dire que 3L d'eau, ça pèse son poids.

Comme je ne pouvais pas anticiper les ravitaillements, j'ai aussi emporté dès le départ une quantité certaine de vivres de course pour 14 jours (basé sur mon expérience hivernale en Laponie). Les quelques ravitaillements "plaisir" que j'ai fait n'ont complété que les produits frais : fruits, légumes, jambon, et bien sûr crêpes, kouign amann... pouce Ces réserves de vivres pesaient aussi un sacré poids. J'étais sans doute bien au-delà de 12 kg au départ, et malgré le soin apporté au remplissage du sac, le KS50, ça ne le faisait pas du tout. J'ai souffert les premiers jours d'irritations/ boursouflures à cause de la ceinture ventrale, que j'ai dû relâcher, donc tout prendre sur les épaules... Je m'interroge sur la pertinence d'un sac UL au regard de ma pratique où, sur le terrain, la liberté de mouvement prime sur l'optimisation.

A cet équipement de base s'ajoute le matériel d'aquarelle, que je me suis amusé à peser (même si la légèreté n'a jamais été un critère pour ces achats, et que je n'ai pas emporté les plus légers de mes pinceaux mais les plus polyvalents).
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- Petite palette avec 8 couleurs en tubes Sennelier versées avant le départ dans des demi-godets : jaune citron, ocre jaune, laque de garance rose, vert sapin, bleu de phtalo, outremer, terre de Sienne brûlée, brun van Dyck. 130 g
- Une éponge est placée dans la palette, idée de dernière minute mais accessoire très pratique in situ.
- Carnet spiralé de 15 feuilles en papier aquarelle 18x13 cm, 100% coton, 300 g/m². 160g
- Un petit pinceau à lavis et un pinceau nerveux de taille moyenne pour les reprises, avec une pointe très fine pour les détails. 25g
- Pot d’eau pliable. 75g (on peut certainement trouver plus léger).
- Un chiffon pour des rehauts et corrections. 15g
- Un spray pour humidifier rapidement le papier et créer des effets dans l’humide. 20g
Total : 425g. Soit grosso modo un APN capteur 1'' dans sa housse.

Pour jouer le jeu jusqu'au bout, ne pas être tenté de remettre une peinture à plus tard par exemple, je n’ai pas emporté d’appareil photo (et pas de smartphone, comme d'hab). Du coup dans mon poste électronique je n'ai que la frontale (un mois+ d'autonomie) et le petit téléphone GSM (2 semaines+ d'autonomie en mode avion). Du coup pas besoin de batterie externe ou panneau solaire. L'un dans l'autre, je suis plus léger de quelques centaines de grammes avec le matériel d'aquarelle par rapport à un APN cool

C’était la première fois que je me prêtais à l’exercice de la peinture en plein-air, et ça a été une belle expérience. Pour être honnête, heureusement que j'avais ce défi "30 aquarelles", sinon je me serais vite ennuyé passé l'aber Ildut. Autant les falaises de Brest à la pointe de Corsen, c'est absolument spectaculaire (et j'ai eu de la chance d'avoir grand beau les 4 premiers jours), autant les circonvolutions des trois abers (Ildut, Benoît, Wrac'h) sous la bruine, j'en ai vite eu ma claque. J'espérais retrouver des falaises dans la partie nord, mais c'est resté du littoral gentillet et civilisé jusqu'à Morlaix, où je me suis arrêté sans regret. Que voulez-vous, je suis un gars de la montagne, on se refait pas ! lol

La partie artistique de l'aventure était donc plus que bienvenue sur les sections que je ressentais comme un tantinet lassantes. Surtout, j’ai été frappé de constater comment ce projet changeait ma manière de percevoir le paysage. D’habitude, quand je randonne, la photo est au service de la balade, même si j’essaie toujours de créer un intérêt au-delà du sujet « souvenir ». Ici, pour la première fois, le voyage était au service de l’art, plutôt que l’inverse. Le but n’était pas de marcher 400 km, mais bien de peindre 30 aquarelles. Je ne cherchais plus à immortaliser des sujets, mais à transcrire des ambiances. Je devenais soudain beaucoup plus sensible aux lumières, au dynamisme, aux harmonies et dissonances chromatiques… Je n’observais plus le paysage, je l’analysais, par le prisme des cinq fondamentaux de la peinture :

- La composition : les lignes de force, le guidage de l’œil, les perspectives (géométriques et atmosphériques)...

- La lumière : la gamme de « valeurs », des plus claires au plus foncées, les contrastes, les bords définis ou perdus, la transparence, les effets de réflexion...

- Le dynamisme : spontanéité des coups de pinceau, travail dans l’humide, mouvement, lâcher-prise...

- La palette chromatique : nuances, désaturation, intensités, complémentarités, harmonies et dissonances...

- Le sujet : réalisme du dessin, textures…

Et il suffisait souvent qu’il y ait dans le paysage un élément qui résonne avec une facette de ce prisme pour que je m’installe, même si la lumière était terne, même s’il n’y avait pas de sujet, etc. Beaucoup des scènes que j'ai peintes n’auraient rien rendu en photo. Mais la peinture offre la liberté de transcender l’environnement : arranger les compositions, rehausser, voire inventer, des lumières, créer du mouvement, modifier les couleurs, sélectionner les sujets. Sous un certain angle de ce prisme magique, tout peut devenir intéressant : les profils des bateaux, les mouvements des nuages, les lignes des poteaux... Et c’est peut-être ce qui m’a intéressé le plus : cet effort d’imagination.

Enfin, il était amusant de relever les défis pratiques imposés par l'environnement. Eh oui, si la scène qu'on veut peindre est dans un goulot de vent, on n'a pas d'autre choix que de s'y frotter. Si la composition est meilleure quand on se tient debout, il faut rester debout... Ainsi, j'ai été parfois forcé de m’installer dans des conditions difficiles. Le problème, c'est qu'on a à minima besoin d’avoir à portée le pinceau, la palette, et la feuille, ce qui nécessiterait trois mains, à défaut d’un système pour accrocher la palette au poignet. Quand je peignais debout, je posais donc soit la palette, soit le carnet, sur mon sac à dos, et le pot d’eau par terre. À ces contraintes pratiques s’ajoutent des contraintes liées à l’environnement : vent, pluie, sable, insectes… Impossible de s’abriter si on veut garder le paysage sous les yeux ! Le temps de séchage, variable importante à maîtriser à l’aquarelle, devient aussi difficile à anticiper. Ça sèche très vite dans le vent, ça reste humide très longtemps dans la bruine. Il faut composer avec ce qu’on a et rattraper du mieux possible ce qui ne fonctionne pas… sachant que l’aquarelle n’est pas un médium qui pardonne facilement. Une fois la lumière et la transparence perdues, on ne les retrouvera plus. Dernière complication : le paysage qui se transforme en permanence. Les sujets bougent, les lumières se nuancent. Au coucher du soleil, quand le paysage s’illumine soudain d’une clarté orangée, la locution « sur le vif » prend tout son sens : dix minutes plus tard, tout s’éteint. Mais au final, toutes ces contraintes devenaient autant de défis à relever qui rendaient l'exercice très amusant, sachant que je n'avais pas de grande attente quant au résultat - j'étais simplement curieux de voir ce que j'allais être capable de faire !

Et donc, après cette longue introduction, voici les 30 aquarelles format 18x13 (je publierai au fur et à mesure dans les prochains jours pour que ce soit plus digeste). Après chaque peinture je rédigeais sur le terrain un court récit / analyse comme une note personnelle pour me rappeler du contexte, ce qui a fonctionné ou non... Je les reproduis ici, même si ce n'est pas forcément très intéressant d'un point de vue rando.

NB : vu les bêtises que je vois passer au sujet des droits d'auteur sur un autre fil en ce moment, je rappelle que je reste évidemment propriétaire de ce contenu publié sous licence Creative Commons BY-NC-SA.

1 - Phare du Minou (08/10)

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19h ce premier jour, après un après-midi de marche à l’ouest de Brest, il est temps de trouver un endroit où poser la tente. Mais l’ambiance est trop belle au phare du Minou pour ne pas tenter de l’immortaliser. Inconfortablement assis sur le talus, au bord du sentier fréquenté, j’affronte la peur du regard des autres. « Oh, regarde ! Il peint ! » Le gars, enthousiaste, va jusqu’à me demander si j’en fais des cartes postales, si c’est mon métier… Sans le savoir, il vient de guérir ma timidité à peindre en plein-air. Pourtant, cette première aquarelle ne rend guère grâce à l’endroit. Ce qui avait d’abord capté mon attention, c’était la lumière qui se glissait sous le pont, la différence de couleur de l’eau. Mais j’ai trop foncé la mer au loin, il a fallu repasser plusieurs fois sur le phare pour compenser. Et le temps passe et l’éclairage change : ce n’est plus la clarté de l’écume sous le pont qui attire mon regard mais le phare qui flambe au couchant. Je change mes plans, je corrige, je fais n’importe quoi. Tout de même, l’herbe en patchwork est intéressante, joli mouvement tiré à la pointe du manche du pinceau. Dans l’ensemble, un premier résultat plus qu’honnête, qui a le mérite de lancer officiellement la série. Comme je disais au gars plus tôt : « j’espère seulement que la dernière aquarelle du carnet sera plus réussie que la première... »

09/10
Après un bivouac dans un champ, je repars le long de ces belles falaises. Belle météo, et pas trop chaud ! Je m'arrête en milieu de matinée pour peindre ce paysage, debout au bord du chemin, carnet posé sur une haie et pot d'eau par terre...

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Grève de Déolen. Ce qui m’a intéressé ici, c’est la lumière dans la rivière. L’occasion aussi de pratiquer les arbres. Dommage d’avoir sur travaillé la colline de droite, mais la couleur de la plage est juste et les valeurs sont globalement correctes.

Le vent se lève (09/10)
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Ambiances spectaculaires vers la pointe Saint Mathieu. Force sauvage de la mer qui frappe les falaises.
Pourtant, quand je me suis installé, assis sur un rocher, c’était d’abord pour peindre les contrastes dans la roche. Le temps de réaliser le croquis (pas facile dans cette perspective plongeante !) et de poser un premier lavis, le soleil avait disparu, le vent s’était levé. Moindre contraste mais écume jaillissante. L’accent n’est plus mis sur la lumière ou le réalisme, mais sur le dynamisme, que j’essaie de rendre avec des coups de pinceau à sec. Les contrastes dans les rochers sous ciel gris ne sont pas évident à lier en un bloc cohérent, en gardant une continuité. Mention « pas mal » selon un passant.

4 – Matin pluvieux (10/10)
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Matin pluvieux, mais la pluie fine s’arrête pour me permettre de peindre cette plage située au sud du Conquet (Porz Liogan), assis dans l’herbe mouillée au milieu des escargots. L’horizon se dissout dans la bruine. Couleurs justes et textures globalement réussies, surtout les rochers qui s’avancent en second plan. Défaut de perspective corrigé à temps pour les lignes des toits sur la falaise. Tristounet, mais c’est l’ambiance.

5 – Marée basse (10/10)
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Dans le port du Conquet. Découverte d'une sympathique ambiance portuaire, après deux premiers jours sur les falaises. Mélange de plaisanciers, professionnels de la pêche et touristes. Mais il n'y a pas foule sur le GR. Je peins confortablement assis à une table en bois, mais le vent disperse les affaires ! De mon point de vue, les voiliers étaient séparés. J’ai réussi à adapter le dessin pour une meilleure composition. Difficulté à peindre les mâts en négatif, pas d’encre blanche pour corriger. Du coup, la partie supérieure de l’image est brouillonne. Mention spéciale à la partie inférieure avec la plage, nette et lumineuse, et la coque lisse du voilier de droite.
Au loin, des silhouettes ramassent les fruits de la marée.
Et moi, je suis gelé.

6 – Vent sur la falaise (10/10)
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Au nord de la plage de Porsévigné. Grand beau temps et grand vent. Paysages spectaculaires sur les falaises frappées par le soleil et les embruns. La maison blanche s’accroche comme elle peut. Moi aussi, assis sur mon rocher, les rafales dans la figure. Je ne renverse mon pot d’eau qu’une fois ! La falaise n’est plus que mouvement. On devine à peine le sentier qui descend. La traînée de bleu saturé en sec sur sec dans le ciel vient renforcer la dynamique. Le travail dans l’humide sur la falaise est rendu difficile par le séchage trop rapide des lavis. Pendant que je peins, un chien émerge du sentier, s’assoit dans mon dos, observe avec curiosité ce que je fais.
Curieuse impression quand je repars, quand je descends le sentier sur cette falaise que je viens de peindre, de marcher dans l’aquarelle.

7 – Heures chaudes (11/10)
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Soleil au plus haut qu’il puisse l’être en octobre, marée au plus bas, les roches chauffent et le vent tombe. Paysage immobile, langueur. Franc contraste sur ce bloc de roche érigé dans la mer. L’eau est volontairement sur-saturée. Pas sûr que ça fonctionne. L’ensemble est assez plat. Réalisé assis dans l’herbe spongieuse.
Je n'ai pas retrouvé l'endroit précis sur maps. Entre la plage de Porsévigné et l'embouchure de l'aber Ildut. C'est au niveau d'une zone militaire.

8 – L’écume des soirs (11/10)
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Le soir, la mer se lance violemment à la reconquête du terrain perdu. Fascinantes vagues qui s’écrasent dans des jaillissements d’écume défiant la pesanteur. Mouvement élégant. Il me prend l’envie d’en faire une étude, assis sur les rochers face à la mer qui monte, dans les environs de Lampaul-Plouarzel. Je commence par quelques croquis. Pas facile de saisir sur le vif la structure d’un jaillissement qui ne dure qu’une fraction de seconde ! Les vagues se suivent mais ne se ressemblent pas. J’attends patiemment les plus spectaculaires, analyse leur forme, leur gradient de couleur. Un mouvement en spirale vers l’arrière. Indigo à la base de l’élancement, turquoise clair en son cœur, écume blanche et gris clair. Pas facile d’isoler l’écume sans encre blanche. Résultat intéressant. Je renforcerai plus tard, sous la tente, le contraste de la roche, redéfinissant un bord net qui accroche la vague… et l’œil.

9 - 12/10
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Enfin sorti de l’aber Ildut ! Pas de paysage spectaculaire ou de sujet particulièrement inspirant mais le besoin de faire une pause. J’observe ce couple qui ramasse des coquillages. Son chien joyeux. Composition simple, l’occasion de pratiquer les silhouettes. Les rochers sont réussis au premier plan. Penser à fondre leur base dans l’humide : ainsi ils surgissent du sable au lieu de flotter en l’air. La mer est un peu trop saturée, les nuages trop subtils. Le phare sur l’horizon : peut-être celui de l’île Vierge ?

10 – D’une rive à l’autre (13/10)
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Terribles circonvolutions des abers… sous la pluie par-dessus le marché ! Si j’étais un oiseau, j’atteindrai l’autre rive en un clin d’aile. Mais non : il faut contourner, une vingtaine de kilomètres vers l’intérieur des terres car pas fichu de franchir à la nage les cent mètres de l’embouchure. Je la vois, l’autre rive : en permanence, elle me nargue. J’y serai cet après-midi. Quoique, ce matin, la pluie me retient sous l’abri. Bivouac folklorique, la chambre de la tente alignée avec l’ornière d’un ancien chemin désormais envahi par le lierre... J’aperçois dehors un bout d’estran, et de sombres branches étiques m’inspirent. Composition moitié imaginée. Le travail dans l’humide est compliqué au vu de l’humidité ambiante : ça ne veut pas sécher ! En bas à gauche, les lavis se fondent dans une bouillie de pigments. J’efface au chiffon. Un coup de pinceau pour absorber la couleur fait par chance apparaître le chemin, redonnant de la profondeur.

11 – Dunes de Sainte-Marguerite (13/10)
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Ciel couvert, vent, jolies couleurs pastels, et on patauge dans le sable : bienvenue sur la dune ! Si je n’observais (n’analysais) pas le paysage avec l’œil du peintre, c’est-à-dire cherchant autre chose qu’un simple sujet, je n’aurais sans doute pas remarqué la belle dynamique de ce chemin dans la dune, tremplin vers le ciel. En plus, la lumière est franchement fade : la scène n’aurait sans doute rien rendu en photo. Mais rien ne m’empêche de rehausser les contrastes et les couleurs. Le principal intérêt réside surtout dans la composition, la profondeur. Pas facile d’ailleurs d’esquisser la perspective des dunes sur quatre plans. Plus que jamais, se servir de ses doigts pour encadrer le paysage aide beaucoup à situer des repères, à mesurer des angles. Plisser les yeux, les cligner très rapidement pour transformer les sujets tridimensionnels en formes abstraites projetées dans un plan. Dunes rondes et poteaux droits : les masses deviennent des concepts géométriques. Important d’ajuster correctement la hauteur des poteaux. Terrible exercice d’ailleurs que celui du poteau. Quoi de plus simple en apparence qu’un trait vertical ? Mais il faut donner du mouvement à ce trait, une histoire. Enfin, l’herbe est suggérée ici et là, comme d’habitude, tirée à la pointe du critérium. Les couleurs restent pastels : l’ocre vire au brun et vert pâle désaturé.

12 – Marée haute (14/10)
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D’un aber à l’autre : sitôt sorti du Benoît, on entre dans le Wrac’h. Bruine. Je voulais peindre un contrepoint à la « Marée basse » du 10/10 : ce bateau solitaire m’en donne l’occasion. Réalisé debout. Travail dans l’humide réussi malgré le taux d’humidité de 100%. Malheureusement, le profil de la coque est raté et les mâts trop larges. Problème dans la perspective et dans le schéma de valeurs. À ma décharge, le bateau oscillait suivant un angle de 45° : un coup je le voyais de trois-quarts, un coup de face… Le reflet est aussi médiocre. Au final, l’aquarelle serait mieux réussie sans son sujet ! Point positif, la découverte d’une astuce pour tracer les fins cordages : déposer un point de peinture et le tirer d’un coup à la pointe du critérium. C’est beaucoup plus précis qu’au pinceau.

13 – Pluie (14/10)
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Après trois jours de bruine et petites pluies dans les abers, cette fois on peut vraiment parler de mauvais temps. Bivouac avec vue sur la plage du Vougo, derrière le rideau de pluie. Aquarelle réalisée à la tombée de la nuit sous la tente, terminée à la frontale. Lavis clair et diffus, dissolution du paysage dans l’humide. On devine un relief, la plage, la mer. Une valeur plus foncée contraste au premier plan, donnant l’échelle pour un rendu fini. Aquarelle tristounette, comme le moral. Je peux essorer les semelles de mes chaussures. La tente pue l’humidité. Entre condensation et pluie, rien ne sèche. Sur la peinture, même les fleurs d’arnica pleurent.

14 – L’ondée (15/10)
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Le lendemain, les ondées se succèdent. Pause déjeuner confortablement installé à une table de pique-nique face à l'embouchure du Quillimadec. Le ciel semble m’offrir un répit : j'en profite pour réaliser cette étude de nuages. Préserver la clarté. Travailler les contrastes. Ici, la palette chromatique est dissonante, entre le ciel violacé sombre et la plage ocre clair. La touche vert-jaune au premier plan semble proposer une solution au conflit, tandis qu’il se remet à pleuvioter gentiment. Les quelques gouttes qui tombent sur ma feuille produisent des effets de texture dans l’herbe. La clarté à gauche apporte finalement un vent d’espoir sur la maisonnette. La méchante ondée s’éloigne : ouf !

15 – Sur la dune (15/10)
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Plage de Karreck Hir. C'est d'abord le mur en pierre qui m'intéresse. L’occasion de mettre en pratique les enseignements de Paul Clark. Aquarelle ambitieuse, beaucoup d’éléments indépendants qui demandent du doigté : la maison, les arbres, le mur, la dune, les poteaux, l’escalier... Le tout réalisé lentement, tranquillement assis sur la plage, alors que le soleil semble s’imposer en ce milieu d’après-midi, quoiqu’ici et là le ciel reste menaçant. Je prends le risque de me lancer dans ce projet plutôt long malgré la météo incertaine. Risque qui s'avère payant : je suis très content du résultat. Harmonie des couleurs et des textures, le mur pas trop proéminent malgré l’abondance de détails. La perspective de la maison est correcte, et même les poteaux sont réussis ! Belle lumière avec un ciel foncé qui fait ressortir la clarté sur la façade et donne une ambiance plus orageuse qu’elle ne l’était réellement.

16 – Éclaircie (15/10)
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Le soir tombe, les nuages se sont réinstallés. Bien que la lumière soit grise et qu’il soit temps de chercher un endroit où bivouaquer, je ne peux pas passer à côté du magnifique phare de Pontusval ! J’ai cette idée d’une lumière directionnelle qui viendrait frapper la tour, guidant un mouvement d’ensemble. Donc, la majorité du travail est réalisé dans l’humide avec la feuille inclinée à 135°. Assis sur la plage, je peux manœuvrer à l'aise. Un second passage sur les rochers, léger. Le danger de sur-travailler est heureusement perçu à temps, pour une fois, et la lumière sur le phare est sauvegardée pour une ambiance douce. Alors que je terminais, le soleil sur le déclin est brusquement réapparu, illuminant le paysage d’une fantastique lumière or-orangé. Il était heureusement trop tard pour être tenté de changer l’éclairage dans l’aquarelle : je ne reproduis pas l’erreur du phare du Minou. Une des aquarelles les plus réussies du carnet à mon avis.

Le prix à payer : une soirée interminable après le coucher du soleil, à errer en ville vers Brignogan-Plages, désespérant de trouver un emplacement de bivouac...

17 – Bataille céleste (17/10)
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De l’issue de ce combat entre le soleil et les nuages dépend peut-être la suite de ma randonnée. Hier, il a plu toute la journée, certes pas très fort le matin, juste assez pour m’empêcher de peindre. Au temps pour la course de char à voiles dans l’anse de Kernic, mouvement des voiles bariolées sur fond de plage grise... L’après-midi, la pluie s’est intensifiée, le vent s’est levé : une vraie tempête.

Cependant, aujourd’hui, le soleil regagne du terrain. Éclat éblouissant sur l’eau, l’occasion de mettre en pratique la leçon de Remy Lach sur la luminosité. Les contrastes sont accentués progressivement, dans l’humide pour le ciel, à sec pour l’eau. Des rayons de lumières sont rouverts par des passages à l’eau claire, puis recouverts à nouveau, et ainsi semblent se frayer un passage au-dessus ou
en-dessous des nuages, donnant de la profondeur au ciel. J’ai hésité à opter pour une palette monochrome (indigo), mais c’est finalement plus amusant de glisser des nuances de gris colorés dans l’herbe et les falaises. Le menhir, involontairement disproportionné, n’était pas là en réalité, mais vu autre part la veille, sous la pluie (probablement l'impressionnant menhir de Cam Louis à Plouescat). Il trouve finalement sa place en tant que point focal secondaire de ce paysage lumineux.

18 – Marée basse II (17/10)
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Quand je me suis installé, la mer était encore haute au fond de cette rade, mais elle s’est rétractée au fil de la peinture, la rivière s’étrécissant progressivement – et sur l’aquarelle aussi, les berges opaques gagnant peu à peu du terrain sur la transparence de l’eau. J’apporte beaucoup de soin à l’esquisse du bateau, afin de reproduire sa courbe élégante. Mais beaucoup de difficultés pour l’arrière-plan, surtout l’estran vaseux de gauche. Je repasse encore et encore et, bien sûr, le résultat empire. Des « splatters » (projections de peinture aléatoires) cachent la misère. Point trop n’en faut : au-dessus de la vase, ils deviennent des oiseaux. Bref, j’essaie comme je peux de rattraper le coup. Le but étant de ne pas attirer l’œil du spectateur dans cet arrière-plan raté. A l’inverse, le bateau est réussi. Soigneusement peint en négatif, il se détache naturellement au premier plan. Justesse des valeurs pour un soleil timide tombant de la droite. Quant à la plage... moins on en fait, mieux elle se porte.

19 & 20 – Mathilde (17/10)
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Dès qu’ils sont arrivés à la plage, Mathilde a été abandonnée par son surfeur, qui a couru planche sous le bras et tignasse au vent à la rencontre de sa vague. Seule, Mathilde est restée plantée là. Elle a dû se mouiller les pieds pour passer le cours d’eau, après avoir soigneusement retroussé son pantalon. Sur la plage, elle a laissé son sac, et a grimpé sur un rocher. D’ici, elle cherche du regard son surfeur, sans arriver à le reconnaître parmi ces multiples silhouettes sombres qui nagent, pataugent, peinent. Est-ce celui-là qui dévale la vague ? Mathilde n’est pas impressionnée par ce numéro d’équilibriste. Ces vagues sont médiocres. Mathilde, perchée sur son rocher, se demande, si son surfeur devait choisir entre elle, Mathilde, ou la vague ? Mathilde craint de connaître la réponse. Elle se surprend à penser que cela ne lui fait ni chaud ni froid. En fait, depuis son rocher, elle ne regarde plus les surfeurs mais le large. Elle se demande, si elle devait choisir entre son surfeur et la pleine mer ? Un jour, Mathilde s’achètera un voilier et elle partira là-bas, vers l’inconnu bleu-gris et
les enivrantes tempêtes qui ne font pas semblant.

J’avais envie depuis un moment d’essayer un panoramique en double-page. Ce paysage, à la plage de Dossen, s’y prête : composition sobre, couleurs désormais maîtrisées. Peu de prise de risque à la réalisation, ce qui donne un résultat un peu terne, mais rehaussé par la dune plus dynamique. On ressent bien, je crois, cette sensation de vastitude. Les suggestions de vagues en humide lifté et effets de réserves à sec fonctionnent du premier coup, pour une fois. Malgré la simplicité de la composition, ça m’aura pris un certain temps, assis sur un banc en début d’après-midi, assailli par les fourmis volantes. La silhouette de Mathilde, en particulier, m’aura donné du fil à retordre. Elle devait initialement marcher vers la mer, comme c’était le cas en réalité, mais je me suis finalement rabattu sur une posture statique, plus facile. A la réflexion, c’est mieux ainsi : Mathilde attend, contemplative, à l’image du peintre qui, du haut de la dune, voit tout.

21 – 18/10
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Une autre de ces aquarelles imposées par la pause à la plage du Pouldu. Lumière sur les rochers intéressante à droite. L’occasion aussi d’évoquer le fameux goémon qui couvre toutes les plages. Le ciel est très réussi. Mais à l’image de #9, rien de bien spectaculaire. Je me souviendrai un peu plus tard dans la journée que les silhouettes sont toujours plus naturelles si leurs jambes forment des triangles, pointe en bas. C’est probablement pour ça que j’ai eu tant de mal à les peindre ici, alors que c’est quelque chose que j’ai spécifiquement travaillé il y a quelque temps. Trop tard pour rectifier le tir.

22 & 23 – Les deux tours (18/10)
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Roscoff, charmante petite ville, atteinte à la fin d'une matinée en terrain (trop) civilisé. C'est décidé : je m'arrêterai à Morlaix. Encore 9 aquarelles à peindre d'ici là ! Dans les prochains jours, je ralentirai le rythme de marche. D'ailleurs, fort du succès de "Mathilde", je m'installe à califourchon sur un muret et me lance à nouveau dans une double-page pour immortaliser le port de plaisance de Roscoff, sujet ambitieux qui nécessitera une bonne partie de l'après-midi. Rien que tester au brouillon si je me sens à la hauteur de la tâche au niveau des croquis préliminaires me prend un certain temps. L’esquisse est difficile. Il faut aplanir la perspective panoramique en situant les éléments correctement, et tout doit rentrer dans le cadre. Mais je suis satisfait du résultat final, vu la prise de risque. Le phare répond à l’église romane (architecture particulièrement originale). L’arrière-plan réussit à suggérer les détails sans qu’ils soient vraiment peints (mise en pratique des leçons et analyses de Liron Yanconski). Certains bateaux sont clairement moins soignés, la faute à une impatience grandissante sur la fin (ça devait faire 4h que j'y étais...). Dommage pour les erreurs d’échelle et de perspective sur les voiliers et optimistes. L’eau est aussi un peu brouillonne, mais pas évident de peindre les bateaux en négatif tout en gardant la fluidité. A la maison, j’aurais sans hésiter utilisé du fluide de masquage pour réserver les blancs.

24 – Chemin de traverse (19/10)
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C’est aussi ça, le littoral : une région rurale, des champs à perte de vue dans l’arrière-pays. Le GR serpente entre les cultures de choux et les propriétés privées. Je cherchais depuis ce matin une composition intéressante, je la trouve ici, dans la perspective de ce chemin qui plonge vers les champs, et je peux m’asseoir sur une pierre au milieu des orties. Un premier lavis trop foncé fait perdre fraîcheur et transparence : tant pis ! Pas évident aussi de suggérer la végétation abondante sans virer au figuratif, que ce soit pour le bord de chemin au premier plan, ou les arbres au loin.

25 – Vague de la Grève Blanche (19/10)
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Plage de la Grève Blanche à Carantec. C’est d’abord les belles demeures sur la falaise qui m’intéressent, malgré le temps gris. Puis je remarque certaines vagues fortes, et un voilier au loin. J’arrange la composition : le voilier ramené au second plan comble l’espace à gauche. Les maisons soigneusement sélectionnées sont réagencées de sorte à être moins disparates. La palette violette pour la falaise apporte une touche d’originalité – même pour les arbres ! La vague au premier plan me donne du fil à retordre. Je rehausse l’écume en grattant au couteau – une technique dont je viens seulement de me souvenir, et qui fonctionne ici de manière miraculeuse. Enfin, j’étudie soigneusement au brouillon le dessin du voilier : profil de la coque, forme des voiles… Résultat intéressant malgré le sujet « plage & falaise » qui devient classique. Et encore, une fois, quand je repars, grimpe la falaise, marche entre ces belles maisons, j’ai cette curieuse sensation d’avancer dans mon aquarelle !

26 – Sentier côtier (19/10)
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Ça faisait quelques jours que j’observais les panneaux pour en trouver un qui m’inspire. C’est chose faite, toujours à Carantec, à peine un quart d’heure après avoir quitté la plage de la Grève Blanche, alors que le soir arrive. Je saisis tout de même l’occasion, me concentrant in situ sur l’esquisse et l’arrière-plan fondu dans l’humide. Quelques reprises à sec le lendemain apportent de la texture au rocher et aux panneaux. Pas de grosses difficultés pour cette aquarelle qui illustre le voyage.

27 – Crépuscule (19/10)
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Décidément, ce soir, j’enchaîne ! Mais ce contre-jour vu depuis la pointe du Cosmeur, chant du cygne du soleil qui cinq minutes plus tôt inondait les falaises d'une lumière orange, appelle à être saisi. Pas le temps de réfléchir. Aquarelle réalisée dans le stress, du coup un résultat brouillon, mais j’ai eu de la chance pour le timing du reflet. Difficile d’identifier précisément ce qui ne va pas. Quatre aquarelles dans la même journée, ça commence à faire beaucoup.

La nuit tombe d'un coup. Je remballe en vitesse. Piégé dans la falaise boisée, je fini par trouver par miracle deux mètres carrés plats pour poser la tente dans la forêt.

28 – Île Louët (20/10)
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Le phare de l’île Louët, à l’entrée de la baie de Morlaix. Le soleil matinal, encore assez bas, donne une couleur saturée à la mer dans la direction de l’ouest. Trop de glacis pour corriger la couleur de l’eau font perdre la transparence. Un fort vent complique l’exécution des détails. Je me les gèle sur la falaise ! Heureusement j’ai réussi à conserver une belle lumière sur le phare, et la suggestion des rochers fonctionne à gauche de l’île.

Il fait un temps magnifique. Je dis au-revoir à la mer et m'enfonce dans la baie de Morlaix. Tours et détours de moins en moins passionnants, d'abord pour éviter les fermes ostréicoles (la saison bat son plein), puis les propriétés privées. Dans les forêts, j'esquive les bombardements de châtaignes. L'itinéraire s'éloigne de plus en plus de la baie, se perd dans des champs abrutis de soleil. A l'approche de Morlaix, j'hésite à toquer à la porte des sœurs augustines, mais poursuis finalement en ville. Le café du port vu depuis l'autre côté du canal offre un tableau inspirant, mais il n'y a rien pour s'installer. Je poursuis sur le GR au nord de la ville, essayant de trouver un emplacement de camp loin de la départementale. Après une longue errance dans la campagne, entre routes, villages, champs cultivés, et bosquets envahis par les orties ou les ronces, je déniche enfin un bout de friche à l'abri des regards, au pied du mur d'un cimetière.

Un vent violent a soufflé toute la nuit. J'ai peu dormi, mais ça m'a permis de tester la nouvelle méthode d'ancrage de la Xmid. Je m'en retourne tranquillement vers Morlaix.

29 – Morlaix, vue du viaduc (21/10)
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Arrivé plusieurs heures en avance en ville, je me balade en quête d’une ruelle à peindre, mais ne trouve rien, principalement à cause du manque de contraste : temps très nuageux, lumière terne. Cependant, la perspective sur les toits est intéressante depuis le viaduc, et je me lance dans un croquis malgré des rafales violentes et une petite pluie. J’aurais aimé reproduire plus soigneusement les détails de l’église (église Saint-Mélaine), mais difficile d’être précis vu les conditions. Pour la peinture, je ne peux pas faire beaucoup mieux qu’un lavis rapide, en essayant de varier la couleur des toits à l’instinct. L’essentiel est que l’orientation des lignes de fuite soit correcte dans ce point de vue contre-intuitif (inhabituel d’avoir une vue quasi plongeante sur des toits). Tout ça donne finalement un résultat spontané intéressant. Le garde-fou au premier-plan, mieux défini, apporte un ancrage au regard, qui peut ensuite rebondir jusqu’au clocher.

30 – Vers l’infini (21/10)
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Toujours sur le viaduc, mise en abyme rapidement esquissée dans le vent violent. Alors que je m’apprête à passer à la peinture, une rafale fait décoller mon sac qui roule dans le caniveau au milieu du passage ! C'est de l'aquarelle de l'extrême big_smile Mais impossible de continuer. Je terminerai le soir, tranquillement installé à mon bureau, cette aquarelle qui n’a d’autre but que de conclure le carnet. Mission accomplie !

Dernière modification par Ytreza (16-11-2022 15:11:31)

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#2 26-10-2022 10:29:35

Dermochelys
Membre
Lieu : Bruxelles
Inscription : 03-02-2022

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Salut Ytreza,

Très chouette initiative! J'aime bien l'idée de ta démarche de voyager au service de l'art et trouve ton analyse du processus éclairante smile
Très jolie aquarelle également! Ca donne envie de voir déjà les autres wink

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#3 26-10-2022 11:25:09

Ruz boutou
Traîne-savates tout-terrain
Lieu : Brest
Inscription : 02-10-2019

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Hello Ytreza,

merci pour ce premier retour. Sympa cette approche par l'aquarelle. On découvrira la suite avec intérêt ! pouce

Ytreza a écrit :

sinon je me serais vite ennuyé passé l'aber Ildut. Autant les falaises de Brest à la pointe de Corsen, c'est absolument spectaculaire (et j'ai eu de la chance d'avoir grand beau les 4 premiers jours), autant les circonvolutions des trois abers (Ildut, Benoît, Wrac'h) sous la bruine, j'en ai vite eu ma claque. J'espérais retrouver des falaises dans la partie nord, mais c'est resté du littoral gentillet et civilisé jusqu'à Morlaix, où je me suis arrêté sans regret.

Effectivement, après Corsen, ça reste une côte basse (hormis le secteur de Carantec). Néanmoins, je pense que c'est surtout la persistance de la bruine qui a joué sur ta perception. Les changements de marée, de lumière, de ciel, de paysage font, qu'en général, on ne s'en lasse pas. Cela donne une sensation de variété que, pour ma part, j'apprécie. Même dans le contournement des Abers, le changement d'ambiance est plaisant. On passe d'une côte très exposée à un cocon de verdure et c'est assez agréable à mes yeux. Après, oui, la côte est assez peuplée et le dénivelé très limité.

Ytreza a écrit :

Le problème numéro 1 dans la région, paradoxalement, c'est trouver de l'eau douce.

Le plus simple est de demander de l'eau chez les gens quand tu en as besoin. On croise quand même pas mal d’habitations. Personne ne m'a jamais refusé ça. Au contraire, l'accueil est souvent bon (d'après mon expérience du secteur) et c'est l'occasion de discuter un peu avec les gens du coin.

Ytreza a écrit :

Comme je ne pouvais pas anticiper les ravitaillements, j'ai aussi emporté dès le départ une quantité certaine de vivres de course pour 14 jours (basé sur mon expérience hivernale en Laponie).

ça peut être un choix si l'on veut tester une formule d'autonomie, son matériel et ses capacités physiques dans la perspective d'autres parcours plus isolés. Mais ce n'est pas nécessaire en soit. On traverse nombre de localités où le ravitaillement est possible (Le Conquet, Lampaul-Plouarzel, Lannildut, Porspoder, Portsall, Lampaul-Ploudalmézeau, etc ...), et on croise moult lieux de restauration dispersés tout au long de la côte. En prenant un ou deux jours de marge de manœuvre tu t'en sortais sans souci. 14 jours de nourriture, ça impacte la progression de façon majeure.

Entre tes 2 ou 3 litres d'eau et 14 jours de bouffe, je pense que les 12 kg que tu évoques sont un minimum. Le fait de partir sans repère cartographique limite l'anticipation mais tu as dû peser le pour et le contre et faire un choix en connaissance de cause.

Bon, tu nous raconteras ça. Merci encore pour ce récit. Hâte de lire la suite. smile

Edit : orthographe

Dernière modification par Ruz boutou (26-10-2022 11:42:08)


Moins on porte, mieux on se porte !

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#4 26-10-2022 11:33:45

Hervé27
éMULe
Lieu : Normandie
Inscription : 01-11-2017
Site Web

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

pouce


Sans peurs à surmonter, l'aventure n'est que promenade

Trombi & Récits
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#5 26-10-2022 11:56:06

karibou31
Membre
Inscription : 08-09-2021

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Excellent concept! Et chouette aquarelle pour la première bravo.


Edit sans précisions = corrections orthographiques

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#6 26-10-2022 12:11:34

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

@Ruz boutou -
En effet, la bruine a beaucoup affecté mon humeur sur plusieurs jours dans les abers. Plus que la "monotonie du paysage", c'est le côté très civilisé qui m'a moins plu je pense. On passe quand même du temps à zigzaguer dans les propriétés privées ou les cultures de choux. Je pensais que ce serait plus sauvage (pas le bout du monde évidemment mais quand même, genre l'ambiance Brest-Le Conquet majoritairement), avec une météo plus tempétueuse (fort vent et pluie c'est rigolo, mais bruine tristounette, c'est chiant big_smile ). D'où aussi les 14 jours de quasi autonomie parce que pas le temps (et flemme) de repérer les ravitaillements en amont ; ravitaillement que je pensais plus rares.  Mais je ne pense pas que quelques kilos affectent énormément ma progression sur du quasi plat. C'est surtout le sac pas adapté qui était problématique. Et c'est vrai qu'il y a de quoi se restaurer dans les villages, mais en cette saison beaucoup de restos sont fermés, et je n'arrive pas forcément sur place aux heures de repas... Bref, je ne me suis pas pris la tête et sans doute que mes épaules en ont un peu souffert  big_smile

Autre facteur qui a contribué à une certaine lassitude : le fait qu'il n'y ait pas à réfléchir. On trace, on trace en suivant le GR34 bien balisé (et quand bien même on le perd, suffit de retrouver la mer). Par rapport à la haute montagne, ou je préfère de loin faire ma trace sur les pointillés plutôt que suivre les autoroutes. Il y a une dimension très ludique : décrypter les cartes, se perdre, se retrouver... Le pire pour moi reste de suivre une trace GPS au mètre près. C'est en partie pour ça que je n'utilise pas de smartphone en rando.

Tout ça est bien évidemment très subjectif. Qu'on ne se méprenne pas : j'ai beaucoup apprécié ces deux semaines, découvert avec plaisir cette région que je ne connaissais pas bien ! Et en effet, le paysage, monotone dans son sujet, varie en permanence. J'étais d'autant plus réceptif à cette variation vu mon projet d'aquarelles. C'est comme à la montagne : le paysage, au fond... c'est des montagnes, puis des montagnes, et encore des montagnes cool

Je retournerai avec plaisir faire la partie Morlaix -  Paimpol smile mais pas plus de 2 semaines, et pas forcément en solo.

Dernière modification par Ytreza (26-10-2022 12:13:29)

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#7 26-10-2022 13:14:52

Ruz boutou
Traîne-savates tout-terrain
Lieu : Brest
Inscription : 02-10-2019

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Oui, je comprends tout à fait le côté chemin tout tracé sans alternative vraiment pertinente à questionner. Slalomer entre les propriété privées est aussi un aspect qui m'agace assez souvent.

Passé Plouguerneau, les cultures de choux fleurs, artichauts, échalotes, oignons accompagne le pèlerin et structurent le paysage, c'est un fait. Certains appellent ça la "ceinture dorée" de la Bretagne. Ce n'est pas dû aux couleurs de la côte mais au pognon que ça génère (pour le meilleur et pour le pire...).

Ytreza a écrit :

.
Par rapport à la haute montagne,...

Clairement, on est dans deux types d'espaces, qui n'offrent pas du tout les mêmes sensations. lol Si je me déplace régulièrement jusqu'aux Pyrénées où aux Alpes, c'est que l'on y trouve une dimension tout autre, un foisonnement de possibilités quasi inépuisables, une variété d'émotions incomparable, une dimension physique qui nous fait sentir nos limites assez rapidement, etc ... Bref, on monte d'un cran, voire plus, en intensité du ressenti.
Dans le coin (en bord de mer en général), la sensation de grand espace, c'est sur l'eau qu'on la trouve (kayak, voile, etc..).
Mais dans le style "parcours côtier", le GR34 offre une belle opportunité par sa variété et sa longueur. Pour trouver un équivalent de cette ampleur, il faut faire pas mal de bornes (GB, Corse, ...).
Sur le GR 34, tu retrouveras les sensations du secteurs Brest - Corsen en Presqu'île de Crozon, sur le Cap Sizun, ou du côté de Guimaëc, de Tredrez-Locquémeau, des falaises de Plouha, du Cap Fréhel, de Cancale, ...). Dans la même veine, le Cotentin est superbe également.
Bon, si tu poursuis sur le tronçon Morlaix-Paimpol, tu sauras que l'autonomie en nourriture peut être nuancée smile Moins on porte, mieux on se porte ! cool

Merci encore pour ton retour.


Moins on porte, mieux on se porte !

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#8 26-10-2022 20:44:19

martie
Membre
Inscription : 04-03-2011

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Chouette idée!
Super!
J'attends la suite!
Merci pour le partage

martie

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#9 26-10-2022 22:31:25

tolliv
Sérénitude
Lieu : Toulouse
Inscription : 06-09-2016
Site Web

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Génial !
Cumuler la rando et la peinture tout en étant le plus léger possible.
J'approuve.


"La vie est trop courte pour être petite"

Mes récits , mes bricolages et quelques idées saugrenues : ---->> ICI <<----

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#10 26-10-2022 23:30:47

micolett
Qui marche au pied-de-biche
Lieu : lyon
Inscription : 16-01-2006

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Super idée ! Je suis aussi une adepte de l'aquarelle voyageuse, depuis bien longtemps, et j'ai bien allégé le truc...
Si tu es un tantinet bricoleur, et
puisque tu "fabriques" tes pains, le balsa en planche de 1mm,de la colle à bois ou epoxy, un cutter ou une lame de rasoir, et de la peinture (ou vernis, vernis à ongles, etc..) ça fait de chouettes petites boîtes.
La mienne est si légère qu'elle aurait tendance à s'envoler sad ...
J'espère que tu retailles tes pinceaux façon brosse à dents.
Comme pot d'eau, j'utilise un contenant genre sachet pour sucre ou riz, découpé, qui a l'avantage de s'aplatir pour le rangement, un deuxième pour l'éponge à humidifier si je prends.
Plus mini crayon, bout de gomme et stylo.
Tout tient dans un ziplock ou une pochette étanche adaptée au format du carnet.

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#11 27-10-2022 07:11:04

Manche
Membre
Inscription : 27-08-2018

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Ytreza a écrit :

#669255NB : vu les bêtises que je vois passer au sujet des droits d'auteur sur un autre fil en ce moment, je rappelle que je reste évidemment propriétaire de ce contenu ...

wink

Bonjour Ytreza,
J'avais vu il y a quelques années, un randonneur qui avait la même démarche que toi.
Il avait fait l'intégralité du GR, et avait édité ses dessins qu'il vendait. Un livre par tronçon.

Sinon, un gros +1 avec tout ce qu'a écrit Ruz.
Concernant les falaises, les plus marquantes sont (de mon point de vue) celles du côté de Guimaec, et celles de Plouha. On y ressent vraiment le dénivelé.

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#12 27-10-2022 08:47:37

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

micolett a écrit :

#669325Si tu es un tantinet bricoleur, et
puisque tu "fabriques" tes pains, le balsa en planche de 1mm,de la colle à bois ou epoxy, un cutter ou une lame de rasoir, et de la peinture (ou vernis, vernis à ongles, etc..) ça fait de chouettes petites boîtes.

J'ai en tête d'en fabriquer une, en effet. Surtout que je n'ai que 8 couleurs dans cette palette minimaliste. J'ai déjà quelques demi-godets qui trainent, reste plus qu'à se motiver pour fabriquer un joli support. J'ai vu aussi qu'on peut utiliser des boîtes en métal type vieille boîte à bonbon, mais c'est peut-être pas le plus léger. Tu aurais une photo de la tienne, par curiosité ?

micolett a écrit :

#669325J'espère que tu retailles tes pinceaux façon brosse à dents.

Je l'attendais celle-là lol Non seulement je ne les ampute pas, mais en plus le Escoda est sans doute le plus lourd de tous mes pinceaux big_smile

micolett a écrit :

#669325Plus mini crayon, bout de gomme et stylo.

J'avais un critérium, qui fait partie de mon équipement de base de toute façon.

Merci pour ton témoignage en tout cas smile

@Manche - Bonjour smile Tu aurais un lien vers un de ses livres ?
Je suis parti dans un esprit totalement amateur (après tout ça fait seulement un peu plus d'un an que je me suis (re)mis très sérieusement à l'aquarelle, et c'était la première fois en plein air). Mais au final je reviens avec un joli petit carnet, alors je me demande si c'est éditable. Difficile d'avoir le recul critique pour juger, vous me direz smile

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#13 27-10-2022 08:58:26

Manche
Membre
Inscription : 27-08-2018

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Ytreza a écrit :

#669334@Manche - Bonjour smile Tu aurais un lien vers un de ses livres ?

Bonjour Ytreza,
Non, pas de lien. Je l'avais croisé il y a quelques années sur un marché. Je ne me souviens même plus de la technique qu'il utilisait (crayon, aquarelle,... ?)
Ce que j'avais retenu, c'est qu'il avait parcouru le sentier en mode contemplatif, en prenant le temps de s'arrêter longuement à certains endroits.

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#14 27-10-2022 09:04:20

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

09/10
Après un bivouac dans un champ, je repars le long de ces belles falaises. Belle météo, et pas trop chaud ! Je m'arrête en milieu de matinée pour peindre ce paysage, debout au bord du chemin, carnet posé sur une haie et pot d'eau par terre...

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Grève de Déolen. Ce qui m’a intéressé ici, c’est la lumière dans la rivière. L’occasion aussi de pratiquer les arbres. Dommage d’avoir sur travaillé la colline de droite, mais la couleur de la plage est juste et les valeurs sont globalement correctes.

Le vent se lève (09/10)
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Ambiances spectaculaires vers la pointe Saint Mathieu. Force sauvage de la mer qui frappe les falaises.
Pourtant, quand je me suis installé, assis sur un rocher, c’était d’abord pour peindre les contrastes dans la roche. Le temps de réaliser le croquis (pas facile dans cette perspective plongeante !) et de poser un premier lavis, le soleil avait disparu, le vent s’était levé. Moindre contraste mais écume jaillissante. L’accent n’est plus mis sur la lumière ou le réalisme, mais sur le dynamisme, que j’essaie de rendre avec des coups de pinceau à sec. Les contrastes dans les rochers sous ciel gris ne sont pas évident à lier en un bloc cohérent, en gardant une continuité. Mention « pas mal » selon un passant.

Dernière modification par Ytreza (28-10-2022 08:28:52)

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#15 27-10-2022 10:15:54

Stéphane_33
Membre
Lieu : Bordeaux
Inscription : 05-12-2018

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

et pot d'eau par terre...

Bonjour Ytreza,
Tu n'utilises pas un pinceau avec réserve d'eau intégrée ? Ça évite de transporter un pot d'eau.
Stéphane.

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#16 27-10-2022 10:44:18

azerty
[i]RL
Inscription : 08-01-2018

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

salut
j'ai bien rigolé de ce sac prêt pour la Laponie, moins de l'ennui. Chez moi c'est pareil, après 2-3j de sentier côtier, quand tu as compris que la mer sera toujours du même coté, je me lasse. Aujourd’hui en Bretagne je m'évade et je me ressource dans les iles. Bon c'est pas encore Into the wild mais la bande littorale a été un peu plus épargnée de la pression immobilière que le sur le continent.

Mais je pensais que les Abers offraient justement une alternance de paysages entre mer/campagne permettant de varier un peu les plaisirs. C'est ce que l'on ressent aussi en remontant la Rance ou bien le Blavet par exemple, la transition vers la mer change vraiment la donne.

une question ; combien de temps restes tu immobile pour une aquarelle ? juste pour information sur la potentielle gestion du froid.

Et oui, tu t'améliores de jour en jour  big_smile


«L’humain mène une guerre contre la nature. S’il gagne , il est perdu» – Hubert Reeves

Profil / trombi ici

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#17 27-10-2022 11:12:48

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Stéphane_33 a écrit :

#669349

et pot d'eau par terre...

Bonjour Ytreza,
Tu n'utilises pas un pinceau avec réserve d'eau intégrée ? Ça évite de transporter un pot d'eau.
Stéphane.

Bonjour Stéphane. Utiliser ce genre de pinceaux est une technique finalement très différente de l'aquarelle classique. Ils ne permettent d'utiliser que très peu d'eau et les résultats tendent vers un effet "coloriage" (effet qu'on peut tout à fait rechercher, mais ce n'est pas là-dedans que je m'éclate personnellement smile ). Une des clefs à l'aquarelle dans sa forme disons traditionnelle, c'est d'utiliser beaucoup, beaucoup d'eau. Après un an de pratique quotidienne, je commence seulement à le comprendre...

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#18 27-10-2022 11:38:38

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

azerty a écrit :

#669355salut
j'ai bien rigolé de ce sac prêt pour la Laponie, moins de l'ennui. Chez moi c'est pareil, après 2-3j de sentier côtier, quand tu as compris que la mer sera toujours du même coté, je me lasse.

Faut faire demi-tour à ce moment-là alors big_smile Il y a eu quand même deux catalyseurs à cet ennui relatif : i) le fait que j'étais seul ; ii) la bruine persistante sur 2-3 jours. Une fois le beau temps revenu, ça allait mieux.
Comme dit plus haut, l'objectif artistique a fini par prendre le pas sur l'objectif sportif, et dès ce moment-là, plutôt que de voir défiler le triptyque plage/dune/propriétés privées, j'ai commencé à percevoir les variations d'ambiance, ou remarquer des détails : l'inclinaison d'un poteau, le profil de la coque d'un bateau, la lumière sur une fleur, la forme des nuages... Même sous la grisaille, quand le paysage n'est pas mis en valeur, il prenait de l'intérêt puisque je cherchais alors comment le transformer en peinture pour qu'il soit mis en valeur.

Corollaire : sous pluie persistante, ça devenait d'autant plus ennuyeux, car impossible de m'installer pour peindre. Heureusement, j'ai quand même eu de la chance avec le temps. Évidemment, je ne m'attendais pas à un soleil radieux sur 2 semaines, mais j'avais une vision plus romantique du mauvais temps : pluie diluvienne, vent tempétueux sur les falaises... et pas une micro pluie tristounette qui trempe les chaussures au point qu'on peut essorer les semelles le soir.

azerty a écrit :

#669355Mais je pensais que les Abers offraient justement une alternance de paysages entre mer/campagne permettant de varier un peu les plaisirs.

L'Ildut, c'était sympa. Effectivement, ça change d'ambiance, j'étais content de découvrir ce biotope particulier. Même si, à Lanildut, j'ai regardé en soupirant les quelques dizaines de mètres de flotte qui me séparaient de l'endroit où je me tenais 10h auparavant mad
Et puis sitôt sorti de l'Ildut, on entre dans le Benoît, et cette fois c'est sous la pluie, et ça devient interminable, avec le bruit de la départementale qui est porté loin sur l'eau... Et puis sitôt sorti du Benoît.. bref big_smile

azerty a écrit :

#669355une question ; combien de temps restes tu immobile pour une aquarelle ? juste pour information sur la potentielle gestion du froid.

Je dirais une heure en moyenne, même si je perds la notion du temps quand je peins. Ca peut être plus. La double-page du port de Roscoff (teasing tongue ) a dû me prendre 3h, et encore, j'ai terminé le soir sous la tente.
Souvent installé en plein vent, il fallait que je pense à enfiler la veste au début, et ce n'était pas forcément suffisant. En fait, je perds la notion de tout quand je peins, et il m'est arrivé plusieurs fois de reprendre mes esprits en ayant bien froid. L'occasion de mettre un coup de collier en repartant. Au pire, j'avais emporté la doudoune et des gants, mais ça n'a pas été nécessaire - en tout cas pas assez pour que je me motive à les extirper du fond du sac en journée.

azerty a écrit :

#669355Et oui, tu t'améliores de jour en jour  big_smile

Oui ! 30 aquarelles en 14 jours, ça fait un stage assez intensif big_smile
C'est assez drôle en fait : voyant que je me débrouillais plutôt bien, je prenais de plus en plus de risques, et par conséquent j'obtenais des résultats meilleurs, jusqu'au moment où je me disais qu'il ne fallait pas gâcher tout ça avec un gros raté, et donc d'un coup vient la peur de l'échec, je ne prends plus de risque, essaie de tout contrôler, et fatalement, ça marche beaucoup moins bien. Mais du coup, le niveau général descend, la pression aussi, je me libère à nouveau des attentes, et ça redevient meilleur, etc. smile

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#19 27-10-2022 14:23:38

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

En m'amusant à retrouver les emplacements exacts avec les vues aériennes et street view, je crois pouvoir affirmer que la crique du 09/10 est la grève de Déolen. Endroit pas loin du petit Minou, une rivière, chemin broussailleux, arbres épars côté ouest.

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#20 27-10-2022 15:00:26

Schum
Membre
Lieu : région liégeoise, Belgique
Inscription : 18-01-2019

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

C'est génial comme démarche, j'aime beaucoup. Et particulièrement "Le vent se lève" pour le moment. Vivement la suite  smile

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#21 27-10-2022 15:31:23

micolett
Qui marche au pied-de-biche
Lieu : lyon
Inscription : 16-01-2006

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Moi aussi, j'aime beaucoup "le vent se lève", les rochers sont vraiment super calin

Photos de mon bazar; le carnet est un format A5, pour référence. Certains reconnaitront l'endroit!

80jSW9pCS.20221027_155623.jpeg

80jSYsX15.20221027_155623.jpeg

Pinceaux et crayons sont retaillés avec section carrée pour ne pas rouler, et il manque un mini bic, et en général un bout de sopalin ou mouchoir... La pochette est faite dans une chute de tissu pour sol de tente qui se trouvait être thermofusible

Bon, je "triche", je me contente souvent de faire un croquis in-situ, et je peinds le soir, ou quand j'ai le temps, mais ce sont des carnets de voyage, plus que de randonnée. On est très occuppé en voyage lol !
Quand à la météo... S'il pleut, c'est un bon moyen de récupérer de l'eau pour peindre, l'eau de mer s'utilise en dernier recours, quand il fait trop chaud c'est galère pour l'aquarelle, et j'ai eu un pinceau gelé instantanément dans mon petit bol, par moins 15, une fois....

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#22 27-10-2022 16:48:39

brons07
Membre
Inscription : 27-06-2015

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Bonjour,

Le vent se lève ! … il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

pouce  pouce  pouce

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#23 27-10-2022 21:43:04

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Merci Micolett pour les précisions, c'est plus concret comme ça ! Bon, ce qui pèse le plus reste le carnet, et c'est difficile de gratter... Au passage, jolie double-page ! Bon, l'aquarelle par -15, j'aurais pas tenté  big_smile

Merci brons07 pour cette bouffée d'air frais ! Je ne l'avais plus en tête celui-là, merveilleux !

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#24 28-10-2022 06:34:10

azerty
[i]RL
Inscription : 08-01-2018

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

Ytreza a écrit :

#669359C'est assez drôle en fait : voyant que je me débrouillais plutôt bien, je prenais de plus en plus de risques, et par conséquent j'obtenais des résultats meilleurs, jusqu'au moment où je me disais qu'il ne fallait pas gâcher tout ça avec un gros raté, et donc d'un coup vient la peur de l'échec, je ne prends plus de risque, essaie de tout contrôler, et fatalement, ça marche beaucoup moins bien. Mais du coup, le niveau général descend, la pression aussi, je me libère à nouveau des attentes, et ça redevient meilleur, etc. smile

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«L’humain mène une guerre contre la nature. S’il gagne , il est perdu» – Hubert Reeves

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#25 28-10-2022 08:21:30

Ytreza
Flocon de neige
Lieu : Baumugnes
Inscription : 06-01-2020

Re : [Récit + liste] La côte bretonne... au fil de mes pinceaux

4 – Matin pluvieux (10/10)
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Matin pluvieux, mais la pluie fine s’arrête pour me permettre de peindre cette plage située au sud du Conquet (Porz Liogan), assis dans l’herbe mouillée au milieu des escargots. L’horizon se dissout dans la bruine. Couleurs justes et textures globalement réussies, surtout les rochers qui s’avancent en second plan. Défaut de perspective corrigé à temps pour les lignes des toits sur la falaise. Tristounet, mais c’est l’ambiance.

5 – Marée basse (10/10)
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Dans le port du Conquet. Découverte d'une sympathique ambiance portuaire, après deux premiers jours sur les falaises. Mélange de plaisanciers, professionnels de la pêche et touristes. Mais il n'y a pas foule sur le GR. Je peins confortablement assis à une table en bois, mais le vent disperse les affaires ! De mon point de vue, les voiliers étaient séparés. J’ai réussi à adapter le dessin pour une meilleure composition. Difficulté à peindre les mâts en négatif, pas d’encre blanche pour corriger. Du coup, la partie supérieure de l’image est brouillonne. Mention spéciale à la partie inférieure avec la plage, nette et lumineuse, et la coque lisse du voilier de droite.
Au loin, des silhouettes ramassent les fruits de la marée.
Et moi, je suis gelé.

6 – Vent sur la falaise (10/10)
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Au nord de la plage de Porsévigné. Grand beau temps et grand vent. Paysages spectaculaires sur les falaises frappées par le soleil et les embruns. La maison blanche s’accroche comme elle peut. Moi aussi, assis sur mon rocher, les rafales dans la figure. Je ne renverse mon pot d’eau qu’une fois ! La falaise n’est plus que mouvement. On devine à peine le sentier qui descend. La traînée de bleu saturé en sec sur sec dans le ciel vient renforcer la dynamique. Le travail dans l’humide sur la falaise est rendu difficile par le séchage trop rapide des lavis. Pendant que je peins, un chien émerge du sentier, s’assoit dans mon dos, observe avec curiosité ce que je fais.
Curieuse impression quand je repars, quand je descends le sentier sur cette falaise que je viens de peindre, de marcher dans l’aquarelle.

Dernière modification par Ytreza (28-10-2022 08:26:09)

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