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#1 10-08-2015 18:09:03

Caroline73
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[Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

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PARTIE 1 - Arménie, de monastère en monastère

PARTIE 2 - Tusheti, hors du temps

PARTIE 3 - Mont Kazbek, la montagne de Prométhée

Matériel



Pourquoi le Caucase?

La question m’a souvent été posée, avant, pendant et après ce voyage de 5 semaines entre Arménie et Géorgie. Les amis et les collègues m’avaient aussi beaucoup demandé où c’était, si la Géorgie était bien un État des États-Unis... même les douaniers du contrôle de passeport de Genève se demandaient où était Yerevan...

En préparant mon départ j’ai dut me rendre à l’évidence, mon choix ne tombait a priori pas sous le sens comme destination de voyage. Et pourtant...

L’idée avait germé d’elle-même, pendant l’automne précédent quand j’étais en Asie du Sud Est. Le Caucase c’était pour moi tout le contraire de ce qui m’avait déplut là-bas : une autoroute à backpackers, le tourisme de la drogue, de la fête et de la prostitution... la méfiance de la population, un fossé culturel trop grand pour moi...

Le Caucase c’est une autre histoire. Selon mes critères, je cherchais un endroit globalement méconnu, peu touristique, où le voyageur serait encore spontanément le bienvenu d’une manière simple et joyeuse, où une femme pourrait voyager seule. Je cherchais un pays montagneux : mon ambiance, mon énergie, mes paysages favoris. Et je cherchais une destination riche en Histoire, en témoignages d’un long passé.

le Caucase avait donc tout pour me plaire. Historiquement c’est l’Arménie qui m’intéressait, mais la Géorgie avec ses hautes montagnes m’attirait pour le sport. J’ai donc allié les deux et trouvé un aller pour Yerevan avec retour par Tbilissi (300€ avec IUA). Je savais en choisissant cette destination que tout ne serait pas simple, à cause de la barrière de la langue et paradoxalement de ce qui m’avait attiré ici : le peu de tourisme et donc le peu d’infrastructures et de transports dédiés. Mais qu’importe ! Donc il ne me restait plus qu’à dresser une liste de monastères comme ligne directrice et à réviser mon Aznavour, et improviser en Géorgie vu que j'y allais les mains dans les poches à part la réservation d'un guide pour l'ascension finale du Kazbek et mon seul rendez-vous en un mois : être à Tbilissi le 7 juillet pour retrouver mon ami qui ferait l'ascension avec moi.

Bref, j'étais plutôt libre de mes mouvements, juste comme j'aime, je pouvais me laisser porter par mes envies et les rencontres de l'instant.



PARTIE 1 - Arménie, de monastère en monastère


13 juin - Arrivée à Yerevan

J'arrive tard à Yerevan, même si pour une fois Ukraine Airlines n'est pas si en retard que ça. Un taxi envoyé par l'auberge de jeunesse me conduit. Je passe une bonne partie de la nuit à discuter avec un groupe de polonais et avec Lucas, journaliste français qui revient d'un reportage dans le Haut Karabagh où il a été reçu par le ministre de la zone "autonome" selon les arméniens... "occupée" selon les azéris... Nous tombons d'accord pour que je profite de son taxi pour rejoindre Geghard, le monastère que je veux visiter le lendemain.

Je vais pendant ces deux semaines avoir une certaine obsession pour les monastères, je vais en visiter une douzaine, alors si ce n'est pas votre tasse de thé il faudra attendre que j'ai passé la frontière géorgienne pour aller randonner en Tusheti... là-bas à part des moutons...


14 juin - Garni et Gheghard, randonnée impossible dans un ravin

Je profite donc du tour en taxi que Lucas a prévu avec son chauffeur. Nous nous arrêtons d'abord à une arche qui donne une vue surperbe sur la campagne entourant Yerevan. Si il n'y avait pas de brouillard c'est l'endroit parfait pour voir le mont Ararat, mais là on le devine à peine.

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Second arrêt pour visiter le temple de Garni aux proportions parfaites. Une sortie très prisée des écoles il faut croire. Globalement les arméniens sont très férus et fiers de l'histoire de leur pays.

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Puis petite marche dans les gorges en contrebas du temple. Des orgues basaltiques impressionnants! Je n'avais pas vu ça depuis l'Islande. Et juste à côté nous faisons halte à une ferme à poissons pour manger. La gérante semble nous demander quel type de poisson nous voulons, nous lui indiquons du doigt au hasard une bestiole dans le bassin... un type arrive avec un épuisette, attrape la bestiole, l’assomme et commence à la préparer... ... hum... au moins le barbecue sera frais Oo

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Après le repas mon dernier arrêt avant de quitter mes compagnons de la journée se fera à Gheghard. Le chauffeur de Lucas lui demande 5 ou 6 fois si je vais vraiment m'arrêter là pour marcher. Il semble incrédule. Pourquoi marcher? Nous visitons d'abord le monastère. Tout de suite je suis conquise par l'ambiance des églises arméniennes, très dépouillées, à moitié grottes, mystiques avec toutes leurs petites chandelles.

Geghard

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Je fais le tour des environs pour trouver un chemin qui semble aller quelque part. Idéalement je voudrais monter le ravin pour arriver à atteindre les montagnes suivantes. La seule carte sur le net que j'ai trouvée est une vieille carte d'état major russe... pas le truc le plus fiable du monde vu comme ça date! Je galère en mode sanglier, en mode équilibre de chaque instant sur les pierres. Ça monte raide, mon sac est chargé de 9 jours de nourriture... mais chaque fois que la vue se dégage j'ai un point de vue superbe sur les gorges du coin. Je m'obstine, il semble y avoir un chemin, je m'y accroche car il y a des ficelles bleues accrochées aux arbres parfois, mais souvent le chemin disparait et je dois deviner la meilleure possibilité. C'est galère, mais je m'amuse.

En fait je comprendrais vite que l'Arménie a d'énormes possibilités de randonnées mais qu'elles sont si peu exploitées qu'il est presque impossible de randonner vraiment ici. Tant pis, l'Arménie a d'autres atouts!

Je jette l'éponge au bout de plusieurs heures. Honnêtement, ces pierriers sont carrément dangereux et je finis par ne plus passer, même en mode sanglier. Et surtout... rien ne m'oblige à me prendre la tête ici, je trouverais bien tout un tas d'autres choses à faire dans le coin! La descente demande autant voir plus de concentration que la montée mais j'en viens à bout.

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Je marche le long de la route qui pars du monastère, sans rien attendre de particulier ni savoir où dormir, vu que ça m'est plutôt égal. Le monastère est vidé de touristes, j'en fait le tour une dernière fois. Au bout de quelques minutes un taxi s'arrête à mes côtés. Il ne parle pas anglais bien entendu. Je lui fait comprendre que je veux planter ma tente. Il réfléchi et finit par me conduire à une sorte d'aire de pique nique où il me "confie" à un autre type qui mange là avec des amis et qui me trouve un coin abrité au fond de l'aire, il me débarrasse les tables et me fait signe que ma tente sera bien là. C'est vrai, et la vue sur les collines autour est plus que jolie. Je plante la tente et me fait à manger en regardant le paysage, avec en fond sonore la musique arménienne sortant des voitures en contrebas.

La musique, la fête, passer de gars en gars... Je ne le sais pas encore mais c'est la première d'une longue série dont le schéma se répétera quasi identiquement : je marche quelques minutes au bord d'une route, une voiture s'arrête, on ne se comprend pas, je ne parle pas russe, ils ne parlent pas anglais, je mime et cherche des mots en arménien dans mon guide, je monte dans la voiture... et après c'est plus ou moins hasardeux... encore plus que le début où on ne se comprend pas... où alors l'un a un rapport avec l’autre -_-

Dernière modification par Caroline73 (08-10-2015 09:04:55)

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#2 10-08-2015 18:38:45

amok
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Ouaouhhh... Je suis plutôt du genre à partir à l'arrache, j'ai pas peur de grand chose mais caroline là, tu me scotches ! En tout cas je comprends ta démarche et pour le coup je suis pressé de lire la suite !

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#3 10-08-2015 21:15:49

florencia
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Salut Caroline,

Un début de voyage qui hume bon et où souffle un vent de liberté qui donne envie de lire la suite smile

Flo


Réalisations DIY
_ _ _ _ _ _ _ _ _

"Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle !" -Paulo Coelho.

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#4 10-08-2015 22:06:33

martie
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Voilà quelque chose de bien original...
qui me fait de plus réviser la géographie!

merci pour ce début de retour...
qui donne en effet envie de lire la suite

martie

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#5 11-08-2015 12:01:00

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Merci tout le monde! C'était un super voyage, un peu foutraque comme d'habitude... y a du stop, des visites, des rencontres, de la ville (juste Tbilissi en fait, y a pas tant de villes...), de la rando, de l'alpinisme. Y a des moments où je me suis demandée ce que j'étais en train de faire. Mais bon, c'était très fun!

En parlant de géographie, pour suivre mon parcours arménien voilà une carte, mon chemin en rouge, les monastères encadrés en rouge.

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15 juin - Khor Virap

Je suis réveillée par les cris des bergers et les cloches des vaches qui viennent pâturer. Je m'installe sur la barrière en bois de mon abri pour me réveiller doucement en regardant les collines. Je profite des quelques heures de fraicheur du matin, car il fait très très chaud la journée, et presque tous les soirs ça pète en orages. Les bergers me saluent en allant chercher de l'eau. Je remballe mes affaires et descend sur le bas de l'aire, là où est l'abreuvoir, pour faire mon petit déjeuner. Un gars qui semble là pour faire des petits travaux d'entretien de l'aire me voit sortir mon alcool solide... aussitôt il arrive pour me parler, "gaz... ... gaz!" hum... je comprends pas ce que tu me dis -_- il pars dans sa voiture et me ramène un énorme et vieux réchaud qu'il m'allume. Ok, merci... N'empêche qu'au début la spontanéité de tout ce que les caucasiens peuvent vous offrir dès qu'ils vous voient surprend! Au bout de quelques semaines on est habitué et on sait comment réagir, mais au début voilà... A la fin quand tu montes dans une marchroutka et que les passagers te tendent des bonbons tu trouves ça presque normal.

Mais je me suis quand même beaucoup demandée à quoi je ressemblais dans leur esprit quand ils me voyaient pour vouloir à ce point toujours me filer des trucs...

J'en ais déduit que c'était quelque chose comme ça...
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M'enfin, vous verrez...

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Puisque je ne suis pas montée dans les montagne à pied, il me faut retourner sur mes pas et choisir une autre destination. Le monastère de Khor Virap me semble un bon choix, il n'était pas sur ma route initialement alors que c'est un des plus connu d'Arménie, surtout pour sa vue sur le mont Ararat. Ok, essayons ça. Il va de soi que je n'ai aucune idée de comment m'y rendre, le moyen de transport normal des quelques touristes est le taxi, peu cher et pratique, mais qui pour moi présente peu d’intérêt. Je marche le long de la route et j'attends... Une voiture s'arrête. Le gars me conduit jusqu'à ce qui s'apparente à un arrêt de bus : des vieux mini-van et un groupe de gars plus ou moins chauffeurs qui discutent à l'ombre. Je comprends que l'un des mini van va retourner à Yerevan et qu'après je trouverais de quoi aller à Khor Virap. Je ne comprends pas trop quand... je m'installe sur un banc et je rêvasse à l'ombre d'un arbre.

Une fois à Yerevan rien n'est simple. Je ne peux pas lire les destinations en arménien sur les mini-van, des taxis collectifs qu'on nomme des marchroutka, je ne peux pas me faire comprendre des chauffeurs, et je ne comprends pas quel est le bon arrêt vu qu'il y en a plusieurs par rues... Je dis la ville où je souhaite aller, "Ararat", on me pose des questions, je secoue la tête en souriant et répète "Ararat", on me fait des signes de nombres avec les mains, je cherche le bon nombre... Sans déconner, je vais traverser Yerevan trois fois avec trois bus avant qu'on me pose devant un grand rond-point... Les arméniens sont gentils, ils essayent vraiment de me comprendre mais c'est juste trop drôle a quel point on ne se comprend pas. Quand au terminus le chauffeur se rend compte que je ne suis pas dans le bon transport il me rend mon argent et m’emmène à un autre chauffeur et ainsi de suite...

Larguée devant ce grand rond-point j'essaye de réfléchir... Ça a forcément un sens, pourquoi m'avoir posée là? Momentanément je suis subjuguée par l'étrange énorme statue, au style tout caucasien : tout en force et en virilité, laissant peu de place à la finesse! Avant de finalement regarder derrière et à force de réfléchir me dire que ce gros bâtiment derrière, si je devais dire à quoi il ressemble c'est à une gare. Ok. Je vais voir.

Il y a bien un train pour Ararat qui part à 15h! Je somnole quelques heures à la gare. Le train coute l'équivalent de 60 centimes d'euros!

La grande statue devant la gare (ce n'est pas ma photo, subjuguée je n'ai pas pensé à en prendre...). Elle représente David de Sassoun, le héros d'une vieille épopée arménienne millénaire.

David de Sassoun

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Sur le quai de la gare, alors que l'heure du train approche je me demande quel est le bon. Grâce à mon précieux guide de conversation je peux poser quelques questions hésitantes. Et les destinations sur les panneaux des trains sont doublées en cyrillique. Amen, je sais lire le cyrillique!

Dans le train, rustique et spartiate, un groupe de jeunes filles m'offre des boissons. Avec cette chaleur c'est plus que bienvenu. La gare d'Ararat est au milieu de nul part... je marche en suivant les autres personnes. Comme le plus souvent, je suis la seule étrangère. Je fini par trouver une marchroutka, je recommence mon manège : "Khor Virap", questions incompréhensibles, secouer la tête, "Khor Virap". Je me retrouve à un carrefour, une jeune fille qui a entendu que je voulais aller au monastère m'emmène avec elle jusqu'à un autre carrefour et me trouve un taxi pour les 4 derniers kilomètres. Le taxi m'attend pendant que je visite le monastère.

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Le mont Ararat continue à se cacher, je le verrais pour la seule fois très bien le lendemain matin. Je suis a deux pas de la frontière turque, hermétiquement fermée. Le monastère en lui-même est une visite intéressante. Il est le premier lieu saint du pays : on raconte que Grégoire l'Illuminateur fut jeté dans un puits où il vécut 13 ans (Khor Virap = puits profond) avant d'en être sorti par le roi malade Tiridate IV qu'il guérit miraculeusement. Alors le roi se convertit et fit de l'Arménie le premier pays du monde a faire du christianisme une religion d'état. C'était en 301 (ou 313...).

Khor Virap

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Je demande à mon chauffeur de me trouver un petit hôtel, il m'emmène a Artashat où il me négocie le prix d'une chambre, je suis la seule cliente. Dans le salon nous négocions ferme le prix de la course du lendemain et ce que je vais faire. Je veux descendre vers le sud, je ne veux pas y aller en taxi, il n'y a pas de bus, pas de marchroutka, tant pis je ferais du stop. Il est ok pour m'emmener au rond-point ou la route bifurque vers ma destination du lendemain : Areni.

Gloire soit rendue à mon graal de ces deux semaines:
Guide de conversation
Et à la carte que j'avais imprimé, la même que celle du début de l'article, et scotché dans mon carnet qui ne me quitte jamais et qui se rempli chaque jour de gribouillages pour négocier un prix, dessins, citations, cartes schématiques, noms, adresses, numéros de téléphone, tenue de comptes et dépenses, indications sur les lieux où je vais, idées de futurs voyages, et mes états d'âme...

Fatiguée, je passe la soirée à grignoter des graines en regardant des soaps dont le thème est absolument le même que dans tous les autres pays, Thaïlande, Inde, Turquie, Grèce... : des amours malheureux interminables de malchance...

Dernière modification par Caroline73 (11-08-2015 17:20:37)

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#6 11-08-2015 13:06:12

Archimboldi
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Sacré voyage encore une fois, bravo et j'attends avec impatience la suite. smile

J'étais à environ 500 km et 2 frontières plus au nord il y a encore quelques mois, l'ambiance était toute autre. Là-bas, si les gens rendaient service, ce n'était jamais inintéressé. On ne peut pas leur en vouloir, quand on débarque dans une zone marquée par les guerres où la majorité des gens survivent plus qu'ils ne vivent, ils essaient evidemment de profiter du "riche européen". Mais ça m'a quand même laissé un goût amer.

On t'a parlé du génocide arménien, et comme la position de la France était appréciée ? Tu as chanté du Charles Aznavour, comme je le pressentais ? Pour communiquer, hormis le guide arménien, tu baragouinais un peu de russe, tombais parfois sur un anglophone, ou c'était en mode 100% language des signes ?  Parce que poser des questions, c'est facile, comprendre les réponses, c'est souvent une autre paire de manches.  big_smile


"Life is full of wonders for someone who is prepared to accept them." Moominpappa

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#7 11-08-2015 14:00:52

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

C'est sûr que l'ambiance du Sud-Caucase doit être bien différente de celle du Nord-Caucase... Après tout ils sont indépendants, même si ça leur amène tout un tas de problèmes économiques, qu'ils sont plutôt pauvres et que c'est dur de trouver du travail pour les hommes depuis qu'il n'y a plus les usines russes. La vie quotidienne c'est beaucoup de la débrouille, des petits boulots, l'entraide. Spécialement l'Arménie, complétement enclavée, elle n'a pas la façade sur la mer noire de la Géorgie, et bien entendu pas le pétrole azéri. En plus elle est victime des embargos et des fermetures de frontière avec l’Azerbaïdjan et la Turquie. Ses 35km de frontière avec l'Iran sont sa seule ouverture vers le sud... Ils détestent bien entendu les turcs et les azéris, et n'aiment pas tellement les iraniens ni les géorgiens, il n'y a gère que les russes qui trouvent grâce à leurs yeux, le pays essaye d’ailleurs de se rapprocher de la Russie. C'est une blague en Géorgie de dire que les arméniens n'aiment personne mais qu'ils ne savent pas pourquoi (à part les turcs, là tout le monde sait pourquoi).

Les arméniens comme les géorgiens apprécient les français, c'est une nationalité bien accueillie, c'est surtout un pays où ils aimeraient aller vivre. Une vieille dame m'a proposé de venir balayer chez moi si je la ramenais en France... On ne m'a pas parlé du génocide lui-même, mais surtout du fait qu'ils n'aiment pas les turcs. Et finalement pas tant d'Aznavour, à part dans un taxi. Beaucoup de musique russe, des heures de musique russe...

Alors mon russe est ultra rudimentaire! On m'a demandé des centaines de fois si je parlais russe, c'est même en général la première question qu'on te pose. Dans le Caucase tout le monde parle russe, pas seulement les anciens, car c'est toujours la langue apprise en premier à l'école. Les plus jeunes parlent quelques phrases d'anglais, mais pas tellement. J'y travaille, j'y travaille à mon russe, mais en ce moment c'est surtout mon turc que je bosse. J'adore la langue turque, son fonctionnement, sa musicalité. Des anglophones en Arménie j’ai dut en rencontrer 3 ou 4... donc c'était 60% langue des signes, 30% guide de conversation, 10% russe/anglais/allemand (je sais pas pourquoi, mais j'ai rencontré plusieurs fois des gens ayant été vivre en Allemagne).

- La phrase que je saurais traduire dans toutes les langues dans 10 ans et celle que j'apprends en premier, presque avant "c'est combien?" : "Je suis mariée, mon mari m'attend à ... " choisir une grande ville pas trop loin pour finir cette phrase. Vous verrez plus loin pourquoi.
- La phrase que je comprendrais dans toutes les langues : "tu es belle" (c'est faux, mais je suis française...)
Et oui... le voyage solo quoi...

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#8 12-08-2015 00:09:15

Archimboldi
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Caroline73 a écrit :

- La phrase que je saurais traduire dans toutes les langues dans 10 ans et celle que j'apprends en premier, presque avant "c'est combien?"

Caroline ?  yikes  yikes  yikes

N'oublie pas de nous détailler le contenu de ton sac, je suis curieux de savoir de quels vêtements (légers, évidemment big_smile ) tu disposais pour ce que ce genre de question revienne souvent !


Plus sérieusement, tu nous mets l'eau à la bouche, et j'imagine déjà 1000 situations où il y aurait eu besoin de prétexter un mari (jaloux) pas très loin. Invitée à un mariage (aïe aïe aïe si c'est là-bas comme dans tous les autres pays d'ex URSS  big_smile ) ? Baboushka ultra-conservatrice ordinaire qui ne comprend pas que tu ne sois pas chez toi en train de faire à manger pour ton mari ? La suiiiite !


"Life is full of wonders for someone who is prepared to accept them." Moominpappa

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#9 12-08-2015 09:11:03

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

N'oublie pas de nous détailler le contenu de ton sac, je suis curieux de savoir de quels vêtements (légers, évidemment big_smile ) tu disposais pour ce que ce genre de question revienne souvent !

Un pantalon d'alpi, un débardeur et un tee-shirt merinos, des baskets de trail, une vieille casquette tachée... rien de bien affriolant pourtant... je pense surtout qu'ils sont extrêmement dragueurs et que ça n'a pas grand chose à voir avec moi.

Ça c'est moi... avec une casquette de police et une petite marguerite... c'est long à expliquer... c'était tellement WTF ce voyage des fois -_-
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16 juin - Noravank, mon monastère préféré

A 9h Arthur, mon chauffeur, m'attend devant l’hôtel pour me conduire au rond-point. Avant de me laisser il me conseille plusieurs fois de faire attention et me souhaite bonne chance. La route est longue, c'est une route de montagne qui va vers l'Iran en grimpant et serpentant dans des paysages arides. Je n'ai pas envie de lever le pouce, j'ai déjà compris que ce n'était pas nécessaire, je marche donc juste le long de la route. Peut-être 10 minutes et un vieil homme s'arrête, il me conduit plus loin que son village, il est un peu trop "tactile" mais je le contiens et finis par lui dire que c'est bon, il est loin de son village maintenant, je vais continuer sans lui. Je m'arrête un peu plus haut que l'endroit où il me laisse, sur une mini-aire au bord de la route dont j'aime particulièrement le paysage. Je pose mon sac, m'installe à la petite table de pique-nique et me perd en rêvasserie devant le paysage en faisant distraitement des signes de la main aux conducteurs qui me klaxonnent régulièrement.

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Après avoir caressé l'idée de randonner en contre-bas et de dormir là je choisis finalement de continuer, il est encore bien tôt. Un homme s'arrête, il parle anglais! Mais il n'a pas de place dans sa voiture remplie de bric à brac de pièces de voitures. Il est désolé, je lui dis que ça va, que je vais très bien. "Tu es seule??" "Oui" "Pourquoi??" "Pourquoi pas?" Ça le fait rire bien que je sente qu'il ne comprenne absolument pas. C'est pas grave, je le remercie de s'être arrêté discuter 10 minutes avec moi et continue ma route. C'est finalement un chauffeur de poids lourd iranien qui s'arrête ensuite et me conduit jusqu'à Areni. Il m'a proposé de venir avec lui en Iran... non merci, c'est pas dans mes projets immédiats. Il me fourre dans les mains une bouteille d'eau, une bouteille de coca, 3 abricots, une brioche, de la pâte de fruit à la grenade... ok, troisième jour de voyage, je vais m'habituer...

Je me suis rendue compte que hier j'ai perdu un des deux livres que j'avais emporté. L'usage du monde s'est fait la malle, c'est dans sa nature. Je l'avais acheté d'occas, il vit maintenant de nouvelles aventures... Je l'ai racheté en rentrant et je le savoure en ce moment. Ce livre est une merveille, il a capturé l'essence du voyage. Il y a tellement de passages qui ravivent tellement d’échos pour moi... Il est truffé de pépites, mais celle-là que j'ai lue hier en vaut bien d'autres:

"La fin du jour est silencieuse. On a parlé son saoul en déjeunant. Porté par le chant du moteur et le défilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous éclaircit la tête. Des idées qu'on hébergeait sans raison vous quittent; d'autres au contraire s'ajustent et se font à vous comme les pierres au lit d'un torrent. Aucun besoin d'intervenir, la route travaille pour vous. On souhaiterait qu'elle s'étende ainsi, en dispensant ses bons offices, non seulement jusqu'à l'extrémité de l'Inde, mais plus loin encore, jusqu'à la mort.

A mon retour, il s'est trouvé beaucoup de gens qui n'étaient pas partis, pour me dire qu'avec un peu de fantaisie et de concentration ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J'ai besoin de cet appoint concret qu'est le déplacement dans l'espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaines, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer."

Il me reste mon autre livre, moins gai, mais tout aussi passionnant : L'homme imaginant de Laborit. De la "biologie politique", ou comment expliquer tous nos actes par le déterminisme de notre corps et de nos gènes...

Bref, je suis arrivée à Areni, je n'ai plus qu'à trouver Noravank. Areni est connue en Arménie pour être un endroit où le vin est bon. Partout au bord des routes de petites cabanes en vendent. Il est souvent vendu dans des bouteilles en plastique coca cola... Les arméniens adorent le vin, ils en sont super fiers! Ils pensent que c'est leur peuple qui l'a inventé, que c'est Moïse qui a planté la première vigne en sortant de l'arche sur les flancs d'Ararat...

A 2 ou 3 kilomètres du village une route tourne à droite, Noravank est au bout de ses 8 kilomètres. Mais maintenant il fait très chaud! Je m'arrête à l'ombre d'un arbre juste au début de la route et grignote une pâte de fruit à la grenade accroupie sur mes talons. Un homme qui semble habiter une petite maison à l'angle des routes vient me voir. On baragouine et mime pour se comprendre, il est curieux, il veut tout savoir, j'essaye d'obtenir des renseignements sur le coin et comment tout fonctionne, je ris comme une gamine quand j'arrive a me faire comprendre avec une phrase construite avec mon guide. Il m'apprend comment prononcer les nombres, me donne une carte d'une guesthouse de la ville suivante... il finit par appeler ses amis des maisons d'en face: "Elle est française! Elle est seule!" leur apprend-t-il en rigolant comme à une bonne blague.

Au bout d'un moment je me décide à marcher sur la route. Je marche quelques kilomètres tranquillement, les gorges sont superbes, mais je fatigue vite, il fait tellement chaud, alors régulièrement je fais de longues pauses à l'ombre des quelques petits arbustes. Je rencontre Sandra qui marche dans l'autre sens, française! on discute un moment car elle fait un chemin qui ressemble au mien mais dans l'autre sens donc ses informations m’intéressent. Elle est a la guesthouse dont l'homme m'a donné la carte! Je la rejoindrais le lendemain. Quand j'en ais marre de marcher je lève le pouce pour la première fois (jusque là les voitures me faisaient des signes mais ne s'arrêtaient pas, ça a été le cas sur les petites routes : les arméniens semblent penser que les européens sont une espèce bizarre qui aime marcher pour des raisons qu'ils ne comprennent pas, alors du coup sur les petites routes si ils voient un sac à dos et des bâtons de marche ils les laissent marcher...) la première voiture s'arrête, une famille toute contente de rencontrer une française qui voudra même prendre des photos avec moi.

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Noravank est le monastère que j'ai préféré. Il est magnifique, j'adore ses couleurs, et surtout le lieu où il se trouve est très beau, dans des gorges de roche rouge. Historiquement le lieu a été le mausolée des Orbélians dont j'entends beaucoup parler dans cette région, une dynastie de princes puissants du 12ème siècle. J'y reste tout l'après-midi jusque tard, jusqu'à ce qu'il soit vide. Je fais la sieste à l'ombre du muret d'une église, je grignote des cacahouètes en appréciant la vue, je visite les églises... L'aire autour est protégée et on sent bien que la faune et la flore y sont riches, j'aperçois de grands rapaces et probablement des vautours.

Noravank

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Pour dormir des polonaises que j’ai croisées m'ont indiqué des lieux de pique-nique dans un chemin après un tournant de la route. C'est pratique car le ruisseau y passe, mais je n'aime pas le fait que ce soit sur un chemin et que ce soit trop dans le sous-bois. Je ne m'y sens pas à l'aise. Je plante le tipi et me fait à manger. Trois jeunes gars arrivent, ils passent par là pour aller chercher de l'eau à une source plus haut, ils font un barbecue avec des amis sur une autre aire plus loin. Ils sont curieux, comme tous les arméniens, mais trop insistants, et je n'aime pas leur manière de me regarder. Je sais déjà que si j'arrive à me débarrasser d'eux je change d'endroit. Comme je ne m'en débarrasse pas je finis par ranger le tipi et le reste et partir en les laissant là. Toujours pratique d'avoir un abri qui se déplante en 3 minutes en tournant autour et qu'on fourre à coup de poings dans la poche avant du sac à dos. Conclusion, quand on a des intuitions, surtout quand on voyage seule, on les suit!

Je choisis un meilleur endroit, dans une clairière sauvage cachée par les arbres pas très loin de la route. Comme tous les soirs gros orages, ça ne dure pas longtemps, une demi-heure, une heure, mais c'est bien flippant et il y a beaucoup d'éclairs. Un tombe tellement près que ça sent le brulé... Super... Dans ces moments là bien entendu je ne laisse pas le mât du tipi!

Dernière modification par Caroline73 (12-08-2015 09:16:16)

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#10 12-08-2015 09:52:01

Benes
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Ça me rappelle vraiment l'ambiance qu'on avait trouvé en Iran ton histoire... L'improbable caché derrière chaque tournant de la route.

Ca a l'air top comme pays, j'attends la suite avec impatience. smile


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#11 12-08-2015 10:45:36

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Ça me rappelle vraiment l'ambiance qu'on avait trouvé en Iran ton histoire... L'improbable caché derrière chaque tournant de la route.
Ca a l'air top comme pays, j'attends la suite avec impatience.

C'est tout à fait ça, on ne sait jamais ce qui va se passer dans l’heure qui vient, et c'est tout le charme du truc! Des habitants curieux, chaleureux, marrants, un brin fantasques. C'était vraiment bien l'Arménie, j'espère que ce compte rendu rendra compte à quel point c'est un pays attachant et donnera envie d'y aller.

C'est vrai aussi que ça m'a donné envie de visiter l'Iran, alors ça ne m'étonne pas que tu trouves des similitudes (la Turquie me fait le même effet, je suis amoureuse de la Turquie!) L’Iran m'attire pour beaucoup de raisons : les paysages que j'imagine dans le même genre, les iraniens que j'ai pu rencontrer dans ce voyage plusieurs fois, puis quand même une des civilisations les plus vieilles et les plus fascinantes de l'Histoire.

Je pense y passer le mois d'avril, peut-être en retournant en Arménie du sud la première semaine, c'est l'endroit que j'ai préféré, le nord est plus alpin dans ses paysages, rien de bien nouveau pour moi.
Puis côté traversée je pense l'été prochain refaire un voyage du même genre que celui-là mêlant visites, road trip, rando et alpi, en partant du Kirghizistan pour aller à Pékin. Je voudrais voir les Tien Shan, le désert du Taklamakan et la Mongolie intérieure.


17 juin - Eghegnazor, Yeghegnazor, Eghegnadzor ou Yeghegnadzor... Bref... ça s'écrit comme ça se prononce!

Aujourd'hui je décrète une journée de feignante, je vais juste aller à la ville suivante, trouver la guesthouse et me reposer. Je commence la journée tôt, je retourne en marchant jusqu'à la route principale et comme j'ai envie de marcher l'astuce est simple pour ne pas que les gens s'arrêtent, je marche sur le coté de la route qui ne va pas dans mon sens. Je me suis mis de la musique dans les oreilles, et marcher le long d'une route a parfois comme aujourd'hui un côté relaxant et hypnotisant.

Quand j'en ais marre je traverse la route, reprends ma marche du côté qui va dans mon sens, deux jeunes hommes dans un mini-van m'emmènent à l'entrée de la ville. Ils ne sont pas du coin, ils ne savent pas me dire ou je peux trouver la guesthouse. Je vais mettre un sacré long moment avant de trouver cette fichue guesthouse. Ce n'est pourtant pas grand Yeghegnadzor, 8000 habitants... Mais les villes arméniennes ne sont pas faites comme chez nous, il n'y a pas de logique de construction, il y a une route principale, des magasins et toute la vie commune sur ses deux côtés, et le reste autour plus ou moins anarchique! Je vais demander mon chemin 8 ou 10 fois, avec plus ou moins de succès bien qu'on s’intéresse toujours a ma demande, à des vieilles, des vieux, des enfants, des commerçants... Je montre la carte de visite, la guetshouse est près du stade, de dessine un stade, je mime un joueur de football... qu'est ce qu'il ne faut pas faire... on me dit que c'est loin, que ça monte, que je pourrais prendre un taxi. Non mais ça va, je peux traverser une ville de 8000 habitants à pied, j'ai deux jambes...

Bon quand même, quand finalement j'arrive je suis crevée, surtout par la chaleur. Une douche et un bon repas c'est pas de refus! Je retrouve Sandra, et les deux seules autres clientes sont des russes. L'une parle français, l'autre parle anglais, mais celle qui parle anglais ne parle pas français, et celle qui parle français ne parle pas anglais. Et moi je ne parle toujours pas russe. La conversation autour du repas est chaotique!

L'endroit est confortable, ça fait plaisir de s'y reposer et de s'abriter de la chaleur. Je potasse les quelques guides en anglais qui parlent de la région : le Vayots Dzor. C'est la région que j'ai préférée, elle est riche en beaux paysages, en faune et flore, en patrimoine historique. Selon nos critères ce n'est pas touristique, mais il y a quand même un début d'organisation, un des guides parle de randonnées, propose des idées de circuits parfois sur une dizaine de jours. La prochaine fois que je viens en Arménie ça sera pour explorer cette région.

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#12 12-08-2015 10:53:21

Benes
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Pour te mettre l'eau à la bouche, quelques photos de notre voyage en Iran

C'est vrai que la Turquie c'est magique. Je me demande des fois ce que je fais dans ce p***ain de bureau. Je ferais mieux de repartir en vadrouille. smile


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#13 12-08-2015 12:05:08

xROMUx
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Salut Caroline73,

Très belle découverte que ce voyage, dans une région intéressant, marquée par l'histoire (et qui serait au dire de certains spécialistes), l'un des berceau des langues Indo-Européennes...(ça, moi je ne sais pas!).
Tu dis que t'es pas top...c'est tout le contraire...tu m'étonne qu'ils voulaient te marier... lol .
Être français à l'étranger (hors Europe) c'est souvent pas mal...les gens aiment cette langue sans pour autant la comprendre, ils aiment le pays et aimeraient sans doute y vivre...là je peut comprendre, quand on survit plus qu'on ne vit...mais ici aussi il y a beaucoup de gens qui survivent...ils ne le savent pas ça, eux.
La situation de ce pays est comme tu dis, enclavée, du coup il doit effectivement à te lire, avoir une ambiance assez particulière.

Les paysages sont beaux, méditerranéen désertique, tu as du avoir des 45-50°C certains jours, et les autres, 40°C...j'ai déjà du mal avec du 28-29°C alors +, mais, on s'adapte...parait qu'il fut 3 semaines...en gros toi c'était tout bon.

J'aai beaucoup de chose à dire, comme je me connais je ne vais pas tout lire, oublier ce sujet, j'y reviendrais dans 2ans mais ne lirais pas tout...donc, bah merci pour ce que tu as déjà partagée.

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#14 12-08-2015 15:26:08

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Pour te mettre l'eau à la bouche, quelques photos de notre voyage en Iran

Super, c'est sûr ça donne envie, j'ai déjà hâte d'y être. Le voyage à vélo j'ose pas me lancer, j'ai pas l'endurance que j'ai en marchant, mais ça a l'air d'être le meilleur des moyens de voyager!

C'est vrai que la Turquie c'est magique. Je me demande des fois ce que je fais dans ce p***ain de bureau. Je ferais mieux de repartir en vadrouille. smile

Je te comprends... je supporte de moins en moins mon boulot. Si bien que je commence en octobre en congé de formation un master pro de FLE avec des certifications d'anglais pour pouvoir faire des missions d'enseignement à l'étranger, en nouveau boulot ou en boulot couplé avec mon boulot actuel je ne sais pas encore trop. Mais je suis très enthousiaste de me lancer dans un nouveau projet et de nouvelles découvertes. A la base ça se rapproche de ce que j'aime et de ce qui était mes études, la linguistique et la littérature. Je pense aussi économiser et partir 2 ou 3 ans traverser l'Asie dans quelques années. Bref, Asie à toutes les sauces!!


Très belle découverte que ce voyage, dans une région intéressant, marquée par l'histoire (et qui serait au dire de certains spécialistes), l'un des berceau des langues Indo-Européennes...(ça, moi je ne sais pas!).
Tu dis que t'es pas top...c'est tout le contraire...tu m'étonne qu'ils voulaient te marier... lol .
Être français à l'étranger (hors Europe) c'est souvent pas mal...les gens aiment cette langue sans pour autant la comprendre, ils aiment le pays et aimeraient sans doute y vivre...là je peut comprendre, quand on survit plus qu'on ne vit...mais ici aussi il y a beaucoup de gens qui survivent...ils ne le savent pas ça, eux.
La situation de ce pays est comme tu dis, enclavée, du coup il doit effectivement à te lire, avoir une ambiance assez particulière.

Les théories linguistiques sur l'indo-européen sont variées... on parle de l'Anatolie, du nord Caucase vers l'actuelle frontière ukraino-russe, ou plus vers l'Oural, ou carrément plus vers l'Altaï...

Merci!  lol mais je ne crois pas qu'ils voulaient me marier, ce qu'ils voulaient c'est venir dans ma chambre d'hôtel, et ils étaient toujours mariés avec des enfants, ils me le disaient en répondant à mes questions sans y voir de problèmes apparemment... ils se marient jeunes, un homme de mon âge (30 ans) a la plupart du temps déjà deux enfants.

C'est vrai que la nationalité française est une des meilleures qui soit pour voyager, tout le monde aime la France. Je me souviens en Finlande de jeunes filles qui me parlaient des festivals de musique en disant "c'est nul, les hommes font que boire et se bagarrer! En France ça doit être mieux, vous êtes distingués vous les français!" Euh... ... ... comment dire?

Les paysages sont beaux, méditerranéen désertique, tu as du avoir des 45-50°C certains jours, et les autres, 40°C...j'ai déjà du mal avec du 28-29°C alors +, mais, on s'adapte...parait qu'il fut 3 semaines...en gros toi c'était tout bon.
J'ai beaucoup de chose à dire, comme je me connais je ne vais pas tout lire, oublier ce sujet, j'y reviendrais dans 2ans mais ne lirais pas tout...donc, bah merci pour ce que tu as déjà partagée.

J'ai eut moins de mal à m'adapter à la chaleur qu'en Asie du sud est, même si il fait très chaud c'est une chaleur sèche. Par contre j'ai pas supporté la nourriture, j'ai été malade 3 fois et j'en suis encore à m'en remettre. Faut voir comment ils préparent leur fromage et leur crème aigre aussi... et la vodka locale y est pour quelque chose aussi...

'tain, moi aussi je suis comme ça! Pour l'instant je suis motivée pour continuer ce retour, je vais tout faire d'une traite avant d'oublier et de me lancer sur autre chose! *cerveau de poisson rouge*

Dernière modification par Caroline73 (12-08-2015 15:32:30)

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#15 12-08-2015 18:50:45

patou
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

C'était vraiment bien l'Arménie, j'espère que ce compte rendu rendra compte à quel point c'est un pays attachant et donnera envie d'y aller.

Carrément !  big_smile


Mul part ailleurs

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#16 13-08-2015 10:15:37

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

18 juin - Noradouz et jusqu'au lac Sevan

J'avais hâte d'être à aujourd'hui car je vais voir le cimetière de Noradouz, je repars vers le nord. Le Caucase est un lieu plein de légendes, la moindre montagne un peu imposante a son histoire de roi-dragon et de princesse sacrifiée, pour une fille rêveuse comme moi c'est parfait. Donc Noradouz c'est un lieu qui m'a beaucoup inspirée et fait fantasmer quand j'ai commencé à m’intéresser à l'Arménie. A cause des khatchkars -> C'est quoi un khatchkar ?

A cause de la poésie.

"A Noradouz, entre les tombes, les brebis broutent la mémoire. Vite... un peu... de cette dentelle de pierre sculptée venue des nuits d'outre-siècle. Tu murmures des brides de vers, tes lèvres chantent. No... Ra... Douz... Tu chemines au hasard entre deux mondes. Les vivants et les morts te côtoient. Tu dialogues avec eux. Dressé comme un khatchkar, tu vois l'espace-temps d'un éclair sans cesse renouvelé, le temps d'un coup d’œil... Envahi par les voix chères, les effrois, gouffres étoilés, la droite stèle érigée, rivière debout dans la touffeur pesante de l'été... tu cries, miroir d'éternité." Serge Venturini

Pour y aller je me suis mis en tête une idée idiote, j'ai demandé à mon hôte un taxi. Je me suis dis qu'un taxi comme je le payerais, me draguerait moins... C'était idiot. J'aurais dut garder mon argent, en plus il était cher (c'est relatif en Arménie, mais je n'ai pas eut un bon prix ça je le sais). Et il est facilement dans le top 3 des gars lourds de ce voyage.

Nous faisons un arrêt au premier col, le Selim pass, je voulais voir le caravansérail, le mieux conservé d'Arménie, construit en 1332 par un prince Orbélian. J'ai dut le dire plus haut, mais je suis fascinée par la route de la Soie.

Selim pass
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Caravansérail, le bœuf et la chimère au-dessus de la seule entrée
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L'intérieur
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Route de Martouni
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De l'autre côté du col les paysages ont changé, c'est maintenant de la steppe et des montagnes basses. J'ai mon premier aperçu de la vaste étendue bleue du lac Sevan.

Arrivée au cimetière, un petit orage m'oblige a rester discuter encore un peu avec mon chauffeur. Il dit qu'il peut m'attendre, m'emmener à Sevan après, qu'il peut même rester avec moi jusqu'en Géorgie. Je lui dis que non, je veux pouvoir rester ici autant que j'en ais envie, et je repartirais en stop. Il dit que si je l'embrasse il attendra autant que je veux et qu'il m’emmènera où je veux... Non! Tu peux partir maintenant! Je reste affable et polie, même si je suis agacée. "Tu sors vraiment? Je pars alors? Il pourrait replevoir..." J'ai une veste, et je ne suis pas en sucre, je ne vais pas fondre...

Aussitôt qu'il est parti je l'ais déjà oublié. C'est difficile de décrire l'état de rêverie profonde dans lequel je m'enfonce pendant ces heures à déambuler ou à m'assoir sous un arbre dans cet étrange cimetière désert et silencieux. Il y a des centaines de stèles rousses ou grises sculptées, les plus veilles sont du Xème siècle. La seule présence est celle des brebis et d'un petit groupe de vieilles dames qui tricotent des chaussettes sur un banc en tenant d'interminables conseils à voix basse.

Cimetière de Noradouz

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Dans un état à moitié réveillé j'ai quitté le cimetière, j'ai pris une route au hasard, elle n'allait probablement pas où je voulais, c'était sans importance, toutes les routes se valent. Je marchais, il faisait bon après l'orage, je savais qu'il allait se passer quelque chose... il se passe toujours quelque chose. Une voiture s'est arrêtée. Une voiture s'arrête toujours. On ne se comprenait pas bien sûr.

Je leur dit que je vais à Sevan. Ils acquiescent. Sauf que la voiture quitte la route de terre battue pour une route encore plus petite, on passe par un village fermé à l'entrée et à la sortie par une barrière gardée. Les deux gars descendent discuter avant de reprendre la route. La voiture roule maintenant carrément dans un champ et s'arrête devant un mur de tôle avec une porte. Ok. Là je suis quand même vaguement inquiète. Pourtant les gars sont gentils, ne me regardent pas spécialement. J'ai fait mine plusieurs fois de descendre de la voiture en leur disant "laissez moi là, ce n'est pas vers Sevan que vous allez." "Si! Si! Sevan c'est là! Sevan c'est partout!" Ils sortent de la voiture, je les suis, un vieil homme ouvre le porte en tôle, derrière il y a des cabanes branlantes, et derrière le lac. Ils veulent me montrer le lac. Parce que le lac s'appelle Sevan comme la ville où je vais. On a pas du se comprendre... Ils me disent qu'ils vont manger, qu'après ils m'emmènent à la ville. Ils me laissent au bord du lac, ils sentent bien que je ne suis pas à l'aise.

Alors que je m'assois au bord du lac un groupe de six hommes arrive... ... ... mais je fais quoi la?? "Tu es seule?" "Non... je suis avec..." je fais un vague geste du bras vers les cabanes. Bon, je vais quand même aller voir ce qui se passe. En fait tous les hommes se connaissent, ce sont des... pécheurs? Quelque chose comme ça. Ils rentrent tous dans une cabane. "Bah viens! Viens manger!" Ça leur semble la chose la plus naturelle du monde on dirait... moi j'hésite. En Europe une femme seule qui rentre dans une cabane avec 8 inconnus qu'elle ne comprend pas ça affole l'imagination. Mais je ne sens pas de malaise, pas de mauvais pressentiment, alors ok, je rentre. Le chauffeur de la voiture sens que je ne suis toujours pas très à l'aise, il a une illumination, il appelle un ami à lui qui parle un parfait francais.

"Tu n'as rien a craindre, ils sont corrects, ce sont mes amis. Ils veulent juste manger avec toi, après ils t'emmènent où tu veux." Je lui explique que depuis que je suis arrivée on arrête pas de me faire des propositions. "Pas ici, dans mon village on est pas comme ça." Et c'était vrai.

La table se couvre de nourriture, ils n'arrêtent pas de remplir mon assiette de pain, de fromage, de légumes, de poisson... Mange! Mange! Mon petit verre se remplit de vodka, on trinque!

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On repars, on retourne en arrière. On s'arrête dans une ferme d'écrevisses (je suis à peu près sûre que les bestioles grises dans les bassins de la ferme sombre qui sentait très fort étaient des écrevisses...) je comprends que le chauffeur de la voiture en est le propriétaire. Il me fait assoir avec ses employés, sert du café à tout le monde et commence à téléphoner pour me trouver un ami qui me conduise. Quand il a un doute sur ce que je veux il rappelle son ami qui parle français. Après quelques cafés je me dis que cette fichue journée doit avoir un sens... mais là tout de suite je ne vois pas lequel... Finalement une Lada arrive, il m'y conduit. Au revoir à tout le monde avec force accolades. "Trouves lui un hôtel!" La voiture diffuse à fond une musique russe mélancolique à crever, le chauffeur se signe à chaque église (il y a beaucoup d'églises en Arménie...), le lac Sevan est d'un bleu très doux à nos côtés, puis blanc comme du papier quand le ciel se couvre. Le petit hôtel que le chauffeur me trouve n'est pas du tout du genre touristique, plutôt le genre ou les arméniens vont pour passer quelques jours entre amis au bord du lac, juste quelques chambres autour d'une cour, au bord du lac. C'est parfait, je vais rester 3 nuits.

Je suis épuisée. C'était ce genre de journée sur la route qui semble durer une année tant elle était riche en émotions et en expériences...

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#17 13-08-2015 13:50:05

shyguy
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Hello,

tu racontes super bien  smile
c'est original comme voyage, merci pour l'excellent moment passé à te lire. (vivement la suite !  smile )


<- mes photos sur Flickr en cliquant sur "Site Web".

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#18 14-08-2015 05:47:54

florencia
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Merci encore pour ce récit  cool
Suivre son instinct et savoir faire confiance, c'est pas donné à tous le monde, mais cela fait de belles rencontres. On est vraiment dans le voyage tel que je l'aime  smile

Flo


Réalisations DIY
_ _ _ _ _ _ _ _ _

"Si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle !" -Paulo Coelho.

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#19 14-08-2015 07:18:51

ambrose chapelle
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Superbe récit. Vraiment passionnant.

Dernière modification par ambrose chapelle (14-08-2015 07:31:03)


Il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais équipement

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#20 14-08-2015 07:27:19

velox
R.I.P
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

*

Dernière modification par velox (14-08-2015 07:36:35)

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#21 14-08-2015 07:31:45

ambrose chapelle
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

velox a écrit :

Ce n'est pas la même Caroline, Ambrose. lol (73 vs 39 wink)

Merci je viens de voir ma bourde.


Il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais équipement

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#22 14-08-2015 08:35:38

simon
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Très chouette ton récit sur cette destination méconnue smile
La photo de la "super popote titane" sur le vieux réchaud est très drôle lol


Carnets d'aventures : mon trombi
Laisse ton esprit s'évader et tes pieds suivre tes rêves.

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#23 14-08-2015 10:08:54

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

Merci tout le monde!

Ce n'est pas la même Caroline

Vous parliez de la Caroline de Pieds Libres je suppose? Je la suis un peu et c'est cool ce qu'elle fait! Ça doit être un truc de Caroline, mon projet de voyage de plusieurs années suivrait grosso modo le même tracé qu'elle, mais pas un tour du monde, je pense rester en Asie, parce que... bah parce que c'est l'Asie quoi! Peut-être l'Océanie quand même. Mais bon, pour l'instant les deux prochaines années seront consacrées au master pro de FLE donc je vais en rester aux voyages d'un mois, c'est déjà pas mal ^^

La photo de la "super popote titane" sur le vieux réchaud est très drôle

A la base elle va avec un fond de canette découpé où je fais bruler de l'alcool solide, c'est plus dans le ton XD


19 juin - Pater Mesrop

Si j'ai pris 3 nuit ici, à l'entrée de Sevan, c'est que je veux voir deux églises et profiter un peu du lac magnifique. Sevan est immense, il fait 2 fois 1/2 le lac Leman, il est si grand qu'on utilise le mot mer pour le désigner et que son écosystème est en partie marin. Aujourd'hui je veux aller à Sevanavank. Je marche le long de la route (ça pourrait être lassant, mais non), un taxi s'arrête et propose de m'y emmener pour 2€, c'est ok. Le complexe monastique est au bout d'une presqu'ile, c'est très tranquille, j'en fait le tour sans me presser.

Lac Sevan

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Puis je me demande quoi faire du reste de ma journée... Je regarde autour de moi... De l'autre côté de la route il y a de petites montagnes basses. Grimper sur une montagne c'est toujours une bonne idée. Je reprends une petite route, traverse une voie ferrée, trouve un chemin qui monte à flanc de colline. Je fais une pause, grignote des cacahouètes sur le bord du chemin à l'ombre d'un petit arbre... et je me retrouve à cueillir des marguerites et des coquelicots avec un prêtre. Ça sort de nul part comme phrase, hein? Mais ça s'est vraiment passé comme ça! Il est arrivé sur le chemin, il m'a regardé, il m'a fait signe de le suivre en souriant et je me suis levée...

Il me montre ses vaches, veut que je prenne des photos, il m'apprend le nom des fleurs, me dit qu'il a vécu en Allemagne, qu'il aime l'Europe, qu'il n'aime pas les turcs et les azéris parce qu’ils tuent les arméniens, mais il aime Istanbul (qui n'aime pas Istanbul?), qu'il vit avec une grand-mère et une petite-fille (alors là par contre je ne suis pas sûre que ce soit sa grand-mère et je n'ai pas compris de qui est la petite...). Tout ça dans un mélange de russe, arménien, anglais, allemand, mime qui au bout d'une semaine est presque naturel. Il veut que je lui envoie les photos sur FB. 'tain, les prêtres arméniens ont FB et Skype! Oo

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La maison et l'église au milieu de nul part
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Nous nous installons à la terrasse ombragée de son église avec la grand-mère et la petite. L'enfant est toute petite, elle porte des chaussures avec des fraises qui couinent à chaque pas et elle s'appelle comme le ciel. Je suis abreuvée de questions que j'essaye de démêler pendant que nous faisons des bouquets. Oui je suis chrétienne, oui je me suis mariée à l'église... je suis très "realpolitik" en voyage, surtout quand je ne comprends pas grand chose... Après un selfie (?!) le pater Mesrop m'entraine dans sa petite église sombre, il installe ses objets liturgiques et commence à chanter, me faisant comprendre qu'il bénit mon couple et demande la protection pour nous. Son chant se finit quand il me fait embrasser sa croix. La grand-mère me fait allumer deux de ces petits cierges jaunes fins comme des allumettes. Je regarde les deux petites flammes fragiles en pensant qu'elles sont mon conjoint et moi.

Tout ça finit par... de la nourriture et de la vodka bien entendu! Le pain, le fromage et la salade de tomates et de courgettes : le repas basique normal dans le sud-Caucase. Deux shots cul sec! La vache elle est forte! Le café n'y change rien!

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Un ami monté leur dire bonjour me redescend à mon hôtel après qu'on ait fait des photos en route devant je ne sais quel bâtiment (je ne parle pas russe!). On discute un moment sur un banc devant l’hôtel (non, je ne vais pas dans ma chambre tant que tu es là, prends-moi pour une pigeon...). Après s'être dit au revoir je m'écroule dans mon lit... Je mets le bouquet de fleurs des champs qu'on m'a offert dans un grand verre. 'tain, j'aime même pas la vodka!

Voilà... ... encore une journée tout à fait normale en Arménie quoi!

Dernière modification par Caroline73 (14-08-2015 10:20:30)

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#24 14-08-2015 10:43:27

Archimboldi
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

J'aimerais que ce récit ne s'arrête jamais.  smile

J'adore le prêtre avec son bouquet, c'est tellement... Champêtre. Et on devine la chemise colorée en dessous du costume, élément typique des arméniens.  tongue

Caroline73 a écrit :

Je marche le long de la route (ça pourrait être lassant, mais non)

Hum  tongue

Caroline73 a écrit :

L'enfant est toute petite [...] et elle s'appelle comme le ciel

Небо ? Небеса ?
J'aime bien ces noms "de l'est", c'est pas "petite fleur des prairies", mais on s'en approche. J'ai croisé une "Надежда" (espoir) comme ça.  smile


Attention, la Vodka on s'y habitue vite, et on y prend goût au(x) petit(s) shot(s) à chaque occasion !

Dernière modification par Archimboldi (14-08-2015 10:44:17)


"Life is full of wonders for someone who is prepared to accept them." Moominpappa

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#25 14-08-2015 11:19:11

Caroline73
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Re : [Récit + liste] Été Caucasien (Arménie et Géorgie)

20 juin - Hayravank

Selon la méthode maintenant bien établie de simili-autostop je vais visiter le deuxième monastère connu du coin, Hayravank. Juché sur un étroit promontoire il est très ancien, du 9ème siècle, j'aime sa couleur particulière, rouillée par le lichens. J'aime beaucoup le coin autour, je m'y promène toute la journée. Il règne une sensation de délitement, les bâtiments sont lépreux, aveugles, abandonnés, mais la nature est toute en douceur et les arméniens vaquent à leurs occupations avec cette joie simple qui les caractérise, les jeunes se baignent en petits groupes bruyants et riants, les plus vieux pèchent assis sur le mur d'un bâtiment abandonné à moitié submergé... La vie n'est pas simple en Arménie, mais il y a cette simplicité et cette joie de vivre qui rend les choses plus faciles.

J'ai lu dans L'usage du monde hier un passage qui m'a fait sursauter tellement j'avais écrit les même mots dans mon carnet...

Il est bien naturel que les gens d'ici n'en aient que pour les moteurs, les robinets, les hauts-parleurs et les commodités. En Turquie, ce sont surtout ces choses-là qu'on vous montre, et qu'il faut bien apprendre à regarder avec un œil nouveau. L'admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venu chercher, ils ne penseront pas à la montrer, parce qu'on est moins sensible à ce qu'on a qu'à ce dont on manque. Ils manquent de technique, nous voudrions bien sortir de l'impasse dans laquelle trop de technique nous a conduits : cette sensibilité saturée par l'Information, cette Culture distraite, "au second degré". Nous comptons sur leurs recettes pour revivre, eux sur les nôtres, pour vivre. On se croise en chemin sans toujours se comprendre, et parfois le voyageur s'impatiente, mais il y a beaucoup d’égoïsme dans cette impatience-là.

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C'est au milieu de ce petit road trip que j'ai changé mon histoire, les réponses aux questions récurrentes. Parce que, à peine besoin de le préciser, mais mon chauffeur à l'aller m'a dragué et proposé de venir dans ma chambre, il m'a même donné son numéro de téléphone "appelle moi quand tu voudras rentrer, à n’importe quelle heure, je te ramènerais". Mais pas le gars au retour (je n'ai pas rappelé le premier bien sur)! Ha ha! C'est qu'au bout d'une semaine je me sens à l'aise dans le pays maintenant et je commence à comprendre comment tout fonctionne. Mon mari n'est donc plus en France, et je ne suis plus seule à l’hôtel. Mon mari et ma famille m'attendent à Tbilissi où je serais dans un ou deux jours, et je suis avec un ami à l'hôtel! Ça va a peu près marcher avec cette histoire. Dieu seul sait pourquoi. Pourquoi le fait qu'il soit à Tbilissi et non en France change quelque chose? Oo

Je fais arrêter mon chauffeur près d'un drôle de monument en forme de flèche à 400m de mon hôtel. Il grimpe la colline du monument avec sa voiture et nous gare au pied de l'escalier, des fois que je me casse quelque chose en marchant 100m... Et pour faire les 400m à pied jusqu'à l’hôtel 3 voitures vont s'arrêter pour me proposer de m'emmener, et je ne compte pas celles que je vois ralentir et hésiter. Rha mais bordel, je vous assure j'ai des jambes, je peux les utiliser!

A l’hôtel je m'arrête à une des tables de jardin en plastique du petit restaurant pour commander une salade et un kebab roulé dans un pain. J'ai faim! Manger des cacahouètes allongée dans l'herbe c'est bien mais ça ne suffit pas! Ce soir c'est samedi, donc musique à fond partout (encore plus que d'habitude). Même les chansons les plus énergiques semblent mélancoliques, Ararat est dans toutes les paroles. Je ne sors pas de ma chambre, tout ceci impliquerait des conversations incompréhensibles, de la vodka et des tas de propositions... mais j'aime bien la musique!

Dernière modification par Caroline73 (14-08-2015 11:24:00)

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