#1 17-08-2021 13:46:43

Eric le rouge
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[Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Un anthropoMUL(ET) handicapé mais velléitaire se lance dans un projet d’itinérance alpine de 5 jours, sans l’aide de son assistant P’tit Gaby. Heureusement, en multipliant les mésaventures, il va boucler douloureusement en 3 jours un périple abrégé. Ahah, petit padawan, il te reste encore tant à apprendre. Mais cela ne va pas t’empêcher une nouvelle fois de délayer ton journal de bord. Heureusement que tu ne fais pas la GTA ou la HRP !


La mi-juillet rime tous les ans avec un trip alpinisme et grandes voies avec quelques potes. Mais pas de bol : une semaine avant le départ, je trouve le moyen de me péter une poulie au cours d’une journée de grimpe en bloc en extérieur. Adieu Meije, Rouget et Tour Termier qui étaient au menu cette année !

Seule bonne nouvelle : pas besoin d’être opéré et un sympathique assistant me met la bague (pardon, une orthèse) au doigt. J’arrive à négocier avec le chirurgien la possibilité de tenir des bâtons (et, par une extension sans doute discutable de ma part, un piolet). Qu’à cela ne tienne donc, entre deux rendez-vous médicaux de contrôle, j’ai un créneau de quelques jours. Je vais me venger en partant crapahuter en mode MUL, en essayant d’expérimenter un peu plus long que les 2 ou 3 jours de mes modestes sorties ces dernières années (niveau 1ère étoile plume décerné par l’ERL – École de Randonner-Léger©).

Cela va me permettre de secouer les vagues routines matérielles que je commence à acquérir.

Et tenter de peut-être passer ma 2ème plume ERL© (« je randonne en autonomie plus de 4 jours, je sais monter et démonter un abri sous la pluie, je maîtrise la marche en tige basse dans un pierrier, je résiste à mes envies furieuses de convaincre tout randonneur croisé d’abandonner la moitié de son équipement »).

Episode 1 : La préparation :

Titillé par quelques retours d’un guide et ami, Paulo Grobel et une sortie aussi prometteuse que sibylline d’Antoine Marnand sur C2C, je jette mon dévolu entre Grandes Rousses et Galibier pour tenter un tricotage en jouant en hors sentier au plus près des crêtes et sommets. Être en mode MUL, cela permet ce type de jeu avec le terrain, la forme et les conditions.

Je passe donc quelques heures à jongler entre carto et topos pour inventer un tracé idéal, et imaginer des variantes. Quand on est seul devant son écran, ou que l’on trace du doigt ses chemins sur une carte IGN, on est vachement fort : enchaînement de sommets, engloutissement de kilomètres, passages techniques négociés d’un coup d’ongle. Il faut dire qu’assis à ma table, je suis carrément XXXUL, avec rien sur le dos.

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Tracé en noir du projet "idéal", avec plein de possibilités pour raccourcir ou rallonger

Si les conditions sont bonnes, je vise une traversée du Pic du Mas de La Grave via son arête nord-est pour suivre la ligne de crête qui traverse Cime de la Recoude, Col de l’infernet, Pic de la Buffe pour rejoindre le col de Martignare d’où rejoindre en traversée le Paquier du Roi. Traversée de l’Aiguille du Goléon (sud-nord), bascule via le Col Lombard versant Valloire, Tour des Aiguilles d’Arves via Col de l’Epaisseur, puis bambée jusqu’au col du Goléon pour rentrer au mieux à Besse. Bon, ça, c’est si la météo est clémente et la forme au rendez-vous.


Tiens, parlons-en des conditions : côté prévisions météorologiques, c’est un peu la cata. Averses, vent, couvert nuageux, orage, températures basses… A part pour le MULvivor 2020, j’avais eu tendance à privilégier des bonnes conditions pour mes balades. Cela va me changer.

S’il y a eu beaucoup de neige jusqu’à il y a peu, quelques retours côté Goléon suggère que cela a pas mal fondu. Mais des accumulations sont possibles sur certains cols, et par ailleurs, le hors sentier peut mener dans des pentes marneuses scabreuses où un piolet ou une paire de crampons peuvent se révéler utiles.
Je vais prendre mon duvet plume plutôt que mon quilt qui risque d’être trop juste. Et puis bien sûr, je n’ai pas pris le temps d’imperméabiliser les coutures de mon abri. Suite à une nuit limite limite au Mouillevivor (des suintements de mauvais aloi), j’ai acheté sur RL un sursac Terra Nova Moonlite que je vais prendre en sécurité (+198g). Vu les conditions, tremper mon dudu serait bien problématique en cas de bivouac en altitude. Olalalah, sur mon tableur mental la liste gonfle dangereusement.

Sinon, c’est bien gentil d’écrire sur le détachement matériel, mais me voilà à l’orée du départ pris de terribles pulsions consuméristes :

Mince… Si jamais il tombe vraiment des cordes en continu, est-ce que je ne devrais pas emporter quand même un poncho ? Coup d’œil compulsif au site d’une marque bleue. Ça discute sévère dans ma tête, mais je finis par trancher que je suis en train de bourrer mon sac d’angoisse, avec un équipement en partie redondant et surtout qui risque de m’ennuyer sur les terrains techniques.

Et puis je pars avec montre GPS (achetée ici, que j’ai renommée Mumulette) et smartphone… 5j sans charge, cela ne va pas le faire… Il faut que j’achète une powerbank… Je réfléchis, et vu que je reste encore adepte vieux jeu de la carte IGN et que je vise théoriquement pas mal de hors sentier (donc pas de trace), pas besoin de suivi = mode hors ligne sauf urgence, je suis large.
(et puis il faut avouer que pour l’instant je suis une tanche en outil de suivi GPS, et que je n’ai pas encore osé franchir le rubicond des applis encore ésotériques).

Si j’active le tracé de mon parcours sur ma montre, cela va coincer (les Retex annoncent 48h max d’autonomie), mais en ai-je vraiment besoin ? Ce qui compte avant tout est l’alti ou la boussole, qui n’est pas énergivore. Allez, j’économise un achat mal pensé. Et un poids en plus.

Côté piolet, je me retrouve confronté aux poids old school de mes différents engins. Cela fait quelques temps que cela me démange de renouveler ma garde robe pioche vu les gains de masse proposés par les fabricants. Toujours hésitant sur mes combos, je n’ai pas encore franchi le pas. Mais là, soupesant les 624g de mon enclume Grivel, je me projette direct avec convoitise sur les 250-300g des modèles qui me font de l’œil et manque de me laisser aller à un saut de puce chez le Vieux pour craquer.
Tel Ulysse, je demande à mon fils de m’attacher à la table pour résister aux Sirènes Petzl, Camp et Blue Ice, ce qui n’est pas très pratique pour finir de préparer mon sac.

Côté nourriture, je duplique simplement mes menus et dosages validés jusqu’alors pour avoir 5 vraies journées d’autonomie. Je vais a priori croiser des refuges où grignoter voire recharger, mais je souhaite pouvoir être complètement libre. Verdict : 2,8kg de bouffe. Il y aura régulièrement de l’eau, donc je ne porterai quasiment jamais plus d’1 litre.

Cela fait en définitive pas mal de volume, et mon sac étanche Arc’teryx Alpha est trop limite. Je suis bon pour ressortir le plus lourd Izy 37 (+450g, argh).

Une fois mon sac finalisé (il n’est pas plein pour le coup), j’ai une drôle d’impression de régression par rapport à mes sorties précédentes. Qu’est-ce que vont dire les vrais MUL ? Vu que je finalise ma liste à mon retour, je ne sais pas combien pèse mon matos (et vous non plus, ce sera à la fin big_smile ).

Aaah, et si j’allais acheter un piolet UL, ce serait quand même mieux.

Résiste.
Résiste.
Résiste

Sinon, le teaser de la sortie, bien différent du projet lol :
J1 : Besse-en-Oisans-Pic du Mas de La Grave-Signal de La Grave-Le Pasquier du Roi
2450D+, 1600D-, 29 km
J2 : Le Pasquier du Roi-Rocher du Vallon-Aiguille du Goléon-Lac du Goléon
1100D+, 1050D-, 13 km
J3 : Lac du Goléon-Plateau d’Emparis-Besse en Oisans
850D+, 1750D-, 22 km

Dernière modification par Eric le rouge (20-08-2021 19:01:09)

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#2 17-08-2021 14:18:30

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Episode 2 : Une godille dans la brume (Mercredi 14-7)

Bon je n’ai pas acheté de piolet hier big_smile .

Départ de chez moi à 7h sous la pluie… Arrivée à Besse-en-Oisans (quelle découverte que ce superbe village de pierre niché dans la secrète vallée du Ferrand) vers 9h45. Comme il n’y a pas cabine téléphonique (comment font les super-héros aujourd’hui ?), je me déshabille sur le parking du Gay pour me transformer en super-marcheur.

En conduisant, j’ai eu une révélation : en glissant mes crampons dans une des poches latérales externes, je peux retirer la housse. Ah ah ! Quelle optimisation qui indique que je deviens un vrai MUL non ? Je la sens bien cette 2ème plume ERL©.

Décollage à 10h, sous un plafond bas de nuages denses. Tous les reliefs sont bouchés à partir de 2 700 : le pic du Mas de La Grave est décapité comme toutes les crêtes et sommets. Si cela ne se déchire pas un peu, ce n’est pas bon signe pour mes projets.
J’ai faim d’effort et me voilà parti d’un rythme gaillard, doublant rapidement quelques randonneuses itinérantes sur cette portion de GR54 assez raide. Malgré des petites averses sporadiques, la progression est agréable et je me sens en forme. Par contre, j’ai sur les épaules une sensation de poids plus marqué que lors de sorties précédentes, mais je me demande si ce n’est pas d’abord psychologique.

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Passage fringant alors que je devrais être fatigué au col Nazié, puis je passe la clé de (le col) Saint Georges pour une première vision du plateau d’Emparis. L’anthracite du ciel se délaye dans quelques tâches lumineuses d’un soleil voilé, jouant avec les ombres vertes des fleurs et herbes folles d’un vent qui forcit. Les grands glaciers en face ne laissent deviner que le bout de leur langue grise-bleutée.

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Je laisse le GR. A gauche toute, direction le Rif Tort vers le premier objectif du jour. Je n’ai pas le tracé du début (hors carte 3435 ET), mais j’ai noté mentalement quelques repères. Euh.. « Passer au-dessus du refuge du Rif Tort » (en fait, j’avais tort, c’était « en-dessous »).

Tiens il n’y a plus trace… Ah si, en face du rif à traverser vers les ruines. Je marche dans les hautes prairies humides et il ne faut que quelques minutes pour que mes chaussures soient aussi trempées que si j’avais plongé dans l’eau.
Heureusement il ne pleut pas.

Ah bah si.

Sur l’autre versant, les traces ne sont qu’un lacis de passages d’animaux. Je vois, loin en contrebas la ligne claire du chemin évident dans le thalweg du rif Tort où s’égayent des troupes de marcheurs. Raté.

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Avantage de mon détour, la vue est belle

Je ne vais pas redescendre pour remonter. Je suis plus malin que cela ! Me voilà donc fuyant vers le haut de la Côte Essuite au-dessus de 2 400… Les nuages se déchirent quelques instants sur les Pics de la Buffe d’en haut, dont les flancs noirâtres sont veinés et plaqués de neige récente. Ambiance hivernale sur cette ligne que j’aimerais parcourir.

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Arrivé au terme de la Côte, je constate navré que je suis obligé de reperdre mon altitude vers 2 200. C’est pas grave, je suis MUL, je suis libre, je suis léger. Je gambade en sautillant dans les prairies.

Malgré le couvercle nuageux austère, le paysage est magnifique, avec un ruisseau de Rachat qui déroule ses courbes opalines entre les bombés gazonneux. Je louvoie encore un peu pour retrouver la vraie trace qui remonte vers le Pic.

Je croise quelques randonneurs qui redescendent, visages rougis de froid, enfouis sous des couches de vêtements. Avec l’effacement de l’herbe s’évanouit la trace, remplacée par quelques cairns épars. Tiens, la pluie devient neigote. Voilà un juillet bien automnal. Je m’enfonce dans des nuées de plus en plus denses au fur et à mesure que la pente forcit.

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Ah bah oui, c'est bien de la neige qui tombe

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"Atmosphère, atmosphère..."

Moi qui faisais le malin tout à l’heure, je commence à sentir un peu l’altitude et ralentis ma foulée. Je suis plongé dans un monde minéral en noir et blanc, enfin surtout en blanc. Tant et si bien que ce n’est qu’au dernier moment que je découvre un très joli cairn sommital. Mumulette m’indique 3 020 m, je suis au sommet.

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Pour la vue, on repassera

Le vent est tombé, et je décide de grignoter un bout ici, histoire de laisser une dernière petite chance au temps pour une levée de bouclier nuageux, condition sine qua non de ma traversée d’altitude.
A un moment, les nuées se dissipent légèrement et je vois une ligne fantomatique se redresser devant moi. Mince, j’étais sur l’antécime (2 979) et Mumulette m’a fait une blague (question naïve : comment par signalGPS peut-elle se planter de 40m de D+ ?). Le vrai sommet est plus loin.

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Allez, banco, je repars sur l’arête en louvoyant entre les schistes pour trouver la croix du vrai sommet.

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Pour la vue, on repassera 2 : Le retour

Là, il faut me rendre à la raison : je suis dans le grand blanc. Il est hors de question de m’engager sur le fil des crêtes et arêtes sans une bonne visibilité. Pour passer la frustration, je me dis que selon les conditions, je pourrais envisager un retour par là dans quelques jours.
Retour à la carte : pas d’autres plan B que de revenir en arrière, puis plonger vers la baraque de la Buffe, et ensuite tracer un long détour jusqu’au Chazelet, pour ensuite couper et remonter vers le Signal de La Grave, porte arrière du massif du Goléon.

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C'est l'été, qu'ils disaient !

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Même dans la brume, c'est beau

Je recharge en eau au Rachas et j’ai l’impression que le débit de mon Sawyer n’a jamais été aussi faible (alors que je l’ai retrempé avant de partir). C’est pénible.

Une fois passé la Baraque, le sentier devient une trace carrossable pas des plus agréables qui suit le vallon du Gâ. Au Chalet de la grande Buffe, une terrasse me fait de l’œil : ce n’est que le début de la balade, je n’ai pas encore mérité. Et puis je sens que cela va être encore long.

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Le paysage est bouché, les gigantesques vagues successives des crêtes des Buffes s’enfoncent dans un couvercle de plomb nébuleux. Pas de regret à avoir modifié mes plans.

La route est droite, mais la pente est faible… Avec la fatigue, je me mets à raffariner mad .

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C’est loooong jusqu’au hameau du Rivet du Pied (dont les habitants sont connus pour avoir été d’un apport crucial lors d’une antique mais néanmoins fameuse crucifixion).
Ce passage est l’occasion de signaler que je commence à avoir mal au pied gauche : l’humidité de la chaussette et de la chaussure ont augmenté le frottement, et je commence à soupçonner que mon talon a une petite ampoule qui s’allume.

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Le pont de Pertus, où je vérifie que j'ai bien fait de ne pas chercher à couper pour le contourner

Après le pont de Pertus, je coupe tou drè dans le pentu vers la forêt domaniale de La Grave, rattrape le sentier du Signal.

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Zoom arrière, le Pic du Mas de La Grave ne sort pas des nuées

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Il est beau le (non)chemin

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Plaisir d'un petit arc en ciel d'un collet


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La récompense : petit coucou de la Meije

Je commence à tirer la langue, et dois croquer 2 nouvelles barres (qui faisaient partie de mes réserves des jours suivants : warning). Je quitte le domaine skiable et remonte péniblement la Côte Rouge jusqu’au sommet, lui aussi encapuchonné.

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Pour la vue, on repassera 3 : Le retour de la vengeance

A la carte, je navigue pour rattraper une trace qui rejoint à niveau un petit plateau sur les flancs du Pasquier du Roi.

Il est 19h, et temps de se poser pour un bivouac :

(à suivre...)

Dernière modification par Eric le rouge (19-08-2021 11:18:52)

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#3 17-08-2021 14:54:40

azerty
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Eric le rouge a écrit :

#623134je me déshabille sur le parking du Gay

Quelle ambiance, c'est chaud !! c'est chaud !! tongue
Je n'ose pas poursuivre, est on bien certain que c'est un récit de rando ?


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#4 17-08-2021 15:19:21

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Azerty, tu es le premier à avoir saisi la perche habilement camouflée lol

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#5 17-08-2021 15:20:35

You
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Toi, tu as raté ton jet de Chance (Malus : 1D10 +5).
Y'aura des orcs ?


There is a curse. They say : "May You Live in Interesting Times" (Terry Pratchett)
"Le froid est pour moi le prix de la liberté" (Elsa, Reine des Neiges) / "La météo, c'est dans la tête" / φ / (⧖)
Si Edition sans raison indiquée : GolgOrth, Saint Taxe, petites précisions diverses...

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#6 17-08-2021 15:23:06

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

You a écrit :

#623138Toi, tu as raté ton jet de Chance (Malus : 1D10 +5).
Y'aura des orcs ?

Pire ! tu ne crois pas si bien dire... Un monstre terrible venu des ténèbres.
(tu as bien vu que j'expérimente un "récit dont vous êtes les héros"  big_smile)

Dernière modification par Eric le rouge (17-08-2021 16:02:08)

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#7 17-08-2021 15:28:59

You
Ptit lapin givré
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Oh mon dieu non, pas des Créatures des Ténèbres ! Des Maigres Bêtes de la Nuit ?
9330b46899.img_7776_17-05-18.s.jpeg


There is a curse. They say : "May You Live in Interesting Times" (Terry Pratchett)
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#8 17-08-2021 15:38:45

Hegemonie
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Un lapin adulte?  yikes

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#9 17-08-2021 15:42:34

You
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Pas un faisan, tout de même ?!


There is a curse. They say : "May You Live in Interesting Times" (Terry Pratchett)
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#10 17-08-2021 16:05:58

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Si vous saviez... (quoique, les maigres bêtes de la nuit de You font bien peur aussi).

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#11 17-08-2021 16:20:53

Stéphane_33
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Eric le rouge a écrit :

A un moment, les nuées se dissipent légèrement et je vois une ligne fantomatique se redresser devant moi. Mince, j’étais sur l’antécime (2 979) et Mumulette m’a fait une blague (question naïve : comment par signalGPS peut-elle se planter de 40m de D+ ?). Le vrai sommet est plus loin.

Peut-être une conséquence du sujet abordé ici ?

Stéphane_33 a écrit :

#622657

sqfp a écrit :

#622647

Stéphane_33 a écrit :

#622643Edit : autre subtilité, l'appli m'affiche systématiquement une altitude trop élevée d'environ 50 m par rapport à l'altitude GPS.
Stéphane.

Certaines puces GPS ne réalisent pas la conversion hauteur (au-dessus de l'ellipsoïde théorique) -> altitude (au-dessus du niveau de la mer, celle affichée sur les bonnes vieilles cartes). Dans ce cas la valeur affichée sera surestimée ("trop haute") de 45 à 55m selon l'endroit en France métropolitaine. Quelques apps proposent de remédier à cela en effectuant elles-mêmes cette conversion ; chercher dans les menus une fonction intitulée "correction du géoïde" ou "correction des altitudes" ou truc du style...

Merci pour l'info, il suffit donc de télécharger la carte Monde - Correction d'altitude (dans le menu télécharger les cartes) pour résoudre le problème.
Stéphane.

Eric le rouge a écrit :

C’est loooong jusqu’au hameau du Rivet du Pied

Ah oui je confirme, j'avais aussi trouvé cette descente très longue ! Mais avec une bonne nuit de sommeil, tout devrait aller bien pour la suite  big_smile
Stéphane.

Dernière modification par Stéphane_33 (17-08-2021 16:21:59)

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#12 17-08-2021 18:33:15

zorey
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Hegemonie a écrit :

#623142Un lapin adulte?  yikes

You a écrit :

#623143Pas un faisan, tout de même ?!

big_smile

Ça commence bien, la suite ! cool


La nature nous a donné deux oreilles et une bouche pour écouter le double de ce que l'on dit.

Ourson Power

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#13 17-08-2021 19:30:54

azerty
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Eric le rouge a écrit :

#623137Azerty, tu es le premier à avoir saisi la perche habilement camouflée lol

Ah ! Moi je l’ai plutôt vue comme le nez au milieu de la figure  tongue

J’aime bien aussi cacher des conneries dans mes récits, souvent ça passe comme une lettre à la poste.


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#14 17-08-2021 20:20:20

Nayana
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Hegemonie a écrit :

#623142Un lapin adulte?  yikes

C'est pas faux.


Lentement mais surement...

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#15 18-08-2021 09:06:11

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Episode 3 : Une nuit en enfer

Le Pasquier offre un replat isolé et magnifique, même avec ce paysage bouché.
Je profite d’une accalmie pour chercher une zone où poser mon abri. Souci : toutes les zones un peu plane sont gorgées d’eau et forment des petites mares.

Au moment où je n’y crois plus, je trouve un petit espace plan qui n’est pas devenu une éponge. C’est vrai qu’il a l’air un peu penché, mais cela n’a pas l’air grand chose.
La technique du bivouaqueur est normalement de s’allonger pour tester, mais là, comment dire, vu le sol détrempé, je vais me passer du test.

Après avoir monté mon petit abri, j'essaye de profiter de vagues déchirures pour repérer l’approche du lendemain même si les sommets restent cachés.

Les ruines en amont vont me permettre de me protéger du vent et de l’humidité. Cela tombe bien car j’ai fait l’erreur de prendre un vieux réchaud canette dont j’avais oublié qu’il fuyait (mauvaise jointure). Il a un peu de mal à se lancer, mais finalement fait le job (non Einganien, tu ne te moqueras pas de moi cette fois).

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Elle est pas belle ma cuisine ? smile

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Par contre, c'est la dernière sortie de mon réchaud, qui s'écrase et ne tient plus la charge de la popote

Je profite de la vue en appréciant la chance d’être dans cette bulle isolée.

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Je crois qu'on voit que cela penche quand même pas mal big_smile

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Malgré les nuages et la flotte, ce bivouac est agréable et serein... Par temps clair, ce doit être somptueux

Je vais me coucher en faisant attention à mes manipulations tant tout est détrempé autour, avec une pluie qui recommence.
A ce titre, je suis bien content d’avoir un sac poubelle dédié aux affaires trempées : cette nuit, pour les vêtements humides que je vais garder sous le duvet pour qu’ils ne soient pas glacés au réveil ; demain matin, l’abri qui sera forcément gorgé…

A peine allongé, c’est le drame !
J’avais mal évalué la pente et, posé sur mon polycree, je suis sur un joyeux toboggan vers le sol spongieux.
Merdum !
J’attrape mes chaussures que je glisse sous le tapis de sol pour bloquer les jambes.
Je mets mon sac à dos vers le haut du corps. Mais la pression est forte et il glisse à son tour.
Punaise !
J’ai bien fait de prendre mon piolet, que je plante en travers pour bloquer le sac : ça marche.

Tant bien que mal, je m’installe. Mes positions sont inconfortables mais je finis par m’assoupir de manière hachée, réveillé régulièrement par des fourmis dans la partie du corps écrasée…

...
...

Vers 23h, je suis réveillé brusquement par des aboiements lointains mais caractéristiques. Je me prends un coup de flip : il doit y avoir un troupeau au-dessus que je n’avais pas vu, et un patou fait son job. Si j’avais repéré cela, je ne me serais pas installé pour bivouaquer à proximité. Dans mon abri, je me sens tout fragile, mais pas de bruits de troupeau qui bougent. Ils doivent être loin.
Je me concentre sur les conditions proches pour détourner mon attention. Il pleut des cordes, mais pas coulure ni de condensation excessive. Pas besoin du sursac…
Je me calme et me recommence à glisser sur le sol et dans le sommeil.

...
...
...
...

RRrrhhh WooOOH !

J’ouvre les yeux en mode alarme. Un frisson me parcourt.

RRrrhhh WooOOH ! WooOOH !!

Putain ! Le chien est en train de se rapprocher ! A l’oreille je l’imagine à une centaine de mètre au-dessus de moi. Mon cœur bat la chamade.
WooOOH !! Les aboiements sont encore plus proches.
Il m’a repéré, et file sur moi.
Mon cerveau bouillonne.
Aucune chance qu’il y ait un berger. Je suis seul avec la bête (d’ailleurs, il y a peut-être plusieurs chiens). Je me sens complètement vulnérable. Comment gérer ce chien de garde à moitié habillé, de nuit, sous la pluie et trèèèèès loin du plus proche hameau (sur un terrain hors sentier accidenté).
WooOuH ! WooOH !

Les bruits semblent bifurquer… Le patou est passé dans les pentes au-dessus et file en direction du Signal de La Grave. Je croise les doigts pour qu’il soit à la poursuite d’une autre bestiole, et ne me prête pas attention.
...

Oui, c’est ça. Il continue de s’éloigner... Je n’ose pas trop me détendre, mais les aboiements disparaissent dans le lointain.

Il me faut un long moment pour me calmer. Il est 1h, et j’hésite à me barrer.
Mais aller où ? Redescendre sur Valfroide ? La perspective d’un démontage sous la pluie, puis d’une marche à la frontale dans un terrain alpin pour redescendre loin en contrebas (presque 600m de dénivelés hors sentier qu’il faudra remonter ensuite) m’amène à choisir de rester.

Je me convaincs que je n’intéresse pas le patou, qui a mieux à faire.
Et tente de retrouver Morphée en mode toupie...

...
...
...
...
...
...
...
...

RRrrhhh WooOUH !

Décharge d’adrénaline.
Je suis redressé instantanément, le corps tendu.
Le chien est juste au-dessous de moi
A quelques mètres.

WooOOUUH !!

Il s’est rapproché encore, à un mètre de l’abri.
Premiers réflexes en mode urgence si je dois partir dans la nuit : attraper et mettre ma frontale (sans l’allumer), vérifier que mon téléphone est dans ma poche.

GRrrhhh !!

Il grogne le long de la toile, à ma main gauche. Je me replie en boule au milieu de l’abri, histoire de ne pas offrir de morceaux s’il attaquait.

WOOoH !! WOOoH !!

Il tourne autour de l’abri. Entre chaque grondement, j’entends le sang battre dans mes tempes. J’attrape mon piolet et le tiens contre moi pour me défendre.
Je réfléchis à toute vitesse sur la tactique à adopter. Le patou est en train de me dire de dégager. Il sent ma présence, et ma peur. Mais comment perçoit-il mon abri ?

Est-ce que je sors pour anticiper un contact inéluctable ? Cela me paraît compliqué dans ces conditions de me rhabiller-protéger, voire même de chausser mes pompes. Je risque de me trouver en chaussettes, dans la nuit glacée. Je connais un peu le terrain et peut envisager de m’éloigner lentement (ne pas devenir une proie) vers les gorges détritiques du pré Cros, même si le terrain va être casse-gueule dans ces conditions. Et une fois à distance, appeler les secours si je capte ?
Mais en sortant maladroitement de mon abri dans la nuit, avec une frontale, le patou peut se sentir agressé. Et si le chien m’attaque, alors je me défends à coup de piolet. Pas bon ce scénario…

Je rationalise et choisis de ne pas provoquer la confrontation. Ni même de parler. Je fais le pari que le chien se contentera de signifier qu’il est là, et que je n’ai pas intérêt à bouger et m’approcher du troupeau... Je ne sortirai que s’il attaque à travers l’abri.
... ...
   ... ...
      ... ....

Pendant dix minutes d’éternité, le patou joue au chien et à la souris avec mon abri (il va jusqu’à le toucher). A chaque aboiement ou grognement, mon cœur décolle.

... ...
   ... ...
      ... ....

Et puis il s’éloigne lentement, ponctuant d’aboiements pour me rappeler que je n’ai pas intérêt à bouger.

Il est 2h30. J’ai les yeux d’un lémurien sous ecstasy. L’adrénaline a fait son job et mon corps n’arrive pas à se détendre. La pluie continue de glisser sur l’abri, indifférente à la peur qui m’a glacé l’échine.

4h30 du mat’, j’ai des frissons… Je n’ai pas réussi à grappiller un peu sommeil. Je passe en mode fin de nuit, histoire d’être prêt à déguerpir dignement si le patou revient. Et si les conditions le permettent, faire la traversée du Goléon avec une neige pas trop transformée à la redescente.

à suivre

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#16 18-08-2021 10:19:54

Serval
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Eric le rouge a écrit :

#623196

Episode 3 : Une nuit en enfer

yikes !!!


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
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#17 18-08-2021 10:23:50

azerty
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Mais qu'est ce qui te fait dire que c'était un patou ? c'est facile d'accuser sans preuves. Dans ta panique tu saisis en priorité la frontale, le piolet et le smartphone, je pensais que c'était pour prendre une photo  big_smile

Bon rassures toi tu n'es pas le seul, ce sont des moments forts désagréables, et les minutes durent des heures. Cela dit ça ne m'est arrivé que lors de nuits sous abris fermés. Sous mon tarp je ne sais pas comment ça aurait terminé.

En juillet avec le chien et les enfants c'était différent, je suis sorti de suite car le chien commençait à s’exciter à l’intérieur de l'abri et j'avais les enfants avec moi (et pas de piolet ni bâtons roll ).

J’imagine quand même un novice du bivouac qui vit cela et qui pourrait être refroidit à vie.


Profil / trombi ici

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#18 18-08-2021 10:26:25

Manche
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Bonjour Eric le rouge,

J'ai savouré ton récit de cette nuit particulière ! smile
Il ne te manquait plus que l'orage pour finir !...

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#19 18-08-2021 10:44:22

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Déjà merci à tous pour vos passages...

@tous : Pour le jeu de la créature, c'était finalement (trop) classique (oserais-je dire que j'aurai plus apprécié un lapin-garou ou un faizombie des ténèbres big_smile ) J'espère que vous ne serez pas déçu wink

@Serval : le titre  (comme le précédent) est un clin d'oeil cinéphilique

@Azerty : je ne pourrai pas avoir de certitude, mais pour avoir croisé régulièrement différents chiens de troupeaux, l'aboiement du patou est assez caractéristique (et efficace). Le lendemain, en discutant avec les gardiennes du Refuge du Goléon, elles m'ont indiqué que c'était a priori bien un (nouveau) patou qui gardait le troupeau du Paquier. Elles ne savaient pas trop comment il se comportait (le précédent était un peu agressif avec les marcheurs, et surtout très mobile : il venait parfois visiter aboyer jusqu'au refuge).
Pour la photo euh... comment dire, ce n'était pas la priorité lol
Cela peut paraître bizarre de prioriser tél et frontale, mais je m'imaginai devoir reculer-m'éloigner en possible urgence, et de nuit sans lumière, cela allait être compliqué connaissant le terrain... Et dans les différents scénarios catastrophes que mon cerveau ébullit projetait, il pouvait être décisif de pouvoir essayer d'appeler les secours.
Les températures n'étaient pas trop froides, et je pouvais me projeter en mode "actif" avancer (euh, en chaussettes, pas top top).

@Manche : Merci. J'ai essayé de rendre au mieux cette drôle de nuit (presque) blanche. Pour l'orage, je repasserai ; même si la pluie a été drue toute la nuit.
Mais rassure toi, les rebondissements ne sont pas terminés, ni les attaques de créatures de la nuit tongue (teaser)

@Stéphane33 : Merci (et à SQFP aussi au passage) pour les pistes d'explication : cela pourrait coller. Je vais aller farfouiller du côté de mon appli Garmin et des options de la montre.

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#20 18-08-2021 12:29:19

Clem_Ly
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Merci pour ce récit à suspense très bien écrit, on a envie de connaître la suite.  smile

C'est très drôle à lire mais ce sont des situations que l'on n'a clairement pas envie de vivre !

Sinon très belle référence musicale en fin d'épisode 3. big_smile


Liste printemps/été en cours d'élaboration

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#21 18-08-2021 15:23:07

Serval
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Eric le rouge a écrit :

#623207
@Serval : le titre  (comme le précédent) est un clin d'oeil cinéphilique

Certes. Un clin d'œil poétique aurait duré plus longtemps. wink


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
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#22 18-08-2021 16:42:31

DOM42
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Excellent récit à la fois drôle et un peu angoissant  roll
Pour avoir vécu ce type d'expérience avec un Patou dans le Vercors qui m'a suivi de très prés pendant une dizaine de minutes en aboyant, je confirme qu'on n'en mène pas large.

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#23 18-08-2021 17:14:34

eraz
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Kikoo Eric le rouge wink

Haha merci pour le récit, je me suis bien marré. La partie ski nautique nocturne reste un grand classique wink.

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#24 19-08-2021 08:32:26

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Salut à tous : merci pour les retours et les rigolades...
La suite du feuilleton big_smile

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#25 19-08-2021 09:03:02

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Petite frousse dans les Grandes Rousses (14-16/7/21)

Episode 4 : L’arène des neiges (Jeudi 15-7)

Les yeux piquent un peu. Je replie méthodiquement mes affaires, profitant de la chaleur du duvet le plus longtemps possible. Grignotage de biscuits (j’ai dorénavant opté pour petit déjeuner froid, histoire de me libérer de la logistique popote matutinale). Il pleut encore assez fort : je préfère attendre un peu pour le démontage. 5h40, la pluie devient bruine.

Je m’occupe de mon talon : confirmation que j’ai déjà une belle ampoule, qui risque de ne pas s’arranger avec les temps qu’il fait. Je sèche le pied, met un pansement ampoule… Mais il est trop vieux (c'est ça de ne pas s'en servir), et ne colle plus très bien (la partie protectrice se détache en partie). Flûte. Je mets un morceau de ductape pour plaquer le tout comme je peux.

Moment délicieux de remettre les chaussettes trempées de la veille (au moins elles sont tièdes) dans les chaussures gorgées dans un schluuurp visqueux. Mmmmh, quelques secondes de bonheur le temps de remettre en température tout cela.

Je sors prudemment de la toile : pas de monstre embusqué, juste un océan d’herbe liquide sous un capuchon de gris. Je secoue l’abri trempé et l’enfourne dans son sac poubelle. Pas gagné que j’ai l’occasion de le faire sécher aujourd’hui !

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Les brumes dansent le long des vallons, mais pour l’instant j’ai la chance de voir le Cruq des Aiguilles que je vise, ainsi que le début de l’arête qui remonte vers les Rochers du Vallon. L’Aiguille du Goléon reste encapuchonnée. Je décide d’y aller par étape, paré à faire demi-tour en cas de doute. Je reprends la trace qui bascule sur l’autre versant. Je garde l’oreille en veille, mais pas de patou : je découvre bientôt le troupeau qui me surplombe, tout le monde a l’air de dormir.

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Le troupeau que je n'avais pas repéré la veille !

Quelques points de balisage discrets (liés à la revalorisation des « sentiers d’antan ») indiquent la direction générale, mais la trace s’efface bientôt.

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Au centre, le Cruq. A gauche, la rampe de la Roche du Vallon. Bientôt les nuages vont tout reboucher

Il faut remonter à vue et au mieux en ascendance, dans un brouillard qui de nouveau a effacé les points de mire. Je suis déjà descendu par là il y a deux ans, et je retrouve quelques repères. Je rejoins le Cruq qui est dans une brume encore peu dense.

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Vue sur le Cruq des Aiguilles... Un bel endroit de bivouac que j'avais envisagé au départ

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Vue sur les Rochers du Vallon et la longue arête que mène à l'Aiguille du Goléon, drapée

Je quitte les traces pour rejoindre l’arête de la Roche du Vallon que l’on suit au plus facile pour remonter l’échine minérale des Rochers du Vallon. Le début est débonnaire (quelques névés contournés facilement), mais le ressaut final est plus corsé : assez raide, dans des pentes de lauze en partie couverte de neige. Il faut être bien attentif au terrain et à ses appuis.

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Vue sur le ressaut terminal que je viens de franchir. On est plus proche de l'hivernale que de la balade estivale yikes

L’ambiance est vraiment austère, dans un décor minéral sans vie ni paysage. Il commence à neiger. En regardant en arrière, je découvre en contrebas la silhouette bleue d’un autre grimpeur. Il a l’air d’avancer à la même vitesse que moi, mais bientôt je ne le vois plus. Cette présence-absente reste un peu rassérénante.

J’arrive sur le sommet des Rochers du Vallon (Mumulette a l’air d’être correctement étalonnée) et emprunte la longue arête sud horizontale qui s’incurve pour remonter l’Aiguille du Goléon. A main gauche la face abrupte plonge dans les brumes qui sarabandent une danse lugubre.

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Je louvoie au mieux entre pentes de neige via les ilots rocheux, mais – tel le petit poucet – je laisse volontairement régulièrement quelques traces de pas dans la neige (pourvu que des oiseaux gourmands ne les mangent pas) pour un possible retour dans le grand blanc.
J’arrive dans une face en condition hivernale, avec un vent de plus en plus fort et des rochers parfois givrés. Je fais un bilan, mais le début de l’itinéraire reste assez évident avec toujours un semblant de visibilité. Bien content de m’arrêter pour mettre les crampons par contre car la neige givrée plaquée sur les rochers et les schistes peut être traitre. Au moment de repartir je suis rejoint par un autre type (de rouge vêtu). Il a fait l’Aiguille hier par la plus classique arête Nord-Est, et tentait une seconde montée ce matin pour faire des globules. Il m’indique qu’elle était plus sèche et moins délicate que cette arête Sud. Sans crampons, il décide de faire demi-tour.

Je repars prudemment dans la face par un système de vires qui traverse plein ouest et remonte astucieusement quelques ressauts avec des pas d’escalade plus si facile dans ces conditions. Quelques cairns épars surgis dans la brume me confirment que je suis sur l’itinéraire.

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Bien content d'être en crampons dans ce terrain !

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C'est par où qu'on passe ? big_smile Je devine un cairn lointain, dans cette rampe relativement tranquille, avant quelques pas de grimpe

J’arrive bientôt sur la ligne faîtière en plein vent, et retrouve son bel emplacement de bivouac plein de neige. Le cairn sommital est là, croûtée de stalactites horizontales. Impossible d’imaginer être le 15 juillet !

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Pour la vue, on repassera 4 : le retour de la vengeance de la réincarnation

J’avais prévu de faire la traversée pour redescendre par l’arête NE, plus débonnaire. Mais les nuages restent très denses, et vu les conditions que je viens d’affronter, je suis très hésitant à m’engager seul dans cette descente que je vais avoir peut-être du mal à reconnaître. Si les conditions étaient sèches hier matin (dixit le type en rouge), cela a pu changer. Le retour par l’arête sud est un peu expo, mais au moins je connais l’itinéraire. J’opte pour cette option.
Mais, arrivé au moment de replonger dans la face, je tombe sur l’alpiniste en bleu de tout à l’heure (M.). Il est un peu éprouvé (car il n’a pas pris le temps de mettre ses crampons et s’est mis un peu la baston en dessous) mais soulagé d’être quasi arrivé. On discute un peu. Lui aussi envisageait la traversée. Du coup, je me laisse tenter par une descente prudente à deux par ce biais.

On remonte, M. met ses crampons et on bascule sur l’autre versant. On est protégé du vent, et les rochers sont de fait moins givrés. La ligne de descente est assez logique, avec quelques petites désescalades aisées. Bientôt je retrouve le point limite atteint avec mon fils il y a deux ans. Encore quelques sections délicates et on est sur la partie horizontale qui traverse jusqu’au Bec de Grenier.
A partir de là, on redescend le glacier Lombard (débonnaire, fermé), dans le grand blanc. Aucune ombre, aucune trace. On navigue à la boussole un bon moment avant de voir réapparaître quelques traces ténues de moraines.

Les nuées s’effilochent et le décor réapparaît. La neigote se mue en bruine. On peut profiter des neiges persistantes pour éviter quelques sections pierreuses fastidieuses. Sur un névé ramolli je m’enfonce brutalement et plie un de mes bâtons qui est resté en arrière. Merde !

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Après ces conditions difficiles, la descente est plutôt sympathique (même si toujours aussi longue), d’autant plus que l’on discute tranquillement. Par contre mon ampoule est de plus en plus douloureuse et hors neige, la marche devient très désagréable. Arrivé dans le dernier replat, M. file car il a rendez-vous dans la vallée en début d’après-midi, et que je suis ralenti par mon boitillement.

Les sommets et les cols sont toujours prisonniers des nuages : même si je n’avais pas mal au talon, il serait impossible de partir sur les cols sauvages du coin (absence de visibilité, lauzes détrempées exposées). Je suis déjà bien content de cette traversée, mais il est clair que mon périple doit être raccourci. Je vais me poser au Lac du Goléon, espérer une éclaircie pour sécher un peu mon abri. Et demain matin je ferai la longue étape de retour sur Besse.

J’arrive un peu avant 13h au refuge du Goléon qui est toujours aussi sympa, en large partie grâce à ses deux formidables gardiennes, Lucile et Myrtille.

Bon, aujourd’hui, je me laisse tenter par une soupe bien chaude et un bon p’tit plat. La pluie n’arrête pas, mais les gardiennes me laissent étendre et égoutter mon abri dans leur débarras. Après-midi repos, à discuter et bouquiner au chaud. Et j’ai de la chance : ce soir il y a un concert : une accordéoniste montagnarde est venue avec son instrument (12kg ! le poids de la passion) pour nous réjouir.

Il reste de la place dans le refuge, et je dois avouer être fortement tenté de profiter d’une nuit tout confort après ma bambée (d’autant plus que la pluie doit continuer, avec même des petits orages pour égayer la fin de nuit). Je repense néanmoins à tous les récits et témoignages que j’ai recueillis de MUL enchaînant les jours de pluie dans des traversées épopesques, se couchant grelottant dans des duvets détrempés, lappant les flaques et mangeant des salades d’orties à la limace (euh j’en rajoute un peu) ; et du coup je me trouve bien freluquet avec mes tentations de confort. Hardi moussaillon, il faut justement que tu apprennes à te débrouiller avec ce temps-là.

Passage "Récit dont tu es le héros" :

  • Si la tentation est trop forte, et puis quand même, tu as bien donné jusqu'à maintenant, arrête ta lecture, patiente et passe directement à l'épisode 6 [à venir]

  • Si tu résistes et choisis de bivouaquer, poursuis la lecture et passe par l'épisode 5 [à venir]


Je vais monter mon abri, au même endroit qu’avec P’tit Gaby il y a 2 ans.

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Punaise, les conditions n’ont rien à voir. Par contre, en refroidissant, mon talon gauche me fait vraiment hyper mal, ce n’est pas de très bon augure pour demain. Baaah, à chaque jour/nuit suffit sa peine. Une bonne nuit de repos bieeeeen tranquille me fera du bien.

A suivre

Dernière modification par Eric le rouge (20-08-2021 09:31:51)

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