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#1 15-11-2016 22:43:42

Oeuf
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Messages : 176

[Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Je vais poser ici mon récit de la traversée de mon GR10, c'est la première fois que je fais ça, ne me jugez pas trop durement s'il vous plait  hmm Je n'ai pas de photos de toute la traversée ayant cassé mon appareil photo assez tôt. J'ai écrit ce récit grâce aux notes prises sur le moment, y mêlant mes souvenirs il y a donc peut-être des fautes de temps ou bien des erreurs de chronologie. J'ai d'abord rédigé tout ça pour moi, pour me souvenir. Ce n'est peut-être pas très intéressant pour les autres. Les moments les plus marrants sont ceux qui ont été les pires pour moi, à partir de la journée 19 jusqu'à la 21 allez directement là bas  big_smile

Liste du Matos et retour :


MatosPoids (g)Retour
Sac & bivouac
Sac Wilsa 38L RAID650Niquel, rien à dire
Tente Rigel x2980Condense énormément, pieds mouillés par temps de pluie, cassée à Barèges, remplacée par Mc Kinley 2,2kg
Duvet Micropak D800900RAS
Housse pluie sac à dos D488A bien enfiler sur le sac, par grosse pluie l'eau coule le long du Raincut et s'accumule dans le bas de la housse de pluie
Matelas sol tapis fitness D4 recoupé180Étant habitué à dormir à la dur, pas de souci
Total gros matériel : 2798
Vêtements
Rain Cut D4206RAS
Doudoune Forclaz 300279Niquel, l'un des meilleurs investissement en terme de matos, m'a servi d'oreiller quand replié dans la poche
Short leger175M'a servi de change pour laver caleçon et pantalon
Chaussettes anti-ampoules D440Je ne sais pas si c'est grâce à ça mais mes pieds ont pas mal été épargnés durant la traversée, bien trouées tout de même à la fin
Tee shirt ML Merinos D4231Excellent, je suis parti sans connaitre cette matière, je suis conquis
Total vêtements : 931
Toilette
Serviette microfibres découpée50RAS
Gant microfibre découpé dans serviette15Peut-être encore diminué
Savon50RAS
Dentifrice50A tester pour la prochaine fois, dentifrice bio solide, quelques grammes ont l'air de tenir très longtemps
Brosse à dent coupée3RAS
PQ100J'ai été un peu parano, moins suffirait
Total Toilette : 268
Repas
Verre type recyclable évenements30Impeccable, a servi également de rangement à la "dinette", cuillère, couteausel.
Cuillère plastique D47RAS
Opinel n°628RAS mis à part que je l'ai échappé dans une de mes poubelles arrivé à Banyuls tongue
Sacs ziplocks5Très pratiques pour emballer les courses par portions, fait gagner un volume en un poids d'emballage monstrueux
Sel20Abandonné au profit d'une poudre pour sauce qui salait ma semoule en plus de lui donner un bon goût
Total repas : 90
Orientation communication et administratif
Topoguides300J'ai photocopié uniquement les feuilles nécéssaires en recto verso, ça m'a permis de garder mes topo intacts, de gagner le poids des pages inutiles, de pouvoir jeter à la poubelle ou allumer des feux avec les feuilles des lieux passés
bousole17Bousole/mousketon accroché à ma ceinture, pas eu besoin une seule fois sur le GR
Carte identité carte vitale, bancaire, liquide20RAS
Telephone140A tenu toute la traversée sans recharger avec environ un allumage par jour pour envoyer ma position par sms
Total Orientation comm et admin : 477
Sécurité et pharmacie
Pansements8Pas utilisés
Aspirine5Pas utilisé
Pastilles Micropur4Beaucoup usité, notamment en Ariège
Tire tic3Indispensable pour la chienne, moi je n'ai eu aucun tic
Total sécurité et pharmacie : 20
Divers et plaisirs
Bouteilles d'eau 2x1,5L52Pas mécontent je mon choix, je déteste boire en camelbag, facile à remplir, facile pour doser les micropurs
Stylo3RAS
Appareil photo185Vite abandonné car HS au jour 11
Feuilles A4 pour notes10RAS
Micro lampe avec dynamo D423Ne tenait plus beaucoup la charge à la fin des 37 jours, pour un projet plus long, je passerais à une frontale, et du matos plus sérieux.
Total Divers et plaisirs : 273
TOTAL MATERIEL : 4857
Eau et alimentation
3L3000Suffisant dans la plupart des cas
Au maximum pour 5 journées:2500En pratique je n'ai eu que 2 jours ce poids là, en général 3 jours de stocks sont largement suffisants
Total Eau et alimentation : 5500
TOTAL SAC A DOS : 10357

Sur moi :
Chaussures Trail Kalenji Kiprun XT6Non peséesDéchirées une semaine avant la fin, encore utilisables mais plus étanches
Chaussettes anti-ampoules D440RAS
Pantalon modulable D4Non peséRAS
Caleçon synthétiqueNon peséeRAS
Tshirt MC synthétiqueNon peséSans hésitation je passe la prochaine fois au mérinos, je ne sens pas particulièrement mauvais même durant l'effort mais là les odeurs sur le synthétique sont très fortes dès la demi journée de marche.
Montre réveil58RAS
Laisse55Parti au début avec une corde, j'ai vite acheté une laisse synthétique car la corde s'éfilochait
Total : Non pesé

Loca :
Harnais/sac de bât :400Irritation sous les pattes antérieures de la chienne, un peu déchiré sur le haut à la fin, obligé de le porter par fortes chaleures
Nourriture :1800Pas eu de pénuries du périple
Total Loca : 2200




Liste et particularité des étapes :

JourEtapeMeteoCouchageTemps de marcheDénivelé positifRavitaillement
Jour 1Hendaye – Col du Descargahandiko LeopaBeau tempsBivouac5h45D+910m..
Jour 2Col du Descargahandiko Leopa – Col ZuhaneteacoBeau tempsBivouac8hD+1000m..
Jour 3Col Zuhaneteaco – Col d’HariettaBeau temps, très chaudBivouac9hD+1160m..
Jour 4Harietta – Carrefour de l’OylarandazBrouillard puis pluieBivouac3h30D+400mSt Etienne de Baigorry intermarché
Jour 5Oylarandaz – IthuramburuBrouillard et éclaircisBivouac10hD+1560m..
Jour 6Ithuramburu – Cayolar MendikotziagueBrouillard et beau tempsBivouac7h30D+1370m..
Jour 7Mendikotziage – Cayolar d’AnhaouTrès beau tempsBivouac8hD+1140m..
Jour 8Anhaou – Refuge de l’AbérouatBeau temps et brouillard au pas de l’OsqueBivouac10hD+1462m..
Jour 9Abérouat – EtsautMauvais temps brouillard et pluie, puis petites éclaircies dans l’après midiBivouac5h30D+750mCamping de Lhers dépannage alimentaire
Jour 10Etsaut – ancienne mines de cuivreBeau tempsBivouac9h30D+2100m..
Jour 11Anciennes mines de cuivre – Cabane du LitorTemps moyenBivouac7h30D+1275mGourette epicerie
Jour 12Cabane du Litor – Cabane BarbatTrès beau tempsCabane7h45D+1375m..
Jour 13Cabane de barbat – BédéretTrès beau temps, chaudBivouac8h30D+1440mCauterets
Jour 14Bédéret – Gué du BolouTrès beau temps et chaudBivouac7h30D+740m..
Jour 15Gué du Bolou – BarègesBeau temps puis orages l’après midiCamping0h45D+0m..
Jour 16Barèges – Pont des VacquesBeau temps puis orages et grêleBivouac7hD+1400mBarèges
Jour 17Pont des Vacques – Refuge du BastanBeau temps et pluie le soirBivouac7h30D+1300m..
Jour 18Refuge du Bastan – AzetBeau temps puis brouillardBivouac7hD+700m..
Jour 19Azet – lac d’Espingo (hors GR)Beau temps et pluie le soirBivouac9hD+2170mLoudenvielle
Jour 20Lac d’Espingo – SodeBrouillard, pluvine, pluie et grisBivouac9hD+750m..
Jour 21Sode – FosGris, brouillard et ciel dégagé en fin de journéeBivouac7h30D+1300mEpicerie fermée à Fos pas de ravito
Jour 22Fos – SenteinTrès beau tempsCamping10h15D+1900mSentein epicerie en face du camping (hors GR)
Jour 23Sentein – Cabane TrapechTrès beau temps et très chaudCabane7h30D+1850m..
Jour 24Trapech – Carrières de l’EstoursTrès beau temps, caniculaireBivouac10hD+1350m..
Jour 25Carrières de marbre – Col de la serre de CotTrès beau temps, caniculaireCabane8hD+2175m..
Jour 26Col de la serre du Clot (cabane du Tuc) – Aulus les bainsTrès beau temps et chaudCamping8h15D+1290mAulus les bains
Jour 27Aulus les bains – MarcTrès beau temps, chaudBivouac8hD+1140m..
Jour 28Marc – SiguerBeau temps et pluie en fin d’après midiCabane8h30D+1400m..
Jour 29Siguer – Jasse d’artaranBrouillard, pluie, orageCabane8h30D+2165mDes boites sont dispo dans les cabanes après Siguer
Jour 30Jasse d’Artaran – Merens les valsBeau temps, mer de nuageCamping8h30D+1040mEpicerie fermée à Merens pas de ravito
Jour 31Mérens – Estang llong (déviation du GR)Beau tempsBivouac9hD+1840m..
Jour 32Lac long - Ras de la CarançaBeau tempsBivouac10hD+1630mEpicerie Bolquère
Jour 33Carança – cabane Aruga (hors GR)Très beau tempsCabane11hD+1970m..
Jour 34Aruga – Maison forestière de l’EstagnolBeau tempsBivouac7hD+1250m..
Jour 35Estagnol – MontalbaTrès beau et chaudBivouac à la belle étoile7h15D+870mSuperette Arles/Tech
Jour 36Montalba – Pla de l’ArcTrès beau tempsBivouac à la belle étoile10h30D+1425m..
Jour 37Pla de l’Arc - Banyuls sur merTrès beau et très chaudCamping7hD+915mTout ce qu'il faut à Banyuls
RésuméHendaye - BanyulsBeau temps en généralBivouac : 26 nuits (dont 2 à la belle étoile), Cabanes : 6 nuits, Camping : 5 nuits286hD+ 48 500m..


Je suis donc parti le 1er aout 2016. Un merveilleux hasard (un peu calculé), mes parents sont allés passer leurs vacances dans les Pyrénées Atlantiques, ils m’ont donc généreusement descendu à Hendaye m’évitant les tracas du voyage avec un chien.

Jour 1 : Hendaye – Col du Descargahandiko Leopa – Bivouac – 5h45 – D+910m – Beau temps
J’ai donc été déposé à Hendaye par mes parents à midi ce 1er aout, au début de la promenade le long de la plage. Je l’ai arpenté dans un sens puis dans l’autre désirant profiter du moment. Lors de ma flânerie qui a durée une bonne heure, je me suis rendu compte que Loca et son petit sac à dos faisaient sensations trois personnes sur quatre s’y arrêtaient ou se retournaient sur son passage avec des commentaires que j’entendrais désormais quotidiennement du genre « Oh il est trop mignon ! », « maman tu as vu le chien il a un sac ! », « Tu as vu mon chéri, le chien lui au moins il porte son sac sans rechigner », « Oh le pauvre » ou encore « Tiens on devrait faire la même chose avec . . . [Médor] ». J’ai enfin commencé à suivre les marques rouges et blanches à 13h. Les premiers kilomètres n’étaient pas franchement magnifiques mais chargés d’excitation et d’envie. La vue a commencé a être sympa dès les premières montés car on surplombe déjà l’ocean et l’on croise ses premiers villages basques très jolis et les premières zones pastorales de chevaux dans les tourbières. Juste avant la venta d’Inzola j’ai croisé mon premier coureur de la Transpyrénéa, il semblait exténué et m’a demandé des infos sur la fin, je les lui ai fourni et l’ai encouragé chaudement pour ses derniers moments de course. Après à peine 6h de marche j’ai décidé de bivouaquer sur le col du Descargahandiko Leopa dans un cadre superbe avec vue sur la Rhune et l’océan.

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Jour 2 : Col du Descargahandiko Leopa – Col Zuhaneteaco – Bivouac – 8h – D+1000m – Beau temps
Après une bonne nuit de sommeil où je n’ai été réveillé que par quelques Transpérénéistes en frontale, je suis parti un bon moment après le réveil. Je n’étais en effet pas encore tout à fait rôdé à faire mon sac à dos et replier ma tente. Ce matin là la petite montée au col des trois fontaines m’en a fait voir quand je regarde retrospectivement à ce que j’ai réussi à faire plus tard sans sourciller. A midi j’ai fait une pause sandwich à Sare accompagné d’un café allongé et d’une menthe à l’eau au bar, ce qui deviendra mon combo de boisson habituel sur mes étapes du GR. Loca a galéré un peu avec la chaleur dans ces cas là j’ai porté son sac à la main. Mais une fois arrivé au bivouac, ce n’était plus la même histoire : elle sautait partout, voulait jouer avec moi et les chevaux. Elle a tout de même trouvé un point d’eau à 50m de ma tente ce soir là, merci Loca ! Les commentaires sur son petit sac ont encore fusés en ce 2ème jour de marche, un homme d’esprit a notamment remarqué « Oulah, il faut appeler SOS chien bâtté ! ». J’ai passé la dernière heure de marche avec David et Lucia, 2 allemands sur le GR partis de Hendaye 3 jours plus tôt, et se donnant 3 semaines pour arriver à Arrens-Marsous. Ils sont de la forêt noir, David est étudiant en Géographie, Lucia travaille avec des enfants. Nous avons partagé un bivouac génial au milieu des chevaux, des étoiles, de l’éclairage des villes côtières (Hendaye, Biarritz, Bayonne), et de l’Océan. Lucia et David m’ont fait partager leur repas chaud ainsi qu’un petit thé face à la mer et aux étoiles sur ce qui restera comme l’un des plus beaux bivouacs de ce GR.

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Jour 3 : Col Zuhaneteaco – Col d’Harietta – Bivouac – 9h – D+1160m – Beau temps, très chaud
    Réveillé ce matin là par un berger et ses chiens, je suis parti sous les yeux écarquillés de mes amis allemands qui me proposaient de partager un nouveau thé ce matin. Il est pourtant 8h30 mais pour eux le p’tit dej’ a l’air sacré même en plein trek. N’ayant rien à partager du fait de la légèreté de mon sac à dos, je suis gêné d’accepter de nouveau leurs provisions, je n’ai également pas voulu partir trop tard. Les falaises de Zarkambiolé après le col des veaux ont été le premier passage légèrement technique rencontré sur le GR. J’y ai détaché Loca lorsque j’étais seul, ce qui m’a permis de ne pas l’avoir dans les jambes dans les passages escarpés. Au torrent Bastan, j’ai discuté tout un moment avec un petit vieux qui m’a assuré qu’il était possible de dormir au pic d’Iraty et m’a indiqué une variante pour éviter la route jusqu’à Bidarray. J’ai préféré au café prévu à Bidarray, une bonne sieste après mon repas. La montée au Pic d’Iparla a été longue, il faisait chaud Loca et moi avons manqué d’eau. Nous en avons trouvé juste avant le pic, un petit filet d’eau était là pour les chevaux, mais même en ayant bu tout mon saoul à cet endroit, et en ayant fait le plein des bouteilles, j’ai manqué d’eau le soir au bivouac. J’ai bu 7 litres d’eau ce jour là ! Et encore, il m’en aurait fallu d’avantage. J’ai vu sur les crêtes beaucoup de coureurs de la Transpyrénéa souvent mort de fatigue, à peine capable d’aligner plus de quelques mots pour demander des infos sur la suite (« le prochain CP est encore loin ? » , « combien de temps tu as mis depuis Hendaye ? », « Tu crois que je peux arriver avant vendredi ? », « When . . . go . . . down ??!! ». J’ai tenté de les encourager  en leur expliquant que là, derrière ce voile de brume, c’est bien l’océan à porté de vue ! J’ai bivouaqué au col d’Harietta, dans un coin tranquille malgré les taons et le manque d’eau.

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Jour 4 : Harietta – Carrefour de l’Oylarandaz – Bivouac – 3h30 – D+400m – Brouillard puis pluie
    En terme de marche cette journée ne m’a pas beaucoup avancé. J’ai vu la vieille les nuages arriver sur le col et je me suis effectivement réveillé dans le brouillard. Cinq Tranpyrenéistes - les derniers croisés sur le GR soit dit en passant - sont descendus des crêtes que je devait emprunter. Je me suis donc motivé à y monter malgré le temps, puis j’ai réfléchi : ils étaient cinq, avec des GPS, j’étais seul avec une carte. De plus le topoguide m’indiquait une voix de secours en cas de brouillard et je n’aurais de toutes manières rien vu du paysage. J’ai donc fait taire mon orgueil et je suis descendu par la variante passant par le hameau Urdos. Je suis arrivé dans St Etienne de Baigorry à 10h30, j’y ai rejoint parents et grands-parents en vacances ici au camping. A peine douché et lessivé je suis tombé dans une embuscade tendue par mon grand père qui nous a emmené sur un col dont j’ai oublié le nom dans un restaurant côté espagnol dont je ne me souviens pas plus. Régime randonneur à base de charcuterie, sangria, gigot d’Agneau, frites, vin et tarte au chocolat. Le temps de faire une sieste et le sac à dos, et l’église du village a sonné 18h30. Je suis donc reparti le ventre plein, mon sac à dos rempli et celui de Loca également. Après une bonne heure de marche sous la pluie, j’ai piqué ma toile de tente en me disant qu’ « à ce rythme je ne suis pas arrivé à Banyuls » ! A l’heure où j’ai écrit le résumé de la journée, l’eau entrait dans la tente mal montée. Ne pas toucher les parois quand on a un sac à dos c’est dur, mais avec un chien c’est mission impossible. Loca a dormi littéralement sur moi. « La nuit va être longue » ai-je noté à ce moment là.

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Jour 5 : Oylarandaz – Ithuramburu – Bivouac – Brouillard et éclaircis - 10h  – D+1560m

    La nuit a effectivement été longue, l’eau est entrée, j’ai eu les pieds et le duvet trempé, le vent s’est levé faisant trembler la tente avec bruit, l’endroit choisi pour dormir était légèrement en pente ce qui m’a fait glisser toute la nuit sur un côté de la tente, enfin, un satané moustique s’est mêlé à la fête pour me harceler pendant des heures. Après une heure de marche, j’ai trouvé David et Lucia qui se levaient réveillés par trois bergers basques et leurs chiens. Je les ai laissés petit déjeuner en paix et j’ai discuté avec les bergers qui étaient très intéressés par Loca et son sac à dos. Ils avaient de très forts accents et parlaient basque entre eux, d’ailleurs je crois qu’ils parlaient basque à leurs chiens aussi ! J’assisté à un rassemblement de troupeau d’un champ à un box, c’était très impressionnant, le chien n’a pas mis plus de quelques minutes pour accomplir joyeusement sa mission. J’ai revu plus tard l’un des bergers près du sommet Munhoa : « Tu vas plus vite à pieds que moi en voiture » a-t-il plaisanté. Il a caressé une dernière fois Loca et est resté bouche bée lorsque je lui ai expliqué vouloir rallier la méditerranée, puis il m’a souhaité bien du courage avant de continuer sa route vers le troupeau suivant. Après 4h de marche, je me suis pris un allongé et une bonne omelette à Uhart-Cize. A Caro, j’ai laissé tomber mon appareil photo sur l’objectif qui s’est mis à mal rentrer et à rogner les photos, tantôt en haut, tantôt en bas. J’ai fait une pause d’une heure cet après midi là pour faire sécher mes affaires trempées par la nuit précédente. Sur la croupe d’Ithuramburu, je me suis trompé de route et je suis monté sur l’Heguider pour en redescendre. Il se faisait tard et la journée avait commencé tôt, j’étais fatigué, tendu et je ne trouvais pas d’endroit où dormir. J’ai fini par m’installer au bord d’une piste pastorale en pliant mes sardines sur des pierres. Bref, après une nuit pourrie et une grosse journée, la fatigue était bien là, et le moral mitigé.

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Jour 6 : Ithuramburu – Cayolar Mendikotziague – Bivouac – Brouillard et beau temps - 7h30 – D+1370m
    Après une bonne nuit (21h – 8h), j’ai bien récupéré en terme de sommeil, même si je sentais dans mes jambes la grosse journée de la veille. J’ai monté le col d’Irau et le sommet d’Occabé dans le brouillard qui s’est dissipé dans la descente de la foret d’Iraty. Loca était un peu fatiguée, je me suis donc arrêté prendre un café au chalet Pedro pour la reposer et faire un point sur ma progression. Après la pause café, j’ai fait une pause ravitaillement en eau au refuge non gardé du « lac de retenue », puis une pause déjeuner plus loin au bord du torrent, ensuite une pause sieste au même endroit et enfin une pause bière au « kayolard » où mangeaient David et Lucia. Bref 500m en 2h30 ! J’ai ensuite marché 4h sans trop forcer et j’ai fini à 18h30. Je ne sais pas comment mais j’ai gagné 2h sur le topoguide ce jour là.

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Jour 7 : Mendikotziage – Cayolar d’Anhaou – Bivouac – Très beau temps – 8h – D+1140m
    Je suis parti à 8h pour une matinée sympathique dans les fougères avec de jolis points de vue sur Larreau. Arrivé à Logibar, j’y ai pris casse-croute, café et menthe à l’eau. Après une pause lessive dans l’Holzarté, j’ai rapidement parcouru la portion Logibar – passerelle car il y avait énormément de touristes. C’en était difficile de marcher à son rythme. Sur l’autre versant, sorti de la foret, j’ai discuté avec des Bordelo-Perpignanais qui étaient très intéressés et impressionnés par mon projet . . . et par le sac à dos de Loca évidement ! Sur un replat avec une vue superbe et très ensoleillée, je me suis accordé une pause pour sècher les vêtements lavés plus tôt et le matériel de bivouac qui a prit la rosée dans la nuit. Passé le col d’Ahnaou et sa jolie vue j’ai laissé le cayolar du même nom après y avoir rempli mes bouteilles. J’ai bivouaqué peu après dans un endroit avec un beau panorama sur la vallée de St Engrâce et les gorges de Kakouetta, un beau bivouac à l’image de cette journée sur le GR. Loca et son sac de bât ont encore suscité beaucoup de curiosité et de questions ce qui, loin d’être agaçant, a été un moyen de discutes et des rencontres. J’ai même rencontré des personnes croisés à la Rhune, et d’autres au col des veaux et qui m’ont reconnu grâce au chien.

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EDIT : Ajout des listes
EDIT : Ajout des ravitaillements dans le résumé des étapes

Dernière modification par Oeuf (06-12-2016 08:05:30)

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#2 15-11-2016 23:12:39

Rouquemoute
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Trop bien !
Chouette récit.

Je crois que tu es le premier a écrire un récit du gr10 intégral sur RL. Les autres récits de traversée sont des hrp.

Dommage que ton appareil se soit cassé, ça c'est vraiment pas de bol. (quand j'étais moi même parti sur le gr10 ça m'était arrivé dès le début  roll )



Vivement la suite  big_smile

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#3 15-11-2016 23:31:30

Doc
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Chouette, chouette, chouette.

Je me suis permis d'ajouter un lien dans le wiki des récits.


Commence par faire ce qui est nécessaire, puis ce qui est possible, et subitement, tu te surprendras à réaliser l’impossible
- Saint François d'Assise -

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#4 15-11-2016 23:33:25

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Je me suis débrouillé pour avoir des souvenirs via mes écrits, quand je relis mes notes j'ai des images qui jaissent dans mon esprit. Et puis j'ai aussi demandé des photos aux amis qui m'ont rejoint sur certaines portions, et à des inconnus qui ont accepté de m'envoyer des photos par mail.

Si c'est le cas je suis ravi d'être le premier recit intégral de GR10, à défaut d'avoir été un pionner sur le sentier je le suis un peu sur RL  lol  lol

Dernière modification par Oeuf (15-11-2016 23:34:28)

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#5 16-11-2016 11:02:04

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Jour 8 : Anhaou – Refuge de l’Abérouat – Bivouac – Beau temps et brouillard au pas de l’Osque - 10h – D+1462m
    Départ à 7h15 après une nuit perturbée par des vaches qui sont venues brouter sur le territoire que s’était approprié Loca pour la nuit. Cette dernière a donc fait le guet, aboyant sur tout bovin s’approchant trop près de la tente. La météo annonçait des orages pour le lendemain et je ne voulais pas me trouver au pas de l’Osque à ce moment, c’est pourquoi  j’ai forcé un peu l’allure ce matin là dans la bonne montée assez raide qui mène à la Pierre-St-Martin, j’ai atteint la station à 12h30. J’ai mangé des sandwichs au refuge Jeandel où le patron m’a finalement annoncé du beau pour le jour suivant et m’a souhaité de  « trouver une petite cayolarde » sur mon chemin.  Au moment de la petite grimpette du pas de l’Osque, j’ai fait se coucher Loca au pied du « mur » le temps que je monte. Durant ma petite « escalade », elle s’est mise à manifester son impatience avec des battements de queue sur la roche et des bâillements théâtraux et lorsque je l’ai enfin appelée . . . Boing ! Boiiing !! BOIIING !! En trois ou quatre sauts c’était réglé, et sans main courante s’il vous plait ! A 17h45, après le refuge de l’abérouat, j’ai mis fin à la journée la plus longue depuis mon départ d’Hendaye. La plus belle également, malgré la station de ski. La vue sur les montagnes au col de la Pierre St Martin, les 2h précédents le pas de l’Osque et la descente vers l’Abérouat font de cette étape l’une des plus admirable de mon GR.

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Eglise de Ste Engrâce
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Le Gardien
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La Pierre St Martin en montant vers le pas de l'Osque
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Du pas d'Azun, vu sur le JP, le pic du Midi d'Ossau

Jour 9 : Abérouat – Etsaut – Bivouac – Mauvais temps brouillard et pluie, puis petites éclaircies dans l’après midi  – 5h30 – D+750m

    Cette nuit là, Loca m’a « sauvé » d’une bête dont je n’ai pas reconnu le bruit (qui ressemblait à un drôle de bram enroué) et dont les pas faisaient un bruit de sabots. Je suis parti à 8h dans la pluie et le brouillard jusqu’au camping de Lhers où j’ai passé un dernier moment avec mes parents. J’y suis arrivé à 10h30 et reparti à 16h30 après avoir pris une bonne douche, lavé mes affaires, mangé un bon filet mignon et fais le plein de provisions. J’ai fais fi des temps indiqués sur le topo et les panneaux et j’ai atteint Borce en 2h30, croisant au passage un berger, son troupeau, son Border collie et ses patous. Il m’a dit qu’il ne croyait pas à un orage dans la soirée. Au bar/gîte d’étape de Borce on me confirme qu’il ne tombera que quelques gouttes cette nuit là. J’ai pris une bière dans ce petit bar qui renfermait une ambiance à la cool qui rappel le café du Boulevard de chez moi. J’ai pris la décision dans ce bar de ne pas m’attaquer au chemin de la mâture dès le soir mais de trouver un coin pour la nuit. J’ai aperçu dans ce bar un GRdiste achetant une boîte de conserve, je ne lui ai pas parlé et c’est un détail qui parait insignifiant (je ne l’avais d’ailleurs pas noté) mais ce garçon réapparaitra bien plus lion dans mon récit par un surprenant hasard. J’ai trouvé un bivouac à Etsaut, dans un petit parc au bord du torrent.

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Lescun by brouillard
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Borce

Jour 10 : Etsaut – ancienne mines de cuivre – Bivouac – Beau temps - 9h30 – D+2100m
    Après une bonne nuit, j’ai décollé à 8h pour passer le chemin de la mâture. Ensuite, ne pouvant contourner le Parc National faute de sentier alternatif, j’ai du traverser la courte portion entre la cabane de la Baigt de St Cours et le col d’Ayous. J’ai parcouru la distance en 1h au lieu des 2h indiqués et ce en tenant Loca attachée très court. Elle n’a dérangé aucun animal, ni grogné, ni aboyé ni rien du tout. Quand j’ai enfin relevé la tête au col d’Ayous, j’ai été époustouflé par le panorama avec la vallée que je venais de parcourir d’un côté, et le pic du Midi d’Ossau (et ses lacs) de l’autre. La descente jusqu’au parking de Bious Artigues était belle bien que assez fréquentée. Ensuite c’est de la route. Pas de bas côté, plein de virages et beaucoup de voitures. Il y en a encore plus à partir de Gabas et ce jusqu’à la centrale d’Artouste, à tel point que ça en est dangereux et les balises du GR ne m’ont pas rassurées. Quand le marquage a enfin quitté la route, j’étais épuisé et j’ai commencé à chercher un endroit pour faire une petite sieste . . . en vain. Le terrain était caillouteux et très pentu, est venu le moment où je ne cherchais plus un endroit pour siester mais pour bivouaquer. J’ai ainsi passé la corniche des Alhas, mais il n’y a toujours rien après. Pire ! Le chemin a commencé à prendre sérieusement de l’altitude dans cette forêt pleine de rochers. La fatigue aidant, j’ai commencé à jurer contre tout et tout le monde : le balisage, la description du topoguide, Loca, les rochers et moi-même. J’ai hésité à un moment donné à installer mon campement dans une sorte de creux dans la falaise, avant de voir que quelqu’un y a fait ses besoins très récemment. Dommage pour la caverne mais au moins il y avait quelqu’un devant moi ! Je trouverais effectivement quelques bivouaqueuses et un bivouaqueur solitaire peu après dans un coin herbeux et enfin plat. Etant trop épuisé pour tailler le bout de gras, je suis allé un peu plus loin, j’ai mangé et je me suis couché directement. Loca a fait de même. Ce jour là j’ai commencé à penser à bivouaquer au bout de 7h de marche et 1500m D+, j’en ai fait 9h30 et 2100m D+ faute de 4m² pour installer ma tente !

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Chemin de la mâture
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Vu du col d'Ayous
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Bious Artigue
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Corniche des Alhas, où une personne serait morte la veille de mon passage . . .
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Bivouac près des mines de cuivre


Jour 11 : Anciennes mines de cuivre – Cabane du Litor – bivouac – Temps moyen – 7h30 – D+1275m
    Je me suis réveillé au bruit des pas et des voix des filles qui campaient à côté et qui sont parties tôt. J’ai discuté au départ avec un autre GRdiste, celui qui bivouaquait également au même endroit. Il faisait le GR sur deux années avec Bagnère de Luchon comme séparation, mais il a dû s’arreter en Mai dernier à la Pierre St Martin à cause des névés. Ce matin là je suis parti au ralenti et, pour la première fois de la semaine, j’ai mis à peu près les mêmes temps que ceux annoncés par le topoguide. En montant la Hourquette d’Arre j’ai du m’arrêter assez souvent pour retrouver mon souffle. Ce n’est pourtant pas de la haute altitude mais je n’avais pas été si haut depuis l’ascension du Néouvielle en 2013. En haut, j’ai retrouvé les bivouaqueuses de la nuit, ainsi qu’un autre GRdiste qu’elles avaient déjà croisé plusieurs fois. Elles m’ont expliqué faire La Pierre St Martin – Arrens Marsous. On a discuté un peu de nos sacs respectifs et de l’aspect « chien ». Puis, alors que je prenais les dernières photos que mon appareil ait daigné enregistrer avant que l’objectif ne se bloque définitivement, elles sont descendues en direction du lac d’Anglas où je les doublerais un peu plus tard. Je suis ensuite descendu à Gourette lentement, mais sans pauses, et sous un ciel gris une fois sous le niveau des nuages. J’y ai fait des emplettes : pain, fromage, saucisson, tomates, lecture. Ensuite je suis allé manger à une brasserie, en terasse, d’abord parce que je sens mauvais, ensuite parce qu’après tout ces grands espaces, l’intérieur m’a paru suffoquant. J’ai commandé mon fameux duo café-menthe à l’eau, agrémenté cette fois-ci d’une pizza ! Là-dessus j’ai repris un café et longuement discuté avec un GRdiste de 5 jours (La mongie à Gourette) qui dégustait un dessert à mes côtés. Il m’a donné des infos et des conseils. Je suis reparti de Gourette d’un pas mal assuré, quasiment enivré par toute cette bouffe. Pourtant je n’ai pas pu m’empêcher d’engloutir mes tomates dans la montée au col de Tortes. J’ai payé dans cette montée le prix des forts dénivelés parcourus la veille et le matin même. Cette journée que j’ai fait volontairement tranquillement pour compenser la grosse étape de la veille ne m’a pas reposé du tout. Durant ces deux jours j’ai été respectivement au dessus puis en dessous de mon rythme de croisière ; l’un et l’autre ont été aussi fatigants.

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Vallée de Souséhou
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Montée à la Hourquette d'Arre
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Vue de la Hourquette d'Arre

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#6 16-11-2016 13:14:21

ester
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Bonjour Œuf,  smile

C'est parti pour une belle traversée des Pyrénées par le Gr 10 !
J'aurai plaisir à en retrouver les paysages et les noms.
Merci ! smile


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#7 16-11-2016 14:31:23

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Jour 12 : Cabane du Litor – Cabane Barbat – Cabane – Très beau temps – 7h45 – D+1375m
    Un grand ciel bleu ce matin là après une bonne nuit, ça m’a fait plaisir. J’ai rejoint un randonneur (vu à la Hourquette d’Arre) au col des Bordères, lui aussi était partit d’Hendaye – 1 jour avant moi – et il finissait le jour même à Arrens Marsous. On y est d’ailleurs arrivés ensemble. A Arrens nous avons bu deux bières : l’une pour fêter la fin de son périple, l’autre pour fêter mon passage au topoguide « Pyrénées centrales ». A l’heure de se séparer nous avons recroisé deux des trois bivouaqueuses des mines de cuivre. Elles ont perdu leur petite camarade qui souffrait au genou, elles terminent également leur aventure à Arrens pour retourner à . . . Tunis !! Elles venaient pour se dépayser parce qu’elles en avaient je cite : « marre de la Méditérannée ». Je suis arrivé à 14h45 au lac d’Estaing où je comptais bivouaquer, mais le camping sauvage y est interdit. De toute façon il y avait trop de touristes et il était un peu tôt pour s’arrêter. Je dis touristes comme si je n’en étais pas un, mais ça m’a fait mal de voir tous ces camping-cars et voiture à galerie me gâcher la vue alors qu’ils n’ont fait aucun effort pour monter jusque là.  J’ai envisagé un moment de tous les cramer, puis j’ai finalement choisi de manger tranquillement au bord du lac comme tout le monde, et de me rappelle que le reste de l’année, moi non plus je ne suis pas toujours à pied ! Après une pause repas, sieste, lecture, je suis reparti à 16h pour m’arrêter à 18h15 à la cabane de Barbat et y dormir à l’abri ce qui a mis fin à une série de 11 nuits consécutives en bivouac.

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Jour 13 : Cabane de barbat – Bédéret – Bivouac – Très beau temps, chaud – 8h30 – D+1440m
    Malgré un matelas très mou, l’odeur de moisi, les rongeurs dans l’aggloméré des parois et Loca qui a passé sa nuit à renifler chaque recoin de la cabane : la nuit a été très bonne. Pour une fois je me suis réveillé au sec, sans condensation. Après le col d’Ilhéou, je suis parvenu à Cauterets à 12h40. Les chiens sont autorisés sur le tronçon du GR qui longe le Parc National, pas besoin d’essayer de prendre un détour inutile non balisé qui fait perdre du temps comme je l’ai fait ! J’ai fais une pause casse croute à 15h où je n’avais déjà plus d’eau. J’ai lu un peu et j’ai redémarré à 16h en espérant trouver de l’eau rapidement. Raté. Je suis monté jusqu’au col de Riou sans trouver le moindre ruisseau. La montée en question se fait par de très longs lacets à faible pente, j’ai eu du mal à croire que j’ai avalé 1000m de D+ depuis Cauterets. Mais c’était long, très long, trop long avec la soif que je me tenais ! De l’autre côté le ruisseau indiqué par l’IGN du topoguide était à sec (station de Bédéret). Je me suis renseigné auprès d’un groupe de vacanciers bien sympathiques, ils n’avaient pas vu d’eau mais m’ont proposé de finir leur bouteille. J’ai fini avec reconnaissance les deux gorgés restantes et les ait remercié. Mais ça n’a pas étanché ma soif bien au contraire : ça m’a donné un aperçu de ce qui me manquait terriblement. Après une tentative manquée au robinet coupé de la station, j’ai finalement entendu un écoulement dans les hautes herbes : chic de l’eau !! Elle m’a semblé assez sale, j’ai vu des particules dans mes bouteilles et elle descendait de la station où il y avait des vaches. Je me suis donc forcé à attendre le plus longtemps possible pour la boire, afin que les pastilles de clore fassent leur effet. Les pastillent nécessitent 1/2h minimum pour purifier l’eau, j’ai craqué au bout de dix minutes seulement et j’ai dégommé presque 1L5 d’une traite . . . en espérant ne pas trop le regretter le lendemain ! Une fois le souci de l’eau réglé, je me suis rendu compte que j’étais bien fatigué. J’ai bivouaqué juste au bord du GR ce soir là, entre Bédéret et Luz Ardiden. C’était la 2ème journée où je portais le sac de Loca, à cause de la chaleur d’une part, et surtout parce qu’à force, les sangles l’ont irrité sous les pattes antérieures. Elle était tout de même bien fatigué ce soir là, et pourtant elle aurait aimé pouvoir courir encore plus lorsqu’il y avait du bétail ! Je l’ai soupçonné de vouloir adhérer à la CGT : la Confédération Générale des Toutous, dont la revendication principale est le droit à tous les toutous de courir après les moutons.

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Jour 14 : Bédéret – Gué du Bolou – Bivouac – Très beau temps et chaud – 7h30 – D+740m
    Je suis parti assez tard ce matin là : 8h30. Je suis descendu à Grust pour me laver , faire une petite lessive, visiter et me souvenir des vacances au ski d’il y a longtemps. C’est vraiment un beau village même en été, caractérisé par ses nombreuses fontaines. La descente à Luz par Sazos a été longue parce que je n’avançais à rien, j’ai fait des pauses toutes les 1/2h. A Luz j’ai eu un gros coup de barre, je suis sorti tant bien que mal de la ville pour m’étaler dans un champ afin de manger et faire une sieste dont j’ai eu du mal à me relever. Puis, comme pour me récompenser, je me suis retrouvé au beau milieu d’une farandole de framboisiers : nouveau prétexte pour une pause. Mais bon, toutes ces belles framboises pour moi tout seul je ne pouvais pas les laisser perdre. Pour moi tout seul ? Non ! Loca aussi a bien pigé le truc et s’est activée pour manger sa part. Après la récolte des Myrtilles, des mûres, des cerises, des abricots et des raisins, Loca peut ajouter les framboises sur son petit CV.

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Jour 15 : Gué du Bolou – Barèges – Camping – Beau temps puis orages l’après midi – 0h45 – D+ 0m
    Journée de pause pour attendre les copains à Barèges ; Antoine , Tony, Maxime, Théo, Djo et Elena ont fait un bout de GR avec moi. Je suis parti à 8h, Loca détachée et sans sac comme depuis 3 jours. Arrivé à Barèges je suis allé chez le marchand de journeaux pour trouver de la lecture. Le commerçant qui commençait juste sa journée, m’a offert un café car il n’avait pas encore pris le sien. On a regardé ensemble la retransmission des JO et la victoire inextremis de Bolt sur Gatling en final du 100m. Il y avait de plus en plus de clients et je l’ai donc laissé travailler, d’autant que Loca attendait dehors avec le sac à dos. Le commerçant m’a suivi jusqu’à la porte – malgré les clients qui patientaient à la caisse – pour me souhaiter bon courage et me féliciter.  Je suis descendu au camping pour réserver un emplacement pour 7 personnes et un chien. En montant ma tente, j’ai cassé un arceau : irréparable dans ces conditions : j’ai filé au intersport pour en acheter une nouvelle. Celle-ci est bien plus grande, ne fuit pas, condense moins, mais elle est plus longue à monter et deux fois plus lourde que la sarcophage qui a rendu l’âme, et elle est également plus encombrante. Les copains sont arrivés vers midi, de mon côté j’avais déjà eu le temps de faire la connaissance d’Hugo, je jeune voisin d’emplacement qui m’a fait un joli dessin ! Ensuite, nous sommes montés au village faire des courses, manger un bout et boire un coup. Dans l’après midi et la soirée nous avons pris deux ou trois bons orages, mais avec ma nouvelle tente « ça ne me fait plus rien ! ».
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Jour 16 : Barèges – Pont des Vacques – Bivouac – Beau temps puis orages et grêle – 7h – D+ 1400m
    Ce matin là, je me suis levé à 6h pour partir du camping à 7h, aller à la boulangerie et au parking du Tournaboup. Les autres m’ont rejoint en voiture, je ne pouvais pas briser mon GR, même pour deux malheureux kilomètres, ça aurait été trop bête. Nous avons marché tranquillement, avec de bonnes pauses. Antoine ouvrant la marche il a adopté un rythme qui me convenait, les autres suivaient un peu derrière. Il faut dire qu’ils avaient de sacré bardas ! S’ils n’avaient pas 20kg sur le dos au départ, ils n’en étaient pas loin. Antoine, Loca et moi avons attendu une 1/2h arrivés au lac d’Oncet, puis nous y sommes restés une heure de plus tous ensemble. Loca s’est fait un plaisir d’amuser la galerie en nageant après chaque ricochet, ou en arrosant tout le monde en s’ébrouant. Nous avons mangé au col du Sencours près d’une ruine. Après quoi Antoine, Tony, Loca et moi avons monté le pic du midi de Bigorre. En haut, un bon nuage a englobé tout le sommet pile à notre arrivée. Là-dessus un technicien de la station météo est venu nous annoncer des orages imminents et nous a conseillé de déguerpir. Dommage pour Tony et Antoine qui n’étaient jamais montés, nous sommes redescendus sans avoir eu la belle vue sur la chaîne des Pyrénées qu’offre habituellement le sommet. Une fois toute l’équipe réunie, nous sommes descendu vers Artigue sous un bon orage accompagné d’une grêle qui fait mal aux oreilles, mais tout ça dans une relative bonne humeur. Nous nous sommes arrêtés à 17h30 près du pont des Vacques malgré la réticence de certains - que je ne dénoncerais pas ici – à cause de la proximité des vaches ! Étirements, cuisine, et chansons Poitevines (la sauce aux lumas) ont ambiancé le bivouac.

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Les fameux lamas du pic du midi de Bigorre
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Un nuage a englobé le pic, pile à notre arrivé au sommet
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Un bivouac au pont des Vacques

Dernière modification par Oeuf (09-04-2017 09:53:20)

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#8 16-11-2016 16:12:40

Magne2
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Merci pour ce retour bien détaillé


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#9 17-11-2016 01:05:05

Gigi
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Merci pour ce retour bien sympa !

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#10 17-11-2016 11:23:47

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Jour 17 : Pont des Vacques – Refuge du Bastan – Bivouac – Beau temps et pluie le soir – 7h30 – D+ 1300m
    Départ assez tard (8h45) avec pauses à répétitions au début. Sur mon initiative on s’est arrêté boire un café à Artigue. Sauf qu’en groupe on met toujours beaucoup plus de temps à s’arrêter, et surtout à redécoller. Nous sommes donc restés 1h30 attablés avec boissons chaudes, tartines, croissants  . . . pour repartir à 10h40 ! La montée était un peu sévère après la pause, et pas de chance, avec les travaux EDF, les lacs étaient vides. On a fait une pause manger à 14h et jusqu’à 16h. Max et Elena avaient mal au genou et ont galéré un peu. A la Hourquette du Bastanet (2507m), Antoine et moi avons déposé nos sacs au col pour redescendre chercher ceux de Maxime et Elena, et ainsi soulager un peu leurs genoux respectifs. La vue est magnifique avec d’un côté les lacs de la Hourquette, une mer de nuage au loin, et le pic du midi de Bigorre, et de l’autre les lacs de Bastan et les hauts sommets du Néouvielle. J’ai accompagné Elena dans la descente car elle semble beaucoup souffrir. Arrivé au lac supérieur, notre lieu de bivouac pour la soirée, nous nous sommes pris une bonne averse et nous sommes réfugiés dans nos tentes pour manger, abandonnant du même coup la quête du bois pour le feu de camp ! Quand il s’est arrêté de pleuvoir on a fait ce fameux feu de camp sous la direction et le souffle de Tony. Une belle occasion de remanger, chaud cette fois-ci. Nous avons eu droit à un clair de lune époustouflant, autour d’un feu qui nous a réchauffé le cœur et l’esprit, Geoffrey nous a fait un petit blind-test à base de guimbarde. L’un des plus beaux bivouacs de cette traversée, le plus festif en tout cas, et le dernier avec toute cette petite clique.

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Un moyen MUL au milieu de mulets
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Lac du Bastanet et un petit bout de pic du midi de Bigorre
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Col du Bastanet
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Le temps se gâte


Jour 18 : Refuge du Bastan – Azet – Bivouac – Beau temps puis brouillard - 7h – D+700m

    Ce matin encore on décolle tard (8h45) mais nous ne ferons pas la même erreur, à savoir : prendre deux petit dej’ comme la veille. Nous sommes directement allés au refuge du Bastan pour y prendre des boissons chaudes et des tartines. Mais comme la veille, entre le remplissage des bouteilles, les sacs à refaire, etc, on est partit du refuge à 10h20. On a donc commencé donc à marcher, mais pas pour longtemps ! Tony a oublié ses semelles près du feu de camp, j’y suis retourné en courant. A mon retour, on m’a dit que la carte IGN était restée au refuge. J’y suis retourné en courant – les gens que j’ai croisé ont du me prendre pour un fou – pour voir que la carte n’y était pas mais que le poncho d’Elena lui était bien là. La carte était finalement bien dans le sac de Théo. Je me suis séparé des copains à la bifurcation lac de l’Oule/Vieille Aure. Eux rattrapaient Barège par la réserve du Néouvielle, via le GR10 original. Comme il fallait s’y attendre j’ai eu un petit coup de blues en me retrouvant seul . . . et Loca aussi, elle traînait en regardant en arrière comme pour attendre la petite troupe à laquelle elle s’était habituée. Peu après, j’ai quitté le beau soleil pour m’enfoncer dans le brouillard ce qui n’était pas pour améliorer mon moral. La séparation d’avec mes amis m’a fait prendre conscience brutalement du temps depuis lequel je marchais : 18 jours. J’ai ensuite passé Vieille Aure puis Azet, et j’ai trouvé un bivouac pas terrible le long du GR. Par rapport au cadre de la veille, mon emplacement était ridicule ! Mais bon on ne peut pas avoir des coins paradisiaques tous les soirs. Sans les copains c’était un peu tristounet quand même, et les prévisions vues à Vieille Aure n’était pas pour me réconforter : gris et pluie jusqu’au dimanche suivant !

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Un bivouac magnifique au lac supérieur, que l'on peine à voir sur les photos tant il reflète
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Les lacs de Bastan

Jour 19 : Azet – lac d’Espingo (hors GR) – 9h – Bivouac - Beau temps et pluie le soir – D+2170m
    Agréablement surpris par le grand soleil, je suis parti tard mais bien reposé. A Loudenvielle, j’ai fais des courses et bu un café et une menthe à l’eau. J’ai un peu mangé avant la cabane de l’Ourtiga, j’en ai profité pour rationner et empaqueter mes courses. J’ai été agréablement surpris (pour la 2ème fois de la journée !) par de la poudre Maggi qui est sensé faire de la sauce normalement à chaud. Mais avec ma semoule ça se déliait très bien, pas de grumaux même à froid donc, et ça donnait un très bon goût ! Après le couret d’Esquierry, je suis descendu aux granges d’Astau où l’on m’a dit que le lac d’Ôô était interdit au camping sauvage mais qu’il était possible de bivouaquer au lac d’Espingo, hors GR et 500m de D+ plus loin. Je suis donc monté rapidement au lac d’Ôô et sa belle cascade, puis au lac d’Espingo en continuant de me renseigner sur la possibilité de dormir en haut. « Oui oui, il y a des tentes et même un refuge » me disent deux jeunes gens qui en descendent. En arrivant en haut, je suis directement tombé sur un gros panneau indiquant « camping non autorisé », et évidement il y avait environ zéro tente . . . Pas de sous pour le refuge : tant pis je me suis planqué un peu pour monter la tente hors de vue du refuge, et ce juste avant une averse. Le lac d’Espingo est situé dans une cuvette assez haute, et il y avait encore pas mal de neige, l’endroit est assez impressionnant. Les chevaux étaient loin en bas, près du lac. Après manger bien sûr ils sont montés pour rester tout autour de ma tente. Un poulain s’est même mis à marcher dessus et essayait d’en grignoter l’arceau. Je l’ai fait un peu reculer en secouant la toile, mais je me suis dit que la nuit risquait d’être longue.

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[La photo ne correspond pas à la journée 19]

Jour 20 : Lac d’Espingo – Sode – Bivouac -  Brouillard, pluvine, pluie et gris –  9h – D+750m
    Sale nuit, la pire depuis mon départ d’Hendaye, et elle restera de toute façon la pire de la traversée. Harcelé par ces saloperies d’équidés toute la nuit, et notamment par le satané poulain bien curieux qui avait commencé à m’embêter la veille et qui est venu renifler ma tente toute les 10 minutes. J’ai du rester éveiller pour le faire fuir en permanence en secouant la toile encore et toujours. Rester éveillé n’était pas bien compliqué puisque les autres chevaux se sont chamaillés toute la nuit à côté de la tente, si bien que j’ai eu peur de finir empalé par un sabot de cheval. Sans compter que leurs grosses cloches faisaient un bruit assourdissant. Lorsqu’enfin ils se sont éloignés un peu et ont fait une petite sieste, c’est le vent qui s’y est mis à grand coup de bourrasques. A 6h30, après 2 petites heures de trêve, les chevaux sont revenus près de moi, et le jeune poulain tentivore a recommencé à essayer de becqueter mon abri, si bien que je me suis décidé assez rapidement à partir malgré la nuit blanche. Départ vers 7h30. Oui, mais par où ?! Le brouillard avait envahit la « cuvette » et je n’y voyais plus à 3m. Impossible de retrouver le sentier qui était pourtant à peine à 50m de ma tente ! Quand j’ai cru l’avoir déniché, j’étais en fait sur une piste de chevaux, et je m’enfonce dans des trous de sabot - pleins d’eau bien sûr – jusqu’à mi mollet. Il était à peine 8h et mes chaussures étaient déjà des piscines . . . encore la faute à ces gros poneys ! La montée à la Hourquette des Hounts-secs était particulièrement désagréable, mon pantalon s’est vite trouvé entièrement trempé par les herbes. Arrivé en haut, je suis trempé jusqu’aux os et je n’ai vu aucun paysages. Sur la nouvelle feuille du topoguide j’ai découvert une mise en garde sur la difficulté et le caractère abrupt de la suite du parcours. « Niquel, me suis-je dit non sans sarcasme, j’y vois rien, je suis trempé, tout glisse et je n’ai pas dormi de la nuit et il faut que je tombe sur l’un des seuls passages délicat du GR ». Mais le sentier devait trouver l’exercice encore un peu simple pour moi, alors il s’est débrouillé pour ajouter un peu de « piquant » par l’intermédiaire des moutons cette fois-ci. En passant horizontalement dans un pierrier bien raide j’ai entendu à ma droite - c'est-à-dire bien au dessus de moi – un bruit de cailloux et de galop. Le bruit de galop s’est estompé, mais le bruit des cailloux s’est accentué, et j’ai vu passer juste devant moi une petite avalanche de pierres grosses comme des ballons de foot. J’ai tenu Loca bien à côté de moi et me suis baissé en attendant que ça passe. Peu après, le sentier ne suivait plus du tout les descriptions du topoguide, ni le tracé de l’IGN d’ailleurs. Je me suis retrouvé complètement paumé, j’ai donc fait attention au balisage, mais ce n’était pas évident dans le brouillard, j'ai fait 200m de D+ non prévus. Je suis tout de même arrivé à Super-Bagnères, où j’ai trouvé une affiche destinée aux randonneurs qui allaient en sens inverse par rapport à moi, elle disait : « Nouvel itinéraire du GR10, suivre le balisage ». Je n’ai pas été prévenu moi qui viens de l’Ouest ! Là-dessus, il s’est mis à pleuvoir des cordes, mais au moins, je suis sorti un peu du brouillard. Je voulais monter jusqu’à Artigue, mais j’ai finalement décidé d’arrêter la journée à 17h30 à Sode peu après Luchon. A chaque jour suffit sa peine est une expression qui convenait plutôt bien sur l’instant. Je me souviens avoir plaisanté avec moi-même en me disant que personne n’aurait vraiment su ce qui m’était arrivé si l’éboulement provoqué par les supposés moutons m’avaient tué. Peut-être aurais-je eu la présence d’esprit d’écrire sur la montagne avec mon sang : « Ovin m’a tuer ». « En tout cas c’était la croix et la Bagnères pour arriver à Luchon, hahaha ! ». A force d’être seul, on fini par se parler à soit même !

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[Les photos ne correspondent pas à la journée 20]

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#11 17-11-2016 12:09:29

Sachabe
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Oeuf, tu m'embêtes. J'hésite déjà entre une traversée des Pyrénées et une traversée des Alpes, et tu viens me balancer ton récit en plein pendant mes reflexions. Histoire de bien compliquer les choses!

En tout cas, un super retour. Un véritable récit qui donne envie d'avoir la suite que j'attends avec impatience. smile


Ah, et tu me donnes aussi envie de voler un des deux chiens de mon père pour mon été, tu t'arrangeras avec lui si il râle, ce n'est quand meme pas de ma faute si tu me donnes envie.

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#12 17-11-2016 12:43:48

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Haha ! Loin de moi l'idée de semer le doute dans ta tête, ni de foutre la m**de avec ton papa  big_smile  big_smile

Si tu optais pour une traversée des Pyrénées, sache qui si c'était à refaire je ne me contenterais pas du GR10. J'ai croisé un gars tout à la fin sur le pic du Canigou, lui s'est composé une traversée en prenant comme base le GR10 mais en jonglant avec le GR11 espagnol et la HRP, selon ses envies, la météo, le ravitaillement etc . . . Le GR10 fait beaucoup de dénivelé et passe juste à côté de points intéressants parfois sans y aller, c'est vrai que ça peut-etre un peu frustrant. Alors si je peux te donner un conseil : si tu fais la traversée, ne te met pas les œillères comme je l'ai fait et va voir ce qui t'intéresse  wink

Edit : A lire mon message on dirait que je regrette ma traversée, ce n'est pas du tout le cas, la traversée même sur le GR10 seul reste magique et géniale  smile

Dernière modification par Oeuf (17-11-2016 12:45:45)

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#13 17-11-2016 13:22:55

Rouquemoute
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Avais-tu imaginé des étapes par avance, ou tu as fais tout au jour le jour ?

Comment as-tu géré le ravitaillement ? Pas trop dur de trouver des croquettes en montagne ???

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#14 17-11-2016 13:49:30

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Tout au jour le jour, selon la fatigue, la beauté du lieu . . . c'est pourquoi je n'ai fait aucun refuge, et les quelques campings où j'ai dormi ça a été sans réservation.
Je ne savais pas en partant si j'en avais pour 35 ou 60 jours . . .

Pour le ravitaillement, ça a été relativement simple le GR10 descendant assez souvent dans les villages. En Ariège la partie la plus sauvage et la plus déserte, j'avais compté un maximum de 5/6 jours sans ravitaillement, finalement j'ai fait de grosses journée avec souvent des D+ avoisinant les 2000m donc j'ai rétréci les écarts à 4 jours maximum.
Ce qui ne m'a pas empêché d'avoir des soucis puisque l'épicerie de Fos, la boulangerie de Fos, le gite d'etape de Fos et son camping sont tous fermés (voir récit jour 21 qui arrive très bientôt). Et que l'épicerie de Mérens les Vals a fermé définitivement 2 jours avant mon arrivée, mais je m'en suis sorti  big_smile

Pour les croquettes zero problème, Loca portait environ 6/7 jours de croquette, j'en ai parfois porté un peu puisque les paquets de 3kg ça fait un peu beaucoup pour qu'elle porte seule. On peut en acheter un peu partout dans les plus "grandes" bourgades.
Même si pénurie il devait y avoir, il y a moyen de s'arranger avec les bergers qui m'en ont proposé plusieurs fois gratuitement, ou avec les refuges. J'ai acheté une semaine de croquette pour 2€ une fois à un refuge dans les PO parce que nous étions dimanche.

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#15 17-11-2016 17:44:30

Sachabe
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Si je fais une traversée des Pyrénées je pense que ça serait effectivement avec un remix des GR10/11 et HRP. Principalement en HRP parce que j'aime l'idée d'être plus loin de la civilisation, mais surement quelques passages sur les GR si je me sens seul. smile
J'aurai un GPS de toute façon donc ça devrait aider déjà.
Le problème c'est que j'aime la vitesse. Me faire une traversée total en moins de 20 jours serait super cool, et j'aurais du mal à me dire que j'ai traversé en un mois, meme si j'ai fais de nombreux détours pour voir d'autres cols/sommets/lacs/etc. Du coup va vraiment que je travaille sur moi pour ne pas me mettre la pression et PROFITER.

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#16 17-11-2016 18:46:19

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Mixer les trois traversée fait perdre du temps, le gars qui a fait ça a fait sa traversée en 2 mois. Pour info le GR10 est le plus long, les GR11 et HRP sont plus courtes.

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#17 19-11-2016 17:43:52

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Jour 21 : Sode – Fos – Bivouac – Gris, brouillard et ciel dégagé en fin de journée - 7h30 – D+1300m
    Il faisait gris mais ne pleuvait pas, pas la peine de toute façon puisque mes chaussures et vêtements étaient déjà mouillés. J’ai décidé dès le matin de m’arrêter le soir à Fos pour avoir la douche chaude au camping, laver mes vêtements sales, et les faire sécher au mieux. De plus, comme nous étions dimanche, je comptais faire mes courses à l’ouverture de l’épicerie le lendemain. En effet j’avais compté 5/6jours de marche sans ravitaillement sur le GR après Fos. Je marche donc vite ce matin, et je grille tous les temps du topoguide. Comme la veille j’ai progressé dans le brouillard et je n’ai rien vu, mais le moral est meilleur car je suis un peu mieux reposé. Je me fais encore des petites conversations à moi même (légèrement teintées d’ironie) mais qui me détendent :
« -Alors comme ça tu as fais le GR10 ?
-Ouais . . .
-Et alors c’était comment les paysages et tout ?
-Ben j’en sais rien j’ai rien vu à cause du brouillard . . . »
     J’ai marché un bon bout de temps sur la frontière franco-espagnole : pied gauche en France, pied droit en Espagne, pied gauche en France, pied droit en Espagne . . . Durant la longue – et plutôt pénible – descente en lacet en forêt, j’ai pris un malin plaisir à me faire le programme de la fin d’après midi :
1)    Check des ouvertures de l’épicerie pour voir si je ne peux pas me ravitailler dès le soir
2)    Voir s’il n’y a pas un bistrot d’ouvert pour prendre un café
3)    Voir s’il n’y a pas un marchand de journaux pour prendre de la lecture
4)    Aller au camping pour prendre un emplacement, laver les affaires, les sécher et prendre la douche chaude
5)    Voir dans le village s’il n’y a pas un endroit où manger chaud le soir après ces trois jours un peu merdiques, et avant une petite semaine sans ravitaillement
En arrivant à Fos je suis tombé sur un panneau indiquant : boulangerie : 300m, épicerie : 250m, camping : 50m, restaurant : 100m, gîte d’étape : 150m. « -Chouette une boulangerie ! Je vais commencer par là pour voir si je peux avoir quelque chose demain matin. Boulangerie : fermée le propriétaire est malade depuis 6 mois. -Bon ce n’est pas grave où est l’épicerie ? Fermée depuis au moins 1 an. -Zut ! Comment je vais me ravitailler !? Bon pour ce soir je vais voir au restau . . . fermé, on est dimanche ! Bon il est où ce gîte d’étape, je vais au moins y manger, j’attacherais la chienne à l’extérieur, et j’en profiterais pour vérifier si ceux que j’ai croisé ont bien éteint la cafetière. Ah ben non, il est en restructuration, c’est pourquoi ils ne font plus que le petit déjeuner en libre gestion pour l’instant. Je suis dans la merde. Je n’ai plus de bouffe et le prochain ravitaillement est à Sentein soit 14h de marche d’après le topoguide, et hors GR : un détour de 3h. Bon, eh bien pour ce soir je vais au moins profiter de la douche chaude et surtout de laver et sécher mes affaires au camping. Je réfléchirais une fois propre.» Quand je suis arrivé sur le camping, il était vide, les sanitaires condamnés, la barrière fermée. Là j’ai craqué. J’ai hurlé « CA ME CASSE LES C***LLES !!!!! », l’écho m’a répondu « . . .OUILLE . . . Ouille . . . ouille . . . », une petite vieille m’a regardé par ses volets entrouverts en se demandant ce qu’il se passait. Trois jours que le temps était pourri, qu’il ne m’arrivait que des embûches et au moment où j’espérais repartir sur de bonnes bases, je suis arrivé dans un village devenu fantôme. En plus de ne pas avoir eu le confort minimum sur lequel je comptais, j’étais dans la panade question nourriture. 14h de marche sans un quignon de pain ça faisait un peu léger. J’ai alors aperçu deux tentes dans un petit parc au milieu du village, près de l’école. Deux GRdistes qui étaient comme moi surpris de trouver ce village mort de chez mort. Ils étaient posés sur une aire de bivouac mise à disposition des randonneurs. Il y avait là un Ardèchois rigolo parti d’Hendaye un mois auparavant, et un Belge partit de Luchon. Ils m’ont offert une bière parce qu’ils ne pouvaient me dépanner je cite : « que du manger liquide ». J’ai donc mangé des poires pas mûres et des framboises qui se trouvaient sur le Parc en établissant le programme du lendemain. Je pensais me lever tôt et aller jusqu’au refuge de l’étang d’Araing pour voir si je ne pouvais pas acheter un sandwich. Le moral va mieux, je suis résigné, j’ai même pu prendre une douche froide mis à disposition par la mairie et laver mes affaires dans l’école.

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[La photo ne correspond pas à la journée 21]
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[La photo ne correspond pas à la journée 21]

Jour 22 : Fos – Sentein – Camping – Très beau temps – 10h15 – D+1900m
    Je me suis levé à 6h30, le temps de remballer et de dire au revoir aux deux Gérard’s qui ont partagé leur bivouac, me voilà parti . . . J’ai fait une grosse matinée de marche et j’ai eu une superbe vue au col du bouc, alors que je n’avais vu que du gris les jours précédents. Dans la montagne, les panneaux demandent aux randonneurs de faire le tour des troupeaux pour faire plaisir aux patous. Pas facile quand les moutons prennent toute la montagne ! Je suis arrivé à 13h à l’étang d’Araing dont le cadre du refuge est superbe, et les gens à la cool. J’ai mangé un sandwich au pâté et payé une bière aux Gérards qui devaient dormir là le soir même. Je me suis renseigné sur l’épicerie de Sentein, pour savoir si j’y trouverais des croquettes. La réponse est oui, et un berger espagnol qui était là avec ses border collie m’a même proposé de remonter au plateau de l’Uls pour me faire le plein de croquettes gratos. Je lui ai expliqué qu’il fallait que j’arrive absolument à Sentein le soir pour me ravitailler moi aussi. Après une montée vite réglée, je suis descendu aux impressionnantes mines de zinc. A partir de là le sentier est devenu raide, humide et boueux voir inondé, la descente a été difficile, je n’étais plus très lucide et j’ai du faire des pauses. Finalement, après une heure sur la petite route hors GR, je suis arrivé à Sentein les pieds douloureux. Il faut dire que j’ai découvert le matin même ma première ampoule en 22 jours de marche. J’ai fait mon ravitaillement à l’épicerie, et j’ai embarqué le dernier paquet de croquette. Puis je suis allé au camping où j’ai enfin pris une bonne douche chaude, lavé mes affaires et empaqueté mes emplettes pour cinq jours. Une journée très longue, dure physiquement, mais avec des paysages superbes, un temps magnifique, zéro galère et une bonne progression.

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[La photo ne correspond pas à la journée 22]
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[La photo ne correspond pas à la journée 22]

Jour 23 – Sentein – Cabane Trapech – Cabane – Très beau temps et très chaud – 7h30 – D+1850m
    7h30 : Je suis parti du camping à 8h45 pour parcourir en sens inverse les 6km de bitume hors GR et le long du Lez, l’endroit n’était pas désagréable. De retour sur le GR, j’ai doublé un homme qui était au camping et qui a du me doubler en voiture. Nous nous sommes mis à discutailler, j’ai ralenti le rythme, il a augmenté le sien et nous avons monté ensemble. Il est accompagnateur, initiateur à la Fédération de montagne et d’escalade. Suite à un souci de genou il faisait le GR par courtes étapes, sa femme et sa fille le suivant en voiture et l’aidant logistiquement. Malgré mon ralentissement, nous avons monté en 2h ce qui était indiqué en 3, mon nouvel ami Alexandre semblait impressionné par sa propre performance sur la montée. Au refuge sous le col de l’Arech, la taulière était très intéressée par la rando avec son chien et nous avons discuté tout un moment des avantages, des inconvénients et des moyens pratiques. Ensuite Alexandre m’a laissé prendre le large, son genou le faisant souffrir dans la descente. J’étais très en jambe mais je me suis arrêté manger à 14h30 près des ruines Flouquet pour laisser passer un peu le coup de chaleur. J’ai décollé à 15h45 puis je suis arrivé au refuge Basset 0h45 plus tard, il faisait encore plus chaud que pour la montée du pic d’Iparla au début du trek. Même moi qui ne crains pas la chaleur je tirais la langue, alors avec son sac à croquette, Loca marchait sur la sienne ! On a fait une pause à la cabane pour remplir mes bouteilles avec le mince filet d’eau qui coulait dans l’abreuvoir. Ca a permis à Loca de se coucher dedans et de reprendre son souffle. Je me suis arrêté à la cabane Trapech du milieu qui semblait toute neuve. Encore une bien belle journée au niveau de la météo comme du paysage.

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[La photo ne correspond pas à la journée 23]
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[La photo ne correspond pas à la journée 23]

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#18 20-11-2016 16:38:19

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Jour 24 : Trapech – Carrières de l’Estours – Bivouac – Très beau temps, caniculaire - 10h – D+1350m
    Cette nuit là, j’ai eu droit à un superbe clair de lune, un ciel étoilé et à l’éclairage d’une bonne bourgade au nord est, j’ai pensé qu’il s’agissait de St-Girons. Départ à 7h30 ce matin là, une belle journée s’annonçait, il faisait déjà très doux. Après la maison du Vallier j’ai attaqué la montée, je commençais vraiment à aimer la grimpette, je ne faisais plus de pauses, j’avais un gros rythme mais régulier. 1h45 au lieu de 3h40 . . . Encore une belle portion avec vue sur la plaine à perte de vue au nord, et le lac d’Ayes était très beau. J’ai croisé dans la descente tout une tribu de Marseillais hallucinés de ce que je fais : « Oh t’y a entendu, il est partit d’Hendaye y’a 24 jours ! » « Oh c’est pas vrais con !? Dis chérie, t’y a entendu ça !? ». J’ai également demandé des infos météo à des petits vieux dont l’un d’entre eux a assuré avec aplomb qu’il fallait 1 semaine pour faire le GR en entier. Il n’a pas eu l’air convaincu quand je lui ai dit qu’un bon mois et demi était nécessaire. Après avoir mangé, la chaleur était insoutenable, heureusement, le sentier emprunte des sous bois. Dès que j’en sortais, le soleil me tapait dessus et l’air devenait brûlant. Bref, canicule sur le sentier. Après le gîte d’Esbints, Loca s’est arrêté sous un arbre réclamant une pause. Je portais pourtant son sac. Je me suis arrêté ce soir là près des carrières de l’Estours au bord du torrent du même nom, après une petite heure de bitume.


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[La photo ne correspond pas à la journée 24] Un gros lézard Basque

Jour 25 : Carrières de marbre – Col de la serre de Cot – Cabane – Très beau temps, caniculaire – 8h – D+2175m
    Départ à 7h30, en sous bois d’abord horizontal, puis sur de bonnes montées. Une vache a pris Loca en grippe. Ce matin du 25 aout, j’étais sur la boucle du GR qui m’a fait aller plein Ouest avec l’impression de faire machine arrière. Impression accentuée par le vent de face qui n’a jamais été aussi fort comme pour me dire « eh mon gars, c’est pas par là ! ». Le balisage est un peu mauvais dans la forêt et ce jusqu’au cirque. A la cabane d’Aula, j’ai fait une rencontre surprenante avec un gars qui travaillait tantôt au gîte d’Aunac, et qui tantôt montait à cette cabane avec son âne pour ravitailler les randonneurs. La vue depuis le col d'Aula était imprenable sur le cirque que je venais de parcourir. En redescendant, après le col de la pause, j’ai trouvé une GRdiste en train de casser une graine. Elle m’a dit arriver de Banyuls !! Chouette enfin quelqu’un qui venait de la mer ! Elle m’a conseillé de faire le Canigou. Je me suis fais plaisir à la ferme du Rouze, j’y ai acheté un morceau de pain d’épice et un jus de pomme maison. Le système est rigolo, c’est un petit stand en libre service rafraichi grâce à un circuit d’eau, le long du GR. Il suffit de jeter ses pièces dans une petite boîte, une jolie preuve de confiance du fermier envers les marcheurs. J’ai ensuite attaqué la montée vers le col de la serre du Clot, mais il faisait très très chaud. Je n’ai jamais autant sué de ma vie, je suis littéralement trempé. Il n’y a pourtant que 600m de D+. Loca s’est encore fait agressée, par un molosse cette fois. J’ai décidé de rester à la serre du Clot, plus pour la vue que par fatigue car la température est descendu et le dénivelé est négatif jusqu’à St Lizier. L’endroit était magnifique, surement l’un des plus beaux bivouacs de la traversée.
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[La photo ne correspond pas à la journée 25]

Jour 26 : col de la serre du Clot (cabane du Tuc) – Aulus les bains – Camping – Très beau temps et chaud – 8h15 – D+ 1290m
    C’est raté pour le superbe bivouac ! Les vaches m'ont délogé de mon endroit, j’ai dû me réfugier dans la cabane où il faisait très chaud avec l’inertie thermique des pierres, malgré ça, il y a un matelas moelleux. Malgré le confort, le fait d’avoir mis fin à ma journée de marche hier pour un bivouac que je n’ai pas pu faire m’est resté en travers de la gorge. A la mi journée, je me suis arrêté pour faire de la lessive puisque j’avais en tête de passer Aulus les bains dans la journée sans même m’y arrêter. Finalement, j’ai discuté tellement longtemps avec un autre GRdiste que je mange au même endroit et que j’y fais une sieste. J’ai pris du retard sur mon avance, et je suis donc revenu à la solution initiale qui était de dormir au camping à Aulus les bains. Cet après midi là, les paysages étaient très beaux, mais le sentier a emprunté beaucoup de sous bois caillouteux, limites dangereux si l’on n’est pas lucide. Il faisait encore très chaud mais le GR étant à l’ombre, ça n’a pas gêné la marche. A Aulus les bains, je suis tombé sur le GRdiste vu le midi. Il m’a indiqué le camping, l’office de tourisme et la superette. J’ai fait de telles courses à la supérette que la patronne m’a offert tout un tas de sandwich périmés de la veille. Je me suis relavé au camping, et je me suis même rasé ! Le GR ok, mais avec classe s’il vous plait !

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[La photo ne correspond pas à la journée 26]

Jour 27 : Aulus les bains – Marc – Bivouac – Très beau temps, chaud – 8h – D+1140m
    Je suis parti du camping à 8h15, je me suis lancé sur le bon sentier à 9h40 seulement : balisage pourrie, explications imprécises, indications incomplètes, et surement un peu de manque d’attention de ma part. Sur le chemin j’ai revu les marseillais vus quelques jours auparavant, ils faisaient partie d’un grand groupe de marche, et on dirait qu’ils ont parlé de moi ! J’ai reçu tout un lot de questions et de félicitations. Ce matin là, j’ai aussi rencontré un GRdiste partit d’Hendaye le 20 Juillet. Il a eu quelques soucis de santé : infection urinaire et mal au genou. C’est seulement la deuxième personne que j’ai rencontré jusqu’ici qui faisait la traversée en entière (hormis les Transpyrénéistes). L’arrivée au col de Bassiès était juste splendide, les étangs ainsi que les montagnes sombres et rocheuses étaient très impressionnants. La descente en revanche m’en a fait voir, j’étais crevé et je n’avançais à rien. Et puis l’Ariège a beau être superbe, j’ai commencé à en avoir vraiment marre des descentes en forêt et en lacet dès que l’on passe sous la barre des 1500m, la vue y est toujours bouchée. Exténué, j’ai du passer sur l’aqueduc - pas très intéressant – avant de trouver un campement potable à Marc. Je me suis installé dans le parc de la maison de vacances en espérant ne pas me faire virer.

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[La photo ne correspond pas à la journée 27]

Jour 28 : Marc – Siguer – Abri – Beau temps et pluie en fin d’après midi – 8h30 – D+1400m
    Goulier est un très beau village, je me suis arrêté juste après l’avoir traversé pour manger et me reposer, mais surtout pour reposer Loca qui en a bavé avec son sac. Loca qui s’est d’ailleurs trouvé un amoureux à Goulier. Un beau Border collie aux yeux vairon l’a suivi depuis le village. Ils ont un peu joué ensemble mais je devais faire se reposer Loca, j’ai donc repoussé celui que j’ai surnommé Guy. Il me suivra tout l’après midi malgré mes tentatives pour le chasser, le renvoyer à son maître. Je progressais encore en forêt, le balisage était assez mauvais et la pluie à commencé à tomber. Et pour la première fois, une douleur inquiétante est apparue, mon tendon d’Achille droit m’a fait souffrir tout l’apres midi. Heureusement les pistes étaient assez horizontales à cet endroit. Je me suis arrêté à Siguer dans la salle mise à disposition par la mairie, suivi par deux toutous : Loca et Guy, qui s'est fait taxer de chien errant par les habitants, et que j’ai entendre se faire battre cette nuit là. Pourtant il m’avait l’air de tout sauf d’un chien errant, il avait deux colliers, dont un avec un nom et un numéro de téléphone écrits en gros. Je n’avais pas de quoi téléphoner, ma batterie devais tenir jusqu’à la fin du GR10. Dans la salle, il y avait tout le confort imaginable : Un bureau, une table, des topos, des lits ultra confortables, des toilettes, une douche chaude, un lavabo et même, chose que je n’avais pas vu depuis longtemps : la lumière ! J’ai fait un petit bilan matériel après 4 semaines de marche : une tente cassée à Barèges, la sac à dos se déchirait légèrement par endroit mais a tenu bon, idem pour le matelas en mousse, les chaussures étaient toutes deux déchirées, le sac de bât s’est déchiré sur le dessus mais il tenait encore, mon Tshirt en merinos s’est troué les premiers semaines un bon moment mais ça n’a pas empiré pas. Cette semaine là je n’ai pas fait beaucoup de bivouac : 3 cabanes et 2 campings. Cela s’explique par les vaches, les prévisions météo, le gain de temps de paquetage le matin, et en ce qui concerne les campings : les douches et lessives étaient nécessaires pendant la canicule.

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[La photo ne correspond pas à la journée 28]

Dernière modification par Oeuf (20-11-2016 16:39:31)

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#19 20-11-2016 17:02:25

ester
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Bonjour Œuf,  smile

De mémoire, à Fos, les commerces sont à une portée de pouce levé, à la frontière, côté Espagne.


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#20 21-11-2016 15:23:02

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Oui ester c'est ce qu'on m'a dit plus tard à Aulus les bains. Mais le pouce avec le chien ce n'est pas très efficace, je ne sais pas si j'aurais eu plus vite fait . . . enfin, ce qui est fait est fait !

Jour 29 : Siguer – Jasse d’artaran – Cabane – Brouillard, pluie, orage - 8h30 – D+2165m
    Ce fut une nuit au top, la meilleure du GR surement, je me suis même réveillé à 2h pensant que c’était le petit matin tellement je me suis senti reposé. La météo était en revanche pourrie, il pluvine et je me retrouverais très vite dans le brouillard. Il a été dur de quitter ce petit nid douillet pour aller se fourrer dans la flotte et les nuages ! Lorsque j’ai enfin trouvé la motivation pour sortir, qui j’ai trouvé fou de joie ? Guy ! Qui m’a attendu là toute la nuit ! Au vu de la réaction des quelques habitants avec qui j’ai discuté la veille, j’ai pris le partit de ne pas le laisser là, je trouverais un téléphone plus tard pour appeler son maître. Je me suis arrêté à la cabane de Balledray où j’ai mangé un riz au lait. Les deux chiens se sont endormis en boule à mes pieds : trop mignon ! Ce matin, alors que je progressais dans un brouillard très épais, je suis tombé sur une chose improbable . . . un chasseur. On y voyait comme à travers une pelle, ce type devait être complètement timbré, il pourrait tirer sur des brebis, sur des chiens voir sur des randonneurs ! Après une courte pause manger donc, j’ai repris la marche dans des sentiers très peu marqués et occupés par des vaches qui nous obligent à quitter les faibles traces dans l’herbe, difficile de les retrouver quand ce n’est pas balisé. Ce fut un des pire passages du balisage Ariègeois qui n’est déjà pas terrible en temps normal, balises effacées, hors de vue, voir absentes, pas de croix du tout aux intersections, ni d’indication de direction. Une erreur de balisage m'a envoyé remonter le col de Sirmont en plein orage, ça me conforte dans mon avis, le balisage Ariègeois est selon moi à refaire entièrement. Je me suis arrêté pour la nuit à la cabane de la Jasse d’Artaran (1700m), il était temps car je n’aime pas trop progresser à ces altitudes en plein orage et à découvert. Mes deux compagnons se sont directement mis en boule et ne se sont relevé qu’à l’heure des croquettes !

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[La photo ne correspond pas à la journée 29]

Jour 30 : Jasse d’Artaran – Merens les vals – Camping – Beau temps, mer de nuage – 8h30 – D+1040m
    Après une nuit de câlins avec les chiens qui venaient se faire grattouiller en plein nuit, je suis parti sous un ciel à peu près dégagé à 7h30. Au plateau de Beille, surprise, les chiens sont interdits même en laisse. Alors quand le taulier de la cabane de Beille d’en haut m’interpelle, en caleçon et un rouleau de PQ dans la main, je ne fais pas trop le malin. Il m’a demandé si les chiens étaient à moi, quand je lui ai expliqué que Guy me suivait depuis Goulier et que je ne pouvais pas appeler au numéro faute de téléphone, il m’a invité à boire le café le temps de joindre le proprio. Sa femme était elle aussi dans la cabane, la situation est rigolote, Moïse, en caleçon, essai de joindre le propriétaire de Guy, tandis que Marie Jeanne sert le café et les biscuits : « Dis donc Moïse, tu veux te rhabiller un peu là ?! Tu me coupes l’appétit ! ». Nous avons beaucoup discuté, notamment du métier de berger et des chiens de travail. Il m’a appris pas mal de choses intéressantes et de leur côté ils étaient plus intéressé par le fait que je faisais les saisons un peu partout toute l’année plutôt que par ma randonnée. Après une heure de bavardage, Moïse a enfin réussi à joindre M. *****, qu’il connaissait de nom et qui s’est confondu en soulagement et en remerciements au téléphone « Oh putain, oh putain oui je le cherche, j’ai cru quelqu’un l’avait volé tu sais ! ». Guy s’appelait en fait Rusty, et il avait seulement 1 an, voilà qui expliquait son comportement très foufou. Après avoir dit au revoir à tout ce petit monde, et particulièrement à Guy, j’ai repris la marche jusqu’aux crêtes des Isards, un endroit des plus grandioses ! Je me suis arrêté au refuge de Ruhle pour payer le riz au lait de la veille, et pour manger une omelette au chorizo, le premier repas chaud depuis Gourette me semble-t-il. J’ai continué en sautant de cailloux en cailloux jusqu’à la crête de Lhasse, encore un point de vue imprenable sur les alentours. En marchant près d’un lac, dans une cuvette, je me suis mis à siffler l’hymne à l’amour de Piaf, l’écho me renvoyait le sifflement tellement clairement et avec tant de décalage qu’on aurait dit de micros-enregistrements ! En arrivant à Mérens, SURPRISE : l’épicerie a fermé définitivement . . . 2 jours auparavant ! Rebelote donc, je devais me taper 15h30 de marche pour arriver à Bolquère presque sans bouffe. Et dire que dans l’après midi j’ai dégommé ma journée de réserve au goûté . . . En terme de rencontre comme de paysages cette journée est resté comme l’une des plus belles de la traversée.

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[La photo ne correspond pas à la journée 30]

Jour 31 : Mérens – Estang llong (déviation du GR) – Bivouac - Beau temps – 9h – 1840m
    J’ai eu droit à quelques indices sur la modification de la végétation ces derniers jours, mais ce matin là ça a été brutal et très marqué, la végétation est passée des feuillus aux piquants, le sol de la terre aux tapis d’aiguilles, et l’odeur des résineux et très prononcé, bref, ça sent la méditerranée. Dix/quinze minutes après Mérens, j’ai regretté d’avoir dormi au camping, trois baignoires superbes m’attendaient là avec leur eau bleu/grise à température idéale. Ce sont les seules sources chaudes qu’il m’ait été donné de voir sur le GR. Après une grosse matinée de marche j’ai atteint le col de Coma d’Anyell (2480m) où la vue y était belle mais le vent glacial. Ce dernier venait de l’Est, était-ce la Tramontane ?! Le passage du plat du port de Grave est long, un des plus longs passages de plat du GR si ce n’est le plus long, il est pourtant situé à 2000m. J’avais prévu de dormir au refuge de Pradeille mais une déviation du GR annoncée au tout dernier moment m’en a empêché, j’ai donc dû bivouaquer à côté du lac long dit « Espany llong ». Je me suis mordu les doigts de ne pas m’être arrêté au restaurant du lac des Bouillouses alors que je n’ai plus que de la semoule en stock. La fatigue l’a emporté, je n’ai pas eu envie de me taper 1/2h aller/retour - même pour bien manger. Bref ce soir là le repas a été semoule comme d’hab, mais sans saucisson, sans fromage, sans pain et encore moins de chocolat ! En ce dernier soir d’Aout, j’ai commencé à sentir l’été s’en aller tranquillement, la soirée a été vraiment fraîche.

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[La photo ne correspond pas à la journée 31]

Jour 32 : Lac long - Ras de la Carança – bivouac – Beau temps – 10h – D+1630m

    En cette nuit sans lune j’ai eu droit à un superbe ciel étoilé et à un réveil frisquet certes, mais féérique le long des étangs fumants reflétant les montagnes qui les entourent. Le GR initial retrouvé, il m’a emmené sur les pistes de la station de Font Romeu où j’ai déjà skié avec les copains il y a quelques années. J’ai traversé le domaine avec des souvenirs et un morceau d’Earth wind & fire dans la tête. Dans mon ventre en revanche ça n’était pas la même musique, des gargouillements entre 6 et 7 sur l’échelle de Richter m’ont secoué toute la matinée. J’ai eu faim. Très faim. Alors quand je suis arrivé à Bolquère à 10h, j’ai dévalisé l’épicerie et je me suis goinfré sur le table de pique nique, juste devant. Une pizza, une quiche, une baguette, 10 tranches de Bacon, 2 paquets de biscuits canoë, 2 compotes, 1 Litre de Yop, 1/2L de jus d’abricot et j’en passe surement . . . 3 GRdistes venant de Banyuls sont également venus se ravitailler pour le midi, ils étaient hallucinés par la bouffe que j’avais acheté par carton entier. « Mais ça ne logera jamais dans votre petit sac ! » ont-ils remarqué. J’ai eu beau leur expliquer que j’allais en dégommer une bonne partie sur place car je n’avais pas beaucoup mangé hier, il ont semblé septiques. D’autant qu’en ré-empaquetant la nourriture dans mes ziplocks par portions journalières, je jetais des tonnes d’emballage inutile, je gagnais un volume monstre, sans parler du poids. Tout a bien logé dans mon sac, en revanche moi j’ai trop mangé. Je suis reparti après 12h, ballonné et nauséeux. J’ai marché parce qu’il le fallait mais ça n’allait pas fort. Finalement à 16h j’ai enfin réussi à digérer et  je me lance à l’assaut du col de Mitja pour y dormir. Mais là haut se trouve un berger catalan en plein travail avec ses bêtes et ses chiens, je suis donc descendu à l'abri de Carança qui était lui aussi occupé par des randonneurs. J’ai établit mon campement peu après le torrent et je me suis rapidement endormi après manger.

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[La photo ne correspond pas à la journée 32]

Jour 33 : Carança – cabane Aruga (hors GR) – Cabane – Très beau temps – 11h – D+1970m
    Encore une belle nuit étoilée, je suis parti à 7h30. Je me suis arrêté à 13h pour manger avant Py. J’ai envisagé de faire le tour du Canigou sans le gravir, car je pensais que l’ascension ne pouvait se faire facilement que par le refuge des Cortalets ce qui signifie faire un aller retour et perdre du temps. J’ai encore passé un bel après midi sur le GR, tous ceux que j’ai croisé m’ont dit préférer l’Ariège aux PO, je ne suis pas forcément d’accord. J’ai été bien content de changer de végétation, et surtout d’en finir avec les interminables descentes dans les forêts de feuillus. Bref, l’Ariège est certes grandiose, mais les PO ont aussi un charme non négligeable avec leurs reliefs plus doux et leur végétation méditerranéenne et j’étais très content de ce que je voyais là. A 19h30 alors que je m’étais engagé sur le GR (qui contourne le Canigou par le nord), j’ai croisé des gens qui m’ont dit que depuis les Cortalets ils n’ont rien vu pour bivouaquer, il n’y a que de la caillasse. Eux, ils ont gravi le Canigou via la cheminée le matin même et sont redescendu par le chalet des Cortalets, il n’y a pas de difficulté selon eux. Le jeune local du groupe qui sert de guide me conseille de faire demi-tour et de monter le Canigou tôt le lendemain par la cheminée. En gros si je suis ses indications, je gagne du temps sur le GR et en plus j’ai un bel endroit pour bivouaquer sur la montée. Il était impressionné par ma traversée et m’a dit « ça serait dommage que tu passes à côté du Canigou au point où tu en es. En plus de là où tu vas bivouaquer tu seras assez tôt sur le Pic demain matin, il n’y aura pas trop de touristes et la vue sera dégagée ». Ok il m’a convaincu, demi-tour donc jusqu’à la cabane d’Aruga à 2123m. J’ai sympathisé avec deux espagnols qui sont montés encore un poil plus haut pour bivouaquer. J’ai donc dormi dans cette cabane – qui soit-dit en passant est impeccable – pour économiser le temps du pliage de tente. Je me suis couché après un magnifique couché de soleil, et j’ai mis mon réveil pour partir à l’aube le lendemain.

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[La photo ne correspond pas à la journée 33]

Jour 34 : Aruga – Maison forestière de l’Estagnol – Bivouac – Beau temps – 7h – D+1250m
    Bingo ! J’ai vu la mer ! Je suis parti à 6h45, on n’y voyait pas grand-chose il faisait encore quasiment nuit. Le soleil a éclairé au fur et à mesure les nuages derrière moi, puis les montagnes. A chaque coup d’œil derrière moi, les couleurs avaient changées. Les deux espagnols vus la veille se levaient juste quand je les ai croisés, ils admiraient le levé du soleil assis dans l’herbe. Un troupeau de vache évité, des cailloux parcourus un Isard aperçu, rien de très compliqué. Puis ça s’est raidi et enfin est venue la cheminée. Là encore c’était tranquille, il y a toujours des prises pour les deux pieds et les deux mains. J’ai fait monter Loca par palier, je la faisais se coucher, je montais et hop je l’appelais et rebelote jusqu’au sommet. J’ai mis un petit quart d’heure pour parcourir la cheminée et je suis arrivé au sommet du Canigou à 8h du matin. C’est bien ce qu’il m’avait semblé en montant : la mer est là. D’une certaine manière j’ai assisté au levé du soleil puisqu’il m’est apparu lorsque j’ai atteint le sommet ! Je n’étais pas seul, Greg, un autre randonneur était là aussi, bien qu’il soit arrivé par l’autre côté. Pas un simple touriste, un GRdiste partit d’Hendaye cet été comme moi, qui de mieux que quelqu’un qui vient de l’Atlantique pour partager ce moment magique ! Greg a eu un parcours très intéressant cet été, il a prit le GR10 comme base de navigation, et acheté des cartes IGN assez grande échelle pour pouvoir emprunter tantôt les GR de pays, tantôt le GR11 et parfois la HRP. Si le GR passait à côté d’un sommet sans le monter, il ne s’est pas interdit d’y aller, bref, il a composé avec ses envies du moment, la météo, le ravitaillement etc . . . Je suis resté 45 bonnes minutes au sommet du Canigou, puis nous sommes descendus car le froid commençait à se faire sentir. Et c’est là que nous les avons vus. Les touristes, des touristes par dizaines qui sont arrivés en file indienne. Un nombre impressionnant de personnes qui montent à 2200m en 4x4 puis qui finissent à pied sur le sentier aisé qui vient des Cortalets. Certains étaient sur-équipés, d’autres en habits du dimanche. J’ai encore une fois été sévère avec les touristes dans mes notes, en oubliant que j’en étais un moi-même, un touriste au long cours mais un touriste quand même. J’ai partagé une pause café et croissants avec Greg, puis nous nous sommes séparé. Lui regardait une partie de pétanque se déroulant devant le refuge des Cortalets, moi je suis descendu au ras del Prat Cabrera pour y attendre mon ami Alexis. J’étais encore euphorique de la matinée que je venais de passer quand Alex est arrivé, tant et si bien que j’ai emprunté le mauvais GR lorsque nous avons décollé. Nous nous sommes retrouvés sur le 36, obligés de descendre à los masos (1050m) pour remonter à l’abri de Pintell bilan : trois bonnes heures au lieu d’une et 600m de D+ non annoncés au menu. Sur les conseils de la fille croisée au col de la pause en Ariège, nous nous arrêtons à la maison forestière de l’Estagnol. Nous avons monté nos tentes pour éviter les planches dures de la cabane et Alexis nous a fait un feu. Depuis la veille, je n’ai jamais su pourquoi, mes pieds ont commencés à s’écorcher, je n’ai pas eu d’ampoules, mais la peau partait et les brulures étaient douloureuses surtout le soir venu. Bizarre au bout d’un mois de marche. Pourtant je n’ai pas eu les pieds mouillés.

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Photo du haut du Canigou, prise du côté de la cabane d'Aruga, donc de la cheminée, bref de là où je suis arrivé
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En haut du mythique sommet du Canigou qui marque les derniers jours sur le GR
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La descente du Canigou vers le chalet des Cortalets, avant de croiser une foule de touristes
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Au chalet des Cortalets où nous étions quasiment seuls contre toute attente


Jour 35 : Estagnol – Montalba – Bivouac à la belle étoile – très beau et chaud – 7h15 – D+870m
    Le premier événement de la journée ça a été la mise en joue d’Alexis par un chasseur en pleine battu au sanglier. Il s’est amusé de son erreur, nous ça ne nous a pas trop fait marrer. Il y avait une pancarte « Chasse en cours, ensemble soyons vigilant » un peu plus haut, moi je veux bien être prudent mais à part laisser mon manteau en peau de sanglier dans ma garde-robe et mettre un gilet pare-balle je ne sais pas trop quoi faire . . . Nous nous sommes arrêtés prendre un petit déjeuner au refuge de Batère, café et pain perdu au quatre quart nous ont ravigoté. Le taulier m’a vendu 2.5kg de croquettes pour 2€, ce qui m’a bien arrangé. De là nous sommes descendu à Arles/Tech où je suis arrivé juste à temps à la superette pour nous ravitailler. Nous avons cassé la croute devant la belle mairie et attaqué la montée vers le col de Paracols. La montée est raide et le soleil brûlant, Alexis en a bien bavé et nous faisons des pauses tous les 100m de D+. Nous sommes arrivés à 17h30 à Montalba,  où coule un filet d’eau dans des petits bassins pleins de tétards. Alexis veut arrêter là pour aujourd’hui, et il faut dire que c’est un coin sympa. Nous avons été rejoint par un vieux de la vieille qui a fait 7 fois Banyuls – St Jean Pied de Port ALLER-RETOUR !! Un aller-retour sur 4 mois par an, de 1994 à 2001. Autant dire qu’il connait chaque détail, chaque recoin du sentier, c’est facile de discuter itinéraire avec lui, il connait tous les noms.  Cinq autres GRdistes sont arrivés à Montalba, ils venaient tous de Banyuls. Deux Belges sont repartis peu après vers l’éco-gîte de la Palette, les trois autres sont restés avec nous pour la soirée, ce sont des locaux qui ont pour objectif Hendaye. A l’aide d’un bâton, l’un d’eux ouvre la vanne de la fontaine qui coule à flot : tout le monde à poil c’est la douche générale, nous étions comme des gosses à qui l’on aurait annoncé un noël surprise ! J’avais les pieds en sang en enlevant mes chaussettes, les derniers jours s’annonçaient très durs. Je pense pouvoir arriver mardi largement, mais Alexis table plutôt sur mercredi soir. Après un gros échange d’info et un bon repas, nous sommes tous allé au lit. Ce soir là j’ai dormi pour la première fois à la belle étoile.

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[La photo ne correspond pas à la journée 35]
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[La photo ne correspond pas à la journée 35]

Dernière modification par Oeuf (21-11-2016 16:58:30)

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#21 21-11-2016 16:56:15

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Voici les derniers jours :

Jour 36 : Montalba – Pla de l’Arc – Bivouac à la belle étoile – Très beau temps, très chaud - 10h30 – D+1425m
    Après une bonne nuit à la belle étoile, nous sommes partis à 7h30. Alexis a encore bien tiré la langue dans les montés mais nous avons tout de même un bon rythme et nous avons grappillé du temps sur le topoguide. Il y a eu quelques beaux point de vues sur les cols et notamment à Roc de France où nous avons vu la mer. Des endroits qui auraient fait de beaux bivouacs. Alexis a commencé à parler de monter un peu plus en fin de journée soir pour avoir moins de D+ à faire le lendemain, et pour arriver à Banyuls plus tôt ! Nous avons marché pas mal sur de la piste en début d’après-midi, dans du sable et entouré de pins, ça sentait la mer. Le soleil cognait dur, et mes deux acolytes tiraient la langue, Alexis a fait des pauses, et Loca y est allé de sa petite grève de la marche. Ca ne l’a pas empêché juste après de sauter dans le ravin pour poursuivre je ne sais quel animal, après 10 minutes à m’époumoner à l’appeler, elle est revenue la langue pendante. Elle ne m’a très peu désobéit sur le GR, mais cette fois-ci elle m’a fait une bonne peur. Le Perthus c’est moche, bruyant et oppressant. Du PQ, de l’eau et du pain et nous voilà repartis pour commencer la montée vers les crêtes du Neulos. Lors d’une pause je suis monté en courant en éclaireur pour découvrir le bivouac du soir au pla de l’Arc (604m). Il y avait beaucoup de Tramontane mais j’ai quand même tenté de dormir sans tente.

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[La photo ne correspond pas à la journée 36]
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[La photo ne correspond pas à la journée 36]

Jour 37 : Pla de l’Arc – Banyuls sur mer – Camping – Très beau et très chaud – 7h – D+915m
    Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit là, réveillé par les coups de vent, mais surtout je pense parce que c’était ma dernière nuit sur le GR et ça a du me travailler. Par contre j’ai eu l’occasion de voir beaucoup d’étoiles. Le matin nous sommes partis à 7h30 pour prendre un café à la terrasse de l’Ouillet qui a une vue formidable sur le Canigou la crête frontière et les pics espagnols. Ensuite nous sommes partis à l’assaut des crêtes du Neulos, où le vent m’a scié les pattes et faisait s’envoler Loca. J’ai eu un gros coup de fringale, sans trop de conséquence car étouffé dans l’œuf par des pâtes de fruits, des noix et un morceau de pain. On s’est arrêté manger à l’abri de rochers sur les crêtes. Après manger, nous nous sommes fait prendre en photo par des GRdistes déjà croisés. L’un d’eux était partit de Saintes via les chemins de St Jacques de Compostelle puis via le GR10, l’autre était partit de Gabas. Le reste de l’après midi a été dur, pour Loca qui souffre une fois encore de la chaleur, et pour mes pieds qui souffrent dans la descente. Malgré tout, le moment était beau, le ciel et la mer étaient bleus électrique et les villages de Port-Vendres et Banyuls étaient resplendissants de là où nous étions. Dans la journée, j’ai décidé de commencer à remonter vers le Poitou, à pied via les sentiers Cathares, les GR36, les GR7 et autres chemin de St Jacques. En revanche, il aurait fallu que mes pieds se reposent et pour ça, une pause à Banyuls s’impose. La pause serait également bénéfique pour Loca qui est crevée. En arrivant au camping on a fait une machine, on s’est lavé, on fait 2/3 courses puis nous sommes allés boire une bière face à la mer et manger en ville. Je n’avais pas été si propre depuis la machine faite à Lhers ! Je n’ai pas pris conscience d’avoir fini, d’en avoir fini avec le GR, c’est peut-être parce que je n’ai pas fini seul comme j’ai commencé, en tout cas je n’ai pas eu une grosse vague d’émotion comme j’aurais pu m’y attendre. Ce soir là j’ai dormi dans ma tente, comme tous les soirs, rien de bien nouveau donc.

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En fond, Port Vendres, la tour de la Madeloc, Banuyls sur mer



Epilogue :
Jour 38 : Banyuls – Banyuls – Très beau temps – Camping – 0h – D+0m

    Une drôle d’agitation secouait la ville de Banyuls quand nous sommes arrivés, nous sommes en effet tombés en plein pendant les vendanges du vin du même nom : le Banyuls (et le Collioure). En me promenant en ville j’ai revu Greg, mon collègue du Canigou qui s’en allait sur Toulouse en bus. Ce jour là j’ai décidé de rester une nuit de plus à Banyuls, ce qui me laissait le temps de taper aux portes pour trouver un endroit où vendanger. Je n’ai pas eu besoin d’aller bien loin puisque c’est à l’accueil du camping que l’on m’a donné l’adresse où j’ai été embauché le lendemain. Je suis donc resté encore une dizaine de jours à Banyuls/mer pour couper du raisin, j’y ai rencontré de belles personnes, et découvert de magnifiques endroits où plonger, même si nager avec Loca qui essaie de vous monter sur le dos ça n’est pas évident ! Anecdote rigolote, j’ai revu Simon, le garçon rencontré une fois au gîte de Borce, l’autre fois à Gourette, il est arrivé une semaine après moi et à fait une journée de vendanges avec nous avant d’abandonner. Après 10 nouveaux jour de vendanges en champagne, je suis redescendu dans les Pyrénées, pour vendanger une nouvelle fois, mais dans le Béarn cette fois-ci. Ca m’a donné l’occasion de retourner randonner autour du GR10 dans les vallées d’Ossau et d’Aspe avec mes collègues.

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A Banyuls, devant la plage

Dernière modification par Oeuf (22-11-2016 12:08:42)

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#22 21-11-2016 19:24:04

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Liste des étapes et du matériel ajouté en haut de sujet.

Dernière modification par Oeuf (21-11-2016 19:32:56)

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#23 21-11-2016 23:28:16

Sachabe
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Merci pour ce récit Oeuf, c'était bien cool! smile

Et ça me fait attendre le récit de l'Atlas, qui je suppose va mettre du temps à arriver, mais au moins je vais suivre le projet depuis le tout début!

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#24 22-11-2016 10:46:32

Jerichay
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Salut
Chouette retour.

Juste pour pointiller, es-tu sur que c'est la tour de la massane sur la dernière photo? Je penche pour madeloc, mais c'est un détail.


Il n'existe que des points de vue.

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#25 22-11-2016 12:08:02

Oeuf
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Re : [Récit + liste] GR10 Ouest/Est avec un chien, 37j

Jerichay a écrit :

Salut
Chouette retour.

Juste pour pointiller, es-tu sur que c'est la tour de la massane sur la dernière photo? Je penche pour madeloc, mais c'est un détail.

Tout juste merci, je modifie.

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