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#1 19-12-2005 16:26:29

Kian
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Jura dans tourmente

Salut les MULs,

Dans un message récent, Olivier demande du vécu, du vécu et du vécu. Alors voilà, j'en ai pas l'habitude mais je vais vous raconter ma dernière aventure. Voici le récit de ma rando à raquettes dans le jura de ce weekend du 17 décembre 2005, sans prétentions car je n'ai pas une grosse expérience de la randonnée hivernale avec bivouac. Ca fait quand-même 20 ans que je fais de la raquette. J'ai fait des erreurs techniques, à vous de ne pas les répéter. Désolé, ce récit est long pour une rando de 2 jours mais d'un autre côté, les randos longues ne sont pas détaillées car cela serait trop long à lire. J'en profite pour relater les quelques petites difficultés que j'ai pu avoir et d'y mettre un peu de coeur.

Ce récit montre un peu ma philosophie de rando hivernale lorsque je suis en solo. Sur le plan matériel, j'ai utilisé pour la première fois en situation réelle la tente que j'ai achetée à nicklaus (tiendra-t-elle?), une black diamond firstlight ainsi que mon sac de couchage western mountaineering antelope -15 en micro-fibres acheté chez Cactus à Carouge (GE), mon magasin chéri.

Vendredi soir, la soirée de boîte

Le vendredi soir nous avions une soirée d'entreprise à Flaine, Au programme moto-neige et raclette dans une très vieille ferme rénovée. La moto neige? J'ai pas pris le risque compte tenu de mon épaule récemment opérée. Les collègues sont revenus ébahis, les yeux brillants de plaisir. Même celui qui était en dernier, prenant les fumées d'échappement des 8 de devant dans les narines ne regrette rien. L'organisateur ne s'est pas foutu de notre gueule. Je n'étais pas le seul à faire l'impasse alors on a bu des coups avec le patron en attendant le retour des autres. Un super gars en fait, comme on ne s'y attend pas dans un endroit comme flaine, station super friquée. La soirée dans la vieille ferme était sublime, je n'étais vraiment pas déçu du voyage rien que pour ça. A l'apéro de la Castagne, mélange de vin blanc et crème de marrons. Au repas, des jambons de pays, tiens je savais pas que flaine étgait un pays mais un pure produit du tourisme, du fromage succulent, bien crémeux et pas gras et tout le toutim.

En fait, je prévoyais de partir de là bas après la soirée, trouver un petit coin pour dormir et attaquer ma balade le lendemain. Hélas Flaine c'est vraiment moche, et cela ne m'a pas donné envie. Le parking à 7.50 euros de l'heure c'est vraiment du racket, et mon collègue (qui ne voulait pas monter en car avec les autres) a dit au caissier qu'on était outré de devoir payer alors qu'on participe aux activités économiques de la station. Sur ce, il demande nous étions à la réunion (?) auquel il répond oui et il me donne un passe droit, hé hé hé, j'apprends plus tard que c'est la réunion annuelle immobilière. Il fallait nous voir, nous (?) riches promoteurs dans ma Daihatsu pourrie de 20 ans. Pour combler le tout, la météo s'annonçait très mauvaise et je ne me voyais pas arpenter une région très escarpée, que je connais pas et dans de telles conditions (accumulation de neige soufflée, avalanche etc.). Donc je redescend comme tout le monde à Genève et décide de me rendre le lendemain au Jura dans un endroit que je connais bien.

Samedi, le départ

Départ la Givrine à 10h, c'est déjà tard mais je ne veux pas faire de grosses journées. Le ciel est gris, très chargé, il neige, il vente. Tiens, les rails du train de montagne sont gelés, la racleuse n'est pas encore passée, le train va avoir du retard. Dans le parking il n'y a qu'une dizaine de voitures alors que par beau temp il y'en a des centaines, piste luge et de ski de fond oblige! C'est parfait, c'est là dessus que je comptais précisément, le sentiment d'être seul au monde, dans une région vaste, vallonnée et d'apparence sauvage, une région à se perdre, à ouvrir seul la trace. Les pistes de ski de fond ne sont jamais très loin, en cas de pépin pas trop grave je peux les rejoindre sans trop de mal, c'est le prix a payer quand on est seul.

Pendant la première heure, je marche sur le bord de la piste de ski de fond qui n'a pas encore été damée depuis les chutes de neige de la nuit. Aucune trace sauf la mienne. J'entends la dameuse arriver, je me mets de côté tandis qu'elle passe à côté de moi dans un vacarme assourdissant, troublant le silence et la quiétude du paysage. C'est là que je décide de tirer dans la fraîche. J'avais oublié combien il est fatiguant de marcher dans la poudreuse avec un sac de près de 10 kilos au total sur le dos. Avec mes 90 kilos et mon sac, porté par mes TSL, j'enfonce de 30 centimètres, je commence à transpirer abondamment, pas bien ça. Je ralentis la cadence, il faut tenir la journée et demain, je n'ai que deux courtes balades à raquettes dans les jambes cette saison. Il faut faire gaffe au mal des raquettes.

Les conditions sont très variables, le vent tombe et la neige cesse parfois, offrant une bonne visibilité sur une région toute en teintes de gris, même la neige parait grise, sans doute du au ciel lui-même gris. Lorsque le vent se relève, la neige fouette le visage et les yeux. Le port des lunettes tempête s'impose, les couleurs prennent dès lors des teintes orangées. Je n'aime pas trop cette couleur, il faudra que je trouve des lunettes d'une autre teinte pour la prochaine fois (je pense ça à chaque fois wink). Bien qu'il ne fasse pas très froid, le vent dessèche la peau du visage et les lèvres, une bonne couche crème s'impose avant que les dégâts se fassent sentir.

Après avoir fait un crochet par la combe des cerfs, qui se font remarquer par leur absence, j'arrive vers le Marais Rouge. J'hésite à le traverser car je ne suis pas absolument certain que ce soit gelé là dessous. J'opte pour la prudence et fait un large détour en rejoignant momentanément la boucle de ski de fond. De temps en temps, je m'arrête pour m'imprégner de cette atmosphère et pousse des « ahhhh » interne de contentement. Quelle émotion, malgré le mauvais temps, et malgré les craintes occasionnées par la nuit à venir…


Quand c'est l'heure de manger, y'a qu'a

La faim fait son apparition, je ralenti la cadence pour sécher la transpiration et tire vers les bois pour m'abriter afin de me préparer à manger. J'ai le temps, je ne me suis pas imposé d'horaire, de kilomètres, de points de passages obligés. J'envoie un SMS régulièrement pour dire ou je vais. Je dame une petite aire avec mes raquettes, façonne un siège, déplie mon Z-Rest, sors ma micro-puff, des gants plus chauds et m'installe confortablement. A peine la soupe préparée, la neige et le vent redoublent d'ardeur et arrivent à se frayer un chemin au travers des arbres. Mes jambes sont rapidement recouvertes de neige, je peste car mon pantalon micro-puff commandé il y'a trois semaine n'est pas arrivé à temps pour cette balade. Les jambes se refroidissent, le pantalon s'humidifie, j'ai la flemme de sortir mon pantalon étanche, de plus il ne me tiendra pas chaud. Je mange rapidement, refroidi ma soupe avec la neige, engouffre mes sandwiches et me remets en route.

Je m'engage maintenant dans les bois, en suivant une petite route forestière ou je devine les traces du passage d'un véhicule sous la couche de neige. D'où vient-il ? Cela est d'autant plus surprenant que cette section est sans issue et qu'il n'y a pas de trace du retour... Sans doute un véhicule du service des forets mais cela reste un mystère car l'essieux est très large. La marche est aisée car j'enfonce peu, il y'a une croûte de neige dure sous la neige fraîche et je peux même traîner les raquettes ce qui me permet d'aller vite en fatiguant peu.

Balade dans « le bois »

J'emprunte ensuite un sentier pédestre à travers les bois. Il est difficile à suivre car il est étroit et sinueux, il est impossible à deviner à la lecture du sol et les balises sont recouvertes par la neige. Je m'égare fréquemment en arrivant dans des sections de bois totalement impénétrables, sauvages, tantôt arrêté par le profil du terrain, tantôt par des arbres trop rapprochés pour passer. Le plaisir l'emporte largement sur la frustration, c'est vraiment magnifique, le vent n'arrive pas jusque là, le silence. La neige ne me tombe pas dessus, arrêtée par l'épais manteau neigeux qui recouvrent les sapins. Les nombreuses traces de la vie hivernale invisibles foulent cette neige immaculée, c'est le signe que je me suis trop écarté de l'itinéraire, il faut rebrousser chemin un peu afin de ne pas risquer des dépenses énergétique inutiles aux animaux affaiblis par l'hiver.

A l'évidence je suis perdu. Je sors le GPS et me rends dans une partie plus clairsemée afin d'avoir un bon signal. Je consulte la carte, reporte manuellement quelques points de passage sur le GPS. Cela prend du temps car l'écran fonctionne au ralenti, les cristaux liquides étant gelés, je le place un moment contre mon corps. Il faut savoir qu'un GPS dans la poche en forêt recouverte de neige ne sert à rien car il ne reçoit aucun signal, il faut le tenir devant soi ou le porter sur la brettelle du sac, il a donc tendance à geler. Dans un chapeau au somment de la tête peut-être, un modèle avec antenne départée sur le chapeau? A étudier. Les piles lithium sont obligatoires dans ces conditions.

La montée à la fruitière, l'heure du premier choix

L'après-midi est maintenant bien avancée. Je dois décider si je reste dans la forêt pour la nuit ou si je tente de passer le mont de la Fruitière de Nyon. Les vents sont maintenant violent et il y'a une probabilité non négligeable de tempête. Il faut passer le mont pour se réfugier derrière ou rester ici. Si je pose le camp maintenant la nuit sera longue. Tant pis, je décide de tenter le coup, au pire des cas je me réfugierais dans les sections de forêt au sommet. J'avais tort, cela sera une bonne leçon !

La Fruitière de Nyon ne se trouve pas dans l'arrière pays mais culmine au-dessus de Nyon et Saint-Cergues à 1370m d'altitude. Ce n'est pas très élevé mais le jura ne l'est pas vraiment en fait. Par contre, il est réputé pour ses conditions climatiques changeantes et parfois très rudes. La région de la Givrine porte bien son nom du reste…  Le dénivelé à franchir n'est pas très important, un peu moins de 200m, mais il y'a une accumulation de neige soufflée et j'enfonce beaucoup, je regarde derrière moi, puis au dessus et me rend compte que le temps est compté. J'augmente la cadence, est-ce à cause du froid ou à cause du ciel qui s'assombrit de plus en plus ? De plus, le vent est de plus en plus violent, je suis sec, la transpiration n'arrive pas à s'installer malgré la cadence, j'ai presque froid.

Je ne vois plus ou je dois aller, j'ai froid lorsque je m'arrête à peine 30 secondes pour lire la carte. Et là, malheur, la carte m'échappe des mains par une rafale plus forte que les autres, je cours saute sur la carte, ouf car elle va me servir tout à l'heure. Je me rends compte maintenant que je n'arriverai pas à passer le mont. Pas question de planter une tente ici, les vents sont trop violents et me dirige vers la forêt pour planter le camp. Le profile est trop escarpé et lorsqu'il ne l'est pas, j'enfonce dans un marécage de neige dans lequel j'enfonce au-dessus des genoux malgré les raquettes. Foutue neige soufflée !

La nuit tombe, le second choix

La nuit ne va pas tarder maintenant, il faut que je m'installe. Deux solutions, soit je m'installe au pied d'un sapin, autour duquel j'enlève la neige et m'installe inconfortablement avec mon sac de couchage dans mon sac de survie (technique de l'abri sapin), ou je reporte les coordonnées de la ferme de la fruitière sur le GPS avec le risque de finir dans la pénombre. Le sommet sera sans doute crépu et la neige dure car avec le vent toute trace de neige poudreuse aura disparu. J'ai pris une lampe de mulet, une myo belt 5, elle éclaire très loin et très large, je suis particulièrement content d'avoir joué la carte de la sécurité sur le plan du matériel.

J'opte donc pour la ferme. A mesure que je monte, les vents forcissent, les températures et la lumière baisses. Je mets le turbo pour générer de la chaleur car j'ai froid malgré l'effort déjà intense. Je resserre à fond la capuche de ma powershield et la tourne de sorte à couvrir la face droite de mon visage (cela m'évite de sortir le masque tempête pour les 5-10 minutes qui me restent à marcher). Dire que je n'aimais ce vêtement, et là, je bénis ce matériaux brillamment utilisé dans ce softshell Millet. Je distingue enfin cette foutue ferme, elle est suffisamment grande pour me faire un bon écran contre la tempête.

J'arrive enfin, derrière la ferme je me blottis contre la porte de l'étable et sors rapidement des habits chauds, la micro-puff, des gants plus chauds et les surgants en goretex. Ce calme est tout relatif, je dame une bonne surface pour installer ma tente, me remet contre la porte du hangar le temps que la neige se soude et en profite pour allumer mon mobile et appeler mes proches. Ils doivent être inquiets. Ma femme m'apprends qu'il y'a la pleine lune à Genève et moi je suis dans la peuffe… Le vent forcit encore ma parole, la zone damée est maintenant parcourue par des vents latéraux et se recouvre de neige, le fruit de turbulences savamment orchestrées pour rendre difficile le montage de ma petite tente. Tiendra-t-elle ?

La nuit

Ca y'est, tout est bien, les coins de la tente sont ancrés, les haubans tirés sur mes bâtons et raquettes, je mets un peu de neige sur les bords au vent afin que le vent ne s'engoufre pas sous le tapis de sol. Je rentre à l'abri de la tente, la neige tourbillonnante s'engouffre. Mes affaires et moi-même sommes couverts de neige givrée que je tente de brosser à l'intérieur de la tente. Toute cette neige doit maintenant être évacuée à l'extérieure. Je n'ose pas encore déployer mes affaires car la tente est violemment secouée. Qu'est-ce que cela doit être sans l'abri de la ferme ? Je ne connais pas sa résistance autre que la notoriété qu'on lui prête sur les forums. Que faire si elle ne résiste pas ? Sortir le sac de survie et m'installer inconfortablement contre la porte de l'étable ou les turbulences sont faibles. J'attends de voir. Le temps passe et je ne sais pas si c'est mon mental qui me joue des tours, mais j'ai l'impression que le vent forcit encore…

Le temps passe davantage et je commence à avoir confiance dans les capacités de cette tente. Un petit saut à l'extérieur pour vérifier l'haubanage et je peux enfin m'installer et préparer à manger. Rien de bien sophistiqué, de la soupe, des sandwich au saucisson, un bâton aux noisettes et une barre de chocolat. Quel luxe en fait. Une petite rincée de Talisker, ouais ouais, c'est pas bon à cause de l'hypothermie que cela peux engendrer mais ça fait tellement de bien et je vais tout de même pas le porter pour la descente non ?

Il faut maintenant préparer la nuit et le givre s'installe déjà sur les parois. J'ai assez d'eau pour la nuit et n'ai pas besoin d'utiliser le réchaud pendant des plombes ce qui augmenterait considérablement la couche de givre. La ventilation au vent est fermée, mais des micros cristaux arrivent à se frayer un chemin à travers la petite fente entre les deux glissières de la fermeture. Le temps que je m'en aperçoive et il y'a une pellicule cristalline pulvérisée sur toute mes affaires. Je mets du papier mouchoir que je compresse entre les deux glissières et le tour est joué.

La nuit va être longue. Les coups de boutoirs sur la tente décolle du givre des parois et en propulse partout. Je repousse de l'intérieur la neige soufflée qui s'accumule sur le bas des parois toute les deux heures environs avant qu'il y'en aie trop. Mais je n'ai pas froid, mes jambes sont au chaud dans le sac de couchage, j'ai gardé mes habits du haut ce qui me permets de lire un moment, mais l'esprit n'y est pas, je suis trop excité par cette formidable journée et par les éléments qui se déchaînent autours de moi. Le pipi vient toujours au pire moment n'est-ce pas wink. Je me mets à genoux tout contre la porte entrouverte au minimum et me soulage comme cela, sans sortir... Au dodo maintenant non sans m'être brossé les dents et fini le single malt. Les coups de boutoirs du vent décollent le givre, bip-bip-bip, je repousse la neige soufflée, je brosse les pellicules de givre de mon sac couchage. Bip-bip-bip, je repousse la neige... Bip-bip-bip…

Petit matin calme

La nuit passe ainsi et au réveil tout est calme. Cela présage du bon temps. J'ouvre la porte et n'en crois pas mes yeux, c'est vraiment splendide. J'ai la Dôle face à moi, recouverte de traînées de nuages éclairés par le soleil orangé du matin. Les ombres sont longues et la couleur de la neige est sublime avec ses reflets bleutés et orangés. C'est un moment inoubliable, après cette nuit mouvementée passée dans la tourmente, de retrouver le calme et la sérénité du matin, comme ça, sans prévenir, c'est inespéré, comme dans un rêve. La seule inquitétude vient du soleil qui tappe sur la tente, va-t-elle faire fondre le givre et mouillé tout ce qui est dedans? Non il fait encore très froid.

La routine du matin s'installe, sur ce fond panoramique, je chauffe l'eau pour le café, mets mes céréales à tremper dans de l'eau chaude et attaque la production d'eau pour la journée. Il fait encore bien froid et je dois de temps en temps secouer la bouteille de Gaz pour lui rendre de la puissance. Il faut éviter de poser labouteille sur la neige car le fond gèle plus vite et la perte de puissance est trop importante, je la pose donc sur le Z-Rest. Je me sers de la neige devant même la porte sans sortir. Il me vient en souvenir cette vieille chanson anglo-saxonne des trappeurs canadiens : « Don't eat the yellow snow » (ne mange pas la neige jaune) ! Horreur, je me rappelle m'être soulagé devant la porte cette nuit… C'est le gros gag ça! Ouf, je n'avais pas encore pris la neige de cet endroit wink, tout va bien.

Rassasié, je sors pour scruter les alentours. Une grande congère enroule littéralement l'arrière de la tente sur plus de 60 centimètres. Avoir repoussée la neige tôt et régulièrement a créé une dépression qui a sans doute contribué à sculpter cette belle congère. Les points de haubanage sont enfouis sous la neige, recouvrant ma raquette la plus éloignée de la ferme. Je profite pleinement du panorama. La plus belle vue est celle en direction du Bouveret, tout au bout du lac avec les hauts du pays vaud, comme un balcon à l'étage inférieure, recouverts de neige. Le jour est clair avec des nuages d'après tempête qui donne le ton de cette magnifique deuxième journée qui se prépare. Elle promet d'être calme, belle, tout en contraste de soleil et de nuages.

Je plie le camp, brosse les parois internes pour faire tomber tout le givre et retourne tente afin de vider tout ce qui est tombé à l'intérieure, récupère mes raquettes et mes bâtons enfouis profondément dans la congère.

C'est reparti pour une belle journée, différente celle-là

En partant, une vieille dame surgit et me sourit en constatant que j'avais passé la nuit ici, dans la tempête. Elle est partie de St-Cergues avec ces skis de fonds de randonnée. Par le chemin praticable à ski il faut 1h50 pour monter à la fruitière. Elle a du partir à l'aube pour ouvrir la trace et arriver de si bonne heure. Quelle forme, je suis admiratif. Elle m'apprend qu'il ne vient personne ici car le vent souffle trop et que dans la plaine, à Nyon il faisait -7. La température n'a jamais été en dessous de -8 (avant que je m'endorme) dans ma tente. Elle partage une orange bien fraîche et juteuse avec moi, à l'abri de la porte de grange qui reflète la chaleur du soleil et partons chacun de notre côté.

J'emprunte à nouveau une section non damée de ski de fond rendue presque invisible par la neige soufflée et croise à nouveau la dameuse. Je reconnais le chauffeur, lui aussi me reconnaît, il me fait cette fois un sourire et un signe amical de la main. Je quitte alors la piste et passe derrière la colline, par un snetier pédestre bien balisé celui-là, qui me sépare de toute vue des skieurs qui commencent à pointer leurs nez.

L'heure de la soupe a sonné

J'ai passé la matinée dans un état contemplatif et béat, tant de pureté, de la neige si fraîche et souvent non foulée, c'est un véritable privilège spécialement dans cette région qui est d'habitude assez fréquentée. Je n'ai pas vu le temps passer et en arrivant à la Cabane du Rochefort je hume une odeur de soupe à l'orge. Une dame vient sur le pas de porte et me dit que c'est une spécialité et que je ne dois pas louper ça. Je fais quelques ronds dans les alentours et reviens sur le coup de midi pour y manger la meilleure soupe à l'orge de ma vie, accompagné de mes sandwiches et d'un bon verre de rouge du pays. Ah, le plaisir des choses simples, avec la compagnie guillerette d'un petit groupe de retraités qui ont fait l'effort pour monter jusqu'ici, en dehors des pistes. Je fais le vœu d'être en forme comme eux pour ma retraite.

Cela sent la fin…

La fin de la journée se déroule sans encombre, toujours avec ces beaux paysages qui déroulent au rythme lancinant de mes pas dans la neige fraîche. Des paysages éclairés par le soleil hivernal avec sur toile de fond, une épaisse couche de nuages sombres et menaçants. Au fur et à mesure que je me rapproche de la Givrine, je croise de plus en plus de monde, pas tous respectueux du manteau neigeux, tous venus profiter de l'aubaine d'une couche de neige fraîche par beau temps. Je rejoins une trace existante, dure car foulées de nombreuses fois dans la journée et accélère le pas et arrive en vue de la Givrine. Il y'a maintenant des centaines de voitures, le train de montagne arrive et débarque une foule de voyageurs. Il est pas loin de 16h et les gens continuent d'affluer alors qu'il fera nuit vers 17h30. Pour moi c'est la fin, le temps de dégivrer ma voiture et en route pour Genève.

Arrivé à la maison, la famille est à la patinoire sauf mon fils qui arrive en courant, à bout de souffle pour me sauter dans les bras. A 12 ans, il est au cycle, à l'ècole des grands et ces moments sont de plus en plus rares, je les apprécies d'autant plus. Que c'est bon de partir, et de revenir…

Kai

PS : Lorsque vous pratiquez la raquette, veillez bien à emprunter autant que cela soit possible, les itinéraires de randonnées. Les animaux en hiver sont affaiblis et ils sont effrayés par notre passage. Répétez cela quelques fois par le passage de plusieurs randonneurs et ils peuvent mourir, leurs déplacements sont comptés, et la nourriture est souvent enfouie sous la neige, pensez à eux. C'est pourquoi le GPS est très utile (en plus d'un outil de sécurité) pour coller au plus près des sentiers.

Si vous voyez une trace existante, utilisez là. Si tout le monde marche n'import où, le paysage est lézardé par les traces et perd de sa splendeur. Il n'y a rien de pire qu'un groupe de plusieurs personnes qui marchent de front, c'est du massacre. Marcher dans la neige fraîche est fatigant, reposez-vous dans une trace quand c'est possible. La recherche de la trace vierge ne vient pas en marchant à côté des autres, mais en venant tôt après la neige.

Le bilan? Je ne l'ai pas encore fait mais je ne regrette pas le mauvais choix en l'occurence car j'étais bien équipé et pas loin de la civilisation il m'a permis de tester cette tente. C'est un apprentissage qui servira lorsque j'aurais l'opportunité de faire un voyage plus long.

Dernière modification par Kai (20-12-2005 09:58:46)


La vie est un miroir qui reflète nos croyances erronées

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#2 19-12-2005 21:18:55

nicklaus
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Re : Jura dans tourmente

Merci de nous faire partager ces moments intenses, les mots sont si bien choisis, les phrases si bien tournées que l'on se sent à tes cotés au fur et à mesure du périple !

En ce qui concerne la tente, j'ai eu l'occasion de la tester dans des conditions presque équivalentes. Le givre, les congères au petit matin, tout y est, à cela pres que la neige ne s"était pas instalée avant cette fameuse nuit, et que le vent était tourbillonant en sorte qu'il ne menagait pas les paroies laterales. Je m'étais dis qu'il serait peut-être judicieux d'ajouter des haubans sur les cotés (à la manière des l'I-Tents).


"Qui écoute trop la météo reste au bistrot"

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#3 20-12-2005 00:05:07

pierre
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Re : Jura dans tourmente

Kai a écrit :

Voici le récit de ma rando à raquettes dans le jura de ce weekend du 17 décembre 2005, sans prétentions car je n'ai pas une grosse expérience de la randonnée.

Bravo !

Une "hivernale" en solo avec peu d'expérience ...

Merci pour ton récit bien agréable.

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#4 20-12-2005 14:28:15

allevardine
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Re : Jura dans tourmente

merci de partager cette rando avec nous, on se croierai parti avec toi j'ai presque eut froid...:D

Effectivement il faut faire attention aux animaux l'hiver, c'est surtout vrai quand il fait trés froid car le peu de nourriture qu'il trouve ne leur suffit pas à maintenir leur température, c'est pour cela que certains animaux s'enfouissent. Lorsque vous les déranger la dépense d'énérgie est tellement intense qu'ils peuvent efféctivement en mourrir. Donc en cas de gros foid faites trés attention à rester sur les sentiers comme l'as dit Kai...

Merci Kai pour ce super récit:)


Persuadé que l'avenir ne viendrai pas à lui, il est parti le chercher

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#5 21-12-2005 05:03:24

oli_v_ier
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Re : Jura dans tourmente

Je me suis régalé, ça m'a rappelé plein de souvenirs, la prochaine fois il faudra que tu essayes la bouteille pipi: quel bonheur de ne pas avoir à sortir du sac ! wink

Deux fois je suis allé randonner dans le coin, c'était pour aller au sommet du Mont Tendre (en Suisse, au nord de la Dole). J'ai adoré:
paysagesommet4vc.th.jpg
La première c'était le lendemain de la tempête de décembre 99... En raquettes ! A trois, on a galéré comme j'ai rarement galéré, avec toute la neige tombée, on enfonçait entre mi-cuisse et haut des mollets, raquettes aux pieds ! On comptait chacun 100 pas avant de laisser, épuisé,  le suivant faire la trace à tour de rôle. On a bivouaqué à mi-chemin de l'ascension, le lendemain on a préféré renoncer. La deuxième fois il y avait moins de neige et on a pris des skis de randonnée nordique: rien à voir avec les raquettes, c'était un bonheur de fendre la poudreuse. Du sommet on voyait le Mont Blanc, le lac de Genève, on a bivouaqué non loin d'une cabane: à la belle étoile ! Le vent a commencé à souffler pendant la nuit et le lendemain nous étions partiellement recouverts de neige chacun dans notre cocon.
J'ai pris quelques photos de ce bivouac mémorable smile:
Le soir:
lanuitdanslaneige15zm.th.jpg
Le matin (Nico dormait encore!):
nicodort15ru.th.jpg


La marche ultra-légère n'est pas un but, mais un moyen. "Un sac lourd est un sac bourré d'angoisse."
Mon équipement pour l'Islande 2008 en détail.

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#6 21-12-2005 11:40:05

Kian
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Re : Jura dans tourmente

la prochaine fois il faudra que tu essayes la bouteille pipi

Ouais j'y avais pensé mais je n'avais plus de place dans le sac, cétait super bourré. En fait je devais choisir entre la falsque de whisky et la bouteille pipi, j'ai pas hésité smile

Le vent a commencé à souffler pendant la nuit et le lendemain nous étions partiellement recouverts de neige chacun dans notre cocon.

Malgré la neige, le bivouac donne quand-même bien envie à voir tes photos. L'hiver passé j'ai fait une nuit avec ma GoLite Cave1 mais je n'étais pas rassuré, tant qu'a faire autant dormir sans... En avril de cette année j'ai également dormi avec ma Cave1, il y'avait bcp de vent et j'avais du la monter très près du sol, trop près, j'avais pas des masses de place, par contre c'était de la neige/pluie alors le bivouac pure n'était pas de mise. Je crois que ton abri représente la meilleur compromis en fait. Il faudrait vraiment que je fasse l'effort d'essayer un de ces jours.

Le Mont-Tendre

Cette partie est vraiment très belle en effet. Il faut faire particulièrement attention aux trous engendrés par les explosions d'obus des tirs militaires. Quand il y'a bcp de vent, la neige soufflée recouvre le trou et la légère dépression neigeuse est peu visible et n'est pas à la bonne place par rapport au trou. En tombant dedans on ne va certes pas se blesser gravement mais on pourrait aisément se fouler une cheville. En suivant la ligne de crête on ne risque pas d'en trouver.

J'adore également cette région, c'est sublime, voici trois photos au Mont-Tendre pour achever de convaincre:

La même vue que la tienne mais en été, les pierres visibles sont des projections liées aux explosions...
dsc04729.jpg

Vue de la descente en escalier en direction de la Vallée de Joux depuis le Mont-Tendre:
dsc04735.jpg

Vue par derrière, le Jura Plissé avec le sommet le plus lointain (pratiquement invisible) étant la Dôle:
dsc04733.jpg


Kai

Dernière modification par Kai (21-12-2005 21:21:43)


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#7 21-12-2005 15:16:47

Kian
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Re : Jura dans tourmente

Voici quelques photos de mon weekend hivernal. Il est mieux d'avoir la patience de lire le text avant de regarder les photos.

Le départ de la Givrine, peu de courageux aujourd'hui...
dsc05063.jpg

En direction de la Combe des Cerfs
dsc05066.jpg

Une petite accalmie hélas trop passagère au moment de manger vers le Marais Rouge
dsc05068.jpg

La route forestière et le mystère de la trace qui s'arrête dans le vide...
dsc05069.jpg

Une ferme typique de la région
dsc05071.jpg

Après le déjeuner, la neige revient, vue de la trace par derrière
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La montée vers le bois, bien abritée du vent mais pas de la neige
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Vue dans le bois, non, on ne passe pas par là
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Par là c'était mieux
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On ne passe pas par là non plus...
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Vue de la trace à mi-chemin vers la fruitière
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Du même endroit mais vue vers le haut
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Cela commence à souffler fort, les arbres dans le passage du vent ploient et la neige fouette
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Du même endroit en regardant vers le bas
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Cela fait à peine deux minutes que je suis dans la tente et ça givre déjà mais j'ai oublié de fermer l'aération et ça pulvérise à l'intérieur

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A la soupe...
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Petit matin calme
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La même vue zoomée
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Neige soufflée autour de la tente
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Le vent a du tourner pendant la nuit à voir la neige soufflée contre le toit
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Vue de la Fruitière des balcons vaudois avec le bassin Lémanique et son lac
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La lutte du soleil et des nuages
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Contrastes saisissants
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En direction du haut pays avec la Dôle en toile de fond
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Neige immaculée dans l'arrière Jura
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Encore et toujours de la neige immaculée
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La Dôle enfin décoiffée
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Zoom sur la Dôle
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La cabane du Rochefort et sa soupe à l'Orge
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Il est tard mais les badauds affluent toujours à la Givrine
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Des voitures sur des kilomètres, bienvenue de retours dans la civilisation
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En route pour le pays d'en bas
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Kai


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#8 21-12-2005 16:05:27

francois
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Re : Jura dans tourmente

Belle sortie Kai, merci de nous la faire partager
Le hasard veut que j'aie fait le même parcours cette année mais en janvier !
En raquette, sans tente mais avec un hamac accroché à l'avant-toit de l'alpage du point 1345 sur la carte 50'000 St-Cergue.
le ciel était dégagé mais assez froid -9 au thermomètre la nuit.
mon truc en bivouac dans mon sac de couchage c'est d'écouter la radio sur mon mobile en regardant les étoiles...
le lendemain il a fait très chaud, tout la neige du toit en tôle a glissé en bas.
Comme toi, je n'ai pas beaucoup marché (en hors piste les raquettes ca crève) et ne suis enivré du paysage, du soleil, de la mer de brouillard en dessous...

On se croisera peut-être une fois ou on peut envisager de partir un week-end ensemble, qu'en penses-tu ?

à bientôt !


PS: ma bouteille pipi je la consomme avant de dormir sous tente mais en hamac c'est pas très utile, il suffit de se pencher en ayant pris soin de rien laissé en dessous...

PS2: pour moi la cabane du CAS était fermée, pas de soupe à l'orge

Dernière modification par francois (21-12-2005 16:11:50)


Mieux vaut voyager plein d'espoir que d'arriver au but... [Proverbe japonais]

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#9 21-12-2005 17:47:46

Kian
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Re : Jura dans tourmente

francois a écrit :

mon truc en bivouac dans mon sac de couchage c'est d'écouter la radio sur mon mobile en regardant les étoiles...

Je ne fume pas la pipe mais c'est un de mes fantasme, fumer une pipe sous les étoiles avec un bon single malt. A deux cela commence à valoir la peine de faire un bon feu mais dans une zône ou cela ne prétérite pas la vie locale.

francois a écrit :

PS: ma bouteille pipi je la consomme avant de dormir sous tente mais en hamac c'est pas très utile, il suffit de se pencher en ayant pris soin de rien laissé en dessous...

Tu consommes le pipi dedans ou tu consommes le whisky avant de faire pipi dedans? wink

francois a écrit :

un week-end

Il me semble qu'en plus tu habites à Thônex non? On est presque voisin, je suis de Vessy, j'ai souvenir qu'on avait parlé de prendre une mousse ensemble mais j'ai oublié...

Kai


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#10 21-12-2005 19:03:24

laurent
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Re : Jura dans tourmente

Merci Mr Kai. Ton récit est beau et si sincère. Et les photos font beaucoup de bien...

Quel bonheur ce forum ! On peut y apprendre mille choses d'ordre technique, et on peut y lire de véritables carnets complets (accompagnés de si belles photos) comme les tiens, ceux de Peyo, de Nathalie...et je ne doute pas que d'autres vont bientôt arriver... wink
(il faudra que je replace mon vagabondage seul en Corse de 29 jours qui était, je crois bien, une vraie expérience MUL - et j'en ai bavé je vous jure !)

Ce forum est une merveille de pédagogie mais aussi d'humanité...


La poésie est à la vie ce qu'est le feu au bois. Elle en émane et la transforme. (Pierre Reverdy)
La fragilité est une grande force comme le sont les bambous dans le vent, les brins d'herbes à la rosée du matin et nos cils pour le chagrin. (Laurent bavella)
http://laurentbavella.com/ - Corsica

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#11 21-12-2005 19:59:51

Kian
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Re : Jura dans tourmente

Merci Laurent,

laurent a écrit :

(il faudra que je replace mon vagabondage seul en Corse de 29 jours qui était, je crois bien, une vraie expérience MUL - et j'en ai bavé je vous jure !)

Je m'en réjouis d'avance. 29 jours c'est toucher au rêve pour moi qui suis cantonné dans des randos courtes de moins d'une semaine. Mais je ne désespère pas, mon heure viendra j'en suis sûre!

Kai

Dernière modification par Kai (21-12-2005 21:12:33)


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#12 21-12-2005 21:08:29

Kian
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Re : Jura dans tourmente

nicklaus a écrit :

Merci de nous faire partager ces moments intenses, les mots sont si bien choisis, les phrases si bien tournées que l'on se sent à tes cotés au fur et à mesure du périple !

En ce qui concerne la tente, j'ai eu l'occasion de la tester dans des conditions presque équivalentes. Le givre, les congères au petit matin, tout y est, à cela pres que la neige ne s"était pas instalée avant cette fameuse nuit, et que le vent était tourbillonant en sorte qu'il ne menagait pas les paroies laterales. Je m'étais dis qu'il serait peut-être judicieux d'ajouter des haubans sur les cotés (à la manière des l'I-Tents).

Salut Nicklaus,

Je suis vraiment super content de cette tente, elle coûte 600 CHF en suisse et au prix et l'état pratiquement de neuf dans lequel tu me l'as vendue, c'est une bonne affaire même avec le surcoût du tapis de sol que je n'utliserais pas car cette tente est hivernale pour moi, autrement j'ai une tarp.

Après un moment d'hésitation, j'étais vraiment en confiance. Apparement, le vent a tourné pendant la nuit (voir la photo de la ferme avec son amas de neige) et les coups de boutoirs ont redoublés de violence. Je me sens confortable avec cet équipment mais j'ai toujours mon sac de survie en plus, on ne sait jamais.

J'ai d'abord été surrpris du givre sur les parois. Il semble que le givre serait également présent dans une tente double paroi mais serait "invisible" car derrière la toile intérieure. Sur ma tarp j'ai toujours eu du givre par temps froid. L'avantage qu'il soit apparent vient du fait qu'il est plus facile à éliminer le matin avant de plier. Sa structure autoportante m'a permis de la tenir à l'envers, après avoir brossé les parois, et de vider le givre tombé au sol facilement.

Je suis très grand et même en dormant en diagonale, j'ai frotté les pieds au bout de la tente car je ne peux résister de m'étendre complètement de temps en temps. J'avais bien fait d'imperméabiliser le pied du sac de couchage et pris de bonnes chaussettes. Par contre, comme le montre une des photos, je me tiens assis sans problème ce qui est du luxe quand on passe autant de temps dans une tente en hiver. Bref, encore une fois, c'est un bon achat.

Je suis d'accord avec toi concernant les points supplémentaires à la "I-tent", avec des points au sol également. Fort heureusement, le vent n'est pas venu de ce côté là. Je vais demander à mon magasin Cactus sports d'ajouter ces points d'attaches. Il l'a déjà fait sur plusieurs tarps que j'ai acheté. Si vous passez par Genève, allez faire un tour dans ce magasin et demandez à voir Bernard, le patron, c'est vraiment un pro, un vrai avec de grosses expérience. C'est le seul en fait à vendre du matos d'expé gros temps.

A bientôt,
Kai

Dernière modification par Kai (21-12-2005 21:30:58)


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#13 21-12-2005 21:31:12

Nath
Yéti des Pyrénées
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Re : Jura dans tourmente

Kai, j'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à lire ton récit accompagné d'ailleurs de belles photos qui laissent réveur...
J'ai beaucoup apprécié ta façon humble de racconter les choses, le fait de reconnaitre ses erreurs... En sont elles vraiment? Tu me sembles quand même bien prudent et tu ne t'es -dans cette mesure- pas mis en danger.
Demain j'ai prévu d'aller faire ma première sortie raquette de la saison. Je serai seule comme tu l'étais. J'aurais aimé passer une nuit dans une cabane pour couper la sortie (et puis pour le plaisir d'une nuit "dehors") mais j'ai pas encore reçu mon petit Yéti qui me tiendra chaud pour de longues nuits alors je préfère rester raisonnable...
Enfin, raisonnable je ne sais pas si je le suis vraiment car j'envisage de faire un assez long parcours (long avec les raquettes, sans neige ça irait sinon) jusqu'à 1900m (600m de dénivelé sur plus de 5km aller). Mais bon, je pense qu'il ne doit pas y avoir lourd en neige (40-50cm grand maximum) sachant que la dernière neige remonte à plus de 15 jours et qu'il a fait beau (et froid) pratiquement tout le temps depuis...
Les conditions météo annoncées demain sont comme les jours précédents et les jours à venir: EXCELLENTES...
@ suivre wink
Et merci encore Kai pour ton si beau récit!!!
Nath, qui va aller préparer son sac, qui ne sera pas vraiment MUL, hiver oblige sad

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#14 21-12-2005 21:47:06

Kian
-
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Re : Jura dans tourmente

Salut Nath et merci de ta gentillesse concernant mes "instantanés".

Une petite annectode, cet appareil, un petit Sony DSC P9 m'accompagne depuis 3 ans environs. L'écran a gelé dans la montée finale vers le fruitière alors qu'il était près de mon corps, à la ceinture avec la soft shell pardessus. C'est pourquoi je n'a malheureusement pas de photos prises de nuit au moment du montage de la tente. La photo à l'intérieur de la tente à fonctionné mais l'écran était innopérant et je n'ai pas réalisé qu'elle était trouble...

Tu as raison de faire attention à ne pas chercher une performance à raquette. 600m de dénivelé total est raisonnable car tu as à l'habitude de l'effort. Vas'y molo, fait des pauses, profites du paysage, mais bon en tant que photographe je suis sûre que je dis cela pour rien. Le mal de raquette existe bel et bien. On marche d'une façon inhabituelle en raquette et les muscles, tendons et ligaments doivent s'habituer.

A 40a ans, ma première sortie raquette de l'année comportait 600m de dénivelé précisement et cela n'occasionna que des courbatures à des endroits inahbituels. Quand j'avais moins de 30 ans je ne remarquais rien de particulier... Vivement ton yeti, dormir dehors en hiver c'est vraiment très spécial. C'est la qualité du silence, lumière métallique d'avant le coucher, le son mat de ses propres pas, la neige qui crisse, le sentiment plus qu'en été, d'être en dehors du monde ou au contraire, d'être avec lui.

Kai

Dernière modification par Kai (21-12-2005 21:53:47)


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#15 23-12-2005 18:43:22

konrad
Marcheur Universellement Lent.
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Re : Jura dans tourmente

Salut Kai,
J'ai beaucoup aimé le récit, l'inquiétude, la tension et le ravissement.
Je randonne seul et j'ai traversé ces émotions, redoublées en hiver.
Les photos sont magnifiques, je m'y voyais.
Je ne connais pas le jura mais sous la neige c'est magnifique.
Je vois ici toute l'utilité du gps.
Je pars dans quelques jours vers les encantats, pyrénées espagnoles.
A bientôt.
Konrad.

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#16 23-12-2005 21:03:23

Kian
-
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Messages : 2 639

Re : Jura dans tourmente

konrad a écrit :

Salut Kai,
Je pars dans quelques jours vers les encantats, pyrénées espagnoles.
A bientôt.
Konrad.

Bon voyage et si tu te sens, fait nous un récit.

Kai


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#17 13-11-2007 22:35:43

eraz
multimedia
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Re : Jura dans tourmente

Je remonte ce vieux post que je viens juste de découvrir...

Il n'a pas pris une ride, est très bien écrit et avec beaucoup de justesse... on s'y croirait.

Dommage que les photos ne soient plus accessible... y a-t-il moyen d'avoir un lien qui fonctionne encore?


eraz

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