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#1 30-09-2014 21:55:51

nif
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Lieu : Toulouse
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[Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Seulement 3 sorties cet été, mais une dernière mémorable (vivement celles d'automne !)

La liste

J1 – 1200 m + ; 500 m -

Rentrée des classes. Je prends le TER à 6h45, puis changement à Dax. Allez hop 30 mn de retard avant-même le départ. Je pense à mes 3 prochaines correspondances cadencées-serré, je me marre intérieurement, c'est mieux pour le moral. Et là miracle de la SNCF, je les chopperai toutes les 3. Ils n'ont pas réussi à résoudre les causes des retards de leurs trains, mais à la longue ils ont développé toute une stratégie de compensation dudit retard. Forts les mecs.
Arrivé à Loudenvielle (65), casse-croûte, 30 mn de marche, stop avec deux vieux de droite (pléonasme ?), arrivée à Pont de Prat à 14h. C'est là que débute ma balade.

L'itinéraire : tour des Posets avec ascension du sommet, en boucle depuis Pont de Prat (Loudenvielle 65)

Il fait super chaud. Dans toutes les discussions de comptoir/boulangerie/politesse de la région, la blague du jour a dû être : « c'est le premier jour de l'été ! ». Je remonte le vallon de la Pez, ruisselant (le vallon et moi). Il n'est pas très long, plusieurs ruisseaux dévalent des flancs pour disparaître dans les lits caillouteux. J'ai à disposition suffisamment d'eau pour ne jamais porter plus d'1/2 L sur moi. Peu de monde, je croise deux couples qui finissent leur balade d'après-midi. Puis j'attaque le col, la pente s'élève très vite, en 600 m sur la carte, je gagne 700 m de dénivelé. A cette période de l'année, les pentes sont quasi-complètement déneigées, mais un troupeau de brebis se rafraîchit sur le dernier névé. Et voilà le port de la Pez. Originalité : c'est un quasi mur, et on comprend mieux la rudesse de l'effort arrivé en haut.

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Là, on suit la crête du col avant de redescendre plus loin côté espagnol pour éviter les barres rocheuses. Rien de méchant. Sur ce versant la pente de la vallée est plus régulière, et alterne avec plusieurs plats. C'est sur l'un d'eux (plan de Baliner) que je trouve une cabane non mentionnée sur la carte smile Eau et PQ à profusion. Je trouve même un fond de rouge à peine vinaigré big_smile

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Une parcelle de PQ naturel triple épaisseur, testé et approuvé lol
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Un bas flanc et un matelas mousse un peu entamé, que j'aère une bonne heure, me procurent un lit royal. Mais le soir, alors que je vais me coucher, deux sacs en toile polyester suspendus au plafond, et apparemment pleins de paille, se mettent à bouger alors que je les éclaire trop longtemps, par inadvertance, la lampe entre les dents, en enlevant mon pull over. Je sursaute. Probablement une souris. Ou un truc plus gros ? Vieille frayeur à la con. Mais non, il ne m'empêchera pas de dormir. Mais si. Au bout de 2 mn 15 sec, je me décide à me relever, et avec mes bâtons (de loin, au cas où ce truc me saute à la gorge big_smile) je vire les sacs dehors, puis je m'endors serein.

J2 –  1400 m + ; 600 m -
Le lendemain, debout 6h30, départ 45 mn après.
Le ruisseau se transforme en cascades, passe des gorges, se repose sur un autre plat, recommence.

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Le sentier en descente légère ou en plat permet un bon échauffement. Le matin, l'ambiance est magique, En ce fond de vallée que le soleil met du temps à atteindre, les couleurs sont pastels, sombres et un peu brumeuses, on dirait que le temps avance moins vite. Mais non : les montagnes encadrant la vallée s'abaissent, et entre deux arbres surgit soudain mon objectif : les Posets.

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Plus bas, je débouche en contrebas du refuge de Viados, près de l'ermitage de la Vierge chépaquoi. Là, soleil, 4x4, poussière. Un panneau pour touristes (j'adore, je ne peux m'empêcher de tous les lire) m'informe qu'en 1770, un intendant français a entrepris de creuser un tunnel sous le port de la Pez, et que l'entrée d'une ébauche de 80 m est visible côté français. Les militaires et les inondations ont fait avorter le projet...

Au refuge, je discute avec la patronne, « ya el verano ! » (enfin l'été big_smile) et je lui prends une bière pour la fin de journée.
Puis je commence l'ascension du massif, en suivant le GR 11-2. Je pose mon cerveau et suis les marques, comme les vaches nombreuses par ici. Bon je plaisante mais le paysage est agréable à regarder. C'est celui des Pyrénées espagnoles, plus sec, avec cette odeur de résineux et de maquis. A mi-pente, je fais une pause sucrage, bien que je n'aie pas très faim. Je fais le point sur mon avancée : je suis en avance par rapport à ce que j'avais prévu, que faire ? Continuer au même rythme et enquiller l'ascension des Posets en fin de journée ? L'aller-retour ça fait beaucoup. Avec bivouac au sommet ? Je n'ai qu'1 L de capacité d'emport d'eau et j'aime boire beaucoup le soir. Finalement je me décide à faire un détour par le lac de Millares pour respecter le timing. C'est un lac artificiel, et j'ai rarement vu un mur de soutènement aussi sommaire, de simples cailloux cimentés. L'eau est bonne, pause baignade, goûter, sur un rochet plat plongeant dans le lac. En remettant mon sac au dos, dos au lac, ma bouteille tombe et se met à rouler vers le lac, je manque de tomber à l'eau en la rattrapant d'une main, le sac dans l'autre. J'en rigole, le pied trempé.

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Il existe un raccourci pour rejoindre le GR, et le col d'Eriste, sans avoir à redescendre jusqu'à la bifurcation. Je monte au hasard au-dessus du lac et tombe vite sur des cairns. Le passage des barres rocheuses sent un peu le gaz, je préfère le monter qu 'en descendre. Arrivé en haut, j'aperçois le col plus haut face à moi, et un couple sur ma droite. Commence une tentative de discussion en espagnol, ponctuée de « qué ? ». « Ah vous êtes Français ? »... Ce que je leur dis les dissuade de descendre la trace, ils ont même l'air soulagés d'avoir ma bénédiction.

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Dernier vallon avant le col. Je découvre plusieurs formations rocheuses intéressantes dans ce massif, beaucoup de roches métamorphiques en millefeuille. Ca devient croulant sur la fin et j'arrive au col d'où je découvre le massif de la Maladeta.

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J'ai aussi la surprise de voir une abeille butiner une des rares fleurs, à 2862 m d'altitude. En contrebas, le lac de Llardanesa, mon objectif de la journée. Il est situé au pied de la voie d'ascension du pic, 800 m sous le sommet, parfait pour un bivouac. Seulement il n'est que 16h... Pause, sieste au bord du lac. Là, surprise, je me rends compte que j'ai perdu une vis sur ma prothèse, à une jonction qui en compte 4 normalement.

C'est là que je me rends compte qu'y'a un truc qui va pas sur ma prothèse...
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Au pire moment : pile à la moitié du parcours, et au pied du sommet, frustrant si je dois abandonner... Je resserre les 3 vis restantes et décide de continuer à grimper un peu, pour tester. Je monte la voie qui passe à l'Ouest de la dent de Llardana, en vérifiant presque à chaque pas la tenue des vis. Rien ne bouge. J’atterris dans un petit cirque caillouteux (un lac à sec) assez austère, et je ne comprends pas vers où se poursuit la trace, faute de cairns. Pour le peu de dénivelé de différence, je préfère redescendre au lac précédent, plus confortable pour s'allonger (surtout avec mon Arkmat). Rassuré sur le futur de la rando, je peux monter le tarp et déguster ma bière.

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J3 – 1100 m + ; 1900 m -
C'est le grand jour smile Enfin, plutôt les premières lueurs puisque je démarre à 7h30. Je descends quelques dizaines de mètres pour arriver rapidement au pied de la voie de la (du?) canal Fonda. Là je dérange toute une horde d'isards en pénétrant dans la gorge. Quelques restes de névés dans les creux, je passe au-dessus. En revanche, le sol est vraiment pourri : que de la poussière de caillou et des petites pierres, hyper croulant. Ca me rappelle une chanson de manif (un pas en avant, deux pas en arrière...) Je ne sais pas qui a surnommé ce passage la Voie Royale, un comique certainement (ça doit être plus facile en neige avec des crampons). Juste avant d'arriver au col à 3017 m, un névé barre le couloir, mais on peut aisément le contourner par la droite (rive gauche orographique) en grimpant sur les rochers (commencer à grimper bien avant le névé, c'est plus facile). Là je croise un couple de « nordiques » (parlant très bien anglais mais avec un fort accent, je n'en saurai pas plus) qui viennent de bivouaquer au sommet après avoir un peu erré sur les crêtes la veille. Ils sont un peu critiques par rapport à la « précision » de leur carte espagnole.

Objectif en vue !
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La diente de Llardana
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Après le col, la trace part à l'assaut du pic proprement dit, sur un terrain toujours aussi merdique. L'arrivée sur la crête finale est un soulagement, enfin du bon caillou. Plus je m'élève, plus se découvre la mer de nuages au sud, d'où émergent quelques îles-sommets. Le temps se couvre graduellement aussi (on peut voir l'évolution rapide du ciel sur les photos), mais rien de menaçant pour le moment. En tout cas ça donne une ambiance apocalyptique du plus bel effet avec de beaux jeux d'ombre et de lumière. Finalement à 10h je suis au sommet à 3375 m. Je suis content, je ne suis jamais monté aussi haut de ma vie smile En face, l'Aneto demeure la tête dans un nuage.

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Tout ça pour ça...
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Et ça

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Bon, vu le temps, je ne traîne pas, et en 1h15 je suis redescendu. La prothèse n'a pas bougé d'un poil, c'est vraiment bon pour la suite (c'est dans les descentes que les contraintes sont les plus importantes). Je rejoins la cabane de Llardana (pour hobbits) toujours en suivant les marques blanches et rouges, non sans avoir pris un raccourci hors sentier pour ne pas perdre d'altitude (à la passerelle pliée en 2, quitter le sentier, rester rive gauche plus ou moins parallèle au torrent tout en tirant un peu vers la gauche sans trop descendre, on rejoint la trace en 10 mn).

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Ca se couvre toujours, et rapidement je suis dans le brouillard. Entre le lac d'Eriste et le col de la Plana, la visibilité se réduit, et finalement je suis bien content d'avoir des balises à suivre, d'autant qu'ici le marquage est vraiment dense.

Sur cette photo, on ne voit pas moins de 3 marques et un cairn
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Fonçant yeux rivés à l'horizon (à 10 m), j'enlève les 300 m de dénivelé en 30 mn.

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Et hop, ça redescend, dans la vallée de Batisielles, complètement dégagée, le moral revient smile De pierriers en lacs, la descente est un pur bonheur et paraît beaucoup moins longue que sur la carte. J'aperçois un couple en contrebas que je finis par rejoindre. Tiens, c'est le couple de ce matin. Ils semblent littéralement estomaqués de me voir et s'étonnent de ma vitesse. « Vous êtes marathonien ? Euh non, mais j'ai un sac léger ;) ». Le trajet se diversifie, la végétation se densifie, et bon, je commence à être un peu fatigué. Pause trempette-goûter-sieste devant une rivière au soleil.

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Par contre le temps change, il fait de plus en plus lourd, les nuages que j'avais laissés au col me rattrapent, allez je repends la route pour aller jusqu'au refuge d'Estos, à 1h de là. Ce sentier en traversée est bordé de nombreux framboisiers, je fais plusieurs pauses, malgré les premières gouttes qui commencent à tomber.

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Lorsque j'arrive au refuge, un déluge s'abat derrière moi, il était moins une. J'ai bien mérité une bière-clope. Se pose alors la question du bivouac. C'est dur de quitter un toit pour partir sous la pluie monter le tarp. Je m'enquiers des règles de bivouac auprès de la gardienne : autorisé à plus de 500 m du refuge (et 1500 m pour les refuges à plus de 2000 m d'altitude). En gros, elle me résume : « il ne faut pas que je te voie ». Bizarre, ces règles, c'est l'inverse du côté français. Je me demande quel est le principe sous-jacent. Faire fonctionner les refuges ? (j'en vois pas d'autre). Le déluge continue, je vois la grande salle à manger, je me dis que je ne prendrais pas de place dans un coin, mais jamais je n'oserais demander ça à la gardienne alors que c'est son gagne pain. J'envisage donc de prendre un lit en refuge pour la première fois de ma vie : 17 € ça fait ch... en plus je déteste les dortoirs, mais bon c'est quand même tentant.
Et d'un coup la pluie diminue considérablement, j'en profite pour me carapater ; 15 mn plus tard je trouve un super spot : matelas d'aiguilles sous des sapins sur une butte qui domine le torrent, et pas de moustiques ! Finalement il ne pleut plus du tout. Je peux manger devant un défilé de dizaines de vaches qui remontent un chemin en courant, à quelques mètres de moi, poursuivies par les chiens de bergers. La nuit sera encore douce, comme les précédentes (8° au minimum).

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J4 – 900 m + ; 1000 m -
Aujourd'hui, le plan c'est de remonter un peu la vallée d'Estos puis bifurquer dans une vallée perpendiculaire au nord pour atteindre le col de Clarabide, puis le lac de Pouchergues et le refuge de la Soula. J'arriverai bien à la Soula, mais par une voie détournée...

D'abord, je trouve bien le vallon perpendiculaire. Je trouve même quelques cairns, mais on dirait que peu de monde passe par là. Je prends mon temps à bien les suivre, j'en refais plusieurs. Je suis attentif car je me rends compte que ma carte, une capture d'écran du Géoportail espagnol, a été mal coupée, il me manque tout un bout de la crête occidentale bordant le vallon (erreur #1).

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Du coup, à un moment, j'ai l'impression que je pars trop au nord, et ne voyant plus de cairns, je vire à 90° vers le versant ouest, interprétant mal la carte (erreur #2 ; en fait j'aurai dû continuer tout droit vers le nord jusqu'au fond du vallon).
Je passe hors sentier par des endroits pas possibles, sans jamais me mettre en danger, mais j'y laisse des forces.
Je réfléchis déjà à la suite : si je ne trouve pas le passage, je dois redescendre dans la vallée d'Estos, puis monter au col de Gistain, descendre jusqu'à Anes Cruces, remonter au port d'Aygues Tortes par le sentier bien tracé, d'où j'accéderai à la vallée du même nom. Soit des heures et des centaines de mètres de dénivelé de détour. Bon sang, faut vraiment que je trouve ce col ! Mais bon, je commence à en avoir marre, je suis presque résolu à redescendre quand j'aperçois une brêche dans la crête, à 200 m au-dessus de moi maxi. C'est là, j'en suis sûr, enfin non, mais ça vaut le coup d'aller voir (erreur #3).

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Alors je remonte un pierrier raide et visiblement peu fréquenté, pas une trace, pas un cairn, pas un papier gras. Je m'en rends compte mais je continue à me dire que ça serait bête de faire demi-tour maintenant (erreur #4)

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A la brêche, deux inscriptions à la peinture sur les rochers : « F+ » et « Reserva de caza – Benasque » (drôle d'endroit pour signaler ça...), ainsi qu'un vieux tube de lait concentré. Des êtres humains sont donc déjà passés par là... Je prends cette inscription comme un encouragement à continuer alors que j'ai ignoré les signes de non-fréquentation (suite de l'erreur #4).

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En tout cas le voile se lève sur le versant français : je reconnais la vallée d'Aygues Tortes, et pas le lac de Pouchergues, donc cette fois je suis fixé : je me suis trompé de col (il s'agit du col Maury), je suis trop à l'ouest (mais ça c'est pas nouveau wink ). La descente est raide, le terrain un peu croulant, mais ça passe dans les deux sens. Je suis conscient que plus j'avance plus ce sera long et difficile de faire demi-tour, mais en tout cas pas impossible.

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Le premier couloir est suivi d'un pierrier, mais après, je ne vois pas. Je sais pertinemment que le risque c'est de me retrouver à l'aplomb d'une barre rocheuse, alors que je n'ai pas de corde (de toute manière je ne saurais pas m'en servir). Une vague angoisse naît à cette pensée, que j'évacue direct par instinct de survie.
Mieux : je commence à « sentir » que je vais y arriver, un sentiment de confiance en moi immense. Je dévale le pierrier hyper concentré, les pas précis, sans emballement, les sens à l'affût, chaleur aux joues... Mes surrénales sont entrées en action. Au détour d'un bloc, je surprends deux isards à 20 m, qui crachent tant qu'ils peuvent. Arrive ce qui devait arriver : je me retrouve à l’aplomb d'une barre rocheuse, qui court d'un versant à l'autre du vallon, pas le choix, faut la passer. A ses pieds encore un pierrier mais qui dévale tranquillement jusqu'au fond de la vallée, c'est donc le dernier obstacle. A l'endroit où je me trouve, la barre est saignée par deux entailles. Celle de gauche est bien trop raide, celle à ma droite est praticable. La seule difficulté sont deux ou trois blocs coincés au milieu qui obligent à désescalader sur 2 ou 3 m par les parois.

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Je m'y engage sans traîner afin de bénéficier encore des effets physiologiques positifs du stress. C'est relativement facile, je passe les deux premiers blocs sans encombre. J'hésite un peu plus devant le troisième, plus haut, et dont les parois sur les côtés sont un peu plus lisses, et en dévers dans la descente. Je sais que l'hésitation est mortelle, je finis par me lancer, à tâtons je trouve des prises que je n'avais pas vues, et... Je suis en bas. Je pousse un « yes !! » qui résonne dans la faille.

Vu d'en bas
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Toujours plein d'adrénaline, toujours sans pause, je descends le pierrier vers la vallée et son chemin dont je rêve. Un pierrier comme je les déteste, avec des cailloux instables de taille moyenne, la cheville travaille dur. J'ai le pied gauche qui tremble, tiens ma prothèse qui se dévisse, je l'avais oubliée celle-ci. Et puis d'un coup c'est les deux jambes qui flageolent, je me sens faible, voilà le contrecoup du stress.
Au premier ruisseau rencontré je me prends un bon bain d'eau de fonte (ça réveille big_smile ), toute la tension s'en va avec le flot. Je me lave, bois, mange, je me pose, je me délasse. C'est beau la vie. Je regarde d'en-bas ce que je viens de descendre, et je jette un « j't'ai bien eue hein ! », mais à l'instant même je me ravise, honteux et misérable, et je remercie illico les dieux de la montagne (un athée comme moi !) de m'avoir pardonné mon manque d'humilité.
En même temps je ne peux m'empêcher d'être fier de m'en être bien sorti. Quelques points d'xp gagnés, la gestion du stress, le plaisir de l'adrénaline, l'aventure... Même si au final, je n'ai pas pris d'autre risque que de devoir faire demi-tour. Je ferai mieux mes captures d'écran de cartes la prochaine fois !

La suite paraît incroyablement facile. Je découvre pour la première fois cette vallée. J'y trouve une cabane communale refaite à neuf et très bien équipée (poêle, tables, vrais matelas). Cabane de Caseneuve la bien nommée. Plusieurs marmottes aux alentours, qui commencent à être dodues en cette fin d'été.

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Finalement à 17h je suis au refuge. Et quel refuge ! C'est tout à fait personnel, je suis fan de chemins de fers et autres constructions industrielles anciennes. Le refuge de la Soula est localisé dans un ancien bâtiment EDF (SHEM pour être précis), à côté d'une sous-station de production d'électricité en contrebas de retenues d'eau. Conduites forcées, barrages, téléphériques, requin, et même une voie Decauville avec son wagonnet encore en activité ! Je suis aux anges (ben quoi ? Chacun son trip).

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Vous voyez le requin?
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Et là?
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Mais j'ai quand même besoin de me détendre après les émotions de la journée. Je commande, une bière puis une 2e et je m'inscris au repas du soir. Bien m'en prend, Dédé, le gardien, est un cuistot hors pair. Au menu ce soir : garbure, puis tarte maison poireaux lard. Déjà je me dis que ça cale bien, quand arrive la suite : saucisses aux lentilles (!) et dessert. Le tout copieusement arrosé de vin gentiment offert par mes commensaux. Nous sommes huit et je suis de loin le plus jeune, la saison des retraités bat son plein smile.
Et là je dois inclure un mot sur mes repas de randos : cet été j'ai principalement randonné sans réchaud. Lors de cette balade ça m'a manqué à deux moments : un ou deux matins pour le café ; et au bout du 4e jour, le soir, le taboulé ça lasse. En revanche je ne sais pas comment font ceux qui mangent tous les soirs en refuge lors de leurs randos : j'ai les dents du fond qui baignent comme on dit, heureusement que je dois marcher un peu pour rejoindre mon tarp. Et puis j'ai la tête qui tourne, la garbure certainement. Du coup j'ai un peu de mal à m'endormir, heureusement la beauté du ciel étoilé aide à attendre le sommeil.

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J5 – 500 m -
Dernier jour + grosse digestion = grasse mat'. Tous seuls avec le gardien, on peut discuter tranquilles autour d'un café (merci smile ). Je fais durer la descente des gorges de Clarabide, plein de panneaux à lire, de choses à regarder. Et voilà, 1h30 après c'est fini.
S'en suivront 12 h (!) de trajet retour, avec 5 stops, 2 trains (1 h de retard du 2e big_smile ), et plein de rencontres. Une aventure dans l'aventure smile

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Une haie d'honneur de noisetiers
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Dernière modification par nif (01-10-2014 14:29:26)

Hors ligne

#2 30-09-2014 21:56:55

nif
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

La liste

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C'est ma liste été à ce jour.

Le point noir, c'est le sac, non pas que le KS soit mal fait, mais juste oversize pour une telle sortie. J'avais tout fait rentrer dans mon Green Hermitt plein à craquer, mais juste avant de partir, j'ai préféré tout transférer dans le KS. Confort de portage toujours aussi excellent ceci dit.

Des voies d'allègement ? Surtout en passant par le DIY :
Le sac donc (un 30 l de moins de 200 g).
Un abri plus léger (en skytex)
Le système de couchage, plus léger et moins sensible à l'humidité (j'envisage un combo sdc optimisé en Apex + poncho Apex)

Dernière modification par nif (03-10-2014 10:54:07)

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#3 30-09-2014 22:14:25

Hareotoko
But alors....
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Respect  cool
Un handicap n'est pas un obstacle insurmontable, c'est juste un défi à relever.
Tu te démerdes pas trop mal à ce que je vois.

Dernière modification par Hareotoko (01-10-2014 01:54:47)


Quand Bruce Banner est énervé, il devient Hulk. Quand Hulk est énervé, il devient......Chuck Norris.

Bénir....ramollit ; Maudire.....tonifie.

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#4 30-09-2014 22:43:01

pedro33
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Très belle balade.
Merci pour ce chouette récit ! wink

Cordialement
--
Pedro33

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#5 01-10-2014 05:34:21

highpictv
dit "Hichpyche"
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Quelle belle rando. C'est vraiment un coin magnifique. Et en plus avec des détours bien sanglier comme j'aime. wink


- Mieux vaut être mort en vallée d'Aure que vivant en vallée de Campan (proverbe local) -
Mes randos dans mon trombino.

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#6 01-10-2014 08:15:10

kstt
carotte
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Belle balade, liste au poil, et style très agréable. Merci smile


« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. » - Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

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#7 01-10-2014 08:49:17

sonicflood777
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Ça fait bizarre de voir tout ça sans neige (j'ai fait les Posets en novembre).
super balade en tout cas! Ça me donne très envie d'y retourner smile


Un chemin de 1000 lieues commence toujours par un pas. Confucius

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#8 01-10-2014 09:09:37

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

kstt a écrit :

style très agréable.

toutafé smile

enfin liste au poil, partir avec 3 point d'attache de prothèse au lieu de 4, pour glaner 5g, c'est du vis! Bravo au passage pour les passages bien pierreux avec ton engin, c'est du sport!

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#9 01-10-2014 09:34:05

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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Eh eh excellent le requin ! smile
300m de dénivelé en 30 min???? mad
Bon pour la prothèse l'affaire est entendue tu as mis un moteur dedans, mais pour l'autre jambe ????

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#10 01-10-2014 09:36:23

kstt
carotte
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Bilbox a écrit :

partir avec 3 point d'attache de prothèse au lieu de 4, pour glaner 5g, c'est du vis

Il a eu raison, ça a bien tenu. C'est du beau boulon, euh, du bon boulot.


« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. » - Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

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#11 01-10-2014 12:28:36

florencia
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Salut nif,

Superbe balade cool

Dommage pour le panorama au sommet des Posets, mais bon, on ne peut pas toujours avoir un beau ciel bleu au-dessus de la tête big_smile

Aléa et suspense des hors sentiers, la difficulté à se résoudre à faire demi-tour, et ces sentiments contradictoires qui se bousculent ensuite...

Merci smile

Flo


Réalisations DIY
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"Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle !" -Paulo Coelho.

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#12 01-10-2014 14:25:23

nif
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Salut les Bordelais(es) et les autres smile
Merci pour tous vos messages, content que ça vous plaise.

Sonicflood777 a écrit :

(j'ai fait les Posets en novembre)

Oui j'ai pensé à ce CR quand j'ai pris la photo de la passerelle pliée. En même temps, tout le monde doit la prendre en photo en passant.

@ Bilbox et kstt : mieux vallait que ma prothèse dévisse que moi wink

Incrédule a écrit :

Eh eh excellent le requin ! smile

Il m'a fait sursauter quand je l'ai vu (bon c'était la fin de la journée). De face comme de profil, la ressemblance est frappante.

Incrédule a écrit :

300m de dénivelé en 30 min???? mad

Je viens de vérifier : de l'ibon de Eriste (2410m) au col de Plano (2703 m) il n'y a que 293 m en fait tongue .
Ça m'a surpris aussi, ce n'est pas du tout mon rythme habituel, mais là dans le brouillard, j'ai foncé sans m'en rendre compte.

Incrédule a écrit :

Bon pour la prothèse l'affaire est entendue tu as mis un moteur dedans, mais pour l'autre jambe ????

Cocaïne en intramusculaire smile .
Au bout de 3 jours, je me dis qu'un certain rythme s'installe et que l'EPO (naturelle) doit commencer à jouer.
Je devais être en forme cette journée, car c'est celle où j'ai marché le plus de dénivelé et où j'étais le moins fatigué. C'est aussi celle qui a été la plus riche en émotions positives par rapport au sommet, à la beauté et la variété des paysages (endorphines++ !). Notre cerveau fait vraiment ce qu'il veut de nous.

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#13 01-10-2014 15:03:13

sonicflood777
l'Eternel est mon rocher, ma forteresse
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Petit aparté: Quand je vois les temps scandaleux que la SNCF t'impose pour faire 400km, je ne peux que te conseiller le covoiturage. Il y en a pas mal, même vers le fond des vallées. Le dernier Bordeaux-Lannemezan que j'ai fait m'a pris 3h30 avec ce moyen smile


Un chemin de 1000 lieues commence toujours par un pas. Confucius

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#14 02-10-2014 08:10:57

nif
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Je suis tout à fait acquis aux bienfaits du covoiturage que je pratique depuis des années.
Mais j'ai la gratuité sur le réseau TER Aquitaine, donc j'en profite. Parfois en combinant TER + stop, mon trajet de rando me revient à rien smile

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#15 29-07-2019 22:30:10

Pif
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Re : [Récit + liste] Tour et ascension des Posets, 2239 g

Je viens de lire ce beau récit... qui mérite que je le fasse remonter smile

Bravo pour cette balade smile
Impressionné par le passage en hors sentier.

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