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#126 19-03-2024 18:48:49

Nayana
Helix pomatia
Lieu : Cote d'Or
Inscription : 05-10-2010

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Je suis tes pas au rythme de ton récit et c'est toujours un plaisir.


Lentement mais surement...

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#127 19-03-2024 19:37:22

Yapluka
Membre
Inscription : 23-05-2023

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Moi pareil. Superbe voyage et très beau récit.

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#128 19-03-2024 22:14:56

ester
Membre
Lieu : Bzh
Inscription : 24-08-2011

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Bonjour Samuel,  smile

Félicitations pour cette année d'itinérance, et un immense merci pour le partage.
Je t'ai aussi suivi depuis le départ et je me suis régalée de tes analyses et commentaires. Et bien sûr des photos.

Ton récit est dans le wiki depuis à peu près l'été dernier... pouce

Profite bien d'Istanbul, l'arrivée, ça va être quelque chose !!! cool


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#129 20-03-2024 09:18:55

brons07
Membre
Inscription : 27-06-2015

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Bonjour,
toujours super .
la Turquie c'est un bon souvenir (voie lycienne, au sud) les kangals c'est très impressionnant et les policiers, gendarmes sont omniprésents, les Turcs eux sont curieux et chaleureux.
Encore bravo, un parcours qui marque une vie j'imagine, merci de nous l'avoir fait partager avec autant de talent et de sensibilité.
J'aimerais bien suivre le chemin de saint Paul, d'Antalya en direction du nord vers les lacs pour aller au coeur du pays.
si certains ont des infos...

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#130 20-03-2024 22:13:57

zur
Membre
Lieu : La Belle de Mai
Inscription : 14-09-2016

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Merci pour cette aventure.  rl

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#131 25-03-2024 10:17:47

*Samuel
Membre
Lieu : Strasbourg
Inscription : 03-06-2018

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Merci beaucoup pour vos beaux retours, c'est un plaisir de lire ces mots et savoir que certain•es suivent ainsi cette aventure, et merci d'avoir ajouté ce récit au wiki !  pouce  rl

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#132 25-03-2024 10:29:33

*Samuel
Membre
Lieu : Strasbourg
Inscription : 03-06-2018

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Karaburum > Istanbul !

20/03/2024 > 21/03/2024
70 km ; D+ 1200 m ; D- 1200 m

Je pars à 12h de Karaburum, ce qui n'es pas très malin pour une journée de 40km, j'arriverai forcément de nuit. C'est parti pour deux jours de marche en zones péri-urbaines et ubraines. En entrant dans une ville de 16 millions d'habitants comme partout ailleurs, je traverse toujours l'espace tel qui est, tel que nous l'avons transformé, et sillonne une multitude de mondes physiques et humains, toujours si contrastés et motoyens. Je quitte le bord de la mer noire pour me diriger vers le Bosophore et la mer de Marmara, sur une bande de terre qui s'amincit jusqu'au détroit. Je marche sur la route dans une campagne bien plus dense que celles que j'ai parcourues jusqu'à présent en Thrace turque, puis traverse quelques villes périphériques d'Istanbul, ici situées à côté de l'aéroport. Je dois marcher quelques kilomètres le long de l'autoroute et d'autres gros axes routiers, où j'ai le temps de considérer du regard toutes ces infrastructures qu'on ne découvre sinon jamais à pieds. Ces routes, ponts, aéroports, empruntés par des dizaines ou des centaines de milliers de personne quotidiennement, ne le sont pourtant que dans le confort et la vitesse d'une voiture, c'est fait pour. Nous ne nous exposons pas avec nos corps et à vitesse d'humain à la réalité crue de ces espaces nécessaires à l'existence d'une ville. Y être à pieds est original ou marginal, pénible ou amusant. En quittant l'autoroute, je marche lentement quelques kilomètres dans une zone boueuse en construction avec un cortège de chiens errants, jusqu'à rejoindre le début de la banlieue d'Istanbul. Je suis au plus proche des avions que je contemple atterrir et décoller depuis ce matin, il en passe plus d'un à la minute. Il est vrai qu'on se dépêche de cramer le pétrole qui nous reste et dont la production est déjà en décrue, 8% va pour l'aviation qui profite à 7% des terriens.

Changement d'atmosphère : je retrouve à Arnavutköy le traffic urbain, le bruit, la densité de population qui vit dans tout types d'habitations du bidon-ville à la villa. Je parcours au coucher du soleil cette zone vivante où règne toujours un climat de proximité qui se mélange à l'immensité des métropoles. La nuit tombée, j'entre dans une grande zone légèrement vallonnée, sans habitations mais où cohabitent des fermes maraîchères, une mine, le pont d'autoroute qui passe au-dessus, et une végétation arbustive et épineuse où je vois et entends une vie animale qui habite là au milieu des déchets. À 22h et après avoir marché 40km entre campagne, autoroute, aéroport, banlieue, et chemins de terres parfois boueux ou marécageux, je trouve un petit abri de pique-nique à l'entrée d'un parc où l'espace est plus aménagé. Je m'y arrête sans hésiter, maintenant que je suis suffisamment loin des chiens et que j'ai de quoi m'abriter de l'humidité saturante. Je ne me rendais pas compte qu'il faisait 0°C. Je mange rapidement et file fatigué dans mon sac de couchage où je m'endors en quelques minutes.

Après une nuit recupératrice, j'émerge avec les rayons du soleil qui m'atteignent et me réchauffent depuis le dessus des collines, puis je plis bagage pour entammer cette dernière journée de marche vers ma ligne d'arrivée. Je rencontre un couple de promeneurs qui m'offrent un café au moment de repartir, je commencerai donc cette étape finale à nouveau à 12h. Mon heure d'arrivée se voit à partir d'ici constamment reculée par rapport à mes estimations. À l'issue du parc, je traverse un premier viaduc ottoman en franchissant aisément une barrière. La construction est belle, je suis encore en dehors de l'urbanisme, seul à marcher à travers les arches de cet aqueduc avec le clapotis de l'eau de part et d'autre. Plus loin et après des portions qui me surprennent ici car dignes de passages montagneux délicats, un deuxième aqueduc ottoman n'est pas aussi facile à traverser. Si je fais demi-tour, j'arriverai à destination demain... Un homme qui se demande ce que je fais là (ce qui est réciproque d'ailleurs), après m'avoir dit que cet aqueduc là n'est pas franchissable, me montre un tunnel en haut de l'édifice, dans lequel on peut descendre par une échelle de fortune au travers d'un conduit étroit. J'hésite et décide de marcher sur l'aqueduc, cela me paraît plus simple et après tout, même si ça fait un peu peur, c'est largement pratiquable et il n'y a aucune raison de tomber. L'homme reste assis à fumer paisiblement en attendant de me voir gagner l'autre rive, pour vérifier que tout va bien. Bon une fois engagé dessus, je regrette un peu mon choix mais m'y suis embarqué. J'avance lentement et avec sûreté jusqu'à l'autre extrémité de l'aqueduc, où je découvre qu'il n'est pas possible de regagner la rive : la hauteur à sauter est indéniablement trop grande, je ne suis pas cascadeur. Ma décision est vite prise : je fais demi-tour sur quelques mètres et entre dans le tunnel par une des fines ouvertures régulières qui y amènent un peu de lumière. Je jette mon sac en premier puise glisse à l'intérieur, là j'ai l'impression d'être un cascadeur amateur. Lorsque j'atterris dans le couloir sombre et en même temps que je prends connaissance de l'endroit, je sursaute en entendant un homme me parler à quelques mètres de là. J'allume ma lampe frontale et me dirige vers la sortie du tunnel. Il y a effectivement quelqu'un, à l'évidence à l'ouest pour me parler ainsi d'un flot continu. Je sens une odeur de solvant, visiblement cet homme vient ici dans cet endroit reculé pour se droguer... En quittant le tunnel puis cet étrange espace de nature qui semble caché, je me retrouve sur le parking d'un centre équestre avec sa clientèle aisée. Décidément, toujours cette même impression en marchant dans l'espace tel qu'il est : visiter des lieux voisins mais cloisonnés. Pour une dernière journée de marche en ville, je ne m'attendais à des péripéties dignes des sommets alpins !

À partir de là je suis et reste en ville jusqu'à l'arrivée. Une ville évidemment plurielle au cours des 20km restants sur mon itinéraire. Je marche d'un bon pas comme pour compenser mon retard pourtant dénué d'impératif. Je dois néanmoins me rendre à l'évidence qu'après ces premiers kilomètres et petites mésaventures, mon estomac se manifeste. Même si je compte filer jusqu'au bout, autant prendre le temps de manger un vrai repas. Je m'arrête dans une cantine où au moment de partir, la discussion s'engage avec Fatih et Ibrahim qui, apprenant ce que je fais, m'invitent pour un dessert et un thé, puis m'offrent carrément le repas. J'accepte et les rejoins à leur table. Tant mieux pour la rencontre, et ainsi soit-il pour mon heure d'arrivée une fois de plus repoussée.

C'est ensuite moi qui joue les prolongations en faisant un détour par un decathlon pour un achat tant attendu : un nouveau pantalon. J'ai le même depuis le début de ma traversée d'Europe. Il a marché plus de 6000km, a été porté pendant 13 mois et a été exposé à une panoplie de conditions. C'est un beau score pour un modeste pantalon ! Depuis quelques semaines en revanche, il craque de partout malgré mes réparations, et c'est avec un pantalon neuf - le même - que j'arriverai à Sainte-Sophie.

J'ai d'autre part sous-estimé le dénivelé de la ville, modéré par ses maximums mais omniprésent. Lui aussi me ralentit, de même que la pluie que je n'avais pas vu arriver. Je marche les derniers kilomètres jusqu'au centre-ville en enfilant mon poncho, ce qui me vaut des drôles de regards. J'arrive de nuit sur les hauteurs de la corne d'or, l'estuaire qui sépare en deux la partie européenne d'Istanbul. Je découvre les lumières de la ville qui se reflètent dans l'eau au bord de laquelle je descends.

Cette fois je suis dans le centre-ville, ou plutôt un centre-ville d'Istanbul. Je longe la corne d'or en repassant le fil chronologique de ma traversée d'Europe depuis Tarifa. Un fil que je parcours rapidement en chapitres successifs, comme s'il s'agissait d'un film au scénario succin, avec des scènes en particulier qui remontent ici et là à mon esprit. Aujourd'hui comme lors des derniers jours, je ressens peu d'émotions particulières d'arriver à mon objectif qui m'a occupé les jambes pendant une année, et la tête pendant plus que ça. Il m'est naturellement arrivé, lorsque je wagabonde dans mes pensées en marchant, d'imaginer mon arrivée à Istanbul, me voyant parfois fou de joie, euphorique, pleurant, embrassant des gens que j'aime, tout en y pensant à demi-mesure en réalité, l'objectif restant loin devant moi derrière l'horizon. C'est finalement d'une humeur assez neutre que je me dirige vers cette arrivée symbolique. C'est ainsi et c'est ok. J'ai appris au cours de cette marche, pas uniquement par le raisonnement intellectuel mais surtout par le vécu et les tripes, à modérer mes attentes. Tant que je marche au bord de l'eau et avant de regagner l'intérieur du centre-ville, j'enregistre des pensées dans mon dictaphone. Même sans ressentir de vives émotions, je suis content de cet accomplissement. L'accomplissement d'un projet, d'un rêve un peu fou, à la fois grand et à portée de main. Quoique ce que je considère comme réussites ou échecs, des notions à présent plus floues, une chose est certaine : je l'ai fait. J'ai traversé l'Europe à pieds. Pour en avoir tant rêvé et m'être tant projeté dans une telle marche, il m'est satisfaisant d'avoir donné vie et matière à ce rêve. De la projection et l'imagination parfois débordantes en amont, de m'en sentir capable ou pas, d'en avoir envie ou pas, j'ai réalisé cette traversée d'Europe avec le cadre et l'objectif que je m'étais donné, et c'est à présent une réalité, un vécu, une succession de 400 journées qui ont tracé une ligne sur la carte d'Europe. J'ai vécu la marche itinérante comme mode de déplacement et mode vie au long court, pendant 13 mois et 6000km. C'est un projet certes d'une certaine envergure, mais aussi simple et accessible. L'ampleur du temps sur les chemins, de la distance marchée ou du dénivelé grimpé est relative. Comme les paysages admirés, les personnes rencontrées, les plantes et les animaux contemplés, comme ma propre vie, cette marche est grande est peu à la fois. Loin du virilisme et de la mégalomanie qui sont en dissonance avec l'itinerance pédestre, je préfère considérer cette ampleur avec poésie. J'ai vécu pendant cette durée et cette distance : la solitude, la vie dehors, et la marche, trois grands aspects à mes yeux de ce cadre de vie. Trois aspects que je souhaitais vivre pleinement et durablement, auxquels je souhaitais me confronter et voir ce que ça donne. Je suis pendant cette année resté fidèle à ce cadre et à moi-même. Ce mode de vie était le mien, je l'ai choisi avec envie et l'ai maintenu précieusement, Cette originalité a été mon passeport pour rencontrer, discuter, provoquer des moments d'échange et susciter des émotions avec celles et ceux que ma route a croisés. Cette belle originalité que j'aime vivre et porter est aussi parfois difficile à assumer dans un monde où elle est marginale et souvent incomprise. En ce sens, seul, j'ai du rester fidèle à moi-même pour ne pas trahir et abîmer mon rêve aussi puissant que fragile. C'est un rêve qui fait sens et qui aussi me dépasse. On ne choisit pas ses rêves, ce qui nous fait rêver. On peut en revanche choisir de les cultiver et même de les réaliser. Quelle mystérieuse notion que le rêve. Beau, motivant, poétique, et parfois aussi obsessionnel à ne plus savoir comment le regarder. Je me suis projeté, ai cultivé et donné forme à ce rêve qui m'a longtemps appelé. Je l'ai vécu pendant 13 mois et à présent je l'ai réalisé. Bien sûr cette arrivée ne sonne pas la fin de ce rêve en moi, elle marque un accomplissement, l'atteinte d'un cap qui a donné la forme poétique de cette longue marche. Le rêve lui reste vivant, et renaîtra bientôt dans une autre poésie.

Après avoir longé l'eau quelques kilomètres, je regagne l'intérieur de l'ancienne Constantinople et me dirige vers la mosquée Sainte-Sophie. J'y arrive à 22h30. Une arrivée symbolique sobre et solitaire, à l'image je crois de cette traversée du continent. Je vais à présent me reposer et rester un temps à Istanbul.

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Entre l'autoroute et l'aéroport, le pieds.

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Réveil pour ma dernière journée de marche vers Istanbul !

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Premier viaduc, très sympa à traverser, un lieu insolite en périphérie d'Istanbul.

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Deuxième viaduc, moins aisé, je marche en haut pour le traverser et gagner l'autre rive. Je n'aurais pas imaginé de telles péripéties pour cette dernière journée en ville !

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Quand on arrive en ville

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Dans dix jours les élections.

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La nuit tombe sur Istanbul. Il me reste encore quelques heures de marche jusqu'à la ligne d'arrivée.

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Au bord de la corne d'or

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La mosquée sultanahmet, ou mosquée bleue.

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Et en face la mosquée Sainte-Sophie !

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Arrivé à la mosquée Sainte-Sophie à 22h30, mon point d'arrivée. En février 2023 je quittais Tarifa et le détroit de Gibraltar. Une année de marche plus tard me voilà arrivé au Bosphore !

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Deux jours de marche de la mer noire au Bosphore.

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Mon itinéraire marché en Turquie de la frontière bulgare à Istanbul, disponible ici : https://link.locusmap.app/t/eeuyjz

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La ligne que j'ai tracé à pieds sur la carte d'Europe en relief. Parti de Tarifa en février 2023, j'ai marché 6300km avec 220 000 m de dénivelé positif à travers l'Europe, pour arriver en mars 2024 à Istanbul. Marchant principalement par les montagnes et les campagnes, mon itinéraire a traversé l'Espagne, la France, l'Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Bulgarie et la Turquie.

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#133 25-03-2024 10:38:14

*Samuel
Membre
Lieu : Strasbourg
Inscription : 03-06-2018

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

• Ma traversée d'Europe en quelques chiffres et précisions •

J'ai débuté cette marche le 19 février 2023 à Tarifa, ville espagnole la plus au sud de l'Europe continentale, située au détroit de Gibraltar. Je suis arrivé à Istanbul et au détroit du Bosphore, une autre extrémité du continent, le 21 mars 2024. Entre les deux, j'ai marché 6340 km sur 222 000 m de dénivelé positif (d'après l'application LocusMap). À l'exception de 40km faits en voiture à cause de petites mésaventures, l'ensemble de l'itinéraire a été réalisé à pieds.

Mon sac à dos comportait un équipement léger et polyvalent, pour marcher et vivre dehors au long court et en autonomie durant 4 saisons, entre 0 et 3000m d'altitude, dans des températures entre -10°C et 35°C (avec de rares moments en deçà et au-delà de ces températures limites pour lequel mon équipement est prévu). Mon poids de base (sac à dos compris, hors eau et nourriture) était de 8kg, avec un kilo supplémentaire lors de la traversée du grand balkan en Bulgarie. À quelques exceptions, le matériel est resté le même pendant toute la traversée. Je n'ai du changer qu'une seule fois mon T-shirt et mes deux paires de chaussettes. J'ai utilisé 5 paires de chaussures, en choisissant un modèle au poids et à la durabilité intermédiaires entre des modèles de trail ou de randonnée classique. J'ai renvoyé certaines paires en France pour les finir à mon retour, lorsque leur fin de vie approchait et que j'avais l'occasion d'acheter une nouvelle paire.

Au cours de ces 13 mois, j'ai marché 302 jours sur un total de 397, soit 3 jours sur 4. J'ai eu 4 arrêts longs (entre 5 jours et 2 semaines), le reste était des jours off pour récupérer, laisser passer une météo trop mauvaise, ou simplement vivre autre chose.

La moyenne des jours marchés est de 21km avec 730m de dénivelé positif et négatif. Cette moyenne reflète évidemment une immense disparité selon la météo, le terrain, la saison et les envies. Tout en ayant souvent un rythme soutenu pour moi, je n'avais pas d'objectif de performance en termes de distance quotidienne et de date d'arrivée. J'ai tenu à écouter mes envies tout en prenant en considération tous les aspects extérieurs, et à prendre le temps de découvrir les régions et les pays traversés au rythme qui me plaisait en accueillant l'inattendu.

Hors équipement, j'ai dépensé en moyenne 20€ par jour, repartis de la manière suivante : 8€ en supermarché/épicerie/boulangerie, 5€ en café/bar/restaurant, 5€ en hébergement, et 2€ de dépenses diverses (carte sim, frais bancaires, timbres, etc.). Je n'avais pas d'objectif préétabli non-plus, cette moyenne quotidienne pourrait être inférieure si nécessaire. Le premier poste de dépense reste toutefois peu compressible du fait évident de devoir manger, et des ravitaillements le plus souvent dans de petits magasins aux prix plus élevés. Les durées entre deux ravitaillements étaient de 1 à 7 jours, et parfois plus en trouvant à manger sur la route en dehors des magasins (invitations, cadeaux, nourriture laissée dans les cabanes de montagne, cueillette...)

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#134 25-03-2024 10:41:14

*Samuel
Membre
Lieu : Strasbourg
Inscription : 03-06-2018

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

• Quelques mots sur l'itinéraire •

Un premier itinéraire global a été dessiné en trois jours en amont du départ, afin d'être en mesure de faire des estimations du temps et des distances. Le seul impératif en adéquation avec les saisons était de traverser les Alpes entre mai et octobre. L'itinéraire se dessine ensuite en cours de route, et la réalité est toujours différente des itinéraires prévisionnels.

J'ai souhaité traverser l'Europe principalement en marchant en montagne. L'itinéraire est un éternel compromis qui répond à ses propres envies avec les contraintes de la géographie et de la présence/absence de sentiers. Mon compromis global a largement été en faveur de marcher en altitude en reliant différents massifs du continent, sans considérer les options les plus rapides. À l'échelle d'un pays ou d'un massif, j'ai équilibré l'envie d'explorer les hauteurs et recoins d'une région avec l'envie de me voir avancer sur la carte.

J'ai ainsi marché principalement dans des régions de moyenne et haute montagne, dans de nombreuses campagnes, et très peu de zones urbaines, ce qui me semble assez proche proportionnellement de la réalité géographique. Pour moi, l'envie et le rêve commencent en voyageant sur une carte, en étant attiré spontanément par des régions et en imaginant de potentiels itinéraires. C'est là aussi que commence la liberté : celle de choisir et de dessiner son propre itinéraire dans l'infinité du possible. Je crois beaucoup en cette liberté et cette créativité dans la marche, et souhaite encourager toutes celles et ceux qui le souhaitent à composer ainsi ses propres aventures, avec au fond la simple et gratuite liberté d'avoir le monde devant soi à sa disposition, de partir à sa rencontre avec son sac-à-dos, et simplement y marcher et y dormir. C'est un rêve d'enfant qui je crois parle d'une manière à chacun•e de nous.

Si vous souhaitez plonger un peu plus en détail dans l'itinéraire de cette traversée d'Europe, et pourquoi pas rêver en voyageant dans les cartes, voici les différentes traces par pays.

Espagne : 1820 km ; D+ 53 000 m
https://link.locusmap.app/t/r2s6er

France : 870 km ; D+ 27 000 m
https://link.locusmap.app/t/2gmcoi

Alpes (France et Italie) : 1080 km ; D+ 66 000 m
https://link.locusmap.app/t/v49hn8

Slovénie : 230 km ; D+ 10 000 m
https://link.locusmap.app/t/tk5foy

Croatie : 470 km ; D+ 17 000 m
https://link.locusmap.app/t/rfvits

Bosnie-Herzégovine : 420 km ; D+ 15 000 m
https://link.locusmap.app/t/3nng6i

Serbie : 410 km ; D+ 10 000 m
https://link.locusmap.app/t/i1bkp8

Bulgarie : 710 km ; D+ 21 000 m
https://link.locusmap.app/t/vhem8x

Turquie : 370 km ; D+ 15 000 m
https://link.locusmap.app/t/eeuyjz

TARIFA > ISTANBUL : 6340 km ; D+ 222 000 m

L'itinéraire complet sur une carte en relief et sur image satellite :

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#135 25-03-2024 10:51:11

Javah
Membre
Inscription : 14-10-2014

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Un grand bravo Samuel pour avoir su transformer ton rêve en réalité, et un grand merci pour avoir su le partager avec nous avec douceur et humilité. Je te souhaite que le périple continue sous la forme qui te plaira!
rl  pouce

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#136 25-03-2024 11:13:09

gilles516
Membre
Lieu : Toulouse
Inscription : 10-09-2021

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

BRAVO Samuel , et merci pour ce partage  pouce  pouce  pouce

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#137 25-03-2024 11:19:05

ludof
Membre
Lieu : Lyon
Inscription : 24-08-2021
Site Web

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Un grand bravo pour ce voyage au long cours, et un très grand merci pour l'avoir partagé avec nous  pouce

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#138 25-03-2024 11:55:01

tacheton
Membre
Inscription : 05-09-2018

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

encore bravo et merci pour le partage... Tu as vraiment marché sur tout le bord de l'aqueduc  ? il doit faire 40cm ... brrr. Je déteste ces passages en hauteur lisses, bien plus intimidant qu'une ligne de crète.

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#139 25-03-2024 12:14:49

ester
Membre
Lieu : Bzh
Inscription : 24-08-2011

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Félicitations ! pouce pouce pouce

Humilité, simplicité et détermination...
Un coktail que j'apprécie énormément. cool

Merci encore pour le partage.


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#140 25-03-2024 12:25:22

frneko
Marcheur aveugle
Lieu : 81600 GAILLAC
Inscription : 14-01-2021

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Un immense bravo pour ce périple, l'aqueduc me donne des frissons...
Petite question : quelles chaussures as-tu porté ? Usure N? Confort ?
Merci encore.


Jeune de 68 ans, aveugle à 99%, je randonne guidé, pas à pas par Rose ma compagne.

Mon trombi, nos récits de rando, mes listes...
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#141 25-03-2024 12:33:42

Jurgen76
Membre
Lieu : Normandie
Inscription : 11-03-2023

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Merci Samuel.
J'ai adoré te lire...comme un excellent roman, je suis presque triste d'avoir fini.
Bravo et pour ce magnifique périple et pour la qualité de ton partage !


Mon trombi ici

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#142 25-03-2024 13:27:00

alif
Membre
Inscription : 11-10-2017

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Merci beaucoup Samuel pour ce récit sensible et délicat.
Et bravo pour avoir réalisé un rêve.

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#143 25-03-2024 14:31:51

frneko
Marcheur aveugle
Lieu : 81600 GAILLAC
Inscription : 14-01-2021

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

La Turquie a bien changée, je l'ai traversé de la frontière grecque jusqu'à Ankara, aller et retour, en "routard" en 1976...
Le déplacement des populations fuyant les guerres, famines ou dictatures n'existait pas dans les proportions actuelles et de fait, les militaires et la police étaient bien plus compréhensifs.
Leur curiosité pouvant nous prendre en voiture juste pour parler de la France...


Jeune de 68 ans, aveugle à 99%, je randonne guidé, pas à pas par Rose ma compagne.

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#144 25-03-2024 15:39:20

steves
Membre
Inscription : 16-10-2012

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Je ne serai pas super original, je me joins au concert des bravos et merci.
Belle aventure (intérieure) qui restera en toi tout au long  de ta vie!

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#145 25-03-2024 16:52:00

Bilbox
Membre
Inscription : 17-04-2013

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Merci pour les photos et la prose déliée.

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#146 25-03-2024 22:02:46

Alex le pèlerin
Membre
Inscription : 24-08-2022

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Bravo Samuel et merci pour le partage.
En te souhaitant un bon retour à une vie  plus "normale"

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#147 26-03-2024 09:38:16

*Samuel
Membre
Lieu : Strasbourg
Inscription : 03-06-2018

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Une fois de plus, merci énormément à vous ! Vos retours me touchent sincèrement. Je suis vraiment content de savoir que des personnes ont suivi ainsi cette aventure, avec les mots que vous utilisez en témoignage. Difficile de choisir des mots pour moi aussi, en tout cas, ça fait plaisir !

tacheton a écrit :

Tu as vraiment marché sur tout le bord de l'aqueduc  ?

Oui, c'était pas l'idée du siècle, je ne le referais pas, mais ça l'a fait...

frneko a écrit :

Petite question : quelles chaussures as-tu porté ? Usure N? Confort ?

Au début des La sportiva ultra raptor mid, confortables mais qui s'usent beaucoup trop vite. Je me suis ensuite arrêté sur le modèle Salomon xa forces mid. Super modèle, qui ressemble aux fameuses xa pro, mais en mid. Le compromis poids/durabilité est vraiment intéressant, c'est possible de dépasser les 2000km avec. À Sarajevo et pour la suite de l'hiver, j'ai acheté une paire de Salomon ultra 04 mid, un modèle similaire avec de la moumoute à l'intérieur, qui a malheureusement des lacets et non le système de serrage, et qui laisse davantage les débris rentrer dans la chaussure. J'ai hâte de repasser aux xa forces.

Je ferai un retour matos détaillé prochainement. smile

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#148 26-03-2024 10:28:51

Baloofix
Membre
Lieu : Grenoble
Inscription : 03-12-2017

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Ola,
J'ai du retard sur la lecture, je me rattraperai ce soir, mais un immense bravo pour ton partage, ton abnégation, ta volonté de vivre ton rêve et de le transformer en réalité. Ça me laisse songeur, pensif et aussi exalté, moi qui reste dans un conformisme dicté par...je ne sais pas quoi, malgré mes désirs. Un immense merci pour ton partage (redite, mais c'était un vrai moment de plaisir que de te suivre)
Bon atterrissage.
Merci encore.
L'aventure est en bas de chez nous.

Dernière modification par Baloofix (26-03-2024 10:30:49)


Je préfère le vin d'ici à l'eau de là.
Il n’est de merveille sans rareté, il n’est de rareté sans quête.
"Les esprits valent ce qu'ils exigent, je vaux ce que je veux" Paul Valéry
Edit sans précisions = corrections orthographiques

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#149 26-03-2024 21:25:03

Frankie
Membre
Inscription : 29-06-2023

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Super!

  Ça fait partie des récits et expériences qui ouvrent le champs des possibles, et de fort belle manière.

  Le seul regret, c'est que je n'aurai plus la surprise d'avoir un moment de lecture pour suivre ton périple.

  Bonne transition : )


Edit sans précision > orth, etc.

Lighterpack

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#150 27-03-2024 08:49:32

tomtom015
Membre
Lieu : Vaucluse
Inscription : 22-01-2024

Re : De Tarifa à Istanbul, une marche à travers l'Europe

Bravo et merci pour ce périple.

Magnifique  smile

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