#1 13-09-2021 14:03:07

Shanx
Sanglier MUL
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[Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Préambule
Ce récit est un peu long, mais il me tenait à cœur d'essayer de retranscrire une partie des émotions connues pendant ces quelques jours. Ce n'est pas vraiment de la randonnée, ni du voyage, mais je pense que ça a toute sa place sur RL (même si certains vont encore dire que tout ça va trop vite big_smile ). Je n'avais pas d'APN et mon téléphone est très moyen niveau photo donc il n'y aura pas trop d'illustrations.

Après ce récit viendront deux autres postes, un détaillant l'entraînement, ma progression et ce que j'ai identifié pour progressé, et l'autre le matériel emmené.

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Lorsque je suis rentré précipitamment de mon voyage à vélo en Amérique du Sud, j'ai eu un long moment de flottement. Comme tout le monde, mes perspectives étaient brouillées par la persistance des menaces du Covid. Couvre-feu, confinements, fermeture des frontières… Tellement de choses semblaient se mettre entre moi et ce que j'aime faire : voyager. J'ai donc vécu quelques mois difficiles avant de me résigner à reprendre mon travail d'avant mon départ. Mais cela ne suffisait pas : j'avais besoin d'un réel objectif, quelque chose d'ambitieux qui m'aiderait à garder le cap mentalement et à garder la ligne physiquement. C'est ainsi qu'après quelques mois d'hésitation je me suis inscrit à la Race Across France 2500, une course de vélo en semi-autonomie (il y a 3 bases de vie sur le parcours) partant de Cannes et arrivant au Touquet en passant par les Alpes, le Charolais, la vallée de la Loire puis la Normandie.

La Race Across France (RAF) propose plusieurs parcours de 300km (en 24h max), 500km (36h), 1100km (5 jours) et 2500km (10 jours). Comme je voulais quelque chose me forçant à me dépasser et à m’entraîner un peu sérieusement, j'ai d'office éliminé les deux distances les plus courtes qui me semblaient relativement accessibles vu mon expérience de voyage à vélo. Bien sûr, j'aurais pu choisir de m'ajouter un objectif de temps plus ambitieux, mais mon tempérament m'entraîne plus vers la longueur que la vitesse (probablement car je n'ai pas un physique de sportif, donc aller vite n'a jamais vraiment été dans mes cordes). Le 1100km correspond à la traversée des Alpes, et avec ses 21000m de D+ il n'est pas une sinécure. Mais quitte à me préparer, autant directement me lancer dans le grand bain et ne pas avoir de regrets.

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On a vu plus reposant comme vacances...


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Si au moins c'était plat, mais même pas !

C'est comme ça qu'un chaud vendredi de juillet je me retrouve dans un stade de Mandelieu-la-Napoule, au bord de la Méditerranée. Mon vélo porte une plaque verte indiquant que je suis un concurrent du 2500, et en attendant le départ je tourne désœuvré à la recherche d'un coin d'ombre pour une sieste. Dans ma tête s'affronte l’incrédibilité d'être enfin au jour pour lequel je me suis tant entraîné et le sentiment que je ne suis pas prêt, que ce n'est pas déjà là… Presque un an à faire du home-trainer à en épuiser la chaîne Youtube d'Arte, à aller rouler tous les week-ends toujours plus loin, plus haut mais pas forcément plus vite, ça laisse des traces et je n'arrive pas vraiment à réaliser que c'est enfin là.

Je discute avec quelques autres concurrents, un peu comme un étudiant qui tenterait de se renseigner du contenu d'un examen juste avant l'entrée dans la salle. Les néophytes comme moi ont tous le même discours : terminer ce serait bien, peut-être aller un peu plus vite, on verra, c'est si long… Les anciens savent à quoi s'attendre donc ils ont moins de craintes d'afficher leur objectif. Moins de 7 jours pour les meilleurs (la gagne se jouera en 5 jours et une dizaine d'heure), ou même simplement finir pour ceux qui reviennent après un abandon. Avec plus d'un tiers de concurrents qui n'arriveront pas au bout, c'est une possibilité qu'il ne faut pas écarter. Dans tous les cas, je me compare forcément aux autres : tous semblent plus affûtés, plus expérimentés, plus prêts et plus confiants que moi. Le syndrome de l'imposteur me rattrape et je me demande bien ce que je fais là, si je suis bien à ma place. Le voyage à vélo m'a-t-il vraiment préparé à rouler avec ceux qui ont fait 10 ans de vélo en club avant de se tourner vers la longue distance ?

À force de tergiverser et après quelques siestes entrecoupées de coup de derniers coups de fil, je me retrouve sur la rampe de départ. Speaker, spectateurs, balise GPS me suivant à la trace… Pour la première fois le vélo est une chose sérieuse. Ce n'est plus moi seul dans mon coin, mais bel et bien une épreuve où je ne pourrais pas choisir mon parcours ni mon rythme. Toutes les 1min30 un participant s'élance et disparaît dans la nuit. Nous sommes 97 à partir, je pars à 22h - pile l'heure à laquelle je me couche habituellement. Ça y est, c'est à mon tour…

Quelques spectateurs sont encore là et je me fais applaudir lorsque je m'élance. Sensation étrange. Quelques mètres plus loin le tapis rouge s'arrête et je m'engage sur la route. Phares allumés, GPS activé : ça y est, je suis lancé ! Les premiers kilomètres sont plats, mais rapidement la route s'élève, le rythme ralenti. Je n'ai pas tellement l'habitude de rouler de nuit et les pentes s'estompent dans l'obscurité et l'euphorie du départ donc je me fie à mon GPS et la vitesse ascensionnelle pour trouver le bon rythme. Je suis quand même légèrement plus rapide que d'habitude, ce qui ne m'empêche pas de me faire doubler trois fois pendant la première heure… La course est longue et est essentiellement contre moi-même donc je ne panique pas, mais lorsque je double enfin d'autres concurrents à la faveur du col du Ferrier ça me redonne un peu le moral. Je passe la nuit à rouler à bonne allure (pour moi), discutant ici ou là quelques kilomètres avec d'autres participants. De temps en temps nous croisons des cyclistes allongés dans des endroits improbables pour une courte sieste, et même un concurrent ayant déjà un problème mécanique. Dans les gorges du Verdon, au plus profond de la nuit mais sous une éclatante pleine lune, je me fais doubler par Clément Clisson, vainqueur de l'année dernière et parti dernier, 1h30 après moi. À peine le temps de dire bonjour qu'il est déjà loin : part-il lui aussi vraiment pour 2500km ?!

J'essaie de tenir jusqu'au lever du soleil mais je fatigue sérieusement. Les jambes tournent toujours mais mes yeux ne veulent pas entendre raison et se ferment tout seul (à moins que ce soit eux qui aient raison ?). Je m'octroie une petite pause de 22 minutes peu avant Oraison : 7 minutes de retour au calme puis 15 minutes de sieste, ça fait du bien. Oraison, au km 183, marque mon premier arrêt boulangerie de la RAF. C'est le début du métronome : quelques heures sur le vélo, une pause viennoiserie et/ou sandwich, et on recommence. Le parcours est maintenant beaucoup plus plat après un début en fanfare, avant un dernier petit col qui n'en finit pas puis la descente sur la plaine devant le Ventoux. Je fais une pause repas à la base de vie n°1 et je repars à 14h. C'est donc une heure plus tard, sous une chaleur écrasante et l'assourdissant bruit des cigales que je commence l'ascension du géant de Provence. L'odeur âcre des freins à disques des voiture masque la douceur des lavandes. J'ai si chaud, c'est si dur… Il y a deux semaines j'avais fait trois ascensions du Ventoux en une même journée et c'était passé plutôt tranquille, mais là j'accumule les pauses. La fringale me rattrape pour de bon peu avant chalet Reynard, m'obligeant à faire une longue pause pour que je me force à avaler quelques barres. Malgré tout je double d'autres participants. Certains marchent, d'autres font autant de pause que moi. Cette journée fera des dégâts, et plusieurs abandons pour insolation ou fringale auront lieu.

Au sommet je discute rapidement avec l'orga qui attend déjà les concurrents du 300 qui finissent là, puis je descends - prudemment, car un participant a chuté et est à l'hôpital avec une clavicule en moins. À Malaucène je mange en compagnie de 3 autres coureurs avant de repartir seul. Il est tôt, j'aimerais faire encore une centaine de kilomètres en profitant du peu de dénivelé de la suite. Enfin, je m'arrête dans un stade de foot d'un petit village, où un auvent m'offre un abri contre la pluie éventuelle qui menace. J'ai roulé un peu plus de 24h, et avec ses 422km pour 6500m de D+ c'est de très loin la plus grosse journée que j'ai jamais faite, et je m'endors en quelques secondes.


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Défilé de lumières dans la nuit


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Dans la plaine avant le Ventoux


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Dans la montée du Ventoux - photo prise par Quentin Iglesis pour la Race Across France


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Bientôt la nuit dans la Drome


Malgré tout mon sommeil sera agité et peu réparateur. Est-ce l'excitation, la chaleur ou les petites douleurs qui sont déjà là ? Je ne sais pas trop, mais lorsque le réveil sonne quelques petites heures plus tard je n'ai pas l'impression d'être prêt pour ce qui m'attend. Ça ne m'empêche pas de me préparer en vitesse et de me remettre en route. Ici où là quelques lumières clignotent, indiquant d'autres participants bravant la nuit : jamais je n'ai vu autant de cyclistes à 3h30 ! Le parcours est vallonné pour rejoindre la vallée de la Drôme au niveau de Crest, où je me pose quelques minutes sur un banc pour tenter de lutter contre la fatigue. Un peu plus tard, alors que le soleil commence à se lever dans le long faux-plat montant vers Die, je m'effondre assez littéralement dans le fossé pour une sieste d'urgence. Les jambes sont là, mais qu'est-ce que je suis fatigué !

Après une pause boulangerie à Die j'attaque le long mais facile col du Rousset. J'arrive en territoire connu : j'ai parcouru le Vercors dans tous les sens, à pied comme à vélo, donc je sais à quoi m'attendre. La montée a aussi l'avantage de faire remonter mon rythme cardiaque et me réveiller un peu. J’enchaîne sur le plateau en compagnie d'un autre concurrent avec qui je passe le petit mais mesquin col de la Chaux. Le panneau du col est à un ou deux kilomètres de la fin réelle de la montée, c'est un enfer. Heureusement qu'ensuite c'est une longue et belle descente jusqu'à St Jean en Royan, seconde base de vie du parcours et fin du parcours 500km. J'y mange un bout, tente inutilement de faire une sieste et perd un temps fou à ne rien faire avant de me lancer dans ce que je sais être l'une des portions les plus difficiles mentalement de la RAF : d'abord la lente montée en plein cagnard vers Villard-de-Lans par les gorges de la Bourne avec leur flot ininterrompu de voitures et motos, puis les 40km de route très fréquentée en faux-plat montant jusqu'à Bourg d'Oisans. C'est l'enfer, d'autant que je me tape une nouvelle fringale à mi-chemin, ce qui m'oblige à une longue pause à ras des voitures. J'ai vraiment du mal à m'alimenter correctement lorsqu'il fait chaud, et mon compteur a affiché jusqu'à 36° dans la montée de Villard…

J'arrive à Bourg d'Oisans avec environ 2h de retard sur ce que j'aurais pu espérer, donc j'hésite à monter l'Alpe d'Huez dès ce soir. Je mange un bout en profitant d'être le dernier client d'une épicerie fermant à 20h, puis je me décide à continuer : si je ne le fais pas aujourd'hui, demain sera une trop grosse journée en plus d'être un autre jour. Je traîne quand même un peu et je ne repars qu'un peu avant 21h, montant lentement alors que la nuit tombe en vitesse. L'Alpe d'Huez fait honneur à sa réputation mais je ne me sens pas si mal que ça grâce à mon train de sénateur surchauffé. Au sommet je rencontre Anthony, un autre participant qui vient de réparer une crevaison causée par un méchant nid de poule. Nous discutons quelques instants et il décide de me suivre, mais au moment de reprendre son vélo il se rend compte que la seconde roue est elle aussi crevée. Je le laisse à ses déboires et traverse la station à la recherche d'un endroit où dormir. Je termine à côté des caisses, après 250km et 4500m de D+. Entre la chaleur et la fatigue déjà présente, il m'a fallut 19h30 au total pour réaliser ça, ce qui est bien plus que ce dont je me sais capable.

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Dans le col de la Faux


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La célèbre route de la Combe Laval


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Base de vie - sont-ils encore en vie ?


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Bonne fin de journée...


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Bourg d'Oisans

La nuit est bien meilleure que la première, peut-être parce qu'il fait à peine plus de 10° et que ça fait un bien fou. Je m'octroie 7h de sommeil et repars au petit jour pour passer le col de Sarenne, court mais qui réveille bien. Après une descente rapide et un peu technique je me lance dans le Lautaret, roulant comme tout. Aucune difficulté si ce n'est ne pas m'arrêter trop longtemps à la Grave, où je m'avale un melon entier en guise de petit-déj. Le Galibier offre un peu plus de résistance, mais je fais une partie en discutant avec d'autres participants puis je termine à mon rythme. Au sommet je retrouve Anthony que je vois filer à toute allure dans la descente. Pour un breton il descend vite le bougre !

Je m'arrête quelques minutes à Valloire m'acheter de l'ibuprofène : mes genoux sont très douloureux et deviennent un peu trop handicapant. Les cachets améliorent légèrement les choses, mais jusqu'au bout ces douleurs seront très problématiques pour moi. Je mange avec Anthony à St Michel de Maurienne et nous remontons ensemble l'interminable vallée de la Maurienne. Heureusement la monotonie en est brisée par un passage par Aussois et son horrible montée où on a bien trop chaud : 31° au compteur et pas d'ombre, ça fait mal. Une petite descente qui n'en est pas une plus tard et nous faisons une pause à un bureau des guide qui accueille les participants. Le ciel est mi-bleu, mi-noir donc nous ne savons pas trop si nous pourrons passer l'Iseran au sec, mais nous repartons plein d'espoir. La route est très irrégulière, alternant des faux-plats roulants et de petites montées qui piquent jusqu'à Bonneval sur Arc. Anthony et moi laissons partir un autre concurrent (Florian, qui reviendra plus tard dans le récit) pour manger un bout puis nous lançons à l'assaut du plus haut col routier de France alors que quelques gouttes commencent à tomber. Nous faisons ainsi les premiers kilomètres sous l'orage histoire de nous rafraîchir avant que le soleil revienne plus ou moins. Tout brille de la douce lueur humide du soir autour de nous. C'est beau mais c'est long, et nous arrivons au sommet vers 20h alors qu'il ne fait plus que 5°. En quelques centaines de mètres de descente sur la route détrempée nous sommes mouillés de la tête au pied, et rapidement Anthony me dit qu'il va se prendre une chambre d'hôtel à Val d'Isère et que je suis le bienvenu si je le souhaite. Je fais semblant d'hésiter le temps de deux frissonnements, et rapidement nous voici à la porte de ce qui nous semble être le paradis. Après ces 180km et 4500m de D+ (encore une fois moins que ce que je pensais faire) nous décidons de profiter de petit-déjeuner de l'hôtel et donc de faire une longue nuit.

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Grand luxe


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Dans la descente du col de Sarenne


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Vu sur les Ecrins depuis la montée du Galibier


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L'Iseran après l'orage


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En compagnie d'Anthony

Je m'attendais à détruire le buffet du petit-déjeuner, mais finalement je reste raisonnable. La journée sera longue, partir avec le ventre distendu ne me semble pas si sage que ça même si les premiers kilomètres ne sont qu'une longue et inintéressante descente vers Bourg Saint-Maurice. Comme la veille, il s'agit de passer le plus de cols possibles avant les orages probables donc Anthony et moi nous séparons pour aller chacun à notre rythme. Je le retrouve au sommet du Cormet de Roselend ou nous mangeons un sandwich bien trop cher pour ce qu'il est avant de le perdre pour de bon dans la descente. J’enchaîne avec les Saisies, à mon allure : lentement mais sûrement devient mon adage favori, représentant ma stratégie (plus par défaut que par réel choix, soyons honnête). De toute façon, même si j'avais les jambes pour aller plus vite mes genoux sont toujours aussi douloureux et mon avancement devient un savant compromis entre ma forme, mes articulations et ma fatigue. Une descente plus tard je me retrouve dans la vallée de l'Arve, à quelques kilomètres d'où j'ai grandi. La route est passante et il fait chaud : quelle horreur. Vivement que je quitte tout ça, même si ça marque le début du fameux col de la Colombière, qui est le dernier col "officiel" des Alpes de RAF - heureusement, parce qu'il pique. Les premiers kilomètres ont la réputation d'être plutôt faciles, mais c'est uniquement comparativement au long mur interminable final. Comme toujours j'écoute des podcast : cette fois-ci j'entends le vainqueur de l'année précédente expliquer qu'il prévoit large en terme de développement avec son 34-30. Pendant ce temps je suis à la recherche de plus petits pignons qui n'existent pas sur mon 34-34 et je souffre. Décidément, on ne fait pas la même course lui et moi… Pour ne rien arranger, un court mais violent orage me rattrape à moins d'un kilomètre du sommet et je termine trempé.

Heureusement maintenant il ne s'agit que de descendre et de contourner un bout du lac d'Annecy pour arriver à la 3ème et dernière base de vie. J'y arrive en début de soirée, fatigué comme rarement. Elle marque la fin du parcours 1100km et des Alpes. Avant mon départ j'avais rêvé d'y arriver un peu plus tôt pour pouvoir continuer un peu avant la nuit, mais maintenant je me contente très largement des presque 4 jours qu'il m'a fallut. Je regarde avec jalousie les concurrents du 1100 qui s'effondrent de joie et de fatigue : pour eux c'est fini, pour moi il reste 1400km. Une petite voix me dit que j'aurais dû être raisonnable, m'inscrire sur le 1100… Mais une autre voix et mon ego me disent que je vais faire mieux qu'eux, que je vais véritablement aller au bout de moi-même. En attendant je vais manger une pizza avec Anthony et Florian, je discute avec d'autres participants, avec le staff, je tourne en rond… Bref, je perds du temps avant d'aller me coucher.

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La fatigue commence à se faire sentir chez tout le monde


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Base de vie=recharge

Les lits de camps étaient largement moins confortables que mon matelas et la nuit n'a pas été aussi reposante qu'elle aurait dû l'être. En plus Anthony et moi avons décidé de partir (très) tôt pour faire une bonne journée nous permettant de laisser derrière nous tout semblant de dénivelé. Nous partons à 3h50 ; à 4h il commence à pleuvoir. A 4h45, dans le col de Leschaux, c'est le déluge. Nous nous réfugions sous un abri bus. La pluie ne faiblit pas, les températures chutent et nous sommes trempés : nous nous résignons à sortir les couvertures de survie. Je dors quelques minutes à même le sol alors que l'eau dégouline tout autour de moi. Le jour se lève et les rares conducteurs qui passent peuvent voir deux pauvres hères frigorifiés attendant des jours meilleurs. Finalement nous avons l'impression que la pluie se calme et nous repartons en direction d'une promesse de chaleur et de viennoiseries dans une boulangerie plus bas, où nous passons beaucoup trop de temps. La pluie s'est définitivement arrêtée lorsque nous repartons, mais il est déjà 8h passée. Nous sommes partis de la base de vie il y a plus de 4h, et nous n'avons avancé que de quelques kilomètres : très mauvais calcul de notre part. Dans la descente vers le lac du Bourget nous nous séparons car Anthony a quelques problèmes gastriques à résoudre, mais il me retrouve au bord du lac, alors que je suis avachi sur un banc. Mes yeux se ferment tout seul, et même si mes jambes tournent à peu près la fatigue rend les choses très difficiles pour moi. Nous passons le col du Chat ensemble, traversons la plaine du Rhône avant d'attaquer un petit col dans le Bugey. C'est le dernier vrai col de la RAF, mais je le monte seul car Anthony ne va pas mieux et ralenti franchement.

Je suis maintenant pas très loin de Lyon, que le parcours contourne largement par les Dombes. J'habite par ici, ce sont des routes que je connais. Mais plutôt que de m'aider, ça m'enfonce. Je suis fatigué comme jamais, le moral a été emporté par l'orage de ce matin, j'ai mal aux genoux… Rien ne va. En plus je me fais doubler par des concurrents partis du lac d'Annecy plusieurs heures après moi et qui avancent beaucoup mieux grâce à une meilleure nuit et surtout parce qu'ils ont évité l'orage. C'est si dur… Des pensées charognardes tournoient dans ma tête, attaquant sans répit mes restes de volonté. Tiens, si je tourne à gauche je peux prendre la Via Rhona jusqu'à Lyon… Dans une petite heure je peux être chez moi, dans mon lit, et laisser tout ça derrière. J'ai déjà fait 1200km et ai traversé les Alpes, c'est déjà très bien non ? Pourquoi continuer ? J'ai juste envie d'abandonner.

Avant de partir je m'étais dit que si je voulais quitter la course j'attendrais 12h avant de définitivement prendre la décision, quitte à ne pas avancer en attendant et juste dormir. Je ravale donc mes fantasmes d'abandon et je continue comme je peux. Je suis lent, sans volonté, mais je suis toujours là et c'est ce qui compte. Plutôt que de rêver du retour à la maison, j'essaie d'imaginer l'inverse, les choses négatives qui vont de paire avec l'abandon : la déception qui m'envahirait dans quelques jours, devoir annoncer ça à tout le monde, et finalement la question irrésolue : en étais-je capable, ou ai-je réellement eu les yeux plus gros que le ventre ? Je me rappelle aussi que je me suis inscrit sur la RAF parce que je n'ai pas pu terminer mon voyage aux Amériques, et deux échecs successifs ça ferait beaucoup. Je dois continuer par tous les moyens ! Je tente de faire une petite sieste mais en quelques minutes un nuage de moustiques vient me remotiver à avancer. Lorsque je me relève je vois Florian et Pierre passer et je décide de partir derrière eux. En essayant de les suivre j'espère pouvoir débrancher mon cerveau et juste avancer. Je les rattrape au village suivant et nous roulons de concert. Rapidement je me réveille et reprends des forces mentalement. Nous prenons quelques relais - en dépit des règles qui l'interdisent, mais comme nous sommes infiniment loin de jouer la gagne nous nous convainquons que nous ne sommes pas vraiment concernés - et nous roulons à vive allure. Nous faisons même la course avec deux tracteurs aux remorques chargées de botte de foin qui ont du mal à dépasser les 30km/h. Je rigole tout seul en pensant aux voitures coincées derrière un peloton de trois cyclistes et deux tracteurs, mais je continue à forcer sur les pédales.

Florian va être hébergé chez un ami qui habite à Geugnon, de l'autre côté du Charolais, et il l'appelle : c'est bon, il y a de la place pour trois. Revigoré par cette nouvelle et revivifié par la compagnie, je me sens tellement mieux et j'ai l'impression que je peux rouler toute la nuit. Heureusement, parce que Geugnon est encore loin, et le Charolais a mauvaise réputation : c'est interminable, jamais plat, et un véritable calvaire pour le mental. Nous l'attaquons alors que le soleil se couche. Les deux premières bosses passent toutes seules, puis il fait nuit. On avance, on avance, mais on ne se rapproche pas. Mes souvenirs de cette soirées ne sont qu'un brouillard masquant une montagne russe sans fin. Ça monte, ça descend et ça recommence. A un moment il ne nous reste "que" 35km. C'est probablement les 35km les plus longs de ma vie, mais finalement, après 330km et 3500m de dénivelé positif, nous arrivons enfin à Geugnon. Il est 1h du matin, ça fait 21h que je suis parti et même si je n'ai roulé que 15h je suis dans un état de délabrement avancé. Notre objectif est à un ou deux petits kilomètres hors trace, mais nous sommes si fatigués que nous devons nous mettre à trois pour trouver dans quel sens aller. Notre hôte est lui aussi un cycliste d'utra-distance, et il nous a préparé lits, multi-prises, douches et un repas gargantuesque à base de taboulet et lasagnes. On ne demandait pas tant, mais on avait bien besoin de ça.

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Sieste comme on peut


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Anthony fait l'homme météo pour vérifier s'il pleut encore


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En route vers Geugnon

Nous repartons ensemble le lendemain après une bonne grasse matinée : départ à 7h30, longtemps après le lever du soleil et mon heure de départ habituelle. Assez rapidement nous nous séparons, chacun allant à son rythme et suivant autant les méandres du parcours que celles de son mental. Il y a encore quelques vallonnements puis enfin c'est Nevers et la vallée de la Loire : maintenant c'est tout plat, tout droit. Nous passons la journée à nous doubler mutuellement, passant parfois quelques kilomètres ensemble mais je reste majoritairement seul. Je passe quelques coups de fil pour tenter de faire passer le temps plus vite. C'est une nouvelle course qui a commencé, course qui n'est plus dictée par les cols des Alpes mais uniquement par les villages interchangeables que je traverse. Cette monotonie laisse plus de place aux questionnements, et même si mes envies d'abandon sont reléguées au second plan je dois puiser au fond de moi et me rappeler pourquoi je suis là. Je me rêve déjà sur la ligne d'arrivée, heureux et fier ; je contemple le chemin parcouru depuis mon retour d'Amérique et la période difficile qui l'a suivi. Initialement, la RAF n'était qu'un moyen de me motiver, un peu comme un examen pour vérifier que j'ai été assez sérieux. Mais maintenant c'est plus que ça : je me suis trop investi émotionnellement, j'ai trop claironné que j'allais le faire pour que je me permette de tergiverser. Il y a trop de personnes qui me suivent à la trace grâce à ma balise : la famille, des amis, des collègues, et même des connaissances des internet. Certes je fais la course avant tout pour moi, mais ce serait mentir de dire qu'il n'y a pas une part d'ego dans tout ça, et ma fierté vient, en petite partie, colmater les brèches créées par la fatigue et la douleur. Alors j'avance, lentement et pas si sûrement que ça.

A 19h, je me rends compte que mon gilet jaune s'est fait la malle. C'est embêtant pour moi qui avait prévu de rouler jusque tard dans la nuit. Je perds un peu de temps dans une petite ville à essayer d'en trouver un, mais il est déjà tard. Heureusement, plus loin je trouve un garage encore ouvert où le propriétaire aimable comme une porte de prison me vend "au prix que je le souhaite" (ce sera 2€) un gilet. Rassuré, je me lance dans une nouvelle longue nuit en direction d'abord du château de Chambord puis de Blois. Je passe un long moment au téléphone avec une amie, ce qui m'aide beaucoup mais me fait légèrement baisser le rythme aussi - malgré tout ça reste largement rentable. Je voulais avancer le plus possible car du gros vent est annoncé pour le lendemain, mais la fatigue me fait trop ralentir et avec la fraîcheur de la nuit je n'arrive plus à maintenir les genoux chauds, ce qui intensifie mes douleurs. Je me résous à m'arrêter vers 1h30 dans un bois après Blois, après 340km. Comme toujours, vu le profil de l'étape j'avais espéré pouvoir faire plus mais la fatigue, mes genoux et l'accumulation de petites pauses m'ont fait perdre trop de temps.

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Dernière pause avant la nuit


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Château de Chambord

Mon premier réflexe lorsque je me réveille est de regarder le traqueur pour voir où sont les concurrents autour de moi. Florian a dormi à Blois et, grâce à son départ très matinal, n'est plus très loin, donc je me dépêche et ressors sur la route au moment où il passe. Nous roulons sous les premiers rayons de soleil en direction de la première boulangerie puis continuons alors que le vent se lève. Dès 10h il devient trop fort pour que ce soit agréable de rouler mais nous continuons, sans sans prendre de relai mais non sans râler. Le reste de la journée sera très, très difficile, avec ce fort vent de face qui ne donne qu'envie de faire demi-tour. Nous avons retrouvé Pierre et tous les trois restons à portée de vue, se rattrapant régulièrement pour échanger quelques mots ou partager une pause. Toujours le vent nous assomme et donne l'impression d'être dans une montée sans fin et sans descente en guise de récompense. En plus la fatigue accumulée est de plus en plus sensible et je ne peux plus vraiment utiliser mes prolongateurs : une fois calé dedans, en quelques secondes mes yeux se ferment et je m'endors à moitié ! Alors je reste la tête haute, bravant comme je peux les éléments simplement pour faire plaisir à mon ego. S'il y avait eu ce vent lors du funeste jour autour de Lyon, lorsque j'étais si proche d'abandonner, je ne pense pas que j'aurais pu tenir.

Malgré tout on avance, scrutant les cartes pour essayer de trouver les rares portions où la route se tortille suffisamment pour nous laisser un répit. C'est comme ça qu'on arrive à Fougère en début de soirée. Florian va à l'hôtel, moi je vais dévaliser une supérette et mange sur un banc au milieu de terrasses remplies de badauds. Je me sens tellement déconnecté d'eux, mais si envieux… Je repars sous une averse, puis avec le soleil qui se couche face à moi - et sans le vent, qui est lui aussi allé se coucher. Comme hier, je passe du temps au téléphone pour faire passer les kilomètres alors qu'autour de moi tout s'assombrit jusqu'à ce que je sois seul dans la nuit. Enfin, j'arrive au Mont Saint Michel, petite tâche lumineuse au milieu d'une mer d'obscurité. Ça y est, j'ai fini de traverser la France, maintenant je n'ai plus qu'à aller vers le nord pour arriver au Touquet. Il y a encore du chemin, mais ça commence quand même à sentir la fin. J'en ai encore un peu sous la pédale donc je continue alors que de nouvelles averses me confirment que je suis bien en Normandie. Arrivé à Avranche j'hésite à continuer, mais le retour tenace de la pluie me convainc de rester dormir ici - mais où ? Je tourne quelques instants à la recherche d'un abri, avant de me glisser sous l'auvent de pompes funèbres : je passerai la nuit entre deux corbillards, mais il est 1h, j'ai fait 310km dont 250 avec le vent de face donc je ne fais pas la fine bouche et m'endors sans demander mon reste.

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Lever de soleil en compagnie de Florian


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Vroum vroum... Enfin j'essaie


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Coucher de soleil entre deux averses


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Aaaah mais c'est pour ça qu'il pleut !

Il reste moins de 500km, le vent s'est calmé et il y a peu de dénivelé. C'est donc motivé que j'émerge de mon bivouac insolite pour attaquer la dernière journée complète. Tout autour de moi respire la Normandie : les averses passagères, le doux vallonnement de la route qui serpente dans le bocage… Mais pour être honnête, j'arrive dans un trou noir. Je sais que j'ai traversé la presqu'île du Cotentin, mais je n'en ai quasiment plus aucun souvenir. La fatigue a embrumé mon cerveau, j'avance en mode auto-pilote sans enregistrer ce qui se passe autour de moi. À Isigny sur Mer je m'arrête dans un marché prendre un gros sandwich saucisses-frites que je mange sans vergogne assis sur quelques marches. J'avais espoir qu'il me réveille, mais c'est peine perdue. Plus loin, au niveau de la pointe du Hoc, je m'écarte de la route pour faire une petite sieste dont j'émerge encore plus vaseux. Je suis un robot, n'avançant que par habitude mais sans avoir aucune réelle volonté. Le parcours longe Omaha Beach et mémoriaux, musées et autres tanks jalonnent la route. Je retrouve Florian et Pierre et m'octroie une pause glace en leur compagnie, puis nous repartons vers le nord. Le vent nous est plutôt favorable, et même s'il est moins fort qu'hier nous avançons bien, traversant toutes les plages du débarquement en direction de Ouistreham. Là, un couple offre le café et de quoi grignoter aux concurrents. La tentation est grande de se poser, de profiter de l'instant le plus longtemps possible, mais je veux arriver le plus tôt possible au pont de Normandie : hors de question de le passer de nuit. Nous repartons donc, cette fois-ci en ordre dispersé. La côte est urbanisée, il y a du monde. Traversée horrible de Deauville envahi de SUV parisiens. Je fatigue, c'est interminable, heureusement que l'arrivée sur Honfleur est beaucoup plus mignonne. J'y achète de quoi tenir jusqu'au lendemain matin puis me lance sur le pont de Normandie. Pas le moment le plus agréable, mais ayant déjà franchi le pont de Saint-Nazaire je ne suis pas dépaysé.

De l'autre côté j'entre dans le pays de Caux. Vallonnements, belles maisons de pierres et petites forêts : c'est une plaisante surprise. Ce n'est pas plat, mais étonnamment ça me va - peut-être parce que ça brise la monotonie ? Les noms des villages alternent entre "Machinville" et "Truc-en-Caux". Je m'arrête dans un petit bois où le sol n'est pas vraiment plat, mais les 320km du jours sont un bon remède contre toute insomnie qui me guetterait.

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Un peu avant Honfleur


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Un peu avant Honfleur bis


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Pont de Normandie


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Coucher de soleil dans les blés


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Village typique du pays de Caux

Ça y est, c'est le grand jour ! Il ne reste que 150km, autant dire une bagatelle - enfin bon, je dois quand même les faire. Comme toujours je pars un peu avant l'arrivée du soleil, et dans la première bosse je vois débouler Florian derrière moi. Je l'attends, et c'est ensemble que nous nous lançons dans cette dernière journée. Le parcours continue à travers les vallons du pays de Caux, puis nous passons une rivière et seul du plat nous sépare de l'arrivée. De longues lignes droites s'offrent à nous, et je sens que les jambes sont là : j'arrive à maintenir un rythme plutôt correct, surtout lorsque je me mets dans les prolongateurs. Malheureusement 20 minutes tête baissée signifient 1h à lutter contre le sommeil après, donc je dois me résoudre à rester sur les cocottes. Ça ne nous empêche pas de bien avancer, et à part une pause ravito à mi-distance nous ne traînons pas trop.

À une vingtaine de kilomètre de l'arrivée nous rattrapons un groupe de jeunes cyclistes. Ils nous félicitent : ils viennent d'Amiens pour venir voir l'arrivée de la RAF. Nous formons donc un joyeux groupe et c'est comme ça que nous nous rapprochons du Touquet. Je reste en tête, les jambes pressées d'en finir, l'excitation ayant remplacé la fatigue. Cependant, une partie de moi regrette d'être autant accompagné : j'aurais bien aimé être seul pour savourer intimement mon accomplissement, faire un peu d'introspection pour aller chercher mes pensées derrière la fatigue et la routine du vélo. Mais je n'ai pas vraiment le temps : l'arrivée est là - déjà ?! Grâce (ou à cause) des encouragements d'un membre du groupe (et finisher de la French Divide) je termine au sprint. Je vois ma sœur, l'organisateur, un petit groupe de spectateurs… Ça y est, j'ai terminé la Race Across France 2500. Il m'aura fallu 8 jours 15h, et je termine avec une dette de sommeil comme jamais, des genoux qui m'empêchent de dormir, la moitié de la main droite insensibilisée… Et ça en valait tellement la peine. Mais malgré tout, je ne ressens pas de joie particulièrement intense. Est-ce parce que j'avais tant imaginé cette arrivée que mes émotions se sont délayées en cours de route ? Ou est-ce simplement la fatigue ? Un peu plus tard dans l'après-midi, une bouffée de fierté m'envahit, comme si la réalisation n'arrivait que maintenant. Et pourtant ce n'est pas vraiment d'avoir fini qui me remplit de joie, mais bien le fait de ne pas avoir abandonner lorsque j'en avais tellement envie. Finalement, c'est cette persévérance qui restera mon souvenir le plus fort.

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Pas de photo pour le dernier jour, sauf celle où je décompte les kilomètres restant


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Dans la dernière ligne droite - photo prise par Quentin Iglesis pour la Race Across France


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Discussion avec le fondateur de la course Arnaud Manzanini après l'arrivée - photo prise par Quentin Iglesis pour la Race Across France


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Après la douche et la remise des médailles, il est temps de savourer

Dernière modification par Shanx (13-09-2021 14:04:22)


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#2 13-09-2021 14:18:42

moby59
à l'école des MUL
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Merci de ce super retour (que j'ai lu il y a quelques jours directement sur ton site [vive le RSS]).

Quel effort ! On approche les 300 km par jour, c'est colossal ! Je suis impressionné. Sachant que sur la première moitié ça n'est pas exactement plat smile

Comme on est sur RL, n'hésite pas à faire un retour sur ta liste et ton matériel. Je suis curieux de savoir comment ça s'est passé avec ton GPS par exemple. Ta gestion de l'eau (volume transporté, lieux privilégiés de ravitaillement), ...

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#3 13-09-2021 14:22:12

Iwasane
Membre
Lieu : Toulouse
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Ton récit est prenant et l'aventure vécue est assez époustouflante !
Je suis quelqu'un qui fait du vélo mais quand je vois les distances que tu avales ,toi et les autres concurrents c'est un autre monde ! Félicitations pour ta persévérance et encore merci d'avoir partagé ce récit qui m'a permis de voyager avec toi   big_smile

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#4 13-09-2021 14:46:22

Tib
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Lieu : Houston ? on a un problème !
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Déjà dit de vive voix mais encore bravo à toi Shanx ! merci pour le partage.


Bike is right.

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#5 13-09-2021 17:36:08

Joy Supertramp
MiMulette
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

C'est bizarre à dire mais ça donnerait presque envie de faire du vélo !

smile


Edit sans précision : ortho ou faute de frappe !

Liste montagne été top confort

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#6 13-09-2021 17:53:52

kenji
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Merci Shanx pour ton retour et un grand bravo cool
Je commence à avoir envie d'y participer un jour à cette course...

J'ai plein de questions mais je vais attendre tes posts sur la préparation et le matériel smile

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#7 13-09-2021 19:14:40

Oscar
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Bravo.

Impressionné je suis :

  • par ce que tu as fait

  • par ton récit, la façon dont tu le racontes. Très humain.

400 km en une journée, dans les Alpes en plus, je ne savais même pas que c'était possible ! (et encore moins de continuer les jours suivants)

T'es rentré à vélo à Lyon ?

Dernière modification par Oscar (13-09-2021 19:16:09)

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#8 13-09-2021 19:44:13

azerty
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Messages : 1 536

Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Super chouette sauf que ce doit faire super mal aux fesses  tongue

J’ai raté un passage ou sur la dernière photo il est bien écrit 2600km ?

Dernière modification par azerty (13-09-2021 19:44:25)


Profil / trombi ici

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#9 13-09-2021 20:23:15

Pif
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Lieu : Paris
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Bravo Shanx, c'est impressionnant !

Je me mets doucement au vélo depuis quelques temps, plus j'en fais plus j'aime ça, et j'ai bien envie de faire des longues distances, mais je suis pas sûr que comme ça en mode course ça me plairait  lol

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#10 13-09-2021 22:22:00

divad
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Salut Shanx,

  Whaouuu, quel périple! Je ne savais pas que la course passait à coté de chez moi ni que tu étais de la partie car cela aurait été avec grand plaisir que je t'aurait offert gîte, ravito ou ma roue pour quelques kilomètres! Je suis vraiment impressionné par tes prouesses surtout après t’être mis au vélo sérieusement depuis seulement 2 ans. C'est remarquable, tout comme ton récit et cette lutte constante contre la fatigue: à l'arrivée tu es frais comme un gardon, pas un coup de soleil ni de cernes, c'est bluffant!
 

Avant de partir je m'étais dit que si je voulais quitter la course j'attendrais 12h avant de définitivement prendre la décision, quitte à ne pas avancer en attendant et juste dormir.

Stratégie intéressante et inspirante. Je garde ça en tête.

, avant de me glisser sous l'auvent de pompes funèbres : je passerai la nuit entre deux corbillards

Un vrai zombie (comme une bonne partie du périple) . Enorme lol

Je sais que j'ai traversé la presqu'île du Cotentin, mais je n'en ai quasiment plus aucun souvenir

C'est normal, le Cotentin des cyclistes est plus au nord big_smile : https://www.cyclo-club-montebourg-saint … -cotentin/

La côte est urbanisée, il y a du monde. Traversée horrible de Deauville envahi de SUV parisiens.

Tu m'étonnes! Pour moi, le tronçon Courseulles->Deauville c'est zéro plaisir avec un vélo route qui plus est en pleine saison touristique. En allongeant de ~20 bornes (c'est à dire que dalle pour vous), il y a avait moyen de passer par des chouettes coins dans le Pays d'Auge notamment. Je trouve étonnant que l'organisation n'ai pas de relais locaux pour 'valider' le choix du tracé et proposer des alternatives plus sympas, atypiques et surtout moins pénibles niveau circulation.

  Encore une fois bravo!
 
   D

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#11 13-09-2021 23:51:57

Eloi
Bigfoot
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Bravo Shanx et merci pour ce super récit !
Je ne suis qu'un modeste cycliste, je prévois plus de sorties que je n'en fais réellement et je ne roule pas assez régulièrement pour devenir performant. Cependant, ce genre d'épreuve me tente beaucoup. Je ne sais pas vraiment pourquoi ça m'attire. Tous les récits d'épreuves d'ultra-cyclisme parlent de souffrance, de douleurs, de privation de sommeil. Serais-je masochiste ?

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#12 14-09-2021 06:43:37

Noiky
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Merci pour la chouette lecture et un immense bravo pour cette performance!

C’est assez inspirant de voir que que l’être humain est capable de faire quand on le pousse jusqu’au bout!

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#13 14-09-2021 08:28:30

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Merci pour le récit. Et bravo pour cette "revanche" car pour moi au vu des paysages d'Amérique du Sud que tu as montré ton voyage était loin d'être un échec!

Sans vouloir jouer au père la morale je m'interroge sur la pertinence de laisser rouler sur route ouverte des gens en manque de sommeil. Mais tant mieux dans l'absolu si cette liberté existe.

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#14 14-09-2021 09:04:35

Serval
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Chapeau !
Merci pour le partage.


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
Trombi | GR34 : de Concarneau à Auray | De Paris au Salento : Liste 2020/Récit 2020/Récit+Liste 2021 |
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#15 14-09-2021 11:22:45

Shanx
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Merci à tous pour vos messages.

J'ai oublié d'inclure des remerciements que j'avais prévu de mettre dans mon préambule : dans mon récit je parle du soutien de la part de "connaissances des internet". Je dois donc dire un gros merci à DDN17 et Tib qui m'ont quotidiennement envoyé des messages et qui m'ont suivi de bout en bout. C'était super cool de leur part smile

Joy Supertramp a écrit :

#626094C'est bizarre à dire mais ça donnerait presque envie de faire du vélo !

smile

Allez viens on est bien big_smile

Oscar a écrit :

#626114400 km en une journée, dans les Alpes en plus, je ne savais même pas que c'était possible ! (et encore moins de continuer les jours suivants)

T'es rentré à vélo à Lyon ?

En 25h, avec l'euphorie de la course qui aide bien. Mais je l'ai payé les jours suivants hmm
Et non, je ne suis pas rentré à vélo (quand même faut pas pousser big_smile ). Surtout que je n'avais que 2 semaines de repos avant un autre projet donc je voulais en profiter.

azerty a écrit :

#626124J’ai raté un passage ou sur la dernière photo il est bien écrit 2600km ?

Le parcours de l'année dernière faisait 2600km et il restait des panneaux. Je n'ai bien fait "que" 2500km big_smile

Eloi a écrit :

Je ne suis qu'un modeste cycliste, je prévois plus de sorties que je n'en fais réellement et je ne roule pas assez régulièrement pour devenir performant. Cependant, ce genre d'épreuve me tente beaucoup. Je ne sais pas vraiment pourquoi ça m'attire. Tous les récits d'épreuves d'ultra-cyclisme parlent de souffrance, de douleurs, de privation de sommeil. Serais-je masochiste ?

J'étais exactement comme toi il y a 1 an : je ne pratiquais le vélo quasiment que comme un mode de voyage. L'inscription à l'épreuve a justement servi à me forcer à devenir plus régulier et sérieux dans ma pratique. Il y a de plus en plus de courses du genre, avec des format allant de 1000km (bikingman, route des silences) à plusieurs milliers de km (RAF, Baroudeuse, North Cape 4000). D'ailleurs y'a une RAF 1100… Et c'est le moment de commencer à réfléchir pour une participation en 2022 big_smile

Bilbox a écrit :

#626191Sans vouloir jouer au père la morale je m'interroge sur la pertinence de laisser rouler sur route ouverte des gens en manque de sommeil. Mais tant mieux dans l'absolu si cette liberté existe.

Je me suis posé la question plein de fois big_smile D'ailleurs habituellement ces épreuves sont classées en brevet, c'est la première fois que c'était vraiment (au niveau administratif) une course.


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#16 16-09-2021 20:07:14

Shanx
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Entraînement et préparation

Lors de mon inscription à la course, j'avais des kilos en trop et une expérience du vélo quasi uniquement dans le cadre du voyage. Je n'ai jamais été coursier et ma dernière expérience compétitive remonte à un semi-marathon de 2013, donc je n'avais aucun repère pour m'aider à me guider. La décision a été prise à l'automne, ce qui me laissait environ 8 mois pour me préparer : c'était à la fois beaucoup - c'est long et donc difficile de rester motiver jusqu'au bout - et assez peu vu le chemin que je devais parcourir.

Je connaissais déjà mes axes d'améliorations :
- perdre du poids
- progresser en côte (point étroitement corrélé au précédent)
- faire moins de pauses
J'avais aussi conscience d'une autre faiblesse : le sommeil. Je suis un gros dormeur, nécessitant 9h par nuit. Mais j'ai décidé assez rapidement de ne pas trop travailler ce point, me disant que ça impacterait probablement trop mes performances et donc les améliorations dans tous les autres domaines.

Par contre, je savais aussi que j'avais quelques points forts (relativement à mon niveau) :
- gestion du bivouac
- habitude de faire de longues journées : une journée de plus de 10h ne me faisait pas peur
- alimentation plutôt facile

À partir de ça j'ai pu réfléchir à un objectif. Le temps maximum est de 10 jours, soit 250km/jour, mais je pensais pouvoir faire un peu plus. Je visais donc plutôt 8 jours, soit 320km/jour : beaucoup (je n'avais dépassé 300km qu'une seule fois, et le lendemain j'étais cuit), mais probablement atteignable et surtout représentant le défi dont j'avais besoin.

Ma première décision (et la meilleure) fut d'acheter un home trainer connecté (Wahoo Kickr) et l'application Trainerroad. Ça m'a permis d'être régulier dans ma pratique tout au long de l'hiver, chose que je n'aurais jamais fait sans (surtout en habitant dans le centre de Lyon). Trainerroad (TR), en proposant des plans d'entrainement structurés, m'a encouragé à ne pas rater de séances et m'a évité l'impression de tourner en rond. J'avais aussi testé Zwift, mais j'ai préféré l'interface de TR - et comme de toute façon je regardais autre chose (des séries ou des replays d'Arte) je n'avais que peu d’intérêt pour le monde ouvert de Zwift.

Durant l'hiver j'avais assez de temps et de motivation pour faire 5 séance de home trainer par semaine (plus une séance de course à pied). J'ai suivi les plans d'entraînement "Sweet Spot" de TR (6 semaines chacun), mais dès le mois de février j'ai commencé à faire quelques longues sorties durant les week-ends. J'ai aussi fait deux grosses semaines en bikepacking (notamment parce que j'avais des jours de congé à écouler). Au fur et à mesure que les beaux jours arrivaient j'ai remplacé le home trainer par des sorties toujours plus longues ou difficiles les week-ends, ce qui a probablement porté préjudice à mon entraînement : j'aurais dû faire des week-end un peu moins intenses afin de pouvoir continuer à faire un entraînement structuré en semaine. Là j'étais souvent trop fatigué pour les séances sur le home trainer (qui sont trop dures pour être faites si on n'est pas à 100%), donc finalement je ne faisais qu'aller courir deux fois dans la semaine en attendant le week-end suivant pour repartir à vélo.

Pour me jauger et me préparer à la RAF j'ai réalisé quelques défis : rouler pendant 24h (Lyon - Paris, mal fini à cause d'une tuile aux amandes pas fraîche), dépasser les 4000m puis les 5000m de dénivelé, enchaîner le Ventoux 3 fois dans la même journée, etc. J'ai réalisé une autre sortie en bikepacking en Corse puis sur la route des grandes Alpes afin de vérifier que je pouvais enchaîner plusieurs jours sans trop de souci. Au final, avant la RAF j'avais pour 2021 :
- 1000km d'"équivalent home-trainer" (pour ce que ça veut dire…)
- 8000km de vélo
- 120000m de D+
Ce qui représente un peu de visites de la France (devinez où j'habite big_smile ) :

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Déroulé de la course

Voici quelques chiffres et renseignements concernant ma course :

Capture-decran_2021-09-13_15-13-25-1-1024x164.png

Parmi les choses qu'on peut noter :
  - La première grosse journée et mes deux fringales m'ont fait du mal et ont impacté ma progression au début. Notamment la 2nde journée, terminée en haut de l'Alpe d'Huez, aurait pu me permettre d'aller plus loin et d'attaquer le Lautaret (je pense que je l'avais dans les jambes).
  - J'étais plus lent qu'escompté, notamment sur le plat (probablement à cause de la fatigue et de mes genoux).
  - J'ai fait beaucoup de pause. "Seulement" 75-80% du temps passé à rouler, c'est trop peu. Là encore, mes genoux et surtout ma fatigue ne m'ont pas aidé (euphémisme).
  - Il faut manger, manger et manger.


Alimentation, hydratation, sommeil...

L'alimentation s'est beaucoup basée sur les boulangeries. Cependant j'ai essayé de limiter les viennoiseries et de plutôt prendre des sandwichs ou des baguettes salées. J'en prenais souvent deux, un à manger sur place et un plus tard : mon but était de manger plutôt régulièrement mais pas en trop grosse quantité. Bien sûr je m'arrêtais aussi très souvent en supérette, où généralement je ne savais pas ce que j'allais acheter avant de rentrer : je me laissais guider par mes envies en déambulant rapidement dans les rayons. Par contre je prenais souvent un petit dessert à manger sur place : des danettes au chocolat avec une ou deux bananes, miam. Dans tout les cas je devais faire attention à ne pas rester trop longtemps sans manger, parce que j'avais vite très faim : au delà de la perte d'énergie, ça me pousser à trop manger au premier ravitaillement possible ce qui n'étais pas une très bonne stratégie. Ça ne m'a pas évité de perdre 3kg (dont 1 repris immédiatement après donc probablement en grande partie des pertes hydriques et réserves de glycogènes).

Mes arrêts boulangeries me permettaient de remplir mes bidons (2 de 0,8l + un plus petit que j'ai moins utilisé). Je profitais aussi de ma pause quotidienne dans des toilettes publiques ainsi que des diverses fontaines et cimetières trouvées en chemin. Je n'ai eu besoin de demander à un habitant qu'une seule fois - heureusement, parce que si l'échange était intéressant il m'a fait perdre beaucoup de temps big_smile J'avais des pastilles isotoniques (sans sucre), j'en prenais deux par jour (généralement un bidon en début d'aprem et un à la fin).

Avant de partir je ne prévoyais pas de dormir à l'hôtel tout en étant prêt à le faire si les circonstances le demandaient. Finalement j'ai eu 3 nuits en dur d'affilées : hôtel à Val d'Isère (froid et orage), base de vie au lac d'Annecy, habitant à Geugnon (invité par un ami d'un partenaire de course). La nuit à la base de vie n'a pas été très bonne, si c'était à refaire je pense que j'essaierai de l'éviter (bien qu'en y arrivant à 20h c'était quand même très tentant). Ceci dit, je pense que sur 8 jours j'aurais dans tous les cas eu besoin d'au moins une nuit un peu plus longue à l'hôtel avec une douche histoire de tenter de récupérer un peu.


Améliorations futures

Pour commencer je vais dire que je suis plutôt content de moi pour une première course. Certes, j'aurais bien aimé passer sous les 8 jours, mais j'estime que j'ai suffisamment appris pour m'aider pour la suite.

Au niveau de l'entraînement, il faudrait que je me fasse violence pour continuer à avoir un entraînement structuré plus longtemps. Aller rouler tous les week-ends c'est bien, mais me fatiguer au point que je remisais le vélo jusqu'au week-end suivant n'était probablement pas le plus productif.

D'après mon home-trainer j'ai gagné environ 10% de FTP, ce qui n'est pas négligeable. Couplé avec ma perte de poids ça m'a permis de beaucoup progresser en côtes - au niveau de la vitesse (un peu) mais surtout le dénivelé que je peux avaler en une journée. Il faudrait que je continue à perdre les kilos qu'il me reste à éliminer puis que je stabilise tout ça.

Il faudrait probablement que j'aille faire une étude posturale pour essayer de comprendre d'où ont pu venir mes douleurs aux genoux et corriger ça. Ça me permettrait aussi de travailler ma position aéro car je pense que j'ai énormément de vitesse à gagner sur le plat.

La gestion du sommeil est probablement le point le plus délicat. Peut-être qu'il faudrait que je dorme un peu plus longtemps mais que j'ai une gestion beaucoup plus millimétrée de mes pauses durant la journée ?

Bref, il y a encore du boulot mais je pense que je peux m'améliorer. Je ne serais jamais très rapide, mais je pense que je peux passer confortablement sous les 8 jours. Ceci dit je ne pense pas que je participerai de nouveau à la RAF tout de suite, mais j'ai plein d'autres idées donc je vais continuer à m'entraîner.


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#17 16-09-2021 20:56:34

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Bravo pour ta ténacité, si tel était ton but tu l'as atteint wink . Le home-trainer ça doit être aride...

Attention aux études posturales, elles ne sont pas toute de la même qualité... certaines connaissances ont au contraire développé un syndrôme de l'essuie-glace après étude!

Le paradoxe c'est qu'il vaut un peu mieux avoir mal tout le long de l'année que faire de grosses préparations, qui tirent violemment sur le corps.

Ton équipement a l'air bien compact et léger.

Pour ce genre d'épreuve je ne crois pas aux vertus du cardio-mètre ou du capteur de puissance, mais un compteur qui te fais rester entre 70 et 80 tours/minute peut aider à conserver une fluidité : plus on fatigue, plus on roule en force et les genoux n'aiment pas.

Les étirements, c'est franchement une aide; perso j'ai énormément roulé ces dernières années et j'ai fini par les négliger : depuis 3 mois j'ai quasi arrêté le vélo, et j'ai toujours de graves tensions dans la nuque. (pour les tensions plus bas il y a le Fucking Blue Boy)

Tu n'évoques pas le sel, je pense qu'il faut en consommer plus que d'habitude pour l'hydratation. Je ne saurais te dire combien...

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#18 16-09-2021 22:25:56

Joy Supertramp
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Hello,
Comment t'expliques les différences entre l'enregistrement fait par ton GPS et celui fait par Strava ? Sur le jour 2 je note quand même 500m de D+ de différence entre les deux.

Sinon, pour le reste, je ne peux pas dire grand chose si ce n'est que j'ai rigolé quand j'ai lu ça :

Shanx a écrit :

- faire moins de pauses

big_smile


Edit sans précision : ortho ou faute de frappe !

Liste montagne été top confort

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#19 17-09-2021 00:52:30

Gloock
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Tu avais une ceinture cardio ?
Je suis impressionné de voir que tu es aussi bas en rythme cardiaque. Tu as comparé avant/après ta prépa sur ce point ?

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#20 17-09-2021 13:10:20

Shanx
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Bilbox a écrit :

#626752Le home-trainer ça doit être aride...

C'est chiant mais tellement efficace… Après c'est sûr que je ne le conseille qu'à ceux qui ont un objectif ambitieux et une bonne motivation.

Attention aux études posturales, elles ne sont pas toute de la même qualité... certaines connaissances ont au contraire développé un syndrôme de l'essuie-glace après étude!

Le paradoxe c'est qu'il vaut un peu mieux avoir mal tout le long de l'année que faire de grosses préparations, qui tirent violemment sur le corps.
[…]
Les étirements, c'est franchement une aide; perso j'ai énormément roulé ces dernières années et j'ai fini par les négliger : depuis 3 mois j'ai quasi arrêté le vélo, et j'ai toujours de graves tensions dans la nuque. (pour les tensions plus bas il y a le Fucking Blue Boy)

Oui je sais que les études posturales ne sont pas une science exacte, mais je n'ai pas envie de subir de nouveau ces douleurs. Je devrais aussi me mettre aux étirements (voir même à une PPG spécifique), mais bon…

Pour ce genre d'épreuve je ne crois pas aux vertus du cardio-mètre ou du capteur de puissance, mais un compteur qui te fais rester entre 70 et 80 tours/minute peut aider à conserver une fluidité : plus on fatigue, plus on roule en force et les genoux n'aiment pas.

Je pense comme toi, sauf qu'en fait non : c'est pas mal d'avoir une information extérieure pour les premiers jours histoire d'éviter d'aller trop vite. Surtout dans le cadre d'un départ de nuit, on a vite fait d'être légèrement au-dessus de sa zone de confort. Mon premier jour a été un peu trop rapide par rapport au dénivelé rencontré et pourtant je me suis volontairement limité grâce à mon capteur cardiaque.

Tu n'évoques pas le sel, je pense qu'il faut en consommer plus que d'habitude pour l'hydratation. Je ne saurais te dire combien...

Ah oui j'ai parlé de pastilles isotoniques mais c'était des pastilles d'électrolytes (celles-ci). Je me limitais à 2 par jour pour être sûr de ne pas trop en prendre : sur le paquet c'était marqué de ne pas dépasser la dose journalière recommandée, mais impossible de trouver celle-ci. hmm

Joy a écrit :

Comment t'expliques les différences entre l'enregistrement fait par ton GPS et celui fait par Strava ? Sur le jour 2 je note quand même 500m de D+ de différence entre les deux.

Je viens de vérifier, le dénivelé de Strava est faux : sur le profil on voit un pic au km150, au niveau des des gorges de la Bourne et de leurs tunnels. Il faudrait enlever presque 500m au dénivelé total. hmm

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Gloock a écrit :

Tu avais une ceinture cardio ?
Je suis impressionné de voir que tu es aussi bas en rythme cardiaque. Tu as comparé avant/après ta prépa sur ce point ?

Non j'avais une montre cardio, donc bien moins fiable qu'une ceinture. Par contre ça m'a quand même permis de remarquer/confirmer :
  - mon rythme cardiaque à l'effort a énormément diminué (en course à pied aussi : je vais plus vite avec une FC plus basse)
  - au fur et à mesure des jours sur la RAF ma FC max diminuait, avec l'impression qu'il était de plus en plus difficile de dépasser les 130bpm
  - au début de ma prépa ma montre m'indiquait en général 600 calories/heure de vélo (700 sur terrain très montagneux, 550 en plaine). En fin de prépa c'était moins de 500 cal/heure, même en cas de D+ important. Sur la RAF ça donne une moyenne de 490cal/heure sur les 4 premiers jours (montagne) et 390cal/heure sur les 4,5 derniers (plaine). C'est peu, et beaucoup plus bas qu'au début de ma prépa. Alors certes la FC de la montre n'est pas précise et l'algo de calcul des calories encore moins, mais ça donne un ordre de grandeur.

D'ailleurs, avant la RAF je me servais de ce calcul de calories pour comparer deux jours entre eux. N'ayant pas de capteur de puissance, ça me permettait d'estimer après coup quels avaient été les jours les plus intenses.


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#21 17-09-2021 13:51:10

kenji
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Merci pour ces détails, je trouve aussi que tu as bien géré, sur la photo du dernier jour tu as l'air plutôt frais !

A te lire, j'ai l'impression qu'avec le gros volume que tu fais tu rentabiliserais bien l'achat d'un capteur de puissance. En particulier si tu veux continuer à progresser avec un plan d'entraînement, les sorties en extérieur "faussent" la progression et la charge d'entrainement calculée par trainerroad. D'autant plus avec un programme sweetspot, où le risque de surentrainement n'est pas négligeable même sans grosses sorties le week-end ?
Sur des sorties d'endurance à la journée (où même de quelques heures) c'est aussi intéressant d'analyser la relation entre rythme cardiaque et puissance.

Sur des très longues sorties / bikepacking ça a moins de sens de gérer son effort à l'aide de la puissance mais on peut analyser pas mal de choses à posteriori : puissance développée dans les cols pour bien choisir ses braquets, calories dépensées, puissance développée quand on a plus du tout de jus, etc.
Ça permet aussi de moins gamberger quand on est dans des conditions difficiles, du type faux plat montant, vent de face, bitume degueu, où on a l'impression de pas avancer alors qu'en fait les watts qu'on sort ne sont pas si faibles.

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#22 17-09-2021 13:51:42

Tib
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Le rythme cardiaque qui diminue au fil de l'effort, c'est normal : avec la fatigue, le cerveau régule le rythme cardiaque et comme le coeur est un muscle, forcément en fatiguant il bat moins vite. C'est d'ailleurs souvent un effet interprêté de manière erronée car l'athlète va penser que, le rythme cardiaque s'abaissant, c'est que le corps s'habitue à l'effort et que la fonction cardiaque agit de manière plus efficace, or c'est tout l'inverse. C'est la raison pour laquelle tu n'arrivais pas à dépasser 130 BPM.

C'est aussi pourquoi, bien plus qu'un capteur de fréquence cardiaque, un capteur de puissance est l'indicateur le plus précis pour réguler un effort de très longue durée : en effet, quel que soit ton état de fatigue, la puissance délivrée aux pédales ne varie pas. Axel Carion l'évoquait dans cette vidéo didactique :


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#23 17-09-2021 14:29:39

Manche
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Bravo Shanx pour cette belle performance !

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#24 17-09-2021 15:02:30

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

L'indicateur le plus précis pour réguler un effort de très longue durée, mais aussi de basse intensité donc sans jouer avec les limites, c'est l'expérience et la connaissance de soi amha...  wink (même si on peut débuter avec ces béquilles/joujous)

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#25 17-09-2021 15:20:01

Tib
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Re : [Récit + liste] Race Across France 2500 : jusqu'au bout du vélo

Je partage, mais la seule manière d'obtenir un indicateur objectif et constant quelle que soit la durée de l'effort, c'est le capteur de puissance. Que tu sois tout frais ou cramé, si tu sors 150W, tu sors 150W.


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