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#1 25-03-2014 16:48:35

René94
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[Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Cela faisait 4 ans que je pensais à ce trek, depuis qu'un randonneur Italien croisé dans les Dolomites en août 2009 m'en avait parlé.

Je m'étais renseigné mais, à l'époque, je ne savais pas trop comment le faire vu les difficultés : besoin du matos d'alpi (pour quelques passages en IV et quelques rappels dont 2 de 45m), pratiquement pas d'eau sur ce parcours qui nécessite entre 4 et 6 jours selon l'organisation et le niveau des randonneurs, un balisage difficile à suivre...

La façon la +facile de le faire est d'utiliser les services d'un guide de montagne (il n'existe pas encore de guides de montagne en Sardaigne, ils viennent donc d'autres régions) avec une logistique en bateau pour apporter l'eau, le ravitaillement voire faire suivre les affaires des participants. C'est ce qu'on appelle la version "Massagio Blu" wink

N'ayant pas trouvé de compagnon pour venir avec moi, j'avais décidé de le faire en solo (comme ma rando sur Skye l'année précédente) et j'ai choisi le mois de mars pour éviter la chaleur donc la soif car je devais porter l'eau pour tout le trek. Mais c'est une erreur de le faire en mars car les jours sont trop courts et les nuits trop longues (aucun besoin de dormir 12 heures !). Il vaut mieux le faire à partir de mi-avril.

Et en mars, il faut d'autant plus être autonome que vous ne croiserez personne pour vous aider.

Au départ, mon sac à dos faisait un peu moins de 15 kilos :
- 3,4 kilo d'équipement de base ;
- 4,5 kilos de matos d'alpi (dont une corde de 100m : 3,8 kilos) ;
- 4,5 litres d'eau (l'objectif était de ne boire qu' 1 litre par jour) ;
- 2,3 kilos de nourriture.

Pour faire court, ce Selvaggio Blu m'a donné l'impression d'être plutôt un parcours du combattant qu'une randonnée.

D'abord parce que j'ai perdu l'habitude de porter autant de poids (le poids habituel porté étant plutôt entre 7 et 10 kilos) et que l'itinéraire n'est pas facile (maquis, passages techniques en escalade et désescalade, pierriers, beaucoup de lapiaz) et qu'il est vraiment difficile à suivre (balisage presque effacé). Et comme j'avais oublié de charger mes routes soigneusement préparées dans mon GPS, j'étais souvent dans le rôle de l'indien pisteur qui cherche les pierres ayant le plus de traces de terre pour suivre l'itinéraire.

J'ai abandonné en cours de rando mais l'expérience acquise m'a permis de le faire complètement l'année suivante.

Formule de calcul du kilomètre-effort :
(distance en km) + (D+ / 100) + (D- / 200)

Quelques liens pour s'informer

Film d'1 heure (groupe avec guide)
Le site de Corrado Conca, auteur du seul topo sur le Selvaggio Blu
Récit
Récit "speleomartel"
Plein d'infos utiles
Récit avec sac +25 kilos ! plein de photos utiles
Infos générales
Portail "ilportalesardo"
article UKClimbing

Agence orizzontimontagna
Agence ciaosardinia
Agence Dolomitesmountains
Agence guidestarmountain.it


Le récit

J01, le 08/03/2014 : voyage de Paris à Santa Maria Navarrese

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Ciel gris sur Cagliari...

Vol Alitalia de Paris à Cagliari via une escale à Milan. J'arrive à Cagliari à 13h30.
Il faut ensuite enchaîner 3 bus : bus 160 jusqu'au centre ville de Cagliari (bus ARST ttes les 30' ; 4€ ; bus : départ 14h15, arrivée 14h25) Attention, cette ligne de bus 160 n'existe plus, il faut maintenant prendre le train pour aller au centre ville, bus jusqu'à Tortoli (ligne 103, départ 15h05, arrivée à Tortoli à 18h10) et ce bus (ligne 301) continue jusqu'à Santa Maria Navarrese où j'arrive à 18h30.

Il fait pratiquement nuit. Je repère un bar fermé ("La Pineta") sur la plage qui fera un bon bivouac et il y a un point d'eau sur le terrain de jeu près de l'arrêt du bus ; ça sera parfait pour un 1er bivouac. Après avoir dîné à une pizzeria du centre-ville, j'installe mon bivouac sous le auvent du bar repéré à l'arrivée. Un peu de pluie pendant la nuit.


J02, le 09/03/2014, de Santa Maria Navarrese à "quelque part avant Bacu Tenadili" : 16 km, D+ 980m, D- 700m, 29,3 kme

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Santa Maria Navarrese

Départ à 7h20. Quand j'allume mon GPS, mauvaise surprise ! Il n'y a que la 1ère route (celle jusqu'à Pedra Longa, inutile sur ce bon sentier) chargée pour vérifier que le fonds de carte OSM installé (http://geodati.fmach.it/gfoss_geodata/o … a_osm.html)  est bien opérationnel. J'ai oublié de charger toutes les autres routes et comme je n'ai pas le câble USB du GPS, il faudra faire sans ces routes soigneusement préparées... Trop de préparation tue la préparation wink

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Sentier facile au début, parfait pour s'habituer à cette charge de 15 kilos, devenue inhabituelle pour moi.

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L'Aiguille de Pedra Longa

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la Punta Giradili, c'est là-haut que je vais galérer à suivre l'itinéraire...

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En mars, vos compagnons de route seront les chèvres, cochons et vaches

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Regardez bien ce pigment bleu car la plupart du temps, il est presque effacé ; c'est heureusement une couleur qui n'existe pas naturellement ici.

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Jusqu'à Cuile de Us Piggius, rando normale. Ne pas oublier de faire le plein d'eau au torrent qu'on croise 30' après Pedra Longa car c'est le seul ravitaillement d'eau garanti.

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C'est ici qu'il faut faire le plein !

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Après Cuile de Us Piggius, j'ai beaucoup de mal à suivre l'itinéraire (balisage effacé et lapiaz) et j'avance à environ 1 km/h.

Je croise 4 randonneurs italiens qui font une balade à la journée, ce sont les seuls que je verrai jusqu'à Cala Luna ; ils ont du mal à croire que mon sac contient une corde de 100m. La femme du groupe me dit que je ne devrai pas faire le Selvaggio Blu seul. Elle a évidemment raison.

C'est dans la partie finale de cette première étape que la route GPS me manque le plus car je n'arrive pas à suivre l'itinéraire qui mène directement à Bacu Tenadili ; vu le maquis, je préfère descendre pour essayer de suivre l'autre itinéraire, plus long, qui suit la côte. Cet itinéraire est aussi difficile à suivre et, voyant que je n'arriverai pas ce soir à Bacu Tenadili, je m'arrête vers 17h45 quand je trouve une petite plate-forme suffisamment plate et dégagée pour le bivouac. A ce rythme, il me faudra plutôt 3 jours que les 2 jours prévus pour arriver à Cala Goloritze.

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itinéraire J02 ; en bleu ciel, l'itinéraire prévisionnel non chargé dans le GPS


J03, le 10/03/2014, de "quelque part avant Bacu Tenadili" à Portu Cuau : 4 km (demi-journée), D+ 80m, D- 330m, 6,5 kme

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Il a fait un peu froid cette nuit et j'ai eu besoin de toutes mes couches thermiques (collant + pantalon ; chemise + micropolaire + doudoune ; MLD Spirit 30 + sursac) pour ne pas avoir froid. A cette époque de l'année, personne sur le Selvaggio Blu mais beaucoup d'animaux : chèvres, cochons et vaches.

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mon guide wink

Je pars vers 8h et j'arrive à Bacu Tenadili vers 9h. Là, je découvre les fameuses "scala 'e fustes" (des passerelles faites avec des troncs de genévriers.

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C'est impressionnant mais ça tient bien. L'endroit où il faut escalader pour sortir de ce ravin se voit bien : une passerelle de genévriers soutenue par 2 troncs verticaux (vu d'en haut sur la photo ci-dessous, la passerelle est sur le côté droit de la photo).

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Le départ est pratiquement à l'aplomb de cette passerelle (pas vu de balisage). Après une première petite partie verticale, il faut aller horizontalement vers la droite et, après un virage, on découvre l'autre passerelle avec un câble pour s'assurer.
Globalement, cette escalade n'est pas difficile mais le poids du sac fait qu'on doit rester très concentré.

Après Bacu Tenadili, le sentier est d'abord facile à suivre puis c'est un dédale de sentes d'animaux dans tous les sens et il faut remettre la panoplie de l'indien pisteur : pour résumer, il faut souvent longer la falaise.

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Portu Pedrosu

Pour finir, chemin bien raide pour descendre à Portu Pedrosu puis 30' de sentier facile pour arriver à Portu Cuau.

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Portu Cuau

Vu le vent, je monte un plus plus haut dans la forêt pour la pause déjeuner. Je commence à manger quand il se met à pleuvoir. J'installe le poncho entre les arbres pour m'abriter.

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J'en profite pour tester une idée : récupérer l'eau de pluie qui coule sur le poncho ; ça fonctionne bien et je finis par récupérer un demi-litre d'eau. Je la bois mais elle n'est pas claire ; j'aurais du prendre un filtre à café pour la filtrer.

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petit feu histoire de m'occuper

La pluie s'arrête vers 15h mais le ciel reste noir et les hauteurs sont bouchées. Vu l'heure, je préfère bivouaquer ici, bien protégé près de cette petite falaise (6m de haut environ).

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Il y a des chèvres en haut alors je vais y faire un tour pour voir si il y a un risque que les chèvres fassent tomber des pierres ; comme c'est le cas, je vire les pierres qui pourraient tomber. Leurs cloches font tant de bruit que j'espère qu'elles ne viendront pas la nuit me carillonner dans les oreilles.

Finalement, ce ne sont pas les cloches des chèvres mais celles de vaches qui m'ont réveillé la nuit ; elles étaient quelques unes à faire le Selvaggio Blu, y'avait même un veau !

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L'itinéraire J03


J04, le 11/03/2014, de Portu Cuau au ravin de Boladina : 8 km, D+ 690m, D- 490m, 17,4 kme

Beaucoup de vent cette nuit, mais près de cette falaise, je l'ai peu senti.
L'objectif du jour est d'aller à Cala Goloritze, fin de la partie "facile" du Selvaggio Blu. L'itinéraire est moins difficile à suivre que les jours précédents (pis je me suis amélioré en pistage...). Dans la falaise qui descend vers Bacu Sonnuli, y'a des passages impressionnants de "scala 'e fustes". C'est à ce moment qu'une grosse ondée a le mauvais goût d'éclater.

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falaise où je me suis pris une bonne ondée

Je finis le passage à risque et je me pose, abrité par le poncho. J'essaie aussi de récupérer l'eau de pluie mais ça fait beaucoup moins de surface et je ne récupère pas grand-chose. L'ondée passé, je finis la descente à Bacu Saonnuli. C'est pas un endroit qui me donne envie d'y bivouaquer.

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Bacu Sonnuli

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vu la densité de lapiaz, ça doit pas être évident le Selvaggio Blu en "chaussure minimaliste"

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J'arrive ensuite à l'ancienne bergerie "Coile Fenos Trenos" où il y a un système de récupération d'eau de pluie dans une citerne mais je ne vois pas de robinet à la base pour y prendre de l'eau. Ces anciennes bergeries sont belles. Pause déjeuner à l'ombre dans la longue montée vers Coile Runcu su Pressu.

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le balisage idéal sur ce terrain : une pierre dans un arbre !

Je ne suis plus très loin de Cala Goloritze et je réalise que je n'ai pas besoin d'y aller puisque aucun ravitaillement ne m'y attend. Cala Goloritze est sans doute une belle crique mais je préfère avancer et bivouaquer vers Punta Lattone.

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le redoutable canyon Boladina ; les guides sont +malins que moi, ils y passent avec leurs groupes en début de journée.

Descente tranquille vers Cala Goloritze jusqu'au croisement où on remonte le ravin de Boladina. Il y a d'abord un pierrier à monter. Puis une 1ère partie d'escalade. Pas spécialement difficile mais avec le poids du sac, je préfère limiter le risque alors je monte d'abord sans le sac pour installer une main courante.

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1ère partie d'escalade

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installation de la main courante

Après cette partie escalade, il faut remonter le ravin, bien raide sur un terrain peu stable. Et j'arrive à la partie finale : quelques mètres à grimper mais c'est vertical. Comme j'ai passé pas mal de temps à installer ma main courante toute à l'heure, j'essaie de grimper cette dernière partie avec le sac sur le dos. Mais c'est trop dur pour moi. Alors je ressors la corde, je m'encorde au milieu et j'attache aux 2 bouts le sac à dos et l'autre corde. J'essaie à nouveau de grimper ces quelques mètres mais mes bras tétanisent et je dois sauter pour redescendre.

Vu l'heure et mon état de fatigue, je décide de bivouaquer dans le ravin car il y a un petit abri sous roche où je serai en sécurité. Demain matin, bien reposé, je pense que j'arriverai à grimper ces quelques mètres. Au début de la nuit, quelques chèvres passent au-dessus et font tomber des pierres. Il se met à pleuvoir et il pleuvra pratiquement toute la nuit ; ça m'inquiète car je n'ai que 2 litres d'eau et qu'il me reste la partie la +difficile du Selvaggio Blu à faire ; alors si en plus, il pleut les prochains jours...

Pendant la nuit, je suis réveillé par la chute d'une énorme pierre ; heureusement que je suis bien protégé dans l'abri sous roche. C'est l'événement déclencheur : j'ai eu ma dose d'émotions pour la semaine alors demain matin, je redescendrai ce ravin et je finirai en rando "normale".
La pluie ne s'arrêtera qu'au matin.

Extrait d'une page de conseils de sécurité :
"Ne marchez jamais dans des gorges quand il pleut ou bien quand il vient juste de pleuvoir. Le danger d’inondations soudaines est très minime mais il y a un grand risque de chutes de pierres. S’il commence à pleuvoir alors que vous êtes dans une gorge sortez en le plus rapidement possible. S’il n’y a aucune voie pour pouvoir vous échapper minimisez le risque en évitant de marcher directement sous les versants. Une autre chose à laquelle il faut faire attention dans les gorges, même quand il ne pleut pas, ce sont les chèvres. Les chèvres (et les kri-kri mais ceux-ci sont rares) ont tendance à déplacer des pierres quand elles avancent sur les versants ou sur les pentes et vous devriez éviter de marcher en dessous des chèvres. Gardez un œil sur elles."
(source : http://www.west-crete.com/fr/rando-conseils-surete.htm)

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L'itinéraire J04


J05, le 12/03/2014, du ravin de Boladina à Cala Sisine (hors Selvaggio Blu) : 20 km, D+ 470m, D- 700m, 28,2 kme

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l'abri sous roche en haut de Boladina canyon (pour 2 personnes max).

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Petit rappel pour sortir de Boladina canyon

J'attends que les rochers sèchent un peu avant de partir. Je redescends prudemment ce couloir merdique puis j'installe un rappel pour descendre la partie escaladée hier. Après, je peux ranger tout le matos d'alpi, je n'en aurai plus besoin.

Maintenant que j'ai du temps, je descends admirer Cala Goloritze.

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Lorsque je repars, avec la décompression qui commence, je sens que je suis un peu fatigué ; ça me conforte dans ma décision d'avoir abandonné le Selvaggio Blu. En arrivant au bar Goloritze, j'entends des tronçonneuses. Chouette, je vais pouvoir reprendre de l'eau. Mais ce sont 2 ouvriers, le bar est fermé et ils me disent qu'il n'y a pas d'eau.

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Ensuite, pour aller à Cala Sisine, ce sont des pistes où passent quelques voitures mais aucune ne va à Cala Sisine. Pour rompre la monotonie de la piste, je prends un chemin qui a l'air sympa. Il finit à une bergerie et il faut faire un peu de hors-sentier pour arriver sur un autre chemin pour ensuite retrouver la piste jusqu'à Cala Sisine.

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la partie finale du Selvaggio Blu vue de Cala Sisine

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A Cala Sisine, le bar-restaurant est évidemment fermé et il n'y a pas d'eau.
Mais un superbe bivouac m'attend sur la plage smile
Ce soir le ciel est menaçant mais il ne pleuvra pas. Je n'ai pas faim, je me couche sans manger.
Au loin je vois les lumières de Cala Gonone, la ville a l'air grande.

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bivouac abrité

Je peux faire un premier bilan : j'ai réussi mon pari de tenir 5 jours avec 1 litre d'eau par jour et j'ai pu faire cette rando alpine en autonomie totale avec tout le matos d'alpinisme. Il me reste plus d'1kilo de nourriture, je n'ai donc mangé que 300g de nourriture par jour (essentiellement des noix diverses). Pour le Selvaggio Blu complet, il m'aurait fallu 1,5 litre d'eau en plus, donc avoir 6 litres au départ.

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L'itinéraire J05


J06, le 13/03/2014, de Cala Sisine à Cala Fuili : 14 km, D+ 790m, D- 770m, 25,8 kme

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Cala Sisine

La nuit a été longue... la journée d'hier, essentiellement sur pistes, ne m'a pas fatigué et comme il fait nuit à 19h et jour à partir de 6h, 11h couché, c'est beaucoup trop ! Je referai ce Selvaggio Blu plutôt fin avril, avec des jours +longs et des températures encore pas trop chaudes.

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l'arche de Lupiru

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Cala Luna

Le chemin vers Cala Luna est facile à suivre. Il y a d'abord 600m de montée puis on passe sur une crête avant de redescendre à Cala Luna où j'arrive 3h30 plus tard. Le bar est fermé mais il y a un tuyau d'arrosage où je reprend de l'eau. Sur la plage, il y a un homme. Je me dirige vers lui et il vient vers moi ; on discute : il m'explique que le bar est géré en coopérative et qu'il n'ouvrira que fin avril ; au mois de mars, chaque personne de la coopérative, à tour de rôle, reste une semaine sur place pour le gardiennage et commencer à préparer la saison. Après avoir bu une bière, je continue vers Cala Fuili. Je croise quelques randonneurs (un jeune hollandais qui fait la Sardaigne en stop ; et un couple d'italiens).

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L'itinéraire J06

Après Cala Fuili, c'est une petite route qui mène à Cala Gonone. Je tente le stop et ça marche ; mon chauffeur, capitaine d'un bateau qui promène les touristes l'été, n'a pas grand-chose à faire en ce moment. Il m'accompagne pour me trouver un hébergement à prix raisonnable ; ça me coûtera 30€ pour une chambre à l'hôtel Brigantino. En mars, Cala Gonone est endormie et je ne lui trouve aucun charme. Hier soir, avec toutes ses lumières, je l'avais imaginée bien plus animée...

Je me renseigne sur le prix du billet de bus pour Dorgali : c'est 8€ ; ça me semble plutôt cher car il y a peu de kilomètres, moins d'une dizaine je pense.


J07, le 14/03/2014, boucle à partir de Dorgali : 19 km, D+ 710m, D- 710m, 29,7 kme

A 8h, je quitte Cala Gonone sans regret ; j'essaie le stop mais presque toutes les voitures restent intra-muros (les citadins ne marchent plus...). Je suis pris en stop à la sortie de la ville ; en discutant avec mon chauffeur, il me dit qu'il loue une petite maison à Dorgali et qu'il accepte de me la louer pour 30€ si je ne salis pas. Le deal me va tout à fait smile

Je m'installe dans cette petite maison puis, après un tour en ville pour visiter et glaner quelques infos (où est l'arrêt de bus pour demain et confirmation des horaires, bus à 11h20), je pars en rando. En fait, je cherche un sentier pour aller vers le Supramonte, zone montagneuse pas loin de Dorgali.

Je passe près du cimetière et je descends vers le lac Cedrino ; quand la piste arrive au lac, je constate que c'est pas une bonne idée de vouloir traverser là : l'eau est noire et ne donne pas envie de s'y baigner.
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Je remonte pour chercher un autre passage. près du Monte Corallinu, il y a un chemin qui n'est pas indiqué sur mon fonds de carte OSM.

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Bingo ! C'est un ancien sentier qui vient récemment d'être refait (en 2013 ?) et il se dirige bien vers le Supramonte (vers l'Acu de Orudè).

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En bas à droite, traversée du rio par le nouveau sentier ; au centre, on voit la piste que j'ai d'abord prise mais qui arrive à un endroit du rio trop large et peu agréable à traverser

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Je n'ai pas le temps d'aller à Orudè alors je prends l'autre direction "Preda Arva" qui me ramène au bord du rio Flumineddu par un sentier à flanc de falaise, j'adore smile

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passages sécurisés du "chemin" à flanc de falaise

C'est après que ça se Sardaigne car je ne vois pas de chemin sur l'autre rive. Je tente une p'tite percée vers une piste qui est à 300m à vol d'oiseau mais avec ce maquis, je vais finir en sang si je m'obstine. Alors je traverse des champs et des vignes pour trouver un passage vers cette piste qui me ramènerai à mon point de départ.

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Entre ces 2 photos, environ 50m à faire le sanglier...
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Je trouve finalement un chemin où la piste n'est qu'à 50m et, après avoir fait le sanglier, je trouve la piste. C'est un secteur où le bois d'eucalyptus est exploité et il y a quelques bûcherons.

Quand j'arrive près du cimetière, j'ai l'impression qu'il y a une personnalité très connue qui vient de mourir car il y a foule et les gens continuent d'affluer. J'apprendrai plus tard que c'est l'enterrement d'un jeune homme de 25 ans qui est mort dans un accident de travail dans une carrière ; donc pas du tout un ponte de la ville.

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L'itinéraire J07

Le soir, dîner dans une pizzeria puis n'ayant pas envie de rentrer tôt dans ma location si froide, je vais boire une grappa dans un bar. Il n'y a qu'une dizaine d'hommes mais quelle ambiance ! Je suis invité par un groupe de 3 hommes à venir boire avec eux ; comme l'un d'eux parle un peu français, on peut discuter de nos passions respectives, de la vie locale et de Berlusconi et sa "femme blanche". Mais à 21 heures, ils doivent partir car sinon leur femme râle...

Cagliari
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Bilan

Je n'ai donc fait que la moitié la +facile du Selvaggio Blu mais ça m'a permis de vérifier que toutes mes options étaient bonnes et je connais maintenant le type de terrain. L'itinéraire que j'ai fait est aussi une bonne façon de s'immerger dans le Selvaggio Blu pour quelqu'un qui a le pied montagnard mais qui ne veut pas utiliser de matériel d'alpinisme ou pour ceux qui se rendent compte en cours de route que c'est trop dur pour eux.


Equipement

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Equipement_Selvaggio_Blu_mars_2014_2.jpg

Nouvel équipement ou nouvel usage :
- Zpacks groundsheet poncho : c'est en fait le tapis de sol de mon Hexamid Long ; je l'utilise aussi comme poncho de pluie et là je l'ai aussi utilisé pour m'abriter sommairement de la pluie et collecter l'eau de pluie.
- oeufs kinder : je ne les avais pas encore utilisés ; très bien pour contenir crèmes ou pommades.

Commentaires sur l'équipement :
- tente inutile sur le Selvaggio Blu.
- Fiveten Guide Tennie 700g la paire : je continue mes tests des chaussures Fiveten dont les chaussures ont une excellente adhérence mais ne sont pas assez solides pour du long cours (> 1000km) ; en ce moment, c'est la Guide Tennie, je l'utilise en rando et alpi et j'espère qu'elle sera plus solide que les autres (Exum guide, Insight, Camp four...).
- bâton Fizan Compact NW "allégé" 150g : il y a longtemps qu'il n'a plus de pointe ; je l'utilise maintenant pour les marches d'approche des sorties alpi. Parfait smile
- sac à dos Gorilla 670g : tant que je n'ai pas le sac de JJ (370g pour 65L), je continue à prendre le Gorilla, solide et très polyvalent.
- sursac KS bivy 110g : c'est le 1er sursac que j'utilise vraiment et je le trouve bien (peu de condensation mais je ne l'ai pas encore utilisé avec des températures > 10°C).
- 2 chevillères : l'entorse est mon "talon d'achille" ; comme j'étais seul, je mettais les 2 chevillères dans les passages d'alpi pour limiter le risque d'entorse.
- matériel d'alpi 4,5 kilos : même si ce n'est pas conseillé, je trouve que le Reverso 4 va bien avec l'Edelrid Flycatcher ; il existe maintenant un casque +léger : le Sirocco de Petzl.
- mon équipement habituel : vêtements D4 (chaussettes, short, pantalon, collant, chemise, Forclaz 20, Helium wind).
- doudoune synthé 320g : le PO de CSC (Cumulus Incredilite) est très bien (prendre 1 taille de plus que votre taille habituelle).
- une déception : lame de l'opinel n° 4 cassée en coupant du saucisson...
- j'ai utilisé tous les items de l'équipement (1 seule fois le collant qui n'est donc pas vraiment utile).

La prochaine fois, mon sac à dos fera environ 14 kilos au départ mais répartis différemment :
- 2,5 kilo d'équipement de base ;
- 2,5 kilos de matos d'alpi (puisqu'on se partagera la corde) ;
- 6,5 litres d'eau ;
- 2,5 kilos de nourriture (500g/jour).

Dernière modification par René94 (17-08-2015 13:19:04)


"Je ne suis pas ce qui brille..." (F. Marchet)
Mon trombi

Hors ligne

#2 26-03-2014 22:29:37

ventcalme
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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

3500 m de denivelé positif cumulé (d'apres ce que j'ai lu ici) et seulement 1 L d'eau par jour pendant 5 j : ouch !

En chemin, pas moyen de diluer un peu d'eau de mer dans ton eau douce ?
Ou est ce que les vaches buvaient ?

Dernière modification par ventcalme (26-03-2014 22:34:25)

Hors ligne

#3 27-03-2014 00:42:43

René94
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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Effectivement, je pense que c'est entre 3500 et 4000m de D+ mais je ne l'ai pas fait en entier.

Avec les températures que j'ai eu ce mois de mars (il a fait plus beau à Paris que là où j'étais d'ailleurs), ça n'a pas été difficile de ne boire qu'1 litre par jour.
Et j'avais testé en février pendant une rando en raquettes de 3 jours qu'1 litre par jour me suffisait.
Mais c'est sûr qu'en le faisant +tard, j'aurais eu besoin de plus d'eau.

Y'a sans doute des sources mais il faut savoir où elles sont ; les animaux savent où sont les points d'eau.

Dernière modification par René94 (27-03-2014 00:43:51)


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#4 27-03-2014 13:57:45

florencia
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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Salut René94,

Très sympa ce récit, même sans image, on arrive assez bien à  imaginer le décor smile

On aura tout de même droit à quelques photos ou le poids de l'appareil photo était de trop  tongue

Flo


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#5 27-03-2014 14:10:13

René94
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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Bonjour Florencia smile

Je commence par le +difficile, le travail d'écriture du récit...
Les photos ne manqueront pas.

Toi qui a beaucoup aimé la Corse, tu te régaleras en Sardaigne smile


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#6 27-03-2014 14:16:40

florencia
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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Les photos ne manqueront pas.

Chic  cool

Faudrait effectivement que je regarde un peu du côté de la Sardaigne tongue

Merci d'élargir les horizons big_smile

Flo


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#7 27-03-2014 14:17:19

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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Hello,
merci pour le retour.  smile

Dommage que tu n'ai pas pu finir, mais c'est un bon prétexte pour y revenir. wink

Je me laisserai bien tenter aussi par cette "balade"  tongue

(avec un pote par contre, je ne me sens absolument pas de le faire seul)

Le gros problème est vraiment la gestion de l'eau.
J'ai lu d'autres retours qui disait que trouver les points d'eau était très difficile.
et n'étaient souvent que des gouttes à gouttes hmm

Avais tu le topo (celui en Italien/anglais) avant de partir ??

Si oui, vaut t-il le coût d'être acheté ??

Je n'ai rien trouvé sur le matos minimum qu'il faut avoir.
- Combien de dégaines minimum.
- Y a t-il des passages type via ferrata nécessitant une longe avec absorbeur.
- Côtation maxi IV, confirmes tu après l'avoir fait.
- l'équipement sur place est t-il correcte.

Merci  smile


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#8 27-03-2014 14:53:32

René94
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Re : [Récit + liste] Selvaggio Blu en solo (mars 2014)

Oui, faut le faire à 2 ; je pense le refaire avec mon fils l'année prochaine vers fin avril ; y'aura d'autres randonneurs et les bars seront ouverts, ça sera bien plus facile.

J'avais acheté le livre "Selvaggio Blu" en italien mais je ne l'avais pas avec moi et je ne lis pas l'italien.
Pas besoin du livre, on trouve suffisamment d'infos sur le net.

Je n'avais pas de dégaines : juste 3 sangles (1 petite et 2 grandes), 4 mousquetons, 2 ficelous.
Pas besoin de longe avec absorbeur.
Et y'a deux passages de niveau IV je crois (j'ai calé au 1er donc je connais pas le second).
L'équipement m'a semblé correct ; c'était une de mes inquiétudes : je me disais que mi-mars, je serai peut-être le 1er à tester après l'hiver.


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