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L'histoire de l'équipement léger d'escalade et de randonnée

Quelques archives

Traduites de l'anglais de la page de l'ex-site Kimmlite (devenu OMM), complété par Baltardive.

Pour en discuter : le forum.

Il est facile de supposer que la révolution de l'équipement léger est apparue dans les années 1970 et 1980 avec le développement de la randonnée. En fait, cela a commencé bien avant, au 19ème siècle, et certaines innovations n'ont pas été améliorées pendant 70, 80 ou même 100 ans.

  • La veste en soie caoutchoutée crée par Macintosh en 1855 après 20 années de travail pesait 150 g et était suffisamment petite et légère pour tenir dans une boîte à cigarette. Dans les années 1890, grâce au procédé d'enduction caoutchoutée, Manchester est devenue le leader mondial des vestes étanches.
  • Avant la première guerre mondiale, la soie était largement utilisée : de la fabrication des cordes à celle des tentes. Nansen fut un pionnier du “léger”, lors de sa traversée du Groënland en 1888 il choisit la soie pour sa tente pyramidale à un seul mât. Une tendance était amorcée ; la tente de montagne de Fred Mummery était elle aussi en soie et pesait 100 g. Les piolets faisaient office d'arceaux : une façon pratique de gagner du poids.


Tente Nansen

  • Thomas Hiram Holding, fondateur du Club de Randonnée Cycliste et pionnier du camping cycliste, a élaboré un équipement légendaire en 1899. Son kit “Phantom” incluait une tente en soie de 370 g, des arceaux en bambou de 425 g, une couverture garnie duvet de 680 g avec un kit personnel inclus, et son spécial “bébé primus à clipper sur cadre” qui pesait 2,7 kg.
  • Depuis les débuts de l'alpinisme (et en tout cas pour la première ascension sans guide de la Meije) on a utilisé le sac Zdarsky : un sac enduit de caoutchouc, où l'on transpirait puis gelait. Poids : 400 gr.
  • Vers 1934 Pierre Allain invente son ensemble de bivouac intégral composé de : une cagoule de bivouac en soie caoutchouté (350 gr) / un pied d'éléphant caoutchouté (200 gr) / un matelas pneumatique court (400 gr) / une veste duvet en soie (400 gr) / un duvet en soie (800 gr).
  • Kirkpatrick et Hope ont grimpé dans les Alpes sans guide avant la première guerre mondiale en utilisant des sacs à dos en gabardine de Burberry pesant seulement 170 g. Ils pesaient méticuleusement leur équipement et leurs vêtements étaient faits de laine de Shetland et de soie. Pour l'approche ils portaient à peine 4 kg, et le jour de l'ascension 3 kg.
  • L'article d'équipement léger qui devint le symbole de l'activité en plein air des années 70 était le Karrimat. Ce matelas à cellules fermées fut développé par Karrimor à partir de 1967. Il remplaça les matelas gonflables caoutchoutés, lourds et peu fiables. Léger et chaud, il a même été imprimé sur des timbres pour célébrer la récompense du Duke d'Edinburgh (“Duke of Edinburgh award”).
  • En 1972, Ken Ledward a produit deux kits d'équipement pour lui-même et Karrimor MD, Mike Parsons pour le marathon international de montagne Karrimor. L'équipement de Mike pesait 2,7 kg et celui de Ken seulement 2,3 kg. La tente Marathon pesait 900 g et le sac moins de 100 g.
  • Le lancement de la chaussure KS-B (issue d'une autre collaboration entre Ledward et Parsons) en 1981 a changé le monde de la chaussure de montagne. On s'en souvient comme étant la première chaussure en tissu, mais plus important est le fait que ce fut la première chaussure légère. Pesant 870 g, ce fut la première à avoir une semelle qui n'imitait pas le modèle des chaussures traditionnelles et le dessin de la semelle intermédiaire a révolutionné toutes les autres chaussures.
  • Les vêtements de montagne ont changé depuis le milieu des années 80. Disparus les lourdes chemises en laine et les pantalons amples en tweed, remplacés par Polaire, Pertex et micro fibres. Le Pertex fut développé à partir de la technologie des rubans pour machines à écrire pour fabriquer des coupe-vents légers, améliorant enfin le tissu en soie de Mallory.
  • L'imitation fourrure fut inventée dans les années 40 ; elle fut peu utilisée jusqu'à ce que Helly Hansen la développât pour la pêche et l'alpinisme en 1979. Le résultat fut un accroissement considérable du rapport chaleur/poids comparé à la laine, mais le look était horrible. L'avancée majeure est l'arrivée de la fibre Polaire en 1984 (par Patagonia). Suivi de peu par la mise sur le marché de la marque Polartec par le fabricant Malden en 1986.
  • Alex McIntyre développa un sac Karrimor spécial de 80 litres pesant environ 850 g pour ses audacieuses ascensions pionnières en style alpin sur les sommets himalayens au début des années 80.
  • En 1995, les américains pionniers du matériel fait-maison Ray et Jenny Jardine ont traversé le Pacific Crest Trail long de 4120 km en trois mois et quatre jours. Leurs sacs pesaient environ 3,9 kg (nourriture exclue). Le sac en lui-même pesait 430 g mais plus important est leur approche totalement engagée, à l'image de beaucoup de pionniers. Certaines innovations des Jardine sont aujourd'hui commercialisées par Golite depuis 1998.

L'équipement en randonnée nordique (1980)

Article paru dans le numéro 39 (novembre 1980) de Paris-Chamonix, le magazine interne du CAF Paris-Ile-de-France.

« Dans la vie, il ne faut pas s'encombrer » Paul MORAND

Chausser des skis de fond et se contenter de marcher sur la neige, pas à pas, quel dommage ! Les skis de fond sont faits pour glisser à bonne allure. Mais est-il possible de conserver cette facilité en randonnée - ou en raid - quand il faut porter, avec soi, de quoi manger, dormir et résister au mauvais temps, sans secours extérieur ?

La réponse est oui, à une condition : se souvenir que le ski de fond, correctement pratiqué, exige un effort intense. Pour le soutenir, pour le prolonger, la recette est : supprimer tout ce qui entrave inutilement le mouvement, bref, économiser l’énergie.

A ski nordique, il y a trente-six manières de chasser le gaspi. En voici quelques-unes.

  1. Être peu vêtu. Transpirer impose au coeur des efforts supplémentaires inutiles. Partez comme pour un « footing », en pull et non pas en k-way. Certains se contentent d'un survêtement.
  2. En ski nordique, la main doit, en fin de poussée, pouvoir s'ouvrir entièrement, et prendre, alors, appui sur les dragonnes des bâtons. Commencez par régler celles-ci soigneusement. Portez des gants légers et non des moufles.
  3. Hors piste. les guêtres sont indispensables. Mais les jambières en nylon du skieur alpin sont trop étanches. Pourquoi ne pas les remplacer par des guêtres en laine (les manches d'un vieux tricot, par exemple) ? Elles sont agréables par tous les temps, empêchent d'avoir froid aux pieds et résistent à l'humidité comme à la neige. l'eau descend, par gravité, jusque sur la chaussure qu'il suffit de recouvrir d'une surbotte.
  4. Qui veut rester léger doit savoir faire la différence entre « vêtements de confort » et « vêtements de survie » et laisser les premiers à la maison. Ainsi, emportez une cagoule, pas trop large et à manches (moins de 200 grammes). La tempête est toujours possible. Et passez-vous d'anorak.
  5. Une veste en duvet permet de ne pas se refroidir dès qu'on s'arrête. Accompagnée d'un pied d'éléphant, elle remplace, aux basses altitudes, le sac de couchage.
  6. Certains camarades aiment se munir de chaussures de rechange. On gagne deux bons kilos avec une paire unique, qu'il faut choisir confortable, imperméable (ça se trouve) et apte à la marche. A l'étape, des « sacs à pieds » en plastique armé garnis de chaussons de duvet - qui ne pèsent rien - sont très suffisants comme chaussons de refuge.
  7. Autres vêtements de secours : une paire de chaussettes, des surmoufles en nylon, un collant, un bonnet, accompagnés d'une couverture de survie.
  8. Pour le bivouac en cabane, le matelas type « Karrimat » est indispensable, mais 50 x 60 cm suffisent. Ainsi réduit, il prend place à l'intérieur du sac, déroulé, en cylindre, contre les parois, qu'il prévient de la pluie.
  9. En cas de neige, ou d'averse, un couvre-épaule improvisé, avec un rectangle de plastique, protège le haut du corps et évite le refroidissement.
  10. Les petits grammes insignifiants font les gros kilos. Munissez-vous d'une balance, pesez chaque objet. C'est le seul moyen de vous résoudre à éliminer tous les superflus que seules l'habitude et la publicité nous font croire nécessaires.
  11. Il reste quelques objets indispensables : choisissez le modèle le plus léger et dépouillez-le de tous accessoires inutiles. Ainsi, un bricoleur habile arrivera â supprimer 150 grammes de ferraille sur un réchaud « camping-gaz ».
  12. N'oubliez pas le pare-feu en papier d'aluminium, vous consommerez moins de butane.
  13. La vaisselle peut se réduire à une popote avec son couvercle, un bol (qui tient lieu d'assiette et de verre) et une cuiller en alu.
  14. Les grands raids ne reposent pas sur de grandes « bouffes ». Il faut des boissons chaudes en abondance, mais essayez d'oublier les plats cuisinés ou lyophilisés. Des menus consistants se composent avec des biscuits, du lard. du fromage, des fruits secs. Il n'en a pas fallu plus au grand Zwingelstein pour parcourir les Alpes d'un bout à l'autre.
  15. Pensez à compléter les vivres de base par des citrons dont le jus a toutes les vertus diététiques et qui est agréable dans l'eau chaude, dans le thé, comme dans la soupe.
  16. Paul-Emile Victor affirme qu'une expédition, en éliminant les emballages inutiles, supprime un quart de ses frais de portage. Faites la chasse aux trousses, boîtes, flacons et autres « tupperware ». Passez-vous des aliments à emballages lourds (confitures, beurre, etc.).
  17. L'emballage le plus pesant est souvent le sac-à-dos lui-même, alourdi de vains accessoires. En cherchant bien, on peut trouver un sac de 60 litres qui pèse moins du kilo. Idéalement, il ne faudrait pas dépasser 600 grammes.
  18. En ski nordique, la poussée des bras doit se terminer le plus loin possible en arrière, ce qui est impossible si votre sac a des poches latérales. Supprimez-les.
  19. Chaque type de ski a ses partisans. Peu importe le modèle, avec antidérapants ou pas, pourvu qu'il reste léger et étroit, on peut parfaitement randonner hors piste avec des skis de compétition. Les carres sont rarement utiles, on s'en passe fort bien, comme des fixations de talon et autres gadgets inventés pour les « gogos ».
  20. Le ski à farter conserve des avantages. En particulier celui de pouvoir être adapté à tous les types de neige. le supplément de poids que représente le nécessaire de fartage ne dépassera pas 250 grammes s'il est bien calculé : « Poussettes » en morceaux, « tubes » déjà entamés, etc. Autre avantage du fart, il remplace - provisoirement - le cirage.
  21. La lampe à farter a de multiples usages, notamment étaler et lisser le fart en ambiance humide (par exemple en plein air). Elle permet aussi d'allumer le feu si le bois est mouillé. Mais ne vous chargez pas du « soudogaz » blindé comme un char d'assaut. Vous pouvez inventer, pour votre « camping-gaz » une adaptation « lampe à farter » : par exemple avec le gicleur et le brûleur de la lampe à souder (il suffit d'une clé de 14) ou avec le brûleur de « Labogaz » (le bec « camping-gaz » pour laboratoires).

Avec de l'imagination. de l'attention et un matériel bien pensé, on peut arriver à n'emporter pour un week-end de deux jours, qu'un sac de 7 à 8 kilos (vivres, couchage et matériel de sécurité compris) (1). Cela reste compatible avec le geste authentique du vrai fondeur.

Ce geste, toutefois, il vaut mieux bien le maîtriser. Ne méprisez pas trop la technique. Même si vous êtes parfait skieur alpin et vétéran de la peau de phoque, vous pouvez avoir intérêt à reprendre quelques leçons avec un moniteur, à perfectionner votre alternatif, à connaître le « pas de deux », et le pas « finlandais », si utiles en neige difficile.

Un bon style, c'est encore le meilleur moyen d'économiser l’énergie.

Guy OGEZ

(1) Une norme : A peau de phoque, on porte 1/6 de son poids ; à ski nordique 1/12. D'autres disent : « A ski de fond, on est deux fois moins vêtu, deux fois moins chargé, on fait des foulées deux fois plus longues et on va deux fois plus vite ».

P.S. On pensera à prendre une spatule de rechange et la boussole. N.D.L.R.

histoire_de_l_equipement_leger.txt · Dernière modification: 2019/12/07 15:47 par oli_v_ier