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#1 27-09-2013 17:59:46

Chib84
Banni(e)
Lieu : APT pas loin de nulle part
Inscription : 11-04-2009
Messages : 693

[Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Finalement, tout ça c’est la faute à René. Vous fatiguez pas, laissez tomber les recherches, René fréquente pas le forum. Non, René c’est le patron du bar au bout de ma rue. « Le Pastre ». En provençal, ça signifie le berger. Faut voir la gueule du troupeau se précipiter vers l’abreuvoir surtout vers midi quand c’est l’heure du Ricard. Elles rentrent blanches et elles ressortent noires. C’est la magie du pastis. Le reste du temps, les brebis sont plutôt calmes et oisives. Elles occupent paresseusement la terrasse, un verre d’eau, un café. Elles tiennent sept, huit heures. Et six jours sur sept à ruminer et à user le journal régional qu’elles doivent relire au moins trois fois par jour. « Ils doivent essayer de l’apprendre par cœur » rajoute René. René, c’est un peu un chaînon manquant. Un lien paléontologique entre l’ Homo neanderthalensis et l’Homo Sapiens. Un peu plus de deux mètres, cent vingt, cent trente kilos. On sait plus. Une tête enfoncée directement dans les épaules. Un homme sans cou. Et question conversation, pareil ; une conversation primaire ou primate c’est selon et saisonnière. A partir d’octobre, la seule conversation tolérée c’est la chasse. Pas la chasse au faisan ou au lapin. La vraie chasse. « La chasse au cochon » comme dit René.  Pas la chasse à une espèce d’obsédé sexuel ou un pervers quelconque. La chasse au sanglier. Il manque le feu de bois et le plafond de la grotte mais les personnages y sont, on entend même les cochons grogner.  Le reste de l’année, on parle sport. René est un ancien sportif. A ses oreilles en feuille de choux, on devine  qu’il a joué au rugby. Et pas trois quart aile. Prononcer ce mot rugby, c’est signer son arrêt de mort. Quasi instantané.
- « Y’a pas de rugby qui tienne, t’entends... Le quinze c’est  un truc de gonzesses, de danseuses et puis c’est tout.
-  Mais le ballon...
-  Quoi le ballon.  Parce que le ballon est ovale. Et alors ? Y’a que le jeu à treize, et puis c’est tout… Pas vrai Gisèle ? »
Gisèle c’est la représentante femelle de l’espèce. A l’image de son René. Pour l’habiller, y’a que le sur mesure. Les sous-tifs, tu trouves pas le modèle dans les rayons des dessous chéris. 165 D, E ? Il arrive un moment où la lettre n’y change plus rien. Et je n’évoque pas par pudeur le reste de l’anatomie.   
-    Mais bien sûr mon René. Le treize, c’est le seul sport.  Le reste c’est pour les fragiles, les squelettiques…»
Vaut mieux pas insister ou le taquiner. Question débat il ne goûte pas la nuance psychologique. Bon, il faut reconnaître qu’il n’a pas toutes les dispositions ni toutes les aptitudes. Par contre il excelle dans le débat physique surtout le débat physique contradictoire. Là il est carrément chatouilleux et hostile. René ne te laisse jamais finir tes phrases. Une espèce de battoir large et noir comme une poêle se dirige vers la bouche émettrice et contrariante. Un vieux réflexe qu’il a gardé du jeu à treize. Le sport des gentlemen…
-    « Au fait Chib, tu fais quel sport toi ?
-    Je cours , un peu de vélo.
-    Fais voir ta tête ? Tu te dopes ?
-    Attends René tout ceux qui font du vélo ils ne se dopent pas…
-    Gisèle !!!
-    Tous ceux qui font du vélo ils se dopent et puis c’est tout.
-    Bon, alors un peu. Un peu de Doliprane…
-    Ah !! Tu vois…  Et tu fais quoi d’autre ?
-    Un peu d’escalade, d’alpinisme…
-    Le truc sur les rochers, à se les geler, avec la neige !!! Gisèle !!!
-    Un truc de siphonnés juste bon pour se casser la gueule !!!
-    Y’a pas besoin de monter là haut…
-    Mais on monte pas là haut pour…
-    Et tu montes là haut pour quoi faire ?
-    Pour rien. Juste pour y aller. Pour voir.
-    Ah !!! Je préfère rien dire. Gisèle ressert moi, je sens que je vais distribuer des baffes… Moi aussi pour rien…
-    Sinon je marche aussi…
-    Et moi aussi je marche. Quand je vais au petit Casino chercher une boîte d’haricots je fais pas du sport…
-    Je randonne.
-    Tu randonnes ? Et pour aller où ?
-    Pas pour aller quelque part, juste pour découvrir des coins, des gens …
-    Et c’est un sport ?
-    Ben ça fatigue bien quand même. C’est un peu du sport…
-    Y’a un chronométreur ?
-    Non. Tu marches  sans chrono, sans horloge…
-    Et  le score ?
-    Quel score ?
-    Tu marches pour aller nulle part, sans chronomètre et sans score. C’est vraiment un truc à la con, ton sport.
-    Ecoutes René là je vais aller marcher. Je reviens avec des photos  et tu verras bien que c’est dur comme du sport…
Et c’est comme ça que je me suis retrouvé un dimanche soir au camping de Ceillac. A cause de René.


Jour 0
Dimanche soir à Ceillac. Mon fils me dépose. Camping désert.

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Personne dans les rues du village. Pour les plus vieux depuis 1942 le couvre feu est toujours en cours. Réveillé en sursaut vers deux heures du matin. Un renard décidé de terminer sa nuit en goûtant à mon fromage. Un vieux comté 18 mois d’affinage. Un truc d’artiste. Acheté à la découpe. Une vieille tradition chez les renards cette attirance fromagère. N’est pas corbeau qui veut. Maître Goupil a laissé une trace de son passage. Sa mâchoire a déchiré la moustiquaire de ma Moment. Des travaux de couture en prévision. En attendant, je saisis un de mes bâtons. S’il pointe son museau, je lui en promets un coup sur la truffe à lui faire passer sa gourmandise et lui faire payer mes efforts couturiers. Le renard est courageux mais pas téméraire. Dommage.   

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Jour 1

Départ de Ceillac au petit matin. Personne. Rien d’ouvert, même pas la boulangerie. Un village de fantôme. On sait pas tout de la vie de certains villages. Les guides et les brochures sont mal faits. Relatent et recensent que des activités ludiques ou de détente. Mais rien sur les dangers nocturnes, les menaces locales, les esprits, les revenants, les volets qui se ferment en grinçant qui cachent les regards inquiets des habitants du lieu. Si en plus, les chocards passent en croassant… Déjà que les renards attaquent… Je traverse le village prudemment, sans m’y attarder… Pas l’habitude de représenter une menace…

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En attendant faut avancer. Pas le temps de découvrir la population locale. Les obsédés du dénivelé vont encore râler. Encore un compte rendu d’ethnologue, ça soûle, la moyenne du linéaire et du dénivelé qui tombe…. Donc j’avance. Et je monte vers ce fameux col...

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Pour un premier compte rendu, s’agit pas en plus de se faire engueuler. Et puis Guy m’a averti. En plus frêle, il a parfois des accents à la René. « Chib, si ton compte rendu est pas à la hauteur de ceux du comité, t’es dégradé. S’agit pas de ridiculiser le comité !!! ». Quand il prend cet air là, le Guy y rigole pas. Ah ! Ben faut dire que dans notre comité, on est bord de la tyrannie !!! Sais pas vous, ailleurs, mais dans le Sud Est…

Donc, en route pour le Col des Estronques. 2 651 mètres. C’est le dernier mètre le plus difficile. Estronque ça signifierait tronçonner. Pas trouvé le rapport.

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En face, le massif de la Font Sancte.

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La grande descente poussiéreuse et interminable vers St Véran.

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Les gens du coin ont quand même du temps. Dans un couloir d'avalanche, ils ont recoupé les troncs pour aller construire un petit cairn sur chaque souche. Moi, je veux bien les traditions, tuer l'ennui. Mais là. Y'a quelque chose qui m'échappe...

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La chapelle de Clausis. Loin si loin. Aller y prier se mérite.

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Je décide de bivouaquer au dessus du refuge de la Blanche. C'est le grand ménage. Celui d'avant la fermeture hivernale. La gérante n'est pas spécialement causante ni accueillante. Bivouac autour de 2 500. Un brin frisquet. Le lendemain matin je relèverai - 4° à ma montre. La doudoune de rigueur pour avoir bien chaud. Les pipis nocturnes pas vraiment sympathiques.

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Jour 2

Et c’est reparti. Au petit matin. Bien frais. Le sac alourdi par la tente et la condensation de la nuit. Le silnylon c’est vraiment la plaie. Je continue à grimper pas encore bien réveillé. Et puis avec les premiers rayons du soleil de la journée, je tombe nez à nez avec une marmotte, elle aussi pas encore bien réveillée. En tout cas, pas autant méfiante que la population ceillaquine. Bien grasse, curieuse. Même pas un sifflement d’alerte. Parfois l’animal sent qu’il n’a rien à craindre de la part de l’homme. Pas que je sois végétarien. Mais la marmotte au réchaud à gaz… Je l’épargne pour des raisons gastronomiques. On s’observe un moment. C’est moi qui m’éloigne. Ça a dû fanfaronner dans le terrier…

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J’arrive enfin au croisement de mes interrogations du moment. Basculer en Italie ou ne pas basculer ? Questionnement shakespearien. Hamlet devant son poteau. Remonter les vallées du Viso ? Un parcours nostalgique. Remettre mes pas dans peut être ceux de mon arrière-grand-père ?  Mon aïeul, que j’ai connu, était italien. Antonio Mandrile. Un homme pourtant plein d’humour. Il n’a pas apprécié l’ambiance festive italienne de cette époque. Faut juste préciser que les copains à Benito en guise de bizutage, te purgeaient à l’huile de ricin en rejouant la Rome antique. La blague des années trente réservée aux ennemis politiques. Et quand tu ne souffres pas de constipation… Mon arrière-grand–père, sa salade il ne l’assaisonnait pas à l’huile de ricin… Il préférait et de loin l’huile d’olive. Toujours cette gastronomie congénitale. Du coup, il a quitté son Piémont natal en oubliant pas d’emporter celle qui allait devenir sa femme et mon arrière- grand-mère… Vous suivez ? Ils sont partis à pied. Ils sont passés dans le coin. Mul ou pas Mul ? J’en sais rien du tout. En tout cas, ils ont pas dû partir avec grand-chose tellement ils étaient fauchés. Mul alors oui sans doute mais plus par nécessité que par goût. Finalement, je choisis de rester en France. L’Italie attendra encore. Une année.  Arrivederci. All'anno prossimo.

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Col de Chamoussière. 2 884 mètres. Je débouche sur  le col et le refuge Agnel. Une route passe par ce fond de vallée. Une route qu’emprunte parfois le Tour de France. Y’a encore des touristes. De ceux qui ont le temps. Des retraités ou de jeunes couples sans enfant. Tous en voyage de noce. Les autres travaillent ou ont les enfants à récupérer à la sortie de l’école.

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Je prends ensuite la direction du col Vieux.  Un peu avant le col, une tourbière et son champ de linaigrette. Tout un univers cotonneux.

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Enfin le col Vieux. Je vais m’y asseoir et manger un peu de mon fromage rescapé des mâchoires du canidé, esquinteur de tente. Des gens ont bâti un cairn abri. Ça me rappelle un peu les bories de mon Luberon, en plus petit. Mais le même jeu d’équilibre avec le matériau le plus abondant du coin ; la pierre sèche.

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Sur l’autre versant, un premier lac. Le lac Foréant. Je devine des gens qui s’y baignent. Les berges du lac sont interdites d’accès. Protection totale du milieu. Pas question d’aller piétiner une petite bestiole ou plantule rares. Les barbotteurs sont du personnel du parc régional qui effectue des prélèvements d’eau et de vase. On discute un moment, juste pour apprendre  que toutes les eaux des lacs alpins sont polluées. Et pas par des pollutions banales. Figurez- vous que les fumées des zones industrielles de Fos et Marseille, viennent sous forme d’aérosols déposer du plomb, du molybdène et autres poisons dans leurs eaux limpides. Pour une fois que j’engage la conversation avec des gens du coin, c’est pour apprendre un truc morbide. Je remarque aussi qu’ils ont pas perdu certaines bonnes vieilles habitudes. C’est les deux nanas présentes qui vont se taper la remontée du matériel de plongée jusqu’au col Vieux et au-delà jusqu’aux voitures. Les garçons se réservent les échantillons prélevés. Le poids pour les filles et le côté précieux et noble de la mission pour les hommes. C’est l’aspect chevaleresque qui m’émeut. Comme s’ils allaient devoir offrir le rempart de leurs corps pour remonter et protéger les précieux flacons.

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La descente se poursuit avec l’apparition d’un second lac. Le lac d’Egorgéou. Même protection. Pas de possibilité d’approcher. Juste avant d’arriver au second lac dans un immense tas de cailloux, les bergers du coin s’y sont aménagés des abris, une maison, une bergerie ? Faut trouver des occupations. Le temps est long à surveiller les brebis. Il l’est moins quand il y a une bergère. Sinon, il te reste le travail de la pierre. Pas sûr que ça fasse autant de bien.

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Descendre, descendre encore… Avec le Viso comme point de vue. J’irais l’année prochaine en faire le tour. J’essaierais d’y retrouver au moins les traces d’une de ces anciennes carrières de jade. Il fût une époque où des hommes venaient extraire du jade. Ils montaient avec des masses de bois pour faire cuire la roche et en sortir de précieux morceaux. Pourquoi faire ? Pour fabriquer des haches. Des haches qui ne servaient à rien. Ni à couper du bois, ni à se défendre ou à tuer des animaux. Ces haches étaient polies, échangées et offertes aux dieux du moment. On en a retrouvé plusieurs. Aux quatre coins de l’Europe. Le jade à un marqueur qui fait que l’on ne peut le confondre avec un autre. C’est comme cela que l’on sait que des haches retrouvées au fond d’un torrent en Ecosse provenaient du jade de cette région… Tout ça pour dire que les hommes de ce temps-là s’adonnaient à des activités qui leur coûtaient beaucoup pour fabriquer des choses belles et sacrées. Le propre de l’art c’est justement de faire de l’inutile… 

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Et question artiste, on est servi. Des hommes d’aujourd’hui passent beaucoup de temps inutilement à marteler les tracés du GR, histoire peut être que les marcheurs, randonneurs se pomment… Régresserions-nous ? L’imbécilité le dispute à la méchanceté…

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J’arrive enfin au gîte de la Monta. Promesse d’une bonne douche. Une entorse que je m’accorde tellement j’ai eu chaud. Un gentil accueil pour un petit prix. Le gîte accueillait des stagiaires. Le thème du moment « Le Pastoralisme ». Je me méfie des mots qui finissent par isme. Pas un seul stagiaire qui soit éleveurs , bergers ou agriculteurs. Pas tout compris. On a beaucoup parlé d’herbe. Pas sûr que ce soit celle que mange le bétail…


Jour 3

Départ au petit jour. Saupoudrage givré. L’herbe craque sous les pas. La petite dame est quand même venue me saluer, une tasse de café à la main. Une façon élégante et agréable de se dire au revoir. On a échangé quelques mots. Comme souvent, une conversation entre deux inconnus débute souvent par des banalités météorologiques. Ça n’a pas failli.  Elle m’a parlé du temps qui était en train de changer. Mon baro ne m’indiquait rien de tel. Et entre les propos d’une  haute alpine même gentille et le dernier cri de la technologie Hi-Tech, j’ai pas voulu la vexer... Par contre, j’ai plus de doute. Suunto nous prend vraiment pour des truffes. Elle était curieuse de ma destination, de comment j’allais rentrer. Naïvement, j’ai répondu : « La navette ». Dans un franc éclat de rire, elle m’a répondu : « Ben alors, vous êtes par encore chez vous !!! Même nous qui habitons ici, on y a toujours rien compris à leur navette». J’ai pas voulu l’accabler, lui parler de populations isolées où la vivacité d’esprit n’est pas la première des aptitudes… Mais il arrive que les choses tu les comprennes parfois trop tard. Surtout pour un mec comme moi, vif, brillant du côté du bulbe. Un Q I. exceptionnel qui renvoie le major des énarques au rang de poisson rouge… J’ai quand même gardé ça dans un coin de ma tête. Une vieille méfiance instinctive.
Je suis le Guil. C’est le nom du torrent. Taquin, joueur, le cours d’eau. De temps en temps, ses flots emportent la seule route. Il faut suivre ses berges. Au début rive gauche jusqu’à Ristolas, puis rive droite jusqu’à Abriès. Pas facile, les débordements ont ruiné ou emporté la piste… On zigzague entre les gabions… Finalement, Abriès est en vue…

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C’est jour de marché à Abriès. Donc affluence. 20, 25 personnes sur la place. Je traverse le village et j’en profite pour remarquer quelques curieuses constructions. Une espèce de chapelle.

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Ils ont même pris la peine d’équiper leurs ponts de petites cabanes pour abriter les pigeons. On sent le souci du bien être pour ces volatiles. La traversée des villes ou des villages c’est toujours compliqué. Je mets  un certain temps pour trouver le départ du chemin que je dois suivre. Je prends mon temps. Je déteste faire demi-tour.

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Je finis par emprunter un chemin de croix qui d’oratoire en oratoire me mène à une chapelle néo quelque chose mais franchement moche. Fermée. Le Bon Dieu n’est pas là. Même pas pu constater si c’était aussi beau dedans que ce que c’est hideux dehors. Ça aurait fait un équilibre.

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En cette fin septembre, il y a encore beaucoup d’eau. Avec des sources qui déposent des concrétions colorées. Ça égaie le paysage. 

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Je poursuis ma route. De temps en temps je croise un monument religieux. Fermé. Le saint n’est pas joignable. J’ai l’impression de participer à un pèlerinage. Tout seul.

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Je traverse un hameau ruiné. Le Malrif. Plus rien debout. Un abandon total.

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Un peu plus loin, une nouvelle fois, une chapelle. Restaurée. Mais fermée.  Le personnel religieux du coin est prudent. Un clocher, debout. Toujours cette passion religieuse présente sur ce chemin. Il doit y avoir une histoire que je ne connais pas. Quelques maisons en cours de restauration…

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Les lacs du Malrif sont encore loin. Ou plutôt encore hauts. 700 mètres à franchir mais verticalement. Au détour du chemin, j’entends un éclat de rire. Ça y est j’entends des voix. Les anges me visitent. Je tourne dingo. L’accumulation de la fatigue, comme les égarés dans le désert. Je croise trois personnes qui elles aussi montent aux lacs de Malrif. C’est la femme qui a ri.  Les deux hommes sont plutôt avenants. Les civilités. On parle un peu. C’est des bretons. Pour des gens habitués à parcourir un pays plat comme la main ils n’hésitent pas à arpenter la montagne. La rhétorique celte est implacable. La femme me dit : «  On s’est entraîné. 900 mètres de dénivelé sur le chemin des douaniers c’est pareil que 900 mètres dans le Queyras !!! » Je lui réponds pas. Je veux pas la vexer et faire mon intéressant avec la pression d’oxygène, l’altitude. On va se suivre. Moi, devant, un peu avancé.

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Le lac du Grand Laus est enfin en vue. Je me pose. Je mange. Mes bretons arrivent. « Ça rassemble à chez nous. Manquent les vagues ». Et les marées. Et puis tant au fond comme il y un peu de place on construit un petit Mont St Michel. Ou un phare. On va se quitter là. Ils vont rejoindre Aiguilles. Et moi les Fonts.

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Je grimpe au col du Petit Marilf. 2 830 mètres. Du vent. Un cirque glaciaire immense qu’il va falloir parcourir jusqu’au bout, jusqu’à trouver Les Fonts..

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Dans la descente, y’a  des sections avec un cairn tous les 3.00 mètres. Pour se perdre ou s’égarer, faudrait perdre la vue. Toujours cette manie de jouer avec les cailloux : des cairns, des bergeries, des toits en lauze.

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Enfin, Les Fonts sont en vue. Un curieux village ou hameau. Pas d’électricité sauf celle donnée par quelques pauvres panneaux ou des groupes électrogènes. Je m’installe dans un pré après avoir demandé à la première maison ouverte. Toilette revigorante au torrent. C’est le bon côté du savon d’Alep, ça mousse peu. Donc on se rince peu.

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Jour 4

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Départ au lever du jour. Encore un petit coup de givre. Je quitte le petit hameau des Fonts sans faire une petite visite à ma voisine. Son propriétaire était inquiet. Elle parait mieux que hier soir.

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En route vers le col de Péas. Un col tranquille. Sans histoire.

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Dans la descente j'ai trouvé un ballon jaune. En fait à l’origine il y en avait deux. Un des deux s’est crevé provoquant l’atterrissage du dispositif. Un petit carton vert était accroché  au bout des liens sur lequel on pouvait lire une adresse email et « La vieillesse c’est bien aussi ». Je n’en doute pas. Surtout que ça va nous atteindre toutes et tous. Vaut mieux se la préparer optimiste. Parait même qu’on vit de plus en plus vieux. Le plaisir va donc durer. C’est l’autre qui l’a dit.  Le mangeur de gâteaux chocolatés. Avant de massacrer nos régimes. Les courants d’air ont été cléments. Le courrier postal réinventé. Sur les plages, parfois on trouve des bouteilles avec des messages ou des plans de trésor. Mais en montagne, c’est bien la première fois qu’un message m’arrive par la voie du ciel. Tant pis pour le trésor. Je leur ai adressé un petit message. Les expéditeurs m’ont répondu. C’est des lyonnais.
       
« Quelle joie d'avoir reçu votre mail et votre message ! Un de nos ballons lâchés mercredi derniers lors des portes  ouvertes festives de l'espace Seniors (Lyon 9) est arrivé jusqu'en Hautes Alpes. Je vous mets en pièce jointe le programme de ce bel après-midi.

J'ai transféré votre mail aux seniors qui organisaient avec moi (animateur de l'Espace Seniors) votre message et je suis en train de le lire à deux personnes âgées qui sont en ce moment à l'Espace Seniors. Elles sont enchantées et vous remercient de tout coeur.

En espérant vous rencontre un jour, nous resterons en contact avec vous. Merci encore. Je vous envoie le résumé de notre après-midi et quelques photos.

Bien cordialement

Jean RATSIMBAZAFY
animateur de l'Espace Seniors » 

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Le temps se gâte. Descente sur le hameau du Rouet.

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Puis Château Queyras et Le fort de Vauban. Puis la pluie.

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Mais pas de navette. Le type s’est bien arrêté. Pas à l’heure indiqué. On peut pas tous avoir des ancêtres horlogers. Il a rien voulu savoir. Il aurait fallu que je réserve 36 heures avant. Dans un pays où il n’y a pas l’électricité partout. Dans un pays où on a plus de succès de recevoir un message accroché à deux ballons que d’envoyer un SMS. Alors réserver 36 heures avant. Faut pas pousser mémé dans les orties. J’ai fait du stop. J’ai été pris par un employé de l’hôpital d’Aiguilles. Dans une seconde ou une troisième vie, il a dû être pilote automobile. C’est là où dans un court instant, tu vérifies le niveau d’équipement du véhicule. La ceinture, les airbags. Tu adoptes vite une position fœtale bien enfoncé au fond du siège. Si tu pouvais tu serais déjà dans le coffre. On a doublé la navette. Le train m’a paru aller lentement, très lentement. C’est un peu comme les décalages horaires. 
Le mot de la fin c’est Gisèle quil’a eu : « Chib, c’est pas un sport ton truc. C’est juste comme le dit la chanson un truc pour user les godasses. Une escroquerie du lobby cordonnier».

Dernière modification par Chib84 (30-09-2013 20:51:53)


Quelque part, entre les débris du peu et le rien, nous vivons dans les faubourgs de l'éternité. Nous ne sommes pas parvenus où nous voulions aller, mais nous pensons être arrivés là où nous devons être.

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#2 27-09-2013 18:25:55

ventcalme
Membre
Lieu : Bzh
Inscription : 29-10-2011
Messages : 1 552

Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Joli prologue, j'attends la suite avec impatience  smile

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#3 27-09-2013 18:27:55

tumasgiu
Membre
Lieu : Breizh/Corsica
Inscription : 23-04-2013
Messages : 48

Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

C'est précisé au camping de Ceillac pour les goupils  big_smile


« Il n’y a jamais un sommet d’où la vue ne soit pas belle.  »

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#4 27-09-2013 18:37:25

cazor
Membre
Lieu : tarascon 13
Inscription : 30-08-2011
Messages : 416

Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Bonsoir à tous
Salut chib 84
Effectivement ton récit commence plutôt bien vite la suite.
Je vois que toi aussi tu as eu à faire à un renard mais tu as eu de la chance il ne s'en est pris qu'à ton fromage moi c'est la main qu'il a gouté.

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#5 27-09-2013 19:11:09

Kam
Membre
Inscription : 19-01-2011
Messages : 2 988

Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

C'est quand on lit des récits comme celui-ci qu'on se dit que l'on peut bien se passer de photos.

J'ai même été faire un tour sur ton profil pour chercher les autres retours, histoire de ne pas rester sur ma faim, mais il n'y en a pas. sad

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#6 27-09-2013 19:54:53

Olivier_G
Membre
Lieu : Lausanne, Suisse
Inscription : 28-07-2006
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Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Il est trop choux ton texte!


Olivier
PS: ma présentation

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#7 27-09-2013 20:27:24

Myrtille88
Membre
Lieu : Provence
Inscription : 30-09-2009
Messages : 1 554

Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Bonsoir smile
Ah! René et Gisèle, un régal! big_smile
Sûr que j'attends la suite.
Le goupil,je connais, depuis je pends mon sac de nourriture dans un arbre s'il y en a, et Goupil marron! lol

Myrtille

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#8 27-09-2013 20:49:01

N_75
Cancre du fond du forum et hamacoeur
Lieu : loin des livres !
Inscription : 29-11-2012
Messages : 845

Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

smile

Dernière modification par N_75 (25-08-2014 09:50:25)

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#9 27-09-2013 20:51:53

jeremy974
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Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

salut,

t'as vraiment une très belle plume..j'attend la suite avec impatience.
J'ai aussi été victime du renard au camping, il a essayé de voler mon sac de bouffe le malheureux.. je suis sortis du duvet à poil pour le pourchasser en pleine nuit avec le piolet en main.. lol
Pour se venger, au reveil j'ai découvert qu'il m'avait coupé les 2 haubans de la tente..

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#10 27-09-2013 20:58:51

fredlafouine
Fouinez!
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Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

San Antonio sort de ce corps. smile


´·.¸¸.·´¯`·.¸ ><((((((º>

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#11 27-09-2013 21:00:02

snop
Marcheur vertébré invétéré
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Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Je me suis déjà bien bidonné avant même que tu ne commences le récit de la balade.
Ca promet pour la suite !
Aller, un dernier... ! .... pour la route... !
Merci pour cette franche tranche de bonne humeur. Impatient de lire la suite, qui sera du même tonneau (de bière) très certainement.


"Heureux les fêlés, ils laisseront passer la lumière". Ma liste 3 saisons montagne - X-lite 350 custom

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#12 28-09-2013 07:57:50

domweb
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Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Joli morceau de prose, Chib, ça change un peu des photos à millions wink

Tu écris (bien) comme tu marches (bien), tout juste le temps de respirer, sacré rythme!

Je parie que c'est René qui t'a poussé vers RL, je me trompe?

Tes impressions sur Ceillac, on dirait du Magnan (pour tenir compagnie à Frédéric Dard, et peut-être un peu du Michel Audiard, aussi, dans les dialogues au café tongue ).

Bref, des références plutôt flatteuses (si ç'est trop lourd, Chib, tu peux virer les étiquettes lol ).

Je connais le coin, intéressant de confronter mon vécu avec ton récit, un régal.

J'espère que tu pourras venir vendredi (si j'étais chef, je te nommerais bien directeur-de-la-veillée-dans-la-cabane-de-Boules).

Amicalement,


Si j'avais une pensée profonde à exprimer ici, je serais déjà couché. Alors, je veille...

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#13 28-09-2013 08:30:35

sylsol
Rêveur de montagne
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Re : [Récit + liste] 1° jour d'automne dans le Queyras...

Très belle écriture, je me plais à imaginer les lieux... à inventer la suite...
Les photos en un peu plus grand et c'est la Palme !
Merci à toi
Sylvain


Mes retours sur RL : Ariège / Massif Central

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