#1 20-11-2017 11:14:26

enrico
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[Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

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Déjà en 2016, j’avais cette idée d’un voyage sur le versant Est des Alpes, du Léman à la Méditerranée. C’était au printemps. J’avais alors construit un itinéraire sur les cartes IGN, Swisstopo, et surtout sur les cartes italiennes IGC au 1:50000ième. (IGC : Istituto Geografico Centrale). J’étais donc parti au début du mois de juillet. Mais l’été 2016, c’était un « été à neige ». Comme il y en avait trop sur les cols suisses (Emaney, Barberine), j’avais dû me détourner sur d’autres cols moins hauts, mieux exposés. Plus loin, le mauvais temps n’allait pas me permettre d’aller à Rochemelon. Tout cela plus la fatigue accumulée par des bivouacs répétés et par la solitude que cela entraîne m’avait fait prendre la décision d’arrêter. J’avais parcouru peut-être 35 % de mon itinéraire, j’étais au refuge Cibrario, j’avais un col à 3000m à franchir avant de rejoindre le refuge Tazzeti sous Rochemelon. La météo annonçait une semaine pourrie. Après tout, je me suis alors dit, rien ne presse, je ne suis pas à un an près. Au 13ème jour de marche, je suis donc redescendu dans la vallée, à Usseglio, d’où je suis rentré chez moi en bus et en train via Turin.

Cet été 2017, ce n’est pas la même chose, il n’y a pas beaucoup de neige, tout est particulièrement sec en montagne et je décide de repartir du départ, à Saint-Gingolph, au bord du lac Léman. C’est tant mieux pour les cols que je n’avais pas franchis l’été précédent. Ça veut dire aussi de repasser sur certaines portions déjà parcourues, mais ça ne me dérange pas trop. L’idée, c’était quand même de réaliser le parcours d’une seule traite.

Pourquoi sur le versant est ? Parce que le versant ouest, le côté français, même (et surtout) hors GR5, je l’ai déjà pas mal fréquenté, à pieds ou à skis de rando et j’étais certain de repasser par de nombreux endroits déjà parcourus. Le versant est me permettait de découvrir de nouveaux coins, d’en revoir quand même d’autres avec plaisir, et aussi de repasser dans certains autres déjà fréquentés en skis de rando, que je pouvais revisiter sur terrain sec. Et puis ce versant est, c’est principalement en Italie, où j’apprécie tout à la fois l’accueil, la cuisine, la langue. Langue que je pratique, certes fort mal, mais suffisamment pour tenir une conversation, demander des renseignements, etc. A noter par contre que les vallées italiennes remontent souvent très haut sur ce versant des Alpes, ce qui entraîne plus de dénivelé à effectuer en les traversant. Un itinéraire donc certainement plus long que par le GR5.

L'itinéraire (en gros), va de Saint-Gingolph à Ospidaletti, en Ligurie. Ospidatetti, je ne connaissais pas du tout, mais c'était le seul endroit sur la carte italienne où un sentier semblait arriver presque jusqu'à la mer. Et puis avec un tel nom évoquant l'hospitalité, je me suis dit que c'était là qu'il fallait arriver.
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Les cartes ? Sur ce versant italien, là où se situe l’essentiel de mon parcours, il n’y a pas de solution satisfaisante de carte électronique. J’ai donc laissé mon smartphone chez moi et n’ai emporté qu’un mini-téléphone et des copies A4 de cartes prises sur internet pour les cartes IGN et Swisstopo, et par scan pour les cartes IGC au 1:50000 ième. Pas de GPS non plus pour me localiser. En plus des cartes, j’avais un altimètre et une boussole.

Maxime lue dans un refuge en Suisse, à Ferret (sur le TMB) :
« - Si tu veux voyager vite, pars seul
- Si tu veux voyager loin, pars accompagné »
Je dirais plutôt (ou en plus) :
« - Si tu veux voyager loin et seul, prends soin de toi ! ».
Prendre soin de soi s’entend sur le plan physique et moral. Sur le plan physique, être à l’écoute de son corps pour ne pas laisser s’installer des problèmes (pieds, muscles, tendons,…). Pour le moral, c’est surtout la solitude qui est en jeu. Pour ne pas en pâtir trop, je ne fais pas que des bivouacs, loin de là ! Je n’hésite pas à aller dormir en dur (refuges, gîtes, hôtels) et à me taper la cloche (restaurants, refuges…). Plus les jours passent, plus le fait de manger bien au moins une fois par jour, hors petit déjeuner, donc souvent le soir, devient essentiel.

Dernière modification par enrico (20-11-2017 11:21:21)


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#2 20-11-2017 11:52:35

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

La liste :

fixe ds SADvariable ds SADfixe sur moiRemarques
 
1) Portage38800
KS 40 : 1 porte-piolet, 2 rappels de charge, poche frontale Xpac326tissu X-pac TX07 (100 gr/m²), fond et poches latérales en tissu dyneema X 210 D (140 gr/m²)
+ 2 poches de ceinture (2 x 1L)41Poches amovibles KS en X-pac TX07
+ Sit-pad, avec élastique + bloqueur21Fixé au dos du SAD par élastiques, découpé dans le matelas
 
2) Bivouac117300
Abri Deschutes CF (219 gr) + cordelettes & bloqueurs (7gr)226Six Moon Design
Sac SMD cuben pour abri, sardines, tapis de sol5
Tapis de sol cuvette99Zpacks solo plus
Attaches tapis de sol20élastique D4 + crochets plastique
Mini-mousqueton3renfort du crochet du prussik sur hauban frontal de l’abri
Sardines366 sardines MSR à 5,75 gr, dans petit sac cuben
Matelas + 2 élastiques100Camping Mat Light (forme trapézoidale, évazote) ép 0,8 cm, 150 cm
Sac de couchage662Cumulus Lite Line 300
Sac de compression étanche cuben hybride pour SDC22Zpack medium dry bag 26,5 x 48 cm
 
3) Manger, boire30934800
Réchaud gaz25BRS-3000t
Cartouche gaz9197Coleman : petit modèle
Bol49Snow peak : bol titane 650 ml
Couvercle bol DIY5couvercle dans bac de congel alu
Cuiller D47plastique
Couteau7Opinel n° 3
1 mini briquet12
1 bouteille plastique 0,5 L + bouchon12500
1 bouteille plastique 1 L + bouchon401000
1 poche souple 2,5 L + bouchon38Platyplus Platy bottle 2L – vide dans SAD
Nourriture (net)18002/3 jours de nourriture au départ
Emballages alimentaires jetables83
Ziplocks, sacs congel10
Grand sac pour nourriture1326,5 x 47 cm, en cuben
 
4) Vêtements10050621
Tee-shirt ML10199Arc’téryx phase SL crew ML
Slip3232Odlo évolution light (M)
Chaussettes de marche5552X-socks Trekking extreme light 39-41
Collant87Arc’téryx phase SL
Bonnet28Montane polartek
Buff32
Gants60OR windstopper
Micro-polaire221Arc’téryx thermique light
Veste duvet (sans capuche)188Mountain Hardware Ghost Whisperer Down Jacket
Veste pluie / coupe-vent (avec capuche)84Berghaus Vapour Light
Pantalon pluie / coupe-vent105Lafuma Speedtrail
Chapeau à bord66OR imperméable (déperlant)
Foulards bandana21protection soleil (nuque et cou)
Mouchoir tissu14essuyage transpiration
Pantalon de rando309Stretch Patagonia Rock Craft Pants (M) + élastiques & bloqueurs
Ceinture28
Sac étanche pour vêtements secs7
Sac poubelle pour vêtements humide5
 
5) Marcher, se déplacer83601286
Chaussures920Tecnica Tcross mid Syn Goretex (usure ~ 40%)
Bâtons366Fizan compact, avec rondelles 85 mm
Crampons597Grivel air tech light New Matic avec antibottes
Sac crampons28récup
Piolet211Camp Corsa
 
6) Toilette, pharmacie, hygiène1942900
Brosse à dent6
dentifrice110Lush en poudre
Serviette29Essuie-tout micro-fibre 34x38 cm
Pommade Nok62630 ml
Savon (toilette + lessive)451dans petit sac congel
Crème solaire3881Actinica (Daylong)
Pharmacie divers70Immodium (3), compeed (4), sparadrap (3), aspirine à croquer (8), pansements acticolloïdes (2), tire-tiques (2), dafalgan (3), Bande (1), compresses désinfectantes (2), micropur, bab’s
Pommade Powersil824pour tendons (dans tube récup)
Sporténine9211 tube
Spray Anti-insect Deet12
PQ377dans petit sac congel
Ziplocks petit8x2
 
7) Vision58026
Lunettes de vue18Nooz
Lunettes soleil dans étui DIY29D4 (cat.4)
Loupe26
Lampe11Nitecore rechargeable Usb (avec ficelou et crochet plastique)
 
8) Orientation, communication, photo84513491
Boussole + ficelou24Ranger SL (silva)
Montre alti50Vector Suunto
Photocop cartes/topo sur papier A4 R/V + pochettes protection1347
Zilplock 24x32 cm1010pour photocop cartes
APN et divers photo789
Mini téléphone + batterie (dans sachet cuben étanche)46Melrose
 
9) Energie12300
Batterie de secours Mini téléphone11
Batterie de secours APN32
Cordon Usb / micro Usb 17 cm7
Boitier chargeur VHBW pour batterie APN33
Prise chargeur : secteur / Usb37
Sachet cuben étanche3
 
10) Divers11300
Petites réparations8Fil – aiguille – 1 épingles à nourrice – scotch cuben
Carnet33notes
Stylo5
1 clé, CI, carte Vitale/CB/CAF + € + Ch67dans porte-feuille KS en x-pac TX107
 
Total504439042024
fixe SADvariable SADfixe sur moi
Total SAD départ8948
 

Pas mal de surpoids dans cette liste, mais c'était "en conscience" :
- Le piolet et les crampons : 836 gr ! Ouch, ça fait mal, mais marchant seul, c'est un aspect de la sécurité qui me semble nécessaire. Toutefois, c'est un équipement que j'ai renvoyé par la poste à mi-parcours, une fois passé le Viso.
- Matos photo : 789 gr ! pour moi, c'est beaucoup plus que d'habitude. Je n'ai pas utilisé tout le potentiel de ce que j'avais emporté (Apn micro 4/3 plus un objectif fixe grand angle, plus un zoom, plus divers filtres et un mini-pied). Ne se décrète pas "photographe" qui veut ! Je dois dire que je ne suis pas un vrai amateur passionné de photos, d'où la sous-utilisation d'une partie de mon équipement, le plaisir de marcher passant avant celui de photographier...

Pour les chaussures, j'avais des Tecnica Tcross Mid. Ce sont donc des mi-montantes assez souples. J'étais très bien dedans, mais à mon goût, la semelle était trop souple, et ne permettait pas, par exemple, de tailler des marches dans les névés comme avec des semelles plus rigides. En gros, avec des semelles plus rigides, j'aurai pu me passer de crampons. En plus, le rebord trop souple de la semelle rendait ces chaussures peu performantes lorsqu'il fallait un peu escalader, pour les appuis sur de petites prises qui n'étaient pas assez francs, et aussi en adhérence.

Quant au piolet, il m'a été inutile sur ce parcours et dans les conditions rencontrées. Mais faut-il ne pas l'emporter pour autant, sachant qu'on ne peut pas savoir à l'avance si on en aura besoin ou pas.

L'eau : Je n'avais pas systématiquement 1,5 litre dans mes deux bouteilles placées dans les poches latérales. Souvent, c'était un litre, mais il m'est aussi arrivé d'avoir 2,5 litres dans des parties très sèches, en remplissant partiellement la poche à eau que j'avais en plus dans mon sac à dos.

Le sac à dos KS40 me donne toujours satisfaction, même si le tissu X-pac, gris clair au départ, est maintenant bien tâché par les frottements et globalement d'un aspect délavé.

Pour le bivouac, l'abri Deschutes CF convient bien pour l'été. le sac de couchage Lite Line 300 également, couplé à un matelas mousse très basique. La terre est "chaude" en été, et je n'ai jamais bivouaqué ailleurs que sur une bonne moquette herbeuse.

Sans carte électronique sur smartphone, sans panneau solaire, j'ai apprécié de ne pas avoir à stresser pour gérer l'énergie, les recharges à effectuer. Mon mini-téléphone consomme très peu, et mon Apn également. J'avais de toute façon une batterie de secours pour chacun de ces deux item, et la possibilité de les recharger lors de mes étapes en dur.

Pour manger, il y avait beaucoup de possibilités d'approvisionnement sur ce parcours, donc je n'ai jamais eu à porter plus que deux à trois jours de nourriture. Et quand les lieux d'appro étaient plus espacés, je ne m'interdisais pas de pousser la porte des refuges, auberges, etc.

La veste de pluie Berghaus à 84 gr ! Vraiment suffisante pour les pluies chaudes d'été. Elle fait aussi coupe-vent (très utile), et lorsqu'il a fait froid, je me suis habillé dessous (doudoune, polaire fine), et c'était suffisant.

Dernière modification par enrico (28-11-2017 11:45:39)


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#3 20-11-2017 14:33:06

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

Le récit...

Chaque jour, j’indique le dénivelé effectué, enregistré sur ma Suunto. N’ayant pas de Gps, je ne peux pas transmettre des données fiables sur les kilomètres effectués. J’ai cependant repris, après coup, mon itinéraire sur Openrunner, selon une trace que je donne chaque jour. En sélectionnant le fond de carte (IGN pour la France, puis OpenCycleMap ou OpenStreetMap), ça permet de visualiser grossièrement l’itinéraire journalier, mais les kilomètres indiqués avec ces traces ne sont pas la réalité, le curseur de la souris de mon ordinateur ne pouvant pas être le reflet de toutes les courbes et lacets des sentiers parcourus.
Mes temps de marche, souvent précisés, sont en général de 10 à 12h par jour, à allure relativement lente, sauf exception. Ils sont à apprécier en fonction des dénivelés, mais ils ne veulent pas dire grand-chose sans information sur les distances parcourues.

J1 – 03/07 – Un départ en douceur
13h15 à 18h30
De St-Gingolph à 5 mn sous le col Rebollion
D+ = 1476 en 5h16
de l’altitude 374m à 1850 m

Le parcours

Départ à 13h15 de la petite ville de Saint-Gingolph, rejointe en train et en bus. Petit pincement au départ, oui quand même, un petit pincement en pensant à toute cette somme de marche en montagne dans laquelle je vais m’immerger. Il fait très beau et chaud au bord du lac Léman où tout est calme, tranquille.

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Lac Léman

Mon premier objectif serait d’aller faire une petite visite à la dent d’Oche (2221m). Mais en partant du lac Léman à 374m d’altitude, ça ferait 1847m de dénivelé positif pour cette première demi-journée. Je décide donc de démarrer en douceur en faisant un premier bivouac avant ce sommet.

Je monte sur le GR5 en direction de Novel, où je retrouve un « GR5quiste » déjà vu au bord du lac. On discute en marchant, mais il va vite, veut rejoindre La Chapelle d’Abondance dès la fin de l’après-midi. Je le laisse filer devant, personne ne m’attend, j’ai tout mon temps et aucune envie de cavaler.

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La chapelle des Bergers, près du village de Novel

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Une percée en zoom sur le lac Léman, avec Lausanne sur la rive nord

Au-dessus de Novel, je quitte le GR5 à La Planche en direction du col de Neuva, où je prends le sentier des « balcons du Léman ».

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Vue au loin sur l'ouest du Léman, avec les balcons montagneux en premier plan

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C'est une belle journée

Je traverse une zone de terrains humides défoncés par les pieds des vaches.

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Les vaches s'en donnent à cœur joie (inconscientes de leur impact sur l'environnement)

Plus loin et plus haut, juste après avoir passé la sortie d’un enclos en fils électrifiés, au début de la montée sous la dent d’Oche vers le col de Rebollion, je tombe sur une source, avec de l’eau qui sort de la roche à gros débit par un tuyau. C’est à se demander d’où vient toute cette belle et bonne eau ? En vue d’un bivouac imminent, je fais le plein, 1,5 litres dans mes bouteilles plus ma réserve de 2,5l dans ma poche à eau. Ces 4 litres me permettent largement de boire le soir, d’utiliser l’eau dont j’ai besoin pour mon repas, de faire une mini-toilette, et de repartir avec environ 1,5 litres le matin suivant.

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Les pentes se redressent, tout va bien !

Je trouve un petit emplacement sous la dent d’Oche, vers 1850m d’altitude, sur un éperon herbeux avec une vue imprenable sur la vallée et le lac Léman.

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Là, sur ce petit éperon herbeux, la vue est belle pour un premier bivouac

Un peu l’impression d’être sur la proue d’un bateau au-dessus du vide. Ou plutôt au-dessus d’une carte de géographie en trois dimensions, sur laquelle on voit avec netteté les contours de cet immense lac en forme de croissant. En préparant mon dîner, je m’aperçois que j’ai emporté une cartouche de gaz à moitié ou aux trois-quarts vide !

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Déjà de la visite !

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Le coin ne manque pas de charme

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Le coucher de soleil était très réussi, mais pas ma photo, prise à l'arrache à moitié endormi sous mon abri

Dernière modification par enrico (10-12-2017 22:11:02)


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#4 20-11-2017 15:22:09

Magne2
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

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kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#5 20-11-2017 15:26:41

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J2 – 04/07 – Visite de deux beaux sommets du Chablais.
de 6h40 à 19h30
Dent d’Ôche et Cornettes de Bise en traversée
D+ 1580, D- 2385
Arrivée à La Chapelle d’Abondance, dîner au resto (en passant), après ravito
Bivouac près du torrent

Le parcours

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La chaude lumière du soleil matinal

Après une courte montée au col de Rebollion, où je vois qu’il y a d’autres possibilités de bivouac, la montée à la dent d’Oche est efficace dans un couloir pierreux un peu raide sur la fin. 

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La montée à la Dent d'Ôche dans une sorte de couloir rocheux

Le passage au refuge CAF haut perché est obligatoire, mais on n’est pas obligé de s’y arrêter. Au sommet où me rejoignent deux jeunes randonneuses à la journée dépassées plus bas, c’est difficile de détacher son regard du lac Léman et des plaines, coteaux et autres sommets qui l’entourent. Silence et contemplation au milieu des airs.

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Au sommet de la Dent d'Ôche

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Zoom sur le Mont Blanc

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Vue sur le Lac Léman

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Autre vue sur le lac

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Autre vue...

Puis je continue sur la traversée de la dent d’Oche. C’est aérien mais le sentier rocheux est bien marqué.

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Cheminement dans la traversée de la Dent d'Ôche

Peut-être faut-il à un endroit traverser une petite plaque rocheuse, mais c’est très court et il y a tout de qu’il faut au niveau des pieds pour passer sereinement. Puis la descente demande quand même un peu d’attention pour ne pas glisser sur les gravillons dans les passages les plus raides.

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La falaise du Château d'Oche, en face en descendant de la dent d'Ôche

Du lac de la Case, je remonte aux Portes d’Oche, avant de traverser vers le col de Pavis au-dessus du lac de Darbon.

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Le lac de Darbon

De là, j’aurai pu faire au plus court en descendant au lac de Darbon, puis en remontant au col de Floray pour ensuite redescendre directement au refuge de Bise. Mais de loin, j’ai vu qu’il y avait du beau monde au col de Pavis, du monde à corne. En effet, ils étaient là, une bonne douzaine, allongés à 20 mètres du chemin, semblant poser pour la photo. Je ne savais pas encore que des bouquetins, j’en verrai beaucoup et souvent tout au long de mon voyage.

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Les bouquetins au col de Pavis

Du col de Pavis, après une légère descente, je remonte au col de Bise, puis descends au refuge-alpage de Bise sur le GR5.

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Toujours le léman, au loin

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Mouche en simple visite sur trolles

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Les Cornettes de Bise

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Le chalet-refuge de Bise

En remontant au Pas de la Bosse, je casse la croûte à l’ombre d’un rocher - il fait beau et très chaud. Puis je quitte le GR5 vers la gauche pour emprunter le sentier des Cornettes de Bise. Le-dit sentier qui monte en serpentant dans une pente un peu raide est excellent, surtout parce que cet été est très sec et qu’il n’y a aucun névé à traverser.

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La montée aux Cornette est dans le couloir que l'on voit dans la face rocheuse

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Dans la montée aux Cornettes

Un seul pas rocheux à négocier pour passer un petit éperon, un pas que l’on pourrait situé en niveau d’escalade dans le 3. Plutôt facile parce qu’on peut placer pieds et mains pratiquement à l’arrêt, plutôt sur de petites prises pour les mains. Bref, quand tout est prêt, il n’y a plus qu’à se hisser sur les mains, monter un pied, et hop ! c’est fini, on est sorti.

Pour le reste, une petite cheminée dans le deux et demi pour arriver à un colu, d’où l’on peut soit monter directement au sommet sur du rocher facile, soit traverser sur un sentier aérien demandant un peu d’attention, avant de rejoindre la voie normale sur les 80 derniers mètres de dénivelé. C’est cette dernière solution que je choisis.

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Le colu à atteindre dans la montée aux Cornettes

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Une grosse lucarne dans les rochers

Cinq minutes au sommet des Cornettes de Bise pour admirer une dernière fois le lac Léman, en compagnie de deux autres gars arrivés juste après moi,

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Sommet (classique) des Cornettes de Bise

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Vue du sommet des Cornettes

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Vallée d'Abondance

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La Dent d'Ôche et le lac Léman, vus des Cornettes de Bise

puis j’entame la descente vers le col de Vernaz,

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Le col de Vernaz, en redescendant sur la Chapelle

et continue jusqu’à la Chapelle d’Abondance où je me précipite à l’épicerie pour compléter mon ravitaillement. Il est 19 heures bien passées. Mais il n’y a pas de gaz et on me dit que je n’en trouverai sans doute pas à la Chapelle et qu’il faudrait que je descende à Abondance.

Il est 19h30 quand je passe devant un restaurant. Je regarde la carte et ne résiste pas à un spaghetti-bolognaise, avec un coca en apéritif. Je vais bivouaquer au bord de la Dranse, me lave et lave mes vêtements, opération qui se veut journalière sur mon tryptique tee-shirt ML/ slip /chaussettes que j’ai en double.

Dernière modification par enrico (10-12-2017 22:25:02)


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#6 20-11-2017 15:43:35

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J3 – 05/07 – Sur le GR5 ou rien : jonction vers la Suisse
Stop A/R pour trouver une cartouche de gaz à Abondance (pas trouvée…)
Départ 9h30 jusqu’à 17h30
GR5 de La Chapelle d’Abondance au lac Vert (après le col de Chézery)
Dîner au refuge (1/2 croûte complète au fromage)
D+ = 1410, D- = 485

Le parcours

Je fais du stop pour aller chercher du gaz à Abondance. Une femme qui va chez le dentiste d’Abondance me prend à l’aller et me prendra au retour. On discute montagne, elle est du coin, sa famille est propriétaire d’un chalet vers le col de Vernaz. Mais je ne trouve pas de gaz à Abondance !

Du coup, je ne repars qu’à 9h30 pour cette étape sur le GR5. Ça monte dru depuis la Chapelle jusqu’aux Mattes, mais il y a beaucoup d’ombre.

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Ça monte dru avant de se retrouver sur cette selle des Mattes, avec son alpage

Après, le soleil tape fort pour rejoindre le col de Bachassaux, où je ne m’arrête pas trop vu qu’il y a là, devant le refuge, un type qui initie son jeune fils à la conduite d’un quad, ce qui fait un potin du diable.

Sur ce parcours typique du GR5, je rencontre pas mal de randonneurs. Je repense à ces trois personnes, deux femmes et un homme avec un gros ventre, déjà rencontrés la veille au col de Bise. Lui a pour objectif d’aller jusqu’à Menton par l’itinéraire classique du GR5. Les deux femmes l’accompagnent jusqu’à Briançon. Ils sont tous bien chargés, et l’homme a des problèmes gastriques. En clair, une méchante chiasse, mais un médecin randonneur lui a donné ce qu'il fallait pour stopper cela.

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Début juillet, les prés sont est en fleurs

Et puis il y a ce jeune déjà vu la veille au soir à son bivouac sur un espace pique-nique où il avait fait un feu. C’était avant d’arriver à La Chapelle, j’étais pressé d’aller à l’épicerie avant que ça ferme et j’avais écourté la discussion. Super matos, abri mono-paroi, filtre mini Sawyer sur la bretelle du sac. Peut-être bien un MUL.

Je vais au col de Chésery et installe mon abri juste après, au bord du Lac Vert. Le soir, j’irai mangé une croûte au fromage au refuge de Chésery.

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Bienvenue en Suisse, au bord du lac Vert

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Bivouac dos au lac, pour pouvoir surveiller un couloir rocheux plus ou moins (in)stable, de l'autre côté

Dernière modification par enrico (10-12-2017 22:28:53)


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#7 20-11-2017 16:05:16

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J4 – 06/07 – C’est beau la Suisse
7h40 à 17h30
... jusqu’au bord du lac de Salanfe
D+ = 1495, D- = 1545

Le parcours

Il fait toujours très beau, je quitte le GR5 dès la fin de la petite montée après le lac Vert, pour descendre en Suisse par des chemins et des petites routes, en passant par des lieux aux noms exotiques de Chaux Palin, Planachaux, jusqu’au fond du vallon où je traverse la Viexe aux Chapelles, vers 1100m d’altitude.

Pendant toute cette descente, je ne cesse de regarder en face de moi les Dents Blanches, qui étirent leurs crêtes d’est en ouest sous un ciel bleu sans partage, avec les rayons du soleil matinal faisant ressortir tous les reliefs rocheux, les éperons, les crêtes, les arêtes, laissant encore dans l’ombre les couloirs.


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Les Dents Blanches

Je suis sur la station de ski des Crozets, mais ce n’est pas très gênant car, contrairement à la plupart des stations, ici, on n’a pas touché aux terrains pour les remodeler. On reste sur un espace naturel et les quelques câbles de remontée mécanique ne m’empêchent pas de profiter de la vue sur cette chaîne, vue qui change au fur et à mesure où je descends en fond de vallon.

De là, je remonte au refuge de Bonavau, un endroit bien ombragé où je m’arrête pour manger une omelette.

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Refuge de Bonavau

Ensuite, direction le Pas d’Encel, un verrou rocheux bordé de falaises pour accéder au vallon de Susanfe.

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Le verrou du Pas d'Encel, sur fond de Mont Ruan

Il y a là une montée un peu raide où il faut parfois mettre les mains. Il y a aussi des passages câblés, très utiles par temps humide.

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Le Pas d'Encel

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Dans le Pas d'Encel

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Passage bien équipé, dans le Pas d'Encel

Il fait bien chaud, je m’arrête pour boire un orangina à la cabane de Susanfe, puis monte au col du même nom, à 2494m d’altitude.

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Cabane et col de Susanfe

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Le Mont Ruan

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Au col de Susanfe

De là, se découvre de l’autre côté du col le lac de barrage de Salanfe, et la plaine d’alluvion qui le précède.

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Le lac de Salanfe, avec petit bivouac en tôle dans la descente

Comme tout est très sec cet été, le lac est assez bas. Je descends de ce côté, d’abord dans un terrain shisteux jusqu’à un vieux bivouac en tôle contre lequel sont assis deux vieux compères hollandais contemplatifs, puis par un passage rocheux où je tombe sur une petite famille de bouquetins avec un tout jeune pas encore très à l’aise, mais bien encadré par ses parents.

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Le petit bivouac sur fond des pentes sous la Tour Sallière

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Vue du sol de Susanfe sur le col d'Emaney (sans neige cette année)

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La Tour Sallière

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En descendant vers le lac de Salanfe

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Un petit bouquetin fait ses premières randos, bien encadré !

Je m’installe au bout du lac de Salanfe, à l’ombre de la Tour Sallière, du côté du chemin où je vais démarrer le lendemain.

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#8 20-11-2017 16:37:09

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J5 – 07/07 – Etape majeure en Suisse
Lac de Salanfe, col d’Emaney, col de Barberine, lac d’Emosson, le Chatelard, le Chatelard Frontière.
Dodo à l’hôtel Suisse, à la frontière
D+ 1170, D- 1930

Le parcours

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Lumières sur le lac de Salanfe au petit matin

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Lumières matinales

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Juste avant de le démonter, le bivouac pas loin du bord du lac de Salanfe

C’est parti pour le col d’Emaney. La montée est bien raide et tire sur les tendons d’Achille par endroit. Le temps se couvre au loin, la vue se bouche. Un bouquetin m’attend au col, mais il est parti quand j’arrive.

Maintenant, le temps est couvert. Je renonce à aller faire un tour au Luisin (environ 2h aller-retour depuis le col d'Emaney), où il y a paraît-il un point de vue intéressant sur tous les sommets du Valais et du Mont-Blanc.

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En montant au col d'Emaney, le lac de Salanfe d'où je viens

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En montant au col d'Emaney, dans la partie supérieure

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La vue se bouche

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Les montagnes prennent un air plus austère, l'aiguille Verte est encapuchonnée

En descendant de l’autre côté vers le vallon d’Emaney, je croise un équipage fort sympathique. Un couple avec deux chiens qui font la traversée de l’arc alpin. Ils sont partis depuis un mois déjà. Je croyais qu’ils avaient des cannes à pêche qui sortaient du côté de leurs sacs à dos, mais non, c’était des grands parapluies. Elle était en jupe longue, et lui, en bleus de travail. Les deux chiens, des Border Collie me semble-t-il, avaient des petits sacs de chaque côté de leurs flancs (2 fois 1 kg m’ont dit leurs maîtres). On a discuté un bon moment, je leur ai fait quelques suggestions d’itinéraires par rapport à la Via Alpina qu’ils pensaient suivre après l’avoir rejointe.

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Du col d'Emaney, vue sur l'itinéraire du col suivant, le col de Barberine

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Les falaises en traversant vers le col de Barberine

Je poursuis sur  le col de Barberine, avec un départ dans une pente assez raide depuis le haut du vallon d’Emaney, suivie d’une traversée de torrent pas très commode au-dessus d’un ressaut.

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Début de la montée au col de Barberine

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En approche du gué en surplomb à traverser

Tout s’enchaîne bien jusqu’au col et me voilà en train de redescendre sur le lac d’Emosson, dont le niveau est assez bas également. Ce lac de barrage est immense avec des contours et des points de vue très variés.

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Pente finale vers le col de Barberine

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Plongée vers le lac d'Emosson

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Les gentianes sont là !

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lac d'Emosson, dans son cadre

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lac d'Emosson

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Le temps se gâte à nouveau sur le massif

De là, après quelques incertitudes sur le sentier à prendre avec des allées et venues sur le barrage, je descends au Châtelard. En fait, il y avait sur ma carte de l’autre côté du barrage un petit sentier en pointillé que je n’ai pas trouvé.

En passant à Giétroz, je discute avec un habitant sur le pas de sa porte. Pour se ravitailler, il faudrait aller à Finhaut où il y a une épicerie, parce que les supermarchés du Châtelard-frontière ne vendent que du chocolat et des articles cadeaux, rien pour le randonneur. Ah ! Ça, je ne le savais pas, j’avais misé sur ces supermarchés.

Question gîte, il y en a un à Giétroz, la Casita, rien au Châtelard, mais il y en a un en r
emontant vers le col de Balme.

Je continue à descendre et, au Châtelard, c’est avec une dame tout juste descendue du train que je taille une bavette. Elle habite à Cretton, un hameau en remontant vers le col de Balme, pas loin du gîte en question. Elle y téléphone mais c’est un petit gîte et il n’y a plus de place. Du coup, elle m’indique l’hôtel Suisse au Châtelard-frontière. S’il n’y a plus de place à l’hôtel, elle me dit de monter à Cretton, et qu’on verra sur place à ce moment-là. Je la sens à la limite de m’inviter chez elle - je veux dire chez elle avec sa famille - mais elle ne le fait pas. En fait, on ne verra rien du tout parce qu’il y a de la place à l’hôtel Suisse.

L’établissement est tenu par des jeunes femmes très sympas, dont une jeune argentine parlant bien l’italien. Leur présence attire quelques jeunes du coin, en moto ou en voiture, mais tout cela reste assez tranquille, sympathique. Il y a aussi deux vieux compères suisses qui s’installent pour dîner à une table à côté de la mienne. On discute, ils viennent de redescendre d’un petit abri qu’ils sont en train de rénover sous la Fenêtre d’Arpette. Le mot « abri » n’est pas celui qu’ils employaient, ils utilisaient un autre mot, un peu rare, que j’ai oublié. Dommage ! Encore quelque chose que j’aurai dû noter. Ils ne se prennent pas trop au sérieux et on plaisante pas mal. Ils ont bien bossé toute la journée et c’est la détente. L’un est au régime et commande une salade et boit de l’eau, l’autre une pizza et du Goron (le rouge local). Je me couche tôt et passe une bonne nuit.

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#9 20-11-2017 16:44:34

tolliv
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

Beau début de CR. Chouettes photos


"La vie est trop courte pour être petite"

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#10 20-11-2017 17:00:58

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J6 – Samedi 08/07 – en partie sur étape TMB
7h15 à 19h10
Le Chatelard, col de Balme, L’Arpette, Champex
camping
D+ 2325, D- 1955

Le parcours

La montée vers le col de Balme est bien indiquée, il fait beau, il n’y a que moi sur le chemin en bon état qui monte dans les alpages. J’avale facilement les 1150 mètres de dénivelé.

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Arrivée au col de balme

Arrivé en vue du refuge du col de Balme, l’ambiance change complètement. C’est le TMB ! Une nuée de marcheurs autour du refuge ! J’exagère, mais ils étaient nombreux, certains en groupes d’une douzaine. Un japonais fait tourner un drone. Les gens semblent tous sérieux, concentrés. Il y a du stress dans l’air. Ceux qui repartent prennent le sentier qui va sur le village de Trient.

Je traverse rapidement tout ce petit monde pour prendre l’autre sentier, celui qui va en balcon jusqu’aux Grands Dessus, avant de redescendre au chalet du Glacier. Là, il n’y a que peu de randonneurs, c’est plus tranquille et le sentier en balcon est facile.

Plus loin, le glacier du Trient apparaît sous la pointe d’Orny, alors que le chemin devient plus rocheux. Aux Grands Dessus, il y a un petit refuge, la cabane des Grands où, là-aussi, je trouve beaucoup de monde. On est vers le milieu de la journée, il fait encore très beau. Les randonneurs sont affalés par terre, détendus, au repos. Les pieds s’exposent à nu à côté des chaussures. Le refuge sert des boissons. En fait, ce n’est qu’une buvette.

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Glacier du Trient au pied de la Pointe d'Orny

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Un lis martagon

Je ne m’arrête pas et descends au Chalet du Glacier où c’est encore pire. Il y a peut-être deux cent personnes autour du restaurant-buvette. Là, je n’exagère pas ! Le bruit du torrent qui descend du glacier est omniprésent, on n’entend pas les gens se parler.

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On sent la fraîcheur sur la passerelle au-dessus du bouillon du torrent du glacier du Trient

Il est vrai qu’on est samedi ; il n’y a pas que des randonneurs du TMB, mais beaucoup de suisses montés là pour passer la journée et profiter de la fraîcheur du glacier. Il fait quand même bien chaud et je vois que le temps est en train de tourner à l’orage. Je bois un Coca, mange un peu de mes victuailles, et commence à monter en direction de la Fenêtre d’Arpette.

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Zoom sur la langue du glacier du Trient. La bête recule, réchauffement climatique aidant

Et là, ça pète ! Un grand coup de tonnerre roule dans tout le vallon. Un seul coup, comme un craquement sinistre, suivi d’un silence où l’on peut s’attendre à tout. Puis c’est la délivrance, avec une franche et bruyante averse. Je m’équipe, haut et bas, et installe sur le dessus de mon sac à dos un petit sac poubelle récupéré à l’hôtel Suisse.

Un sac poubelle transparent très mince qui doit peser 5 gr, dont j’ai coupé le petit filin de fermeture. J’arrive à le coincer pour qu’il ne s’envole pas, et c’est juste ce dont j’avais besoin pour protéger le dessus de mon sac. Du coup, Je le garderai avec soin jusqu’au bout de mon voyage, plié dans la poche sur le devant de mon sac à dos, et il me servira à chaque pluie soutenue.

La pluie s’estompe puis s’arrête lorsque j’arrive à la Fenêtre d’Arpette, mais le temps reste menaçant.

Je descend vers Champex, croise trois jeunes anglais qui, eux, avec le flegme qui les caractérise, ne semblent pas s’inquiéter du tout des orages et continuent leur chemin dans l’autre sens, peut-être pour aller bivouaquer vers le Chalet des Glaciers. Plus loin, c’est un jeune couple d’alpinistes suisses avec qui je discute un peu. Ils rentrent d’une traversée des Aiguilles d’Arpette.

Je termine ma journée au camping de Champex où je m’installe avant d’aller dîner dans un restaurant. Mais tout est cher ici. L’idéal en Suisse, ce serait d’y passer en ne faisant que des bivouacs en autonomie. Mais il ne fait pas beau et la formule adaptée au voyageur solitaire – « prends soin de toi » – efface dans mon esprit toute autre considération.

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#11 20-11-2017 17:28:18

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J7 – Dimanche 09/07 - Temps maussade sur une petite étape du TMB
Champex, la Fouly, Ferret (avec un détour au-dessus de la Fouly)
D+ 975m, D- 715m

Le parcours

Il pleut, puis ça s’arrête, puis il pleut à nouveau. Toute la journée sera comme ça. Du coup, je ne me presse pas trop.

Après quelques courses à Champex, dont une cartouche de gaz et une nouvelle pile pour mon altimètre, j’écris et envoie quelques cartes postales en buvant un café.

L’itinéraire qui mène de Champex à la Fouly n’est pas très alpin, on est souvent sur de petites routes goudronnées, mais on passe par plusieurs très beaux villages où sont conservés des vieux chalets, des vieilles granges.

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Un mazeau

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Ruelle du village des Arlaches

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Un peu de déco

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Quand l'homme rentre du bois, l'hiver va être froid

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Le bois a joué un peu sur la façade

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Chalet ancien sur soubassement récent

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La hallebarde, le joug, toute une symbolique

Je pensais aller à un gîte situé aux Ars Dessus, au plus haut avant de monter à la Fenêtre de Ferret le lendemain. J’étais passé devant l’année dernière. A la Fouly, je prends donc un sentier qui monte aux Ars Dessous, puis un autre me mène à ce gîte. Mais en guise de gîte, ce n’est plus qu’un restaurant buvette.

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Les sommets sont bien bouchés, au-dessus du glacier de l'A-Neuve

Du coup, je suis obligé de redescendre à Ferret où je trouve un hébergement à l’hôtel-refuge du Col de Fenêtre, en fait un gîte situé au centre du hameau. Il y a du monde, on est encore sur le TMB et le dortoir où l’on me trouve une place est bien rempli dans sa partie inférieure, mais on n’est que deux en haut. Au-dessous de moi, il y a un couple de japonais avec des grosses valises. Ils doivent utiliser un service de voiture-sherpa pour les transporter d’un refuge à l’autre.

Dernière modification par enrico (11-12-2017 21:57:16)


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#12 20-11-2017 17:53:23

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J8 – lundi 10/07 - Passage en Italie
Ferret, col Fenêtre de Ferret, Etroubles (camping)
D+ 1050, D- 1400

Le parcours

Comme tout est très mouillé et que les herbes sont hautes, je préfère monter par la route puis par une piste, plutôt que de couper les lacets par un sentier.

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Les sommet sont toujours bien bouchés

Je passe au pied d’un champ pentu occupé par un troupeau de vaches d’Hérens. J’ai remarqué que dans ces troupeaux, on trouve presque toujours les mâles et les femelles ensembles. Là, sur le coup, la situation est un peu tendue, avec un gros taureau qui fait une fixation sur une vache. Il gronde, campé sur ses jambes, appuyée contre la dame qui n’ose plus bouger. A moins qu’elle soit là, la pâquerette à la gueule, en train de se dire « Bon, il me fait mon affaire, ce gros nigaud, c’est que j’ai pas qu’ça à faire ce matin ! ». Le vacher ne peut rien entreprendre dans cette pente assez raide, compte tenu des masses en jeu (Les vaches d’Hérens sont souvent des gros morceaux !). Des collègues viennent en renfort.

Mais je repars sans attendre l’issue de cette joute amoureuse. Entre marcher et attendre, mon choix est fait, c’est toujours le même, je marche.

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Çà se découvre un peu sur le Revers de la Peule, au-dessus de l'arête des Econduis

A partir du Plan de la Chaux, il n’y a pas le choix, c’est un sentier, mais comme on est à plus de 2000m, les herbes sont moins hautes et j’arrive à progresser sans me tremper le bas des jambes.

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Le Revers de la Peule

Le premier lac de Fenêtre apparaît, c’est le plus grand des trois, un grand lac aux contours très réguliers. Je vois deux autres randonneurs qui arrivent bien au-dessous de moi sur le même sentier. Mais le brouillard monte et s’installe sur ce premier lac, il commence à prendre place sur les deux autres quand je passe devant.

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Premier des trois lacs de Fenêtre

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Deuxième lac, mais le brouillard monte

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Troisième lac

En principe, l’endroit attire du monde en provenance du col du Grand Saint-Bernard, finalement très proche. Mais là, avec ce temps orageux et incertain, il n’y a personne.

Un quart d’heure plus tard, j’arrive au col de la Fenêtre de Ferret (2695m).

Il y a là un petit groupe de 5 personnes. Je commence par « Buon giorno », puis je continue par « Bonjour » en m’apercevant qu’ils se parlent en français. On me répond « Bonjour »... puis la conversation se poursuit entre eux en suisse-allemand, voire en dialecte valaisan. Ok, pas grave ! Ça s’appelle de l’isolement par la langue. Je vais un peu plus loin, de l’autre côté du col, pour m’habiller un peu parce qu’il fait frais. Le ciel est gris et il y a du vent.

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Fenêtre de Ferret (2695m). Au revoir la Suisse, buon giorno Italia !

Je quitte ce lieu finalement inhospitalier et bascule sur le versant italien avec, je dois le dire, un certain soulagement. Un peu comme si j’étais arrivé à un nouveau point de départ de mon voyage. A partir de maintenant, je vais être la plupart du temps en Italie.

J’entends des voix, je regarde, je cherche : ce sont des grimpeurs sur une grande voie sur les rochers à gauche. Je traverse la route du Grand Saint-Bernard, on est à cinq minutes de l’hospice. Puis je descend dans le Val d’Aoste par le sentier du Tour du Combin (TDC), qui se confond avec la Francigena.

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Des joubarbes

En passant à proximité d’un refuge aménagé dans une grande bâtisse de cantonniers (Cantoniera sur la carte), je passe devant deux jeunes filles italiennes en train de pique-niquer. Sourires, buon giorno. En un instant, ce que je vois dans leur regard me donne la justification du soulagement ressenti plus haut. Question d’éducation, de culture, que sais-je encore. Dans le regard de ces jeunes italiennes, il y a de la gaieté, de la tendresse même. Dans leur regard, dans leur salut, il y a quelque chose qui se donne à l’autre. C’en est troublant. Peut-être est-ce la tendresse de la « mamma » italienne, cette tendresse maternelle qui marque son passage dès le plus jeune âge.  

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Difficile de se perdre avec ce panneau plein d'indications (Via Alpina, Francigena, 103, TDC)

Je traverse plusieurs villages bien caractéristiques du Val d’Aoste. Tous ont fait l’objet de rénovations de leurs quartiers anciens et de leurs petites ruelles. Ici, tous les toits sont en lauze, sauf quelques rares exceptions. Les bâtiments publics sont signalés en italien et en français, les deux langues officielles du Val d’Aoste.

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Dans le Val d'Aoste, c'est des lauzes sur les toits

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Des lauzes, que des lauzes.

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Le gris de lauzes et le rose des épilobes

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Epilobes en bord de chemin

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Ruelle de village et toits de lauze

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Torrent dans un village

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Habitat du Val dAoste

Arrivé aux portes d’Etroubles, le temps devient orageux et je m’installe au camping. Dans l’espace réservé aux petites tentes, Je m’installe à côté de la tente d’un jeune belge qui voyage à vélo de Rome à Châlon-sur-Saône où il va retrouver des amis au festival « Châlon dans la rue ». On est rejoint par un couple suisse, en fait les deux randonneurs qui étaient au-dessous de moi lorsque j’arrivais au premier lac de Fenêtre. Ceux-là font le tour de la Suisse, au plus près possible de la frontière en mode randonnée. Le soir, pâtes et pizza avec le jeune belge au restaurant du camping, pendant qu’il pleut dehors. Le restaurateur est un ultra-trailer très sympa, plein d’humour, et ses pâtes sont délicieuses.

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Lavoir à Etroubles

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Etroubles

Dernière modification par enrico (11-12-2017 22:04:10)


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#13 20-11-2017 18:09:20

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J9 – mardi 11/07 - en pleine immersion dans le Val d'Aoste
Etroubles, Aoste, refuge d’Arbolle
D- 800, D+ 1980, durée 10h25

Le parcours

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En descendant vers Aoste

Aujourd’hui, c’est une journée en partie citadine. Je continue à suivre la Francigena qui borde le Ru Neuf jusque dans les faubourgs d’Aoste. Ce ruisseau « Ru neuf », c’est un peu le principe du bisse suisse, il descend très lentement par rapport à une courbe de niveau, et sert à l’irrigation. C’est comme un canal latéral. Mais le « Ru neuf » n’est plus si neuf que cela, vu qu’il a été construit y a fort longtemps, en 1327.

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Le chemin longe le Ru Neuf

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Le Ru Neuf est plus ou moins bien canalisé

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Village de l'autre côté de la vallée

Pour rentrer dans Aoste, il faut bien suivre la signalétique, qui nous fait passer par des quartiers anciens, avec des maisons bordés de vergers et de jardins. Puis, le cheminement – on ne peut plus parler de sentier puisqu’on est sur des petites routes, puis des rues – me mène jusqu’au coeur d’Aoste. Je passe devant l’entrée de l’hôpital, puis dans une rue piétonne qui traverse la ville ancienne, jusqu’aux contreforts de ruines romaines qu’il faut contourner.

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Rue piétonne d'Aoste

Alors là, certains vont dire : « Mais qu’est ce donc que cet itinéraire qui nous fait passer par une grande ville de 35000 habitants à 550 mètres d’altitude ? Nous, on ne veut voir personne, on ne veut que de la montagne et on ne veut passer que dans des petits villages ». Oui, et bien moi, ce n’est pas de cette façon-là que je vois les choses. Je ne fais pas un trek, mais un voyage, et passer par la capitale historique du Val d’Aoste m’intéresse. Non pas que je veuille m’arrêter une journée ou deux pour la visiter – quoique l’idée pourrait être intéressante. Mais ça me plaît de voir et de sentir cette ville en mouvement pendant que je la traverse. Çà enrichit et diversifie mon voyage.

Je continue en visant le pont sur la Dora Baltea et pour cela, il faut contourner la gare par l’ouest, en passant par des rues pas vraiment sensationnelles pour les piétons. Ce n’est pas très long, mais là, j’avoue que ça n’est pas très excitant.

Je passe sur le grand parking devant la gare du télécabine qui monte à la station de ski de Pila. Et oui, parce que les valdôtains d’Aoste ont cette particularité – certains pourraient dire cette chance – de pouvoir partir de chez eux le matin à pieds à 550 mètres d’altitude, chaussures de skis aux pieds et skis sur l’épaule, de prendre la télécabine, située à deux pas de la gare ferroviaire, et de skier toute la journée à plus de 2000 mètres d’altitude, depuis la station de Pila où la télécabine les pose à 1850 mètres. C’est vrai que c’est discutable sur le plan de l’écologie, mais finalement, ça permet de ne pas monter en voiture.

En 2016, j’avais pris cette télécabine. Je crois que ça doit coûter dans les 5 euros. Je l’avais regretté parce que Pila, c’est vraiment très moche l’été. Par contre, ça fait gagner du temps et, en montant au-dessus de la station, on peut accéder à un très beau chemin de crête avant de redescendre sur Cogne.

Cette fois-ci, je décide de monter à pieds, sans passer par Pila, mais par le refuge et le lac d’Arbolle, puis par le col Garin (2815m). Du coup, ça fait quand même 2250 mètres de dénivelé positif depuis Aoste jusqu’au col. Il faut être un peu stakhanoviste pour faire ça alors qu’il y a une télécabine à côté.

Comme souvent dans ces départs depuis une ville, je tâtonne un peu avant de trouver par où passer. Je commence à couper les lacets de la route par des terrains herbeux, ou par des terrains privés de vieilles maisons, puis par le bord de vignobles, en restant toujours sur la rive droite du lit profond d’un torrent. Sur la rive droite pour rester du côté du premier village, Charvensod, d’où part le sentier qui va me mener au lac d’Arbolle.

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Aoste, vue en remontant de l'autre côté

A Charvensod, je tourne un peu avant de trouver le départ, caché par un chantier. Mais je tombe finalement sur ce départ, avec les panneaux indiquant la bonne destination, Pontelles. Ce n’est pas ma destination finale, mais c’est un point clé sur mon chemin. Un sentier muletier, qu’il faut suivre précautionneusement en évitant de se faire distraire par les itinéraires secondaires qui en partent.

A Pontelles, je continue sur un sentier qui traverse un cirque sur la gauche avant d’accéder à un grand vallon supérieur, avec deux fermes d’alpage qui se succèdent à deux niveaux différents. Je pourrais bivouaquer ici, mais il y a trop de risque de me retrouver avec des vaches dans mon abri au petit-déjeuner. Plus haut, un grand-père installe une clôture avec l’aide de son petit-fils.

Je continue et me trouve devant une grande barre rocheuse alors que le temps tourne à l’orage. En fait, le sentier traverse très intelligemment cette barre, et je me retrouve bientôt en vue du refuge d’Arbolle. C’est là que je fais étape, dans ce refuge de 80 places où nous serons seulement 7 à y faire étape. J’aurai donc une chambrée pour moi tout seul pour bien dormir ce soir-là.

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Verrou avant le refuge d'Arbolle. Je me disais : Mais où ça passe ?

Dernière modification par enrico (11-12-2017 22:09:08)


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#14 20-11-2017 21:25:26

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J10 – mercredi 12/07 - En approche du massif du Grand Paradis
Refuge d’Arbolle, col Garin, Cogne, refuge Vittorio Sella
D+ 1365m, D- 1325m

Le parcours

Montée matinale tranquille jusqu’au col Garin (2875m), d’où se dévoile une partie de la chaîne du Grand Paradis, avec ses sommets enneigés et ses glaciers. J’en profite tout le long de la descente sur Cogne.

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En vue du col Garin

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Effet d'eau

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Effet d'araignée

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Le refuge et le lac d'Arbole, d'où je suis parti

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Vue du col Garin sur la Grivola (3969m)

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La Grivola

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Il fait beau et chaud, voire très chaud. En passant à l’alpage d’Arpisson, je vois des gens qui semblent avoir dormi là. Serait-ce un alpage « agroturismo » ? A Gimillan, je trouve une petite épicerie où je m’achète un pique-nique de produits frais (tomates, fruits, fromages). Je descends à Cogne que je traverse sans m’arrêter.

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Cogne

Cogne, c’est une station touristique sans remontée mécanique, un départ pour des courses d’alpinisme ou pour des randos dans le massif du Grand Paradis. L’hiver, c’est pour des cascades de glace. Et puis il y a tout le temps du monde ici l’été, la station est plutôt jolie, avec son vieux village au centre, des rues piétonnes avec des commerces et des terrasses. Mais aussi sur les bords du village des bâtiments neufs pas terribles.

Je poursuis en direction de Valnontey, passe devant deux camping, et prend le sentier qui monte vers le refuge Vittorio Sella où je fais étape.

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En montant au refuge Vittorio Sella

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Chaîne du Grand Paradis

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Chaîne du Grand Paradis

L’été, beaucoup de refuges italiens accueillent des groupes d’enfants et ce refuge Vittorio Sella, un grand refuge avec un potentiel de 180 places, n’échappe pas à cette règle. Du coup, les groupes dînent à 19h, et les autres sont priés de ne venir dîner qu’à 20h30. Trop tard pour moi, à cette heure-là, je dors ! Je demande à dîner à 19h. Refusé ! On me dit qu’il est possible de manger deux ou trois choses dans leur café-comptoir situé dans un autre bâtiment. J’annule mon repas et vais donc dîner d’une soupe, d’un sandwich et d’une part de tarte dans ce café.

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Le refuge Vittorio Sella

Mais auparavant, je vais prendre une douche avec le jeton que l’on m’a fourni. La salle de douche n’a pas de lumière, il y a une seule douche qui ferme mal et deux toilettes pour homme. Pour avoir un peu de lumière, il faut qu’au moins une des portes de ces deux toilettes, qui ont des fenestrons, soit ouverte. Je bloque donc une porte avec mes vêtements. Je prends ma douche. Avec la porte qui ferme mal, il y a de l’eau partout. Je sors à poil dans la pièce, des types, jeunes ou vieux, vont et viennent pour aller à l’unique toilette pendant que je me sèche. Je m’en fous, mais ça glisse, je fais attention pour ne pas me casser la margoulette. C’est vraiment ubuesque ! Je m’apercevrais plus tard que l’électricité, et donc la lumière, est mise en service à 19h30. Je ne le savais pas.

Le café est bondé avec tous les randonneurs qui attendent 20h30 en discutant et en buvant des coups. A une table voisine de la mienne, il y a un garde du parc en discussion avec une femme. Je n’ai pas l’impression que c’est le garde avec lequel j’avais dîné un an plus tôt dans ce même refuge. Il m’avait dit qu’en 20 ans de carrière, il n’avait jamais verbalisé un randonneur surpris à bivouaquer, et que si les choses sont faites intelligemment, il n’y a pas de raison d’en venir à verbaliser. Je ne le reconnais pas, là, mais je suis sur que ce gars assis à la table voisine, c’est un garde du parc. Sans pouvoir dire exactement pourquoi d’ailleurs.

Dans ma chambrée sous les toits, je discute avec un vieil anglais très gentil et très british. Il se change et met des vêtements « convenables » pour aller dîner. Il a un équipement d’un autre temps, notamment ce sac Karrimor vert anglais, modèle Panther 60+15. J’avais le même il y a fort longtemps, un sac indestructible en cordura épais. C’est avec lui que, en brave mulet à l’époque, j’avais notamment commencé une traversée de l’arc alpin depuis Menton. Je l’ai vendu maintenant.

Le lendemain matin, le gardien du refuge, un type en fait très sympa, mais avec un sens des affaires bien développé, semble un peu gêné par l’annulation que j’ai faite de mon dîner. Apparemment, ça a fait jaser. Il m’en dit deux mots mais je n’insiste pas. Lui non plus. Je paye ma chambre et mon petit-déjeuner. Avec ma carte CAF, ça fait 22€, un prix correct. Dans les refuges CAI, la demi-pension est à 34€ avec cette même carte.

Dernière modification par enrico (11-12-2017 22:15:08)


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#15 20-11-2017 21:34:36

Adrienne
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

C'est magnifique  smile

(je suis admirative de tes D+, bigre, des 1500 ou 2000+ enchaînés les uns après les autres, quelle santé !)

Vivement la suite !

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#16 20-11-2017 22:18:52

ester
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

Bonjour Enrico,  smile


Merci pour le coucher de soleil sur le Léman et sur les crêtes du Jura ! smile
Et pour le passage en Suisse !
Je m'abonne aussi.


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#17 20-11-2017 22:22:37

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J11 – jeudi 13/07 - Traversée de la chaîne du Grand Paradis
Refuge Vittorio Sella, Col Lauson, Eaux Rousses, remontée en face sur chemin no 9. Bivouac, à 2600m, près du torrent sous le mont Taou Blanc.
Départ 6h30, arrivée 17h25
D+ 1680, D- 1640

Le parcours


Il fait beau pour monter au col Lauson, à 3299m. C’est un itinéraire très fréquenté parce qu’il fait partie du Tour du Grand Paradis. Les sommets que l’on voit en montant sont de différentes couleurs, du marron clair au gris foncé.

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Au départ du refuge Vittorio Sella, un paysage lunaire

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La cible, le col Garin, est l'échancrure en gris sombre à droite

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Vu dans le rétroviseur sur le refuge Vittorio Sella

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Des bouquetins broutent l'herbe fraîche du matin

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Ombre et lumière, soleil sans partage

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On distingue le sentier dans la pierraille, et un groupe dans la grande pente en arrière-plan

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Rochers en dalles magnifiques

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Le sentier pour le col Lauson est bien tracé, parfois un peu aérien

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La crête à gauche du sentier

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Je trouve sur le sentier deux groupes d’une dizaine de personnes et un couple. Mais comme ils s’arrêtent tous pour faire une pause, je passe devant et arrive seul au col, où je peux profiter tranquillement de la vue sur l’autre versant, un large vallon bordé par des sommets rocheux.

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Col Lauson (3299m)

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Les pentes rocheuses rive droite du large vallon versant ouest du col Lauson

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Vue très ouverte sur le large vallon versant ouest du col Lauson

Je repars seul dans la descente vers Eaux Rousses. Là, je croise un de ces groupes de jeunes italiens comme on peut en voir sur ce côté des Alpes. Ils sont environ 50, voire un peu plus. Çà chante, ça gueule, il y a ceux qui courent, ceux qui n’en peuvent plus. Je me demande comment font ceux qui les encadrent. Mais tout cela reste bon enfant et je les croise sans difficulté par un raccourci de sentier.

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Un jeune bouquetin...

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... qui va vers le bas


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Torrent tumultueux

Après cela, depuis Eaux Rousses, mon idée n’était pas de rejoindre Pont, mais de remonter sur le versant d’en face parce que, finalement, on ne voit pas grand-chose des montagnes si on reste en fond de vallon. Je remonte quand même un petit kilomètre sur la route et, au moment où elle traverse la rivière, je prend un sentier qui monte sur la droite, indiqué n°19 sur la carte IGC, mais n°9 en réalité.

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Eaux Rousses

Je monte en traversant toute la zone forestière, pour déboucher sur un large plateau vers 2500 mètres d’altitude, d’où se dévoilent dans tous ses détails la chaîne du Grand Paradis, et plus précisément le Grand Paradis et le Ciarforon. Avec cet été bien sec, je me dis que ceux qui montent au Grand Paradis doivent sans doute trouver de la glace grise sous le sommet.

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Le Grand Paradis et sa face nord

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Sur le versant en face du Grand Paradis

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Le Ciarforon

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Le Grand Paradis

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Zoom sur le Grand Paradis. On distingue des cordées en bas de la glace grise, à droite

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Zoom sur le Ciarforon

Et qui vois-je tout d’un coup arriver vers moi au détour d’un sentier ? Le garde vu la veille au refuge Vittorio Sella. Il est avec une dame, mais pas la même que la veille. Il porte une combinaison de camouflage intégrale de la couleur des rochers. Il l’a largement ouverte sur le haut parce qu’elle doit lui tenir bien chaud. Je ne pense pas que ça soit un moyen pour surveiller les randonneurs, mais plutôt pour observer les animaux sauvages, surveiller leur reproduction, faire du comptage, par exemple pour les aigles, les gypaètes. Les gardes, ils passent quand même la plupart de leur temps à ça quand ils sortent. C’est tout de même plus intéressant que de surveiller les randonneurs. Bref, on discute un bon coup, il me dit qu’on s’est vu la veille au soir, il est tout sourire mais, mine de rien, c’est lui qui pose les questions. Par simple habitude. Où tu vas ce soir ? etc. Finalement, c’est lui qui me dit que je vais pouvoir rejoindre le refuge Savoia. Je lui dis oui, mais en moi-même, je lui dis cause toujours, parce que ça n’est pas du tout dans mes projets. Je le laisse partir - c’est l’heure où il rentre à la maison - et je continue mon chemin en traversant le grand plat de Plan Borgno, avant de revenir vers le sud.

Je trouve plus loin un bon spot pour installer mon bivouac, à côté d’un ruisseau calme, avec le Mont Taou Blanc derrière moi et, face à moi, le Grand Paradis, le Ciarforon et la Becca di Monciair. Dîner et soirée tranquille face à ces Messieurs d’en haut.

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Bivouac face au Grand Paradis

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Lumières du soir sur le Grand Paradis

Dernière modification par enrico (11-12-2017 22:23:42)


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#18 20-11-2017 22:59:12

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

@ Ester, Adrienne, Tolliv, Magne 2 smile

Merci pour vos visites et abonnements !

@ Adrienne : Pour les dénivelés, en marchant seul, je marche à mon rythme, et je ne marche en fait pas très vite (enfin, relativement pas très vite lol ), ce qui me permet de profiter de ce qui m'entoure, et de ne pas trop me fatiguer. Et puis je récupère bien la nuit.

@ Ester : Tu es gentille avec moi pour cette photo ratée du coucher de soleil sur le Léman  lol . En plus, figure-toi que j'avais un pied (mini-pied) et que je ne m'en suis même pas servi. J'avais trop sommeil sous mon abri...  smile

Dernière modification par enrico (20-11-2017 23:03:05)


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#19 20-11-2017 23:34:28

laxmimittal
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

bonjour enrico,

merci pour ce beau récit.

elles sont très bien tes photos.

elles donnent envie.

L.

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#20 21-11-2017 09:03:33

pmnx
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

enrico a écrit :

- Matos photo : 789 gr ! pour moi, c'est beaucoup plus que d'habitude. Je n'ai pas utilisé tout le potentiel de ce que j'avais emporté (Apn micro 4/3 plus un objectif fixe grand angle, plus un zoom, plus divers filtres et un mini-pied). Ne se décrète pas "photographe" qui veut ! Je dois dire que je ne suis pas un vrai amateur passionné de photos, d'où la sous-utilisation d'une partie de mon équipement, le plaisir de marcher passant avant celui de photographier...

Bonjour Enrico,

Pour le matos photo et électronique, je te conseille de te pencher sur le Panasonic CM1, capteur 1" des Sony RX100, optique Leica 28mm f2.8, réglages photo et interface Panasonic, batterie 2600 mAH. Il fait aussi smartphone moderne avec GPS et pèse 210g nu. On le trouve autour de 300 euros en occasion.
Ses défauts sont la batterie qu'il est difficile voire impossible de changer soi-même mais c'est une batterie Panasonic à charge lente donc de très bonne qualité. Non utilisée pendant 2 mois (je m'en sers comme apn), la batterie est passée de 100% à 99%, elle dure très longtemps par rapport à d'autres APN, surtout en réglages manuels et en mode avion. Couplé avec une batterie de secours et avec une coque, on arrive à un poids de 500g.
L'autre défaut de l'APN, c'est qu'en format 3:2, l'appareil coupe un peu les photos sur les bords verticaux à cause du vignetage, on a donc pas vraiment du 3:2.
Sinon, pour le reste, aucun autre smartphone du marché n'a cette qualité photo.

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#21 21-11-2017 09:05:54

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

laxmimittal a écrit :

bonjour enrico,

merci pour ce beau récit.

elles sont très bien tes photos.

elles donnent envie.

L.

Coucou laxmimittal smile

Merci à toi aussi, pour tes gentilles appréciations, ça me motive pour continuer ce retour.


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#22 21-11-2017 09:24:33

enrico
Membre
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

pmnx a écrit :
enrico a écrit :

- Matos photo : 789 gr ! pour moi, c'est beaucoup plus que d'habitude. Je n'ai pas utilisé tout le potentiel de ce que j'avais emporté (Apn micro 4/3 plus un objectif fixe grand angle, plus un zoom, plus divers filtres et un mini-pied). Ne se décrète pas "photographe" qui veut ! Je dois dire que je ne suis pas un vrai amateur passionné de photos, d'où la sous-utilisation d'une partie de mon équipement, le plaisir de marcher passant avant celui de photographier...

Bonjour Enrico,

Pour le matos photo et électronique, je te conseille de te pencher sur le Panasonic CM1, capteur 1" des Sony RX100, optique Leica 28mm f2.8, réglages photo et interface Panasonic, batterie 2600 mAH. Il fait aussi smartphone moderne avec GPS et pèse 210g nu. On le trouve autour de 300 euros en occasion.
Ses défauts sont la batterie qu'il est difficile voire impossible de changer soi-même mais c'est une batterie Panasonic à charge lente donc de très bonne qualité. Non utilisée pendant 2 mois (je m'en sers comme apn), la batterie est passée de 100% à 99%, elle dure très longtemps par rapport à d'autres APN, surtout en réglages manuels et en mode avion. Couplé avec une batterie de secours et avec une coque, on arrive à un poids de 500g.
L'autre défaut de l'APN, c'est qu'en format 3:2, l'appareil coupe un peu les photos sur les bords verticaux à cause du vignetage, on a donc pas vraiment du 3:2.
Sinon, pour le reste, aucun autre smartphone du marché n'a cette qualité photo.

Salut pmnx,

J'avais déjà vu ce CM1, sans trop m'attarder dessus, mais peut-être effectivement est-ce une solution photo valable en rando. En tous les cas si on la compare avec celle consistant à emporter un smartphone plus un Apn à objectif grand angle fixe.
Pour ce voyage dans les Alpes, j'avais en fait un Panasonic GM5 de 212gr (micro 4/3), un objectif équivalent 28mm (55 gr), et un zoom équivalent 70-200 (164 gr). Il me manquait sans doute un 50mm, mais j'avais fait délibérément ce choix pour limiter le poids et l'encombrement. Je dois dire que c'est quand même intéressant d'avoir un bon zoom, et pas que pour les animaux. Certains paysages méritent parfois de pouvoir zoomer dessus. Idem pour les fleurs. J'avais une sacoche de ceinture au-dessus de laquelle je pouvais faire mes changements d'objectifs. Un peu contraignant mais pas trop. A l'avenir, je vais essayer d'emporter un 50mm à la place du 28mm, lequel, je trouve, donne souvent un peu trop de recul sur la photo.


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#23 21-11-2017 10:06:50

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J12 – vdi 14/07 - Passage du Val d'Aoste au Piémont
départ 6h40 arrivée 17h25
ravito en stop A/R à Ceresole Reale
Bivouac, après le colle di Nel (2551m)
Dénivelés : D+ 1016, D- 1216

Le parcours


Je continue sur le sentier vers le sud en surplombant le plateau du Plan del Nivolet, avec ses terrains humides qui font maintenant l’objet de la plus grande attention pour en préserver la richesse de la biodiversité.

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Le Pian del Nivolet, dont la riche biodiversité fait l'objet de toutes les attentions

Puis c’est le lac del Nivolet, où arrive en cul de sac la route qui monte de Ceresole Reale. Il y a là le refuge Savoia et, juste sous le col del Nivolet, le refuge Città di Chivasso, par lequel je remonte pour rejoindre le-dit col, mais où je ne m’arrête pas. Le refuge Città di Chivasso, ce sont surtout des souvenirs de ski de rando, avec un gardien de refuge pour le moins atypique à l’époque. Il y aurait de quoi écrire un livre.

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Cascade de bord de sentier

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Lago del Nivolet, avec le refuge Città di Chivasso en arrière-plan

Je redescends de l’autre côté, en petite partie par la route, avec la vue sur les lacs de barrage Agnel et Serrù, et derrière eux, la chaîne des sommets qui bordent la Vanoise, lesquels resteront à ma vue toute la matinée, de la pointe de la Galise à la Levanna.

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Depuis le col del Nivolet : le lago Agnel, devant le lago Serrù, et la Cima di Vacca, en bord de la Vanoise

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Autre cascade au-dessus du sentier

Je prend le chemin vers l’Est qui chemine sur une courbe de niveau autour de 2500m avant de descendre et de rejoindre la route à Chiapili di Sopra. Je descends la route à pieds quelques temps en direction de Ceresole Reale, avant de m’apercevoir que c’est loin et qu’il vaudrait mieux y aller en stop.

Deux types me prennent dans une vielle 205, ce sont les organisateurs d’un trail qui va avoir lieu durant le week-end. Ils me laissent plus loin devant une épicerie d’un des hameaux qui bordent le lac. Je réajuste mon petit stock de nourriture et m’achète un pique-nique de produits frais à manger sur place.

Le retour en stop est un peu plus difficile, il y a peu de circulation sur cette route en cul de sac. Finalement, un jeune couple de français très sympa me prend et me dépose là où je dois repartir, pour remonter sur le versant opposé à celui sur lequel je suis descendu.

Je passe à proximité du refuge Jervis, et m’enfonce au sud tout au fond d’un grand vallon plat où coule un torrent alimenté par l’eau du glacier di Nel, sous la Levanna.

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Ce torrent en provenance du glacier sous la Levanna Centrale, passe près du refuge Jervis

Je retrouve là les petits drapeaux caractéristiques qui marquent l’itinéraire de la course de trail qui va avoir lieu pendant le week-end.

Il y a un fort vent d’ouest, et je commence à regarder où je pourrais poser mon abri à l’abri de cette soufflante. Il y a des gros rochers pour s’abriter, mais ça ne suffit pas pour bloquer ce vent. Je me dis que, finalement, je n’ai qu’à passer de l’autre côté du col di Nel pour me retrouver à l’abri sur le versant ouest. Effectivement, il n’y a pas un pouce d’air de l’autre côté et je trouve un petit replat bien situé où je m’installe au soleil ambré de cette fin d’après-midi.

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En approche du col di Nel

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Le barrage au bout du lago di Ceresole Reale

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Le lago di Dres, à la biodiversité très surveillée

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Bivouac sur terrain plat herbeux, sans vent, avec une belle vue, et de l'eau fraîche à proximité !

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#24 21-11-2017 10:54:27

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J13 – samedi 15/07 - Traversée de col oublié
Départ 7h, arrivée 15h, Colle Piccola, Forno Alpi Graie
D+ 665m, D- 1865m

Le parcours

Un peu de descente pour commencer la journée, en suivant les petits drapeaux de la course de trail.

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Lac immobile

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Le colle della Piccola, droit devant, dans l'échancrure la plus basse

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Abri, en confiance sous un gros rocher

Mais rapidement, je quitte ces marquages pour me diriger à travers une zone plate et humide vers le lac di Dreis. Encore un endroit – cette zone humide et ce lac - qui fait l’objet d’une grande attention pour l’équilibre de la biodiversité. Des panneaux expliquent les actions entreprises sur la durée.

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Lago di Dres

Puis c’est la montée vers le Colle della Piccola, à 2705m.

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En montant au colle della Piccola

Vers 2500m, il y a quelques excellents spots pour bivouaquer. Mais c’est là aussi que commence une zone de blocs où il faut faire attention pour voir où passe le chemin qu’il faut suivre. En fait, il monte dans des pentes herbeuses raides sur la droite de cette zone de blocs, zone qu’il rejoint seulement à quelques dizaines de mètres du col.

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Contre toute attente, le chemin va virer à 90° à droite, pour éviter un peu les pierriers

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Comme un oiseau sur sa branche

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En vue du colle della Piccola

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Colle della Piccola

La descente de ce col sur l’autre versant est un peu compliqué. Il y a des marquages rouge et blanc, mais pas de sentier sur une bonne moitié de cette descente, parce qu’on évolue principalement dans des blocs, et même quand plus bas c’est en terrain herbeux, le sentier est à peine marqué parce que peu fréquenté. Parfois, c’est difficile de trouver les marquages.

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Descente sur l'autre versant du colle della Piccola

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Un peu de balisage, mais pas de sentier

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Si la nebbia monte, je serai mal

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Habitat de berger, sans toit sous toit

Ce col fait partie d’une série de cols par lesquels je suis passé et qui semblent ne pas être très parcourus, remplacés progressivement par d’autres itinéraires du type Via Alpina ou GTA. Du coup, on les sent un peu abandonnés, et on s’y sent un peu abandonné également. Pas vu un quidam de toute la journée, à part un berger au loin.

Surtout que, pour cette descente du colle di Piccola sur Forno Alpi Graie, il n’est pas question de s’écarter de l’itinéraire – et il faut donc le trouver - vu que la descente est parsemée de ressauts et de barres, infranchissables en mode rando.

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Le décor des barres où il a fallu passer

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Une des cascades parmi d'autres

Arrivé à Forno Alpi Graie, l’auberge Savoia me tend les bras et je ne me fais pas prier pour m’y installer en demi pension.

En buvant un coup sur la terrasse, une randonneuse s’installe à une table voisine, bientôt rejointe par son mari. Ils sont allemands et font de l’itinérance à trois sur plusieurs jours dans ce secteur, après avoir fait quelques courses d’alpinisme en Suisse, et avant de rejoindre des amis sur les hauteurs de Nice. On discute, on sympathise, le troisième arrive. Finalement, on dîne tous ensembles.

Le lendemain, ils voudraient aller à Balme par le col de l’Ometto, mais on leur a dit que le chemin n’existait plus. C’est encore l’un de ces chemins abandonnés, j’y étais passé l’an dernier, et ça avait été épique. Je leur raconte les passages dans des pentes pleines d’arcosses plus hautes que soi, qui cachent des trous au milieu de gros blocs, parfois de plusieurs mètres de haut. Ça dure quoi, une heure, mais c’est bien dense ! Et puis, bien sur, je leur parle de l’arrivée à ce colle dell’Ometto qui vaut le détour, au-dessus d’un vallon suspendu où réside une harde de bouquetins.

Mais ce n’est pas mon itinéraire pour le lendemain, vu que je n’ai pas de ravitaillement à acheter à Balme, et que, du coup, j’envisage de passer par un autre col, le Ghicet di Sea, avant de redescendre sur le refuge Città di Cirié, et de remonter vers les refuge Gastaldi.

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#25 21-11-2017 13:40:24

enrico
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Re : [Récit + liste] Léman -> Méditerranée, sur le versant est des Alpes

J14 – dimanche 16/07 - Journée de partage avec 3 randonneurs
Forno Alpi Graie, passo dell’Ometto, Balme
gîte Les Montagnards
D+ 1416m, D- 1395m

Le parcours

Je quitte mes amis au petit-déjeuner, et pars seul dans le Vallone di Sea. Je prends mon temps pour observer les falaises de gneiss lisses aux couleurs brune qui bordent les deux côtés de cette vallée, fais quelques photos.

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Dans le vallone di Sea

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Le vallone di Sea, bordé par des falaises de gneiss

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Belles dalles de rocher très compact

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Stambecchi (bouquetins)

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Gros et beau rocher

Du coup, mes amis me rejoignent juste avant d’arriver à l’alpage Alpe di Sea, là où il faut trouver les marquages du départ commun des deux sentiers, celui qu’ils veulent prendre pour aller au Passo dell’Ometto et celui que je compte emprunter pour aller au Ghicet di Sea.

Avec l’expérience que j’ai de l’année précédente, je n’ai pas de mal à retrouver ce départ, qui est situé en fait au milieu d’un alpage où il y a des vaches, lesquelles ne respectent absolument pas la signalisation, qu’elles se font un malin plaisir de détruire. Mais bon, elles ne réussissent quand même pas à lécher les cailloux au point de supprimer la peinture rouge et blanche qui ornent certains d’entre eux.

Progressivement, on arrive tous les quatre au point où commence cette zone particulièrement délicate à traverser, juste après avoir traverser un ruisseau, là où il y a une pierre avec un gros marquage rouge et blanc.

Chacun y met du sien pour trouver les bons passages dans ce dédale de vernes et de blocs.

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Vue sur le haut du vallone di Sea

C’est seulement une fois franchi ce passage que je devrais les quitter pour aller en direction de mon col. Mais quand je vois l’itinéraire pour rejoindre le col en question, je me dis que je ferais aussi bien de repasser par l’Ometto. En effet, à ce que je peux en deviner, le chemin pour aller au Ghicet di Sea monte dans une espèce de faille herbeuse en diagonale dans une pente assez raide. Pas très attirant !

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Passo dell'Ometto

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Tout en bas, l'Alpe di Sea (alpage), d'où l'on on vient

Du coup, je mets en balance le plaisir que j’ai à marcher en bonne compagnie, ceci pour la première fois depuis que je suis parti, et un éventuel nouveau parcours à découvrir, mais pas exempt de pièges divers et variés. Le choix se fait assez naturellement, et on continue tous les quatre vers le Colle dell’Ometto et sa harde de bouquetins.

Dans la partie supérieure de l’accès au colle dell’Ometto, on chemine sur le bord gauche d’un vallon suspendu qui longe une grande paroi rocheuse dominée par le Sperone di Sea. Aucun doute, ça vaut le détour.

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Stambecchi sous le passo dell'Ometto

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Jeune bouquetin curieux

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hem...

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Je lui ai dit :"N'oublie pas que tu es un animal sauvage"

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C'est moi le plus beau du Passo dell'Ometto

Encore de nombreux bouquetins dans la première partie de la descente sur Balme, certains mâles avec des cornes assez impressionnantes.

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Pendant ce temps, d'autre se prélasse

A Balme, il est impératif d’aller faire étape aux Montagnards. C’est une auberge située sur la GTA, voire sur la Via Alpina, je ne sais plus. Tout est remarquable dans cet établissement : l’hospitalité, le gîte et le couvert. Dans la chambrée, il y a bien sur des lits superposés, mais les lits sont faits avec des draps, et des serviettes propres sont disposées sur chaque lit. La salle de bain attenante est ultra moderne et propre. Dîner copieux avec des spécialités italiennes régionales, petit-déjeuner varié et à volonté.

Dernière modification par enrico (12-12-2017 16:33:50)


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