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#1 04-05-2023 08:41:52

pogo
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[Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

À la poursuite du printemps 2023. 1780 km à pied de Sennecey-le-Grand à Berlin.

                                                              « Marcher comme ça pendant toute la vie. Toujours. »
                                                                                               Mario Rigoni Stern

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Entre Forêt-Noire et Bodensee.

J'avais raconté ici l'an dernier  un voyage à pied vers la Bavière lors d'un printemps exceptionnellement beau. Je décide de remettre ça cette année en partant en fin d’hiver de façon à voir arriver peu à peu le printemps. Mais ce n'est pas si simple...
Je vous raconte ça.

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La trace détaillée est ici : https://www.visugpx.com/ze6qg1IAJL
J'ai marché 57 jours pour 1784 km : 461 en France, 1276 en Allemagne (dont des bouts de frontière), 3 en Autriche et 44 en république tchèque. J'ai marché du 21 février au 23 avril 2023 avec 5 jours d’arrêt.

Covid.

Je suis en « covid long », pas trop prononcé mais quand même. Kiné respiratoire, des hauts, des bas, des doutes... J'en ai assez, je pars, on verra bien. J'ai vu : pas facile, mais quel bonheur de marcher. Aucune leçon à tirer de cette décision hasardeuse.

Sennecey-le-Grand.

Dans le réseau de mes marches interconnectées il y a des nœuds : points de passage répétés, croisements, jonctions. Ils sont apparus peu à peu au fil des voyages, sans intention préalable. Un de ces nœuds est Sennecey-le-Grand en Saône-et-Loire.

Août 1983. Au terme de quelques jours de marche dans le Mâconnais/Clunysois, nous essuyons, avec ma future-mais-déjà et un ami, un orage trapu de fin de matinée. Près de la gare de Sennecey-le-Grand, un restaurant, le Lion d’Or, nous accueille ruisselants. Le patron cuisine un bœuf bourguignon inoubliable sur lequel il disserte avec enthousiasme. Grand souvenir.

C’est la 4ème fois que mes marches trouvent début ou fin dans ce village dont je ne sais rien hors ce restaurant disparu. J'y retourne aujourd’hui avec plaisir et nostalgie.

Le départ en début d'après-midi se fait sous un soleil voilé. Cela fait des semaines qu'il fait beau mais il suffit que je parte pour que l’anticyclone plie bagage. Pas grave : quand on marche, on prend ce qui vient.

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Plaine de la Saône, c'est parti.

La Bresse.

L'idée est de rejoindre d’abord le pied du Jura vers Poligny, secteur que j'ai déjà sillonné, une partie de ma famille s'étant faite un temps jurassienne. C’est donc une jonction.

La Bresse, c'est plat, mais j'aime aussi, et il y a de jolies maisons à pans de bois.

J2, milieu de matinée. Un couple m'offre de l'eau et une demie-heure de bel échange. J'admire l'arbre qui se dresse là au carrefour. Nul ne l’abattra tant que ces personnes vivront. Tiens, voilà la pluie.

J3 départ. Bivouac dans l'herbe boueuse d'une longue plaine absolument plate. Pluie toute la nuit. Je plie bagage. Le mât de la tente s'est enfoncé un peu. Le retirer demande un effort. Floc, le voilà. Je le range vite fait : il pleut. Je me rends compte le soir que l'embout en caoutchouc est resté dans la boue (l’en-boue). Des grammes en moins certes mais le tube ouvert, que je ne peux placer en haut sous la toile car contondant, exige désormais d'être posé sur une pierre plate. Jusqu'à ce que... (teasing).

Alors que le crachin faiblit et que la nuit et le brouillard s'estompent, je guette avidement les premiers reliefs pré-jurassiens dont le gris plus foncé reste longtemps incertain. J'aime ces transitions.

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Apparition fantôme du Jura au bout de la Bresse.

Pied du Jura et vallée du Doubs.

J'ai déjà traversé le Jura par le GR5 depuis Belfort, poursuivant loin au Sud un des derniers chaînons vers Les Échelles, et aussi d'Ouest en Est depuis Poligny, remontant ainsi peu à peu les différents plateaux séparés de lieux pittoresques comme les cascades du Hérisson. Je souhaite cette fois en suivre le pied, mieux adapté à la saison. Je pourrai ainsi découvrir Besançon. Intégrer les villes à mon réseau de marche est un plaisir et un jeu (il en manque encore des quantités !). Je n'ai donc qu'à suivre le GR 59 vers le Nord (la direction, pas le 59, enfin si le 59... bref). Il est parfaitement balisé.

J4. Le soleil daigne montrer le bout de son nez en milieu de journée. Je respecte consciencieusement les méandres du GR dans la reculée des Planches, tantôt en haut des falaises, tantôt en bas. Un léger rajout me fait passer à la source de la Cuisance, rivière chère à Pasteur. L'eau est d'une limpidité extraordinaire. Passant sur l'étroit et court barrage qui barre la source pour un captage, mon sac frotte les rambardes de chaque côté. Et hop, la bouteille d'eau s'extrait toute seule de la poche en mesh de droite et plonge dans la rivière en aval. Zut. Je ne la vois pas. A-t-elle déjà fui dans le courant ? Je pose le sac à la sortie du barrage et entame une gymnastique sur la conduite d'eau. Douche. La bouteille est là-dessous, barbotant dans un remous. Ouf.

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Dans la reculée des Planches.

Retournant vers le village des Planches, j'échange quelques mots avec un homme qui encourage une femme à traverser comme lui la rivière sur un tronc. Je prends mon goûter au village et les deux arrivent. Jolie discussion sur la transparence de l'eau qui devait être le lot de toutes les rivières avant. L'homme me dit héberger chez lui en Alsace des pèlerins allemands en route pour Compostelle. Je me souviens que mon projet passe dans le village qu'il me nomme. Je lui explique mes difficultés de santé et mes doutes sur mes capacités à continuer mais il dit qu'il m'attend là-bas. La journée a été physiquement difficile et je suis en pleine incertitude mais cette injonction chaleureuse me remonte sacrément le moral.

J6. J'atteins la vallée du Doubs. C'est décidément une belle rivière tout du long. Le lendemain, presque sur la rive, je croiserai un chamois. C'est une sacrée surprise à cette altitude modeste. J'en verrai pas mal d'autres jusqu'aux Vosges.

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Vers Villars-saint-Georges.

Le temps a fraîchi depuis hier et une bise venant du Nord-est, juste en face donc, forcit peu à peu. Le thermomètre plonge dans le négatif et le vent se maintient deux jours entre 60 et 70 km/h dixit Météo-France. C'est l'hiver certes mais qu'il faisait bon en janvier ! Il va faire longuement froid et je marche et dors avec tous mes vêtements. Le froid allège le sac.

Je bivouaque ce soir avec l'accord des propriétaires au bout d'un petit pré déserté pour l'instant par ses chevaux. J'ai cru à l'abri d'une haie mais le vent s'engouffre partout. Je viens de finir de gonfler le matelas et PAF, un bruit de coup de feu dans le matelas.... ???!!! Alors que je rentre dans la tente et m'assoie sur le matelas, PAF PAF... Les cloisons entre les boudins du NeoAir explosent. Une belle hernie dessine un semblant d'oreiller. Si ça continue à péter le matelas sera bientôt un gros ballon de rugby jaune. Les dégâts en resteront là pour cette nuit mais j'appelle le revendeur le lendemain. La détérioration peut s'arrêter ou s'étendre encore. Le phénomène est donc connu. Si vous partez longuement, surtout en zone isolée, ne choisissez pas ce modèle de matelas ! Le revendeur compatissant me dit chercher si un collègue pourrait organiser un échange à Besançon où, fort opportunément, j'arrive. Le temps passe... Je prends donc le bus jusqu'au magasin d'articles d'outdoor lointainement posé dans une de ces zones commerciales immondes qui défigurent nos entrées de ville. C'est, entre hiver et printemps, l'époque du réassort. Le choix est mince, inadapté et je ne vous parle pas de la compatibilité mul. Le vendeur me raconte n'importe quoi. Je n'ai jamais compris pourquoi les gens qui ne savent pas le disent quand même. Avec le temps qu'il fait, j'ai besoin d'une Rvalue sérieuse. Il reste heureusement un Sea to Summit correct (voir liste). J'achète, m'allège de près de 200 euros (oups), et double quasiment le poids de l'item. Le NeoAir était presque neuf, merci Therm-a-Rest. Le principal quand même : je peux continuer.

J8. Après les montagnes russes des rives du Doubs j'entre en soirée dans Silley-Bléfond. Un commerçant en  camionnette vend du fromage. Il y a déjà une cliente. Discussion bien sympathique. J'achète un bout de morbier dont je n'ai pas besoin. Le fromage est une de mes grandes passions : au diable la mul attitude.

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Éclaircie vespérale au-dessus du Doubs.

J9. Départ le lendemain en fin de nuit après un bivouac glacial dans les bois. J’aime bien tout faire sans lampe et les premiers pas se font au jugé sommaire. Il fait vraiment noir, Il faudrait que j'éclaire quand même un peu. Trop tard. La jambe droite casse la glace et plonge dans une profonde ornière d'eau boueuse. La jambe plie et je m’enfonce jusqu’au genou alors que la jambe gauche trouve quelques appuis et ne se mouille qu’au mollet. Une chorégraphie pénible de quelques pas me sort du gouffre et je m’affale contre un talus. Je m’insulte copieusement. Rien de cassé cependant. Les pieds trempés gelés fourniront une juste et pénible punition. Mais la glace m’a aussi râpé la peau de la cheville, je m’en rends compte plus tard. Une vilaine plaie va se développer et trois jours après le pharmacien de Ronchamp me sauve la mise en me chargeant tel un mulet de compresses et d’antiseptiques. Je laisse les compresses que j’estime surnuméraires dans l’abri Sailley au ballon de Servance et me débarrasserai du reste peu à peu. Moralité 1 : sans lampe, ça ne passe pas toujours. Moralité 2 : âge et expérience ne garantissent pas de toutes les conneries, pas du tout.

Entre Jura et Vosges.

Poursuivant le GR 59 jusqu'à son terme, mon projet est de rejoindre les ballons au Sud des Vosges avant de traverser l'Alsace vers l'Allemagne. Je foulerai ainsi pour la première fois le sol de la Haute-Saône, un des tous derniers départements métropolitains ayant échappé à ma boulimie pédestre.

Je ne m'attends pas à des révélations paysagères époustouflantes pendant cette transition. J'ai tort. Pendant quelques jours, je traverse de superbes campagnes vallonnées. Qui plus est, la bise faiblit et le soleil se montre parfois entre les bancs de grisaille que l'anticyclone s'obstine à plaquer sur ma tête depuis des jours.

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Descente sur Grammont (Haute-Saône).

J11. Depuis peu que j'ai un téléphone, je prends plaisir à préparer une trace pour ces longues marches. D'innombrables entorses la détricotent sur le terrain. En dehors des ravitaillements à peu près listés, je ne regarde pas trop à l'avance ce qui m'attend, j'aime les surprises. C'est ainsi qu'à Courchaton, petit village de quelques centaines d'habitant.es au nom charmant, surgit un bar inattendu. La température est propice à une boisson chaude. C'est mon premier bistro depuis le départ. Je suis accueilli par un live de Deep Purple de la meilleure eau. Génial, ça commence bien. Le lieu est tapissé d'affiches rock et une petite scène est prête. « Bienvenue dans le lieu le plus rock de Franche-Comté ! ». Le maître des lieux est extra. Le lieu s'anime de nombreux concerts et reçoit parfois jusqu'à une centaine d'aficionados. C'est aujourd'hui le désert mais je me régale de cette rencontre. Et du chocolat chaud. Courchaton : il faut y aller !

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Bivouac vers Saulnot (Haute-Saône).

J12. Le relief s'anime. J'aimerais bien voir les Vosges mais il traîne toujours du brouillard. Je finis l'étape à Ronchamp, sa pharmacie donc, son supermarché et son église ND-du-Haut, une merveille de Le Corbusier que je visite dans une quasi solitude avant de bivouaquer sur le parking vide.

Les Vosges.

Je connais déjà ce rebord méridional du massif. Mais ne l'ai jamais atteint par là et il y a longtemps que je ne suis pas venu. Mon but : le sommet du Grand Ballon.
Pour l'instant il s'agit de prendre de l'altitude. J'aime ça même si les dénivelés restent modestes par ici.

J13. Belfahy est le dernier village sur les crêtes. Il est déserté des vacanciers qui doivent le peupler en saison. J'ai besoin d'eau. Les toilettes publiques sont fermées. Je tourne en rond, sonne vainement à plusieurs maisons et aboutit à ce qui doit être le presbytère. Ouf, un homme ouvre. Je m'excuse de déranger et demande poliment le précieux liquide. Refus catégorique. L'homme me renvoie juste en face aux toilettes qu'il sait évidemment fermées, se plaint et me claque la porte au nez. Ouaouh, ça arrive aussi ce genre de choses ! Premier échec après des centaines de demandes similaires et tant de belles rencontres. Je me sais importun et le type a peut-être ses raisons mais là je ne l'aime pas du tout. Je n'ai pas encore écumé toutes les rues et un sympathique cycliste remplira mes bouteilles.

Et le soleil apparaît et des restes de neige aussi et le paysage est magnifique, tout va bien. Bivouac glacial, encore un.

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Sur les flancs du ballon de Servance.

J14. L'arrivée au ballon de Servance tôt le lendemain est un éblouissement givré. Tant de beauté pour moi tout seul ! Hélas les bancs de brume gagnent la partie dès le ballon d'Alsace.

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Sur le ballon de Servance.

La descente du ballon d'Alsace comporte un petit mur de neige de 4-5 mètres qu'il vaut mieux négocier prudemment, surtout avec des chaussures basses. J'adore ce type de passage, facilité aujourd’hui d’une dizaine de marches. Je me souviens alors de ce mur que j'avais totalement oublié. Nous l'avions escaladé avec ma femme en février 95 après une traversée des Vosges en raquettes par des températures très basses que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Les corniches doivent toujours se former aux mêmes endroits. J'ai ainsi plein de souvenirs de marche quand je marche. Et pas seulement quand je repasse par un endroit déjà parcouru. Souvent un lieu impose l'image d'un autre. Une collection d’isomorphismes topographiques, toujours correctement orientés, s’organise dans ma mémoire sans que j’en ai conscience, c'est très étrange.

Le Grand Ballon.

J'ai eu la chance de gravir de nombreux sommets, surtout alpins. La plupart se sont livrés tout de suite. D'autres ont préféré me faire attendre : météo, conditions de glace ou de neige, mauvais timing, méforme... Je dois maintenant faire le deuil d'une poignée d'entre eux.

J’ai déjà raté deux fois le pourtant débonnaire Grand Ballon. La première lors de cette traversée en raquettes : arrivés au col du Haag par -10°/-15°C, le brouillard nous laisse à peine quelques mètres de visibilité. A quoi bon ? La deuxième avec nos trois enfants, 6, 8 et 9 ans, lors d'un tour automnal de quelques jours copieusement arrosé de pluie et de neige. Arrivés au Markstein, les enfants sont transis. Descente.

Cette troisième tentative est la bonne. Il fait gris, il fait froid et la végétation du sommet est couverte de  givre. Il n'y a personne. Certes le sommet est défiguré par des installations de télécommunication mais dans ces conditions l'endroit dégage quelque chose de compact et de sauvage qui me réjouit. Et l'Alsace est là juste à mes pieds, l'Allemagne à peine plus loin. Avanti ! comme on dit en allemand du sud.

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Le Storkenkopf depuis la montée au Grand Ballon.

L'Alsace. Le Breisgau/Brisgau.

Je ne fais qu'effleurer l'Alsace pittoresque des vignobles et des villages pimpants. Ma traversée rapide se fait entre champs labourés et zones industrielles. C'est une Alsace sans grand charme sous un temps humide et froid.

J15. J'arrive en fin de matinée chez J. à Ensisheim comme convenu dans la reculée des Planches. J. est agriculteur. C'est un homme formidable. Nous partageons beaucoup de choses : idées, lectures, musiques... L'accueil est simple et juste. Quelle chance ! Et J. est un bricoleur hors-pair. Il me bichonne dans son atelier extraordinaire un bouchon inamovible pour le mât de la tente, Zpacks peut aller se rhabiller (si je puis dire). J. a cassé une roue de son tracteur. Nous allons de nuit dans le champ bâcher son épandeur (je ne suis pas sûr du nom) menacé par la pluie. J’abandonne J. lâchement le lendemain matin alors qu'un dur boulot l'attend pour réparer la roue. Mon impatience égoïste reste incurable et je m'en veux encore.

Et voilà Fessenheim et le Rhin, traversé en trois fois : canal de la centrale hydraulique, canal navigable et « Vieux Rhin », lit naturel réduit qui fait la frontière avec l'Allemagne. Hallo Deutschland !

Ici, c'est le Brisgau (en français). C'est tout pareil que l'Alsace mais en Allemagne : plat avec au bout des vignobles et les Vosges qu'on appelle ici Schwarzwald (Forêt-Noire).

J17. Je longe un temps l'autoroute A5. Il est 6/7 heures du matin et le flot de poids lourds est continu dans les deux sens. C'est un monde insensé dans lequel nous vivons : tous ces moteurs qui crachent du poison pour transporter trop loin un tas de choses inutiles (dont mes chaussures, je sais).

Mais les prairies avant Freiburg sont bien jolies et la ville aussi avec sa cathédrale et ses vieilles maisons.

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Unique rayon de soleil de J17 en Brisgau, vue arrière avec les Vosges.

Allemagne.

Mon idée est de rejoindre la maison de mes amis en Bavière par un autre chemin que l'an passé. Plein de territoires réputés promettent un enchaînement alléchant.

C'est donc la deuxième fois que je traverse ce pays à pied. Mes observations cette année nuancent un peu celles d’il y a un an.

Il me semble que les prix ont beaucoup augmenté, plus qu'en France. Mais les achats restent avantageux par rapport à chez nous. Ils se font toujours dans de petits supermarchés proches des centre-villes et ouverts le plus souvent de 7 h à 20 h, sauf le dimanche. Il y a de nettes différences de standings et de tarifs suivant les enseignes. Edeka est la plus chère, avec une organisation des gondoles proches de nos supérettes françaises. On y trouve parfois des toilettes. C'est la marque que j'ai le plus rencontrée dans les zones touristiques. A l'opposé on trouve Lidl que nous connaissons aussi, où c'est un peu le bazar, où il peut manquer des catégories de produits et où les quantités emballées sont souvent plus grandes (des paquets de muesli de 750 g ou 1 kg). Parfois, sur la même zone commerciale, deux ou trois enseignes cohabitent, on peut choisir.

Concernant les sentiers, le balisage est toujours excellent en zone touristique. En revanche, comme je le pressentais, il laisse plus à désirer ailleurs. Il y a une nette différence entre l'Ouest et l'Est (ex RDA) où le balisage paraît plus aléatoire et les itinéraires moins nombreux. J’ai souvent suivi à l’envers des chemins de Compostelle. Ils sont peu balisés et uniquement dans le sens inverse de ma direction. De plus, ils empruntent beaucoup de routes (rédemption par l'ampoule ?). De mon point de vue ces inconvénients restent mineurs mais il peut être préférable pour des parcours allemands d'éviter ces voies de pèlerinage.

J'ai encore croisé de nombreuses cabanes et abris mais peu sont adaptés au couchage. Beaucoup d'abris référencés sur les cartes ne sont qu'une table de pique-nique surmontée d'un toit. Ou alors le sol est en cailloux. Etc. Difficile de prévoir et il vaut mieux ne pas compter dessus. Je n'ai pas trouvé de site comme refuge.info avec description du lieu (mais mon appétence numérique est limitée).

C'est aussi un pays que j'ai trouvé plus sale : poubelles débordantes, canettes vides abandonnées. Je crois vraiment que cela dépend des zones et là aussi il y a une différence entre l'Ouest, plus propre, et l'Est.

Schwarzwald/La Forêt-Noire.

J'avais dans l'idée de joindre le culmen des Vosges à celui de son massif jumeau. Le Feldberg dépasse de quelques mètres le Grand Ballon. Il est près de Freiburg.
Mais les prévisions météo sont désastreuses avec du vent violent, de la pluie et de la neige pour plusieurs jours, même si dans le détail le programme ne cesse de changer.

J18. Je quitte donc Freiburg par un jour de pluie sévère, visant un camping à une matinée de marche, au pied des choses sérieuses. Ouf, le camping est ouvert. Le terrain est désert et détrempé. Le sympathique propriétaire me propose de dormir dans un local hors-sac. Bonne idée : l'après-midi, c'est déluge et rafales.

Les prévisions du lendemain se sont dégradées. Au matin, il neige ici, 1000 m plus bas que le sommet, où on skie encore. Je n'ai pas la pêche pour en baver outre mesure. Je me bricole donc un itinéraire bis qui passe plus bas, tant pis pour le Feldberg.

C'est bien joli quand même et la traîne qui s'est développée en milieu de journée me gratifie d'éclaircies entre les averses.

Le soir à Titisee, village touristique laid et déplaisant, pardon pour les pléonasmes, je dois faire le plein d'eau. C'est le weekend et quelques boutiques de babioles sont ouvertes. J'entre dans la dernière et avise la vendeuse derrière son comptoir. Réponse positive souriante et même plus. C'est fou la chaleur sympathique que dégagent certaines personnes. Elle se dirige avec ma bouteille vide vers un évier derrière le comptoir puis se ravise, prononce quelques mots que je ne comprends pas et emmène ma bouteille dans l'arrière-boutique. Elle me la ramène remplie et je ne réfléchis pas sur le moment au pourquoi de cette manipulation. Ouvrant plus tard cette bouteille, le bouchon saute. C'est de l'eau gazeuse, les Allemands en boivent beaucoup. Alors qu'elle travaillait et que je la dérangeais, cette jeune femme a pensé que je méritais mieux que l'eau du robinet, cette attention me touche beaucoup. Même si je préfère l'eau plate.

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Sur le Hochfirst en Forêt-Noire.

Ce premier jour en Forêt-Noire, finalement très chouette, se termine sur les flancs du Hochfirst dans une cabane protectrice et praticable pour une fois, près d'une fontaine. Nuit polaire.

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Sur les flancs du Hochfirst : la cabane de Hierabrunnen.

J20. Presque toute la deuxième journée dans le massif est consacrée à la descente des gorges, désertes et  sauvages, de la Wutach. qu’imprègne un romantisme certain par ce temps sombre et humide.

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Dans les gorges de la Wutach.

J21. Je parcours les marges Sud-Est du massif. À la sortie de Blumberg, il y a un col. Une voie ferrée le franchit sous un tunnel avant de descendre abruptement vers la Suisse toute proche par une série de boucles et d'ouvrages d'art spectaculaires. Et là, le choc : de grandes montagnes enneigées se profilent à l'horizon. Jura, Alpes, Himalaya ? Je me dessine mentalement la carte de la Suisse. Ce sont les Alpes évidemment, mais si loin. Je demande confirmation à un homme que promène son chien. Die Alpen ? Ja natürlich. Et il y en a plein, des Alpes. Bien 300 km kilomètres de l'Autriche au Mont-Blanc, avec l'Oberland bernois au milieu. Je passe la journée la tête tournée à droite, ce spectacle me fascine. D'autant que, après le crachin matinal, la grisaille se dissipe quelque peu, ça fait du bien.

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Au bout de la Forêt-Noire : Alpes et le Hohenstoffeln, volcan...

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.. et vue arrière sur les ruines de Magdeberg.

Bodensee/Lac de Constance.

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Alpes et Bodensee depuis les environs de Meersburg.

Allant vers l'Est, l'enchaînement avec la rive Nord du Bodensee s'impose. J'attrape là trois jours de temps relativement doux au soleil voilé, la plus longue fenêtre météo favorable de mon voyage. C'est beau, ce grand lac avec les Alpes en toile de fond. La plus belle partie est la première, l'Überlinger See, avec ses vergers, souvent anciens mais travaillés, et ses vignes. L'eau est belle et ses fonds bleus/blancs sur lesquels se silhouettent des pins me rappellent Crozon. Je traverse de nombreuses villes balnéaires au charme rendu désuet par l'absence de foules. Certaines, comme Meersburg ou Lindau, sont d'ailleurs bien belles.

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Lindau.

Allgaü – Alpes.

Après le lac, c'est la section la plus montagneuse du trajet qui m'attend.
L'Allgaü est une région de piémont réputée pour sa production laitière et ses fromages. En Allemagne les vaches restent toute l'année en stabulation (si j'étais une vache, je n'aimerais pas). Sauf en alpage élevé, il n'y a donc que des prés de fauche, ce qui rend le paysage sans clôture très agréable, comme une gigantesque pelouse. En revanche, c'est l'époque de l'épandage du lisier/fumier. Pour moi, l'Allgaü reste avant tout une odeur tenace !

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Dans l'Allgaü.

C'est l'occasion de parler d'un grave problème : les Allemands ne savent pas faire le fromage. Non seulement partout ce ne sont que pâtes fadasses pasteurisées sous plastique mais même ici dans l'Allgaü, ça ne va pas. Descendant sur Immenstadt, j'entre dans une fromagerie, je n'en croiserai jamais d'autres. Que des fromages du coin. Je demande le top du top et m'assure qu'il est au lait cru. Et bien non, ça ne le fait vraiment pas. C'est certes meilleur que l'ordinaire mais peu goûteux, sans note fleurie. Et pour cause avec cet élevage hors-sol. Je rêve alors de comté, de beaufort, ah... c'est dur !

J27. Je dois passer après Sonthofen à plus de 1600m, point le plus élevé du projet. Mais je vois bien que la neige est toujours là. Un jeune promeneur croisé hier m'a dit s'être enfoncé jusqu'au genou à 1400m. Cela dépend du versant bien sûr mais j'hésite : j'aime la neige. La météo est pessimiste, il va encore neiger. Nouvel itinéraire bis par conséquent. Je n'aime pas renoncer. Passer par là plutôt que par là est pourtant arbitraire. J'aurais pu choisir dès le départ cette alternative plus raisonnable pour la saison, alternative qui va s'avérer belle et agréable. Mais non, je le vis comme une sorte d'échec. C'est idiot, je le sais. Et le sentiment persiste même une fois constaté que ça ne passait pas : on skie dans ce qui aurait dû être ma descente en versant Nord. C'est raide et complètement enneigé sur 500m de dénivelé.

Oui, la station d'Oberjoch (1100m) que je traverse est ouverte ce 19 mars. Je croise deux membres de l'équipe de France de ski. Pas le même climat que chez nous donc.

Particularité amusante ce même jour : je passe en Autriche pour 3,2 km. Bizarreries historiques et administratives, bêtise des frontières. Je me souviens à ce moment des belles réflexions, plus nuancées que les miennes, qu'en fait Lionel Daudet dans l'excellentissime Tour de France exactement.

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En Autriche.

C'est la Vils, née en Autriche et confluant avec le Lech en Allemagne, que je descends. Superbe rivière alpine et superbe vallée dans laquelle je trouve un lieu de bivouac en alpage parfait malgré le temps gris.

J'attrape le lendemain deux heures de soleil matinal, dans des paysages somptueux. Quelle joie ! On ne dira jamais assez à quel point le soleil est une belle invention.

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En quittant Pfronten, sommets autrichiens.

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Entre Pfronten et Füssen, pile sur la frontière.

Je me dirige vers les châteaux de Louis II, constructions laides et ridicules dont l'attrait au second degré ne me satisfait en rien. La masse soudaine des touristes que j'y croise me désespère de notre époque kitsch et moutonnière (pardon les moutons).

Mon itinéraire bifurque ici vers le Nord-est, vers chez mes amis. Münich est dans l'axe. Je quitte les Alpes.

Oberbayern/Haute-Bavière. Münich/München.

J29. J'ai envie de vous raconter mes préparatifs de départ ce matin. Il se passe tous les matins un peu la même chose. Cela devient une sorte de rituel qui dépasse l'aspect pratique. Le tout me prend entre ¾ h et une heure : le matin j'ai envie de partir. Je place cette épopée potentiellement fastidieuse dans un second post.

Münich est à 500m d'altitude. Je vais y descendre peu à peu par des paysages variés que je prends grand plaisir à découvrir. Plein de surprises m’y séduisent comme la grande église de pèlerinage de Wies que je me prends à admirer alors que je n'aime pas trop le baroque, les gorges de l'Ammer et son étroit chemin à flanc, sécurisé avec beaucoup d'attention et le souci d'une certaine forme de gemütlichkeit qu'on peut trouver même en pleine nature, le panorama avec la Zugspitze, plus haut sommet d’Allemagne, depuis le sommet du Hoher Peissenberg au petit matin de mon premier jour de vrai beau temps (J30), de grands lacs morainiques tout en longueur ou encore l'entrée dans Münich, sous une pluie hivernale, par des parcs le long de l'Isar qui me cachent jusqu'au centre ancien (reconstruit) l'immensité des inévitables faubourgs hideux qui encerclent toutes les villes.

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Région des grands lacs : ancien monastère devenu prison de Rothenfeld.

Je reste une journée à Münich pour m'y promener et visiter la célèbre pinacothèque (seule la vieille est ouverte en ce moment). J’aime vraiment la peinture mais là quelque chose ne fonctionne pas. J'ai du mal à entrer dans toutes ces merveilles même si deux autoportraits, de Dürer et de Van Dyck, me saisissent chacun un instant. Je crois que la marche me prépare mal à l’immobilité nécessaire pour s'imprégner d'une peinture. La dynamique qui me propulse depuis plus d’un mois n’est pas arrêtée. Je regrette presque ce jour off.

J33. Je quitte Münich et passe mon millième kilomètre un peu après Dachau, lieu d’implantation en 1933 du tout premier camp de concentration nazi, mon chemin en traverse d'ailleurs le potager et ses baraquements. Ces lieux de mémoire bénéficient de panneaux didactiques importants et nécessaires. Mais aujourd'hui je préfère rester à distance et passer vite fait.

Le lendemain matin, pluie et vent atteignent des intensités inédites. Il fait 3 ou 4 °C.

Vallées de l'Ilm et du Danube.

Je traverse plusieurs jours la plus grande zone mondiale de production de houblon. On y travaille ardemment à préparer les supports des futures lianes. Je ne suis pas un grand amateur de bière malgré les initiations répétées de mes amis bavarois. C'est dommage ici, je le reconnais. Plus qu’une boisson, c’est tout un art de vivre auquel je reste étranger.

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Dans la vallée de l'Ilm ; perches à houblon.

J36. J'atteins le Danube et commence à passer par des endroits que je connais comme touriste grâce à mes amis, comme le beau monastère/brasserie baroque de Weltenburg, idéalement situé dans un méandre à l'entrée des gorges que le fleuve s'est ici creusé.

Oberpfalz/Haut-Palatinat.

J38. Je quitte le Danube en le traversant sur l’admirable pont de pierre médiéval de Regensburg (Ratisbonne), très belle ville par ailleurs. Tiens, il pleut. Après midi, la pluie s'intensifie et le soir sous la tente, la traîne m'offre un spectaculaire orage, avec des rafales à plus de 100 km/h précise l'alerte météo.

Le lendemain soir, alors qu'il pleut de plus en plus fort, je quitte ma trace, espérant trouver un coin discret pour bivouaquer sur une petite colline forestière dominant la Naab. Comme d'habitude, il manque plein de chemins sur osmand. Je navigue tout-terrain avec le son de l'autoroute pour guide. Mais je redescends sans l'avoir souhaité sur un chemin d'exploitation forestière en fond de vallée. Je suis vanné, j'approche les 35 km aujourd'hui et la persistance du mauvais temps commence à me peser sérieusement sur le moral. Je saisis le premier renfoncement à gauche de la piste pour poser un de mes pires bivouacs. C'est boueux, en pente, il fait très sombre, je suis trempé et dois me trouver en limite de réserve naturelle, du mauvais côté évidemment, pourvu que personne ne passe. Je me sens sale, misérable et en situation précaire. Mais heureusement, demain je rejoins la maison de mes amis.

J'y arrive sous la pluie et m'y abrite quatre jours. Je suis bien content d'être là avec eux, surtout qu'il fait plutôt beau !

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Dans les forêts de l’Oberpfalz.

L'Oberpfalz où ils habitent est une belle région de forêts vallonnées et de vallées parfois encaissées. Quittant la chaleur amicale, j’en poursuis la traversée, toujours vers le Nord, devenu ma direction principale depuis Regensburg.

J42. J'ai bivouaqué au sommet du Haselstein (705m). Ce matin, il neige, c'est quoi ce printemps ? Au moins, c'est joli et ça change de la pluie. Mais je redescends... il pleut.

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                                                               Sommet du Haselstein.

République tchèque.

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Une petite échancrure tchèque est sur ma trajectoire, ce sera rigolo d'y passer. Une haie marque la frontière. Des champs allemands deviennent des champs tchèques, que c'est bête. Je pense à ce que devait être cette frontière avant 1989 et à la chance que j'ai de pouvoir la passer sans formalité. Je pense à celles et ceux qui sont venus ici se casser les dents ou pire sur ce « rideau de fer ». Je hais les clôtures (lire Lonely are the brave d'Edward Abbey, bon film aussi avec Kirk Douglas), les barrières, les limites arbitraires et tout ce qui enferme.

Côté tchèque, les champs sont toujours des champs, les arbres des arbres, etc., mais les maisons, plus petites, ont un autre air, les crépis sont fatigués, les voitures moins luxueuses. Les gens parlent un allemand bizarre que je comprends encore moins et, je ne le savais pas, l'euro n'a pas cours. Mais c'est le weekend end de Pâques et j'ai tout le ravitaillement nécessaire. Ouf.

Le balisage des itinéraires pédestres est très différent : traits horizontaux colorés : rouge, vert, bleu ou jaune. Si plusieurs itinéraires de même couleur se croisent, rien n'indique le bon. Et le balisage n'est pas constant. Attention, mon expérience reste tout de même très limitée.

J44. Je traverse Františkovy Lázně de bon matin. Trottoirs sales et défoncés, nids de poule, maisons laides, poubelles Plastic Omnium, jardins minables.... vertige, je suis chez moi. Un trou spatio-temporel m'a ramené en banlieue parisienne. Je regarde les plaques des rues pour me persuader du contraire !

Je retourne en forêt après Skalná. C'est vraiment magnifique et... c'est mon deuxième jour de beau temps, youpi ! Je pique nique assis dans l'herbe au soleil, un truc de ouf. Passe le premier marcheur que je rencontre depuis mon départ : joie ! À mon sourire jovial, mon salut de la main et mon « Hallo » que j'espère international, répond un grognement d'ours et pas un regard. Le gars est tout en kaki/camo, jusqu'au matelas mousse. Il doit être vexé que mon œil de lynx l'ait repéré malgré son camouflage. Pas très sympa mais pas de problème, je respecte. Plus loin un couple de mon âge débute une marche de plusieurs jours si j'ai bien compris. Ils ne parlent que le tchèque, la conversation tourne donc court très vite. Dommage.

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Forêt tchèque.

Je retourne en Allemagne le même jour, sentiment de rentrer chez moi. Et pourtant c'est maintenant la Saxe, ex RDA, c'est tout différent encore, nettement plus pauvre que ce que je connais de l'Ouest.

Erzgebirge/Monts Métallifères.

Le soir du même jour, je pose le sac à dos près d'un abri impraticable et commence à tourner à la recherche d'un coin pour poser la tente. Un couple de retraités cyclistes prend le soleil sur une banquette d'herbe. Longue discussion bien sympathique. Je ramène mes affaires et monte ma tente tout en bavardant. Je suis entré dans le massif du Erzgebirge. C'est immense et sauvage, avec pas mal de loups, me décrit le monsieur, surtout côté tchèque. Ça tombe bien : j'ai planifié un petit crochet le long de la frontière vers l'Est pour profiter de ce massif réputé. Je le traverserai essentiellement sur de larges pistes forestières confortables mais peu sauvages. Comme il va faire très mauvais, c’est aussi bien. Si vous comptez aller faire un tour sur le Erzgebirge, essayez peut-être le versant tchèque.

J45. Je sors du supermarché de Klingenthal. Il pleut, des bancs de nuages bas composent un tableau d'une grande tristesse. Je commence à monter, 400m de dénivelé m'attendent. Ça réchauffe, il faut que j'enlève la doudoune : la garder au sec si possible et ne pas trop transpirer. Pour ce faire, je me pose sous l'abri très mince du rebord du toit d'un garage près d'une maison. Une fenêtre s'ouvre et une femme m'aboie dessus : « Qu'est-ce que vous foutez là ? » Dans ce cas, prendre l'air ahuri et prétendre ne pas comprendre. Deuxième aboiement identique… « Je suis un randonneur, je m'en vais maintenant. » La fenêtre se ferme et j'imagine la dame surveillant mon départ derrière son rideau. Ceci dit, cette femme a posé une excellente question. Qu'est-ce que je fous là, franchement, dans le froid, sous le déluge, les pieds trempés, veste et pantalon non imperméables (voir liste plus loin) et avec des prévisions météo abominables ? Le soir, ce sera quatre orages, le deuxième avec grêle en plein pour moi (mais je suis revenu sur mes pas en courant vers un petit banc abrité) puis une bonne heure de neige et une nuit frigorifique dans une cabane ouverte à tous vents et hérissée de stalactites le matin. On est jamais que le 11 avril, le printemps ne devrait pas tarder. D'ailleurs le lendemain matin, je bénéficie d'une heure ou deux de soleil, que demande le peuple (certes le soir, je tiens à peine debout dans le vent sous la neige fondue au sommet du Fichtelberg, point culminant allemand du massif ; et je ne reverrai le soleil que dans une dizaine de jours mais ça je ne le sais pas encore) ?

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Dans le Erzgebirge, soleil éphémère.

A Oberwiesenthal, plus grande station de ski de l'ex RDA je bifurque à nouveau vers le Nord. Pendant deux jours, je descends le piémont du Erzgebirge. J'achète un parapluie à deux balles, il faut bien tenter quelque chose. Eh bien, un parapluie, même basique et fragile (il ne va pas durer longtemps), ça protège vraiment de la pluie ! Ce bout de tissu baleiné me redonne le moral ! Et avant Chemnitz, la vallée de la Zvonitz est charmante. Elle débouche d'un coup sur cette grande ville industrielle (Volkswagen, etc), ex Karl-Marx-Stadt et nid de néo-nazis. Des strates architecturales baroques, staliniennes et postmodernes s'y empilent et côtoient de manière amusante. Comme dans toutes ces villes allemandes, les parcs sont gigantesques et superbes. Heureusement car il pleut mais alors là, il pleut vraiment beaucoup : plein d'eau qui tombe du ciel sans s’arrêter par des températures à peine positives.

J'ai hésité à stopper là mon voyage. J'ai déjà parcouru une distance honorable, vécu plein de belles choses, découvert une multitude de paysages et lieux. Ma famille me manque et je suis rincé dans tous les sens du terme, je ne sais pas pourquoi je continue. Ça fait un bout de temps que j'ai la sensation que mes pas, devenus faciles et automatiques, ont remplacé le battement de mon cœur. Je ne peux donc pas m'arrêter. Je veux marcher au moins jusqu'à Berlin que je ne connais pas. Il ne reste que 300 km, une paille. Et le printemps va arriver, c'est sûr.

La marche, c'est comme la musique et le fromage : même quand ce n'est pas terrible, c'est encore super.

Saxe centrale et du Nord, Saxe-Anhalt.

Il y a encore de beaux passages de rivières encaissées à blocs de granit au Nord de Chemnitz et de jolies petites villes comme Rochlitz, Colditz ou Grimma. Tu vois que ça valait la peine de continuer. Il y a même des moments où la pluie s'arrête. Un peu. Les forêts s'espacent et le paysage s'aplatit peu à peu. Les bivouacs deviennent difficiles à trouver.

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Dans la vallée de la Chemnitz.

Après Trebsen, c'est définitivement plat. Je suis entré dans la plaine d'Europe du Nord qui s'étend de l'Oural à Dunkerque. Je visualise et ressens toute cette géographie : que j'aime ça !

J52. Schmölen. Je trouve mon premier robinet d'eau de cimetière ouvert. Bonne nouvelle : on pense ici qu'il ne gèlera plus. L'eau a goût dégueulasse. Je demande à un homme le soir dans un autre cimetière si l'eau est potable. Il ne sait pas mais il en doute. Je ne me suis jamais posé la question l'an dernier dans l'Ouest. Et bien ici, je vais éviter. Je n'en saurai pas plus.

Il pleut de moins en moins. Quelques heures de soleil même J53. Je croise dans le grande forêt de Dübener Heide un couple marcheur parti de Potsdam près de Berlin et se dirigeant vers les Alpes et le Brenner, grand col ouvrant sur l'Italie. J'aurai ainsi croisé 5 personnes randonnant en deux mois. Pas mal.

Heide signifie lande ou bruyère. Je marche maintenant sur des sols sablonneux : bouleaux, pins, bruyères, étangs et marécages, et plus loin dans le Brandeburg, cultures d'asperges, légume dont les Allemands raffolent semble-t-il.

J54. Je traverse l'Elbe puis Wittenberg d'où Luther lança sa réforme en 1517. La ville s'appelle d'ailleurs aujourd'hui Lutherstadt. L'église du théologien est fermée hélas, je me contenterai du temple consumériste Lidl. Mais le centre-ville est très beau.

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L'Elbe et un clocher de Lutherstadt-Wittenberg.

Brandeburg. Berlin.

Ce même jour, je réserve un emplacement de bivouac chez l'habitant ! C'est un système génial très développé en Allemagne où plus de mille particuliers mettent gratuitement à disposition des cyclistes et des marcheur.ses un bout de jardin pour une nuit de bivouac. Pas d’inscription pour le/la bénéficiaire. Pour ce que j'en connais, cela paraît bien plus simple et modeste que le warmshower des cyclistes. Aucune réciprocité attendue mais le don tout simple. Toutes les adresses sont référencées et cartographiées sur le site 1 nite tent. J'avais essayé sans succès vers le début de mon trajet allemand et pensais donc que ce devait être un peu fantaisiste. Je tente à nouveau ma chance ici et j'arrive chez C. dans une ferme immense, largement en ruines, entourée d'un hectare plus ou moins en friche : il y a de la place pour ma Plex solo. C. est une femme d'une gentillesse et d'une profondeur exceptionnelles. Elle me raconte avec une émotion douloureuse comment, en 1960, elle était passée à l'Ouest avec ses parents à l'âge de 8 ans et les sentiments complexes qui l'ont ramenée il y a peu à l'Est (elle manie parfaitement l'anglais, qui est un allemand que je comprends beaucoup mieux). Je suis plongé soudain au cœur d'une histoire connue mais qui prend ici toute son épaisseur humaine. C. est heureuse de m'accueillir, heureuse d'accueillir, heureuse de relire avec moi le livre d'or qu'elle m'empresse de nourrir en français. Elle m'offre un pot de confiture de roses. Vielen danke du fond du cœur.

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Dans les forêts sablonneuses du Brandenburg.

Sur cette entrée mémorable dans le Brandenburg, le ciel me gratifie de deux jours de beau temps, ce qui fera quatre au total. Certes il fait froid mais maintenant c'est sûr : c'est le printemps. Bon, l'arrivée à Berlin un jour plus tard sous la pluie et dans une méforme préoccupante douche mon enthousiasme. Je marche quelques dizaines de kilomètres dans cette capitale qui me plaît beaucoup mais c'est décidé : cette fois, je rentre.

Liste.

J'ai repesé au retour par curiosité certains items. Ne pas sous-estimer la masse de saleté incrustée, même après nettoyage. Très étonnant pour les chaussures dont l'épaisseur des semelles a été divisée par deux au moins. En revanche les chaussettes ont perdu des plumes de mérinos. Le polycree s'alourdit d'un gramme de duct tape. Je me suis débarrassé en route du ziplock des céréales du dîner qui ne correspond pas à l'offre des supermarchés allemands, où je n'ai vu aucun vrac, ni à l'abondance de ceux-ci qui me permet d'acheter presque toujours au jour le jour. L'Allemagne : un pays pour les mul.

au retour
Ranger – porter951
Sac à dos HMG Windrider 2400884
Housse de pluie GramXpert43
Portefeuille treadlitegear en DCF5
Porte-monnaie treadlitegear en DCF5
Fourre-tout ALD en DCF14
Dormir1838
1. abri630
Tente mono-paroi Zpacks Plex solo385387
Sac de la tente8
Mât en fibre de carbone Zpacks (1,32 m)80
Patch réparation DCF et son ziplock3
Feuille de polycree Arklight 1,5 X 2,5 m7475
Piquets80
- piquet titane en V Toaks : 10 g
- 3 piquets alu DAC : 33 g
- 6 piquets titane UL Vargo : 34 g
- sac du piquet Toaks : 3 g
2. Couchage12081455
Sac de couchage en duvet Sea to Summit Spark III (- 2°C) Regular672677
Matelas en mousse Plastazote® Arkmat 127 - neuf + élastique134137
Matelas gonflable Therm-a-rest Neoair Xlite Regular3680
Kit réparation matelas Therm-a-Rest (X2) dans ziplock Zpacks40
Matelas gonflable Sea to Summit light insulated woman Regular549
sac du matelas S2S avec sac de gonflage55
Kit de réparation du matelas S2S6
Sac Sea to Summit Ultra Sil Nano 13 l3031
Manger – boire264
Réchaud à alcool Evernew en titane34
Contenant alcool : bouteille Breizh Cola 33cl + Ziplock 1l28
Paravent en alu (fait maison)4
Torchon vaisselle (bout de vieux mouchoir en tissu)2
Popote Ti Pasta Pot 700ml Evernew sans poignées + couvercle75
Sac en tissu de la popote8
Briquet mini bic hors combustible (estimation)8
Cuiller Acétal10
Couteau Victorinox Classic Allox 201917
2 Ziplocks 1 l pour noix et céréales du dîner115
Sac à bouffe : sac en silnylon GramXpert 12,3 l19
2 Bouteilles Hepar 1l480
2 Bouteilles allemandes 1,5 l62
Ėlectronique619
Téléphone Samsung S10+ avec coque et protection écran190
Liseuse Kobo Clara 2E et protection papier bulle176
Recharge électrique222
- batterie externe Nitecore NB10000mAh : 151 g
- prise murale 3A Qualcomm 3.0 : 51 g
- adaptateur USB – USBC : 1 g
- câble USB 80 cm : 15 g
- ziplock 0,5 l pour ces items plus kits réparation : 4 g
Montre Kalenji (D4)31
Divers46
Tire tique1
Contenants pharmacie (ziplocks...)12
Brosse à dent, manche en hêtre raccourci3
Étui plastique pour le PQ2
Épingle à nourrice + élastiques3
Duct tape (sur mât de la tente)53
CNI, CB, Vitale, européenne d'AM20
Vêtements2609
Bonnet en polaire fine (trouvé)40
Tee shirt manches courtes en mérinos Decathlon Trek 500136
Tee shirt manches longues Odlo225
Polaire fine Decathlon MH20151
Polaire Montane en Polartec alpha262
Doudoune Mountain Hardwear Ghost Whisperer230
Veste de pluie Haglöfs L.I.M. Jacket men (taille M)235
Slips X 286
Collant Craft L1142
Pantalon Patagonia Torrentshell 3L (taille M) – neuf333
Chaussettes Woolpower 200 (nuit – change)3733
Chaussettes Smartwool (42/45) – neuves7469
Chaussure de trail Evadict (D4) MT2 (point.43,5) gauche - neuve333348
Chaussure de trail Evadict (D4) MT2 (point.43,5) droite - neuve325343

Je pars avec du matériel déjà éprouvé et commenté. Je reviens sur certains items.

Sac à dos HMG. Toujours aussi content mais c'est le début de la fin. Plus de fermeture-éclair à la poche de ceinture droite, celle où je range le téléphone, et début de dégradation des coutures des poches en mesh.  Il a dépassé les 7500 km, ce n'est pas tant que ça.

Housse de pluie. Mon sac à dos est censément imperméable mais ce n'est pas vrai : l'eau passe par les coutures quand il pleut pour de vrai longtemps. Je me permets de développer car je lis parfois ici sur ce sujet ce qui me semble des idées reçues. La protection contre la pluie reste toujours un compromis. Pour le sac à dos, je crois avoir tout expérimenté :

- Rien. C'est ce qu'il y a de plus léger. A l'intérieur, tout ce qui craint est en sac fermé mais l'eau finit par rentrer. On n'en meurt pas mais bon...
- Le poncho. Abondamment utilisé il y a longtemps. C'est ce qui protège le mieux le sac. Mais : dans le Val d'Aoste sous un orage dantesque, mon poncho a attrapé une rafale de vent et j'ai perdu le contrôle. Le terrain n'était pas compliqué et ça s'est bien terminé. Peut-être les modèles plus récents permettent-ils d'éviter la prise au vent, mais j'ai peur du poncho maintenant.
- Le parapluie. C'est une première pour moi. Concernant la protection du sac, il en faudrait un de grande taille et comme il se devrait d'être solide, ça doit peser. Il y a des adeptes ici. À creuser.
-Le liner. Gaffe : ce n'est pas si solide que ça. Il y a un moment où, sur une première déchirure, il se défait façon puzzle. Certes, il y faut des semaines, ou de la négligence, ou de la malchance mais sur un long voyage il vaut mieux partir avec un neuf et prévoir qu'il faudra peut-être en racheter un, ce qui ne me paraît pas évident.
- La housse de pluie. C'est la solution que j'ai utilisée le plus. Par rapport au liner, elle protège les poches extérieures, je trouve cet avantage décisif. Les défauts souvent relevés ici, comme le passage de la pluie dans le dos, ne m'apparaissent pas évidents. En revanche, il y a bien une tendance à accumuler de l'eau à l'intérieur au fond mais beaucoup de modèles y ont disposé un trou d'évacuation et toute le journée je tire la housse vers le bas pour en décoller le fond du sac, c'est devenu un réflexe.
Si vous avez mieux que tout ça, je prends.

Fourre-tout ALD. La pochette plus légère de chez treadlitegear que je possède est un peu juste pour la liseuse. Ce fourre-tout ALD d'excellente fabrication me permet de regrouper pas mal d'items. Mon sac est mieux rangé, je retrouve les choses plus facilement. Cela vaut les 8g supplémentaires.

Sac S2S Ultra-Sil Nano. Ça fait des années que j'use les sacs de rangements de S2S. Sur les Nano, les bandes d'étanchéité se décollent assez vite. En septembre dernier un orage, sous tarp et sur polycree, me pousse à ranger l'électronique dans le sac S2S récent et catégorie ce-qu’il-y-a-de-mieux-et-de-plus-lourd dans lequel je range le duvet. De l'eau s'infiltre et stagne sous le tarp. Et bien, l’eau est rentrée dans le sac S2S, top du top de l'imperméabilité. Ne pas confondre imperméabilité et étanchéité qu'ils disent. Mouais. Faites-en ce que vous voulez.

Sac à bouffe. Pas indispensable mais bien pratique.

Bouteilles
. Les robinets publics étaient fermés hors-gel. J’ai assez souvent renouvelé les bouteilles d’eau, d’autant qu’en Allemagne elles sont consignées (25 cents) et l’échange doit se faire avant le décollage de l’étiquette. On ne trouve quasiment que des bouteilles d’1,5 l ou 0,75 cl. Je pèse les deux dernières mais cela n’a pas grand sens.

Recharge électrique
. J'ai pensé qu'un panneau solaire serait peu efficace cette saison. Bien vu ! En échange, je prends une prise 3A plus lourde pour une charge rapide. La différence est impressionnante. 15 minutes dans une église et je récupère de 15 à 20 %. Pardon pour mon enthousiasme naïf de néophyte !

Polaire D4 MH20. Elle est parfaite cette micro-polaire. Son appoint était indispensable.

Veste de pluie Haglöfs. Bon, elle a vu du pays et il y a longtemps qu'elle n'est plus imperméable. Mais le tissu est propre et les fermeture-éclairs fonctionnent encore (pas pour longtemps en ce qui concerne la poche). Il va se révéler qu'elle ne respire plus du tout non plus. Vous me direz que ce n'était pas raisonnable de partir pour une longue marche de fin d'hiver avec une veste fatiguée. C'est vrai mais comment faites-vous ? Vous rachetez une veste pour chaque voyage ? Au prix que ça coûte ? Et vous faites quoi des vestes mises au rebut ? Je ne peux me résoudre à cette consommation... et je finis mouillé ou découvre le parapluie.

Pantalon Patagonia
. Il est neuf lui et c’est pourtant une catastrophe Je l'ai choisi pour son imperméabilité, ses deux poches et sa robustesse supposée vu sa masse pas mul. Ce pantalon fait du bruit, le tissu est désagréable au contact, la taille trop large, pour moi en tout cas, la ceinture inefficace, je dois remonter le pantalon 10 fois par jour et il tient avec la ceinture du sac à dos, des trous apparaissent sur les coutures dès la deuxième semaine et... tin tin tin... il n'est pas imperméable. A chaque pluie sérieuse, de l'eau dégouline sur mes jambes et pas seulement à l'extérieur par les fermeture-éclairs. A ce prix, c'est une honte. Une marque de plus sur ma liste rouge.

Chaussettes Woolpower. Un cadeau (je ne sais pas de quel modèle il s’agit). Et une merveille, les meilleures chaussettes que j'ai jamais eues. Confortables, chaudes, respirantes et après 1800 km, pas un trou.

Chaussures. Toujours super mais un peu moins convaincantes que l'an passé : quelques douleurs au pied droit. La différence de masse entre les deux chaussures laisse augurer d'une fabrication peu constante. Mais cela reste pour moi de très bonnes chaussures, et c'est si important.

Hors ligne

#2 04-05-2023 08:49:52

pogo
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Inscription : 27-03-2017

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Annexe. Comment je me prépare le matin ou mon petit rituel que je l’aime.

J29. J'ai bivouaqué sur une petite surface forestière dégagée pour le stockage du bois ou le parking d'engins de débardage. Il y a un peu d'herbe. Hier soir, le bûcheron septuagénaire dont j'entendais la tronçonneuse à mon arrivée, est descendu de son tracteur vérifier ce que j'étais. Je vais être honnête : je n'ai pas bien compris la réglementation concernant le bivouac en Allemagne. Je sais que ça change suivant les länder et qu'aucune loi ne l'interdit formellement ici en Bavière. Cependant des règlements locaux peuvent être plus restrictifs mais comment le savoir ? L'an passé un marcheur allemand m'a dit bivouaquer partout dans son pays. Mais je préfère rester discret. Ce n'est donc pas sans crainte que je vois mon bûcheron venir vers moi (j'aurai plus loin deux autres rencontres incertaines similaires). Je lui explique pourquoi je suis là, ce que je fais. Mon allemand plus que sommaire doit générer suffisamment de malentendus pour décourager d'éventuelles contradictions mais ce qui semble le rassurer, c'est que je n'ai pas de voiture. Quelqu'un sans voiture, c'est vraiment héroïque !

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Je me réveille entre 4 et 5 heures du matin. Ce 21 mars, jour du printemps il paraît (ici c'est toujours l'hiver), il fait encore nuit pour une bonne heure et je fais tout dans le noir relatif. Je commence par habiller le haut, le bas restant dans le duvet chaud (brrr qu'il fait froid) : le TSML est dans l'oreiller. Les pulls sont déjà sur moi. Le moment torse nu quand les températures sont négatives est toujours délicieux. Puis c'est le petit-déjeuner. Muesli invariablement : c'est ce qui va le plus vite et me nourrit le mieux. D’ailleurs dans muesli il y a mul. La popote et la cuiller sont à ma droite, à l'opposé de la porte (dans ces tentes Zpacks, ça change suivant les jours en fonction de la pente et du sens de montage déterminé par le sens du vent), la bouteille d'eau à ma gauche et le muesli dans le sac à bouffe, lui-même dans le sac à dos, isolation qui espère maintenir les rongeurs à l'écart. Le nettoyage de la popote après avoir mangé est en principe l'unique moment où j'allume ma lampe. Je racle les restes de céréales et nettoie à l'eau que je bois. Puis séchage avec mon torchon à vaisselle qui attend sagement dans une boucle de curseur d'une fermeture-éclair de la porte de la tente. Je mets ensuite le torchon humide dans la poche de la polaire, il sèchera sur moi, je le laverai quand je pourrai. C'est le moment de sortir du duvet et d'habiller le bas dont les pièces sont rangées au fond de l'oreiller : le pantalon est la pièce maîtresse de l'oreiller. Quand le bas en est boueux, c'est-à-dire tout le temps, j'ai un mode de pliage avec la boue sur elle-même qui garantit en principe une propreté relative. Mais il peut arriver que le pantalon trop sale doive rester dans l'abside, tant pis pour l'oreiller. Voilà, je suis habillé, j'ai mangé, on range. Je reste dans la tente. J'en ai pris l'habitude pendant ces nombreuses marches hivernales. Bien sûr quand il fait beau et tiède, c'est bien agréable de sortir tout de suite.

Je commence par retourner le duvet comme un gant pour enlever d'éventuelles saletés. Puis je le glisse dans le sac de rangement, anciennement enveloppe de l'oreiller. Là, j'ai un 13 l de S2S et comme le nouveau matelas acheté à Besançon n'y rentre pas, je suis large. Je place au-dessus les vêtement de nuit ; slip, chaussettes et TSMC. On ferme.

Puis c'est le pliage du matelas gonflable. Un beau moment sportif qui réchauffe. L'écraser en le pliant pour évacuer le plus d'air possible. Puis le ré-étaler, le plier en trois dans le sens de la longueur et rouler en serrant bien fort. Je m'aide des pieds devant les mains pour évacuer l'air le plus complètement possible. Hop, le matelas dans sa housse.

Je vais maintenant chercher à mes pieds le petit sac de rangement de la popote. J'en extrait le briquet, le réchaud et le paravent pour les ranger dans la popote. Il reste de la place et je case parfois le sachet de soupe ou une barre de céréales si je ne ravitaille pas le jour même. Poser le couvercle sur la popote, fermer le sachet.
C'est au tour du fourre-tout des items précieux. Je le vide pour installer au fond la liseuse restée près de ma tête, je lis parfois le matin si je me réveille vraiment très tôt. Puis la brosse à dents qui a fini de sécher dans la poche en mesh de la tente en compagnie du couteau, de la lampe et de l'élastique du matelas-mousse, qui eux, doivent attendre encore un peu. Je place ensuite sur la liseuse, le petit ziploc de pharmacie, le porte-feuille, le porte-monnaie mais pas le papier-toilette dont je vais sûrement bientôt me servir mais ça ne vous regarde pas. Je mets le PQ dans la poche de ma doudoune (oui, j'ai remis tous les vêtements chauds dont le collant).
J'attrape à mes pieds les sacs de rangement de la tente (toile et piquets) et les place dans les poches du pantalon, toile à droite, piquets à gauche.

Reste à rouler le matelas-mousse (oups, ça fait froid aux fesses de l'enlever), l'enfermer dans son élastique, petit morceau de ruban pour culotte cousu sur lui-même, et le glisser dans le sac à dos. Si la météo est favorable, ça m'arrive, je le fixe à l'extérieur. Le sac du duvet rentre maintenant dans le sac à dos. Puis je glisse les anneaux du couteau et de la lampe dans l'épingle à nourrice restée accrochée sur une petite boucle de tissu qu'on trouve en haut à l'intérieur de sac à dos. Ces objets ultra-légers sont précieux et on a vite fait de les perdre. Je mets le téléphone dans la poche de la veste de pluie, enfilée comme tout le reste : il fait froid et m'étonnerait pas qu'il pleuve.

Deux cas de figure maintenant : tente humide, 9 fois sur 10, ou tente sèche. Ce matin, miracle, la tente est sèche : il ne pleut pas (encore), il n'a pas plus cette nuit et du vent a évité l'habituelle condensation. Je pose donc tout le matériel qui reste sur le polycree qui dépasse de la tente à l'extérieur. J'enfile mes chaussures qui attendent sous le polycree côté tête (ma tête à moi), je sors, regarde le ciel (tiens, pas d'étoile, il fait gris), fais pipi, ce sont des choses qui arrivent. Je sors le sac à dos, l'appuie contre un arbre ou le couche au sol. La tente est vide.

Je la démonte. J'enlève les piquets un à un. Je les compte tout haut (je rappelle qu'il fait nuit), je les serre bien dans la main. La main droite enlève le piquet pendant que la main gauche détend au maximum le hauban, ainsi entièrement disponible pour ce soir. Je tourne dans le sens anti-horaire, je ne sais pas pourquoi, Coriolis peut-être. Suivant le montage et la qualité du sol, je commence ou je termine par le piquet du mât que je ne laisse pas s'affaler seul dans la crainte d'abîmer la toile. Je pose les piquets par terre près du sac à dos ou sur un bout de bois bien visible.

Je retourne maintenant la tente comme un gant. Secouement vigoureux, le ménage est fait (c'est fou ce qu'on embarque, même en faisant attention). Nouveau retournement et pliage. Sans méthode : je préfère que les plis ne soient pas toujours au même endroit. Il faut quand même bien tasser, le DCF n'est pas ce qui fait de mieux pour le rangement. Maintenant que la toile est dans son sac (celui-ci était dans ma poche droite de pantalon, il faut suivre), je la place au fond du sac à dos le long du duvet, les deux sacs sont posés verticalement.
Je plie le mât, lui passe son élastique que j'ai enroulé x fois autour hier. Je le glisse ensuite dans l'interstice laissé entre le matelas-mousse et le sac de la tente. Puis entrent dans le sac à dos, presque tout le reste, dont la housse de pluie, à garder bien accessible, on dirait qu'il va pleuvoir, la bouteille d'alcool à brûler qui a passé la nuit dehors sous le polycree côté pied et qui va dans une poche latérale extérieure. Tout en haut le fourre-tout des items précieux, sur le sac à bouffe. A l’extérieur les bouteilles d’eau bien sûr.

Le polycree est dégagé. S'il y a du vent, je l'ai peut-être lesté d'une bouteille d'eau. Je le secoue très vigoureusement et le plie, côté sale à l'intérieur. Si le temps le permet, je sècherai et nettoierai mieux dans la journée quand on y verra quelque chose, mais ce n'est pas une question essentielle même si nettoyage et séchage riment avec allègement (ah bon, ça rime ?). Je le range dans la poche en mesh extérieure centrale où je range aussi le sac de poubelle et la tente quand elle est mouillée. Si j'ai chaud dans la journée, va savoir, je pourrai y mettre encore vite fait un vêtement.

Tu as suivi, que manque-t-il ? Et oui, les piquets. J'apporte un soin maniaque au nettoyage des piquets. Ça  me prend, suivant la qualité de la boue, jusqu'à dix minutes certains jours. Aujourd'hui c'est boue qualité medium. Je me mets à genoux, presque une prière. J'utilise la végétation, en ce moment principalement les feuilles mortes. Je frotte et refrotte. S'il y a un peu d'herbe humide, ça aide. Je peux cracher dessus, il faut que ça brille. Je les compte à chaque phase, s'agit pas d'en perdre (ai-je dit qu'il faisait nuit ?). Je les essuie amoureusement sur le pantalon et les range un par un dans le sachet génialement rangé dans la poche gauche du pantalon. Puis insère ledit sachet le plus profondément possible dans le sac à dos déjà rempli.

Je vérifie que rien ne traîne, ressort la lampe s'il le faut, mais le jour est proche et on commence à y voir.
Et maintenant.... le meilleur moment de la journée : c'est partiiiiiiiii.

Je porte l'ensemble des moyens de mon vagabondage sur mon dos, j'ai toujours adoré cette idée. Et en plus c'est léger, ultra-léger genau.

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#3 04-05-2023 09:20:07

karibou31
Membre
Inscription : 08-09-2021

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

eh ben ! Quel riche récit ! Merci !


Edit sans précisions = corrections orthographiques

Trombi --- Liste montagne été
Liste printemps / automne

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#4 04-05-2023 12:15:29

Palacios
Membre
Inscription : 06-12-2021

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Super récit. Vivant, original et très intéressant.
Je me suis bien reconnu dans la partie Bresse et contreforts du Jura en hivernal. Et dans les rituels du matin.
Merci de cet excellentissime moment.

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#5 04-05-2023 13:52:33

steves
Membre
Inscription : 16-10-2012

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Merci pour cette aventure qui sort des sentiers battus.
On sent bien l'amour de la marche, et une volonté quasi infaillible malgré la pluie et le froid!

Petite question, l'apport de ta ghost whisperer a-t-il toujours été suffisant? Ou bien c'était le temps de faire le nécessaire et tu allais très vite dans le sdc?

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#6 04-05-2023 14:27:15

tolliv
Sérénitude
Lieu : Toulouse
Inscription : 06-09-2016
Site Web

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Je n'ai pas grand chose à dire d'autre qu'un grand BRAVO !
Et j'ajouterais que tu as de bien jolies photos. Re-Bravo !


"La vie est trop courte pour être petite"

Mes récits , mes bricolages et quelques idées saugrenues : ---->> ICI <<----

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#7 04-05-2023 15:15:32

tacheton
Membre
Inscription : 05-09-2018

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

excellent, j'ai adoré le rituel du matin, on y était ! (sauf que je paume toujours le sac a piquets)

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#8 04-05-2023 16:43:33

pogo
Membre
Inscription : 27-03-2017

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Merci les zamimuls, z'êtes adorables.

steves a écrit :

l'apport de ta ghost whisperer a-t-il toujours été suffisant? Ou bien c'était le temps de faire le nécessaire et tu allais très vite dans le sdc?

Je n'ai pas toujours enfilé la doudoune quand je m'arrêtais car à cette saison, c'est un moment où je m'active pour monter le campement rapidement. Je rentre ensuite en effet rapidement dans le duvet si j'ai froid, c'est pourquoi un vêtement chaud spécial pour ce moment m'est inutile. Dans la cabane du Erzgzbirge où il faisait si froid, j'ai utilisé le duvet comme vêtement (je crois qu'il y a des posts là-dessus ici) pour pouvoir dîner sur la table de pique-nique qui s'y trouvait.

J'emporte une doudoune pour la porter quand je marche. J'avais trois couches chaudes en plus du TSML et si j'avais assez chaud, j'enlevais évidemment la doudoune en premier durant l'effort.
Pour être plus clair. Quand je marche et qu'il fait très froid : dans l'ordre : TSML, polartec alpha, micro-polaire, doudoune, veste. La nuit : TSMC, doudoune, micro-polaire et parfois polartec alpha (nuits ventées vers -5°C). C'est la première fois que je pars avec autant de couches, en raison de mon état de santé. Je ne suis pas trop frileux d'habitude.

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#9 04-05-2023 16:59:50

Serval
Carpe diem
Inscription : 15-06-2018
Site Web

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Bonjour Pogo smile

Quel plaisir de lire ton récit justement aujourd'hui, veille du jour où je vais moi-même partir ! (Demain soir je serai à Bilbao et commencerai à marcher dimanche en direction de Strasbourg). C'est un peu comme un passage de témoin. wink

Désolé en revanche d'apprendre tes ennuis de santé. J'espère que ton périple participera de ton rétablissement complet. En tout cas, ils me rendent encore plus admiratif de ton choix (répété !) de partir en fin d'hiver/début de printemps, alors qu'il fait froid et que les journées sont courtes, d'autant que tu as moins été gâté par le temps cette année, mais ce choix et le parcours choisi cette fois encore à l'est de l'Hexagone nous donnent une vision très différente des autres récits de longues marches que l'on peut lire – encore agrémentée par la qualité de ton récit.

Chacun se reconnaîtra dans telle ou telle de tes anecdotes et dans ton rituel du matin (chacun fait à sa sauce mais c'est vrai que cela devient vite un rituel où l'on n'a pratiquement plus besoin de réfléchir). Et puis, mais ce n'est pas une surprise, je vois que nous avons de nombreux points communs, l'un des moindres n'étant pas d'avoir une dilection particulière pour "Seuls sont les indomptés".

Bonne réadaptation à la vie normale, comme on dit ! Amitiés.

Dernière modification par Serval (04-05-2023 17:03:38)


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)

Trombi | Mes "longues promenades" | Lighterpack 2023
« Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans [les voyages] que j'ai faits seul, et à pied. » (J.-J. Rousseau)

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#10 04-05-2023 17:32:20

bernard_lyon
Μηδὲν ἄγαν
Lieu : Lyon
Inscription : 16-12-2015

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Quel beau récit, et riche d'informations - sans compter les belles photos. Merci !  smile

Dans ton rituel matutinal, quand tu dis que tu "retournes la tente comme un gant", ça veut dire que la moustiquaire est ouverte non ? Et tu la refermes avant de plier la tente ?


Mon trombi | Liste | HRP Banyuls-Alos d'Isil | GR738
"Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route." (Jean Giono, "Que ma joie demeure")
Modification non explicitée : orthographe ou syntaxe

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#11 04-05-2023 17:39:15

pogo
Membre
Inscription : 27-03-2017

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Bonjour Serval,

Ton message et tes compliments me touchent beaucoup.

Je te passe avec grand plaisir ce témoin et te souhaite une super longue promenade.
Ce sont tes départs vers la canicule qui m'impressionnent ! J'espère qu'elle saura se montrer raisonnable sur ton chemin cette année.

Dans l'attente impatiente des nouvelles de ton itinérance, toutes mes amitiés.

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#12 04-05-2023 17:44:15

pogo
Membre
Inscription : 27-03-2017

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Merci bernard-lyon.
Oui, c'est ça, j'ouvre la moustiquaire et retourne la tente comme un gant puis remets le tout en place, moustiquaire fermée, avant de plier. Merci de m'avoir aidé à être plus précis.

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#13 04-05-2023 17:45:39

bernard_lyon
Μηδὲν ἄγαν
Lieu : Lyon
Inscription : 16-12-2015

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Merci pogo.
J'ai aussi une Plex Solo, il faudra que je teste cette manœuvre… C'est vrai qu'on tent à accumuler plein de petites choses dans la tente à force !


Mon trombi | Liste | HRP Banyuls-Alos d'Isil | GR738
"Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route." (Jean Giono, "Que ma joie demeure")
Modification non explicitée : orthographe ou syntaxe

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#14 04-05-2023 18:08:13

Baloofix
Membre
Lieu : Grenoble
Inscription : 03-12-2017

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Super récit et photos top. Merci du partage.
Et, oui, il faut absolument lire Edward Abbey (le gang de la clé à molette, désert solitaire...)


Je préfère le vin d'ici à l'eau de là.
Il n’est de merveille sans rareté, il n’est de rareté sans quête.
"Les esprits valent ce qu'ils exigent, je vaux ce que je veux" Paul Valéry
Edit sans précisions = corrections orthographiques

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#15 05-05-2023 07:52:58

Clem_Ly
Membre
Inscription : 27-08-2020

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Coucou pogo,

J'ai lu avec beaucoup de plaisir ton nouveau récit. Bravo pour ta motivation à toute épreuve malgré ton état de santé et les conditions météorologiques.

Tu décris bien les rencontres éphémères au cours de la marche. Qu'elles soient plaisantes ou mémorables dans un sens moins agréable !

Sur un trajet au long cours, tu te fixes quelques objectifs/ville de passage intermédiaires entre le départ et l'arrivée ou tu laisses totalement libre cours à tes envies ?
Ici tu avais tes amis en Bavière mais au delà de ça, t'es-tu dit : je veux voir tel ou tel endroit ?
Il me semble que tu n'aimes pas trop planifier ou considère cela n'a plus trop de sens au delà d'une certaine distance.

En tout cas quel plaisir de sentir (et de voir aussi) les paysages évoluer au fil de ton récit.

Pour la veste de pluie, je comprends ta frustration sur le changement du matériel et je n'ai bien sûr pas de réponse à y apporter, seulement quelques réflexions, sans aucun jugement je le précise mais tu sais que je ne me le permettrais pas.

Éviter le rachat pour limiter les déchets c'est tout à fait louable mais dans le cas de ton aventure, tu t'es retrouvé bien malgré toi à devoir acheter un parapluie de mauvaise qualité, qui finit lui aussi en déchet jetable et bien plus rapidement que ta veste.
Peut-être la fabrication de la veste est-elle plus polluante du fait des matières employées, je ne sais pas.
Pour limiter les déchets, as-tu songé à l'achat d'occasion ? Certaines sont ou semblent assez peu usées et ce type de remplacement pourrait concilier ton souhait de limiter les déchets et la nécessité d'être au sec quand il le faut.

Enfin merci pour le partage de ton rituel du matin. Je suis bien moins organisé et je vais pouvoir en partie m'en inspirer.

C'est le genre de petits détails qui passent à la trappe dans les récits et qui sont pourtant bien intéressants.


Edit sans précision = correction de l'orthographe, de la grammaire, de la syntaxe, mise en forme, etc.

Mon Trombinoscope et mes récits

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#16 05-05-2023 10:42:27

pogo
Membre
Inscription : 27-03-2017

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Merci Baloofix.
J'avais trouvé, je crois dans Désert solitaire, l'idée que la lampe empêche de voir alors que je pratiquais avec peu de lampe depuis longtemps : ça fait plaisir. (Je rajouterai que le GPS empêche de s'orienter, etc.) Ces américains du nature writing, avec Fromm, Harrison, etc., ont une capacité inégalée de nous captiver avec des descriptions de nature dont je me délecte.

Coucou et merci Clem-Ly pour ta lecture amicale et tes questions. Et pour ta délicatesse mais j'accepte volontiers les critiques.

Clem-Ly a écrit :

Sur un trajet au long cours, tu te fixes quelques objectifs/ville de passage intermédiaires entre le départ et l'arrivée ou tu laisses totalement libre cours à tes envies ?

Avant la retraite, mes marches les plus longues étaient estivales et montagnardes, type de terrain où j'aime bien garder une large marge de manœuvre. J'ai acquis un téléphone pour la facilité cartographique sur de longs trajets.  J'ai découvert ce faisant le plaisir de prévoir une trace, en particulier pendant les confinements. Donc, il m'arrive comme sur ce trajet allemand, de suivre à peu près une trace que j'ai dessinée. C'est récent et je ne sais pas trop quel bilan en tirer mais il faudrait que je me laisse sûrement plus de liberté. Ceci dit, j'aime marcher partout donc pourquoi pas sur la trace. Donc, pour répondre à ta question exacte, mes envies étaient celles de la trace, construite à partir des itinéraires balisés pour l'essentiel. Je l'ai parfois délaissée pour éviter des routes ou rejoindre un ravitaillement. Puisque je remontais vers le nord pour rejoindre la maison de mes amis, j'ai pensé continuer vers le nord ! Et il y a peut-être plus de sens à planifier pour du long cours, je ne sais pas. On peut toujours se dire : "je prends le train jusqu'à Modane et marche une semaine en Vanoise" sans rien planifier mais sortir de chez soi pour marcher deux mois demande quelques idées préalables. Quoique. Tu me donnes des idées....

Clem-Ly a écrit :

Pour la veste de pluie

Oui, tu as raison pour le parapluie, ça m'a fait mal de le jeter au bout de quelques jours.
Merci pour l'idée de l'occasion  mais si c'est pour avoir une veste imperméable, je ne crois que ce soit une bonne idée dans la mesure où j'ai constaté que mes vestes perdaient en général assez rapidement leur capacité à empêcher la pluie de pénétrer. C'est vrai qu' il y 50 nuances (au moins) de perte d'imperméabilité. Lors de notre première sortie commune du PIF j'avais testé la veste usée (une Montane) + le coupe-vent, la double-couche quoi, mais il n'avait pas assez plu ! Je retournerai peut-être au poncho.

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#17 05-05-2023 10:47:16

Stéphane_33
Membre
Lieu : Bordeaux
Inscription : 05-12-2018

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Bonjour Pogo,
Merci pour ton récit, j'admire ton endurance face au mauvais temps !

pogo a écrit :

Puis c'est le pliage du matelas gonflable. Un beau moment sportif qui réchauffe. L'écraser en le pliant pour évacuer le plus d'air possible. Puis le ré-étaler, le plier en trois dans le sens de la longueur et rouler en serrant bien fort. Je m'aide des pieds devant les mains pour évacuer l'air le plus complètement possible. Hop, le matelas dans sa housse.

Moi aussi j'ai mon rituel du matin, ma première action est de dévisser la valve du matelas alors que je suis encore allongé dessus : c'est très efficace pour en chasser l'air et le pliage en est grandement facilité. Je gagne aussi 5 cm d'épaisseur, c'est toujours ça de pris pour s'assoir sans toucher la toile.

Stéphane.

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#18 05-05-2023 14:26:20

claudius
Membre
Inscription : 02-02-2009

Re : [Récit + liste] "Printemps" 2023. 1780 km à pied jusqu'à Berlin.

Superbe récit et magnifiques photos...merci de partager.

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