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#1 15-01-2016 22:32:42

JJondalar
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[Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

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Et bien, la voili la voiça, la première partie d'un CR que j'ai du mal à finir. Normalement la mise en ligne devrait se faire en trois morceaux.
Tout de suite, mon parcours sur Openrunner. Il marque 369 km mais il ne retranche pas des raccourcis en train et voiture. J'ai marché réellement 351 km. En gros, c'est un tiers du Trail que j'ai parcouru, en 17 jours.

Le mot Trail est celui qui est le plus employé, sous l'influence de la culture anglo-américaine. C'est ce qu'on appellerait, nous, la Grande Randonnée, mais ce n'est pas la traduction. Il faudrait réinventer le terme "Grand Chemin". Il est bon de préciser que le mot National est utilisé dans les pays de langue anglaise pour désigner une grande randonnée qui traverse tout le pays, ou un grande partie. Pas de connotation. Il n'empêche, je préfère le nom hébreu de cette marche : le Chemin d'Israël. C'est plus sobre.
Ce fut une belle expérience, loin d'être facile (donc une belle expérience). Les températures étaient beaucoup plus chaudes que la moyenne normale, comme en France d'ailleurs. Mais 34°C en octobre, je ne m'attendais pas à transpirer autant. Le soir je n'avais pas l'énergie de prendre des notes, pendant la journée encore moins. D'où ce dur travail de mémoire au retour.
La situation aussi était tendue. En 2014 le volcan Bárðarbunga s'était réveillé à mon passage. Y aurait-il une malédiction Jjondalar ? Le Japon me tente, mais j'hésite...

Sur mon Blog, il y a déjà une page préparation maintenant à jour. Par contre, pas encore de récit. Celui-ci y sera légèrement plus développé et les photos y seront plus nombreuses et de meilleures qualités. Sur RL, il vaut mieux rester centré sur la randonnée. D'ailleurs pour les éventuelles questions qui ne concernent pas directement la marche je préfère recevoir un mail perso. Je peux répondre (les corrections sont bienvenues également).

Côté matériel, je suis assez content, ma liste était aboutie, à part quelques nuances. Par exemple j'aurais pu me passer de la chambre moustiquaire de la tente, mais je ne savais pas quelles bébêtes j'allais rencontrer sous la toile. Je l'ai donc emportée.

Liste de matériel et poids en grammes + commentaires

0610  Sac à dos
Terra Nova Voyager 45 (Mousse dorsale remplacée par une plus épaisse que celle d'origine, sangles allégées)

1935  Couchage
0895  Tente Tarptent Notch (2 sardines alu, 4 titane, 2 cordelettes Dyneema de 3 m)
0050  Tapis de sol Polycree
0490  Sac de couchage Quilt Cumulus 250 + sac de compression
0390  Matelas NeoAir M + nécessaire réparation
0110  Drap de soie + ZL (je l'ai bien apprécié, dormant le plus souvent dedans, sans sac de couchage)

0335  Cuisine et hydratation
0058  Popote Evernew 400 (dont couvercle alu 8 g)
0021  Pare-vent feuille d'alu (fait maison)
0028  Opinel n° 6
0009  Cuillère en titane Vargo
0004  Morceau d'éponge avec côté grattant
0010  Mini-briquet
0010  Boîte d’allumettes
0008  P3RS
0015  Contenant Alcool à brûler (poche crème-fraîche)
0110  Réserve 2L Platyplus avec tuyau
0025  Réserve 1L Platyplus avec bouchon
0045  Filtre Sawyer Mini

1010  Matériel technique et divers
0110  Smartphone Samsung S4 mini + Loksak (fonctions et applis : GPS : Viewranger avec cartographie OpenCycleMap enregistrée + trace GPX enregistrée, Wifi : Viber, Google Chrome, email, Téléphone : en relais du Nokia 101)
0035  Adaptateur Chargeur Samsung

0070  Téléphone Nokia 101 - Bi-bande, très grande autonomie (4 semaines en veille), lecteur MP3, radio FM, petite lampe torche, peut contenir deux cartes SIM
0160  Appareil Photo Numérique Sony DSC-WX100 + 1 batterie de rechange + étui ceinture
0078  Lampe frontale Tikka Plus + 3 piles LR03
0050  Cartes du parcours (pages du guide découpées) + Loksak
0020  Sac poubelle (pour protection de l'intérieur du sac)
0155  Passeport, argent, CB, licence , papiers divers, stylo, crayon + Loksak
0160  7 sachets de Lavande (de la vraie de Provence, bien sûr. Pour offrir aux hôtes, donc consommable)
0172  Livre + ZL

1023  Vêtements de pluie et change
0230  Veste de pluie / coupe-vent Haglöfs LIM III M
0190  Pantalon de pluie Golite M
0195  Chemise NorthFace Ventilation manches longues
0040  Slip de rechange
0070  Chaussettes Quechua
0030  Lunettes solaires + tissu + housse
0213  Icebreaker Merino 200 zip
0040  Buff
0015  Housse Sea-to-Summit 2 L

0120  Hygiène
0035  Serviette micro-fibre Green-Hermit UL-Towel L + gant Quechua
Savon d'Alep (morceau) dans boîte hermétique
Brosse à dent  et dentifrice (tube échantillon)
Rasoir jetable au manche raccourci
Peigne
Papier toilette + ZL
4 lingettes imprégnées + ZL
Crème solaire dans petit contenant
Ziplock

0120  Pharmacie
Bande extensible
Bande de contention adhésive
5 Pansements de différentes tailles
1 pansement anti-ampoules préventif Urgo
Petite bouteille d'antiseptique en spray
1 compresse d'Arnica
2 doliprane
1 Bedelix (pansement intestinal)
10 Nabucox (anti-inflammatoire)
Petit tube de Baume 41
30 pastilles Micropur forte
2 bouchons d'oreille Quies
Ziplock

TOTAL SAC : 5153 G

Hors-sac

1446  Vêtements sur moi
0800  Chaussures basses Salomon XA3D Ultra2
0340  Pantalon Northface + ceinture
0130  T-shirt technique Fusalp
0008  Mouchoir tissu
0040  Slip
0048  Genouillère
0060  Chaussettes Merinos
0020  Lunettes de vue
0320 bâtons Fizan Ultralight

TOTAL SAC + HORS-SAC : 6920 G

Consommable

2000  Nourriture emportée au départ consommée au fur et à mesure des besoins - approximation car je n’ai pas tout pesé
0620  5 sachets repas lyophilisés MX3
0700  Crème de céréales faite maison
0300  Fruits secs (amandes, noix de cajou, raisins secs, noisettes, bananes séchées)
?        Pâtes de fruits, barres de chocolat
?        Cubes de soupe Miso
?        Pastilles de spiruline
?        Réapprovisionnement au moins une fois par jour

Nota : matériel jamais utilisé
Sous-vêtement Merinos 200 et Buff (températures chaudes à douces même la nuit)
P3RS, Pare-vent et contenant Alcool à brûler (pas d’alcool à brûler en Israël)
Pastilles Micropur (j’avais le choix entre « pas d’eau » et « eau potable », le filtre n’a servi que deux fois)
Grand sac poubelle

Récit

1. 1er j de marche. Kiryat Shemona – champ près de Tel Haï – 4 km

Aéroport de Marseille ; je suis rappelé pour un contrôle long et fastidieux. Je ne suis juste pas passé par le guichet d’enregistrement des bagages et tout ce qui passe aux rayons X ne semblent pas gêner les nombreux contrôleurs de l’embarquement. Le contrôle de la compagnie El-Al qui me laisse emporter le sac-à-dos en bagage accompagné. Étonnant.

Arrivée à l’aéroport Ben Gurion de Tel-Aviv à 14h30 heure locale (il est 13h30 en France). Je monte dans le train qui me mène jusqu’à Acco (St Jean d’Acre). La gare se trouve dans l’aéroport, rendant le voyage plus facile. Je retrouve cette ambiance déroutante de mecs en civil portant une mitraillette et déambulant dans tous les lieux publics. Dans le train, un gars arpente les wagons, sanitaires compris, en faisant des allées et venues entre chaque gare. Je ne lui vois pas d’arme, mais il en cache certainement une. Cela ne dérange aucun de mes voisins et voisines, dont la tête penche vers le nouvel objet d’adoration : le téléphone mobile. Il faudra que je m’y fasse. Seul un jeune homme, devant moi, n’a pas de téléphone dans la main. Il étudie un livre religieux, quoique très distraitement, tout en se tripotant les papillotes. Après deux heures de trajet et des dizaines de sonneries ou de sifflotements d’avis de messages – mais pourquoi ont-ils tous choisi ce sifflotement agaçant ? – je descends du train. Pas trop difficile, à chaque station, l’affichage et les annonces sont bilingues. Je sors de la gare en direction du centre d’Acco. Très vite, je tombe par hasard sur la gare routière. Je vérifie les horaires de bus. Le 500, qui va à Kiryat Shemona, la ville la plus septentrionale d’Israël, part justement dans 5 minutes. Je décide de le prendre puisque l’après-midi ne me semble pas trop avancé. Pour ce premier jour, j’ai à ce moment là l’impression de faire de grands bonds rapides.
Pourtant la nuit tombe pendant le trajet et je conclus qu’il faudra trouver un endroit pour m’installer, assez rapidement. D’abord, je tourne en rond dans les quelques commerces de la petite ville à la recherche d’un alcool à brûler que je ne trouverai jamais – Exit le P3RS. Il me faut sortir de la ville pour planter ma tente. Le ciel est très couvert.

Après une heure de marche vers le nord, au bord de la route puis sur une piste cyclable servant également à la promenade à pied, j’atteins une zone agricole qui entoure le collège universitaire de Tel Haï. La recherche d’un coin tranquille et assez plat s’avère difficile dans l’obscurité, mais un champ m’accueille enfin. La terre a été labourée, elle est trop meuble. Je vais utiliser des pierres pour assurer la tension des ficelles. Cela s’avérera souvent indispensable pour seconder les – trop – courtes sardines en titane. La conception de la Tarptent Notch le permet, grâce au montage en pyramide des haubans à chaque extrémité de la longueur.
Une pluie fine tombe alors que je vais bientôt terminer le montage de l’abri. Cependant pas de quoi être trempé. Bien installé à l’intérieur, j’entends soudain ces chants qui animeront chaque début de nuit : les jappements des chacals. C’est assez glaçant ou inquiétant la première fois, puis on s’habitue. Personnellement je trouverai ce concert très beau dès la seconde nuit, mais seulement après avoir appris que le chacal est un animal peureux, au caractère proche de celui du renard, bien que vivant en meute, seulement curieux, toujours à l’affût de nourriture et très territorial. Et bien ce soir, justement, je dois empiéter sur un territoire ; on grogne non loin de moi. Après quelques instants d’hésitation, je surmonte mon appréhension et me rhabille pour sortir et balancer des cailloux en direction de la bête dont j’aperçois à peine les yeux brillants dans la nuit, tout en hurlant « bande de chacals, vous allez crever comme des chacals ! ». Je sais, ça fait deux fois chacals. Mais bon… Je rentre sous la tente en emportant avec moi un stock de pierres que je place sous les absides. Je m’endors sans avoir eu à répéter mes menaces.

2. 2e  j de marche. Dan – Auberge de jeunesse de Tel Haï – 23 km

Je m’éveille sous un ciel chargé, une bruine ne tarde pas à tomber qui va m’accompagner toute la matinée.
Deuxième petit dej dans la galerie marchande de K-S avant de prendre le bus 58 qui m’emmène à Dan, point de départ officiel du Trail. Je prends mon temps, afin de sécher un peu, avant de faire quelques courses au supermarché. Je veux reposer la question au sujet de l’alcool à brûler et cherche quelqu’un parlant anglais. Commençant toujours mes conversations par la phrase « parlez vous français ou anglais ? », on me répondra invariablement « anglais » ou « anglais un peu ». Ne parlant pas russe ni arabe, mes quelques connaissances d’hébreu me serviront principalement pour lire les cartes et les panneaux non traduits en anglais, articuler quelques formules de politesse et dire quelques phrases très utiles comme « je ne parle pas hébreu », qui permet de couper court à tout malentendu. L’usage du français en Israël est aujourd’hui passé de 20 à 4 %. Quand à l’anglais, il est la Lingua franca finalement parlée dans le monde entier. Peut être regrettable mais pratique.
La chef de rayon me confirme donc que non, pas d’alcool à brûler. Je constate que des liquides simples comme l’essence C ou le White Spirit n’existent pas non plus et sont remplacés par des produits transformés et complétés par des additifs chimiques. En tout cas rien de grave, je vais adapter mon alimentation à la situation. Direction les fruits, qui sont variés et nombreux, les charcuteries blistérisées, et les salades en conserves. Sans oublier les yaourts.
Je rejoins la gare routière pour attendre le bus, en même temps que toute une population de soldats en transit, qui partent en permission ou en reviennent. Si je ne me rends pas bien compte de ma situation géographique, il me suffit de regarder la carte pour constater que je suis à 3 kilomètres du Liban et à 10 du plateau du Golan.

Après une demi-heure de trajet vers l’est, je descends de ce que je crois être le dernier transport en commun que je prendrai. Me voici, au bord de cette petite route, au vrai départ de ma petite excursion.

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Je contourne la colline de Dan, d’où part la rivière du même nom, une des sources du Jourdain, et que je vais longer. Dans son cours, j’aperçois une tortue qui pointe son nez. Impossible à photographier car elle plonge si je m’approche. Je m’éloigne du fond de la vallée pour des terrains secs où vagabondent quelques vaches efflanquées et où peu de plantes fleurissent encore. La plus belle est la Scille maritime, aux grandes hampes couvertes de fleurs blanches.
La chaleur est orageuse, le sommet du mont Hermon (2814 m) n’est pas du tout visible. Dans cette atmosphère grisâtre, à quelques kilomètres à l’est, j’aperçois la silhouette de la forteresse moyenâgeuse de Nimrod. J’aurais pu débuter mon voyage là-bas mais en comptant le temps d’une visite j’avais peur d’être un peu juste dans les délais car j’ai évalué la moyenne journalière de marche à 27 kilomètres.
A certains endroits le bord de la rivière Dan est accessible. J’en profite pour faire une toilette rapide.

Après avoir frôlé la frontière libanaise, le Trail passe par la vallée de la rivière Senir, qui s’appelle Hasbani au Liban et qui formera elle aussi le Jourdain, plus loin. Entrée payante pour cette petite réserve naturelle. J’appréhende de devoir payer à chaque fois que j’entrerai dans un environnement protégé, mais je le dis tout de suite ce sera la seule fois. J’en profite pour tremper mes pieds dans l’eau fraîche qui coule doucement dans ce vallon paisible qui me procure de l’ombre. De penser que je suis en train de me détendre dans l’eau fraîche à seulement une cinquantaine de kilomètres de Damas me rend un peu schizophrène.
Le chemin coupe souvent le lit de la rivière ou l’emprunte carrément. Je ne dois retirer mes chaussures qu’une fois, autrement je marche sur les pierres et les racines des arbres. J’accorde peu de confiance dans les semelles de mes Salomon XA3D basses, et à raison. Heureusement les bâtons m’empêchent de glisser.

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Au sortir de la réserve naturelle, je dois me taper un épisode de route, comme cela arrive dans toute randonnée de grande distance. J’en profite pour faire un peu de marche afghane, qui permet entre autres avantages de se détacher de l’environnement quand celui-ci est inintéressant. Autrement, je la pratique peu, ayant trop de mal à me concentrer. Suivant toujours les balises, je monte la colline à Tel Hai, près de l’endroit où j’ai bivouaqué hier. Je pourrais rejoindre directement Kyriat Shemona par la plaine, mais je préfère suivre le parcours officiel et redescendre de la colline ensuite.

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La pluie tombe de plus en plus fort en cette fin d’après-midi, mais par épisodes. Au moins trois fois, j’enfile pantalon et veste de pluie pour les retirer quelques minutes après quand la pluie a cessé, à cause de la moiteur de l’air.
Par une longue descente, me voici de nouveau arrivé à Kiryat Shemona. Quelques emplêtes et je me mets en quête d’un hébergement. Je sors mon Nokia, ma liste de Trail Angels – les Anges du Chemin, terme emprunté aux Trails américains par l’inventeur de cette traversée Israélienne à son retour de l’Appalachian Trail. Ces bénévoles, dont j’ai une liste récente, accueillent les marcheurs du Shvil Yisrael chez eux. J’appelle trois numéros. Un seul me répond, mais la personne me dit qu’elle n’est pas dans le nord en ce moment.  Il n’y a pas d’hôtel apparemment, je me présente à l’accueil d’un grand bâtiment qui semble un foyer. On me refuse un lit car c’est un foyer réservé aux soldats. J’ai tenté. Je me retrouve donc encore dans un bus qui va me déposer à l’auberge de jeunesse de Tel Haï (200 shkl), à trois kilomètres au nord, tout près du champ où j’ai dormi la veille. Il fait nuit depuis longtemps et je suis bien mouillé. Je suis content de trouver un lit et une douche, tout en espérant que ça ne devienne pas une habitude ! Dehors, sur les terrasses, de nombreux jeunes font la fête au son tonitruant d’une musique Arabo-Dance. C’est un mariage où il règne une grande gaîté – Comme quoi on peut se passer d’alcool pour être joyeux. Je traverse ces festivités pour rejoindre la chambre. Premiers réflexes : la douche, un peu de lavage de linge dans l’eau chaude, et une connexion Wifi pour lire mes e-mails. On m’avait dit qu’en Israël la Wifi est ouverte dans les lieux publics. Je le constate déjà avec plaisir, pas besoin de courir après un code pour se connecter.

A cause de la pluie, la peau de mes pieds s’est ramollie. Le frottement entre la plante des pieds et les semelles à causé une ampoule qui s’est formée sous le gros orteil gauche. Je ne m’en inquiète pas.

3. 3e j de marche. Tel Haï – ruines de Keren Naftali – 24 km

Ce matin, plutôt que rejoindre le chemin normal sur les coteaux, j’emprunte la route pour traverser la petite agglomération pour enfin descendre vers le sud. J’ai l’impression d’avoir ajouté de longs détours à mon parcours. Pas tout à fait faux, j’ai perdu de l’énergie avec ces deux boucles supplémentaires.

A la sortie de la ville, je quitte le bitume de la plaine pour grimper un sentier à travers une forêt de Thuyas aux senteurs balsamiques. Sur le versant est d’un massif qui sépare Israël du Liban, je surplombe la grande vallée du Senir. Au-delà de la forêt, c’est un paysage de garrigue ; l’atmosphère y est saturée de la brume de chaleur qu’on rencontre en fin d’été en France. Pourtant, les herbes autour de moi sont entièrement jaunies, l’été est déjà passé.

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En milieu de journée, je franchis les gorges du nahal Kedesh. Elles sont très encaissées, il faut souvent s’accrocher entre des blocs de rochers pour se faufiler.

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Vers le fort de Nabi Yusha, point d’observation militaire, une des multiples forteresses construites à l’origine par les anglais, il y a une fontaine grâce à laquelle je complète ma réserve d’eau. J’ai rattrapé un gars en baskets avec qui j’entame une conversation. Gil est brésilien et est en train de s’installer dans ce pays. Du moins il y pense. En plus de son sac à dos il porte à la main une grosse tente encombrante. J’apprends qu’en réalité il porte les affaires de deux personnes. Son copain, si j’ai bien compris, s’est foulé une cheville et a été obligé de s’arrêter pour des soins. Je lui propose de l’aider. Marcheur léger et solidaire, je vais donc accrocher ce poids supplémentaire à l’arrière de mon sac pour le traîner une bonne partie de l’après-midi. Le problème de cette tente, c’est qu’elle m’élargit. Aussi, à chaque fois que nous devons franchir le passage étroit ménagé dans les clôtures et qui empêche les animaux d’élevage de passer, nous devons décrocher le paquet pour le raccrocher ensuite.

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Nous atteignons la colline de Keren Naftali en traversant le domaine viticole de Ramot Naftali, qui produit 10 000 bouteilles par an. Au sommet, il y a des ruines qui comprennent les restes d'un sol en mosaïque et un temple hellénistique de l’époque romaine.
Nous allons y passer la nuit, près d’un magnifique chêne dans les branches duquel siffle le vent. A propos de branches, j’observe qu’emporter des longueurs de 3 mètres de Dyneema offre bien des possibilités d’accrochage, de séchage de linge et autres usages. La vue est belle vers l’immense plateau du Golan à l’est. A nos pieds, la vallée de la Houla. L’immense plaine a été en grande partie drainée pour la culture. Certains secteurs sont sauvegardés néanmoins et la nature y garde quelques droits. Les oiseaux voyageurs peuvent se poser près des étangs d’un des plus grands couloirs migratoires de la planète. La vallée de la Houla, partie nord de la plaine du Jourdain, fait partie du grand rift africain, ainsi que toute la vallée jusqu’à la mer rouge. Elle est la ligne de séparation entre la plaque africaine et l’arabique. Décidément je collectionne les rifts après celui, médio-atlantique, d’Islande. Sans oublier celui près duquel j’habite, entre Maures et Estérel.
Nous nous couchons assez tôt, en oubliant vite la tectonique des plaques.

4. 4e j de marche. Keren Naftali – Vallée de Dishon – 26 km

La nuit a été agréable et nous réussissons à pointer notre nez dehors avant le lever du soleil. Ce matin, nous quittons ce beau promontoire pour marcher sur le Mont Gershom, un ensemble de petites collines assez sauvages qui s’élèvent à 300 mètres d’altitude en moyenne. Malgré un climat plus chaud, cet environnement de garrigue sur fond de roches sédimentaires m’est presque familier. Il ressemble aux parties basses, couvertes de chênes verts, génévriers et autres arbustes vigoureux, de ce qu’on appelle les Pré-alpes du sud et que j’ai l’habitude d’arpenter, à l’ouest des Alpes-Maritimes par exemple. Le sol et la végétation sont secs mais pendant quelques centaines de mètres nous longeons des plantations de grenadiers. Nous nous arrêtons pour tendre les bras vers quelques fruits accessibles malgré les clôtures. C’est un fruit compliqué à éplucher mais bien juteux et bon pour la santé, paraît-il.

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Sur notre chemin, nous ne rencontrons personne, nous parlons de tout et de rien. Étonnamment, il ne sait pas ce qu’est une ruche et j’ai l’occasion de lui montrer ces assemblages de boîtes, posées par dizaines dans la campagne. On en rencontre régulièrement des groupes de 20 à 40 caisses, simplement posés au bord des pistes. En ce moment je ne sais pas ce que sucent les abeilles, car les fleurs sont rares.
Nous entrons dans les gorges du Dishon, un wadi sec coincé entre des escarpements calcaires. Mais le fond de vallée est encore large, il ira en rétrécissant au fur et à mesure de mon avancée. L’INT remonte son cours sur presque l’intégralité de ses 35 kilomètres. Pas un torrent ni la moindre source ne traversent ces paysages karstiques.

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Après quelques kilomètres, nous bifurquons vers le nord pour monter au Kibboutz de Dishon. Comme toutes les communautés villageoises, il est entouré de hautes clôtures métalliques et on y rentre par des portes qui peuvent être verrouillées si les autorités l’estiment nécessaire. Que l’Islande et ses sensations de liberté sont loin… Nous nous arrêtons à l’épicerie pour boire une bière et faire des achats de vivres. La plupart des Kibboutz ont un petit commerce, c’est pratique et rassurant malgré le petit détour que cela demande souvent. La copine de Gil est là qui l’attend. Ils vont passer le samedi ensemble, alors nous nous quittons chaleureusement.
Je retourne sur le chemin initial. Pas un bruit ne retentit, un moment je sursaute en voyant un chacal surgir, mais il ne fait que traverser et accélère sa fuite en me voyant.

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En atteignant la route 899 je quitte aussi la réserve naturelle. Au sol je vois quatre bouteilles en plastique remplies d’eau, et un papier coincé par une pierre. Je ne peux lire ce qui est écrit, mais de toute évidence c’est laissé là pour les marcheurs par un Trail Angel. Pour un marcheur en particulier ou pour tous ? J’en bois quelques gorgées. C’est une pratique courante sur le Shvil Yisrael, surtout dans la partie désertique du Neguev, ou l’on peut même demander à un bénévole de faire un dépôt d’eau à un point précis contre participation aux frais de déplacement en voiture.

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J’entre maintenant dans ce que j’appellerai la haute vallée du Dishon et je rencontre tout un groupe d’une étrange bestiole en train de se prélasser sur des blocs de rochers. C’est le bien nommé Daman des rochers, un mammifère que je n’avais jamais vu, qui vit en Afrique et au Moyen-Orient. Il n’est pas trop farouche, ce qui permet de le photographier avec une focale moyenne. Au moins, je ne reviendrai pas bredouille de photos animalières grâce à ces petites peluches sympathiques.

Je marche bon train, j’espère être le plus loin possible en milieu d’après-midi. En effet, je commence à m’habituer au rythme à adopter ici : se lever une heure avant le soleil pour marcher sous une température supportable, faire un repas en début d’après-midi, me reposer un peu et repartir sous la chaleur la plus intense de la journée pour m’arrêter vers 16h30. Car une fois trouvé le bon spot de bivouac, je dois installer tente et couchage, me laver, manger, organiser ma réunion d’équipe tout seul. Une fois tout ceci terminé, je constaterai en général que l’obscurité s’est installée. Et c’est sans compter le nettoyage du terrain jonché de papiers, boîtes de conserves, bouteilles vides, que je rencontre tout le long du chemin quand le site est un lieu de pique-nique. C’est le cas aujourd’hui. Cela choque mon côté européen “bien élevé”.
Ce soir je suis toujours dans la vallée du Dishon quand je m’établis. Je m’approche du Mont Meron, autour de moi les petites montagnes dépassent les 700 mètres et l’eau de la rivière coule en surface. Un bel endroit plus vert, plus frais, et avec de l’eau, donc. Tiens justement, voilà les moustiques qui débarquent. Je les avais oubliés ceux-là ! De toute façon la fatigue me fait lourdement choir sur le matelas. J’enfile la lampe frontale pour quelques pages du livre qui m’accompagne, alors que résonne dans les vallées le chant des Canis Aureus sortant en famille. Etant donné l’aire de répartition de l’animal, jusqu’aux Balkans, et son énorme autonomie, je me dis qu’il pourrait potentiellement bien vivre en Provence, où l’environnement de moyenne montagne est assez analogue. J’en connais qui s’arracheront bientôt les cheveux …s’il vient. Il aurait été observé en Suisse en tout cas.

5. 5e j de marche. Vallée de Dishon – Tsfat –22 km

Je continue de monter, ce matin. Je me désaltère à un point d’eau à Ein Humeima, au bord d’une route, près des voutes en ruine d’un ancien relais à chevaux de l’époque turque.
Par un joli sentier je grimpe jusqu’au sommet du Mont Meron, le point culminant d’Israël avec ses 1208 m. Sur un grand terre-plein au panorama grandiose, tout un groupe de marcheurs casse la croûte. Je m’assois près d’eux, sur un muret pour souffler. L’air me paraît plus léger ici grâce à l’altitude ; ce n’est qu’un répit. Je redescends par le versant sud, vêtu d’un maquis verdoyant où l’un des arbres les plus représentés est le chêne du Liban, avec ses glands à l’enveloppe velue. Le sol est assez humide pour que de nombreux colchiques automnaux (Colchicum hierosolymitanum une espèce régionale) lui donnent un peu de couleur et me rappelle que nous sommes en automne. Je veux bien le croire.

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J’arrive à une route que je dois traverser. Là je vois des parkings, des tables et des bancs de pique-nique, des fontaines à eau. C’est samedi, jour hebdomadaire de repos et ce lieu champêtre au milieu des bois est en pleine effervescence, c’est plein de monde. Les israéliens ne pratiquant pas strictement le Shabbat viennent de partout en voiture pour pique-niquer et se promener. Des enfants jouent en criant, un groupe de jeunes font pétarader leurs Quads après la rituelle photo de groupe. L’atmosphère générale est gaie, bien que je sache que les différentes populations se côtoient sans se parler, le plus souvent. Et puis un visiteur venant de l’extérieur aura toujours du mal à déterminer la personne qu’il rencontre : un Israélien juif, un Arabe musulman ou chrétien ou Bédouin sédentarisé, un Druze ? Pour ne parler que des grands groupes de population. Dans l’idéal, je préfèrerais ne pas déterminer une personne par son groupe d’origine mais par la valeur de l’échange ou la beauté de la rencontre. Dans l’idéal.
Je m’installe moi-même à une table en bois, à l’ombre, et sort mon repas. Des guêpes me dérangent, leur nervosité m’inquiète. Je les attire plus loin en lançant quelques morceaux de jambon par terre. Heureusement les guêpes israéliennes se sont adaptées : elles mangent le jambon de dinde casher.

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Le trip continue ensuite en descente vers le sud-est, via Nahal Meron (vallée du Meron). Encore quelques rochers en escalier à gravir et j’aboutis à une rivière coulant au dessus de la surface et non en dessous, ce qui change tout. La prochaine vallée est Nahal Amud où je redécouvre aussi le plaisir de tremper mes pieds dans l’eau et d’assister béatement au spectacle d’alevins qui s’approchent de mes pieds pour grignoter tout ce qui passe dans l’onde que je remue. Je croise des gens venus se baigner dans les bassins de cette magnifique et verdoyante vallée où s’accrochent encore quelques ruines d’anciens moulins.

J’ai prévu de monter à Tsfat, connue en Europe sous le nom de Safed. Elle est un des berceaux de la Kabbale, la mystique juive.
J’utilise un petit plan touristique qu’une famille en balade m’a donné gentiment après que je lui ai demandé où je devais bifurquer pour aller à Tsfat, car cet écart n’est pas sur mes cartes. Le trajet m’est confirmé par un garde de la réserve naturelle remontant la rivière avec un sac plastique rempli de déchets de toute sorte. En regardant le contenu du sac j’ouvre de grands yeux et lui dit dans mon anglais approximatif que je suis content qu’un travail de nettoyage soit fait, puisque c’est si sale le long du chemin. C’est osé, mais il m’approuve. De son côté il m’annonce que l’accès au sentier qui longe la rivière va être fermé au public. Il est bientôt 16h30. De toute manière, c’est le moment de dévier ma route vers l’est en empruntant une gorge par un sentier très raide. Le tracé de l’INT passe le plus souvent au large des villes et même des villages, ne faisant souvent que les frôler. Pour entrer dans une agglomération afin de la visiter, pour boire un café dans un Kibboutz, rencontrer les habitants, il faut modifier l’exercice imposé du parcours officiel. C’est mon cas aujourd’hui.

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En traversant le vieux Tsaft, je me sens peu à mon aise. J’ai fait la dernière chose à faire, arriver dans une petite ville très religieuse avant la sortie du Shabbat, c'est-à-dire au moment où les Haredim (qu’on appelle ultra-orthodoxes) se rendent aux différentes synagogues à travers des rues désertes. Leurs vêtements parfois sortent tout droit du 17ème siècle, Catogan, chaussettes montantes blanches et Shtreimel, le grand chapeau de fourrure (le fameux chapeau de fourrire de Rabbi Jacob). Je croise un monde en noir et blanc qui vit dans une autre dimension. J’avais connu il y a deux ans une Tsfat en période touristique, des boutiques d’artisanat réellement attirantes. Mais j’accepte l’esprit du lieu tel qu’il se présente à moi. Sans cette sagesse, il est vain de voyager.

L’après-midi est bien avancé, la journée a été longue. Je décide de dormir sous un toit ce soir. Pour cela non plus ce n’est pas le jour. Je sonne à des portes de chambres d’hôtes qui ne s’ouvrent pas, jusqu’à ce que l’une d’entre elles s’entrouvre enfin. Le maître des lieux se confond en excuse et me demande de repasser après la tombée de la nuit, quand le Shabbat sera terminé. Il lui est impossible de me faire entrer. Pas de problème, je vais attendre sur un banc situé en haut de la vieille ville, sur une place faisant face à la vallée de l’Amud et au massif du mont Meron à l’ouest. De ce fait j’ai tout le temps de lire mon bouquin et méditer, aux sons des chants religieux qui s’élèvent de partout derrière et à côté de moi, ainsi qu’au spectacle du soleil couchant. Quand les premières étoiles apparaissent, l’air commence à fraîchir sérieusement. Pour me réchauffer, j’enfile ma veste-imper et grignote quelques fruits secs. L’heure venue, je redescends à la chambre d’hôte. Le maître des lieux se re-confond en excuses, il lui est re-impossible de me faire entrer car il doit nettoyer les chambres. Je m’impatiente, je lui montre le ciel aussi noir que la plume d’un corbeau. Je n’ai pas envie de marcher une heure pour trouver un incertain bivouac dans l’obscurité, je n’ai pas vu d’hôtel. Je garde quand même ma bonne humeur, je sais qu’en randonnée les impasses n’existent pas du moment qu’on avance. Un chemin se ferme, un autre s’ouvre. Finalement je trouve un hôtel plus ou moins miteux. Le patron, affalé devant la télévision, se lève et s’approche de moi d’une allure relâchée pour m’annoncer un prix de chambre gueuleduclientométrique. Son stylo a dû perdre l’habitude de gratter le papier d’une facture depuis une paille. Mais 250 Shekalim (65 euros) pour une chambre qui me paraît en valoir à peine 200 selon les critères du pays, ce n’est pas non plus une escroquerie internationale. Je passe donc une bonne nuit, avec douche et prise de courant pour recharger tout mon attirail électronique.

6. 6e j de marche. Tsfat – Kibboutz Ginosar – 23 km

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Ce dimanche matin, je profite de la bouilloire et des doses de café disposées sur une grande table, dans le couloir près de ma chambre, pour me préparer un petit-déjeuner, avant d’échanger quelques mots avec le patron, notamment sur la façon de rejoindre le chemin. Il me donne une bouteille d’eau fraîche et je quitte l’hôtel dont apparemment j’étais le seul client. Je traverse le quartier des artistes, espérant trouver un peu d’animation. Il n’en est rien, les grilles sont encore fermées, enfin presque toutes. Au bout de la rue, seul un vendeur de jus de fruits frais à la grosse moustache réjouie me gratifie d’une rencontre souriante. Je m’offre un grand verre de jus de grenade. Dans cette cité a été édité en 1591 un ouvrage important de la Kabbale : Pardes Rimonim, Le verger des grenades. Ce fruit porte autant de symboles qu’il contient de grains.

Les épiceries ouvrent une à une, j’emplis le haut de mon sac de mes repas de la journée. Le régime de cette longue flânerie est différent de celui de mes autres grandes randonnées. Je privilégie cette fois les fruits, qui m’apportent leur eau, leur fructose, leurs vitamines antioxydantes, tout ce qui fait du bien par temps chaud.

A tout hasard, je vais voir si la vieille synagogue est ouverte. Elle contient un rouleau de la Torah écrit au 15ème siècle en Espagne. Elle est fermée, je vais donc quitter Tsfat comme j’y suis arrivé.

Je traverse une partie de la ville en direction de l’hôpital. J’ai compris en étudiant ma carte numérique que des sentiers ou des chemins en partent en direction du sud, vers le fond de la vallée. Malheureusement les vigiles de l’établissement m’arrêtent alors que j’amorce le contournement de la clôture. Ils ne parlent pas anglais mais je comprends que tous les terrains et chemins qui entourent l’hôpital sont interdits d’accès. Evidemment je n’insiste pas et retourne sur le trottoir pour me taper un grand détour routier, jusqu’à une zone artisanale. J’aperçois une balise bleu-blanc sur un poteau qui me confirme qu’en prenant ce chemin, je récupérerai le Shvil Yisrael, qui est au fond de la vallée.

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Je photographie en passant l’ancienne tombe du Sheikh Kwais, vieux bâtiment carré en ruine qui surplombe le canyon.

La descente de cette vallée de l’Amud est très longue. La chaleur est exténuante et il n’y a aucune source sur le chemin. Je ne peux compter que sur ma réserve d’eau. Comme chaque jour je transpire beaucoup, j’ai l’impression d’être une éponge trop pleine qui rend sans arrêt l’eau qu’elle a bue.

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La partie des gorges que j’emprunte est serrée. Il faut souvent descendre et remonter le long des parois par des voies étroites et des rochers surplombants. Des équipements métalliques, dont une échelle, ont été placés aux endroits les plus périlleux pour les marcheurs les moins confirmés. Là aussi, je m’imagine mal avec un sac de 20 kg sur le dos. A certains endroits la pierre calcaire est lissée par la fréquentation des randonneurs et n’offre aucune prise aux semelles de mes chaussures, dont les qualités d’accroche sont relativement faibles. Quand je dérape, j’ai peur d’arracher ses crampons très (trop) souples et très (trop) tendres. Dans ces moments là les mains sont indispensables.
A un moment j’entends des voix qui proviennent du lit asséché du wadi. Un couple de randonneurs me fait des signes, il semble égaré. Ils ont dû manquer le sentier à l’un des endroits où il croise le fond des gorges. Parfois il faut progresser en fond de vallée, en sautant de gros caillou en petit caillou, ce qui sollicite notre attention, avant de bifurquer à nouveau vers les parois latérales. Étant donné la configuration du terrain, les balises peuvent nous guider, mais si on les rate...  Ils me demandent si je suis sur le chemin balisé, je leur crie que oui et leur indique la direction que je suis en train d’emprunter. Ça leur donnera un repère pour remonter. Remonter par où, je ne sais pas, ils se débrouilleront sûrement très bien.

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Juste avant la route 85, une grande station de pompage m’apporte l’espoir de pouvoir trouver de l’eau. Ces équipements sont presque toujours protégés par de hautes clôtures, et hélas aucun robinet extérieur ne vient jamais prodiguer le précieux liquide. Un tuyau plastique sort de terre, destiné soit à faire couler un trop-plein, soit à étancher la soif des marcheurs, mais il est archi-sec. Non que l’eau me manque totalement, il m’en reste plus d’un litre, mais je ne bois pas à ma soif pour anticiper une éventuelle pénurie, et tout apport supplémentaire de liquide est bon à prendre par cette chaleur. Un peu plus bas, la bonne surprise, un écoulement d’eau forme un ruisseau au milieu du chemin. Par sécurité je sors mon petit filtre (c’est une des rares fois que je vais l’utiliser), et je bois, à genoux tel un adorateur de l’eau salvatrice que je consomme. Je bois plus que ce que me commande ma soif, principe que j’ai adopté d’instinct.
A cent mètres, une buse en béton souterraine permet aux randonneurs de franchir la route en travaux. De l’autre côté, la vallée très encaissée continue sa descente vers le lac. De part et d’autre du ravin, les murailles calcaires déchiquetées m’offrent un beau spectacle nuancé d’ocres et de gris. Dans les buissons verts peu de gazouillements d’oiseaux. Je suis étonné de ne jamais voir de rapaces tels les vautours. L’environnement est silencieux et austère, mais l’anachorète ambulant que je suis n’en est pas trop contrarié.

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Avant de quitter les 25 kilomètres de la vallée de l’Amud, j’admire un dernier monument naturel : le Pilier Ha’amud, un haut piton calcaire qui a donné son nom à la vallée, puisque wadi amud signifie la rivière du pilier en arabe.

Plus loin, un panneau me signale que je suis devant une grotte où a été découvert en 1925 le morceau d’un crâne d’Homo Heidelbergensis, vieux de plus de 200 000 ans. Il marchait sur cette terre avant Homo Neandertalensis (pour faire court).

Je m’approche de la plaine qui entoure un grand lac mythique, le lac aux six noms. On peut l’appeler lac de Galilée, de Tibériade, de Genézareth ou Guinossar, Yam Kinneret en hébreu, Buhayrat Tabariya en arabe. Là, ceux qui le veulent, surtout les pèlerins chrétiens, peuvent se détourner pour emprunter le Jesus Trail, un chemin de 65 kilomètres qui vient de Nazareth, et aller visiter le mont des Béatitudes et Kfar Nahum (Capharnaüm), au nord du lac. Mais ce n’est pas mon cas. Heureux le simple d’esprit qui continue sa route vers le sud.

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Je traverse une de ces grandes bananeraies qui se sont développées tout autour du lac, pour aboutir sur la route principale – sans avoir mangé de banane, ce n’est pas du tout la saison. D’après mes documents, on peut m’accueillir au Kibboutz de Ginosar, j’y cours donc. Enfin quand je dis j’y cours, j’y boite plutôt. Le genou commence à tirer grave, en fin de journée la marche devient un peu forcée, parce qu’il faut bien avancer. Heureux le gonarthrosé car il souffre en silence. Bien que ça l’emmerde.

Au Kibboutz Ginosar, je me rends au secrétariat et une dame me conduit à l’endroit prévu pour accueillir les marcheurs, un petit terrain herbeux sous les palmiers. Je vois une table et des bancs pour le repas, des matelas pour ceux qui veulent dormir à la fois à la belle étoile et sur un matelas. Là je vais être bien. Je suis seul pour l’instant et plante ma toile. C’est royal. Après m’être installé, je m’allonge un bon moment pour souffler.
Il faut que j’aille toucher l’eau du lac, je me lève en gémissant de douleur le temps que mon genou gauche reprenne de la souplesse. Je range tous mes sacs plastiques pleins de vivres sous l’abri car quelques petits chats se sont approchés, avec leur air de n’avoir rien remarqué. Je me promène jusqu’à la plage où d’autres gens font de même. Des chiens courent dans l’eau pour attraper les pierres que leur lancent leurs maîtres. La profondeur du lac à cet endroit est faible, les chiens donnent en fait l’impression de courir sur l’eau. Tiens, c’est curieux, ça me rappelle une vieille histoire qui se serait passée non loin d’ici il y a 2000 ans. Il est 16h30, le soleil est déjà bas et sa lumière de plus en plus rasante fait rougeoyer la scène, la surface de l’onde et les falaises de l’autre côté du lac. Je vois passer le vol discret de trois grues couronnées. A quelques kilomètres au sud, se dressent les immeubles d’une ville envahie peu à peu par l’ombre des pentes de la rive ouest : Tibériade, du nom de l’empereur Tibère. On l’appelle le plus souvent par son nom grec : Tiberias, parce que c’est son nom en anglais également. La langue anglaise prime encore une fois.

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Le terrain où je me suis installé est contigu au Pub. Après le repas, je m’y introduis pour m’offrir une Maccabee. Pas de malentendu, c’est une marque de bière ! L’atmosphère est bien celle d’un Pub mais le client est rare, le billard désœuvré. Je ne m’éternise pas longtemps devant l’écran diffusant de vieux clips et retourne m’étaler sur mon matelas.

... à suivre ...

Dernière modification par JJondalar (14-02-2016 16:12:59)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#2 15-01-2016 22:58:35

Magne2
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Bonsoir

Merci pour ce récit bien original , je ne voyais pas pas ce pays si vert par endroit ( bon je sais on est en Galilée  smile

Dernière modification par Magne2 (16-01-2016 11:10:51)


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#3 16-01-2016 11:09:53

Chib84
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

[modération]

Message de Chib84 supprimé. Merci de respecter la charte du forum.

eraz

Dernière modification par Chib84 (16-01-2016 11:31:38)


Quelque part, entre les débris du peu et le rien, nous vivons dans les faubourgs de l'éternité. Nous ne sommes pas parvenus où nous voulions aller, mais nous pensons être arrivés là où nous devons être.

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#4 16-01-2016 13:12:35

Chib84
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Compte tenu de votre action visant à supprimer mon message au prétexte fallacieux de non respect de la charte, je souhaite sans délai que vous preniez les mesures nécessaires à mon bannissement de ce site  pro israélien ou pro sioniste (Au choix du lecteur). Encore un qui a du défiler en étant "Charlie". Merci.

Dernière modification par Chib84 (16-01-2016 16:18:50)


Quelque part, entre les débris du peu et le rien, nous vivons dans les faubourgs de l'éternité. Nous ne sommes pas parvenus où nous voulions aller, mais nous pensons être arrivés là où nous devons être.

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#5 16-01-2016 13:16:44

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

- Non , l'anglais ne sert à rien dans plein d'endroits! Une majorité même...

- Ah oui, même les chiens marchent sur l'eau big_smile

- Une connaissance ayant voulu tenter l'installation en Israël a été rebutée par l'inhospitalité et le manque d'amabilité des gens(pire que les français selon elle big_smile ), tu l'as ressenti comme ça ou non?

- PS: j'ai été attiré par le jeu de mots ultra foireux lol

Dernière modification par Bilbox (16-01-2016 13:19:37)

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#6 16-01-2016 13:18:54

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Chib84 a écrit :

Compte tenu de votre action visant à supprimer mon message au prétexte fallacieux de non respect de la charte, je souhaite sans délai que vous preniez les mesures nécessaires de mon bannissement de ce site  pro israélien. Merci.


On ne parle pas politique ici, RL ne m'a jamais paru pro ou anti quoique ce soit à ce niveau.

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#7 16-01-2016 13:39:20

velox
R.I.P
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

'tain, mais qu'est ce qui se passe aujourd'hui sur RL ? Vous ne voulez pas tous aller faire un petit tour dans la neige, vous rafraichir un peu les idées ?

Dernière modification par velox (16-01-2016 13:43:09)

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#8 16-01-2016 13:52:31

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Sympa un retour sur ce chemin, c'est plutôt rare en français et sans but religieux. Mes amis israéliens m'en ont parlé cet été, me disant que c était très varié. Vu tes photos ils ont raison.
J'y étais en novembre, j'ai randonné dans la partie désert du Néguev. Tu as envie de faire le reste une autres fois?

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#9 16-01-2016 14:00:35

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Caroline73 a écrit :

Sympa un retour sur ce chemin, c'est plutôt rare en français et sans but religieux.


pourquoi avec un but religieux ce serait moins sympa?

Quoi, moi, souffler, sur quelles braises ?

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#10 16-01-2016 14:14:18

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Non pas du tout, j'ai discute a Jerusalem avec une fille qui venait seule de Paris a pied (elle a pris l avion que pour sauter la Syrie/Liban) c était passionnant et c était une recherche religieuse. Mais bon, globalement ca me laisse froide les trucs religieux alors je préfère un compte rendu plus technique. Sur les points d eau, si y a beaucoup de route, quels tronçons sont raides, les hébergements... Très égoïstement c est ce qui m interesse si j envisage de préparer ce chemin. (ce que je ne ferais probablement pas. L ambiance est relou en Israel a mon gout. Croiser un groupe d écoliers de 12 ans randonnant dans le désert encadrés de profs armes de mitraillettes, bof)

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#11 16-01-2016 20:19:16

yplusx
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Messages : 646

Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Au nord t'aurais presque croisé des résidus de ISIS non (?)  tongue

Dernière modification par yplusx (16-01-2016 22:07:32)

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#12 16-01-2016 23:10:01

mknod
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Salut JJondalar, je me demandais justement où tu en étais de ce récit hier à peu près à l'heure où tu le postais. Enfin du texte et des images sur une excursion qui m'est apparue très originale dès le départ. Merci pour ce retour très agréable à lire, j'aime bien le côté "froid" (peut-être est-ce simplement ton style ?) mêlé à d'innombrables petites remarques subjectives, et donc croustillantes. L'effet produit est plutôt sympa.

Je m'éviterais tout autre commentaire sur le fond comme sur la forme, tant les dérives possibles sont nombreuses. C'est déjà bien assez difficile de parler de randonnée par ici. lol

Juste deux trucs quand même :

JJondalar a écrit :

La situation aussi était tendue. En 2014 le volcan Bárðarbunga s'était réveillé à mon passage. Y aurait-il une malédiction Jjondalar ? Le Japon me tente, mais j'hésite...

N'hésite pas. Fonce, et n'en oublie aucune smile. Le monde en sortira partiellement détruit, et donc grandi. Quoi que, sur ce dernier point j'arrive quand même à avoir un gros doute.

JJondalar a écrit :

La profondeur du lac à cet endroit est faible, les chiens donnent en fait l’impression de courir sur l’eau. Tiens, c’est curieux, ça me rappelle une vieille histoire qui se serait passée non loin d’ici il y a 2000 ans.

Tout s'explique.

...

Au plaisir de lire la suite (dans un "silence religieux" cette fois big_smile, si j'y arrive).

Dernière modification par mknod (16-01-2016 23:10:12)


A vegan, an atheist and an ultra-light backpacker walk into a bar - I only know because they told everyone within the first three minutes.

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#13 17-01-2016 12:07:14

Chib84
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

[Modération] Chib84 banni, à sa demande.

Dernière modification par oli_v_ier (17-01-2016 13:01:40)


Quelque part, entre les débris du peu et le rien, nous vivons dans les faubourgs de l'éternité. Nous ne sommes pas parvenus où nous voulions aller, mais nous pensons être arrivés là où nous devons être.

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#14 17-01-2016 12:21:38

velox
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Ah ouais. Tu n'es pas allé faire un petit tour dans la neige. lol

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#15 17-01-2016 12:22:33

fredlafouine
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

[Modération]

Oh chib84, minute oui? Ta demande de bannissement a bien été enregistrée.

Eraz et Olivier ont aussi une vie en-dehors de RL, et figure-toi qu'ils ont peut-être des trucs + importants à faire aujourd'hui.

Et comme le propose velox, si besoin on peut aussi aller faire un tour dehors pour se calmer, hein.

Je ferme ici en attendant le coup de balai, désolé pour le dérangement JJondalar, un peu de patience stp. smile


´·.¸¸.·´¯`·.¸ ><((((((º>

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#16 17-01-2016 19:46:27

JJondalar
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Hello,
Très heureux de revenir d'un week-end dans la neige, ça m'a permis de ne pas voir.
J'ai bien précisé dès le départ : je peux répondre aux mails personnels. On peut donc en rester à la description d'une randonnée, s'il vous plaît. Dans cette description, j'essaie de parler d'une ambiance, d'une réalité, en gardant l'esprit critique et ouvert.
Je ne suis pas contre les traits d'humour non plus  smile .
Merci Fred pour ta gestion. Merci aux autres, dont mknod. Mais cites moi un seul état ou une dérive n'est pas possible, pour une raison ou une autre ?
@Caroline73 : Faire le désert serait génial, mais pas seul. Côté Jordanien aussi, il y a un très beau Trek du nord au sud également (j'en parle à la toute fin du récit).
@Bilbox : les gens faisant la randonnée sont extrêmement bien accueillis, par toutes les composantes du pays. Pour le reste, MP bien sûr.
Un peu découragé de continuer ce CR quand même.

edit : je raye (et je raille  smile ) ma mauvaise interprétation du message de mknod.

Dernière modification par JJondalar (17-01-2016 20:51:27)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
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#17 17-01-2016 19:50:46

Magne2
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Ne te décourage pas , ton récit a parfaitement sa place sur RL à mon avis

smile


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#18 17-01-2016 20:25:12

mknod
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Salut JJondalar,

JJondalar a écrit :

Merci aux autres, dont mknod. Mais cites moi un seul état ou une dérive n'est pas possible, pour une raison ou une autre ?

Je ne parlais aucunement de l'État et encore moins du conflit israélo-palestinien. J'estime qu'il y a des problèmes infiniment plus importants sur cette Terre. Je parlais juste des risques de dérive sur ce fil si on se met à commenter ce qui au final est bien plus qu'une randonnée. Parce qu'entre-nous, il me semble que l'aspect "randonnée" est le moins intéressant. C'est ce qui fait toute la force de ce récit, mais aussi toute la difficulté à en discuter sereinement.


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#19 17-01-2016 20:29:54

Jobig
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Salut JJondalar,  smile

J'attendais patiemment un moment favorable pour poster. Je me joins à Magne2 pour t'encourager à poursuivre ce passionnant récit. J'apprécie la placidité de ton écriture (laquelle n'est pas "froideur", mknod ! roll ) où surgit de temps en temps une émotion, un clin d’œil ou un éclat de rire, comme ici :

"Heureux le gonarthrosé car il souffre en silence. Bien que ça l’emmerde."

Sa souffrance n'en aura que plus de prix, mon fils, à l'aune des rétributions célestes... Serais-je tenté d'ajouter. Il y en a plein d'autres comme ça. tongue

Et puis, quel heureux hasard que ce Shvil Yisrael passe par la vallée de l'Amud. Tu fais allusion à Homo Heidelbergensis (en gros l'Homme de Tautavel dont les plus anciens foyers découverts en Europe l'ont été à Menez Dregan en Plouhinec, - 465 000 ans !), probable ancêtre commun des branches Sapiens et Néandertal du genre homo. On peut aussi ajouter que la région fut une zone de rencontre entre les Sapiens (d'Afrique) et Neandertalensis (d'Eurasie en schématisant beaucoup), peut-être un lieu de coups de foudre entre représentants mâles et femelles de ces deux espèces humaines, il y a 40 ou 50 000 ans !... big_smile Nous sommes à cette époque reculée dans une monde de grands marcheurs... cool

Un peu glaçante l'ambiance à Safed/Tsfad ! ça donne pas envie. hmm J'espère que tu y as tout de même trouvé ce que tu cherchais, ton livre à la main.

Sur un terrain plus MUL : tu n'as pas été tenté par le choix d'un bushcooker avant de partir ?

C'était qui le cheikh Kwais ? un saint soufi ?

Jobig

Dernière modification par Jobig (17-01-2016 20:31:44)


From each according to their ability, to each according to their needs.

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#20 17-01-2016 20:53:38

Bilbox
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

JJondalar a écrit :

@Bilbox : les gens faisant la randonnée sont extrêmement bien accueillis, par toutes les composantes du pays.


Mes connaissances étaient "en règle"  lol  ; juste que les gens et en particuliers les métiers de service, les vendeurs, mais aussi les gens de la rue m'ont été décrits comme désagréables au quotidien, du genre t'as jamais vu ça même en France. Ca arrive hein, Xav faisait état de certaines ambiances médiocres au Pérou. Mais c'est intéressant d'avoir plusieurs sons de cloche...

Dernière modification par Bilbox (17-01-2016 20:55:02)

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#21 17-01-2016 21:03:59

mknod
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Jobig a écrit :

J'apprécie la placidité de ton écriture (laquelle n'est pas "froideur", mknod ! roll ) où surgit de temps en temps une émotion, un clin d’œil ou un éclat de rire

PLACIDITÉÉÉ.

Et oui, je séchais un peu (carrément en fait) pour décrire mon ressenti. D'où l'utilisation des guillemets, que tu as respectée et je t'en remercie. J'ai hésité avec "à froid", ce qui aurait été plus approprié. À comparer nos récits respectifs d'ailleurs, je ne suis pas surpris de te voir débarquer avec le mot juste, tant ton vocabulaire est plus riche que le mien. Mais je me soigne !

Je ne l'ai pas précisé dans mon message précédent mais il est évident que je serais également heureux de lire la suite. Le principal est que tu y trouves ton compte. Si c'est juste pour le forum je n'en vois pas l'intérêt. Ne te mets pas la pression smile.

Dernière modification par mknod (17-01-2016 21:04:41)


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#22 17-01-2016 21:24:47

JJondalar
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

mknod a écrit :

il me semble que l'aspect "randonnée" est le moins intéressant.

Ce n'est pas l'effet recherché, en tout cas. Sincèrement je tente de renseigner le domaine grande randonnée le mieux possible. Cela peut être utile à des marcheurs partant pour une destination analogue, même vaguement (climat, relief des régions de Turquie, Moyen-Orient...). Et comme je le dirai plus loin, c'est autant de la randonnée que ce que les anglo-saxons appellent du backpacking. Nous n'avons même pas de traduction directe (ce serait genre voyage à pied sac au dos). Se reporter au voyage de Kam en Amérique du sud pour en avoir un bel exemple. Il y en a eu beaucoup d'autres depuis.

@Jobig : bonne analyse
Le bushcooker bonne idée, mais je n'ai pas encore testé la cuisine au bois. Ceci dit, ce genre de terrain incite plutôt à manger rapide et froid, finalement. Boire une soupe chaude tout en transpirant, bof. Alors fruits frais, fruits secs, houmous, barquettes de crudités ou de poisson, charcuterie, c'était parfait. D'autant que l'approvisionnement peut se faire tous les jours. Les Lyophilisés que j'avais emporté, je m'en suis servi lorsque j'avais accès à un réchaud, chez un hôte.
<<...trouvé ce que tu cherchais...>> Tu me tends la perche big_smile : J'ai trouvé que je dois continuer à chercher.
Cheik Kwais, ppppf, connais pas. Mais l'endroit était beau. C'est au retour que je me suis documenté sur Internet sur chaque lieu traversé.

@Bilbox : Tes connaissances sont "en ordre" wink . Non je n'ai pas du tout ressenti ce que tu dis, les commerçants et les gens étaient cools. Mais tu parlais de quelqu'un qui s'installe. Il y a tous les sons de cloche, et c'est du HS.  smile

Dernière modification par JJondalar (17-01-2016 21:25:42)


La mésange à tête noire et la sittelle sont d'une compagnie bien plus vivifiante que celle des hommes d'État ou des philosophes; au retour on va considérer ces derniers comme de bien piètres compagnons."
H.D.Thoreau, Une promenade en hiver.

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#23 17-01-2016 21:50:26

Bilbox
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Messages : 3 567

Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Du HS non, quand tu traverses un endroit tu es sensible aux atmosphères... par exemple le truc de XavN précité me fait un peu réfléchir sur la manière dont je vais aborder le Pérou... et  y randonner wink

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#24 17-01-2016 22:39:44

guichen
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Messages : 781

Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Bonsoir JJondalar... smile

Sans cette sagesse, il est vain de voyager.

Quelle belle formule!!!

Et pourtant, que de sentiments parfois confus, parfois implacables ou légers pendant nos voyages, sur nos chemins... wink

Les étapes semblent "relativement courtes": contraintes climatiques, physiques ou simple choix?
J'ai tout faux?

JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! JJondalar! smile smile smile

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#25 19-01-2016 22:33:42

CLeC
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Re : [Récit + liste] Comme les rois, marche en Galilée

Bonjour,

Merci pour ce retour aussi original que sympa !
En lisant le titre, et malgré le soin que tu as eu de garder un ton neutre, il était sans doute à prévoir que certains lanceraient des polémiques : que ça ne t'empêche pas de finir !


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