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#1 06-09-2014 17:31:09

JJondalar
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[Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Salut à tous.
Je suis rentré d'Islande le 23 août, accompagné par les frémissements telluriques de la bosse du Barde (Bárðarbunga), près duquel j'étais passé sans connaître les risques que j'encourais car non informé. Je me suis ainsi vu marcher seul, absolument seul (tu m'étonnes !).
Revenir de ce paradis de la randonnée ne laisse pas indemne. Après ce nettoyage de cerveau, quelques jours d'errance psychologique et de lent retour à la réalité (travail, maison, photoshopisation des images, lecture du Forum et des récits en cours, et autres reprises de contact), je débute mon récit par ce petit montage photo, pour m'inciter à travailler sur ce CR autant que pour vous dire que ouais c'était super bien, c'est comme on m'avait dit.
En deux mots j'ai eu tous les climats, sauf la tempête même si le vent soufflait parfois fort. La température était fraîche, moyenne 8°C à l'abri sur les plateaux du centre (avec le vent froid, c'était souvent bien moins, en ressenti). L'accueil des Islandais est super, ils gèrent à merveille tous ces visiteurs qui les envahissent chaque été. Les deux jours passés sous le soleil à Reykjavik, j'ai adoré aussi.

La trace GPX sur Openrunner. J'y apprends que j'ai parcouru 300 km, en arrondissant.

5839_mosaiqueislande_06-09-14.jpg

Dernière modification par JJondalar (30-03-2015 23:34:54)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#2 06-09-2014 17:42:37

florencia
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Belle mise en bouche en tout cas, avec cet ensemble de photos patchwork  tongue

Je ne doute pas que le retour à la réalité soit un peu brutal  big_smile

A bientôt pour la suite  smile

Flo


Réalisations DIY
_ _ _ _ _ _ _ _ _

"Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle !" -Paulo Coelho.

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#3 06-09-2014 22:16:44

TO
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

il y en avait du monde en islande smile
bonne nouvelle
je renouvelle mon approvisionnement en wisky
et j'attend la suite tongue
a+

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#4 06-09-2014 22:22:18

Opitux
Jeune padawan
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Ces quelques vignettes nous mettent en appétit :)
Tu m'étonnes que le retour doit être brutal!!
J'attends la suite avec impatience...


Plus je marche moins fort, moins j'avance plus vite...

Si vous me contactez pour l'association, mieux vaut passer directement par wink

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#5 07-09-2014 07:48:49

domweb
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Le plus dur reste à faire, on dirait lol .

J'aime bien ce patchwork, moi aussi, et j'ai hâte de lire ton récit.

TO, le wisky que tu te procures, c'est du whisky de contrefaçon? wink


Si j'avais une pensée profonde à exprimer ici, je serais déjà couché. Alors, je veille...

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#6 07-09-2014 18:30:53

Myrtille88
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Hello Jjondalar

Je guettais ton retour smile
A la vue du montage et te connaissant nous allons aussi faire un beau voyage en Islande,
Ravie que tu aies apprécié
à bientôt de te lire

Myrtille

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#7 07-09-2014 18:58:10

Olivier_91370
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Hâte de lire la suite.  smile


Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie (M. Proust).

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#8 07-09-2014 19:04:40

cazor
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Bonjour à tous
Je me joins a mes petits camarades pour attendre ton retour avec impatience.

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#9 11-09-2014 16:53:13

Rhomain
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

J'attendais un post d'un certain JJondalar sur le forum avec impatience, le voici enfin smile.
Bon courage pour l'écriture de ton récit ! Inutile de dire que j'ai hâte de lire ça moi aussi…

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#10 11-09-2014 18:16:10

JJondalar
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Merci pour vos encouragements à continuer ce retour. J'ai commencé par la trace GPX sur Openrunner. Çà correspond à ce que j'avais projeté. Sur les 3 derniers jours, j'ai préféré me balader dans Reykjavik, gouter les bières, acheter des souvenirs et visiter des expositions, plutôt que continuer à marcher dans le Landmannalaugar. Je ne le regrette pas.

Dernière modification par JJondalar (17-10-2014 11:07:14)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#11 26-09-2014 14:32:58

jerem066
Jerem
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

vive l'islande smile

un endroit magique


2019 Kirghizistan / 2018 Estonie & Java indonésie
2017 GR R2 Ile Reunion / 2016 Trek Venise-Innsbruck
2015 Norvège / 2014 Australie, Bali, Thaïlande / 2013 Islande & GR20
2012 Ecosse, Cinque Terre / 2011 Nouvelle Zélande, Thaïlande / 2010 Australie
Vidéo JAVA - Vidéo GR R2 - Vidéo Iceland - Vidéo Australie - Vidéo Norvège

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#12 17-10-2014 11:06:36

JJondalar
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Un peu tard pour participer à la rentrée littéraire, mais il est là mon CR ! 100 images et la moitié du texte. Le reste est dans mon petit carnet, pas encore transcrit et développé.
Du nord au centre de l'Islande, j'ai parcouru 300 kilomètres à pied, en treize étapes.
La trace de mon Trek est disponible sur Openrunner.

Sur la carte ci-dessous l'itinéraire est schématisé en noir et les chiffres représentent les lieux où j'ai fait étape (approximativement).
Faut cliquer pour agrandir

5839_islande13joursagrandie_17-10-14.jpg

Liste de matériel
Pour résumer j'avais environ 19 kg sur le dos au point de départ, le porté-sur-moi compris, dont un peu plus de 8 kg de matériel, un peu moins de 9 kg de bouffe, 2 litres d'eau. Je m'estime être un marcheur léger, pas ultra-léger. En tout cas, sans le Forum, ce projet eut été irréalisable.
Pour donner une idée du poids du sac sans aucun consommable (gaz, manger, eau,..), il a été pesé 6,3 kg au départ de l"aéroport de Keflavik.

1. Sac à dos
630Terra Nova Voyager 45 Mousse dorsale remplacée par une plus épaisse que celle d'origine
Sous-total : 630 g
 
2. Couchage
950Tente Big Agnes Fly Creek 2 Platinum (sardines d'origine remplacées par des titane)
70Tapis de sol Polycree
780Sac de couchage Triple Zero Ansabère 400.
390Matelas NeoAir M + housse + nécessaire réparation (10 g)
Sous-total : 2200 g
 
3. Cuisine
155Brûleur MSR superfly allumage Piezo + housse
28Pare-vent feuille d'alu (fait maison)
600Bouteille gaz Coleman 500 (achetée sur place)
58Popote Evernew 400 (dont couvercle alu 8 g)
26Opinel n° 6 allégé
9Cuillère en titane Vargo
4Morceau d'éponge avec côté grattant
Sous-total : 880 g
 
4. Matériel divers
84GPS Garmin Etrex 30
Cartographies libres embarquées : Island-Topo (http://www.ourfootprints.de/gps/mapsource-island_e.html) + 3 Traces GPS collectées sur le Net
602 X 2 piles Lithium pour le GPS
70Téléphone Nokia 101 + carte microSD - Bi-bande, très grande autonomie (4 semaines en veille), lecteur MP3, radio FM, petite lampe torche, peut contenir deux cartes SIM, ce qui peut permet d'emporter la sienne + une achetée sur place.
135Appareil photo numérique Sony DSC-WX100 + 1 batterie de rechange
24étui ceinture
160Cartes du parcours (100 000eme et 300 000eme) + ziplock
55Grand sac poubelle (pour protection de l'intérieur du sac)
85CI, carte Secu Européenne, argent, CB, carnet, crayon + ziplock
72 guimbardes vietnamiennes Dan-Moi
1040 cm de ruban adhésif renforcé pour réparations (marque Plasto largeur 22 mm) enroulé autour des bâtons
10Mini-briquet
Sous-total : 700 g
4.1. Paire de bâtons Fizan Ultralight
Sous-total : 320 g
 
5. Vêtements sur moi + change
382Veste de pluie / coupe-vent RAB Drillium Event M
190Pantalon de pluie Golite M
340Pantalon Northface (+ ceinture)
350Doudoune RAB Generator M
213Icebreaker Merino 200 zip
130T-shirt technique Fusalp
1100Chaussures Millet Switch Gtx hautes
95Sur-bottes Maison en silnylon
40Slip
50Slip de bain
882 genouillères Décathlon
66Chaussettes portées Merinos
85Chaussettes de rechange épaisses
45Gants Merinos Icebreaker
34Surmoufles Terra Nova Extremities Top Bags
46Cagoule Dunova
14Housse Granite Gear 3L (contient tous les vêtements de rechange)
24Lunettes de vue
17Sur-lunettes solaires à clipser + tissu + housse
29Étui à lunettes + tissu
16Mouchoir tissu
16Moustiquaire de tête Coghlan's
Sous-total : 3370 g
 
6. Hygiène
6.1. Toilette  (dans Ziplock) :
35Serviette micro-fibre Green-Hermit UL-Towel L + gant Quechua
34Savon d'Alep dans boîte hermétique
Brosse à dent  et dentifrice (tube échantillon)
Rasoir au manche raccourci
2 bouchons d'oreille
Peigne
Papier toilette + ziplock.
Sous-total : 140 g
6.2. Pharmacie (dans Ziplock)
Bande extensible
Bande de contention adhésive
5 Pansements de différentes tailles
Petite bouteille d'antiseptique en spray
2 compresses d'Arnica
2 doliprane
2 actapulgite
Petit tube de Baume 41
18 pastilles de Micropur
Pommade anti-frottement Aptonia
Sous-total : 100 g
 
Total de la charge sans les vivres (y compris vêtements portés et bâtons) : 8240 g
 
7.  Vivres
7.1. Nourriture emportée pour une autonomie totale pendant sur 14 jours
450030 sachets repas lyophilisés (marque MX3)
1800crème de céréales faite maison (110 g tous les matins)
500Fruits secs (amandes, noix de cajou, raisins secs, noisettes)
1120Pâtes de fruits, barres d’amandes et barres de pâte de figues (faites maison)
220Viande séchée salée (faite maison)
17016 cubes de soupe Miso
2440 pastilles de spiruline
450Achats sur place (fromage, bananes, pain, chocolat,…)
Sous-total : 8800 g (y compris les Ziplock)
7.2. Liquide
Récipients vides
110Réserve 2L Platyplus avec tuyau
55Réserve 5L (Cubi de vin récupéré)

Matériel jamais utilisé
Seulement deux sur toute la liste :
- La moustiquaire de tête. J'ai à peine été embêté par quelques mouches quand je me trouvais en présence de chevaux, comme à Asbyrgi, mais c'est tout.
- 2 piles de rechange pour le GPS. Les 2 piles Lithium neuves dans l'Etrex ont largement faits les deux semaines, en ne laissant pas allumé l'appareil en permanence. Je ne l'allumais qu'en cas de doute, pour me repérer sur le terrain et ne pas perdre un cap, et le soir pour marquer le point de bivouac et faire un petit bilan.

Les bonnes idées
- La bouteille de gaz 500 ml (tant pis si cela fait hurler quelques MUL) parce que c'était la seule en vente dans la station où le bus s'est arrêté. J'avais prévu une 250, et heureusement qu'il n'y en avait pas. La 500 m'a permis de demeurer sans crainte de manquer un repas chaud pendant les deux semaines de rando. En laissant ma bouteille au camping de Reykjavik avec ses consœurs abandonnées, j'ai estimé qu'il devait rester entre 50 et 100 ml de gaz.
- Manger chaud à tous les repas (suite de la bonne idée précédente). Je n'ai pas trouvé mieux, pour maintenir le moral au plus haut, que de faire des repas chauds et variés 3 fois par jour. Le gaz chauffait jusqu'à 5 fois par jour. Rien que ça. Mais ce choix m'appartient. Je ne dis pas que c'est exemplaire, moi j'ai apprécié.
- Le maillot Icebreaker Merinos 200, porté quasiment 24h/24 pendant 2 semaines. Cette merveille de la technologie et de la nature ne laisse effectivement presque pas d'odeur (à condition de se laver smile ) et régule la température super bien. Même en condition très fraîche, je n'ai porté en marchant que 2 couches : le Merinos 200 et ma veste Rab Drillium Event.
- La cagoule, plus couvrante qu'un Buff et plus légère qu’un bonnet.
- Le mini briquet.
- Un peu de pommade anti-frottement pour les pieds.
- Le baume 41 (parce qu'aux 41 huiles essentielles), dont je me suis servi comme antiseptique (petites coupures), massage des jambes et des pieds, friction entre les orteils après une journée humide.
- Le mouchoir tissu. Je commence à ne plus du tout supporter ces milliers de mouchoirs en papier oubliés ou jetés sur les sentiers, même au fin fond de l'Islande. En tissu, le mouchoir est polyvalent, solide et bien sûr lavable. Et il ne se perd quasiment jamais (ca se verrait !).
- Le cubi de vin 5 litres (sans le vin !). Très léger et assez solide, pour le remplir il suffit d'avoir limé un peu le bouchon sur la partie qui s'introduit dans la poche. Je le remplissais en général avec 1 à 3 litres d'eau et le plaçais dans le grand filet du sac à dos.
- Une option  mensuelle Monde et SMS internationaux sur l'abonnement mobile Orange. Je ne fus finalement limité que par la capacité de la batterie.

Les mauvaises idées
- Pare-vent trop fermé ce qui a provoqué la fonte du bouton de l'allumeur piézo-électrique, et peut être aussi des arrêts fréquents du brûleur MSR. Pourtant je ne lui connais pas cette fonction de sécurité. Il s'agit peut-être d'un problème d'injection.
- Le ruban adhésif Plasto 22mm. Ne tiens pas sur le Silnylon.
- Ne pas protéger l'écran du GPS. Celui est devenu opaque, du fait des frottements dans la poche.
- Dormir sur l'appareil photo. La touche "lecture" du Sony DSC-WX100 n'est pas désactivable. D'où les risques de décharger la batterie. J'ai failli ne pas rapporter d'images (l'horreur).
- Les Surmoufles Terra Nova Extremities Top Bags, pas du tout étanches.
- Ne pas emporter la balise GPS mise à disposition par l'association des secours Islandais et ne pas s'inscrire sur leur site, page http://www.safetravel.is/travel-plan/

edit : correction sur doudoune (Doudoune RAB Generator M et non Neutrino)

Dernière modification par JJondalar (01-05-2015 19:33:38)


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#13 17-10-2014 11:08:55

JJondalar
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Récit définitif.
Pour une meilleure qualité d'image on peut visiter mon Blog et faire défiler les photos en diaporama.

5 août - Vol Aller
Nice et sa chaleur estivale sont déjà loin. L'avion atterrit à Vienne au son d'une valse de la même ville. Et s'il s'écrasait, le commandant aurait-il la noblesse d’esprit de laisser jouer l'enregistrement pour que les derniers moments des passagers se passent dans un romantisme absolu ?
Dans les boutiques de l'aéroport de Vienne les femmes de Klimt s’affichent sur toutes les besaces en similicuir, le portrait de Mozart fait de même sur les boîtes de chocolat. Pour la première fois je comprends ce qu’a voulu dire Andy Warhol qui transformait, par la multiplication, les sujets en objets de consommation.
Assis dans cette salle d'attente cosmopolite et géante, je passe mon temps à observer les gens tout en me demandant l'heure qu'il est. Mon téléphone portable est éteint, je n'ai pas de pendule dans mon champ de vision et pourtant une boutique de l'autre côté de l'allée exhibe des centaines de montres de toutes marques. Comme une prise de distance d’avec le monde. Déjà.
J'ai chaud aux pieds, à cause des chaussettes en laine Mérinos et des chaussures Goretex. Je supporte, mais la meilleure chose à faire est de retirer les chaussures à chaque fois que c'est possible, comme je l’ai fait dans l'avion par exemple.
Je décide d'aller manger un casse-croûte et une goûter une bière autrichienne. La canette d'Ottakninger se dresse sur la table devant moi et, au fur et à mesure que je la bois, elle se transforme en P3RS dans mon imagination. Je suis mûr, c'est sûr ! Il faut dire que le haut de la canette est magnifiquement galbé et étroit. De quoi rêver cette transformation en réchaud à alcool fait maison.
Ces derniers temps, surtout les jours précédents le départ, j'ai connu des sentiments mitigés à propos de ce Trek : angoisse de ne pas être à la hauteur, vraisemblance d'une découverte de problèmes inattendus, de difficultés insurmontables, peur de la déception et du découragement, peur de ne pas tenir mon engagement à cause d'une mauvaise évaluation de mes limites, ou parce que je me serais caché celles-ci avant d'accéder au sujet convoité. Et puis à l'inverse, m'ont envahi des sentiments d'euphorie à l'idée de découvrir l'inconnu, de rencontrer de nouvelles personnes et de nouvelles lumières qui donneraient du sens à mon destin. Tout cela ressemble fort aux prémices d'une rencontre amoureuse, en fait.
L'avion parti de Vienne vole vers le nord-ouest, il semble rattraper la course du soleil. A l'horizon des nappes rose-orangé s'étirent entre une couche basse grise et opaque, et plus haut un ciel terne mais bleu encore.
Je n'ai rien à lire alors j'écris pour me relire plus tard. Le merveilleux se vit, s'écrit, se lit enfin, bien avant les termes des chemins.
L'appareil survole une épaisse couverture de nuages qui s'étend à l'infini. Soudain une percée dans ce magma permet d'apercevoir la surface du sud de l'Islande et je vois effectivement ce qui ressemble à une autre planète que la Terre, un territoire rocheux et chaotique, hachuré de raies sombres qui entaillent toute sa surface.
La capitale Reykjavík et la petite ville de Keflavik que je surplombe en ce début de nuit paraissent être des stations extraterrestres, avec leurs lumières tranchantes dans la noirceur du paysage lunaire. Cette vision m'évoque les romans d’anticipation, qui sont parmi mes lectures favorites.

6 août
Alors que j'avais prévu de vérifier si je pouvais trouver des bonbonnes de gaz à l'aéroport de Keflavik, j'oublie cette opération. Malin, je suis déjà dans le bus.
Il est minuit, la seule station service ouverte que je visite à Reykjavík, où je suis arrivé par la navette, vend des bouteilles Optimus, incompatibles avec mon réchaud MSR.
Comme d'autres randonneurs, particulièrement les moins riches, je passe la nuit dans la salle d'attente de la compagnie des bus BSI. J'ai décidé, après une petite pérégrination inutile dans les faubourgs de la capitale, d’effectuer une traversée de l'île ouest – nord-est en autocar touristique, histoire de voir du pays – malgré le prix, proche de 100 €.
Vers 4 heures du mat', un employé de BSI demande à ceux qui sont allongés sur les banquettes en fer, c'est-à-dire nous tous, une bonne douzaine de personnes, de se lever. J'ai à peine dormi. L'heure du squat est terminée, celle des excursionnistes en transit commence. En effet, de plus en plus de gens arrivent, descendant d’un bus pour remonter dans un autre, après avoir bondé son coffre de sacs à dos.
Pour ma part, j’attends l’autocar qui va prendre la piste de Kjöllur, traversant les territoires incultes du centre jusqu’à Akureyri. Un arrêt dans la petite ville de Selfoss me permet d’acheter une bouteille de gaz dans une station essence. Ils n'ont que des 500 ml. Et bien ! Dans la liste des inquiétudes futures, j'enlève celle qui concerne la pénurie de gaz.
Le visage du temps, avec ce ciel voilé, présente un mélange de douceur et d'humidité qui ressemble à certains novembres Normands tels que je les ai connus, mais avec plus de pâleur. Je veux dire qu’il manque ici les couleurs chatoyantes des arbres. En tout cas, j'apprécie de respirer pleinement un air léger, après la chaleur Varoise. Pour cette journée, j'ai enfilé mon T-shirt d’été sous la veste Rab Drillium.
Par la fenêtre j’aperçois parfois d’épaisses fumées enveloppant les petites stations géo-thermiques isolées, reliées par de longs tuyaux géants et qui fournissent l’énergie de la terre au pays.
Arrêt au Geyser de Geysir (en fait c'est ce Geyser qui a donné son nom à tous les autres), puis aux chutes de Gullfoss. C'est magnifique, même si lors de ce passage l'arc-en-ciel qui fait la réputation de ces chutes n'apparaît pas. Au dessus des chutes, le vent entraîne un nuage d’embruns qui trempe celui qui s’approche trop près des falaises. Un aperçu de ce qui m’attend ?
Par une piste, le bus traverse ensuite un long, très long désert. C'est la première fois que je connais cette expérience et pour l'instant je m'imagine mal marcher sur une aussi longue distance, sans rien devant ni derrière, ni à gauche ni à droite. Le décor est lunaire, à la fois monotone et subtilement varié si nous l'observons dans ses détails anodins : le relief, la forme des pierres, les perspectives de ce vaste espace que limite un horizon dont la distance souvent très lointaine mais toujours imprécise procure quelques détournements mentaux, parfois sous forme d'illusions optiques.
Après le désert du centre, à travers les plaines qui précèdent des collines entourant Akureyri, retour à un paysage sans arbre toujours, mais aux tons ocre, sable et vert-de-gris. Dans cette région, les moutons sont disséminés par groupes jamais très nombreux, dans les ressauts ou les affaissements de terrain, plaqués à un rocher, immobiles dans l'herbe, fleurs blanches posées sur ces herbages chétifs. Puis, dans les vallées proches de la côte nord, la couleur dominante est le vert tendre. C'est presque rassurant de voir toutes ces fermes, ces chevaux, ces moutons, ces balles de paille qu'on emmaillote de blanc. Au bord de la route, j'aperçois quelques plantations d'arbre. Il semble que les Islandais reboisent leur île – autrefois soumise à une déforestation intensive, quand le sol s'y prête.
Comme Tintin et le capitaine Haddock dans L’étoile mystérieuse, je fais escale à Akureyri, terminus de ce premier voyage en autocar. Moins de 18 000 habitants et quand même la quatrième ville d’Islande. Soirée en ville et nuit au camping.

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7 août - 1
Ce matin, autocar entre Akureyri et Asbyrgi le matin. Arrêt dans le port d’Húsavík, ou des marins pêcheurs se sont reconvertis en guides touristiques et emmènent les touristes pour le Whale Watching à bord d’anciens bateaux de pêche.
Départ à pied d'Asbyrgi vers 13 h. J'achète des vivres que je mange en partie à l'épicerie qui se trouve au bord de la route. Je me gave carrément de pain, fromage, salami et banane, pour remplir mon estomac comme s’il était un garde-manger et ainsi sauvegarder ce que contient le sac à dos.
Plusieurs chemins bien tracés partent d’Asbyrgi, je prends celui qui m’entraîne vers un site spectaculaire, composé de hautes falaises surplombant un immense canyon en forme de fer à cheval et très boisé. Je ne suis pas seul, plusieurs marcheurs empruntent la même route. Au sommet de la falaise surplombant la plaine, je fais un arrêt-photo-portrait-de-moi, grâce à un groupe de marcheurs italiens venus admirer le point de vue. Je remarque un duo à l’allure étrange, indubitablement un père et son fils adolescent, avançant lourdement à cause de leurs gabarits disons… forts. L’homme refuse ma proposition de les prendre en photo tous les deux et je les vois s’éloigner comme ils sont venus, silencieux et éloignés l’un de l’autre de plusieurs mètres, le jeune traînant les pieds comme s’il traversait une rivière. Bon. Pour une fois que je veux lier un contact…
Je remonte le fleuve Jökulsá à Fjöllum, dont la traduction "rivière glaciaire des montagnes" nous dit d'où elle vient. Le temps est très couvert mais seules quelques pluies légères mouillent ma randonnée. Dans un joli environnement de landes, des bécasseaux prennent leur envol en sifflant, traçant une longue courbe dans le ciel pour tenter de me désorienter.  Je dévale un sentier étroit et bien tracé mais prend mon temps pour me gaver de myrtilles. Des milliers de bolets ont poussé, c'est le paradis des champignons mais je n'ose en toucher aucun. Ah ! Si un copain connaisseur tel TO était là, on se régalerait sans doute !
Pour traverser une petite rivière coulant parallèlement au grand fleuve, j'inaugure mes sur-bottes. L'effet "ballon" prouve que le silnylon est étanche. Par contre les semelles le sont moins, à cause de la qualité du tapis de sol que j'ai récupéré d'une vieille tente.
A l'étape du soir, le taillis étant trop touffu, je place ma tente au bord du chemin.

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8 août - 2
Pluie continuelle, vent de plus en plus froid, je progresse toujours en remontant la profonde vallée rocheuse, spectaculaire illustration du grand rift Islandais. Je connais le pire des temps aux alentours des chutes de Dettifoss, que je vois à peine, et sans m'arrêter si ce n'est pour quelques photographies à la volée.
Dans la cabine des toilettes du Parking des visiteurs, je remplis vite ma réserve d'eau et essaie en vain de me sécher. Je vois les bus et les camping-cars repartir dans les embruns mais je ne suis même pas tenté de leur demander de me prendre en stop. Mon périple n'est pas le leur, nos mondes sont parallèles et ne se rencontrent pas.
Quittant le morceau de route que j'ai longé sur deux kilomètres vers l'ouest, je me lance dans la traversée d'une immense plaine de landes, à travers les nuages d'un ciel très bas. Je m'arrête vers 15 heures pour planter la tente quelque part dans la plaine, quelques kilomètres avant le lac Eilisvötn. Je suis trempé, je grelotte et me rends compte de quelques ennuis techniques. En effet, je n'ai pas protégé le téléphone mobile dans ma poche de ceinture. Je pense alors qu'il est grillé car l'écran ne s'allume plus. Oups pour appeler et donner des nouvelles. Ce n'est pas tout. La nuit dernière, j'ai dormi comme toujours sur un oreiller composé de ma doudoune et du pantalon, le tout dans un petit sac de rangement. Seulement l'appareil photo était resté dans une poche du pantalon et j'ai dû appuyer sur un bouton quelconque. Voilà donc la première batterie de l'appareil photo déchargée. Il m'en reste une qui devra tenir quinze jours. Economie donc. Trois épreuves à surmonter par manque d'expérience plutôt que par malchance, çà me paraît beaucoup pour un début de Trek. Et cette pluie froide qui n'arrête pas de s'abattre. Il faudrait qu'elle cesse d'ici demain, ce serait plus sympathique pour mon moral. J’en tire un avantage – car il faut toujours penser aux avantages que peuvent procurer indirectement les éléments négatifs que nous rencontrons, je remplis ma gamelle d’eau en la plaçant sur le sol, dans l’alignement de la toile de tente. Le ciel d’Islande prodigue de bonnes quantités d’eau mais celle-ci ne sort pas du sol tous les 500 mètres, loin s’en faut.

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9 août - 3
Première remarque du jour : le téléphone a séché et fonctionne. Ouf ! Deuxième remarque : le ciel est clair et a fermé ses robinets.
Le vent n’est pas violent mais vient toujours du nord. Je me déplace dans le Wild, l’espace sauvage, c’est grisant. Je me dirige vers la rive nord du lac Eilifsvötn en prenant comme repère la montagne pointue du Eilifur, ce qui ne m’empêche pas de faire une erreur de cap et d’accéder à cette étendue d’eau légèrement trop à l’est. Je corrige en la longeant jusqu’à son extrémité sud-ouest où je trouve une source se jetant dans le lac. Comme à chaque fois que j’aperçois des moutons dans les environs, je traite cette eau au micropur. J’en profite pour retirer mes chaussures et essorer mes chaussettes-éponges car depuis le matin les plantes basses me font bien profiter du liquide qu’elles ont retenu par le biais des chaussures. La corvée consiste à réaliser cette opération d’essorage au moins deux fois, car les chaussettes essorées se gorgent du liquide contenues dans les chaussures, une fois celles-ci réenfilées. Avoir les pieds en permanence mouillés est une cause d’inquiétude pour le marcheur, car cela peut avoir des conséquences néfastes pour la santé de nos petons.
Je traverse ensuite une petite chaîne volcanique au nord-ouest du lac pour rejoindre les plateaux au nord du lac Mývatn. De là j’ai une vue splendide vers le nord-ouest, jusqu’au massif enneigé du Burfell.
Je rejoins une piste qui mène au volcan Krafla et sa centrale géothermique. Je ne monte pas sur la crête de la Caldeira, culminant à 818 mètres, dont le lac de cratère est pourtant beau, à cause de la longueur de l’étape de ce jour et de la pluie qui revient balayer les flancs du cratère. De l’autre côté de la route 863, un circuit aménagé pour les piétons part d’un parking (lui aussi équipé d’un préfabriqué-salle-de-bains-WC) et permet d’aller admirer un très beau site volcanique couvert de fumerolles. Après avoir fait un nouveau plein d’eau potable, c’est par là que je passe, accompagnant ou croisant de nombreux touristes, pour rejoindre le chemin qui va vers le sud et le lac Mývatn. Ce n’est pas ici que je peux lier conversation, mais je tâche d’être poli en saluant tous les gens que je croise, histoire de ne pas faire le farouche.
Je m’arrête après quelques kilomètres, pour bivouaquer au pied d’une petite colline au milieu des champs de lave et qui m’abrite du vent.

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10 août – 4
La pluie se lève avant moi, c'est-à-dire à 7 h, juste avant que mon réveil sonne. Courage ! Des pensées négatives me traversent, qui concernent tous ces vêtements dits de pluie et qui se transforment en éponge trop rapidement. Je ne sais plus où est la solution à ce problème. Il est capital que je maintienne au sec ma seconde paire de chaussettes, pour la nuit, ainsi que le sac de couchage.
Je me situe à environ 2 heures de Reykjahlíð (prononcer le ð comme le th anglais doux, pour faire simple). C’est dimanche et j’espère que les Shops seront open. Il fait froid et surtout très humide. Je navigue dans un nuage, qui commence à prendre plus de place et d’importance que celui qui flotte dans mon crâne.
Voulant réaliser une photographie des champs de lave que je traverse, je constate avec épouvante que la deuxième et dernière batterie de l’APN est vide. Mais c’est quoi çà ? Rapidement j’accepte le destin que je ne peux modifier et présume déjà que trouverai un chargeur au village de Reykjahlíð. Celui-ci m’apparaît vers midi, après 13 kilomètres parcourus dans la brume et sous une petite bruine fraîche. M’approchant de la route longeant le lac, je distingue au loin deux silhouettes que je reconnais immédiatement à cause de leur démarche pesante et de la distance calculée qui les sépare encore. C’est le duo père-fils que j’avais rencontré peu après Asbyrgi, qui avance gauchement. L’ambiance occasionnée par leur attitude et le paysage m’évoquent soudain les récits de la romancière Auður Ava Ólafsdóttir. Je prétendrai même à me faire accepter comme un de ses personnages.
Je m’installe donc dans un après-midi de repos-recherche de chargeur.
J’achète des vivres au Supermarket, seul commerce, mais ouvert tous les jours de 9 h à 22 h et rempli à la fois de tout ce qu’il faut pour s’approvisionner et de voyageurs de passage dont un grand nombre parlent la langue de Molière. C’est drôle comme un si petit magasin peut procurer une sensation d’abondance lorsqu’on vient de traverser des territoires stériles et inhabités. Je visite ensuite le centre d’information, juste en face. Là, Le Ranger de service me donne quelques informations très utiles pour la suite du parcours, que j’envisage passer par les plateaux au sud et répondant au doux nom de Bláfjallsfjallgarður.
Après recherche dans les seuls endroits susceptibles de posséder un chargeur (hôtels, magasin de location de VTT), je trouve mon bonheur à l’accueil d’un camping, au bord du lac et juste en face du commerce. Le chargeur opportun appartient à un marcheur italien qui accepte d’interrompre la charge de son téléphone afin de me prêter le chargeur. J’ai deux batteries à remplir, la décision est donc prise : je donne 10 euros à la réception du camp pour passer la nuit, douche comprise, et profiter de la grande tente-cuisine.
Ce soir, j’ouvre une canette de bière avant le retour au régime marcheur, et fais un premier bilan, que seule la position assise permet. Car au cœur de ce geste que constitue la marche, les préoccupations sont limitées aux actes pratiques et vitaux : regarder où se posent les pieds, manger, boire, s’abriter, qui refoulent les enthousiasmes et les spéculations philosophiques dans les parkings de la pensée. Je fais le vide en marchant. Le fait de ne pas penser devient agréable, c’est la finalité des yogas et autres exercices spirituels – Spirituel : le mot exécré par certains qui le pratiquent pourtant à leur insu, car il leur suffit de marcher et marcher encore, jusqu’à atteindre cet état de bien-être que nous avons tous en commun. L’esprit dégagé, j’arrive à filtrer les pensées qui ont le droit d’entrer, comme le souvenir de personnes choisies : mon père, qui doit être fier de là-haut, mes enfants qui sont fiers de là-bas, ma petite fille qui s’en balance comme de sa première couche jetable, et d’autres que je convoque, un par un, une par une.
Repas du soir à l’abri dans la kitchen-tent en toile, où les places assises sont chères. Mes voisins de table sont des marseillais avec qui j’échange quelques mots. J’entends partout parler français dans ce pays, ce qui signifie bien qu’on doit l’aimer cette île, nous autres.
En entrant dans le local des douches, j’entends encore ma langue maternelle, par ce cri : « ca pue ! ». Effectivement le verbe est juste. Pour être plus précis tout ce qui coule en cet endroit exhale d’affreux relents de soufre.
Tout au bord du lac qui, par bonheur, ne mérite pas son nom en ce moment (c’est le lac des moucherons), je me détends ensuite à l’entrée de ma tente, dont j’apprécie le volume. Je me dis que j’ai bien fait de m’arrêter tout l’après-midi à Reykjahlíð. En plus de pouvoir faire recharger mes batteries d’APN, j’ai pu faire le point sur la suite du parcours, qui est plus clair maintenant grâce au garde du bureau d’information. En effet, mon tracé est relativement grossier et je compte l’affiner au fur et à mesure de ma progression.

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11 août – 5
Après un petit déjeuner au camping, je cède à la tentation d’un café dans un hôtel du bord de la route. Dans tous les lieux (sauf les restaurants) servant ce qu’on peut appeler un café américain, une grande bouteille Thermos est emplie à l’avance de la noire potion et posée sur un comptoir. Le client se servant lui-même au robinet de cette bouteille après avoir payé environ l’équivalent de 2 euros le mug, j’en ai fréquemment gentiment abusé en me servant deux fois.
Au début de cette belle étape qui me voit m’éloigner du lac de Mývatn, j’ai une nouvelle occasion d’exécuter une razzia sur les champs de myrtilles. En profiter avant d’entamer la traversée des étendues arides me paraît une obligation absolue.
Je grimpe sur le volcan Hverfjall, un cône tout noir de 250 mètres de hauteur, en fait le tour complet avant de le quitter à travers ses cendres noires, par une pente raide. La vue sur le lac est très belle de cet endroit, et je suis bien heureux de profiter à nouveau de mon appareil photo.
Par une large piste, direction sud-est, je m’enfonce dans un paysage constitué par des champs de lave et des petits cratères vers une chaîne de montagnes basses, dénudées et soumises à tous les vents. L’altitude augmente progressivement, la température de l’air et le plafond de nuages, eux, descendent. A cause des nuages, je ne distinguerai d’ailleurs jamais le sommet le plus haut de la région, le Bláfjall (1222 m).
En milieu d’après-midi, j’atteins une immense plaine verte, animée par quelques moutons et des vols de canards coincoinants, formant des V se déplaçant lentement dans le ciel.
Il fait de plus en plus froid à l’approche de la cabane de Barð, jolie construction vert pâle. Jolie mais verrouillée par un boîtier à code. Privée, donc. Je choisis le côté le plus abrité du vent pour planter ma tente et vais me toiletter dans la petite rivière voisine. Toilette rapide. Je caille, je retrouve les conditions printanières du Mercantour vers 2500 mètres, la neige en moins.
Je me rends compte que les abris ou refuges sont toujours construits à proximité d’une source d’eau fraîche. Ici ce sont plusieurs petites rivières qui descendent du Bláfjall.
Devant moi, une immense plaine et un horizon lointain, le long duquel je distingue le volcan Krafla et quelques autres sommets, dont Herðubreið, du moins c’est ce que je suppose.
Je suis grisé par le calme qui m’entoure, les sons légers de la bruine, du vent et du ruisseau tout proche me tiennent compagnie. Je me tiens au milieu d’un orchestre subtil et délicat. Vient l’heure du repas. Puisque j’évite l’écoute de la musique afin d’économiser la batterie de mon téléphone et que je n’ai pas emporté de lecture, manger, comme écrire ou méditer, devient la source d’une jouissance qui s’accorde bien avec l’esprit de simplicité qui s’est installé en moi pendant ce voyage. Pour participer à cette atmosphère mystique, le relief ne renvoie aucun écho. Je peux crier, chanter, les sons partent vers l’horizon ou le ciel et ne se retournent pas afin de ne pas interrompre le silence. C’est indiscutablement pour cela que les déserts sont parmi les lieux les plus propices à la méditation, la prière ; un lieu de relation par nature. Pourtant, je dois demeurer sage. Ma quête d’absolu n’est que temporaire, je la goûte en ces lieux reculés et silencieux aussi parce que je sais que je vais en sortir.

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12 août – 6
Pas de pluie, mais les nuages rasent la terre et font traîner quelques rideaux de bruine légère. L’humidité est donc interminablement là. Je connaitrai un semblant d’éclaircie dans l’après-midi.
Après quelques kilomètres de piste en terre, je pique vers le sud-ouest à travers un large désert dont la structure est variée. C’est du sable noir formant parfois des dunes où pousse l’oyat, donnant au paysage un aspect de bord de mer. La lave, c’est le magma terrestre à portée de la main, donnant comme une sensation d’être à l’aube du monde, d’être témoin d’une étape de la formation de ma petite planète. Souvent le sol est un immense tapis de cailloux ronds, formant une surface plane et agréable à fouler. J’ai seulement le remords de voir mes pas marquer le terrain, et je me mets à espérer que l’érosion lui rendra l’intégrité d’avant mon passage. Ces vastes plaines sombres ont été créées par les éruptions volcaniques. Elles semblent stériles, mais avec le temps, car la nature est l’alliée du temps contrairement a nous qui le perdons et le recherchons sans fin, se reconstitue la vie ; de l’eau, du soleil, des oiseaux de passage, les éléments primordiaux, et la vie repart. J’en distingue les signes sous la forme de petits groupes de fleur : Arméries et Silènes, ou de modestes Saules Rampants.
Je dois être le seul humain à 25 kilomètres à la ronde et l’idée me plaît. Je croise seulement quelques oiseaux, et je pense que mon destin, pendant ces quelques jours, ressemble au leur (on peut rêver). Une vision enchanteresse m’apparaît dans l’après-midi : une grande silhouette blanche et flottante se déplace au dessus des rochers et se pose. L’oiseau fantomatique est loin, trop loin pour être photographié mais je le distingue assez pour reconnaître un Harfang des neiges. Il est superbe.
Avec ce ciel changeant, je découvre plusieurs fois en me retournant (puisque le soleil est devant moi) des arcs-en-ciel de toutes tailles, provoqués conjointement par les passages de ces nappes de bruine chatouillant la terre et par les apparitions fugaces de l’astre solaire. Pendant un moment, j’aurais presque pu toucher le pied de l’un d’entre eux, à quelques mètres de moi. Cette féérie aux sept couleurs enlumine mon expédition. Les Islandais s’en font d’ailleurs une fierté. Quand un fâcheux tourne en dérision le climat de leur pays, ils rétorquent qu’ils ont chez eux les plus nombreux et les plus beaux arcs-en-ciel du monde.
Ma solitude est rompue par la rencontre de deux allemands au refuge de Botni, où j’arrive en fin de journée. J’échange quelques mots avec eux et réfléchis sur la façon dont je vais passer la nuit. Ici en introduisant 2300 KR (environ 30 euros) dans la tirelire métallique fixée au mur, ou un peu plus loin sous la tente ? Le temps est médiocre. La température au thermomètre du refuge m’a indiqué 8°C à l’abri du montant d’une fenêtre, côté extérieur. Dans le vent je ressens plutôt 5 ou 6°C. Pourtant je choisis l’option tente, en partie pour économiser 30 euros car mon budget est très serré d’ici à Reykjavík. Et pas question de profiter des refuges sans déposer mon obole. Bien sûr, on peut aussi se promettre d’envoyer un don sur le site Internet de Ferðafélag Akureyrar, l’association Islandaise qui gère la hutte, mais bon. J’ai pris ma décision, ne serait que pour ne pas me complaire dans le confort (sic). Je plante ma Big Agnes contre une haute coulée de lave, qui m’abrite du vent du nord, après avoir aplani le sable et écarté le maximum de cailloux.
Dans la rivière toute proche, je réussis à surmonter la fraîcheur de l’air pour faire une toilette complète. Comme nous le ressentons tous à chaque fois que nous nous lavons à l’eau froide, une sensation de chaleur envahit mon épiderme, me procurant des sensations de bien-être. Le top du top, je le connaîtrai tout à l’heure en entrant dans mon cher duvet.
Mon seul loisir ce soir va être de choisir un repas parmi tous les paquets de Lyophilisé, que j’ai prévus variés. Je me suis bien fait à ce régime, mais en l’agrémentant d’un potage, d’un petit morceau de bœuf séché, un petit morceau de fromage, une tranche de pain tant qu’il en reste. En plus d’éprouver la satisfaction de manger à ma faim, je crois que le fait de préparer, en bivouac, ce qui ressemble à un vrai repas est excellent pour le moral, principalement par temps froid. Ainsi, l’esprit a la possibilité d’accéder à plus de liberté, permettant au son fin de la bruine qui se répand encore sur la toile de l’abri de se changer en musique, au sol caillouteux de se muer en terre magique.

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13 août – 7
J’ai passé une bonne nuit et je reprends la piste, non sans encore me féliciter chaudement pour le choix de l’emplacement du bivouac (quand c’est bien, il ne faut pas hésiter).
C’est encore une piste de terre volcanique assez banale que j’emprunte mais la beauté est dans les détails, la diversité des formes rocheuses, les bouquets roses et verts des Arméries se détachant sur le sable noir, et encore et surtout mes amis arcs-en-ciel.
Après une petite journée de marche sur, j’atteins le refuge de Dyngjufell vers 16h30. Quelques minutes de réflexion et je décide m’installer dans le refuge car je n’aime pas l’aspect du ciel, que le coin est hostile, sans herbe, rocailleux, et que marcher à peine plus loin ne servira à rien d’autre qu’à gravir la chaîne montagneuse qui mène à Öskjuvatn (lac d’Askja). Il fait frais : 6 à 8°C à l’extérieur de la fenêtre, et 11°C au thermomètre placé à l’intérieur de la cabane. La température va monter royalement à 13°C à la faveur de ma présence.
Dehors le ciel s’éclaircit et le vent tombe. Ce serait de bon augure pour le lendemain pour celui qui ne saurait pas que le temps islandais change vite.
Le refuge est construit sur un rocher contourné par une petite rivière, dans laquelle j’ai puisé de l’eau en arrivant. Détail important, puisqu’en ressortant dans la soirée je m’aperçois que la rivière a cessé de couler. Le lit est quasiment à sec, hormis quelques flaques qui me permettent de faire ma toilette. Quelqu’un aurait-il fermé une vanne ? Mais il semble qu’il n’y ait aucune installation humaine à de nombreux kilomètres à la ronde, n’y aucune raison pour que ce cours d’eau soit commandé ainsi. Comme un randonneur l’a écrit dans le Guest Book : c’est le mystère de la rivière qui s’éteint.
Dans le livre d’or, j’écris un message signé de mon pseudonyme Jjondalar. Et dodo. Mais avant de dormir, je médite pour la première fois de cette randonnée sur ma solitude, sans doute parce que je suis dans un refuge, lieu emblématique de convivialité, et qu’une conversation avec un pote m’eut bien comblé, ce soir.

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14 août — 8
24 kilomètres de montagne à parcourir aujourd’hui, puisque Askja est situé au milieu d’un massif circulaire et escarpé. La fameuse rivière a coulé au moins une fois cette nuit. Je ne comprends décidemment rien à ce phénomène. Bonne nouvelle : le soleil m’accompagne, les conditions sont très bonnes malgré de larges névés et un vent de plus en plus en froid — il est assez faible mais m’a obligé tout de même à enfiler la cagoule. Je me retourne régulièrement pour admirer l’immensité du paysage que j’ai traversé.
Le col de Jónsskarð culmine à 1300 mètres et permet la bascule entre le nord et la gigantesque caldeira d’Askja. Après une longue marche dans les champs de neige posés au pied de la chaîne qui entoure le cratère, je décide d’arrêter de contourner les champs de lave pour les traverser en ligne droite pour rejoindre le Stora Viti, le petit lac. Et comme le plus court chemin n’est pas forcément le plus rapide dans un tel chaos “magmatiforme“, je bifurque un peu vers l’est pour rejoindre, quelques kilomètres de lave plus loin, le chemin et un petit flot de touristes venus du parking proche.
Le Stora Viti se trouve dans une cuvette très profonde, les pentes sont raides. Je ne vois comment certains marcheurs ont pu descendre pour aller s’y baigner. Pas grave, j’admire le paysage et continue ma route vers l’est. Un petit panneau m’apprend que les promeneurs doivent rester prudents autour de rives du lac car un séisme a eu lieu le 21 juillet, et a provoqué des glissements de terrain. Je ne suis pas là pour me promener et nous ne sommes plus le 21 juillet. Je ne risque donc rien. Hop c’est parti pour un nouveau col qui va me permettre de rejoindre le camping de Dreki. La montée se fait en suivant des traces sur un névé à flanc de montagne, m’aidant de mes bâtons en mode dahu. En haut je me retourne pour admirer une dernière fois le site d’Askja. C’est drôle, je n’y ai fait qu’un bref passage sans m’être laissé impressionner par ce lieu mythique chez beaucoup de randonneurs. La faute à la longueur de l’étape, à l’hélicoptère qui vrombissait sans arrêt, aux touristes, ou simplement parce que le lieu était trop attendu, trop prévu ? Passe un vent fort et glacé qui m’oblige à enfiler à nouveau cagoule et gants pour la descente.
Mon genou fragile, le gauche, faiblit nettement dans la pente descendante mais tient le choc. Tout en bas, le camping de Dreki est soumis lui aussi au vent que j’ai subi auparavant et j’installe la tente au centre d’un petit espace entouré d’un muret dressé par des locataires précédents, faisant ressembler mon campement à un mini camp néolithique. En m’aidant de nombreuses pierres, j’arrive à maintenir la feuille de Polycree, qui doit servir de protection sous le tapis de sol de la tente et la toile de celle-ci. Cela n’empêche pas le Polycree de se déchirer. J’en perds un petit morceau, rien de très grave. Plus embêtant, le fond du tapis de sol de la tente se déchire autour du renfort d’attache, non par l’effet du vent mais à cause de tensions contradictoires et surtout trop fortes. Le ruban adhésif que j’ai emporté ne sert à rien, il ne tient pas sur le nylon enduit de la toile. Du fil et une aiguille eurent été plus efficace.
Dans ma petite maison de toile, je fais l’inventaire des vivres et des jours de marche passés et à venir. Pour un besoin d’autonomie totale et si je marche tous les jours restant, ce sera un peu juste mais jouable. La bouteille de gaz de 500 ml est maintenant fortement allégée mais la quantité de combustible restante me laisse une marge confortable.
A Dreki, rien à acheter au bureau d’information. Même pas un café. La nuitée coûte 1200 KR, qui incluent les 500 KR d’une douche chaude limitée à 5 minutes, ce qui suffit pour un lavage complet et permet d’ailleurs, en faisant vite, de laver du linge pendant la douche.
L’endroit est au bord d’une rivière qui fournit l’eau, d’un côté protégé par la chaîne de montagne entourant l’Askja, de l’autre côté ouvert aux vents surgissant d’une immense plaine traversée par une piste menant à l’Herðubreið, cette montagne mythique emplissant une partie de l’horizon à l’est. Au dessus de moi, des falaises et des blocs volcaniques aux teintes variées allant du rouge au brun me rappellent le pays, si je puis dire, car elles ressemblent assez bien à ce que je rencontre habituellement dans le massif de l’Estérel, également constitué de Rhyolites.

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15 août – 9
J’ai eu beau dégager le sol du plus grand nombre de cailloux possible, hier en m’installant, une petite caillasse saillante et rugueuse a percé mon matelas gonflable pendant la nuit. Je répare avec les patches Thermarest que j’ai emporté.
Cette longue étape se fait sur un terrain absolument plat, d’abord en contournant le lac de Dyngjuvatn, puis en longeant la piste tracée dans le désert de sable d’un gris profond— le ciel est d’une teinte presque semblable, et enfin à travers les méandres de Flaeður, ensemble de rivières provenant de la fonte du glacier de Dyngjujökull. L’eau s’étend sur des centaines de mètres de large, se divisant en nombreux bras plus ou moins profonds, qu’il est facile de franchir. Je dois pourtant enfiler les guêtres trois ou quatre fois. A moins de posséder un bon filtre, tout ce liquide n’est pas bon à boire. Il est trop boueux. Celui qui a besoin d’eau dans cette région peut toujours faire un détour vers le sud et gratter la neige du glacier. De loin en loin, des bornes en plastique jaune forment des repères difficilement repérables dans ce paysage. Elles sont surtout destinées aux pilotes des divers véhicules à moteur passant par là, afin de leur permettre, tant bien que mal, de ne pas quitter la piste et traverser aux endroits où l’eau est moins profonde.
Au départ, je projetais de bifurquer vers le nord-ouest et la montagne de Trölladyngja, comme me l’avait suggéré David, alias Bigfoot sur Internet. J’annule ce projet car le ciel est menaçant et très bas, je n’aperçois rien de ce sommet.
L’averse ne cesse de tomber depuis le début de l’après-midi. Après ces monotones mais insolites trente kilomètres de marche, je décide de m’arrêter à l’abri d’un relief de roches de lave, en utilisant les indispensables pierres pour consolider les sardines plantées dans le sol meuble.
J’écris ces lignes vers 20 heures (22 heures en France), assis sur un lit de sable noir tout en constatant une accalmie climatique qui sera de courte durée. Je ne me suis pas attardé à la toilette, bien que je ne manque pas d’eau. Ce temps a l’avantage de me faire économiser de l’eau, car je transpire peu et bois donc peu. Un litre aujourd’hui, et autant pour la cuisine et le reste.

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16 août — 10
Une bonne tempête s’est levée cette nuit, accompagnée de pluie. Le vent, dont j’estime la vitesse à 60 à 80 km/h, a de plus changé de direction. Il frappe à présent à ma porte ou plutôt il l’écrase depuis l’ouest. Ce matin je décide de rester à l’abri, je suis dans les délais prévus. A peine si je sors, pour me mouiller le moins possible. Je vérifie la tenue des sardines. Grâce aux pierres qui les maintiennent tout va bien. Je remarque que le réseau des mobiles est disponible, c’est un petit détail qui me rassure. Seule proposition pour cette matinée : ingurgiter une bonne dose de crème céréales avec des fruits secs, et écouter le vent chanter. Aux percussions : madame la pluie. A la guimbarde : moi-même. C’est un bœuf extra que j’organise, qui se métamorphose en générique du film intérieur habituel : d’où viens-je, qui suis-je, où vais-je, le film de ma vie dont le scénario banal tourne autour de quelques sentiments tels que les regrets et les remords. C’est en terrain conquis d’avance que la gamberge s’installe.
Remontant des profondeurs éthérées de la pensée et pour revenir aux obsessions de la surface de mon errance, je déplie la carte pour évaluer la distance à parcourir vers les prochains refuges. Pourtant, si je ne les utilise pas, ils constituent un repère pratique et sécurisant, d’autant plus qu’en général ils se situent à environ un jour de marche l’un de l’autre. Gaesavötn n’est pas très loin, approximativement une journée de marche, mais Kistuffell est plus proche encore. De quoi accomplir une petite étape dans l’après-midi. Si le temps s’arrange.
14h30. Le vent et la pluie calment leurs fureurs et me laissent plier la tente. Je suis enchanté de repartir après ces heures d’inaction, qui font pourtant partie des aléas possibles sur l’Ile-de-glace.
Je continue sur du plat, encore. Quelques cours d’eau de fonte étant à sec, je traverse seulement deux gués pour me rendre au glacier le plus volumineux d’Europe, puisque j’ai décidé de faire un léger détour pour le toucher et le photographier. Couvert de moraines, de terre et de sable gris, la lisière du Vatnajökull à cet endroit ne répond pas à l’image qu’on peut se faire de l’immense calotte glaciaire que je touche à présent. L’émotion est néanmoins présente. Difficile de réaliser que la superficie de cette masse glacée est celle du département du Var plus la moitié de celle des Alpes maritimes. J’en photographie un simple éclat détaché de cette mer solide, discernant mon reflet à la surface de ses multiples facettes.
Mon parcours me fait ensuite monter une chaîne de montagnes basses : le Hurðarhals. La température descend et en fin d’après midi la neige commence à tomber. Le paysage change, c’est joli mais ça mouille encore. Et pourtant, étonnamment, j’ai soif et l’eau manque sur ces terrains inféconds. Il me reste ¾ de litre d’eau. C’est peu jusqu’à demain. Je n’hésite pas à boire dans le creux d’un rocher de cette eau cristalline et froide qui est tombée depuis hier — Tant pis pour le risque de maux de ventre. La chute de neige s’intensifie au fur et à mesure que j’avance vers le refuge, un ciel de plomb me recouvre et obstrue la vision des paysages alentour. « Et si ce refuge là est fermé ? » me dis-je pour ajouter à l’angoisse. Car je suis très isolé et il va sûrement faire très froid la nuit prochaine.
J’atteins le refuge de Kistufell et démonte les planches qui protègent la porte et les fenêtres. Il est ouvert. Merci donc à l’ICE-SAR, organisme des sauveteurs Islandais qui gère cet abri, qui est en fait un abri d’urgence théoriquement interdit à un séjour d’agrément. C’est affiché : je suis dans un Emergency Shelter. J’allume le poêle à gaz et la température qui était de 3°C à mon arrivée dans le dortoir remonte assez rapidement à 14°C, ce que je considère comme une température de confort tellement je suis content d’être là. Je prends soin d’entrouvrir un vasistas pour ne pas mourir ici. Un bel idéal de randonneur, mais j’ai décidé que mon heure n’était pas venue. Il y a une radio de secours que je ne saurais pas faire fonctionner, pas de réseau GSM. Aucune boisson en réserve ici, je ressors donc pour gratter la couche de neige qui couvre à présent la table et les bancs fixés sur la terrasse à l’arrière de la bâtisse, et qui permettent de manger dehors en été. Mais c’est quand l’été ?
Revenu à l’intérieur, je me change, vide mon sac à dos, accroche et pends tout ce qui doit sécher au dessus et autour du poêle, y compris la popote emplie de neige à fondre (je dois faire trois ou quatre voyages, car un centimètre de neige poudreuse équivaut à un millimètre d’eau, chacun sait cela, voyons). Je repartirai demain sec des chaussettes à la cagoule. Ca fait plaisir. J’ouvre enfin le livre d’or du refuge pour le parcourir, ce qui me fait un loisir après tout. La majorité des témoignages sont en anglais, j’en comprends de ce fait une bonne partie. Les passages consacrés à une source proche et l’indication par certains marcheurs de sa position GPS attirent particulièrement mon attention. D’autres ont dessiné le moyen de s’y rendre, avec la forme des rochers à contourner. C’est comme un jeu de rôle pour une chasse à ce précieux trésor qu’est l’eau. Il est trop tard pour partir à sa recherche. Ce sera demain. En outre, la neige m’a permis de regagner un point de vie.
La nuit me ballotte deux fois par le biais de secousses sismiques. J’ai maintenant l’expérience de ce phénomène dans le sud des Alpes, aussi je ne m’inquiète pas des frissons de Gaïa, que j’estime à une magnitude de 4 environ

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17 août — 11
Je sors du refuge pour découvrir une immensité immaculée, le soleil fait resplendir le manteau neigeux sur la plaine jusqu’à l’horizon et sur les hauteurs. Le plafond céleste est revêtu de nuages opalins qui laissent entrevoir par endroit un joli ciel bleu. Le vent est faible. Le moral est au beau fixe quand je reprends ma route, tout sec, sur ce tapis de cinq centimètres de neige.
Je parviens à trouver la source cachée indiquée sur le livre d’or du refuge par mes prédécesseurs en pérégrination, et j’emplis ma Platyplus après avoir bu tout mon soûl, car ce froid sec me donne soif.
Je suis attiré par le bord du glacier, manifestement, car négligeant de faire un point GPS/carte, je marche vers le sud au lieu de partir vers l’est. Cette erreur d’orientation sans gravité me permet simplement d’admirer quelques beaux paysages de plus et de les photographier.
Après ce crochet glaciaire, je file bon train en direction du refuge de Gaesavötn, marchant à vue pour rejoindre la piste. Comme souvent lorsqu’un virage forme une grande boucle, je coupe le tracé de cette voie aménagée pour les véhicules tout-terrain. Gaesavötn est effectivement une belle bâtisse récente et peinte d’un joli vert Lichen. Par les carreaux des fenêtres, je constate que le mobilier est du plus grand confort et la bibliothèque bien garnie. Mais c’est un gîte privé et solidement clos ! C’est étrange, nous sommes dimanche et je ne vois personne ici, ni aux alentours. Je marche en fait seul depuis plus de deux jours.
A partir de là, le paysage change de plus en plus. C’est toujours autant infertile mais plus varié en couleurs et relief. De nombreux bras de rivières traversent cette région de montagnes basses que je vais traverser, entre le Vatnajökull et un autre grand glacier : le Tungnafellsjökull. Les sur-bottes en Sylnylon sortent plusieurs fois mais leur efficacité n’est pas au top. Le fond qui les constitue, je l’ai découpé dans un tapis de sol d’une vieille tente, et ce tissu n’est pas étanche. La couche de Silnet que j’avais étalé à sa surface, côté intérieur, s’est désagrégée, l’eau rentre donc. En petite quantité, mais elle rentre. La hauteur des sur-bottes n’est pas satisfaisante non plus. Elles m’arrivent sous les genoux et sont emportées quand les courants sont violents, ce qui les fait descendre sur la jambe. Je pense que pour une bonne tenue, les sur-bottes devraient arriver en haut des cuisses, et être serrées par une cordelette ou une sangle au dessus des genoux.
La dernière des quatre larges rivières que je dois traverser à gué est plus profonde et le courant assez fort. J’hésite longtemps sur l’endroit où traverser et sur la méthode. Les sur-bottes risquent de me gêner plus qu’autre chose, mes chaussures et chaussettes sont déjà mouillées par les gués précédents alors Vai ! Je me décide et me lance dans la solution « en chaussettes-sans pantalon-sans chaussures ».
Le passage du gué se déroule bien et après avoir réenfilé mes chaussures et mes chaussettes sèches et marché quelques pas, je me rends compte de mon erreur. Les chaussures étaient mouillées, elles sont donc en train d’imbiber ma deuxième paire de chaussettes. L’archiduc n’a plus de chaussettes sèches. Shit !
Je trouve un bel endroit pour bivouaquer au bord du cours d’eau. La nuit est humide et froide, je dors pour une fois pieds nus car le sac de couchage doit impérativement rester sec.

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18 août — 12
Au matin la paire de chaussettes que j’enfile est humide mais la laine de Merinos possède la qualité de conserver une certaine chaleur, même mouillée.
Les cieux sont illuminés de soleil mais le vent toujours aussi froid. Je vais porter gants et cagoule toute la journée. Dans cet espèce de chenal terrestre coincé entre les deux grands massifs glaciaires, je traverse un environnement très sauvage C’est au bord des rivières que la nature réussit à se dévoiler le mieux, le sol et la végétation très basse dévoile quelques teintes nuancées, jaunes, ocres et vertes. Je me suis facilement familiarisé à ces lieux désertiques, ils s’imprègnent en moi comme je m’incorpore en eux. Je me sens simplement de passage, ne prétendant rien posséder de cette immensité et ne laissant qu’une trace dérisoire derrière moi. La vraie trace, elle s’inscrit dans les circonvolutions de ma mémoire, pour un temps qui me paraîtra long, mais ne sera qu’éphémère à l’échelle du monde.
Aujourd’hui encore, aucune rencontre, pas d’être humain à l’horizon, pas de réseau de téléphonie mobile, pas l’ombre d’un réseau social. Loin d’en être inquiet, au contraire grisé par cette sensation, je laisse jouer mon esprit avec cette solitude en m’imaginant l’un des derniers humains sur terre. Rien de narcissique, seulement l’incarnation d’un personnage classique de la science-fiction post-apocalyptique. C’est une des possibilités d’une île qui s’appelle l’Islande.
Après être descendu d’un petit col où la piste se termine sur un emplacement de parking, je quitte un circuit balisé par de petits poteaux en bois et bifurque vers le nord pour remonter la rivière Rauða, dont la traduction du nom témoigne que la couleur rouge va dominer. Sur la carte de la région, dont j’ai une copie sur moi, des circuits pédestres sont tracés en rouge. Sur le terrain, pas de balise, pas de sentiers, l’aspect sauvage de ces terres est donc conservé.
La pente monte rapidement, le paysage devient de plus en plus varié. Etant donné que le vent souffle fort et m’incite à éviter la crête, j’avance sur le flanc gauche de la vallée. Le sillon de la Rauða offre des paysages plus variés que ce que j’ai connu les jours précédents, les couleurs vont du rouge du sol volcanique au vert vif des endroits les plus humides, du blanc des névés au bleu d’un ciel devenant de plus en plus dégagé. Je m’approche du glacier Tungnafellsjökull, mais mon parcours en est séparé par la vallée. Ce glacier de 48 km², qui paraît minuscule sur les cartes, comparé avec son immense frère et voisin, dégouline du plateau qu’il chapeaute, tel une couche de crème Chantilly posée trop généreusement sur un gâteau géant.
Au bout de l’arc de cercle formé par la vallée de la Rauða, et comme je l’avais envisagé, je bifurque vers le sud entre les monts Laugakùla et Eggja. Dans le col, je trouve assez facilement, bien qu’à l’écart des circuits connus, une zone de sources chaudes et fumantes. Le sol est glaiseux, glissant. Dans certaines petites fosses une boue grise bouillonne, forme de grosses bulles qui éclatent en cercles concentriques. Le bain de boue est hélas proscrit ; c’est trop chaud. Des fumées sous haute pression sifflent en se dégageant d’autres cavités.
Descendant du col je rejoins une source non pas d’eau chaude, mais d’eau brûlante se déversant dans un bassin d’environ 6 mètres de diamètre. Une fois encore, le bain n’est pas conseillé à cause de la température élevée du liquide, et je vais sans doute finir la randonnée sans avoir pu utiliser mon maillot de bain. La source chaude est proche d’un torrent d’eau vive et fraîche. Me plaçant en contrebas j’ai l’impression d’être un lilliputien devant deux robinets dispensant à gauche l’eau chaude, à droite l’eau froide. Il manque juste un robinet mélangeur.
Quittant ce lieu magique à regret, je continue ma marche vers le sud pour traverser la vallée de Snapadalur et contourner le mont Deilir et le lac à son pied, tout ce secteur de Vonarskarð que j’apercevais parfaitement depuis le col, comme si je lisais une carte géante.
La tente est posée près de la rivière, au plat du lit de sable noir. Le son du cours d’eau, chantant au firmament, est un de mes plaisirs favoris et va encore me bercer.
De l’autre côté de la vallée, le Skrauti, surnommé la montagne jaune, expose ses belles nuances ocres et jaunes qui contrastent avec les sombres pentes du Kolufell qui lui fait face. La lumière du couchant met la montagne en valeur en faisant flamboyer ses teintes claires.
Ce soir bombance puisque j’ai de l’avance sur le stock de repas lyophilisés. De quoi rattraper une partie du déficit calorique, que je commence à ressentir. Hop ! Je fais marcher un poulet Tandoori et une fondue quatre fromages.

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19 août — 13
Ce matin je grimpe le long d’un torrent dévalant entre les monts Skrauti et Kolufell jusqu’à un col qui permet de parvenir au lac Kviarvatn. J’ai choisi cet itinéraire car entre le lac et ma dernière étape (refuge de Nýidalur), je traverse un paysage sans sentier, chemin ou indication cartographique. Je tiens à cette dernière sensation d’aventure et d’improvisation, puisque je vais marcher à vue pour trouver les meilleurs passages. Je veux retrouver l’essence même de la marche en pleine nature, car en général les chemins balisés nous enlèvent le plaisir de devoir nous orienter par nous-mêmes, avec comme contentement suprême l’acte de retrouver la bonne direction après s’être perdus. La vraie découverte passe aussi par là.
Arrivée au refuge-camping de Nýidalur. Il est 15h30. Je tourne en rond quelques minutes pour explorer les lieux et prolonger ma randonnée de quelques dérisoires pas. L’accueil est fermé, je prends le temps de laver mon maillot qui va sécher au vent, accroché aux bâtons de randonnée que j’ai piqués au sol.
Dans la cuisine ouverte à tout visiteur, je me sers très largement du café qui attend, comme un peu partout dans le pays, dans sa grande bouteille Thermos, et je m’assois pour le siroter, après avoir accroché mes chaussettes humides à un fil d’acier tendu au dessus du poêle.
J’attends ainsi le garde en méditant en méditant sur l’affiche accrochée à l’extérieur et que je viens de lire. Une grande zone du centre de l’Islande est interdite à la circulation à cause du réveil d’un volcan : le Barðabunga, enfoui sous les blancheurs du glacier Vatnajökull. C’est pour cette raison que la piste F910 est donc fermée. Heureux de l’apprendre ! Les secousses nocturnes au refuge de Nýidalur n’étaient donc pas si banales que ça.
Revenu dehors parce que j’ai du mal à rester immobile trop longtemps, je vois un groupe de jeunes en train de s’installer après être descendu de son autocar. En échangeant quelques mots avec un homme qui semble être leur accompagnateur, j’apprends que ce sont des étudiants californiens en géophysique dans leur voyage d’étude. Leur professeur, avec qui je discute justement, et qui parle parfaitement français, est déçu de devoir bloquer sa classe ici à cause de l’éruption.
Le garde arrive. Il est du genre féminin blond, je le classe rapidement parmi les merveilles de l’Islande et de l’espèce humaine. La dame en uniforme me prend le règlement du café, du jeton de douche et de l’emplacement de camping, mais surtout elle m’apprend qu’on me cherchait dans les vastes étendues, après qu’on ait appris mon départ à pied de Dreki il y a cinq jours. J’explique qu’on ne m’y avait pas donné d’information précise et qu’on m’avait laissé partir sans problème. Elle me demande mon nom pour le noter dans son cahier et appelle je ne sais qui pour prévenir de mon arrivée. Je ne regrette rien et suis même ravi que ce volcan ait pu contribuer à construire mon aventure personnelle. Je reprends un café.
J’installe ma tente non loin, sous le vent frais des hauts plateaux, et m’assois à l’intérieur. La vue des montagnes dans l’encadrement triangulaire de l’entrée, le fond de ciel d’un bleu soutenu, mes chaussures séchant sur le sol, mes pieds posés sur ce sol aimé, la prise de conscience que ma marche s’arrête à cet instant ; je me mets soudain à sangloter. Lâchage émotionnel de la fin d’une histoire intense, une vague venant du fond de l’âme retenue jusque là par l’action et qui surgit pour faire céder cette faible digue qu’on nomme contrôle. Ne pas s’y tromper, ce saisissement participe assurément du plaisir d’être vivant. Ma trace a épousé les formes de la terre. Je peux dès lors parler de mariage avec cette nature. Quitter celle-ci ne me conduit pas à devenir à jamais malheureux puisque je dois continuer mon cheminement par d’autres façons. Pourtant le moment de défaire ce couple merveilleux n’est pas vraiment réjouissant.
Je ne vais pas passer toute la fin de journée sous la tente, aussi je reviens m’asseoir dans la cuisine. Je reprends un café. J’échange quelques mots, toujours en anglais, avec deux Luxembourgeois, dont l’un est photographe, venu pour collecter quelques belles images de la terre de glace, et l’autre son pilote d’hélicoptère. Tous deux sont bloqués ici par les consignes de prudence générale de cette période éruptive et attendent une autorisation pour décoller.

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Le parcours des deux derniers jours :
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Dernière modification par JJondalar (30-03-2015 23:18:18)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#14 17-10-2014 11:18:36

kstt
carotte
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Messages : 1 457

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Salut JJondalar, ça s'annonce joli tout ça !

J'en profite pour te suggérer les nouveaux tableaux du forum : https://www.randonner-leger.org/forum/v … 90#p371890

Dernière modification par kstt (17-10-2014 15:46:22)


« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. » - Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

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#15 17-10-2014 11:54:38

velox
R.I.P
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Messages : 10 324

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Tes tableaux sont superbes, kstt, ça donnerait presque envie de publier une liste.  big_smile

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#16 17-10-2014 12:10:03

JJondalar
Membre
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Site Web

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

kstt a écrit :

J'en profite pour te suggérer les nouveaux tableaux du forum

Merci kstt, je testerai et remplacerai ma liste si j'adopte. Pour l'instant un copié-collé de mon travail est plus condensé et me prend moins de temps.


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#17 17-10-2014 12:31:21

angelinoto
Membre
Inscription : 14-09-2006
Messages : 134

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Salut JJondalar,

j'ai vu que tu es parti comme beaucoup avec cette carte ourFootprints.de · MapSource-Map for Iceland. Comment tu la trouves ? Est-elle précise ? As-tu constaté beaucoup d'erreurs dessus ?

Merci.

Hors ligne

#18 17-10-2014 13:23:35

Phil67
Nouveau membre
Lieu : Tres Tabernae
Inscription : 04-10-2011
Messages : 5 204

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Je me suis permis de reprendre ta liste pour la transformer à l'arrache en tableau RL et admirer le résultat ! big_smile

La manip' est ici plus longue à expliquer qu'à faire (avec quelques coups d'expressions régulières wink). Tu dois pouvoir copier / coller le résultat en cliquant sur "citer" et en copiant la partie entre les balises [ rltable ].

(Les paysages islandais sont toujours aussi photogéniques ! cool)


1. Sac à dos
630Terra Nova Voyager 45 Mousse dorsale remplacée par une plus épaisse que celle d'origine
Sous-total : 630 g
 
2. Couchage
950Tente Big Agnes Fly Creek 2 Platinum (sardines d'origine remplacées par des titane)
70Tapis de sol Polycree
780Sac de couchage Triple Zero Ansabère 400.
390Matelas NeoAir M + housse + nécessaire réparation (10 g)
Sous-total : 2200 g
 
3. Cuisine
155Brûleur MSR superfly allumage Piezo + housse
28Pare-vent feuille d'alu (fait maison)
600Bouteille gaz Coleman 500 (achetée sur place)
58Popote Evernew 400 (dont couvercle alu 8 g)
26Opinel n° 6 allégé
9Cuillère en titane Vargo
4Morceau d'éponge avec côté grattant
Sous-total : 880 g
 
4. Matériel divers
84GPS Garmin Etrex 30
Cartographies libres embarquées : Island-Topo (http://www.ourfootprints.de/gps/mapsource-island_e.html) + 3 Traces GPS collectées sur le Net
602 X 2 piles Lithium pour le GPS
70Téléphone Nokia 101 + carte microSD - Bi-bande, très grande autonomie (4 semaines en veille), lecteur MP3, radio FM, petite lampe torche, peut contenir deux cartes SIM, ce qui peut permet d'emporter la sienne + une achetée sur place.
135Appareil photo numérique Sony DSC-WX100 + 1 batterie de rechange
24étui ceinture
160Cartes du parcours (100 000eme et 300 000eme) + ziplock
55Grand sac poubelle (pour protection de l'intérieur du sac)
85CI, carte Secu Européenne, argent, CB, carnet, crayon + ziplock
72 guimbardes vietnamiennes Dan-Moi
1040 cm de ruban adhésif renforcé pour réparations (marque Plasto largeur 22 mm) enroulé autour des bâtons
10Mini-briquet
Sous-total : 700 g
4.1. Paire de bâtons Fizan Ultralight
Sous-total : 320 g
 
5. Vêtements sur moi + change
382Veste de pluie / coupe-vent RAB Drillium Event M
190Pantalon de pluie Golite M
340Pantalon Northface (+ ceinture)
350Doudoune RAB Neutrino M
213Icebreaker Merino 200 zip
130T-shirt technique Fusalp
1100Chaussures Millet Switch Gtx hautes
95Sur-bottes Maison en silnylon
40Slip
50Slip de bain
882 genouillères Décathlon
66Chaussettes portées Merinos
85Chaussettes de rechange épaisses
45Gants Merinos Icebreaker
34Surmoufles Terra Nova Extremities Top Bags
46Cagoule Dunova
14Housse Granite Gear 3L (contient tous les vêtements de rechange)
24Lunettes de vue
17Sur-lunettes solaires à clipser + tissu + housse
29Étui à lunettes + tissu
16Mouchoir tissu
16Moustiquaire de tête Coghlan's
Sous-total : 3370 g
 
6. Hygiène
6.1. Toilette  (dans Ziplock) :
35Serviette micro-fibre Green-Hermit UL-Towel L + gant Quechua
34Savon d'Alep dans boîte hermétique
Brosse à dent  et dentifrice (tube échantillon)
Rasoir au manche raccourci
2 bouchons d'oreille
Peigne
Papier toilette + ziplock.
Sous-total : 140 g
6.2. Pharmacie (dans Ziplock)
Bande extensible
Bande de contention adhésive
5 Pansements de différentes tailles
Petite bouteille d'antiseptique en spray
2 compresses d'Arnica
2 doliprane
2 actapulgite
Petit tube de Baume 41
18 pastilles de Micropur
Pommade anti-frottement Aptonia
Sous-total : 100 g
 
Total de la charge sans les vivres (y compris vêtements portés et bâtons) : 8240 g
 
7.  Vivres
7.1. Nourriture emportée pour une autonomie totale pendant sur 14 jours
450030 sachets repas lyophilisés (marque MX3)
1800crème de céréales faite maison (110 g tous les matins)
500Fruits secs (amandes, noix de cajou, raisins secs, noisettes)
1120Pâtes de fruits, barres d’amandes et barres de pâte de figues (faites maison)
220Viande séchée salée (faite maison)
17016 cubes de soupe Miso
2440 pastilles de spiruline
450Achats sur place (fromage, bananes, pain, chocolat,…)
Sous-total : 8800 g (y compris les Ziplock)
7.2. Liquide
Récipients vides
110Réserve 2L Platyplus avec tuyau
55Réserve 5L (Cubi de vin récupéré)


Le contenu de ce message ne reflète pas nécessairement le point de vue de son auteur. wink

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#19 17-10-2014 13:53:07

kstt
carotte
Inscription : 02-10-2012
Messages : 1 457

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

( merci Phil, Velox et JJondalar, vous participez à lancer la transition sur le forum !  smile )


« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. » - Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

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#20 17-10-2014 16:21:49

JJondalar
Membre
Lieu : Estérel
Inscription : 15-06-2011
Messages : 1 226
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Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

@Phil67 :
Rassures moi. Ce n'est pas çà qu'il faut obtenir... Comment améliorer l'alignement et faire que le tableau soit plus condensé ? Mais svp répondez sur le fil "Tableaux dans le Forum", sinon ça va partir en HS.

@angelinoto :
La carte de ourFootprints.de a les avantages non négligeables d'être gratuite, sur l'Ordi d'être lisible dans BaseCamp, dans le GPS de pouvoir servir de support aux traces ou routes enregistrées.
La précision est très suffisante pour l'Islande. Dans les endroits les plus sauvages par contre, difficile de se repérer précisément sur le GPS car il faut beaucoup zoomer pour faire apparaître toutes les lignes de niveau. Du coup, on n'a plus la vue d'ensemble qui aide à se repérer. Alors parfois je "zoomais" et "dézoomais" plusieurs fois pour concilier détail du relief qui m'entoure/vue d'ensemble de la région. Ceci dit la carte ne comporte pas d'erreur. Seulement quelques omissions (gués, refuges, points d'eau, certains sentiers), mais les renseignements qu'elle porte aident déjà beaucoup, je l'ai dit.

J'avais un second fond de carte : OSM Topo Summer Iceland, mais dont je ne me suis pas servi car redondant (et il redondait mal tongue ).

edit:ortho

Dernière modification par JJondalar (17-10-2014 18:45:29)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#21 17-10-2014 18:28:24

domweb
Membre
Lieu : Marseille
Inscription : 19-10-2011
Messages : 2 869

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Salut Jond smile ,

bon, tu nous a fait poireauter, mais ça valait largement le coup d'attendre tongue .

Très belles photos (j'aime bien celle du zèbre avec les cheveux verts wink ), quelle ambiance!

Elles traduisent si bien ton émerveillement, et illustrent parfaitement ton récit.

Merci de nous offrir ce regard, tu es bien le grand sensible que l'on connaît.

On attend la suite tongue .


Si j'avais une pensée profonde à exprimer ici, je serais déjà couché. Alors, je veille...

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#22 17-10-2014 21:02:55

Myrtille88
Membre
Lieu : Provence
Inscription : 30-09-2009
Messages : 1 554

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

bonsoir Jjondalar,

wouffff, les photos, ça décoiffe roll

j'aime bien celle où.... euh je les aime toutes
j'attends demain pour regarder cela d'un oeil frais

en tout cas tu as bien fait d'aller en Islande big_smile
Merci

Myrtille

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#23 17-10-2014 22:15:12

TO
Membre
Inscription : 22-02-2013
Messages : 568

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

salut jond smile
c'est vraiment un extraordinaire voyage initiatique.
tes photos montrent bien un monde hors normes et au delà du temps
et je vois que tu es passé dans une autre dimension cool
j'ai hâte d'en apprendre plus le WE prochain
A+
PS: les champignons contiennent bien des oligo éléments mais n'ont aucune valeur énergétique
ceci étant dit, on est bien d'accord, ça peut relever le gout d'un lyo wink

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#24 17-10-2014 23:02:06

cazor
Membre
Lieu : tarascon 13
Inscription : 30-08-2011
Messages : 416

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Bonsoir à tous
Vraiment de très belle photos jjondalar je suis comme TO je suis aussi impatient d'en apprendre plus. A propos de champignons TO dimanche dernier, j'ai fais un petit tour sur le ventoux. Ils y en avaient plein mais comme je n'y connais rien je compte sur toi pour une petite formation lol

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#25 30-03-2015 23:26:11

JJondalar
Membre
Lieu : Estérel
Inscription : 15-06-2011
Messages : 1 226
Site Web

Re : [Récit + liste] Islande (août 2014) récit enfin complet

Un petit Up et surtout un gros Ouf après quelques mois de stand-by pour ce récit qui est enfin terminé.
Il faut le reprendre du début ici.
J'ai refait ma liste en utilisant le tableau. Merci Phil67 (il n'est jamais trop tard smile ).


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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