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7 jours de randonnée légère itinérante dans les Pyrénées avec l'association Randonner léger, pour se rencontrer et partager notre passion.
La discussion sur le forum.

#1 01-11-2017 22:47:37

Hervé27
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[Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Bonjour à tous,

Nouveau sur le forum, je viens en partie grâce à vous tous de vivre un re-nouveau à la randonnée, avec cette belle traversée des Alpes Sud-Nord de Menton à Modane au coeur de l'été, et des projets plein la tête pour la suite. Pas encore parfaitement MUL, mais à 75% du chemin (vous jugerez quand je posterai ma liste).

Un peu d'introduction tout d'abord. Randonneur passionné dans les années 1990 (dans à peu près tous les massifs français et 4 x en Nouvelle-Zélande !), je m'étais laissé vivre au rythme d'1 kilo en + par an ... pendant 20 ans ! Devenu peu à peu inactif de mes deux pieds, j'avais tenté en 2013 de me refaire une sortie de 3 jours autour du Mounier (06), avec ma graisse en trop et mon barda d'avant. Je voulais voir si j'en étais encore capable et ce fut un échec patent, avec abandon dès le 2ème jour (ampoules, coup de chaleur, douleurs au genou, irritations diverses et autres désagréabletés...). Moi à quasi 100 kg + sac >15 kg + lourdes chaussures et fringues inadaptées, je déplaçais 120 kg avec un VO2 Max qui avait régressé de 20 pulsations/minutes. Pas beau de vieillir grossir.

Pourtant l'envie de m'y remettre ne m'avait pas quitté et j'ai décidé de poser le problème dans le bon sens. On peut faire les choses à force de volonté (et se faire souffrir), mais j'ai choisi de les faire à force de motivation (et y prendre plaisir). Au lieu de marcher pour perdre du poids, j'ai décidé de perdre du poids pour pouvoir re-marcher. En janvier 2016, je me suis fixé l'objectif de perdre le poids du sac à dos (15 kg dans mon esprit d'alors, ignorant de la MUL), et à mon plus grand étonnement ça a parfaitement fonctionné. Un peu de contrôle alimentaire, un peu d'exercice (vélo, natation, tondeuse à gazon big_smile ) et la magie a fait le reste, avec 12 kg en moins en 1 an.

Ayant presque remporté mon pari personnel et retrouvé la forme (et mes formes), je me suis au printemps mis en quête d'un objectif, et c'est ainsi que j'ai découvert votre site, vos récits, vos conseils et la MUL. Archi-motivé, j'ai opté pour une ambitieuse GTA Sud-Nord, qui avait l'avantage de démarrer par les Alpes Maritimes en terre de connaissance où j'ai mes attaches, pour remonter vers la découverte et les Alpes du Nord que j'avais assez peu fréquenté jusque-là. Restait à m'occuper du matos ...

Mon épouse en témoignerai, j'ai passé 2 mois de préparations frénétiques à faire et refaire le sac (à en changer en passant), avec un fichier excel et une balance de cuisine pour tout peser et repeser au gramme près. Le comble a été atteint quand elle m'a vu découper toutes les étiquettes et gratter un glorieux 25 grammes lol . J'avoue ne pas avoir regardé à la dépense, mon précédent équipement ayant été amorti sur 25 ans, je m'estimais en droit de renouveler un peu.

Au fil des semaines, à force de vous lire, de tout repenser, de rechercher les articles les plus légers (sans concession sur l'efficacité), je me suis composé un sac de 6.4 kg (sec), qui m'a accompagné sur 2 semaines sans que rien ne m'ai manqué, ni ne m'ait été inutile (sauf heureusement kits 1er secours & réparation smile ).

Bref, avant que d'attaquer le récit par posts successifs, je vous livre ci-après ce que j'ai emporté avec moi, avec mes commentaires après usage:



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le matos tout neuf testé le soir même au fond de notre jardin normand / ajoutée le 12/11/2017

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J'ai déjà identifié de quoi ramener mon sac sec à ~5 kg, le consommable à ~1,5 kg et ma tenue à ~2 kg, soit quasiment 3 kg de moins ! Content de moi cool



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Quel look ! (photo ajoutée le 12/11/2017)



Alimentation :

J'ai basculé cette année sur un mode alimentaire dit "16/8", qui dans mon cas a eu des effets très positifs (je ne vante aucun programme ou régime, et laisse chacun juge de ce qui lui convient le mieux). Même pour l'énorme effort calorique d'une rando en traversée, je ne prends pas de petit-déjeuner et ne commence à m'alimenter qu'à partir de 12:00, sans aucune hypoglycémie ou "coup de mou", bien au contraire.

En rando, je procède sous forme de grignotage (assortiment fruits secs et séchés, barres de céréales) jusqu'à l'arrêt bivouac du soir (semoule améliorée au bouillon cube, soupe en sachet). Le saucisson s'impose pour le moral !  Toujours pour le moral, j'emporte des dosettes café + lait en poudre + sucre pour la pause de la mi-journée. Ce faisant j'arrive à un menu en autonomie de maxi 2 500 KCal / jour, qu'il faut booster de temps à autre par un menu randonneur en refuge  tongue (bon aussi pour rester sociabilisé ...).

Dans le sac, ce menu représente environ 700 g / jour, et sur cette GTA je n'ai jamais effectué 3 jours complets d'autonomie réelle entre 2 bonnes tables et/ou ravitaillements. Donc pas besoin de dépasser 2 kg d'alimentation solide dans le sac. Avec environ 600 KCal / 100 g, un assortiment de fruits secs est d'un rapport poids/énergie redoutable (mais très insuffisant en féculents).

Dans mon cas cela semble bien fonctionner, car malgré ma grosse perte de poids je dispose encore d'une masse graisseuse "confortable". 1 kg de graisse corporelle = 8 000 KCal. A 85 kg pour 1.80 m, la fourchette haute de mon poids théorique "idéal" est de 75 kg. J'avais donc une réserve "de confort" de 10 kg de graisse, soit 80 000 KCal, dans laquelle je pouvais me permettre de "taper" (et c'est bien ce que j'ai fait).

Une personne sans une telle réserve devrait porter plus de nourriture pour ne pas épuiser son organisme. Il y a donc au moins un avantage à être gros enveloppé en rando. Je pense qu'au fur et à mesure que je me rapprocherai de mon poids idéal, je devrai gérer cette augmentation du portage alimentaire en priorisant les féculents.

Voilà donc pour ce long premier post. RDV ces prochains jours pour le début du récit de 12 journées de marche de Menton à Modane (+ 2 journées de repos)

Post MAJ le 15/11/2017 : liste revisitée, détaillée et remise en forme

Dernière modification par Hervé27 (16-11-2017 00:50:34)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

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#2 02-11-2017 01:07:03

bruno7864
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

salut Hervé27,
c'est assez drôle mais on vient souvent à la randonnée légère pour soigner ses bobos, prendre un nouveau départ. Pour un nouveau départ tu n'as pas lésiné avec une traversée des Alpes nord sud. bravo big_smile
Tu as déjà apparement chipé quelques infos sur le site, ta liste étant déjà travaillée. Bien entendu tu pourras apporter quelques améliorations par ci par là pour te permettre d'augmenter ton autonomie, je pense, au réchaud, à l'abri: on peut heureusement faire pour moins de 800g y compris piquets et tapis de sol même avec un abri fermé, et puis des petites choses par ci par là en trop.

Et les chaussures, mais je lis que tu t'essaies aux basses... ça ne devrait pas te poser de problème, car avec des basses on peut avoir une démarche la plus "habituelle" à contrario des grosses qui pour la plupart d'entre nous ne sont pas les chaussures que l'on porte dans la vie de tous les jours. Et sur les chemins, en dehors de faire attention ou l'on pose les pieds, coté démarche il n'y a rien à réinventer.

dans l'attente de la suite de ton réçit
bienvenu sur RL smile

Dernière modification par bruno7864 (02-11-2017 01:07:58)

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#3 03-11-2017 00:59:20

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Bonsoir à tous,

Merci Bruno de tes encouragements.

L'ambition était plus grande encore puisque le plan initial me menait jusqu'à St Gingolph en 21 j. Des raisons familiales (qui heureusement se sont bien terminées) m'ont obligé à interrompre à Modane. 18 mois de remise en forme préalable m'avaient vraiment redonné le souffle, et j'avais quand même gardé quelque chose de mes expériences du passé : je savais au fond de moi que - sauf gros bobo - je pouvais le faire.

Je suis d'accord avec toi qu'il y a encore du gras dans le sac. J'ai encore besoin de quelques étapes dans la philosophie du dépouillement ... ça va venir wink

Je re-précise qu'il s'agit bien d'une traversée Sud ==> Nord, alors que la grande majorité (90%?) l'effectue Nord-Sud. Je l'ai bien senti sur le terrain car en 12 j je n'ai croisé personne suivant la même direction. La tchatche ne se faisait qu'avec des marcheurs en sens contraire, donc limitée par le besoin de reprendre nos routes respectives. Je n'ai ainsi pu qu'une seule fois marcher de concert malgré mes multiples rencontres sympathiques. C'est idiot mais c'est comme ça, la GTA Sud-Nord est vraiment un truc de solitaire  roll

Bon, il s'agit quand même d'un récit, voici donc venir la 1ère étape :

Précisions :
- je n'avais pas préalablement programmé mes étapes. Le découpage s'est construit sur le terrain en fonction des circonstances. Je ne voulais pas être prisonnier d'un programme et avais constitué mon sac pour rester aussi autonome que possible.
- les temps sont des heures de marche effectives, toutes pauses décomptées
- vous le ressentirez dans le récit, je ne sais pas m'arrêter et prendre le temps de la pause. Mes temps de marche sont probablement excessifs (ça se verra sur les étapes suivantes) et je dois apprendre à les limiter. Qui veut aller loin ...


J1 28/07 Menton - Sospel 17 km / 1 537 m+ / 1 216 m- / marche 6:55

En villégiature en famille à Valdeblore (donc à la jonction GR5 / GR52), je me fais accompagner par mon épouse et l'une de mes filles jusqu'à Menton. La logistique est cause d'un départ de rando plutôt tardif (10:45) et donc déjà par forte chaleur. J'en sentirai les effets par la suite.

Dans mon esprit le GR52 doit me servir de calibrage : je suis en terrain de connaissance. Les journées de remontée sur Valdeblore vont me permettre de vérifier que le physique et le matériel sont effectivement capables de me mener jusque-là, et d'y faire halte pour corriger ce qui peut l'être.

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le départ (ajoutée le 12/11/2017)

Après au-revoir et encouragements, je débute ma montée dans la chaleur, mais partiellement protégé par des nuages côtiers qui voilent le soleil. 1 129 m de dénivelé pour la mise en jambes, faut pas les attaquer trop vite. Finalement je trouve plutôt bien mon souffle, mais je ruisselle littéralement de transpiration.

Passé sous l'autoroute et après les dernières ruelles et villas, un constat que je ferai jusqu'au col du berceau : le spectacle désolant des fringues abandonnées par de précédents randonneurs en fin de GTA. Sur cette montée j'en ai vu de quoi remplir une benne, éparpillées en pleine nature.

Je me retourne fréquemment pour voir Menton et la Méditerranée "descendre" sous mes pieds. Au tout début de mon périple, avec encore l'ignorance de jusqu'où je saurai aller, je pense à cette éreintante mais splendide plongée finale sur la mer de mes co-religionaires Nord-Sud en fin de parcours. Je n'ose imaginer ce que sera mon arrivée sur le Léman (qui de fait n'arrivera pas, pas cette fois).

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La mer ... (ajoutée le 12/11/2017)

Un raidillon rocheux dénudé par les incendies succède aux anciennes restanques envahies par le maquis. Ici et là, des murs en tout ou partie effondrés indiquent l'intensité de l'exploitation agricole d'autrefois. Que de travail sur ces pentes raides alors qu'aujourd'hui tout pousse tellement plus facilement dans les hypermarchés sad .

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Les ruines ... (ajoutée le 12/11/2017)

Avec un bon souffle et en 2h15 j'atteins le Plan de Lion à 720 m, magnifique balcon herbeux sur la mer et vaste site de bivouac et de pique-nique (une fois effacées les fringues abandonnées ...).

Je fais l'erreur de ne pas y faire de pause : je vais le payer d'un gros coup de mou dans la montée finale du Berceau, en plein soleil une fois dissipés les nuages côtiers. Je ne m'en remettrai pas et toute la suite de la journée en sera gâchée.

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Le Plan de Lion (ajoutée le 12/11/2017)

Je me souviendrai de cette étape comme l'une des plus grosses "suantes" de mon existence. Je gère mes 2 litres d'eau pour tenir jusqu'à la source de l'Albarea, dans la descente vers Sospel, mais je me déshydrate trop vite. C'est complètement "rincé" que j'effectue la longue descente vers Sospel, où je prends place au camping.

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Même la fontaine est grillée par le soleil ... ajoutée le 12/11/2017

Mon idée première était de pousser au-delà en remontant dès le 1er jour vers la Baisse de Fighièra et raccourcir ainsi la longue étape en crête du lendemain, mais mon épuisement et l'absence d'eau au-delà de Sospel interdisaient totalement un tel scénario. Au camping il me faudra 2 h pour commencer à me remettre, à force de réhydratation et d'étirements. Ce soir-là j'ai bu 4 litres (d'eau) !

Peu de rencontres sur cette journée : 2 jeunes partis de St Martin Vésubie, avec qui j'ai une courte discussion sur leurs énormes sacs. Ils n'arrivent pas à croire que dans mon 38L j'ai mon couchage, ma tente et moins de 10 kg, au max d'eau et vivres inclus. La scène se répètera : de fait, je n'ai croisé aucun MUL sur ma route dans cette GTA où j'ai fait figure d'extra-terrestre, alors que j'ai sûrement encore 1.5 à 2 kg à gratter pour oser me revendiquer MUL.

Finalement étonné de la très faible fréquentation : 7 personnes croisées sur une journée entière, sur l'un des GR prétendument les plus fréquentés de France et au pic de la saison. Les récits de la crise des migrants ont-ils eu un effet repoussoir sur ce tronçon qui longe la frontière italienne ?

J'ai aimé :
- la vue sur la mer et Menton
- les beaux sites de pause/bivouac (col du Berceau, Plan du Lion ...)

J'ai détesté :
- les fringues abandonnées

Si c'était à refaire :
- partir de Menton aux petites heures pour la fraicheur et les lumières du matin
- marquer la pause au Plan de Lion avant d'attaquer le raidillon du Berceau
- forcer la provision d'eau pour compenser la transpiration du démarrage
- ne pas dédaigner l'eau stagnante au pied d'une prise d'eau en bord du chemin avant Colla Bassa (si comme moi vous avez un filtre efficace). A peine plus loin se trouve un élevage d'alpagas qui fait accueil buvette pour randonneurs que je n'ai pas testé ... ça peut se révéler sympa tongue .

A suivre ...

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 11:47:26)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

Hervé27 - éMULe - ma liste 3.2 kg / 3 saisons à jour
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#4 03-11-2017 13:40:28

stefan
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Les fringues en très mauvais état que tu a rencontré à chaque virages sont plutôt ceux des migrants qui passent la frontière.

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#5 03-11-2017 21:08:05

Nico4nicolas
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Je suis très intéressé pour lire la suite, j'ai fait le bout de GR5 Nice -> Chamonix (en mode MULET) presque aux mêmes dates. Je confirme que le sens Sud-Nord est beaucoup moins emprunté que le sens Nord-Sud. En même temps, ça permet aussi de faire de belles (furtives) rencontres, surtout en fin d'après-midi, lorsque les randonneurs commencent à chercher un endroit pour la nuit.

J'avais beaucoup souffert de la chaleur durant les premières journées, j'imagine que ça a été pareil pour tout le monde mais le "ressenti" m'intéresse beaucoup. Et puis la gestion de l'eau aussi.


Beaucoup trop sur le dos et pas assez dans la tête

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#6 03-11-2017 21:19:40

pepecoulon
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J ai achevé fin 09  la deuxième partie de la GTA (Modane Menton) , première partie Thonon Modane parcourue l'an dernier en septembre aussi.
Magnifique parcours, avec belles variantes inspirées par vos CR, avec temps magnifique en plus
J ai même croisé un soir en gite Lionel (phoenix_hikes) mul suisse remontant vers le nord : belle recontre !
Mais, après l'apparition de Menton en vue d'avion, l'enchantement est attristé par ces restes de campements sauvages et de vêtements qui m'ont ramené à la triste réalité du monde
Mais heureusement, la mémoire ne conserve que les bons souvenirs ! smile

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#7 04-11-2017 02:02:04

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J2 29/07 Sospel - Refuge des Merveilles - 31 km /  2 654+ / 883- / marche 11h15

Ma première nuit sous tente au camping de Sospel est un mauvais souvenir à oublier. Voisins qui rentrent du resto à minuit et qui s'interpellent à haute voix, un autre qui raconte sa vie au téléphone en déambulant entre les tentes et que j'ai fini par engueuler ... et pour finir un rodéo en bagnoles d'attardés mentaux alcoolisés qui nous beuglent de rentrer chez nous à 3h du matin depuis le parking voisin. Dois-je commenter ?

Excédé, je plie la tente à 4h et décide d'attaquer la montée en crête en nocturne avant la chaleur (@Nico4nicolas : à cette date on ne parlait "que" de sécheresse et d'une bonne chaleur d'été. La qualification de canicule ne s'imposera que les jours suivants, j'y viendrai).

Averti de l'absence d'eau sur cette longue marche en crête (sauf à faire le détour par Camp d'Argent, ce que je veux éviter), j'ai le maigre espoir que la source de la Baisse Cavaline puisse me permettre d'y fixer mon bivouac. Je m'hydrate à fond avant de partir (ça ballotte dans l'estomac !) et fait le plein à bloc (2,5 L en réservant une gourde souple d'1/2L comme "réserve stratégique" si je dois bivouaquer sans point d'eau.

Je démarre donc à la nuit à 5h00 en n'utilisant que très peu la frontale. Le chemin est large et très agréable. L'ambiance nocturne est un régal. J'ai une petite poussée d'adrénaline quand je commence à entendre un concert d'aboiements devant moi, incontestablement destiné à mon encontre. Tous les chiens de la vallée finissent par y faire écho ... Heureusement pour moi tout ce petit monde se révèle être du bon côté de la clôture dont je découvre rassuré l'existence.

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Sospel by night (ajoutée le 12/11/2017)

Le jour se découvre au passage de la Baisse de Fighièra. Je marque une pause à la Baisse de Linière, qui constitue un joli spot de bivouac. Il n'est que 8h00, il ne fait pas encore chaud. A partir de là je m'astreins à prendre des petites gorgées régulières à la pipette et de limiter ma consommation d'eau à 1/2 l pour 2h. Jusque-là la montée était forestière, avec un changement progressif d'ambiance depuis les essences méditerranéennes pour arriver dans les sapins. La sortie de la forêt se fait après la Baisse de Linière, et l'on monte dans les alpages jusqu'à la cime de Mangiabo : 1er panorama à 360° depuis Menton. Attention à ne pas manquer la bifurcation du GR5 qui quitte le bon sentier régulier en balcon et utilise une sente un peu chaotique dans la pente herbeuse (sinon vous manquerez ce panorama et rejoindrez la crête un peu plus loin). De là le chemin se déroule sans difficulté jusqu'à la Baisse de Ventabren, où l'on rejoint le réseau de routes (en terre ou asphaltées) qui sillonnent le massif de l'Authion.

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Ambiance matinale (ajoutée le 12/11/2017)


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Ce fut une frontière : fût d'un canon (ajoutée le 12/11/2017)


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Premières vues sur les cimes (ajoutée le 12/11/2017)

Il est 11h00, le soleil commence à cogner et les 6h00 de marche déja effectuées se font sentir. Bêtement je me mets en tête d'atteindre la Pointe des 3 Communes pour y faire une pause déjeuner, alors que tout mon organisme crie qu'il veut s'arrêter. Je rajoute donc plusieurs kilomètres et 350 m de dénivelé aux 1 600 déjà effectués. J'y arrive épuisé à 12:30, alors que la météo change et prend un tour inquiétant : le soleil se cache et la brume s'installe.

Je ne peux m'empêcher de faire ici un aparté sur l'histoire du massif de l'Authion. Surplombant les hautes vallées de la Roya et de la Vésubie, il constituait un verrou stratégique pour la région. De fait, tenu par les troupes de montagne autrichiennes pendant l'hiver 1944-45, il bloquera les tentatives des Alliés de franchir le Turini pour entrer en Italie. Comme la France avait la ferme volonté de rectifier sa frontière avec l'Italie (en clair, annexer tout territoire italien en contrebas de la ligne de crête, et en particulier les petites villes de Tende et La Brigue et toute la Haute Roya), il fut jugé vital de faire tomber ce verrou et de saisir ces territoires avant que la guerre ne se termine. L'assaut fut donc lancé au printemps et l'on s'y battra jusque dans les derniers jours d'avril 1945. La Redoute qui "coiffe" la pointe des 3 Communes fut bombardée ... depuis la mer par la flotte française. On en voit toujours les impacts sur sa façade Sud, qui ont à peine entamé le béton.


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La redoute ... et les impacts (ajoutée le 12/11/2017)

Avec la météo qui tourne (un risque d'orage était annoncé), la fatigue de déjà 7h00 de marche et la gestion problématique de l'eau, je tergiverse. Dois-je revenir vers Camp d'Argent pour la nuit, ou bien poursuivre avec le risque soit de l'orage, soit d'un bivouac sans eau si je n'atteins pas les Merveilles ? D'un autre côté, la brume m'épargnera de griller au soleil ... Je fais le choix de poursuivre et finalement mes jambes sauront me porter, avec certes quelques douleurs, et en particulier un genou droit qui commence à manifester son mécontentement (la première fois, c'était en 1991 dans les 1 500 m de descente du Monte Cinto).

Les muscles refroidis par la pause aux 3 Communes, je repars donc douloureusement en direction de la Baisse Cavaline. Pas de difficulté particulière si ce n'est celles liées à la fatigue. Finalement le temps se maintient (précepte à 2 balles : tant que la brume monte, l'orage n'est pas imminent. C'est quand elle descend qu'il faut s'inquiéter), et les premiers chamois se montrent. J'ai eu un truc infaillible sur cette traversée pour repérer chamois et bouquetins avant même de les voir : la batterie à plat de mon smartphone pour interdire film et photo roll !

La source des cartes IGN est en fait un creux humide ... compliqué d'en tirer de l'eau. Je puise dans mes ressources pour me lancer dans l'ascension du Pas du Diable (et encore 350 m de plus !). Seuls les 100 derniers mètres sont exigeants, mais à un certain stade, même s'il rechigne, l'organisme se met à avancer en mode automatique. Alors que j'ai bien engagé l'ultime ascension, la brume se lève suffisamment pour révéler que je suis passé à côté d'un petit lac avec un possible point de bivouac ! J'hésite à redescendre pour m'y installer, mais finalement je poursuis vers le col.  Néanmoins bon à savoir pour une prochaine fois. Du coup, j'engouffre mon ultime 1/2 litre d'eau : je n'ai plus d'autre choix que d'atteindre le refuge.

Une fois entré dans les Merveilles, j'applique la rêgle et je range les bâtons. Mon genou souffre de leur absence dans la descente vers le Refuge, dans laquelle je ne profite pas des belles vues sur les multiples lacs que je longe.

J'arrive à 17:15 à l'aire de bivouac, où j'effectue des étirements bienvenus après avoir monté ma tente. Après la déshydratation de la veille, une quasi nuit blanche à Sospel et plus de 11h00 de marche aujourd'hui, je suis surpris de n'être pas en plus mauvais état.

Pour conclure la journée, l'orage se met à gronder et éclate à l'instant même où je commence mon repas (semoule + soupe). Je me réfugie sous la tente. Ce ne sera pas très violent, mais il pleuvra de manière discontinue toute la soirée.


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Bivouac et ambiance d'orage aux Merveilles (ajoutée le 12/11/2017)


J'ai aimé :
- la montée en crête en nocturne
- les panoramas (avant que la météo tourne)
- les chamois dans la brume dans la montée au Pas du Diable
- l'orage au sec et au chaud sous la tente : ça berce smile

J'ai détesté :
- le mode camping (pas la faute des gérants)
- mon incapacité à prendre le temps de la pause

Si c'était à refaire :
- prévoir des boules quiès pour les ambiances pourries qu'on ne peut pas éviter
- marquer la pause à la Cime de Mangiabo ou au plus tard à la Baisse de Ventabren
- tester la possibilité de bivouac au petit lac au pied du Pas du Diable (hors zone protégée des Merveilles, donc autorisé de 19h à 9h)

A suivre

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 09:32:49)


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#8 04-11-2017 09:04:21

eraz
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Kikoo Hervé27 wink

Bienvenue sur le forum! J'ai bien aimé ton "retour" avec perte de poids, changement de matos, etc : ça a un petit gout de Rocky (le premier hein...) assez marrant.
Merci pour le retour.

eraz

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#9 04-11-2017 17:18:13

Myrtille88
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Départ sur les chapeaux de roues pour la rando Mul,
630g pour un 1er sac, bravo
et tu n'as manqué de rien, là tu as tout compris de la Mul

Cet été était particulièrement chaud (quid pour les suivants) pour partir de Menton, pas étonnant que tu aies eu "des coups de mou"

Nord-Sud parce qu'en général les randonneurs aiment aller vers le soleil wink

En tout cas bienvenue smile

Myrtille

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#10 05-11-2017 02:42:12

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

@eraz : me comparer à Rocky, fallait oser ... ça flatte mon ego, je vais essayer de ne pas enfler des chevilles  cool

@Myrtille88 : je n'oublie pas la canicule ... elle refera son apparition dans la suite du récit.

Sur le débat directionnel entre Nord/Sud et Sud/Nord, au-delà de l'idée de "descendre" vers la mer ou d'aller vers le beau temps, j'ajoute des logiques supplémentaires qui relèvent de nos préférences personnelles respectives :

- marcher face ou dos au soleil ;
- fournir les efforts d'ascension en face Nord à l'ombre ou en face Sud au soleil ;
- toujours pour les cols, les chemins sont plutôt meilleurs en face Sud qu'en face Nord (question de durée d'enneigement). Perso, je préfère monter par le bon chemin et descendre par le mauvais.

J3 30/07 Refuge des Merveilles - au dessus de la Madone de Fenestre - 15 km / 1 110+ / 1 259- / marche 6:35

Passé l'orage du soir, la nuit au bivouac des Merveilles est sans histoire. Je me lève à 6:45 et renfile mes affaires lavées la veille au soir, mais mouillées  sad . Passées quelques secondes d'inconfort, les textiles techniques redeviennent vite chauds. On s'y fait vite. Le temps de remballer, démarrage à 7:35.


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Ambiance matinale (ajoutée le 13/11/2017)


Le temps s'est complètement dégagé : je profite de la Vallée des Merveilles en solitaire avec un bel éclairage. J'y suis déjà venu souvent. Adolescent, muni d'une carte au 25 000 qui indiquait les principales gravures, j'avais pu me livrer un à vrai jeu de piste pour explorer le site. Aujourd'hui tout est interdit : les bâtons, sortir du chemin, pique-niquer ... Je préfère garder donc mes souvenirs de jeunesse et de liberté et de traverser sans m'attarder ni attendre le flot de randonneurs à la journée qui ne vont pas tarder à arriver. Je fais quelques photos, je filme un peu.

La Baisse de Valmasque est facilement gravie. Bouquetins et chamois font leur apparition rapprochée dès l'extinction de ma batterie, comme d'habitude. Je m'efforce de marquer une pause un peu plus appuyée que les jours précédents. Mon genou droit se manifeste dans la descente vers le lac, je crains que cela ne dégénère. L'interdiction des bâtons depuis le Pas du Diable la veille n'a pas aidé. Depuis la Baisse de Valmasque je croise de plus en plus de monde, rompant ma solitude. La discussion sur le poids du sac rythme ces rencontres : tout le monde est bien chargé smile


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Lac des Merveilles et Baisse de Valmasque (ajoutée le 13/11/2017)


Je remonte vers la Baisse du Basto, un col dont je me souvenais comme pénible à gravir en Nord-Sud. Un grand névé peut occuper sa face Nord jusque tard dans la saison : dans les années 80 il m'avait fallu le traverser avec des crampons un 24 juillet, en portant le sac de quelqu'un en difficulté en plus du mien ... Les temps ont changé et les neiges d'antan ne s'attardent plus autant, quoique ... Je suis en effet surpris de devoir traverser plusieurs névés dans le vallon au Sud du Col. J'en viens à m'inquiéter de ce que je vais découvrir de l'autre côté, mais non, pas de névé côté Nord. Surprenante configuration.

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Vue en arrière depuis la Baisse du Basto. Les névés paraissaient plus grands vus d'en bas (ajoutée le 13/11/2017)

La descente vers les lacs de Niré est raide par un très mauvais chemin (mon commentaire d'introduction). Je suis bien content de ne pas avoir eu à faire l'ascension dans l'autre sens. J'aime beaucoup le vallon de Niré avec son chemin à plat qui serpente entre les rochers et plusieurs petits lacs. On y joue à cache-cache avec chamois et marmottes. Dans la descente vers le Refuge de Nice, ma douleur au genou reste présente mais se révèle différente de ce que j'avais connu par le passé : ce n'est pas en flexion que j'ai mal, mais plutôt lorsque la pression se relâche quand je relève le pied pour un faire un pas. J'essaye d'adapter mon usage des bâtons pour trouver une configuration pas trop inconfortable.

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Lacs de Niré, certains à sec. Le Basto est masqué à droite. C'était raide ... (ajoutée le 13/11/2017)

Je décide de faire une longue pause déjeuner avant d'attaquer l'ascension du Pas du Colomb, dont j'ai un souvenir assez "sportif" de ses 400 m de dénivelé. J'avale les 300 premiers mètres assez facilement, avec un bon souffle malgré un mauvais sentier. Etonnament, je "cale" sur le replat, qui est un chaos rocheux sur lequel je m'épuise avec un genou douloureux. Je fais une nouvelle pause et discute longuement avec un groupe. Entretemps le temps a tourné, la brume s'est installée et je crains l'arrivée de l'orage. Le dernier raidillon est plus impressionant vu d'en bas que réellement difficile, je l'avale rapidement. La Gordolasque d'où je viens est invisible derrière moi dans la brume. Si le vallon de la Madone de Fenestre est bien visible de l'autre côté, c'est pour révéler un temps beaucoup plus menaçant juste au-delà, dans le Boréon.

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Le Pas du Colomb et son dernier raidillon. Le temps se couvre ... (ajoutée le 13/11/2017)

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Le Pas du Colomb, côté Gordolasque (ajoutée le 13/11/2017)

Mon ambition pour la journée est d'atteindre le lac de Trécoulpes pour bivouaquer, avec encore un col à franchir (le Pas des Ladres) que je sais être facile. De là il me reste une journée de marche pour rejoindre ma famille à Valdeblore et prendre une journée de repos. Par contre c'est aller tout droit dans l'orage qui se forme. Au fur et à mesure de ma descente je cherche le moyen de "couper" la descente vers la Madone pour rejoindre le Pas des Ladres via le Lac de Fenestre, mais je ne trouve pas la trace. Le tonnerre gronde, le ciel s'assombrit vite. Lorsqu'il se met à pleuvoir je décide d'arrêter la journée et je monte la tente à toute vitesse pour m'abriter ... il n'y aura pas plus que quelques gouttes et le temps se dégagera rapidement. Tant pis pour le bivouac à Trécoulpes, mais je rallonge d'autant mon étape du lendemain pour rallier Valdeblore.

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Le Pas du Colomb, côté Fenestre. L'orage gronde sur le Boréon (ajoutée le 13/11/2017)

J'ai aimé :
- l'ambiance haute montagne
- la succession de cols "sportifs"

J'ai détesté :
- mon genou

Si c'était à refaire :
- pour l'esthétique, marquer la pause aux lacs de Niré plutôt qu'après le refuge de Nice et son lac artificiel qui a chamboulé le paysage d'origine (beaucoup de remblais)
- identifier la trace qui permet de couper par le lac de Fenestre (je suis finalement descendu le lendemain jusqu'à la Madone pour remonter ensuite, me rajoutant 200 m de dénivelé dans les 2 sens)

A suivre ...

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 09:52:42)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

Hervé27 - éMULe - ma liste 3.2 kg / 3 saisons à jour
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#11 05-11-2017 13:00:47

florencia
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Une belle entrée en matière et un début de récit très agréable à lire smile


identifier la trace qui permet de couper par le lac de Fenestre (je suis finalement descendu le lendemain jusqu'à la Madone pour remonter ensuite, me rajoutant 200 m de dénivelé dans les 2 sens)

Il n'y a pas réellement de chemin ou de trace marquée, mais avec le cap à suivre, et au feeling au fil du relief peu accidenté, c'est assez simple en réalité smile

Bonne suite wink

Flo


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"Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle !" -Paulo Coelho.

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#12 05-11-2017 20:03:27

phoenix_hikes
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Salut Hervé,

C'est avec grand plaisir que je lis ton compte rendu. J'ai effectué le trajet Menton - Thonon-les-Bains de mi-septembre à début octobre et je trouve toujours intéressant de lire ce que les autres randonneurs ont aimé (ou pas) d'un itinéraire que j'ai fait.

Comme j'en avais discuté avec pepecoulon, je vois l'allègement comme un outil qui permet à des randonneurs plus âgés ou ayant eu des problèmes physiques (hernie discale dans mon cas) de continuer à marcher ou même, de recommencer à le faire.

Par contre, je ne partage pas ton point de vue sur le côté bénéfique d'un surpoids afin de pouvoir puiser dans tes graisses plus longtemps. Ces kilos de trop augmentent les traumatismes subits par ton corps à chaque pas. Tu aurais certainement eu moins de douleur au genou en étant plus proche de ton poids de forme dès le début (attention, je parle de manière générale. Je trouve ta démarche de remise en forme absolument géniale et inspirante).

En attendant de lire dévorer la suite du récit !


"Et puis parcourir le monde avec son sac à dos, c'est peut-être au bout du compte le plus beau des cadeaux"                  Grand Corps Malade

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#13 05-11-2017 20:30:08

bruno7864
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Salut Hervé,

Gestion de l'eau
partir de Menton fin juillet à 10h30 du matin avec seulement 2 litres d'eau pour aller jusqu'à sospel hmm ?.... tu avoueras que tu ne t'es pas facilité la tâche, un coup a y laisser sa santé. 3 à 4 n'auraient pas été de trop big_smile . En 2013 aux mêmes dates il faisait 38°C dans la journée. Entre Sospel et Menton dans l'autre sens sur une demi journée j'avais bu 3,5 litres d'eau en me restreignant sur la fin. Ne cherches pas trop d'où vient ta douleur au genou wink .

Sens Sud Nord/Nord Sud
Comme tu as pu le constater, le manque d'eau entre Menton et la vallée des Merveilles en dehors de Sospel, c'est à dire sur 50 km, impose le rythme des premières étapes et ne permet pas de mise en jambe tranquille. Dans le sens sud nord sur cette distance il y a 3700m de dénivelé positif. La chaleur accablante du milieu d'été rend le trajet pénible. Déjà dans l'autre sens, alors qu'on est bien en jambes et qu'il reste plus de descente que de montée, cela est éprouvant à cette époque alors...en partant de Menton tongue
C'est sans doute pour cette raison que cette traversée est décrite dans le sens Nord sud et le plus souvent commencée par le nord car l'on peut moduler les étapes et permettre une mise en jambe smile

Coupette à la madonne de Fenestre
Comme indique Florencia, la coupette pour éviter la Madone de Fenestre est assez évidente, et lisible sur les courbes de niveau. Le seul inconvénient suivant la saison est le torrent à traverser, et au pire tu dois te déchausser.
J'en parle ici et la trace ici

Dernière modification par bruno7864 (05-11-2017 21:14:12)

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#14 05-11-2017 23:27:51

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Bonsoir à tous,

@phoenix-hikes : ma remarque sur l'avantage calorique du surpoids était surtout ironique ... il vaut toujours mieux être plus léger, ce n'est pas ici que nous allons dire le contraire  smile

@bruno7864 : bien d'accord avec toi, j'ai beaucoup à ré-apprendre. Je n'étais tout de même pas totalement inconscient et j'avais préalablement repéré les possibilités d'eau sur l'itinéraire, avec la source de l'Albaréa comme point de mire au 4/5ème du trajet. Il y a aussi d'autres ressources si l'on se permet un petit détour avec la source du Merle au-dessus de Castellar (bien mentionnée sur les cartes) et puis aussi en bonus la halte randonneurs que j'ai évoqué. Si je me suis déshydraté, ce n'est pas tant par manque d'eau portée, mais surtout parce que j'ai trop forcé, trop longtemps, aux mauvais moments. Je rassure tout le monde, je ne me suis jamais senti "en danger" sur cette étape.

@florencia & bruno7864 : pour la coupette de la Madone, si je voyais bien à distance l'itinéraire général, je pense que suis descendu un peu bas pour traverser le torrent suffisamment commodément. C'est là que j'ai pris ma décision de bivouaquer.


J4 31/07 au-dessus de la Madone - La Roche-Valdeblore 36 km / 1 862+ / 2 621- / marche 12:20

Comme les chiffres l'indiquent, c'est la journée la plus déraisonnable de toutes. Pourvu qu'elle me serve de leçon.

Ayant fait la veille une étape courte pour cause de menace d'orage, j'ai compromis mes possibilités de rejoindre ma famille à Valdeblore à la fin de cette 4ème journée. Ayant pu me reposer, je décide de partir à 6:00 pour éviter autant que possible la chaleur et me permettre une longue journée. A ce stade je n'ai pas décidé de rallier Valdeblore, mais plutôt de viser un bivouac au vallon de Barn que j'affectionne particulièrement.

Mon bivouac était bien agréable, dans l'herbe sous un mélèze et 10 m au-dessus du torrent. Seule ombre au tableau, le spectacle peu ragoûtant de dizaines (centaines ?) de mouches et moustiques venant se piéger entre ma moustiquaire et mon double toit en direction de la lumière du jour. Grâce à la proximité du torrent, j'ai pu me laver, faire une lessive qui a séché de nuit (signe de la sécheresse), profiter d'un ciel étoilé magnifique ... Si les vaches ont un peu vagabondé aux alentours en début de soirée, elles se sont vites couchées dans l'herbe et je n'ai plus entendu les clarines et ainsi pu dormir (un peu). Je replie à 5h30 du matin une tente déjà sèche.

Je ne cherche pas plus la "coupette", dans l'espoir de pouvoir mieux ménager mon genou par le chemin balisé que par un itinéraire à l'azimut. Tant pis pour le dénivelé en plus. Après avoir franchi le torrent et en remontant sur le sanctuaire, j'aperçois un chamois qui en sort avant de prendre la pose sur la crête. Ma photo sur mon téléphone ne rend pas grand-chose, je regrette mon reflex et mon objectif 70-300 (mais pas son poids !).

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Sanctuaire de la Madone. z'avez vu le chamois ? (ajoutée le 13/11/2017


La montée au Pas des Ladres, d'abord sur le sentier très (trop ?) bien aménagé de Fenestre, puis par un chemin plus traditionnel après bifurcation, est facile et agréable, avec de très belles vues au soleil levant. Je prends une bonne pause au Col, avec cette fois la volonté de bien doser l'effort. La situation de mon genou est stable : indolore dans les montées et à chaud sur le plat, il limite sa nuisance aux descentes mais sans me créer de vrai handicap (je veux dire que je ne ressens pas de mouvement "interdit", je peux fléchir, me réceptionner, bouger normalement). Les bâtons de marche, que je découvre cette année, me sont très utiles.

Depuis le Pas des Ladres on découvre le lac de Trécoulpes (ou trecolpas sur les cartes), avec sa jolie petite île boisée, accessible par un gué. Je rêve de bivouaquer un jour sur cette île  tongue, mais ce n'est encore pas pour cette fois. Je descends et longe le lac avant de descendre le vallon du Boréon, où je ne veux pas m'attarder car le site est beaucoup trop fréquenté à mon goût. C'est sans hésiter que j'emprunte le chemin de la rive droite (dont je ne sais plus très bien si c'est encore le tracé officiel du GR ou une variante), plus étroit et discret, et surtout moins emprunté. Le chemin est plus ou moins à flanc sur une longue distance, avant de descendre en lacets, toujours en forêt, au niveau du lac du Boréon. J'atteins ainsi la route de Salèse à 11h00 (la première depuis Sospel), où je trouve qu'il fait bien chaud en quittant l'ombre de la forêt. Après une courte pause, je remonte par la route sur ~2km en essayant d'utiliser autant que possible l'ombre des arbres quand il y en a. C'est que ça cogne ! Je suis heureux de reprendre le sentier qui traverse le torrent et remonte alors par la forêt.

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Lac de Trécoulpes, son île et le gué ... le rêve d'une nuit d'été (ajoutée le 13/11/2017)


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Le Boréon par la rive droite (ajoutée le 13/11/2017)


Je suis au Col de Salèse à 13:30 où je m'arrête dans l'herbe pendant une heure pour déjeuner, pratiquer mes étirements et souffler. Il fait moins chaud à 2 000 m et c'est bien agréable. En partant tôt j'ai bien avancé, et après cette heure de pause il me reste 6h de jour à disposition, plus qu'assez pour atteindre Valdeblore en une seule traite. Comme je me suis un peu ménagé par des pauses régulières et une meilleure hydratation, je m'en sens capable d'autant que je connais très bien le chemin puisque je viens ici en vacances depuis mon enfance.

Dommage qu'il ne soit pas possible de s'éviter 2 km de route de terre avant de reprendre le sentier du vallon de Barn. Elle gâche le plaisir, surtout comme aujourd'hui par forte chaleur. Quant au vallon de Barn, avec sa forêt et sa verdure, ses ruisseaux abondants malgré la sécheresse, son petit lac caché aux regards, je suis un amoureux de toujours de ce site.

Au 4ème jour de ma traversée, après des débuts brutaux pour mon organisme, les courtes nuits de sommeil sous la tente, les 600 m de dénivelé pour atteindre le Col du Barn, réclament de moi un effort de volonté. Je me motive en me disant qu'après ça, ce n'est plus qu'une longue descente de 1 300 m vers le village de La Roche. En me représentant la descente, je n'envisage alors de difficulté que pour mon genou.

C'est en arrivant au Col que je réalise que quelque chose n'est pas normal. A 2 451 m, il fait chaud. Le vent est chaud. La chaleur monte de la vallée et souffle sur le col ! Depuis 3 jours je suis en altitude, échappant ainsi aux grosses chaleurs. C'est à partir de ce jour que la canicule va véritablement s'installer et s'intensifier. Il est 17:00, j'attaque la descente face à un sèche-cheveux en action.

Le GR passe en surplomb du Lac Gros, lequel avant-guerre était effectivement le plus gros des 5 lacs de Millefonts, et le plus profond. On distingue encore très bien la ligne de son ancien niveau. Durant les combats de l'automne-hiver 44-45, les troupes alliées et allemandes ont cherché à détruire tout ce qui pouvait servir à l'adversaire. C'est ainsi que les vannes qui contrôlaient le niveau du lac ont été dynamitées. L'explosion a créé ou élargi des failles dans la roche, et le lac s'est définitivement vidé de 90% de son volume. En compensation pour les habitants du pays, le Génie des troupes US construira une retenue sur le plus bas des lacs, le Lac Petit, qui aujourd'hui est le plus gros mais a conservé son nom roll

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Lac Gros en 1935, Col du Barn à gauche ... (ajoutée le 13/11/2017)

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... et de nos jours, vu en descendant du Barn (photo de 2015, ajoutée le 13/11/2017)

Comme nous résidons (en vacances) à La Roche et non pas à Saint Dalmas, je quitte le GR pour descendre audit lac Petit et longer le vallon jusqu'au verrou rocheux qui le ferme au niveau de la vacherie de Millefonts. Là commence le sentier du Rasciassé (enfant, je comprenais "le raz de Chassée" en cherchant en vain une signification au terme). C'est un vieux sentier en lacets qui n'est plus véritablement entretenu et commence à se perdre dans sa partie haute. Le descendre est un effort, que je fais au soleil couchant tout en rejoignant maintenant rapidement la fournaise de la vallée. J'ai de l'eau et je peux boire, mais la difficulté est ailleurs : couplé à la fatigue, le retour à la chaleur fait que je ne parviens plus à maitriser ma température corporelle, c'est le coup de chaud yikes !Je suis au bord du malaise lorsqu'à 20:00 j'arrive à notre maison : je me précipite à la salle de bains et, dans la baignoire, je m'arrose d'eau froide jusqu'à ce qu'un grelottement m'indique que ma température se réajuste.

En me lançant dans cette traversée, je pensais qu'il me faudrait gérer mes journées en fonction du risque d'orage de l'après-midi. De fait, l'orage rencontré aux Merveilles le 2ème jour et à Fenestre le 3ème m'avaient conforté dans cette idée. Maintenant je réalise que c'est la canicule qu'il faut gérer, ce qui imposera pour les jours suivants des départs de très bonne heure, de rester en altitude aux heures les plus chaudes, de laisser passer les plus fortes chaleurs avant d'attaquer les gros efforts, de rester extrèmement vigilant sur l'hydratation etc.

Demain, journée de repos (en famille et chez soi, le luxe !), de ravitaillement et de réorganisation à la lumière de l'expérience de ces 4 premiers jours.

J'ai aimé :
- le lac de Trécoulpes, le vallon de Barn

J'ai détesté :
- les portions de route dans les vallons de Salèse (évitable) et Molières (celle-ci incontournable)
- ma bêtise d'avoir voulu tirer aussi loin dans ces conditions. Cette fois c'était plus que limite.

Si c'était à refaire :
- au lieu de descendre sur le refuge du Boréon et suivre le tracé officiel du GR par la route, poursuivre à flanc et en forêt vers la vacherie des Erps puis celle du Cavalet avant de descendre dans le vallon de Salèse
- bivouaquer dans le vallon de Barn

A suivre

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 10:29:46)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

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#15 10-11-2017 15:55:49

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J0 01/08 Valdeblore

36 h de pause sont les bienvenues.

1ère préoccupation avec mon genou. Je passe à la pharmacie de St Martin pour y trouver une genouillère, mais le pharmacien me fait comprendre que c'est une mauvaise solution : mon articulation réagit à une trop forte sollicitation à laquelle je l'ai insuffisamment préparé. C'est avant tout une question de musculation à laquelle Je n'ai pas d'autre solution que le ménagement, "l'encapsulation" dans une genouillère risquant surtout de masquer le signal et ainsi laisser de réels dégâts se produire. Si je suis un peu sceptique et frustré de cette absence de solution immédiate à mon problème, la suite me démontrera qu'une genouillère n'était effectivement pas nécessaire. Je conserverai une gêne parfaitement gérable avec le bon usage de mes bâtons, mais finalement jamais un véritable handicap. La douleur n'évoluera pas et je trouverai les moyens de la contenir et la contourner.

Côté alimentation je constate que le régime 16/8 (cf 1er post) + grignotage de fruits secs/séchés + semoule fonctionne très bien dans mon cas. Aucune fringale, pas de problème de transit intestinal (désolé d'être prosaïque). Par contre le bilan calorique reste très insuffisant : sur la balance j'aurai perdu 5 kg en 4 jours, qui ne peuvent tous s'expliquer par la seule déshydratation. C'est beaucoup trop rapide pour rester tenable sur 3 semaines. Je dois faire évoluer ma logique d'autonomie complète vers une alternance de vie en bivouac et d'arrêts en refuge, et profiter ainsi régulièrement des calories des menus randonneur. Je recomplète mon sac de vivres avec 4 jours de mon régime favori : ~1 kg de mélange fruits secs préalablement répartis en 4 sachets de 250 g, 2/3 barres de céréales par jour de marche, 600 g de semoule pour lesquels je prévois un carré de bouillon cube pour y donner du goût, 4 sachets  de soupe, toujours enrichi d'un saucisson, d'un tube de lait concentré sucré de 300g et quelques dosettes de thé et café. A part un petit complément qu'on m'apportera 3 jours plus tard, je ne ravitaillerai qu'à Briançon grâce à mes arrêts plus ou moins alternés en refuge.

Peu de changements pour la composition du sac : passée la zone la plus pauvre en eau, je me déleste de la gourde souple d'appoint de 1/2 l (malgré sécheresse et canicule, je n'aurai plus de difficultés en eau sur la suite du parcours), j'ajoute une pommade apaisante pour mon articulation douloureuse ... Je retire quelques billets au distributeur : j'ai effectué ce premier tronçon avec 20 €, ayant oublié de m'arrêter au distributeur à Menton comme à Sospel, étourdi comme toujours  roll . Une bonne lessive me permet de repartir avec du linge propre et sec. J'aère tente et sac de couchage pour la journée.

J5 02/08 La Roche-Valdeblore - Refuge du Longon 22 km / 1 871 + / 1 077 - / marche 7:10

Pour mieux gérer la chaleur, je décide de systématiser la marche aux petites heures, ce sera donc un départ à 6:15 ce matin. L'air est sec et doux, ce qui augure mal des températures de la journée ici à 1 100 m. Après la descente sur St Sauveur, je dois être de retour à plus haute altitude avant le gros de la chaleur. Aujourd'hui il est également prévu que mon épouse et mes deux plus jeunes filles me rejoignent à Roure pour de là marcher avec moi jusqu'au Refuge du Longon. En plus de prolonger la joie d'être en famille, cela m'obligera à appliquer un horaire plus raisonnable que les jours précédents.

En redémarrage à froid, sur le béton et l'asphalte, mon genou me rappelle bien son existence dans la descente vers La Bolline et un peu au-delà, mais sans plus. Dans la remontée sur Rimplas je constate pour la première fois le déssèchement accéléré de la végétation dû à la canicule : cette vision se renforcera les 3 jours suivants.

Depuis Valdeblore et jusqu'à Roure vous pourrez observer sous différents angles la curiosité géologique que constitue une veine de grès rouges (dont le pays tire ses ardoises) encadrée par des veines blanches riches en cuivre. Il y a aussi de l'Uranium dans les granites de ces mêmes montagnes, et il fut une époque où l'on craignit sa mise en exploitation. Heureusement pour nous et malheureusement pour d'autres, l'extraction se déporta vers d'autres latitudes ...

Quand je traverse Rimplas à 7:30-45 les hôtes de l'Hôtel des Randonneurs n'en sont qu'à ouvrir leurs volets, sauf un couple presque prêt à se mettre en chemin. Si vous faites halte à Rimplas, tentez de prendre RDV pour visiter le fort : il s'agit du premier ouvrage achevé de la Ligne Maginot, véritable cuirassé creusé et bétonné dans la montagne, verrouillant la Tinée et sa communication avec la Vésubie via Valdeblore. A tout le moins, empruntez le petit chemin à flanc de falaise qui en fait le tour, et grimpez sur son sommet, la vue y est magnifique (c'est un crochet par rapport au GR). J'aime beaucoup ce village, bien ramassé sur un collet au-dessus des deux vallées de la Tinée et Valdeblore. De beaux efforts de restauration ont été menés par les propriétaires et la mairie, ainsi qu'une sympathique initiative de nommer chaque maison, parfois avec humour, sur de jolies plaques d'ardoise. Je relève aussi des travaux d'aménagement de toilettes publiques sur le passage du GR, en cours également à St Sauveur et à Roure. Si cela pouvait nous épargner à l'avenir le disgrâcieux PQ des bords de chemin mad  !

Je profite de la fontaine pour boire abondamment et recharger mes 2 litres à bloc, je procèderai ainsi à chaque point d'eau. Je commence à descendre vers St Sauveur, au départ sur une route de terre puis plus bas par un sentier plus classique. Les 600 m de dénivelés sont longs, mais sans difficulté et encore bien à l'ombre à cette heure de la journée. Je craignais beaucoup pour mon genou dans cette descente, mais au bout du compte tout se passera très bien.

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Passé Rimplas, vue en face sur Roure et, tout au fond, le Mounier (ajoutée le 13/11/2017)

Arrivant à St Sauveur passé 8:30, je n'ai encore croisé aucun randonneur en marche depuis mon départ. Ceux que je vois ici sont encore attablés en terrasse à leur petit déjeuner. Nouvel arrêt fontaine avant d'attaquer la grimpette vers Roure (600 m+).

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Vue en arrière vers Saint Sauveur. Le soleil arrive ... (ajoutée le 13/11/2017)

Le chemin muletier en lacet coupe plusieurs fois la route et je sors rapidement de l'ombre du fond de vallée pour me retrouver au soleil. La transpiration redevient vite abondante (sans jamais approcher ce que j'avais connu au-dessus de Menton). Malgré la remontée en altitude, tout reste sec sur ce raide versant bien exposé. J'arrive à Roure en 1h30, je n'ai croisé qu'un seul randonneur en descente sur St Sauveur. Je m'arrête une première fois longuement à la fontaine / lavoir bien à l'ombre et à la fraicheur. Je me déplace ensuite un peu au-dessus de l'église pour marquer une longue pause dans l'herbe et à l'ombre, avec une jolie vue sur le clocher atypique et la vallée. J'ai du temps à tuer avant que ma petite famille ne me rejoigne, inutile de se presser.

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Arrivée sur Roure (ajoutée le 13/11/2017)


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Roure, le lavoir entre ombre et lumière (ajoutée le 13/11/2017)


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Roure et son clocher (ajoutée le 13/11/2017)


Notre point de RDV est prévu un peu plus loin, à la source de la Barre (un joli point de bivouac où j'avais campé à la belle étoile en octobre 1991), en balcon sur la Tinée, sur le passage de la route forestière, point de départ de randonnées avec petit parking ). Je m'y rend tranquillement pour y attendre mon petit monde. Une fois réunis, nous optons pour marcher sur la route forestière jusqu'à Rougios plutôt que de passer par la crête du Mont Autcellier, ainsi plus lontemps protégés de la chaleur par l'ombre des arbres. Le hameau de Rougios, avec ses quelques chalets bien restaurés et d'autres ruinés, est un but de promenade et de pique nique agréable, c'est là que nous déjeunons à l'ombre. A un peu moins de 1 500 m d'altitude, la chaleur reste supportable.

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Hameau de Rougios, un chalet (ajoutée le 13/11/2017)


Nous repartons un peu avant 16:00 pour arriver au Refuge de Longon à 17:30. Nous restons encore un peu ensemble avant que femme et enfants ne redescendent par le même chemin pour rentrer à Valdeblore. Je sacrifie l'un de mes sachets de fruits secs à la voracité de mes filles, elles l'ont bien mérité ! Le Refuge du Longon étant avant toute chose une ferme d'alpage, mon épouse s'y fournira en fromage avant de prendre le départ.

Ce soir est ma première rencontre véritable avec d'autres marcheurs avec qui je puisse prendre le temps de l'échange. Il y a un couple hollandais parti de Wissembourg depuis ... 63 j (ils prévoient 8 jours pour atteindre Menton, alors que je suis monté en 5 j) ! Un ménage avec deux jeunes enfants montés ici pour la nuit, un binôme en chemin vers Nice dont je ne me souviens pas très bien s'ils étaient parti de Modane ou de plus au Nord etc. En tout une bonne quinzaine de personnes (mais je suis bien le seul en mode Sud/Nord). Plusieurs récits sur la météo froide et pluvieuse des Vosges, du Jura et de la Savoie semblent venir d'une autre planète, tant tout est ici désséché. Après 5 j à marcher, je commence à croire que je vais vraiment faire ce périple.

La soirée est un immense plaisir, autour d'une formule apéritif  + pizza feu de bois maison en entrée + surabondant plat de viande et purée (je ne me souviens plus) + fromages (mmhh tongue ! les propriétaires tiennent également leur propre fromagerie à St Martin Vésubie) + dessert + café/infusion + vin  + Génépi en digestif (je resterai à l'eau, trop soucieux désormais de ma bonne hydratation)... Tout ça dans la demie-pension randonneur, une table à ne manquer sous aucun prétexte.

Lorsque dans la discussion nous évoquons nos professions respectives, l'un des convives prend un air gêné et nous sors un bobard pas possible : protecteur des chauve-souris des greniers (faut-il avoir de l'imagination big_smile ) et tente de faire dévier la conversation sur un autre sujet ... Evidemment cela a l'effet inverse  et il finit par admettre qu'il est ... ostéopathe, tout ça au milieu de randonneurs souffreteux de leurs articulations wink  ... Nous saurons néanmoins rester convenables et le laisseront en paix lol  !

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Refuge de Longon, l'heure de l'apéro (ajoutée le 13/11/2017)


En parlant de demie-pension, une erreur que je ne renouvellerai pas : vouloir malgré tout dormir sous ma tente. Après le dîner et à la frontale, je m'installe un peu à l'écart dans la zone à cet effet, mais je sous-estime un aspect que m'avait pourtant indiqué le berger : avec la sécheresse, les vaches ne restent pas statiques mais divaguent toute la nuit à la recherche d'herbe. Le son des clarines m'entourera jusqu'au matin, avec aussi la crainte instinctive qu'elles veuillent me déloger de cette intrusion sur leur garde-manger. Nuit blanche au programme  sad  !


J'ai aimé :
- la marche à l'ombre le matin, la douceur à prendre son temps
- les points d'eau régulièrement espacés (1 litre sur le dos suffit amplement sur cette étape)
- Rimplas et Roure par eux-mêmes et pour la vue offerte (même si je connaissais déjà)
- la resociabilisation et recalorisation offerte par le passage en refuge

J'ai détesté :
- ma bêtise de ne pas dormir dans le refuge

Si c'était à refaire :
- aller de la source de la Barre au refuge de Longon par la crête du Mont Autcellier (un peu plus de dénivelé mais dans une montée très douce dans le mélezin, vue imprenable depuis la crête, la chaleur n'aurait pas été une gêne à cette altitude)
- dormir dans le refuge et pas à proximité

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 10:54:15)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

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#16 10-11-2017 21:40:17

Nico4nicolas
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Très heureux de lire cette aventure qui me permet de revivre la mienne... je n'étais pas loin derrière, j'ai posé ma tente dans le champ à vaches à côté du parking de la Barre au dessus de Roure le lendemain soir ! Je confirme la belle vue et la qualité de l'emplacement. L'avantage étant le point d'eau qui permet passer une bonne soirée.

Une question : j'ai toujours vu le lac de Trécolpas écrit "Trécolpas", d'où vient l'ortographe "Trécoulpes" qui semble peu usitée ? Au passage, l'île du lac n'est accessible que lorsque le niveau l'eau descend, après les premières pluies, elle n'est plus accessible (à pied).


Beaucoup trop sur le dos et pas assez dans la tête

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#17 12-11-2017 21:57:07

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

@Nico4Nicolas : pour Trécoulpes, c'est sans doute une francisation. Ma famille vient en villégiature à Valdeblore depuis 1933 (!), et à l'époque les vallées des Merveilles, Fenestre, du Boréon, Salèse, Molières, Castillon (aujourd'hui Isola 2000) étaient en Italie. Lorsque la frontière a été déplacée en 1947, je pense que l'heure n'était pas à la promotion des langues régionales ... Il se peut aussi que cette francisation remonte dès le Chevalier de Cessole qui a fait "découvrir" le massif au XIXème siècle (je pourrai vérifier sur de vieilles cartes d'avant-guerre qui traînent là-bas). En tout cas personne dans mes connaissances à Valdeblore ne prononce Trécolpas. Effectivement le gué est plus ou moins accessible selon le niveau du lac. Pour ma part je suis prêt à le traverser avec de l'eau jusqu'au cou et le sac sur la tête pour pouvoir planter la tente sur l'île, même si je dois glisser big_smile  !

Pour l'anecdote, au fil des balades ma famille a affublé certains lieux de Valdeblore de noms utilisés par nous seuls : Salon de Lecture, Maison du Crocodile, Chemin de la Canne, Camp Militaire, les 21 lacets, le Fort de Grand-Papa ... Chaque nom a son histoire et se transmet à la génération suivante (mes enfants sont la 5ème !)

J6 03/08 Refuge de Longon - St Etienne de Tinée - 33 km / 1 710 + / 2 456 - / marche sur GR 11:00 + un rabiot pour un crochet A/R jusqu'au Petit Mounier (+ 1h / 150 m+ / 150 m-)

Après une nuit sans sommeil, je me lève vers 5:15 et me mets en chemin à 6:00. Encore une fois pas une once de rosée, je replie une tente parfaitement sèche. L'objectif minimum de la journée est le village de Roya, avec une interminable mais splendide descente de 1 150 m, et un objectif secondaire de faire un crochet au Petit (2 727 m) voire Grand Mounier (2 817 m). Je rejoue là ma sortie d'août 2013 dans laquelle j'avais lamentablement flanché (avec 15kg de plus "en moi" et 5 kg en plus "sur moi", tout de même...).

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Le Longon, ambiance matinale (ajoutée le 13/11/2017)


J'aime énormément les Portes du Longon, qui pourraient tout à la fois recevoir la dénomination de plateau, vallée ou col. Il n'est occupé que par 2 ou 3 bergeries (dont celle du Refuge) et l'on y croise moutons, vaches, chèvres, chevaux, ânes, marmottes, chamois ... et loups. Bien avant la reconnaissance officielle du retour du loup en 1992, c'est là que les gens du pays signalaient de furtives rencontres ou hurlements bien des années auparavant. D'aucuns disaient que le loup n'avait jamais vraiment totalement disparu de la région (un loup fut tué "par accident" dans la Haute Roya en 1983, sans doute en exploration depuis l'Italie). Enfant à Valdeblore, je me souviens de personnes qui affirmaient avoir été suivies par un chien ressemblant furieusement à un loup. Cela nous ramène aux années 70 ...

Et quand on parle du loup, on parle du patou ! Après quelques centaines de mètres parcourus dans les lueurs de l'aube, un concert d'aboiements vient à ma rencontre. Ils sont 6 ou 7 à courir furieusement vers moi et j'admets que c'est le genre de situation où l'on peut raisonnablement douter de la suite des évènements  hmm

En matière de patous, j'applique et recommande les principes suivants :

1) Le territoire du patou est mobile, il s'agit du troupeau. Il faut donc toujours agir pour que les chiens se situent entre vous et le troupeau, de sorte qu'ils conservent toujours le sentiment d'être en contrôle des intrus que nous sommes et en protection de leur territoire. Ne fuyez pas mais ralentissez l'allure jusqu'à les rencontrer (ils viendront plus vite à vous que l'inverse), si nécessaire en infléchissant votre trajectoire en fonction de la position respective des chiens et du troupeau ; en général, si je suis sur le chemin, j'y reste, car les chiens pourraient mal interpréter que je quitte l'axe de passage "officiel" ;

2)Le patou reste un chien et donc un animal domestique, il est habitué à l'Homme et aux Randonneurs, des paroles réconfortantes et douces le rassurent sur la nature de nos intentions. Je leur parle donc autant que possible avec des "bonjour toi", "bon chien" "c'est bien, tu fais ton boulot" et bla-bla-bla (bon, en fait je n'en mène pas large, c'est surtout moi que j'essaie de rassurer roll ); je leur tends aussi le dos de ma main en geste de paix pour qu'ils viennent me flairer ;

3) Il y a forcément un dominant dans le groupe, il faut le laisser venir vous flairer, voire vous "marquer" en se frottant à vous. Surtout laissez-le/la faire (c'est souvent une femelle), c'est sa façon de vous délivrer un sauf-conduit pour poursuivre paisiblement votre chemin. J'ai d'ailleurs constaté que si le dominant m'autorise à le caresser, les dominés le refusent et conservent un écart avec moi. La récompense de la caresse est le privilège du patron  !

4) Une fois passées ces formalités administratives, ne vous attardez pas. Ils pourraient venir vous pincer comme ils le font avec les moutons pour vous faire accélérer le train.

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Bon, c'est patou ça, mais faut y aller ! (ajoutée le 13/11/2017)


Le concert d'aboiements a réveillé la vallée, les ânes se mettent aussi à braire en écho. Le soleil n'est pas levé mais mes convives randonneurs de la veille doivent tous être bien réveillés. Pardon à eux s'ils se souviennent de moi !

Je passe le verrou rocheux au bout du Longon et descend dans le vallon, passant au-dessus du hameau de Vignols (excellente base de départ pour des randonnées de 1 ou 2 j en boucle dans le massif du Mounier, si la garde au sol de votre voiture est assez élevée pour emprunter la route de terre depuis Roubion). J'accueille le lever du soleil depuis le fond du vallon que j'atteins à bonne allure (je recomplète mon eau au torrent, je n'en aurai plus avant le vallon de Sallevieille), et monte rapidement au Col des Moulines que j'atteins à 8:00.

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Vignols, encore à l'ombre (ajoutée le 13/11/2017)


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Col des Moulines, vue vers Beuil (ajoutée le 13/11/2017)


Je vais m'élever en altitude tandis que le soleil monte, échappant à la fournaise. Le ciel est sec et il n'y a pas un nuage, la vue depuis la crête est bien belle mais le décor se fait de plus en plus lunaire. Je croise mon premier trailer depuis Menton alors que je monte les derniers mètres avant la Stèle Valette. L'échange se fait au pas de course, il est déjà loin ! Il est 10:00 et je décide de m'écarter du GR et monter encore un peu jusqu'au Petit Mounier (2 727 m), rejoint en peut-être 20 mn et où je marque la pause sur les ruines de l'ancien observatoire astronomique.

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Le Mounier, vu du Petit Mounier (ajoutée le 13/11/2017)


Le site aurait pu devenir un autre Pic du Midi, un observatoire s'étant installé là au XIXème siècle avec pour vocation l'étude de la vitesse de la lumière. Il s'agissait de mener des expériences d'échange de faisceaux lumineux sur les plus longues distances possibles, d'abord avec l'Observatoire de Nice (réussies), puis avec le Monte Cinto en Corse (non concluantes). Il n'en reste plus grand chose aujourd'hui, mais quel point de vue !

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L'observatoire ruiné (ajoutée le 13/11/2017)


J'aperçois au loin les crêtes qui marquent la frontière italienne au-dessus de Menton. Je mesure ce que mes jambes ont réalisé en 6 jours de marche. De l'autre je découvre le programme des prochaines 48 h, avec en ligne de mire le Pas de la Cavale et la bascule "de l'autre côté", vers ces Alpes "du Nord" (le Nord commence bas, chez moi. Marseillais d'origine, il inclut Avignon lol ) que je connais mal. Passé ce point, je passerai "hors de portée" de mon camp de base familial à Valdeblore. La barrière physique du col est donc aussi mon horizon psychologique.

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d'où je viens (ajoutée le 13/11/2017)


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où je vais (ajoutée le 13/11/2017)


C'est le moment où je réalise que je suis vraiment en train d'accomplir ce périple, que mes appréhensions quant à mes capacités physiques, morales, mes choix de matériel, d'alimentation ... sont finalement surmontées (grâce, amis lecteurs, à vos bons conseils sur ce site). Quand j'entends dire qu'au 3ème jour on touche le fond et qu'au 6ème l'organisme et le moral sont en ordre de bataille, c'est bien vrai !

Il est 11:30 quand je retrouve le GR et entame ma descente vers Roya par le Col Crousette et le vallon de Sallevieille. Pour y avoir beaucoup souffert en 2013 (cd introduction du récit) et y être cette fois bien mieux préparé, ce sera cette fois-ci une promenade de santé. Passées les pozzines des Laces (à moitié asséchées cette année) dont l'eau stagnante ne m'attire guère, surtout que le troupeau y divague (je ne vois pas de patous), il faut attendre le début de la descente après le verrou pour retrouver mon amie la source. En 2013 elle m'avait sauvé la mise : sommairement aménagée avec un piquet de clotûre en métal fiché à l'horizontale dans le pierrier, elle délivre toute l'année un filet d'eau fraîche et limpide. Je m'y arrête, refais le plein, prends le temps de la vue.

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Pozzines des Laces. La source est après le verrou au bout de ce vallon (ajoutée le 13/11/2017)


Je discuterai un peu plus bas avec le berger, qui me dira que c'est lui qui entretient la source et la nettoie "avec amour". Je l'en remercie chaleureusement, tandis qu'il me demande si j'ai croisé ses patous, ce à quoi je réponds négativement bien qu'ayant vu le troupeau. Y en a qui devaient feignasser à l'ombre des barres rocheuses, ce que je ne saurai leur reprocher car à midi passé, ça commence à cogner cool . J'écoute les récriminations sur le loup, les bergers qui vont disparaitre, et "qui va s'occuper de la montagne ?", en évitant précautionneusement d'émettre la moindre opinion. Terrain glissant hmm

La descente sur Roya est longue, très longue, surtout que je redescend vers la chaleur du fond de vallée tandis que la journée avance. J'y arrive à 14:00 et m'arrête aussitôt au bord du torrent à l'ombre des arbres. Une longue pause (selon mes standards) de 1h30 me permet d'y faire un peu de toilette, de lessive, bref de me remettre d'aplomb avant que de décider de la suite de la journée.

J'hésite à me pointer au gîte : j'ai déjà marché plus de 7h aujourd'hui et cela constitue déjà une longueur d'étape tout-à-fait convenable. Vous aurez compris que ce n'est pas mon style et je vais bien entendu me remettre en route à 15:30, avec Auron comme nouvel objectif.

Les 500 m de dénivelé jusqu'au Col du Blainon ne sont jamais difficiles, toujours réguliers. Le seule difficulté étant la chaleur et l'exposition Sud. Je cale ma respiration pour garder un pas lent et je m'essaye à contrôler ainsi le débit de ma transpiration. Les alpages sont marqués par la dessication. Je suis frappé par la multiplicité des chalets (quasiment tous ruinés) étagés sur ces pentes, il y a aussi une petite chapelle abandonnée dont seul le clocheton a été entretenu (Chapelle St Sébastien 1 795 m). Vestiges d'une époque où nous vivions de nos mains et pas de nos écrans ... Au fond, je m'interroge sur mon rapport à la réalité. Mon mode de vie est-il réel ? Ai-je le droit d'être là ? Dans quel état j'erre ... Faut dire que le soleil tape !

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Chapelle Saint Sébastien (ajoutée le 13/11/2017)


Là-dessus, j'arrive au Col du Blainon : pause, hydratation, étirements ... Il est 17:30, j'envisage de bivouaquer là mais je juge ma ressource en eau trop faible et décide de descendre vers Auron. La descente vers la station par la forêt permet de limiter la chaleur, mais me coupe l'envie de faire halte dans ce lieu artificiel : des panneaux de signalisation régulent le trafic des randonneurs et des VTTistes, je m'attends presque à me faire flasher par un radar ou bien voir un agent de circulation surgir et dégainer son carnet de PV pour refus de priorité  mad . Dans le même temps, bien qu'à encore une heure de marche de la station, un mégaphone projette par-dessus la vallée les propos insipides d'une animation foraine quelconque. Les sentiers sont éventrés par les pistes, il faut marcher sur l'asphalte entre des bars aux noms typiquement locaux (Macumba, Flash machin-chose ...), sans parler des forêts de remonte-pentes. Non, ce n'est pas possible, même si j'en ai plein les pattes, je ne peux pas m'arrêter là. Le couple hollandais croisé au Longon, logé au gîte au centre de la station, nous avait raconté avoir été empêché de dormir jusque passé 2 h du matin par les animations d'abord puis la sortie des bars.

Dans mon topo j'avais estimé à 1h20 la descente sur St Etienne depuis Auron, autrement plus calme et agréable, mais je suis fatigué et j'ai mal aux pattes. Pas question de bivouaquer près de la station, pas possible de le faire non plus dans la descente très raide. Je dois donc remobiliser mes énergies et me lancer dans un dernier sprint :  si j'ai de la chance, je pourrai encore trouver de la place au gîte à St Etienne. L'asphalte et la fatigue ont réveillé mon genou et j'entame très péniblement la descente. Les lacets sont serrés et l'on descend très vite. Finalement je réalise que plus j'essaye de protéger mon genou et plus il me fait mal : la douleur va s'évanouir lorsque je vais cesser d'utiliser les bâtons et descendre en marche rapide, en utilisant toute la souplesse de mes articulations smile .

J'atteins le gîte du Corborant à St Etienne en 1h15, à 20:00 pile. Je suis rincé et ça se voit. Le gérant me propose de remettre le couvert rien que pour moi (seul un petit groupe est attablé quand j'arrive), si je ne traine pas trop sous la douche. Je ne me le fais pas dire 2 fois. La douche est rapide mais revigorante, et je rejoins le groupe lorsqu'il attaque le dessert. Je crois me souvenir qu'ils descendaient de Briançon avec Nice comme objectif (pas le temps pour les 2 j de rab du GR52). On s'échange des tuyaux sur la suite de nos chemins, on devise sur le poids des sacs. Le patron m'apporte les plats successifs : il y en a pour 4, mais ce soir je ne mange que pour 3  tongue .Ma bonne éducation m'a appris qu'il fallait toujours finir son assiette, mais point trop n'en faut.

Je partage la chambre avec un anglais. Nouvelles longues discussions. Avec la chaleur il faut dormir fenêtre ouverte, la couverture est inutile. J'étends ma lessive sur le balcon, tout sera sec au matin.


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Saint Etienne vue du gîte du Corborant (ajoutée le 13/11/2017)


J'ai aimé :
- toute la journée jusqu'au Col du Blainon
- la simplicité, la convivialité et la gentillesse au gîte du Corborant

J'ai détesté :
- l'approche et la traversée d'Auron
- la descente éprouvante sur St Etienne (et que doivent dire ceux qui la remontent ?)

Si c'était à refaire :
- se construire une variante pour éviter Auron, par le Col du Chavalet et les crêtes, ou même un plus grand détour par la Baisse de Barel et la Vacherie de Demandols : on peut alors rejoindre le GR5 sans passer par St Etienne, ou alors juste un petit crochet si besoin de ravitaillement. La formule par les vallées et la Baisse de Barel m'aurait offert de multiples points d'eau et de bivouac, et donc beaucoup plus de libertés et aucune obligation de pousser le même jour jusqu'à St Etienne après Roya.

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 11:41:25)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

Hervé27 - éMULe - ma liste 3.2 kg / 3 saisons à jour
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#18 13-11-2017 22:51:18

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

NB : j'ai pris le temps de compléter les posts précédents avec des photos. Elles sont faites avec mon vieil iphone 4S, dans son étui étanche. La qualité n'est donc pas toujours au RDV, mais c'est mieux que rien.


J7 - 04/08 - St Etienne de Tinée - Lac du Lauzanier / 28 km / 2 388 + / 1 185 - / marche 9h55

Ce matin je ne bouscule pas trop mon planning. Avec 2 soirées en refuge depuis Valdeblore, je n'ai pas beaucoup entamé mes provisions, en tout cas pas au point d'attendre l'ouverture de la supérette pour recompléter. Pour ne rien gâcher, des amis ont prévu de venir randonner au-dessus de St Dalmas le Selvage et nous sommes convenus de nous y croiser : ils m'y apporteront très gentiment les excédents de provisions laissés à la maison. C'est plus qu'il n'en faut, et de fait je n'aurai pas à ravitailler avant Briançon 4 jours plus tard, avec encore de la réserve. Je pense qu'en moyenne j'ai porté ~800 g de nourriture en trop tout le long du parcours. A retenir pour les prochaines fois, un MUL chargé ne le reste pas longtemps (réfléchissez à celle-là ...).

Pour gérer ce rendez-vous, pas la peine de partir aussi tôt que les jours précédents. Je décolle assez raisonnablement à 7h00, pour un RDV à St Dalmas le Selvage vers 10h30 auquel je serai rigoureusement ponctuel (arrivé à 10h28 !).

La montée au Col d'Anelle est très agréable avant la chaleur. L'empreinte de la canicule se renforce chaque jour, les fleurs des champs déssèchent sur pied, les sentiers sont poussiéreux et ont perdu toute trace d'humidité. Le col et sa fontaine accueillante m'offrent l'occasion d'une pause substantielle, et d'une agréable discussion avec 2 autres randonneurs solitaires. A ce carrefour, nous venons de 3 directions différentes et repartons dans 3 autres. L'un d'eux (pas MUL), me fait l'éloge de son vieux sac LAFUMA TASSILI 60 ... exactement le même que celui que je viens de remiser (respectueusement).

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Descente du Col d'Anelle vers Saint Dalmas le Selvage


La descente vers St Dalmas le Selvage suit la piste forestière, d'abord à l'ombre du Mélezin, puis à terrain découvert. Vu depuis ce versant les aménagements réalisés pour retenir un glissement de terrain menaçant à l'aplomb du village sont bien visibles sad . Je suis à l'heure, mes amis aussi ! Leur voiture passe devant moi à l'instant où j'atteins la place du village. Ils me délivrent mon ravitaillement, nous discutons de la canicule qui s'aggrave à Valdeblore, alors qu'elle leur semble plus supportable ici. Enfin chacun repart de son côté : ils remontent vers le Col d'Anelle d'où je viens de descendre, tandis que je pars à l'assaut du Col de la Colombière, dans le sens opposé. Je dois demander le plein d'eau au gîte / bar / restaurant, l'eau est en effet coupée aux fontaines ...

Encore un versant Sud à gravir, 750 m+ en plein soleil et entre 11h et 13h ... Pourtant je n'arrive pas à en reconstituer un souvenir cohérent, comme si la répétition des jours avait commencé de placer l'esprit en mode automatique. Dans ce récit, c'est le premier tronçon dont je ne garde en mémoire que des bribes décousues : je ne reconnecte qu'à partir du Col et la descente vers Bousiéyas. Etrange roll  ...

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Vue du Col de la Colombière vers les Fourches et le Pas de la Cavale

La descente vers Bousiéyas dans la chaleur, au soleil et par une piste 4x4 n'est pas transcendante, même si la vue sur les crêtes en face compense. Arrivé au hameau (il est 14:30), je m'offre une pause bienvenue d'1/2h à la terrasse du gîte / restaurant : une grande bouteille d'eau pétillante et glacée, une tarte aux myrtilles et un café, le luxe  tongue . Je calcule dans ma tête le parcours qu'il me reste pour atteindre mon objectif de bivouac au lac du Lauzanier. J'ai estimé 4h de marche depuis Bousiéyas, ce qui met le lac tout juste en limite de portée de ma journée. Je ne dois pas traîner plus ...

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Panneau à Bousiéyas sur la route de la Bonnette lol

Le plein fait à la fontaine, je monte en 1h au Col des Fourches (passage rapide par le Camp éponyme, où le GR est dévié sur quelques centaines de mètres le temps que soient réalisés des travaux de stabilisation des bâtiments en ruine). La charge des jours précédents et de la journée se font sentir, et je me sens obligé de faire une nouvelle pause d'1/4h au Col des Fourches.

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Moutons au Camp des Fourches


Je contemple le Salso Moreno et tente de répérer par où le GR va gravir la pente pour atteindre le Pas de la Cavale auquel je ne suis encore jamais monté. Les récits lus ici même parlent d'une descente raide dans le sens Nord/Sud, je m'attends donc à une épreuve difficile sur ces 600 derniers mètres de dénivelé pour la journée. La journée avance et les ombres s'allongent, et une fois entamée l'ascension je constate qu'il n'y a personne ni devant moi ni à ma suite. Petite appréhension s'il devait m'arriver quelque chose hmm  ... L'échancrure rectangulaire du Pas de la Cavale est bien marquée et visible de loin, mais le chemin qui franchit les dernières dizaines de mètres reste invisible. Au fur et à mesure de mon ascension, j'ai beau scruter cette barre rocheuse, je ne vois pas par où le chemin va me faire passer. En fait le sentier exploite plusieurs décrochements de la falaise pour se faufiler à flanc de rocher, c'est magnifique. Dans les dernières secondes avant d'arriver, j'aperçois un bouquetin fermement installé au col, ses cornes dressées sur fond de ciel bleu d'azur. C'était le signe que la batterie de mon téléphone était encore une fois à plat. La photo aurait été belle, elle le sera encore plus dans votre imagination.

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par où c'est qu'on monte ?


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où ça, tu as dit ?


Il est 18h30, je me retourne vers le Sud une dernière fois et franchit "ma frontière". A partir d'ici, tout est nouveau pour moi. Je suis heureux, fier de ce que je réalise, ému même, mais fourbu. Il me faudra 45 mn pour rejoindre les rives du lac du Lauzanier, mais cette récompense valait tous les efforts.

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de l'autre côté, un nouveau monde


J'arrive trop tard pour y prendre le soleil ou m'y baigner, trop tard également pour lier et discuter autant que l'aurai voulu avec les 2 autres randonneurs déjà installés à proximité (nous sommes quand même à 50 m les uns des autres). J'aurai juste le temps d'apprendre que l'un comme l'autre font une GTA Nord/Sud. Il est 19h30 et Je dois monter la tente, rincer mon linge, me laver, pratiquer mes étirements, dîner ... le tout en clopinant sur mes membres endoloris par le refroidissement musculaire ... mais quel bonheur d'être là !

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tout commentaire est superflu

J'ai aimé :
- la montée matinale de St Etienne au Col d'Anelle
- la beauté sauvage régnant du Col des Fourches au Lauzanier
- mon plus beau bivouac depuis Menton

J'ai détesté :
- la chaleur qui m'a empêché d'apprécier les autres portions
- la batterie de mon téléphone

Si c'était à refaire :
- aucune idée lol  !

Dernière modification par Hervé27 (13-11-2017 23:19:42)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

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#19 14-11-2017 01:26:12

kodiak
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

La rando, l'itinéraire, les choix techniques, le style... super feuilleton, bravo. Je vais résilier mon abonnement Netflix lol
Bien vu, le panneau-marmottes!


Lâche ce clavier, attrape ton sac et pars marcher! |k|
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#20 14-11-2017 22:26:34

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

Merci Kodiak, tu me flattes cool .

J'écris ce que j'aime lire sur ce forum, et me replace dans les chaussures du randonneur qui découvrait son chemin à chaque pas.

Je n'ai plus que 5 jours à raconter : avant que tu ne résilies Netflix, attends que je mette des programmes en production. Pour 2018 je commence à kiffer la Traversée des Pyrénées, et pour mes 50 ans en 2019 quelque chose de maousse (Via Alpina, ou si vraiment j'y crois très fort, mon rêve absolu sur Te Araroa ?). Allez, on y croit !


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#21 15-11-2017 01:13:27

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J8 - 05/08 - Lac du Lauzanier - Fouillouse / 24 km / 1 101+ / 1 582- / marche 7h55

Dans la préparation de mon itinéraire et pour les 2 jours à suivre je m'étais construit une variante pour éviter autant que possible les marches en fonds de vallée (vers Larche d'une part, puis entre Fouillouse et Maljasset). Le plan (à vos cartes) était de suivre le GRP du Tour du Chambeyron, de passer en Italie par le Col de Stroppia, en revenir par le Col de Marinet et descendre retrouver le GR5 à Maljasset. Ce n'était pas déraisonnable à faire en 2 jours, mais une inspiration soudaine m'a fait changer de programme, je vous la raconterai ici. Elle s'est avérée doublement judicieuse, mais vous ne saurez pourquoi que dans le récit du 06/08 big_smile .

La nuit au Lac du Lauzanier fut magnifique, avec un ciel dégagé par le vent et un brillant clair de Lune. C'était certes un peu frais au matin mais pas au point de geler (au pif, +2°C ?). Je n'ai pas eu froid, signe que mes choix d'équipement me laissent de la marge pour tester des conditions plus dures.

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Le lac du Lauzanier au lever du soleil


Le ciel très sec est d'un bleu profond, les reliefs sont nets jusqu'à grande distance, la journée s'annonce éblouissante, et l'indice UV maximal, d'autant que mon programme est prévu de me faire osciller entre 1 900 m au plus bas et quasi 3 000 m au plus haut (côté italien). Il ne va pas falloir lésiner sur la crême solaire.

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Vallon du Lauzanier


Je prends (un peu) mon temps pour lever le camp, et ne démarre qu'à 7h40. Une petite visite à la Chapelle du Lauzanier, sur une petite éminence en tête du lac, puis je descends le long de l'excellent chemin de fond de vallée qui amène au Pont Rouge. A cette heure je profite de ce beau vallon avec les rares solitaires qui, comme moi, ont dormi dans le coin. Pour une fois une jeune marmotte accepte de se montrer de près alors que ma batterie est à pleine charge. Je la filme à 1 m de distance jusqu'à son terrier.

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en reportage animalier, c'est tout ce à quoi vous aurez droit


Plus je descends vers le Pont Rouge et plus le flot de randonneurs à la journée qui montent du parking s'intensifie : c'est aussi ce qui me motive pour suivre un itinéraire qui me gardera le plus longtemps possible en altitude. C'est que je commence à aimer ma petite solitude, moi wink !

Au Pont Rouge je quitte le GR et prends à droite pour rejoindre la route du Col de Larche, et une fois celle-ci traversée commence à grimper par le Vallon de l'Orrenaye (ou Oronaye ? les 2 orthographes figurent sur la carte IGN). Je double une ado qui, traînant des pieds 50 m derrière ses parents, me demande si je ne veux pas l'adopter roll . Non merci, j'ai les mêmes à la maison  lol !

Je tiens bien mon souffle et ma cadence pour manger les 400 m de dénivelé. Je rattrape à peu près tout le monde jusqu'à ce que je me fasse doubler par une randonneuse peut-être MUL. Pas le temps de discuter, elle m'a déjà largué distancé.


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Derrière moi, je vois le Pas de la Cavale qui s'éloigne avant de disparaitre derrière la crête

Je rejoins le GRP du Tour du Chambeyron et bifurque à gauche en direction du Col de la Gipière de l'Orrenaye (à ne pas confondre avec le Col de la Gypière au pied du Brec de Chambeyron, c'est déroutant dans le fléchage si on n'a pas sa carte sous les yeux). La pente est douce, ascension et descente sont faciles. Il est midi lorsque j'arrive à la Cabane de Vyraisse, par où il faut couper pour s'éviter 150 m de dénivelé à descendre et remonter. Le soleil cogne dur et j'ai du mal à trouver un rocher offrant suffisamment d'ombre pour abriter ma pause déjeuner, qui, une fois n'est pas coutume, sera longue (près d'1h). Passé la pause, il faut monter un peu à l'azimut pour retrouver le GRP.

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Col de Gipière de l'Orrenaye (au fond) et son lagot intermittent


La marche dans le pierrier au pied de la Tête de Sautron et au-dessus du petit lac de Viraysse est belle, même si on râle un peu d'avoir plusieurs dizaines de mètres de dénivelé à redescendre avant d'attaquer la montée au Col de Portiolette. C'est le jeu !

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Vue en arrière du Col de Portiolette

Depuis Portiolette j'aperçois au loin les Ecrins. Si ici le temps est toujours au beau fixe, des nuages parsèment l'horizon Nord, mais rien de menaçant. En face de moi se trouve le Col du Vallonnet, d'où je dois bifurquer vers le Col de Stroppia pour passer en Italie. Encore une descente et une grimpette (facile), lors de laquelle je constate que le lac Inférieur du Vallonnet est à sec (mes hollandais du Longon l'avaient signalé dans la conversation sur l'itinéraire).

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Les Ecrins au loin depuis Portiolette. Le Vallonnet en face.

Lorsque j'arrive au Col du Vallonet il est 15h30, soit un peu plus tard que ce que j'aurai voulu (parti à 7h40, plus de pauses et plus longues que d'habitude) et je revisite l'itinéraire que j'ai prévu. Je peux encore marcher 3h, mais pour mon bivouac je ne me vois pas atteindre les lacs de Marinet ni même le Col éponyme dans ce délai. Cela signifie un bivouac à 2 800 m dans un secteur dont je n'ai qu'une carte sommaire, aucune idée des points d'eau, pas de météo du versant italien, et pas de réseau. Je vois donc 3 options : poursuivre et tenter le sort, bivouaquer au Lac Supérieur du Vallonet tout proche et poursuivre demain (je suis très tenté), ou bien admettre qu'il y a un peu trop d'inconnues dans mon équation et réviser l'itinéraire pour reprendre le GR5 par Fouillouse. 2 facteurs jouent dans ma décision :
1) il fait très, très beau aujourd'hui (de loin la plus belle journée de tout mon périple) mais j'ignore tout de la météo de demain sur la suite de l'itinéraire, avec un long passage entre 2 500 et 3 000 m d'altitude ;
2) j'ai un problème avec ma chaussure gauche, où mon gros orteil souffre. Je n'arrive pas à trouver de réglage / serrage confortable. J'ai droit à des élancements qui vont jusqu'à me faire serrer les dents sad .

J'arbitre donc pour le changement d'itinéraire, et tant qu'à passer par Fouillouse autant dîner au refuge et y reprendre des calories bien méritées ! Les 2 h de descente sont belles, mais je n'en profite qu'à moitié car c'est dans les descentes que cette douleur à l'orteil se fait sentir (est-ce que le pied est insuffisamment calé, ou bien la chaussure définitivement trop étroite ? C'est plus tard que l'on m'a dit qu'il m'a sans doute manqué une semelle thermoformée pour éviter que le pied ne glisse latéralement dans la chaussure).

Arrivé au hameau à 17h30 je prends place au refuge et, pour une fois, j'ai un peu le temps de me doucher, faire ma lessive et feignasser un peu dehors sur un banc à l'ombre, sans bien sûr oublier mes indispensables étirements. Il fait bien chaud pour dire que nous sommes à 1 900 m ! Le fond de la vallée doit bien souffrir sad .

Le repas est très sympa, je discute avec un père et son fils partis de Briançon, et un étudiant strasbourgeois qui descend rejoindre des amis dans un hameau sans électricité du Haut Var. On parle évidemment du poids de nos sacs, le mien étant la moitié des leurs. Je charrie sans méchanceté l'étudiant qui pleure l'instrument de musique qu'il a perdu dans l'étape du jour : ça lui fera un kilo de moins, plus que 19 ! Parlant de leurs études respectives, les deux jeunes de la table se découvrent tous les deux architectes, la conversation n'ira pas plus loin sur le thème MUL. Avant de nous séparer pour rejoindre nos chambrées, nous faisons un point météo : encore du beau demain, après quoi le risque d'orage se renforce. On parle d'une vague d'orages assez violente pour mardi (nous sommes samedi), la fin de la canicule s'annonce.

Mon changement d'itinéraire va me faire passer demain en fond de vallée jusqu'à Maljasset et le début de la montée au Col Girardin. Comme je viens de faire une journée courte selon mes standards (8 h de marche effective), je règle ma note dès ce soir pour pouvoir partir demain à l'aube et éviter à tout prix la chaleur sur l'asphalte de la route de l'Ubaye (je ne petit-déjeune pas, ça me vaut à chaque fois une petite ristourne de 2 ou 3 € sur la demie-pension, je m'en tire à 30 € ce qui est raisonnable vu le repas que je viens d'engloutir).


J'ai aimé :
- une journée 100% entre 1 900 et 2 700 m avec la plus belle météo de mon périple, qui m'a bien fait éviter la chaleur, le bruit de la route de Larche et la foule ;
- la portion du GRP Chambeyron que j'ai suivie, avec sa succession de Cols et Vallons avec de relativement faibles dénivelés, et un bel environnement de moraines, alpages et petits lacs

J'ai détesté :
- mon orteil douloureux

Si c'était à refaire :
- partir un peu plus tôt et consommer moins de temps en pauses et papotes (2 bonnes heures au total ce coup-ci), et pouvoir viser un bivouac aux Lacs de Marinet ... sauf que ... (à suivre !)
ou bien
- bivouaquer au lac du Vallonet pour s'offrir un beau passage en Italie entre 2800 et 3000 m dans les belles lumières du matin ... sauf que ... (à suivre !)

Dernière modification par Hervé27 (15-11-2017 10:22:27)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

Hervé27 - éMULe - ma liste 3.2 kg / 3 saisons à jour
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#22 15-11-2017 23:21:22

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J9 - 06/08 - Fouillouse - Plateau de Fontantie (ou Col sous Fromage) / 31 km / 1 897+ / 1 477- / marche 10h45

Ce matin je pars à 5h00. J'ai pu me requinquer en arrivant tôt la veille et avec un bon repas. Pas question de gâcher la journée par une chaleur écrasante dans la haute vallée de l'Ubaye, qui plus est sur l'asphalte de la départementale. Je n'ai pas d'objectif clair pour la journée, sinon revenir rapidement en altitude via le Col Girardin.

J'essaye de faire le moins de bruit possible en quittant la chambre et refais mon sac dans la salle de bains commune. En sortant l'air est doux, le ciel semble voilé mais la pleine Lune diffuse suffisamment pour que tout autre éclairage soit inutile. Avec près de 12 km de route au topo devant moi et vu qu'il fait nuit, je ne prends pas le GR et descend directement par la route. Un peu plus ou un peu moins ... En plus de mon genou (dont la douleur n'évolue pas et avec laquelle j'ai appris à composer) je dois aussi tenter de réduire la compression de mon gros orteil gauche. Là aussi j'apprendrai à faire avec.

De temps à autre quelques éclairs de chaleur illuminent le paysage, mais dans ces vallées encaissées, impossible d'en détecter la provenance. A l'aube je passe le tunnel puis le vertigineux Pont du Châtelet. Le jour est encore trop faible pour que j'en tire des photos (pas grave, les forums en regorgent  big_smile ).

Heureusement pour mes préférences, le GR est beaucoup moins sur l'asphalte que je ne le craignais. Il s'en écarte sur de longues portions par un joli sentier au-dessus de l'Ubaye, et lorsqu'il suit la route celle-ci offre généralement un accotement de terre/gravier plus agréable à mes pieds. Ce parcours que je voulais éviter se révèle finalement plutôt agréable, lorsqu'il est ainsi effectué avec une température douce et dans les lueurs du matin. Le jour révèle une météo moins radieuse que la veille, avec un ciel bien voilé par des nuages d'altitude, le soleil cognera moins qu'hier.

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La météo a changé


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La jolie chapelle du hameau de Saint Antoine


Je déroule les 12 km de route depuis Fouillouse en 3h00 pile, et à 8h00 je passe l'étroit hameau de la barge et suis au pied du sentier de montée au Girardin. Au vu des 750 m de dénivelé que j'entends franchir en une traite, je m'autorise une barre de céréales et ses sucres rapides, et j'attaque ! C'est un beau sentier pas très large mais bien tracé, avec des grands lacets comme je les aime. On s'élève rapidement et je prends aussitôt mon rythme : je pourrais avancer comme ça durant des heures, mon organisme se gave d'endorphines  cool . Lacet après lacet je découvre un peu plus de vue, alternativement vers le haut puis vers le bas de l'Ubaye.

Je passe un virage et ... qu'est-ce que c'est que ce nuage ? Il est noir ! Il n'était pas là au virage précédent ?! Je me retourne et lève la tête vers la crête : une énorme masse sombre déborde du Pic de la Font Sancte et semble fondre sur moi à l'image d'une vague géante. Un roulement de tonnerre retentit, le vent se met à souffler violemment ... J'ai juste le temps de poser le sac, l'enfermer dans sa housse, enfiler ma veste de pluie et la bourrasque est sur moi. Je m'assieds dans la pente herbeuse, sac sur le dos et à l'opposé du vent pour me protéger, et je gamberge. Je suis à flanc de montagne avec quelques mélèzes épars, dois-je d'urgence redescendre dans la vallée, rester là exposé, chercher un meilleur abri ? La pluie s'abat violemment, il y a aussi de la grêle et le chemin blanchit rapidement. Je ne suis pas fier  sad.

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Aïe !


Je décide de ne rien faire tant que dure le gros de l'averse, et reste là recroquevillé. Je réalise alors la portée de ma décision hier après-midi de changer d'itinéraire : cette tempête soudaine m'aurait cueilli côté italien à 2 800 ou 3 000 m, dans un massif rocheux (et ferreux), où j'aurai été seul et sans repères. Et dire qu'hier soir on avait fait un point météo collectif ! C'est la première fois que je me fais ainsi cueillir en pleine nature par un changement de temps de cette ampleur sans n'avoir rien vu venir.

Après 1/2 h le pire semble passé, l'activité électrique n'a pas été trop violente et s'estompe, une pluie plus régulière s'établit avec moins de vent. Il doit me rester 500 m de dénivelé et peut-être 1h30 de montée jusqu'au Col. Je décide d'aller à l'encontre des éléments (je me suis déjà sérieusement refroidi) et de poursuivre l'ascension, en me préparant mentalement à redescendre sur Maljasset si nécessaire.

Je fais quelques centaines de mètres et ... que vois-je là en travers du chemin ? Un sac de tissu, évidemment trempé, dont les ficelles qui le ferment, gonflées par la pluie, sont impossibles à dénouer. Au toucher il semble contenir des tubes, peut-être en bois ... et je commence à connecter. Mon étudiant strasbourgeois d'hier soir, son instrument de musique perdu ... Comment s'appelait-il ? Son prénom me revient ...De fait, je suis la seule personne susceptible de savoir à qui appartient cet objet, et c'est moi qui le trouve ! Et lui, vais-je être capable de le retrouver, avec juste un prénom, une ville, une filière d'études, le souvenir d'un visage ? Je prends le paquet sous mon aile, me rendant un peu moins MUL pour le moment wink . Je le déposerai au gîte de Ceillac, avec toutes les informations dont je dispose. Lors de ma journée zéro à Briançon, je ferai des recherches sur les réseaux sociaux avec ces critères de recherche. Je passe les détails car ce ne fut pas aussi direct, je l'identifie sur LinkedIn où je lui laisse un message (alors que je sais qu'à cet instant il est dans un village sans réseau ni électricité) ... Il ne le trouvera qu'en octobre et nous échangerons chaleureusement. Il a depuis retrouvé son instrument en parfait état ... mais j'ai oublié de lui demander ce que c'était lol . Maximin, si tu me lis, envoies moi une photo que je puisse enfin savoir et la publier (avec ton autorisation big_smile ).

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Maximin m'a lu ! (ajoutée le 17/11/2017)

et pour le son, c'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=bDgHrC1qin8
pour les passionnés : https://fr.wikipedia.org/wiki/Didgeridoo

C'était le 2ème effet bénéfique de mon changement d'itinéraire : en plus d'échapper à la tempête en haute montagne, j'ai fait un heureux !

La pluie reste bien établie mais les conditions ne se dégradent pas, c'est déjà ça. Je discute avec un Nord/Sud qui a pris l'orage un peu plus haut où il avait bivouaqué, et s'est fait arracher sa housse de sac, envolée dans la bourrasque. Je le remets également sur le GR (peu visible dans ce passage) dont il s'était écarté dans le mauvais temps. J'espère que ses affaires n'ont pas trop souffert hmm  (son sac faisait le double du mien, souhaitons que le volume ait servi de protection).

Je passe le Girardin sans m'arrêter (vent, froid, brume et pluie) et commence à descendre le Vallon de Ste Anne et attaque ainsi mon 3ème département alpin cool . La pluie cesse et le temps se dégage, la vue est magnifique. Les couleurs et les contrastes magnifiés par la pluie, je conserve un souvenir ébloui de ce paysage. Au Lac Ste Anne, d'un riche bleu glaciaire, je dois laisser passer le troupeau pendant que se répercutent les sons d'avalanches post-averse dans les éboulis qui dominent. Je fais une halte rapide à la Chapelle Ste Anne, le temps de reconfigurer ma tenue. Je ferai la pause déjeuner au Lac Miroir, où je me récompenserai de mes émotions avec un délectable café au saucisson  tongue .

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Lac Ste Anne


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Dans les éboulis j'entends d'incessantes chutes de pierres


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Lac Miroir, le bien-nommé


Le soleil est revenu, et l'on voit bien que la canicule n'a pas autant affecté cette partie des Alpes que plus au Sud. Ma remontée vers le Nord commence à se ressentir dans le paysage, la végétation et le climat. J'arrive à Ceillac à 14h00 après une descente qui m'a paru longue, et découvre que cela ne ressemble pas du tout à l'idée que je m'en faisais. Au lieu d'un vieux village alpestre préservé, je trouve une station de montagne moderne. Seuls quelques vieux et beaux bâtiments au coeur du village (dont son église si particulière) témoignent de son passé. Le massif alentour est magnifique, mais le bâti moderne gâche mon plaisir.

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Eglise de Ceillac

Après mon arrêt au gîte pour y déposer mon objet trouvé, je ne m'attarde pas (sauf pour une bonne séance de tartinage de crême solaire) et poursuis en direction du Col Fromage, que j'atteins dans la chaleur retrouvée à 16:30. Je m'y offre une belle longue pause à l'ombre d'un arbre, nous ne sommes que 2 ou 3 sur le site ... jusqu'à ce qu'une famille entière (8 personnes) s'installe sous mon nez (à 1 m) alors que le col offre toute la place voulue. Je m'agace lorsque les enfants commencent à faire des commentaires sur ma tenue et ma popote (je suis en train de me faire un café). Ils l'ont très mal pris roll !

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un angle de vue parmi d'autres depuis le Col Fromage


La vue est si belle que je décide de chercher un point de bivouac sans entamer la redescente en direction de Château-Queyras. J'interroge un randonneur qui m'indique que je trouverai ce que je cherche au Col Sous Fromage (qu'est-ce que c'est que ça, pas sur ma carte ?), à 1/2 h de marche. Effectivement, il y a là une très belle fontaine (aahhh, la douche à l'eau glacée  smile, et juste au-dessus un plateau herbeux parsemé de beaux mélèzes, et vue magnifique sur le massif de l'Izoard. Ce spot et le Lauzanier restent définitivement mes deux plus beaux bivouacs.

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Bivouac sur le plateau de Fontantie / Col Sous-Fromage


J'ai aimé :
- l'ambiance matinale de la Haute Ubaye
- les éléments déchainés finalement surmontés
- les conséquences heureuses de mon renoncement de la veille
- le vallon de Ste Anne, son lac si différent de tous les autres, le lac Miroir
- les Cols Fromage et Sous-Fromage et leur si beau panorama

J'ai détesté :
- m'être aussi totalement fait surprendre par le temps (comme d'ailleurs toute la région, pour ce que j'ai pu en discuter à Ceillac. A Fouillouse, ils ont appelé cela la tornade)

Si c'était à refaire :
- être mieux équipé pour vous rendre de meilleures photos de cette journée magique

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Bonne nuit ...

Dernière modification par Hervé27 (17-11-2017 18:47:48)


“La foi transporte les montagnes. C’est vrai. La raison les laisse où elles sont. C’est mieux” Pierre Bourgault

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#23 16-11-2017 23:59:18

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J10 - 07/08 - Plateau de Fontantie - Les Yourtes des Ayes / 29 km / 1 812+ / 2 250 - / marche 8h30

Ce matin je fais durer un peu le plaisir de mon bivouac et ne démarre qu'à 7h30. Il fait très beau avec seulement quelques nuages d'altitude.Je descend avec efficacité les 1 000 m de plongée en direction de Château-Queyras, en 2h15 soit 1/2 h de moins que le temps que je m'étais calculé. Au début je croise ceux qui ont dormi sous la tente un peu plus bas, puis je commence à rencontrer les groupes partis de Château-Queyras. Avec mes provisions bien entamées depuis Valdeblore et mon mini-ravitaillement de St Dalmas-le-Selvage et une charge d'eau minimale, mon sac descend vers les 7 kg tout compris. Quel confort et quelle différence avec mes souvenirs de jeunesse ... et avec tous ces bienheureux qui affrontent cette raide montée avec 10 kg de plus que moi  cool . La descente est toute entière en forêt, c'est très agréable.

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Château-Queyras se dévoile dans la descente


Je traverse Château-Queyras rapidement, hormis la pause fontaine. Le bourg et son château mériteraient d'être visités, mais je suis comme le Lapin Blanc d'Alice, j'ai toujours peur d'être en retard ... Il faut suivre la route quelques centaines de mètres et longer les voitures qui attendent au feu (circulation alternée), pour reprendre le GR qui grimpe vers le Lac de Roue. La montée sous les pins puis la sapinière est très belle (même si elle limite la vue) et permet d'éviter de chauffer au soleil. Arrivé au lac, je m'installe sur la berge et étale tout mon couchage pour le faire sécher, car ce matin la rosée était abondante et j'ai remballé mouillé. Je m'offrirai ainsi une pleine heure de pause au bord de ce lac entouré de forêt.

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Lac de Roue

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Opération séchage


D'ici je me suis programmé une variante et une petite rallonge en montant au Col du Tronchet. Accessoirement cela limite mon passage en vallée pour rejoindre Brunissard, mais cela rajoute de la distance et du dénivelé, mais j'ai la forme. Malheureusement je ne vérifie pas ma carte avant de me mettre en chemin, et au lieu de suivre un joli sentier en forêt à flanc de montagne, je remonte tout le Vallon de Souliers par la route  sad . Le vallon et son hameau préservé sont néanmoins très jolis et le Col du Tronchet offre une belle vue. Je m'y arrêterai une bonne heure, avant de redescendre vers Brunissard. Bon, à tout prendre, il eut mieux vallu tracer direct : il est passé 14h30 quand j'atteint Brunissard, il est déraisonnable que j'essaye d'être à Briançon ce soir. Demain était programmé en journée zéro, et le temps doit basculer à l'orage cette nuit ou demain ... Je vais donc tenter de me rapprocher autant que possible de Briançon et ne garder qu'un minimum de marche pour demain.

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Vallon de Souliers


Brunissard n'a aucun intérêt : village fait de chalets de de vacances traversé par la route de l'Izoard, bien situé pour inconditionnels du Tour de France, mais sans charme pour moi. Passé le village, après un bref passage en chemin à une encablure de la route, on traverse le camping du Planet sur peut-être 1 km voire plus. Pratique si l'on veut y faire halte, mais interminable et pénible pour un randonneur.

Au-delà je peste sur la montagne éventrée par la route de terre qui est à ce jour le tracé officiel du GR. Le GR5 est le sentier le plus emblématique d'Europe, et on l'aménage à coup de pelleteuse pour le rendre accessible aux bagnoles. J'enrage  mad . Il est temps de réviser l'itinéraire pour éviter ces mochetés (cf recommandation en fin de post, rubrique "si c'était à refaire").

La longue marche sur la route et au soleil depuis Brunissard m'a fatigué, bien que je me sois ménagé depuis ce matin avec de belles longues pauses. Je suis content de quitter la route (mal au genou) pour enfin retrouver un sentier et entamer la montée au Col des Ayes, mais le temps tourne avec un vent froid et le plafond nuageux qui descend. De fait je conserve un souvenir désagréable de cette portion, dommage ...

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Vallon des Ayes (au fond, Briançon)


Dans le vallon des Ayes je crois retrouver l'environnement "normal" du GR, mais là aussi on a tracé une piste de 4x4 et il faut la suivre sur une longue distance avant de reprendre le sentier qui longe le torrent.

Depuis Brunissard j'ai repéré des affichettes qui invitent à faire halte au refuge de "La Yourte des Ayes", et effectivement j'atteins ce campement où se trouvent 3 yourtes et y sollicite une place. Aucun problème, il n'y a ce soir qu'un grand-père (Gendarme du PGHM en retraite, à la conversation passionnante) et sa petite-fille. Ce soir je dormirai dans une yourte pour moi tout seul (12 places).

Le site a ouvert cet été, c'est leur première saison. Tenu par Jérôme et Pâquerette (la gentillesse incarnée), qui ont baroudé en Asie Centrale pour y trouver les Yourtes de leur rêve (3 yourtes kirghizes qu'ils en ont ramené, plus une mongole que, si j'ai bien compris, la mairie de Villar Saint Pancrace possédait et leur a cédé). J'y ai passé une soirée chaleureuse, dinant (plus qu'abondamment !) à une table basse assis en tailleur sur des coussins. Le Génépi maison de Jérôme vaut le détour (j'ai évité l'alcool pendant mes 2 semaines, je n'ai craqué que pour les génépis tongue )

A environ 3h de marche depuis Briançon et 2h à la descente, le site vous permet de dormir en montagne juste après ou juste avant vous être arrêtés en ville pour votre ravitaillement, ou être monté/descendu de votre train si vous finissez/commencez un périple.

Bref, vous comprendrez que je vous le recommande chaudement: plus d'info sur http://www.yourtedesayes.com/

L'orage étant possible pour la nuit, j'ai prêté la main au bachage des yourtes (bien moins efficace que mes hôtes, il faut avoir le coup de main). La météo donne de l'orage pour la nuit, une accalmie le matin et une alerte orange pour l'après-midi. Va falloir gérer. Il y a un peu de réseau malgré le vallon encaissé, je réserve en ligne une chambre dans un hôtel près de la gare pour demain.

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Les yourtes (au matin, bâchées en prévision de l'orage)


J'ai aimé :
- la descente en forêt vers Château-Queyras, la montée de même au lac de Roue
- ma soirée et nuit en yourte

J'ai détesté :
- les routes qui éventrent la montagne et détruisent le GR

Si c'était à refaire :
- je ne referai pas ma variante par Souliers et le col du Tronchet (trop de détour et de dénivelé en plus), ce qui n'enlève rien au charme de cette vallée pour d'autres balades ;
- à la sortie de Brunissard, une alternative intéressante à la traversée du camping et à la route pourrait être de traverser le torrent et monter au Col du Cros, et rattraper de là le début de la montée au Col des Ayes. Je suggère même d'en faire le nouveau tracé du GR, tant l'actuel a perdu tout intérêt.

Dernière modification par Hervé27 (17-11-2017 19:16:17)


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Hervé27 - éMULe - ma liste 3.2 kg / 3 saisons à jour
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#24 19-11-2017 23:09:06

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J0 (ou presque) - 08/08 - La Yourte des Ayes - Briançon 10 km / 0 + / 864 - / marche 2h15


La météo annonçait un orage dans la nuit, suivi d'une accalmie puis d'une reprise dans la matinée et une alerte orange pour la journée. Je programme donc un réveil à 6h00 pour pouvoir rejoindre Briançon pendant l'accalmie ... mais l'orage ne suivra pas le programme. Il pleut et tonne à 6h00, je reste couché et rejoint un peu plus tard mes hôtes à qui j'avais déjà dit au revoir la veille, et nous discutons longuement autour du petit-déjeuner (seulement du café pour moi ...).

Je les quitte à 9h00 tandis que le temps se stabilise, veste de pluie et protège-sac en place. Je débouche sur le joli hameau des Chalets des Ayes après 20 mn, à partir desquels je peste de devoir suivre la route plutôt qu'un chemin muletier. Les averses modérées se succèdent.

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Les Chalets des Ayes


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Briançon se découvre ... le ciel se couvre

Je profite de ma solitude dans cette ambiance humide pour fredonner à plein poumons mon répertoire de chansons (ma préférée en la circonstance : https://www.youtube.com/watch?v=c7xUvYADeR4).

Arrivé à Villar Saint Pancrace je ne suis pas le GR mais trace directement vers Briançon : j'ai réservé une chambre d'hôtel près de la gare et je voudrais m'y installer dès que possible pour pouvoir enfin vivre cette journée zéro, redevenir propre, me ravitailler, flâner ... J'arrive évidemment à la mauvaise heure, la réception de l'hôtel n'est pas  ouverte. Je décide de poursuivre vers la Ville Basse et de répérer les environs. Sans le faire exprès j'ai choisi de crêcher au meilleur endroit possible, avec tout ce qu'il me faut en un pâté de maison : grand supermarché très bien achalandé en articles "randonneurs", laverie automatique et le quartier Ste Catherine avec ses restaurants et zones piétonnes au bord de la Durance. Je repère une pizzéria dont le panneau précise "il est recommandé de réserver", et comme il est juste midi je tente ma chance et trouve place en terrasse sous les parasols ... qui seront en l'occurrence des parapluies car l'orage, le vrai, celui de l'alerte orange, débute alors et durera jusqu'au milieu de la nuit. Je dévore avec délectation mon excellent déjeuner arrosé fort raisonnablement à l'eau pétillante, discutant avec plaisir avec un couple plus âgé qui m'interroge sur mes errances. Grâce à mes cartes enregistrées sur mon téléphone, je les mettrai sur la piste de leur balade du lendemain.

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Santé, sobriété !


Je rejoins l'hôtel sous le déluge en mode baroudeur et prends enfin ma chambre (gérant pas aimable). La suite de l'après-midi est une succession de sorties ravitaillement & laverie automatique, sous des averses d'orage plus ou moins violentes. En début de soirée il commence à pleuvoir dans ma chambre par le vélux. Je place la poubelle sous le goutte à goutte et repart dîner en ville dans une brasserie, où les seaux et les serpillères tentent d'endiguer l'intrusion du déluge par une véranda mal étanchéisée ... Tout cela ne m'empêchera pas de dîner avec appétit. Avec tout ça, le spectacle de la Durance gonflée par l'orage est impressionnant.

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la journée des buveurs d'eau


Finalement le hasard a bien fait les choses : j'avais programmé dès le départ cette journée zéro à Briançon (avec tout de même l'incertitude de ma date de passage), et tous les orages que je n'ai pas eu sur le chemin s'y sont concentrés. A tout prendre il valait mieux que ce soit là plutôt que sur les crêtes.

J'adore les orages : ils me bercent ! Cette nuit, gros dodo ...

Dernière modification par Hervé27 (19-11-2017 23:25:26)


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#25 20-11-2017 00:59:26

Hervé27
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Re : [Récit + liste] GTA Menton-Modane 12 j Août 2017

J11 - 09/08 - Briançon - Col des Thures  (variante GR5C) 29 km / 2 198 + / 1 312 - / marche 10h45

Propre, frais et dispos, je quitte l'hôtel à 6h40 et me dirige vers la Ville Haute. De la brume s'élève après toutes les précipitations de la veille et de la nuit, mais au-dessus le ciel est nettoyé et un grand beau temps est annoncé pour la journée. Je n'ai aucune envie de passer par Montgenèvre et j'ai prévu de prendre la variante du GR5C et suivre la crête de Peyrolles. La fontaine au-dessus de la Cité Vauban est à l'arrêt, un sympathique employé municipal m'indique la fontaine de la Cathédrale dans l'enceinte de la Citadelle. Quand je reviens avec les bouteilles remplies, je réalise que mes bâtons sont restés à ladite fontaine. Nouvel aller-retour et au final 1/2 h consommée en allers/retours, non comptabilisés dans le bilan de marche du jour.

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Briançon, la Citadelle et la Cathédrale


De mon hôtel jusqu'à la Crête de Peyrolles, j'ai 1 350 m de dénivelé à encaisser. La première partie, jusqu'à la Croix de Toulouse, se déroule dans une ambiance brumeuse assez plaisante, laissant entrevoir tantôt un sommet et ses névés, tantôt la ville, dont la rumeur monte et m'accompagne. Le chemin monte dans la pinède et, à part sa longueur, ne présente pas de difficulté. Avec le bon rythme, je pourrai continuer à monter comme ça des heures durant. La vue depuis la Croix de Toulouse est vertigineuse, plus de 600 m au-dessus de la Cité Vauban. Je marque une courte pause pour en profiter.

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Montée dans la brume


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Une atmosphère rêveuse


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Briançon, 600 m plus bas

La seconde partie reste facile jusqu'à un ancien fortin (L'Enrouye), et se révèle époustouflante lorsqu'elle s'installe en crête pour franchir les 200 derniers mètres d'ascension. Il faut mettre un peu la main aux rochers et ne pas trop regarder en bas, mais quel spectacle ! La brume dissipée, la météo est éblouissante et la vue avec les Ecrins à gauche et le Massif du Chaberton à droite fait rêver. Arrivé à la croix de Serre des Aigles, je m'arrête longuement pour profiter de cette vue à 360° à laquelle s'ajoute maintenant la Vanoise au Nord-Ouest. Je suis rejoint par toute une famille de baroudeurs (ados, parents) avec laquelle nous échangeons sur notre passion, nos sorties passées et futures... le poids du sac ... Ma version (presque) MUL a semblé les séduire wink .

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Les Ecrins


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Tout au fond, la Vanoise, prévue dans 2 jours seulement


Le long cheminement en crête qui suit est d'une facilité déconcertante, bien stabilisé à ~2 550 m d'altitude sur un chemin bien tracé. 2h durant on profite de vues sans pareilles sur les massifs alentours, magnifiées par la lumière d'un ciel d'azur.

A l'approche de la Croix de la Cime je commence à rencontrer trop de monde à mon goût, et je vois que le sommet commence à s'embouteiller. Pour ne pas gâcher mes impressions par une bousculade, je court-circuite le sommet (la sente est mieux formée que le GR qui reste en crête) et poursuit vers le Col de Granon.

Le choc est brutal : je n'avais pas réalisé la foule que pouvait drainer la route, asphaltée d'un seul côté. Il y a peut-être 200 voitures garées, du monde partout ... Je fuis au plus vite pour trouver un lieu plus tranquille pour ma pause déjeuner, que je repousserai jusqu'à 14h30 et mon arrivée à la Porte de Cristol. Il y a encore du monde, un vent froid sur le col, mais il faut vraiment que je m'arrête car j'ai déjà marché plus de 6h00. Je grignote sur le pouce au milieu de tout ce passage.

Bien que très fréquenté, le vallon de Cristol est très plaisant. J'hésite à y établir mon bivouac mais il est vraiment trop tôt pour moi. Je m'offre une deuxième pause un peu plus bas, plus tranquille, où je peux prendre le temps de me déchausser, chauffer un café ... Quel plaisir !

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Lac de Cristol


En repartant j'entame la discussion avec un binôme approximativement de mon âge qui termine un circuit en boucle de 3 jours dans le massif depuis Névache. Tout en marchant nous échangeons passionnément sur nos modes opératoires, l'alimentation, le poids du sac, nos vies professionnelles etc. Nous ne verrons pas passer les 700 m de dénivelé jusqu'à Névache où nous nous séparons. J'aurai eu plaisir à marcher ainsi quelques jours de concert.

Il est 17h30 et je dois commencer à réfléchir à où je vais passer la nuit. J'ai envie de bivouaquer en solitaire et de m'éloigner de la civilisation. Je rattrape donc le GR5 et m'engage dans le Vallon du Roubion tandis que le soleil descend. Je scrute les alentours à la recherche d'un point favorable (terrain plat, eau, esthétique du site ...). Ne trouvant pas le vallon à mon goût, je calcule rapidement le temps de jour qu'il me reste et le reporte sur la carte. Je devrai pouvoir atteindre le Lac Chavillon au niveau du Col des Thures, mais cela me fera décidément une très longue journée (une de plus).

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Cheminée de fées en haut du Vallon de Roubion


Dans la montée vers le plateau je croise les bergers qui redescendent avec des ânes chargés de ... moutons ! Nous échangeons rapidement et je leur demande de quel côté se trouve le troupeau et si il n'y a pas de problème à bivouaquer vers le lac. Ils me rassurent en me disant qu'à la nuit tous les moutons sont rassemblés à l'autre extrémité du plateau où se trouvent les bergeries et que je serai tranquille. Le Vallon des Thures me rappelle le Longon, mais sans la forêt qui encadrait ce dernier. Tandis que je m'avance je vois le troupeau qui, mené par le berger et encadré par les chiens, joue la Charge de la Brigade Légère en direction des bergeries. Tout va bien, ils me libèrent la place pour la nuit !

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A l'approche du Col des Thures


Le soleil est couché et la nuit tombe quand j'arrive au Lac. Il y a un vent désagréable et le creux où j'aurai pu m'installer est occupé par un groupe, qui ne juge pas même utile de me renvoyer le "bonsoir" que je leur adresse ... Je trouve une place pas idéale un peu plus bas, légèrement en dévers et trop au vent à mon goût, mais il n'est plus temps de faire la fine bouche, je suis vanné.

Je réalise que dorénavant les journées s'écoulent au rythme d'un cadran solaire dont je suis le gnomon. Je connais l'heure du jour à la direction et la longueur de mon ombre, du lever au coucher. Les étapes se succèdent et se répètent, le temps s'écoule trop vite. Je me dis que je ne suis qu'à la moitié de mon périple et que le meilleur est à venir. J'ignore encore que demain en est le dernier jour. Je m'endors fatigué mais heureux.

J'ai aimé :
- les 1 350 m de dénivelé avalés avec une facilité déconcertante de Briançon à la Crête de Peyrolles, je suis en forme
- la vue formidable depuis lesdites Crêtes, la plus belle de cette traversée

J'ai détesté :
- la foule au Col du Granon et alentour

Si c'était à refaire :
- ne pas court-circuiter la Croix de la Cime, c'était idiot
- ne pas avoir fait ma pause-déjeuner au Col de Barteaux (avant Granon), je me suis fatigué pour rien à aller au-delà

Dernière modification par Hervé27 (20-11-2017 01:22:52)


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