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7 jours de randonnée légère itinérante dans les Pyrénées avec l'association Randonner léger, pour se rencontrer et partager notre passion.
La discussion sur le forum.

#76 06-10-2015 16:31:42

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Jour 4 - 2 sept. 2015

Distance parcourue : 10,6km
Durée totale avec pauses (à ± 10min) : 08h19

Liens vers la cartographie.

Profil altimétrique :

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Altitude min/max : 1953 / 2899m
Altitude moyenne : 2463m
Dénivelé positif : 781m
Dénivelé négatif : 951m

Répartition temps de marche :

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Vitesse moyenne : 2,3km/h
Vitesse ascensionnelle moyenne : 356m/h
Vitesse de descente moyenne : 426m/h

Récit

Réveil à 6h. Comme les matinées précédentes, il pleut. Et comme les matinées précédentes, j'ai la flemme de me saquer de nuit sous la pluie. Dans l'idéal je devrais partir aux premières lueurs du jour vers 7h, mais dans la pratique c'est plus souvent 8h30, maximum 10h. C'est tard mais je retravaille mon itinéraire tous les soirs à la lumière de la Petzl pour m'adapter aux imprévus, et j'arrive de mieux en mieux à gérer mon temps même si cela reste parfois encore un peu aléatoire.

Hier soir, j'ai remarqué un petit objet rouge qui trainait à côté de ma cartouche de gaz, sans trop y faire attention. Sur le moment j'ai cru à une petite feuille morte. Quelque temps plus tard j'ai réalisé que c'était en fait le joint de mon réchaud, le Fire Maple Hornet FMS-300T, qui avait sauté. Il était comme contracté par le froid. Super. Ce truc ne fonctionnait déjà pas bien avant, mais là c'est un peu gros. Je le remet en place, il recouvre le trou par lequel le gaz est censé rejoindre la vis d'injection. Je l'enlève à nouveau, le détend comme je peux, le replace. Cette fois ça a l'air d'être bon. Petit essai, rien ne sort. Je suis habitué à devoir le serrer anormalement fort, et même souvent deux ou trois fois d'affilée pour qu'il fonctionne, mais cette fois ça ne marche vraiment plus. Je le démonte, souffle dans la vis d'injection en tournant le réglage de puissance, toujours rien. La vis d'injection est bouchée. Quatrième réchaud à gaz que j'utilise, première fois que tout cela m'arrive. Soudain je me souviens de cette phrase utilisée dans la description du produit sur les sites qui le vendent : "Connexion brûleur/cartouche dévissable pour nettoyer la vis d'injection". Je comprends mieux pourquoi maintenant. Je comprends aussi pourquoi ce truc est vendu sous 15 marques différentes. À l'achat il y a de quoi se dire que c'est génial, que l'on pourra le réparer ou le nettoyer soi-même en cas de pépin. Ce qu'ils ne disent pas, c'est que le trou de cette fameuse vis d'injection est aussi fin qu'un cheveux et qu'il n'y a aucun moyen de la désolidariser de la partie qui se connecte à la cartouche. Testé avec mes clefs transformées en pince pour l'occasion, mes dents, et tout ce qui me tombait sous la main, c'est à dire mes dents si je ne faisais pas attention. Message à Fire Maple : je vote pour les réchauds qui fonctionnent sans autres précautions d'usage, on est en randonnée pas en cours de techno au collège. Je suis d'autant plus énervé que j'avais lu plusieurs avis mitigés voire négatifs sur des forums américains avant de l'acheter, et qu'il ne m'a jamais inspiré confiance une fois reçu. En fait, je ne suis pas vraiment surpris. La prochaine fois pour des conditions similaires, c'est Esbit.

Je porte désormais 223g inutilement (cartouche presque pleine, réchaud, parevent), et je devrai utiliser la méthode du trempage pour manger le soir.

Rien de grave en soit, mais le matériel mal conçu m'exaspère au plus haut point. À l'heure où j'écris ces lignes il semblerait cependant que le contrôle qualité soit peut-être plus à remettre en cause que le design en lui-même. Affaire à suivre donc !

Ce matin je décolle tard, un peu après 10h.

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10h21, lieu de bivouac. Dernière photo du premier défi qui m'attend, caché derrière mon rocher.

À peine parti, j'ai le plaisir d'apercevoir devant moi une femelle Isard avec ses deux petits. L'un d'eux n'est pas visible sur la seule photo que j'ai réussi à prendre avant qu'ils ne s'enfuient (pour rappel je suis contraint de remettre en place la batterie de l'appareil, refaire les réglages d'exposition, prendre la photo puis finalement retirer cette même batterie, et ce pour chaque prise de vue).

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Ces Isards sont de véritables virtuoses du rocher. Il leur faudra moins de temps pour disparaître totalement du paysage qu'il ne m'en faut pour le dire.

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11h04, 2694m. Arrivé au pied du Collada de Cregüeña, je peux enfin commencer à apprécier le lac dans sa globalité. La journée vient tout juste de commencer qu'elle m'offre déjà une de ses plus belles vues.

Puis rapidement, les choses sérieuses commencent : c'est parti pour 1h d'escalade sur une paroi plutôt abrupte.

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12h07, 2895m. Cette photo a été prise à la toute fin de l'ascension du col. Le reste du temps l'appareil était rangé, ainsi que mes bâtons.

Finalement, ce n'est plus du tout intimidant une fois qu'on est dedans. Mieux, j'ai absolument adoré ce passage ! Ça dénivèle forcément très vite, et le corps travaille différemment. Ce changement me divertit et me fait le plus grand bien. L'utilisation des mains est impérative et il vaut mieux avoir des affinités avec l'escalade, mais cela reste largement accessible pour n'importe qui de relativement à l'aise en montagne : présence de cairns, possibilité de prendre des pauses. À noter tout de même : chutes de pierres inévitables, et utilisation de gants conseillée pour ceux qui ont les mains fragiles. La roche est très coupante et abrasive par endroit.

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12h09, 2899m. Sur le col. Il est généralement mal perçu de prétendre que quelque chose est laid sous prétexte que c'est totalement subjectif. Je me garderai donc de dire que ce lac est Beau. tongue

Le moment est aussi particulièrement important puisque d'ici, je vais enfin pouvoir apercevoir l'Aneto pour la première fois !

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Ou pas.

Son sommet se cache en fait sous les nuages du coin supérieur gauche de la photo. On devine juste en dessous les prémices du glacier de Coronas, et en second plan les petits lacs de même nom.

Il est environ midi. Il me reste huit bonnes heures de lumière et j'ai prévu de me confronter à ses 3404m aujourd'hui, toujours par le col de même nom. L'idée étant ensuite de redescendre par la même voie et de continuer ma route normalement. C'est mal engagé.

Si pour une raison ou une autre j'avais voulu écourter ma randonnée — et que la météo le permettait —, j'avais là un raccourci de choix : il m'aurait suffit de redescendre de l'Aneto par la voie normale puis de rejoindre le Refugio de la Renclusa, proche de la frontière.

Je tiens à ma photo de l'Aneto depuis le Collada de Cregüeña, j'en profite donc pour prendre une petite pause et manger un morceau.

Dix minutes plus tard, jackpot. Le sommet se découvre timidement et fait une apparition éclair qui me permet de le saisir. Un peu comme Michael Jackson aux 50 ans de Christian Audigier, mais en beaucoup moins cher.

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Quelle star cet Aneto !

Il est déjà largement recouvert quand j'entame ma descente vers les lacs. Peut-être que d'ici là un miracle se produira.

Je suis fasciné par la grande diversité de pierriers que je rencontre tout au long de cette randonnée. Les pierres qui les constituent n'ont jamais les mêmes couleurs, les mêmes tailles, ni les mêmes formes. Un véritable jeu sur les échelles et les textures.

Aujourd'hui au menu : nappage de cailloux angulaires roses-saumon aux arêtes très prononcées.

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Plutôt casse-gueule. La prochaine fois, j'y inclus un bâton de marche pour l'échelle et je les prends tous en photo. On doit pouvoir en faire quelque chose de sympa.

En tout cas dans les Pyrénées, on en bouffe du caillou. Avant je comptais les petits pois dans mes rêves, maintenant c'est des cailloux.

Des cailloux, des cailloux, et encore des cailloux.

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13h17, 2770m. Au niveau des Ibones de Coronas. Ce n'est pas aujourd'hui que je pulvériserai mon record d'altitude.

Tant pis. Je savais que la météo serait capricieuse en partant, et j'ai prévu une voie alternative que je pourrai tenter dans quelques jours.

Sans faire de "crochet" par l'Aneto donc, je passe directement à l'ouest des lacs et continue de descendre en direction du sud via l'itinéraire prévu, à savoir la Valle de — ¡Atención suspenso! — Coronas.

Un autre plan d'eau m'attend 140m plus bas, celui-ci n'a même pas de nom. J'ai souvenir d'avoir un peu hésité sur la voie à prendre une fois à son niveau. Ayant abandonné l'idée que la carte pouvait réellement m'aider dans ces moments là, je cherche. Comme toujours et par instinct, je prends de la hauteur pour y voir un peu plus clair. Pas forcément beaucoup, environ 70 ou 80m dans le cas présent. Je préfère mille fois monter quitte à devoir redescendre, que de descendre quitte à devoir remonter.

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14h08, 2646m. J'ai bien fait ! D'ici j'aperçois même l'Ibonet de Coronas. Y'a plus qu'à.

Cette vue réveille en moi un instinct primaire qui, bien qu'ayant pu se manifester quelques fois auparavant, n'attend en réalité qu'une seule chose : s'exprimer pleinement.

Je suis même sûr que certains d'entre vous qui me comprenez, et où que vous soyez — dans les transports sur votre smartphone, chez vous au fond du canapé, ou plus probablement au travail — gesticulez déjà comme un enfant de 8 ans qu'on obligerait à resté assis 6 heures par jours 4 jours par semaine.

Bref, vous l'avez probablement deviné.

..
..

Toujours pas ?
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Je dévale la pente, tombe un peu plus tard sur un sentier balisé avec des grosses pastilles rouges (toujours pas identifié à l'heure actuelle), le perds, retombe dessus et le perds à nouveau.

Le randonneur quadrupède que je suis à ce moment là se moque totalement des balises, d'autant que le sentier n'est pas une de ces saignées toutes propres — et toujours trop étroites — que l'on trouve en milieux fragiles ou en moyenne-montagne.

Il m'arrive régulièrement de me retrouver face à un obstacle infranchissable et de devoir revenir un peu sur mes pas, ce qui me permet à plusieurs reprises de tomber sur des framboisiers sauvages, dont je ne ferai évidemment qu'une bouchée dont je cueille délicatement les fruits pour n'en faire qu'une bouchée. Réflexion du moment : "Uiiirk".

Toujours un peu plus tard, je surprends sur une marmotte en pleine séance de relaxation.

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Caché derrière mon costume, la communication avec cette dernière est beaucoup plus simple que lors des précédentes rencontres.

Nous décidons même d'improviser un petit jeu.

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Un, deux, trois, soleil.

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Un, deux, trois, soleil !

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Hey c'est de la triche, t'as presque pas bougé !

Un, deux, trois, soleil.

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Un, deux trois, soleil !

..
... ?

Cette fois je me retrouve comme un con, seul devant mes rochers.

Elle s'en est allée sans dire au revoir, visiblement vexée par ma remarque précédente.

Je continue ma route, quand même repu et heureux de ce moment de partage. Je n'ai croisé personne aujourd'hui, et si ça continue je vais vraiment finir par me transformer en sanglier.

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15h23, 2231m. La portion de forêt qui suit va s'avérer être plutôt technique et relativement épuisante au regard des 730m de D- déjà effectués depuis le col. Je pense à cela très souvent mais c'est encore plus vrai cette fois-ci : sans mes bâtons, je ne suis rien. Je vois régulièrement des gens prétendre qu'ils randonnent sans bâton sur le forum. Je ne peux m'empêcher de me poser la question suivante : comment font-ils pour se passer de ce que je considère pour ma part comme une pièce vitale d'équipement ? Outre l'assurage, le sondage ou même le rattrapage de chute, ils m'ont permis dans le cadre d'autres randonnées, et notamment sur du plat lors d'une marche au long cours, de continuer alors même que mes jambes seules n'auraient plus suffi.

Comme souvent, il m'arrive de me retourner pour apprécier l'environnement dans son ensemble. J'ai cette fois la surprise de tomber sur un humain, avec son look de thru-hiker américain (frileux). Il s'agit en fait bien d'un Espagnol, et il ne parle pas un seul mot d'Anglais. À côté de lui j'ai plutôt l'impression d'avoir une allure de touriste australien.

Je tiens la distance une vingtaine de minute puis le laisse passer devant, le temps de prendre quelques photos.

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La longueur de ses bâtons et l'usage qu'il en a diffèrent totalement de ma pratique. Ce ne sont visiblement pas des modèles traditionnels, peut-être même détourne-t-il du matériel dédié à une autre activité ? Je ne sais pas si cela paraît évident sur de simples photos, mais j'ai en tout cas été interpelé et tout commentaire à ce propos sera le bienvenu.

Trop concentré à marcher, je ne prendrai plus de photos par la suite. Cette partie reste néanmoins un excellent souvenir tant elle était intéressante et belle.

Plus bas se trouve le Refugio de Coronas, aussi trouvable sous le nom de Pescadores ou encore Riberetes selon la carte et/ou son échelle... Pas de commentaire. J'espère encore pouvoir réparer mon réchaud, j'y ferai donc un détour en espérant trouver une pince pour défaire cette satanée vis d'injection (je ne sais pas encore à ce moment là qu'elle ne peut pas être désolidarisée de l'autre partie). Je parie que je vais le retrouver.

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15h45, 2086m. Le sentier redevient plat par endroit, ça fait du bien. Remarcher sur du plat après tout cela, c'est un peu comme boxer après avoir fait du shadow en lestant ses mains. On se sent léger et puissant à la fois.


Je fais un peu plus tard la rencontre d'un autre randonneur. Il fait une pause au niveau du croisement entre le GR11 et le sentier sur lequel j'évolue depuis le début d'après-midi. Et je le comprends ! Il s'agit là d'un pratiquant de la vielle école : son sac, construit en étages, fait environ 70L sinon plus, mais ça ne l'empêche pas de déborder littéralement d'équipements divers et variés (tente, vêtements et autres items non identifiés). Ce monsieur d'une soixantaine d'années est allemand. Cette fois, j'avais vu juste. Facile, il a un chapeau beige, des vêtements beiges, et une paire de sandales accrochée à son sac ! Il est très gentil et nous partageons les 700 mètres de chemin qui me séparent du refuge. Je ne suis pas sûr d'avoir compris s'il faisait le GR11 ou la HRP, toujours est-il qu'il s'oriente vers la ville la plus proche — Benasque — pour se ravitailler en nourriture. Il ne peut stocker que 4 jours de vivre dans son sac. J'en ai mal pour lui, d'autant qu'il porte des genouillères. C'est à se demander comment et pourquoi la randonnée ultra-légère reste si confidentielle en Europe et dans le monde. Je me dis que c'est presque une question de santé publique parfois !

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Nous nous séparons comme prévu juste avant le Puente de Coronas, visible sur cette photo. Je l'ai prise au dernier moment alors que ce n'était pas prévu, pour me rappeler du bonhomme. Le petit abri recouvert d'ardoises est un arrêt par lequel transite un bus qui fait régulièrement la liaison avec Benasque. Le véhicule est présent au moment de cette prise de vue et repart après avoir stationné quelques minutes. Ce randonneur aurait largement pu le prendre, mais il a décidé de faire le chemin à pied. smile

Derrière moi se trouve un petit édifice. Il est revêtu d'une couleur tout à fait singulière, à savoir la seule nuance de vert au monde qui parvient à faire tâche... sur du vert. Il fallait y penser !

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Je l'ai bien aperçu plus tôt et ma première réaction a été la suivante : "Tiens, il n'apparait pas sur la carte" (aucun panneau n'indique son nom). Je jette également un coup d'oeil alentour, pas de trace du refuge que je recherche. Il ne devrait pas être loin pourtant. La configuration de l'endroit est telle qu'une bonne partie de l'espace qui m'entoure n'est pas directement visible, ça ne m'aide pas. Je cherche, retourne la carte dans tous les sens, me gratte un coin de la tête, mais ne trouve pas. Curieux, je me rends à l'intérieur du bâtiment et j'y retrouve le randonneur aux longs bâtons. En train de se changer. Oops. Je savais que j'allais le recroiser ! J'en profite quand même pour identifier les lieux : une table, des bancs, une sorte de grand lit superposé en bois capable d'accueillir une petite dizaine de personnes, et un téléphone SOS. Il se pourrait bien qu'il s'agisse d'un refuge.

Dès le début chez moi, et sans aucune raison particulière, je m'étais persuadé qu'il s'agissait d'un refuge beaucoup plus important. Ce qui après réflexion n'aurait eu aucun sens à proximité d'une ville comme Benasque. Ça m'apprendra à ne pas vérifier ! Je savais bien sûr qu'il est très judicieux de le faire, mais j'avais jugé cette étape très secondaire jusqu'à la négliger complètement. Heureusement cette-fois ci, il s'agissait juste d'une pince.

Ma trace prévisionnelle prévoit d'aller encore plus au sud, jusqu'à la Valle de Llauset. La veille ou l'avant-veille au soir j'ai cependant dû prendre la décision de couper dedans de manière importante, sans quoi je ne pourrai terminer ma boucle et rentrer en France à temps. J'emprunte donc finalement une portion du GR11, qui me permet de virer à l'est beaucoup plus tôt. Si tout va bien je pourrai rattraper demain une section alternative définie en amont sur ma trace prévisionnelle. J'en suis déjà au Jour 4 et il est temps de penser à remonter tranquillement vers la frontière.

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16h26, 1991m. Retour au croisement, et direction les Ibones de Ballibierna, aussi trouvables pour des raisons de simplicité sous les variantes suivantes : Ibons de Ballibierna, Ibones de Vallibierna, Ibons de Vallibierna...

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Je me dirige plus précisément vers l'Ibón Alto de Vallibierna à 480m de D+, dernier lac avant le prochain col. J'y planterai mon abri pour la nuit.

Je suis plutôt satisfait  d'atterrir sur un GR pour terminer cette journée. Outre le fait que ce type de sentier est généralement bien tracé et moins technique, il faut bien avouer que c'est parfois reposant de suivre des balises et d'avoir l'assurance de pouvoir arriver à destination sans trop réfléchir.

18h43, 2476m. Je pose le sac au sud du lac et trouve facilement un emplacement pour m'installer. Comme prévu, la montée a été des plus agréables et s'est faite sans difficulté. Je me trouve au beau milieu d'une cuvette d'environ 1km de largeur, 2km de longueur et 250m de profondeur. Je suis dans le foyer d'une parabole où toute l'énergie sonore se concentrera en cas d'orage. Réflexion du moment : "pour vue que ça pète !".

Je prends aussi toute la mesure de la chance que j'ai : tout cet espace, tout ce silence. Pour moi tout seul. C'est peut-être ça le plus vertigineux en montagne finalement.

Comme souvent, je bivouaque relativement près de la rive du lac. Cette grande quantité d'eau à disposition est très pratique et n'engendre aucun problème de condensation excessive dans mon abri. Je me l'explique par sa température glaciale — prévenant toute évaporation une fois la nuit tombée — ainsi que sa durée de rétention probablement très faible, qui l'empêche de se réchauffer en journée.

J'aperçois une minuscule grenouille dans l'herbe rase sur laquelle je m'apprête à planter la Wild Oasis. J'en attrape une et lui impose de prendre la pose.

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Celle-ci est jeune, aventureuse, et visiblement naïve. Elle partira sans réclamer son dû via une suite de bonds à l'atterrissage final hasardeux.

J'en vois bientôt une deuxième, et une troisième. Puis je réalise que le sol est littéralement envahi par des centaines de ces petites créatures. Réflexion du moment : "j'ai peur de marcher maintenant". Deuxième réflexion du moment : "si j'avais mon réchaud...".

À ce propos justement, j'ai désormais tout intérêt à anticiper si je veux manger le soir.

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Par chance, pour cette première c'est un plat lyo.

J'en profite ensuite pour installer mon abri et faire un brin de toilette. Je positive en pensant aux bienfaits de cette eau gelée sur mes jambes et articulations.

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Le sol est en fait constitué d'une fine couche de terre reposant sur ce que je devine être un grand plateau rocheux. Peu pratique pour y ancrer solidement l'abri, mais en plantant les piquets bien en biais et en les sécurisant avec de grosses pierres, cela fera largement l'affaire en cas de rafales.

Pour cette dernière photo, j'ai bien cru qu'il se mettait à pleuvoir en entrant dans l'eau. La surface s'est mise à frémir comme aux premières gouttes d'une averse orageuse. Fausse alerte : il s'agissait en fait de la version têtaresque de l'invasion constatée plus tôt sur la terre ferme. Ils y en avaient tellement qu'ils n'avaient pas assez de place pour tous se planquer sous les rochers.

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20h00. C'est prêt ! Ça a l'air de sortir du réfrigérateur, mais ça n'en sera pas moins délicieux.

PS : il était bien évidemment hors de question de cuisiner nos amis les grenouilles. smile

Morceau du jour, "Humeur de sanglier dans la Valle de Coronas" :

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Squarepusher - Smedleys Melody (infos)

Dernière modification par mknod (19-10-2015 19:44:41)


A vegan, an atheist and an ultra-light backpacker walk into a bar - I only know because they told everyone within the first three minutes.

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#77 06-10-2015 17:06:48

Magne2
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

En direct du boulot big_smile
Bonsoir je pense que ton espagnol utilise des bâtons de ski de fond ou de marche nordique
Sinon récit toujours très plaisant à lire et comme nous allons passer une semaine à Benasque l année prochaine cela donne des idées, merci.


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#78 06-10-2015 17:12:33

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Magne2 a écrit :

En direct du boulot big_smile

lol

Magne2 a écrit :

Bonsoir je pense que ton espagnol utilise des bâtons de ski de fond ou de marche nordique

Intéressant ! Pour la marche nordique j'avais vérifié en zoomant sur ses mains, et à la vue des dragonnes ce n'est probablement pas ça. Merci smile

Dernière modification par mknod (06-10-2015 17:12:48)


A vegan, an atheist and an ultra-light backpacker walk into a bar - I only know because they told everyone within the first three minutes.

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#79 06-10-2015 17:42:54

Grands-Pas
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Salut,

L'Espagnol en question utilise des Black Diamond Trail, bâtons solides, trois brins avec poignées pourvues de manchons.
Je ne les trouve pas si spéciaux (exceptés qu'ils sont mes fidèles compagnons depuis un petit temps déjà) tongue


" J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Étais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ? "

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#80 06-10-2015 20:00:36

kodiak
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

mknod a écrit :

Le sommet se découvre timidement et fait une apparition éclair qui me permet de le saisir. Un peu comme Michael Jackson aux 50 ans de Christian Audigier, mais en beaucoup moins cher.

lol
Une vrai fashion victim, cet Espagnol thru-hiker!
Squarepusher n'est pas le pire que tu nous aies fait découvrir jusqu’à présent.


Lâche ce clavier, attrape ton sac et pars marcher! |k|

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#81 06-10-2015 23:45:41

Magne2
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

HS @ Grands Pas
Quel est la hauteur minimun de ces black diamond ? HS

Dernière modification par Magne2 (07-10-2015 12:13:59)


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#82 07-10-2015 10:26:29

Grands-Pas
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Magne2 a écrit :

@ Grands Pas
Quel est la hauteur minimun de ces black diamond ?

[H.S.] 63.5cm repliés, plage d'utilisation : 110 à 140 cm., ils font de bons mats wink [H.S.]

Modif : Afin de ne pas continuer à polluer le post de Mknod j'invite les intervenant à réagir dans le fil consacré aux BD Trail : ça se passe par ici

Dernière modification par Grands-Pas (07-10-2015 10:37:11)


" J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Étais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ? "

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#83 07-10-2015 19:49:26

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Grande désillusion en cette triste soirée d'automne...

Un membre du forum, après avoir lu le lexique qui se trouve sous le sommaire du récit, m'a signalé que le sigle "GR" et son système de numérotation n'étaient pas une caractéristique franco-française, puisqu'ils étaient repris partout en Espagne. Jusque là tout va bien.

Là où je suis déçu, c'est que je pensais que le GR11 était un GR français expatrié en Espagne, et j'adorais l'idée d'une collaboration entre les fédérations de randonnée des deux pays. C'était le "GR11" quoi.

Malheureusement il n'en n'est rien, le numéro est sûrement un clin d’œil à son équivalent français mais ça s'arrête là.

Pire, la France a bien son GR11... qui fait une boucle dans cette merveilleuse région qu'est l'Ile-de-France lol

Plus d'infos :
https://es.wikipedia.org/wiki/Gran_Recorrido, http://www.spain.info/fr/consultas/depo … v=i&rpp=48
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sentier_d … 8France%29

Ne pas oublier non plus les itinéraires européens (E#), qui se confondent avec de nombreux GR en France. Ils apparaissent sur la carte IGN dédiée (1:1.000.000).

Bref j'hésite maintenant, GR11 ou GR11 ? big_smile

@ Grand-Pas, merci pour ton intervention. Effectivement le site dit aussi 140cm max, je m'attendais à bien plus. Ça m'intéresse carrément pour des mâts (ils sont même un peu plus légers que mes bâtons actuels). Sans être "spéciaux", l'utilisation qu'il en avait l'était (les photos ne le montrent visiblement pas, mais je vois ce que je veux dire).

@ kodiak, attention à ne pas abuser de "Squarepusher" et "pire" dans la même phrase. Tu vas avoir des problèmes tongue

Dernière modification par mknod (22-01-2016 19:26:16)


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#84 12-10-2015 08:17:45

Magne2
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Ola

J'ai des vieux souvenirs  1986 d'une boucle Hospice de France , haute vallée de Benasque ,Portillon par le littérolle avec l'UCPA   .....je me souviens d'une chaleur écrasante  il faut dire aussi que le sac était lourd
nous allons vraisemblablement dans l'Alto Aragon l'année prochaine au départ de notre base estivale du Tarn , la chaleur ne nous fait pas trop peur ayant randonné dans le Péloponnèse  big_smile
en Gros tu pense avoir eu quelles niveaux de températures  ?

bonne suite


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#85 12-10-2015 19:39:34

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Magne2, comme promis je reviens vers toi avec plus d'infos smile .

Encore une fois, bien difficile de juger de la température extérieure avec la bulle de chaleur produite par l'effort, et en plus je n'ai jamais froid ni jamais vraiment chaud en règle générale. D'ailleurs ma première estimation transmise plus tôt était mauvaise...

Quelques données qui devraient être plus fiables :
- Jour de départ 31 août 2015 à Luchon : 32,4°C max, je devais être en forêt puis ensuite en altitude au moment où ça tapait le plus smile http://www.meteofrance.com/climat/meteo … 30-08-2015
- Au même moment à Benasque : 34°C max, puis grosse chute à partir du 1er septembre avec ~19°C en moyenne. http://www.accuweather.com/fr/es/benasq … 2F1%2F2015

Mis à part le départ en forêt, aucun souvenir suffocant de cette excursion.

Deux autres liens sympa :
- Un blog sur Benasque avec des prévisions passées : http://la-meteo-benasque.blogspot.fr/20 … chive.html. Je ne pige rien à l'Espagnol donc impossible de t'en dire beaucoup plus tongue
- La météo MONTAGNE  du massif en direct : http://www.aemet.es/es/eltiempo/predicc … ?w=&p=arn1 <- Ça je le garde bien au chaud. J'ai fais participer une bilingue espagnol, elle n'a pas trouvé d'historique des températures sur ce dernier site. Dommage !

On peut légitimement s'attendre à ce qu'il fasse plus chaud une autre année je pense.


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#86 12-10-2015 20:11:34

Magne2
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Bonsoir Mknod

merci des précisions ...cela nous changera peu de la Grèce  smile


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#87 12-10-2015 20:30:41

florencia
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

On peut légitimement s'attendre à ce qu'il fasse plus chaud une autre année je pense.

Ou plus froid  smile

Dans la nuit du 3 au 4/09 :+3°C  station météo du Portillon et  la nuit suivante, neige à partir de 2400 °C m.

Flo

Dernière modification par florencia (12-10-2015 20:40:07)


Réalisations DIY
_ _ _ _ _ _ _ _ _


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#88 12-10-2015 20:32:52

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

florencia a écrit :

Ou plus froid  smile

J'y viens j'y viens... big_smile


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#89 12-10-2015 20:36:20

zorey
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Coucou Flo ! smile

florencia a écrit :

neige à partir de 2400 °C.

Ben ça ça doit pas arriver souvent quand même ! tongue


La nature nous a donné deux oreilles et une bouche pour écouter le double de ce que l'on dit.

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#90 12-10-2015 20:37:03

Bolton
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

mknod a écrit :

Je vois régulièrement des gens prétendre qu'ils randonnent sans bâton sur le forum. Je ne peux m'empêcher de me poser la question suivante : comment font-ils pour se passer de ce que je considère pour ma part comme une pièce vitale d'équipement ?

"Prétendre"? Tu en doutes?

https://www.randonner-leger.org/forum/v … hp?id=6443

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#91 12-10-2015 20:39:25

florencia
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Ah, ah, pour sûr  lol

Je corrige  tongue

Flo


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#92 12-10-2015 20:43:09

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Bien vu zorey wink

Bolton a écrit :
mknod a écrit :

Je vois régulièrement des gens prétendre qu'ils randonnent sans bâton sur le forum. Je ne peux m'empêcher de me poser la question suivante : comment font-ils pour se passer de ce que je considère pour ma part comme une pièce vitale d'équipement ?

"Prétendre"? Tu en doutes?

Absolument pas smile. "Affirmer" aurait été plus approprié. Merci pour la lecture, j'étais passé à côté de ce fil.

ajout : effectivement... peut-être qu'une petite partir de moi a du mal à le croire, mais je me soigne  tongue

Dernière modification par mknod (12-10-2015 20:44:54)


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#93 19-10-2015 22:23:04

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Jour 5 - 3 sept. 2015

Distance parcourue : 8,0km
Durée totale avec pauses (à ± 10min) : 10h20

Liens vers la cartographie.

Profil altimétrique :

9369_pyr8j2015_08j5_profiles_elevation_18-10-15.jpg

Altitude min/max : 2344 / 2775m
Altitude moyenne : 2599m
Dénivelé positif : 846m
Dénivelé négatif : 641m

Répartition temps de marche :

9369_pyr8j2015_08j5_profiles_time_19-10-15.jpg

Vitesse moyenne : 1,8km/h
Vitesse ascensionnelle moyenne : 326m/h
Vitesse de descente moyenne : 392m/h

Récit

Très peu de photos aujourd'hui, et pour cause : je n'ai quasiment rien vu. Beaucoup de hors sentier aussi, dans un brouillard épais et insistant. J'ai vraiment mal choisi ma journée.

L'orage a bien eu lieu, mais ce n'était pas celui que j'attendais : une suite d'éclairs à fréquence plus ou moins variable, sans pluie ni tonnerre. Les images sans le son... Ambiance électrique garantie.

Les averses ont commencé plus tard et ont duré jusqu'au petit matin. Au réveil, j'ai immédiatement noté une différence sensible dans mon environnement sonore : l'abri se trouvait désormais dans les méandres de nombreux petits ruisseaux temporaires évacuant le trop plein de la nuit.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1471_ls_19-10-15.jpg

Cela ne se voit pas beaucoup sur cette photo, mais j'étais littéralement encerclé. Les bords de ces ruisseaux étaient mal définis et se caractérisaient par des herbes gorgées d'eau ou inondées. Difficile de ne pas se mouiller les pieds pour évacuer les lieux !

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1472_ls_19-10-15.jpg

10h36, 2532m. J'ai d'ailleurs bien du mal à partir tant j'aime cet endroit. Je m'y sens comme chez moi !

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1473_ls_19-10-15.jpg

11h07, 2722m. Quarante minutes après mon départ, j'ai engouffré les 250m de D+ matinal qui me séparaient du Collada de Vallibierna. D'ici, j'aperçois parfaitement la dépression dans laquelle j'ai passé la nuit, ainsi que les Ibones de Vallibierna.

À peine ai-je posé un premier pied sur le col qu'une sonnerie de portable retentit.

Cela fait presque cinq jours que je n'ai pas entendu un son d'origine autre que naturelle, le contraste est saisissant et l'association déprimante. Je suis extrait sans ménagement du rêve éveillé que je vis, et dans lequel j'ai progressivement glissé sans même m'en rendre compte.

Cet événement est l'illustration même de l'agressivité habituelle des sons artificiels du quotidien, nullement étudiés pour ménager nos oreilles, et qui se mélangent dans un chaos ordinaire accepté par tous, aussi appelé bruit ou pollution sonore.

Le réveil est brutal, mais il aurait pu être pire. Par chance, je ne suis pas conditionné par cette sonnerie : elle ne m'évoque ni promesse de travail, ni l'attention trop rare d'une personne désirée, ou encore une invitation quelconque à aller boire un verre. Elle ne m'évoque pas non plus cette personne qui après un très long silence, trouve toujours le moyen de me recontacter pendant les seuls 8 jours de l'année où j'ai décidé d'être injoignable. Bref, ce n'est pas le son du téléphone que j'utilise au quotidien, mais celui d'un modèle exclusivement dédié à la randonnée.

Désormais en otage d'une antenne-relais invisible, je me sens contraint d'appeler quelques proches pour prendre et donner de mes nouvelles. Égoïstement, je ne le vis pas très bien. Bien qu'ayant fait en sorte que cela soit rapide et expéditif, ce léger crochet par le monde réel sera suffisant pour m'éloigner quelques heures du chemin intérieur que je parcoure.

Il faut dire que ce téléphone n'aurait jamais été allumé sans une énième petite déconvenue : après mon appareil photo et mon réchaud, c'est ma montre qui a décidé de me faire faux-bond. Elle s'est éteinte pendant la nuit alors que j'essayais d'allumer son écran pour y regarder l'heure. Mon GPS donne bien l'heure... puisque c'est un GPS. Mais je n'y ai pas pensé le matin même : comme d'habitude, je me suis contenté de l'allumer et de l'oublier pour le reste de la journée.

Avec la chance que j'ai, je ne peux m'empêcher d'en faire appel aux mathématiques. Petit calcul rapide (à haute teneur scientifique) :
- cette montre me lâche très approximativement tous les 2 ans, soit 1 jour tous les 2*365 = 730 jours.
- en un jour donné, la probabilité que cela se produise est donc d'environ 100*1/730 = 0,13%.

Il y avait 0,13% de chance que cette montre me lâche aujourd'hui. Et elle m'a lâché aujourd'hui. En pleine randonnée.

J'ai à peu près autant de chance de me faire écraser par un piano à queue Steinway tombé pendant son transit aérien vers le Japon pour le prochain concert de Keith Jarrett. Ou de me prendre un éclat de météorite dans une veine jugulaire au moment précis où je me baisserai pour refaire un lacet, ce qui occasionnera une chute en avant dans une flaque d'eau où je mourrai par noyade à défaut d'avoir eu le temps de me vider de mon sang.

Bref, pour la deuxième fois de cette randonnée, je crains réellement pour ma vie.

À part cela, la journée commence bien et la visibilité est excellente malgré quelques nuages bas.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1474_ls_19-10-15.jpg

11h23, toujours depuis le col. À l'opposé : l'Estany del Cap de Llauset, caractéristique avec sa forme de cœur repérée il y a quelques semaines dans mon appartement.

Je continue sur le GR11, pour le contourner par l'ouest. Au menu de cette descente, toujours la spécialité du coin :

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1475_ls_19-10-15.jpg

Des cailloux.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1476_ls_19-10-15.jpg

Et des cailloux.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1479_ls_19-10-15.jpg

12h27, 2458m. Il ne s'est déroulé que 1h20 depuis l'arrivée au col, et 33 minutes entre ces trois photos. Le voile nuageux qui arrive du sud perd en altitude et s'abat tranquillement sur les lieux.

J'enchaine rapidement sur le Collada de los Ibones, avec sa vue plongeante sur les Estanyets Cap de Anglios.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1483_ls_19-10-15.jpg

12h49, 2505m. Réflexion du moment : "y'a pas à ch***, c'est du sérieux".

Cette petite chaine de lacs marque l'endroit où je vais quitter le confort du GR pour attaquer le hors sentier. Je la contournerai par la gauche et bifurquerai plein nord dès que possible, c'est à dire dès que je trouverai une voie à peu près fiable pour commencer à monter. Le GR11 quant à lui, passe par la droite et continue vers le sud, sur un bon kilomètre et demi dans la vallée.

Dans un contexte différent — marche au long cours, moins de contraintes de temps —, je ne relèverais même pas ces nuages. Je me contenterais de m'arrêter là où là météo en a décidé, et j'en profiterai pour me reposer. Mais j'en suis déjà à un peu plus de la moitié de cette randonnée. Je dois impérativement commencer à remonter vers la France, et le plus gros de la journée reste à venir : une crête sur laquelle je tiens absolument à évoluer.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1485_ls_19-10-15.jpg

13h18, 2345m. Sur la rive nord du premier lac. Réflexion du moment : "un jour je reviendrai, et je plongerai de cette plateforme". Cela ne se voit peut-être pas, mais la profondeur était largement suffisante. J'avais envisagé de me baigner ponctuellement avant mon départ, mais je n'en n'ai jamais le temps. D'autant qu'il est peu envisageable de pénétrer dans cette eau glaciale sans d'abord faire baisser la température d'un corps réchauffé par l'effort. De même, il me semble préférable de redémarrer très rapidement derrière en enquillant un maximum de D+.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1488_ls_19-10-15.jpg

13h50, 2444m. J'ai pris un peu de temps pour de me décider à grimper, et j'ai choisi l'avant dernier petit lac de la chaine pour bifurquer, comme ma trace prévisionnelle le prévoyait. C'est le dernier lac avant l'Estany de l'Ubaga, visible sur cette photo. La visibilité se dégrade de plus en plus rapidement et quelques gouttes commencent à tomber (d'où les taches floues).

Direction le Pico Soubirón.

La vue est magnifique et je regrette un instant que ce plan d'eau ne soit pas sur mon itinéraire. Deuxième raison de revenir. Avec le recul cependant, il est souvent plus profitable de profiter de la perspective offerte par un point de vue situé à bonne distance.

L'ascencion sera pénible en tout point :
- une visibilité qui passe à quelques mètres, parfois quelques dizaines de mètres, me privant de toute faculté d'orientation.
- hors sentier total sur une pente très abrupte par section, voire quasiment verticale. Pas de balise, pas de cairn, aucune trace humaine. Juste le bonhomme, son bon sens, et des cartes qu'une vielle Canon de 7 ans a bien voulu lui imprimer.
- nombreux arrêts imposés par le manque de visibilité et l'obligation de faire le point régulièrement. Quelques très rares fenêtres d'une ou deux minutes me permettent de me repositionner approximativement.
- plusieurs débuts d'averses, qui m'épargneront.
- un soupçon de tonnerre annonçant un orage imminent, qui lui aussi m'épargnera.

C'est lent et éprouvant, mais je le vis bien car je ne suis pas spécialement en danger. Au pire, je perdrai deux fois le montant d'un Luchon-Paris, et je serai en retard d'un ou deux jours au boulot. Et puis après tout, je l'ai un peu cherché.

Le bonheur pur étant par essence insaisissable, je me suis permis de faire appel à Photoshop pour laisser mon âme d'artiste s'exprimer. Une boite de Guronsan plus tard, j'ai pu obtenir trois illustrations assez représentatives de cette progression à flanc de montagne, que je vous présente dans l'ordre chronologique.

9369_pyr8j2015_08j5_extra_wow_19-10-15.jpg

"Carré blanc sur fond blanc"

9369_pyr8j2015_08j5_extra_gog_19-10-15.jpg

"Carré gris sur fond gris"

9369_pyr8j2015_08j5_extra_rog_19-10-15.jpg

"Gouttes transparentes sur fond gris"

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1493_ns_19-10-15.jpg

14h15, 2498m. Je tente quand même ce qui sera la deuxième et dernière photo de cette ascension. Le dégradé subtile produit par le brouillard est quelque peu méprisé par la moulinette du numérique, et laisse penser qu'il existe une distinction nette et le premier et second plan. La réalité était un peu plus nuancée.

Le Pico Soubirón se trouve 300m plus haut, à un petit kilomètre à vol d'oiseau, devant moi. Ou peut-être un peu à gauche du cadre. Ou bien à droite. Bon, j'avoue que je n'en sais rien. hmm

Peu de temps après, un petit lac sans nom — celui en forme de haricot — me permettra de me localiser précisément sur la carte. Je n'en suis pas encore tout à fait à la moitié, mais c'est toujours ça de gagné... et c'est bon pour le moral. Je sais bien évidemment toujours approximativement où je me trouve, mais l' "approximatif" ne me suffit plus quand je suis privé de la faculté si rassurante de voir.

Le suite de la montée sera tout aussi intéressante que ma tentative désespérée dans le domaine de l'art abstrait monochromatique.

15h27, 2758m. Visibilité nulle. Je me trouve enfin sur la crête, et j'ai atterri à 200 mètres au sud est du Pico Soubirón. Pour du hors sentier, à l'aveugle après ne l'avoir aperçu que très brièvement une ou deux fois beaucoup plus tôt, je suis assez content de moi. En tout et pour tout, ces 370m de D+ parcourus depuis le début de l'ascension — soit 1,3km de marche effective — m'auront pris 1 heure et 52 minutes.

Je suis un peu fatigué mentalement, à défaut de l'être physiquement.

La journée est cependant très loin d'être terminée, et elle me réserve encore quelques belles surprises.

Habituellement lorsque j'arrive de biais sur une crête ou un col — et que je pense en avoir terminé —, il y a toujours ce "one more thing", cette petite butte ou ce plateau rocheux à traverser avant d'être effectivement en son point le plus haut. Parfois même, j'ai droit à trois ou quatre de ces surprises, une butte en cachant une autre. Mais pas cette fois.

La première vision qui m'est offerte après avoir enjambé le dernier rocher de cette ascension n'est pas des plus rassurantes : à 80cm devant moi, c'est le vide. Si je continue tout droit, je plonge. Et je n'aurai même pas le plaisir d'apprécier le paysage défiler devant mes yeux à vitesse grand V. La vue est en effet d'autant plus impressionnante que le brouillard, toujours aussi épais, m'empêche d'appréhender ce vide. Rien d'ailleurs ne me permet de le constater de manière tangible. Rien à part cette sorte de "sixième sens" que j'expérimente pour la première fois, et qui se manifeste visiblement en situation de grand danger, quand les cinq autres ne sont plus d'un grand secours. Notons quand même qu'à certaines conditions (à commencer par la présence d'une ou plusieurs sources sonores, bien rare en haute-montagne en excluant l'écoulement des eaux), l'ouïe à elle-seule aurait pu combler ce manque d'informations visuelles. Mieux, elle aurait même pu me renseigner sur l'épaisseur et la densité de ce voile nuageux.

Il y a aussi ce lac, l'Estany Negre. Il se trouve bientôt juste à ma droite, mais impossible de le voir dans ces conditions. Je sais qu'il est là, mais je veux le voir. Pour la première fois, je me sens frustré par cette visibilité médiocre. D'autant plus que sans lui, je ne peux me localiser sur la crête, même approximativement.

La situation dans laquelle je me trouve n'est pas très confortable, mais je ne me sens pas vraiment en danger pour autant. Après tout, et comme souvent en montagne, il s'agit "juste" de ne pas tomber wink. Cela deviendra plus embêtant si la météo ne change pas et que je m'éternise trop là-haut. Je me rassure en me disant que rien ne dure jamais en montagne, et qu'il n'y a pas de raison pour que ça ne se dégage pas à un moment ou à un autre.

En attendant, je commence à évoluer prudemment sur cette crête particulièrement étroite. Par sécurité, je redescends parfois de quelques mètres sur son versant sud — celui d'où je viens —, puis remonte un peu plus loin. C'est le seul praticable puisque de l'autre côté, c'est le vide. Rien ne me permet d'en être complètement sûr, mais je devrais normalement pouvoir redescendre à tout moment si le temps venait à manquer. L'idée est la suivante : je continue à avancer le plus possible, et dans le pire des cas ma nuit consistera à me protéger d'une hypothermie. C'est techniquement assez simple, puisque j'ai juste à pénétrer dans mon duvet et à le protéger de l'humidité. La priorité n'est clairement pas au bivouac 5 étoiles.

Cette progression est plutôt usante mentalement. Il m'arrive dans ces moments là de me parler à moi-même, de rire, de m'énerver un peu, et surtout de chanter. Un peu comme dans le morceau du Jour 1, mais en pire. Je ne prends jamais de musique avec moi en randonnée, mais elle est aujourd'hui plus que jamais présente dans ma tête.

J'ai probablement l'air d'un imbécile heureux, mais je profite pleinement de mon aventure.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1494_ls_19-10-15.jpg

15h57, 2737m. Enfin une éclaircie. Avec ce qui m'entoure je sais qu'elle ne va pas durer, mais elle sera suffisante pour enfin apercevoir l'Estany Negre 180m plus bas, et me localiser. Le fameux sixième sens ne s'était pas trompé, et ça ne rigole pas.

Le simple fait de "voir" ce lac me ravi par ailleurs au plus haut point. Bien plus que de savoir précisément où je me situe sur la crête (pour information, je suis désormais à environ 130m à l'ouest du Pico Soubirón, légèrement contourné par le sud). En réalité, cette petite fenêtre me permet de démystifier les lieux. Au sens propre. Ce n'est pourtant pas faute de savoir être terre-à-terre au besoin... en randonnée en tout cas !

J'en profite pour prendre une pause rapide et faire quelques photos, décidément bien rares aujourd'hui.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1495_ns_20-10-15.jpg

Réflexion du moment : "ça fait du bien d'y voir clair".

Je ne le réalise pas encore mais je suis en train de vivre un des temps forts de cette randonnée. Les émotions à l'image de la montagne : en creux, en crêtes, et surtout en pics. Le tout lubrifié par une bonne dose d'oxygène pur. Il y a franchement de quoi devenir accro.

La nature ayant décidé de me faire passer une dernière épreuve — c'est en tout cas ce que j'aime penser, je sais au fond qu'elle n'a que bien peu à faire du petit randonneur que je suis —, j'ai droit à ce qui sera un baptême du feu pour mes trails, et donc pour moi-même : une roche détrempée et recouverte de grêle. Rien d'inhabituel en soit, disons juste que ce n'était pas vraiment le meilleur moment. Faute d'être bonne aujourd'hui, la météo avait au moins eu le mérite de rester relativement stable jusque là. Mais comme relevé plus haut, rien ne dure jamais en montagne.

La pluie m'a épargné en journée jusqu'alors, et j'ai pu me réjouir un nombre incalculable de fois de l'accroche particulièrement excellente de mes chaussures sur terrain sec, quelque soit sa nature. Cette première en trails n'est pour l'instant que du bonheur, je redoute donc forcément un peu ce moment.

Raison de plus pour faire ça vite et bien, donc. À peine ai-je eu le temps de le réaliser que je dois désormais affronter une tempête de grêle mêlée à de la pluie. Les rafales de vent sont forcément puissantes sur cette partie exposée, et la grêle pique littéralement mes oreilles à travers la capuche de ma veste imper-respi, enfilée plus tôt en guise de coupe-vent. Elles sont déjà fragilisées par le soleil (j'y reviendrai), mais quand même. Les zones non couvertes de mon corps se font agresser de toute part. Entre l'eau, la grêle, le froid et le vent, la sensation sur mon visage et mes mains est proche de la brûlure. C'est loin d'être insupportable, mais cela réveil mon esprit endormi par un environnement cotonneux et diffus. Quant à mes jambes (je suis en short), aucun problème. J'ai l'impression qu'elles ne craignent rien à part le soleil. Le fait de protéger suffisamment mon torse et ma tête y est peut-être pour quelque chose.

Bref, je me sens vivant.

J'aurai encore droit à quelques averses assez copieuses une fois le gros de la tempête passé, mais je ne me laisserai plus surprendre. J'enfile cette fois ma jupe de pluie, elle devrait permettre de garder le contenu de mes poches — ainsi que celui de mon patrimoine génétique — bien au sec.

Mes cartes elles, n'auront malheureusement pas cette chance. Malgré toutes les précautions prises, l'eau arrivera à atteindre l'ouverture de la pochette plastique qui les accueil et remontera par capillarité sur quelques centimètres. Avec l'encre, de nouvelles montagnes sont apparues sur les montagnes. Heureusement, il ne s'agit que des feuilles déjà utilisées ou en cours d'utilisation.

Ce qui s'annonçait comme une difficulté supplémentaire sera cependant une bénédiction : après s'être vidé sur ma tête, le ciel commence enfin à se dégager.

17h36, 2672m. Après une altitude maximum de 2776m près du Pic de la Solana d'Anglos (2813m, appelé Tuca de Anglios sur ma carte...!), j'arrive finalement sur un petit col séparant l'Estany Negre de l'Estany del Cap de Llauset, où je suis passé beaucoup plus tôt. J'aurai pu l'atteindre beaucoup plus facilement en bifurquant vers le nord au niveau de ce dernier, mais ce n'était pas d'actualité et je n'ai donc pas envisagé cette option sur le moment. C'est sans regret puisque l'intérêt aurait été nul, le challenge inexistant, et la suite forcément différente.

Le kilomètre parcouru depuis que je suis sur la crête — 1,1km pour être plus précis —, avec ses 84m de D+ et 160m de D-, m'aura pris 2 heures et 9 minutes. Dans la vue. À défaut de mieux.

La suite de mon parcours consiste à terminer le contournement de l'Estany Negre pour ensuite garder ma trajectoire vers le nord. Beaucoup de roche en vue, et une nouvelle prise d'altitude. Au regard de l'heure tardive et de cette journée déjà bien riche en émotions, je n'envisage pas de continuer.

Je décide donc de descendre vers l'Estany del Cap de Llauset jusqu'à trouver une zone de bivouac. Je tombe sur des herbes rases une cinquantaine de mètres plus bas et pense pouvoir trouver mon bonheur. Le sol est jonché de nombreuses pierres partiellement enterrées, mais dépassant assez pour m'empêcher d'y dormir. Une RidgeRest serait à peine suffisant, donc ce ne sont pas les 5mm d'épaisseur de mon matelas qui gommeront ces aspérités. Je cherche, convaincu qu'il y a forcément un espace de 50x180cm exploitable quelque part. J'en trouve un, légèrement en cuvette. Il est encore rempli des averses précédentes. Ça m'évitera de faire l'erreur de m'y installer ! Je continue donc à décrire des cercles de plus en plus grands, toujours assez confiant.


18h08, 2646m. J'éteins mon GPS pour éviter de trop brouiller ma trace. Je commence à perdre espoir et me vois bientôt obligé de recommencer à prendre un peu de hauteur dans les alentours. Peut-être que je trouverai sur place, ou que le point de vue offert me permettra d'identifier des zones que je n'avais pas vu plus bas. Une trentaine de minutes plus tard sinon plus, je dois me rendre à l'évidence : il est strictement impossible de bivouaquer ici. Ou alors je n'ai pas trouvé le seul petit mètre carré adéquat, mais je n'ai de toute façon plus envie de chercher. Il est hors de question de perdre plus de temps ici, mais la perspective de descendre encore plus bas me déprime. Cela annulerait purement et simplement tous les efforts déployés depuis ces 6 dernières heures.

Pas le choix, je dois reprendre le fil de mon itinéraire.

Il se fait de plus en plus tard, mais la lumière est revenue et j'ai eu le temps de me remettre de mes aventures précédentes. Le simple fait d'enchainer et d'être toujours occupé est relativement efficace en la matière. Je suis donc prêt à redoubler d'énergie pour marcher et trouver une satanée zone de bivouac.

19h00 environ, 2680m. Je me trouve comme prévu sur les hauteurs de l'Estany Negre, à l'ouest. Ce lieu est un vrai labyrinthe minéral en trois dimensions, mais quelques cairns refont leur apparition. Logique, nous somme à proximité d'un col sur une voie beaucoup plus praticable, et sur sur un axe nord-sud.

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19h35, 2671m. J'ai finalement repéré quelques parcelles d'herbe en contrebas de la voie — ou plutôt devrais-je dire sur les hauteurs d'une paroi rocheuse qui plonge à pic vers le lac —. Deux sont correctes, je choisis celle avec la meilleure vue. L'espace est juste suffisant pour monter mon abri, et j'ai plus que jamais tout intérêt à l'ancrer solidement au sol. Réflexion inverse de la veille au soir : "pour vue que ça ne pète pas".

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1500_ls_19-10-15.jpg

Bivouac 5 étoiles avec vue prémium sur le lac, la crête empruntée plus tôt, et son Soubirón de pic ! On aperçoit encore un peu de grêle sur la pierre à l'entrée de l'abri. C'était d'ailleurs une flaque au moment où je l'ai monté, mais elle a vite été absorbée.

Comme hier, j'ai anticipé et mis à tremper mon repas assez tôt. Au menu ce soir : pâtes 3 minutes mélangées avec une soupe Royco en sachet.

Il n'y a pas de mot pour décrire ce qui est à l'heure actuelle le repas le plus répugnant qu'il m'ait été donné de manger.

Vous voyez cette pâte qui tombe toujours à côté de la casserole sur votre plan de travail recouvert d'une eau légèrement souillée, et qui a eu le temps de gonfler parce que la flemme l'a sauvée d'un aller-simple en liaison directe vers la poubelle ?

Maintenant imaginez-là dans votre bouche.

À environ 6°C.

Fois 200.

Lors de ma préparation en amont, j'ai oublié qu'il était bien meilleur de prévoir deux sachets de soupe pour une ration de pâtes, plutôt qu'un seul. L'eau dans laquelle elles trempent est donc assez salée pour être infâme, mais pas assez pour être bonne. Après ça j'ai presque envie de manger l'herbe qui se trouve à mes pieds. Je la boirai quand même parce qu'elle est potable, qu'elle me sera toujours plus utile qu'aux rares plantes qui poussent ici, et parce que c'est un principe essentiel auquel je n'ai pas envie de déroger.

Dans l'urgence, j'ai justement oublié de me ravitailler plus bas et je commence sérieusement à en manquer. J'étais trop occupé à rechercher un emplacement pour mon abri. Rien ne coule à proximité, je pourrais peut-être attendre demain mais ce n'est pas le genre de choses sur lequel j'aime faire des compromis.

Il est bientôt 20h, soit une heure avant la nuit noire. Le MUL que je suis décide de redescendre rapidement vers la première zone de bivouac envisagée, mais cette fois-ci avec un équipement SOXUL. "So eXtreme Ultra Light", "Super Ouf eXtreme Ultra Light"... peu importe. J'aime bien cet acronyme, je sens qu'il va pouvoir être marketé facilement même chez les américains. Et puis c'est un clin d’œil au SOLite. Je pars donc avec : un bâton, une bouteille vide, ma frontale, et mon GPS pour enregistrer la portion de trace manquante. J'ai aussi oublié de le rallumer en reprenant le fil de mon itinéraire. Je repère brièvement les lieux : un gros rocher remarquable avec une cairn dessus, ça devrait être bon.

Les flaques que j'espérais retrouver ont été absorbées, je dois donc redescendre encore un peu plus bas pour me servir dans un petit plan d'eau peu profond et non représenté sur ma carte. Il est entièrement composé de roches rouges ferreuses donnant un aspect peu rassurant à l'eau. Je n'ai de toute façon pas d'autre option.

Je remonte et parviens à me perdre une fois sur place, toujours dans cet enchevêtrement labyrinthique de rochers. J'aurais du mieux me repérer en partant. Mon abri est quelque part là dedans, à plus ou moins 60 mètres de distance. Je sais qu'il est au bord d'un ravin, mais il n'y a pas de bord quand je me rends dans cette direction. C'est directement le vide. Je hais les labyrinthes. Même petit, je n'ai jamais trouvé ça drôle. Réflexion du moment : "c'est pas drôle". D'autant que je suis encore en train de brouiller ma trace, et que l'absence de luminosité me mettra bientôt en réel danger. Je cherche pendant une quinzaine de minutes, temps pendant lequel le soleil a préféré partir éclairer nos amis de BPL. Fort heureusement, j'ai déjà enregistré le waypoint de mon bivouac et ma boussole reste toujours dans une poche de mon short. Je me résous donc pour la première fois à utiliser mon GPS pour autre chose que l’enregistrement de trace.

C'est parti pour une petite chasse aux trésors. Et quel trésors puisqu'il s'agit de tout mon matériel. Je règle le cadran de ma boussole avec l'azimut qui m'est fourni en temps réel, effectue ma visée, et marche jusqu'au prochain obstacle infranchissable. Trois visées plus tard, je suis dans mon duvet. C'était moins une.

Il faut dire que j'ai été quelque peu retardé lorsque je suis parti chercher mon eau. Une énième averse orageuse venait de s'abattre sur moi, et les nuages vaporeux se dispersaient à grande vitesse. Pour je ne sais quelle raison, je me suis retourné alors que j'étais déjà à une bonne cinquantaine de mètres de mon bivouac.

Et j'ai bien fait.

9369_pyr8j2015_08j5_pics_dscf1512_ls_19-10-15.jpg

19h57, zone de bivouac. Après m'en avoir fait baver toute la journée, la nature a décidé de m'offrir un de ses plus beaux cadeaux.

Sans rancune !

Morceau du jour, "Progression aérienne sur la crête du Soubirón" :

9369_pyr8j2015_08j5_soundtrackthumb_19-10-15.jpg
Yonderboi - Bodysurf (infos)

Dernière modification par mknod (27-10-2015 03:24:51)


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#94 19-10-2015 23:29:50

Magne2
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Superbe photo finale merci


kalo taxidi alias bon voyage en Grec bien sur

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#95 20-10-2015 08:22:27

zorey
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Ah ouais quand même !  yikes

Des moments forts, sans doute un peu de "qu'est ce que je fous là ?", une certaine fierté d'être passé entier et de l'avoir vécu mais aussi un contentement d'en avoir fini avec cette journée.

Merci du partage. smile


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#96 20-10-2015 11:17:18

ester
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Bonjour Mknod, smile

Tel que tu le racontes, J 5 est plein d'émotions.
Merci, c'est beau ! smile

Je n'ai pas un esprit très matheux, mais ton calcul des pourcentages me laisse comme un doute...
Ton 0.13 %, ce serait une montre qui lâche aléatoirement un jour sur 730, non ?
Bienheureusement, il n'en est rien.
Lorsque tu viens de la changer, tu as 100 % de chance qu'elle fonctionne (sauf coup de malchance).
A ce titre, ester, grande voyante devant l'Eternel, te prédit qu'en août 2017, la pile approchera des 99.99 % d'usure... tongue

Quel spot de bivouac, accroché à la pente !
Et comme dit zorey (coucou zorey ! smile ), "ah ouais quand même !"

Vivement J 6 ! smile

Edit : Correction pseudo

Dernière modification par ester (20-10-2015 14:27:55)


Grâce à vous, j'avance ! merci !  smile

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#97 20-10-2015 13:40:18

zorey
HRP addict
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Re ! smile

Je n'ai pas tout relu mais tant que j'y pense.
Je crois que dans ta situation j'aurais fait des micro-feux pour pallier à la panne de réchaud, technique de wilf qu'il m'arrive d'utiliser sur de courtes sorties. Et la cartouche de gaz je l'aurais sans doute laissé au refuge de Pescadores/Coronas pour m'alléger, sachant qu'on est sur le GR11 et que du coup il y a pas mal de passage, ça aurait sans doute pu servir à quelqu'un.
Qu'en pense-tu ?

Et coucou ester ! smile

Dernière modification par zorey (20-10-2015 13:40:40)


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#98 20-10-2015 21:49:25

mknod
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

@ zorey

zorey a écrit :

[...]
sans doute un peu de "qu'est ce que je fous là ?", [...]

Ça t'étonnerait si je te disais que cette question ne m'a pas effleuré l'esprit une seule seconde ? Même dans la "difficulté" j'ai pris mon pied, et je crois sincèrement que je resterai sur ma faim si c'était toujours une ballade de santé. Ça forme à la dur et j'aime bien ça. Alors forcément sur le moment les sentiments sont un peu plus mitigés (et encore), mais l'excitation n'en n'est pas moins très grande big_smile. En définitive ce qu'il faut retenir c'est peut-être cette phrase :


"[...] J'ai probablement l'air d'un imbécile heureux, mais je profite pleinement de mon aventure."


Mais tu as entièrement raison, je le savoure d'autant plus que j'en suis sorti (pas maso quand même).

zorey a écrit :

Je crois que dans ta situation j'aurais fait des micro-feux pour pallier à la panne de réchaud, technique de wilf qu'il m'arrive d'utiliser sur de courtes sorties.

Pas tout suivi là, micro-feux ? Technique de wilf ?? (sachant que je ne suis pas de ceux qui se balladent toujours avec un œuf de Manise dans la poche).

zorey a écrit :

Et la cartouche de gaz je l'aurais sans doute laissé au refuge de Pescadores/Coronas pour m'alléger, sachant qu'on est sur le GR11 et que du coup il y a pas mal de passage, ça aurait sans doute pu servir à quelqu'un.
Qu'en pense-tu ?

J'en pense que c'est une excellente mentalité, et ça ne m'étonne pas de toi smile. En pratique, j'avais toujours l'espoir de pouvoir le réparer donc c'est vrai que je n'ai pas eu ce réflexe (cf. le prochain épisode).

@ ester,

Bonjour smile ,

Tu m'as démasqué ! J'ai bien essayé d'inclure le facteur temps mais ça ne rendait clairement pas service à la narration. Du coup j'ai ajouté (ironiquement) "à haute valeur scientifique"... en espérant que ce petit tour de passe-passe suffirait à faire passer le truc. Et puis personnellement je ne retiens jamais la date du dernier changement de pile, donc quand ça lâche je le ressens vraiment comme un truc aléatoire. tongue

PS : pour la prestation de voyance j'imagine que c'est uniquement en espèce et sans facture ? big_smile

Merci pour vos retours,
"makhno"


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#99 20-10-2015 22:27:57

willHorn
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

salut

J aimerais bcp voir ta liste a 3,6 KG

merci


I'am on my way

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#100 21-10-2015 08:17:28

zorey
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Re : [Récit + liste] 8 jours autour de l’Aneto au départ de Luchon (J7)

Salut mknod !  smile

wilf, membre du forum, parle de micro-feu ici. En gros pas de réchaud, juste la popote et pour les itinérances un peu longues, un peu d'esbit si les conditions sont trop humides. Perso je trouve que les micro-feux sont assez faciles à faire avec juste un briquet et il est en plus assez facile de ne pas laisser de traces et de ne pas faire de fumée (ou très peu) avec ce système, et puis c'est léger c'est sûr.

D'ailleurs j'aime bien son site internet, je me permets de mettre le lien ici : lignes de crêtes

mknod a écrit :

Ça t'étonnerait si je te disais que cette question ne m'a pas effleuré l'esprit une seule seconde ? Même dans la "difficulté" j'ai pris mon pied, et je crois sincèrement que je resterai sur ma faim si c'était toujours une ballade de santé. Ça forme à la dur et j'aime bien ça. Alors forcément sur le moment les sentiments sont un peu plus mitigés (et encore), mais l'excitation n'en n'est pas moins très grande big_smile. En définitive ce qu'il faut retenir c'est peut-être cette phrase :

"[...] J'ai probablement l'air d'un imbécile heureux, mais je profite pleinement de mon aventure."

Mais tu as entièrement raison, je le savoure d'autant plus que j'en suis sorti (pas maso quand même).

Oui je comprend bien ces sentiments, on se sent vivre dans ces cas-là, flirter avec la limite est assez excitant, le tout est de ne pas trop la dépasser, je garde de plus en plus une marge, d'aucuns diraient que je vieillis et ils n'auraient pas tort. smile


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