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#1 08-09-2019 17:08:05

Adrienne
Apprentie MULe
Lieu : Région parisienne
Inscription : 27-10-2017
Messages : 586

[Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

J’avais préparé cette (longue) promenade depuis longtemps.

Je suis attirée par le grand Nord depuis très jeune. Avez-vous lu un jour ce merveilleux album du Père Castor écrit par Paul-Émile Victor, « Apoutsiak le petit flocon de neige », qui raconte la vie d’un jeune inuit ?
Ce livre me faisait complètement rêver…

Plus tard j’ai appris que le Nord ça n’était pas que des igloos et de la chasse aux phoques, mais un monde de paysages et de peuples riches d’une culture du nomadisme, des grandes étendues, de l’oralité. J’ai lu Malaurie, et d’autres auteurs qui ont su m'expliquer ces terres et leurs habitants.

Puisque parfois chercher le Nord c’est aller à l’Est, je suis allée en Russie, jusqu’en Sibérie, commencer à découvrir la civilisation du bouleau et du pin. Mais je n’avais pas eu l’occasion d’y marcher seule autrement qu’en petites balades à la journée.

Entre temps, j’ai découvert il y a quelques années, par la pratique du chant choral, l’univers musical de l’Europe du Nord. Le chant balte, finlandais, russe évidemment, scandinave. J’ai commencé à aller chanter là-bas, avec des finlandais, leur musique chorale si puissante et imprégnée de la nature. Les mots que je connais en finnois, en estonien ou en norvégien aujourd’hui ne me permettent pas d’acheter du pain ou un ticket de train, mais parlent de la mer, de la neige, du soleil de minuit, des étoiles sur la forêt, de l’eau qui jaillit de la terre, du froid et de la nuit profonde. J’ai même chanté du Yoik, ce chant traditionnel Sami, fait de cris et de sonorités anciennes.

J’avais de plus en plus envie d’aller moi-même voir de quoi parlait cette musique, comment lui donner des images plus réalistes, et continuer cette histoire d’amour et d’attirance pour le Nord.

Ayant devant moi l’occasion (rare) de trois semaines de liberté, j’ai donc fixé ce moment de découverte à cette année. Par souci de cohérence écologique tout autant que d’envie de ne pas me précipiter, à l’aller comme au retour, entre deux avions et en quelques heures de Paris aux lacs de Sàpmi (la Laponie en langue Sami), j’ai préparé mon voyage en choisissant de ne pas prendre l’avion.

La première préparation a donc été une (longue) étude des moyens de transport entre Paris et Inari, municipalité du nord de la Finlande où j’avais fixé mon point de départ. Comment enchaîner les transports de manière à ne pas prendre trop de temps de transport, mais tout de même il y a une sacrée distance à couvrir ! Le tout en modérant les dépenses car, et c’est bien là le drame, il est beaucoup moins cher de prendre l’avion que d’utiliser des moyens de transport plus écologiques.
J’ai fait pas mal de modélisations, pour arriver à des trajets d’environ 3 jours / 3 nuits (on verra que j’ai changé des choses au retour), pour un prix double de celui de l’avion, mais une empreinte carbone que j’ai (péniblement) calculée à 4 fois moins lourde qu’un voyage en avion.

Sur place, j’ai découpé initialement ma balade en 2 semaines entrecoupées d’un passage dans un village pour du ravitaillement. En réalité, j’ai eu 4 segments différents suite à des adaptations.

Le fil de préparation matérielle est ici, rien de transcendant mais une recherche d’allègement sans non plus renouveler tout mon matériel. Merci à tous ceux qui m'ont donné leurs précieux conseils !

Mon itinéraire initialement prévu devait me faire partir d’Inari, rejoindre Karigasniemi par une boucle partant du SO d’Inari pour atteindre Karigasniemi par le Sud. Ensuite, après ravitaillement à Karigasniemi, j’avais planifié de repartir en prenant au départ le sentier balisé du Kevon Reitti puis de rejoindre, via 2 à 4 jours de hors-sentier, le sentier balisé Utsjoen Reitti et le village d’Utsjoki.
On verra que j’ai adapté cette partie.

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Conditions de terrain et météo

J’avais été bien briefée par Florencia, à la lecture de son récit de l’an dernier, inépuisable source de conseils et d’informations à piocher, et aussi par email. À la fois sur la meilleure zone à aller randonner, et sur les informations indispensables.
J’ai beaucoup pensé à toi Florencia pendant cette balade, soit en admirant ta pugnacité sur le terrain, quand j’ai parfois choisi des solutions moins dures de progression, ou en t’imaginant devant certains lacs ou rivières sortant ton packraft, ou bien encore dans certaines cabanes où j’ai regardé si tu avais laissé un mot. Mais tu es discrète !
Je tiens à te remercier vraiment pour tout ce que tu partages sur RL sur cette région, et qui m’a beaucoup aidé.
Les autres récits de randonnée dans cette région, en hiver comme en été, que j’ai lus sur RL, m’ont également été précieux à plein de titres : merci à tous <3

Le terrain, donc.
Il est assez changeant selon les endroits, mais globalement de la végétation basse : buissons de myrtilles, genévrier et autres baies, saule arctique, lichens divers sur les zones exposées au vent et en hauteur, ainsi que dans les sous-bois. Comme arbres uniquement des pins et des bouleaux. Les arbres sont petits, tordus pour les bouleaux, lents à pousser, peu denses.
Des marécages dans toutes les zones entourant des cours d’eaux ou des lacs, et globalement dans le moindre fond de vallée. Fréquemment des tourbières également.
Beaucoup de pierres, soit sous forme de gros blocs en éboulis ou en chaos rocheux, soit dans des trous assez invisibles au sol.
Beaucoup d’eau, en rivières toujours très courantes mais assez peu profondes et très claires (et très froides!), en lacs de toutes tailles et parfois vraiment grands.
Un paysage très ouvert la plupart du temps, avec des zones cependant très encaissées du côté du Kevon Reitti, qui font penser un peu aux Highlands.
C’est un terrain assez difficile à marcher, parce que perpétuellement changeant et peu fiable : les trous, les pierres, les marécages rendent la marche assez peu régulière. Mais l’isolement, l’air pur, l’ouverture des paysages le rendent absolument splendide.

La météo
Je crois que j’ai été assez gâtée par la météo. À mon arrivée mi août, les températures allaient de 5-8° la nuit à 15-18°C le jour. Globalement du soleil, un vent assez léger, des pluies la nuit. Ensuite un passage vraiment mauvais avec chute de températures (autour de 4-5° en journée, probablement autour de zéro la nuit), pluie, vent fort, brouillard, pas beau. Puis à nouveau du beau temps et une remontée des températures autour de 15-18°c, avec en revanche beaucoup de vent, et une explosion de couleurs d’automne avec le démarrage de la Ruska.
Les moustiques n’ont été vraiment dérangeants que la 1ère semaine, et à la toute fin.

Le matériel

LISTEPOIDS (en grammes)
SUR MOI2654
Chaussures randotrail D4 FH500 Helium538
Mini guêtres D4124
veste imper/respi D4500
Chaussettes43
pantalon synthétique léger et déperlant331
micropolaire D4208
Sous-vêtements87
Tshirt ML merino217
tour de cou synthétique31
casquette47
lunettes soleil18
bâtons de marche Forclaz 700510
DANS LE SAC6577
sac à dos Forclaz 40 Air900
Vêtements1102
sac poubelle 30L (comme sacs étanches)41
Pantalon de pluie D4209
chaussures légères de bivouac190
doudoune uniqlo163
Chaussettes rechange43
Chausettes nuit33
tshirt nuit ML Polyester chaud153
Tshirt MC synthétique62
Legging synthétique nuit152
Sous-vêtements25
gants fins31
surmoufle imper42
moustiquaire de tête24
sac vêtements48
BIVOUAC2325
Tente tipi monoparoi DD Hammocks550
Moustiquaire194
Sac de couchage Millet Alpine ATK 800 + housse étanche754
Matelas Therm a Rest Prolite Women + housse535
kit réparation10
Sardines90
feuille polycree45
sursac SOL escape lite147
Sitpad52
CUISINE569
mini sac à dos / cuisine42
Réchaud MSR Rocket110
Bouteille de gaz206
briquet15
allumettes8
Popote plastique hermétique28
Popote titane 500ML TOAKS + couvercle85
Couteau Opinel n°626
spork10
boule à thé16
gourde platypus35
Bouteille d’eau 1L30
TOILETTE / SECOURS339
Serviette microfibre23
éponge5
Trousse toilette  / pharmacie311
DIVERS1342
cartes82
Lampe frontale D4 basique80
ficelle26
batterie de recharge113
sacoche argent / CB / CNI / Clés55
téléphone portable + coque190
Appareil photo Sony Cybershot DSC RX-100276
câble chargement41
GPS Garmin 66i268
écouteurs12
boules quies8
Liseuse + ziplock191
NOURRITURE4000
TOTAL SAC10577
TOTAL SAC + HORS SAC13231

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Habillement
Choix de vêtements assez bon, ni trop ni trop peu. À refaire, je prendrais un 2e tshirt manches longues en mérinos, et supprimerais mon tshirt de nuit synthétique trop chaud. Mais je garde le TSMC qui a été utile parfois, jour ou nuit.
J’ai perdu ma casquette dans le transport aller, mon buff mis en fichu a servi les jours de grand vent et/ou grand soleil pour tenir mes cheveux.
Bonnet bien utile les quelques jours de froid.
Peu utilisé mes surmoufles et pantalon de pluie mais je crois que ça reste indispensable à prendre.
Doudoune assez peu utilisée au final, les soirs où il faisait très froid j’avais souvent des cabanes pour passer la soirée.
Chaussures : finalement assez mitigée sur les rando-trails. Certes bien pour les passages marécageux ou de rivières, mais quand on retourne indéfiniment dans l’eau, finalement elles ne sèchent pas si vite. Et très pénibles sur les parties très rocheuses. J’ai trouvé que je me tordais beaucoup les chevilles, beaucoup de faux pas. Ce sentiment d’insécurité a certainement joué dans mon choix de changement d’itinéraire. À voir sur d’autres essais ? Pourtant j’avais bien aimé au printemps…

Bivouac
Tipi DD Hammocks très bien, mais je trouve quand même qu’il ne tient pas super bien la tension en cas de grosse pluie. Il faut le retendre très souvent. Pas d’humidité à l’intérieur ni condensation. Il faut que je renforce le sommet pour me sentir plus à l’aise en tension sur le bâton de marche. J’ai arraché un hauban en marchant dessus pas réveillée, à réparer.
Polycree impeccable, pas un trou dedans !
Moustiquaire à reprendre entièrement, elle n’a pas la bonne forme, pas les bonnes attaches, inutilisable en pratique.
SOL Escape bivy : je m’en suis servi 2-3 nuits, pendant tout ou partie de la nuit quand il faisait vraiment froid. Je crois qu’à présent ce sera dans mon fond de sac systématiquement.
Duvet : impeccable jusqu’à 5° la nuit. Mais il perd des plumettes, je ne sais pas comment faire pour contrer cela.

Cuisine
Le combo popote 500ML + boite hermétique en plastique fonctionne bien. J’étais partie finalement avec mon réchaud MSR et une mini-bombonne de gaz, et quelques esbit ainsi qu’un mini-réchaud alu.
Je pense qu’il faut que je me lance avec simplement de l’esbit puisque généralement je n’ai besoin que d’amener de l’eau à ébullition pour faire ma cuisine, pas de faire mijoter. J’ai pas mal utilisé les poêles de cabanes et fait du feu quand je pouvais. J’aurais pu me passer du réchaud gaz.

Pharmacie
Je n’ai utilisé que quelques pansements pour mon ampoule due aux semelles soi-disant ergonomiques, et 2 paracétamol pendant les trajets en train.

Divers
Ravie de ma liseuse toujours aussi fidèle dans la durée et qui n’a pas souffert de l’absence de couverture. Idem pour l’appareil photo qui tient une semaine d’autonomie sans souci (penser à prendre une 2e carte SD si je veux faire des vidéos)
Sac à dos : pas le plus léger, mais je suis très bien avec. Un grand 40L avec un dos bien ergonomique et aéré, qui tient dans la durée : je le garde.


Jour 1 – 15 août 2019. Environ 1000 km, train.

Il peut paraître étrange de commencer un récit de randonnée par un voyage en train, mais en fait cette décision de faire le trajet en train/bateau/train/bus m’a vraiment fait débuter le voyage à la porte de chez moi.

Lorsque j’ai commencé à marcher à Inari, cela faisait 4 jours que j’étais partie, j’étais déjà complètement dans mon voyage, cela change tout.

15 août donc, il faut partir. Le sac est prêt depuis la veille au soir, ce qui est assez rare chez moi, championne de la préparation au dernier moment. Mais cette fois-ci j’avais mieux préparé, grâce à RL !
Le sac est bien plein (un 40L avec une semaine d’autonomie alimentaire, c’est vite plein), mais pas trop lourd.
Je vais gare de l’Est prendre mon premier train (allemand) en direction de Mannheim. Trajet sans histoire, à Mannheim j’ai une heure de battement, je vais voir le curieux système de numérotation des rues qui date du 18e siècle : le prince allemand qui a fait dessiner la ville de Mannheim a choisi une disposition en damier, et les rues du centre ne portent donc pas de nom mais des coordonnées ! E2, O6, P7, S1. C’est une curiosité historique et topographique amusante.

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La campagne allemande vue du train, c'est joli !

De retour à la gare, mon train suivant est annoncé avec retard, ce qui commence à m’inquiéter car le changement suivant à Hambourg est un peu serré (15 min). Le train arrive avec seulement 6 minutes de retard, mais à l’arrivée à Hambourg 4 heures plus tard, on a 15 minutes de retard, et je crains vraiment de rater le train suivant, puis donc celui d’après et mon bateau, et catastrophe !

Je pique donc un sprint plein d’espoir en arrivant à la gare, change de quai en moins d’une minute, et atterrit essoufflée mais entière dans le train qui part à Lübeck ! Merci au contrôleur qui a retenu la porte en me voyant arriver en courant… (c’est là qu’on est contente de ne pas avoir un sac de 20kgs !)

À Lübeck une heure plus tard je change encore de train, pour Travemünde, la zone portuaire de la banlieue de Lübeck. J’arrive à la minuscule gare à 23h. Autour de moi le noir, des containers, une zone industrielle, la glauquitude. Les 3 jeunes qui sont sortis en même temps que moi du train ont disparu dans le noir tout de suite.
Je me rends compte que le terminal du ferry, que je vois à 500m, m’est inaccessible à pied car la zone logistique du port est fermée aux piétons et grillagée. Heureusement il y a un arrêt de bus, unique, allumé et esseulé, et un bus (le dernier de la journée) 20 minutes plus tard. Je patiente donc et effectivement le bus arrive (ouf !).

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Le chauffeur me fait grâce du billet pour les 500m qu’il y a à faire, et me dépose au terminal de la compagnie de ferry. Je suis la seule passagère à pieds à cette heure (l’embarquement a commencé depuis déjà 2h, et se poursuivra ensuite pendant encore 2h). J’ai donc la navette pour moi toute seule !

Arrivée sur le bateau énorme, je vois qu’en fait les passagers sont principalement des chauffeurs de camions, camions qui sont en train de se faire installer à l’arrière du ferry. Quelques familles, quelques retraités, c’est tout.

Je m’installe rapidement dans la zone des voyageurs sans cabine, on est 5, que des gens avec sac à dos et matelas de randonnée. Très vite tout le monde sort le matelas, et hop entre les sièges et on dort ! (à refaire, je pense qu’il vaut mieux quand même prendre une couchette dans une cabine, car pour 30h de ferry c’est plus confortable). Je m’endors avant que le ferry ne parte, vers 3h du matin.

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Jour 2 – 16 août. Environ 1000 km, bateau.

Journée sur le bateau. On traverse toute la Baltique, donc le bateau est vraiment en pleine mer, on ne voit pas de côte. On croise quelques porte-containers, cargos, ferries, de rares voiliers.

La journée, belle, se passe essentiellement sur le pont arrière au soleil. Je profite également du sauna en accès libre sur le bateau (c’est une compagnie finlandaise, donc le sauna est de rigueur).

Lecture et soleil du matin au soir, c’est la belle vie.

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Jour 3 – 17 août. Environ 30 km, bus / métro / marche.

J’ai prévu plein de trucs pour cette journée. On arrive à Helsinki à 9h du matin. Les passagers à pieds (on est finalement 6) sont débarqués en premier par une navette (chouette !), donc en prenant ensuite un bus puis le métro, je suis à la gare centrale d’Helsinki une grosse heure plus tard.

Je laisse mon sac à dos à la consigne, mets mes affaire pour la journée dans mon mini sac à dos, et en route ! Je vais voir l’église dans le rocher (Temppeliaukio) que je n’avais pas eu le temps d’aller visiter à mon dernier passage, la Maison Finlandia (gros centre de conférence moderne), et la nouvelle bibliothèque publique d’Helsinki qui fait beaucoup parler d’elle par son architecture audacieuse et son aménagement très tourné vers les usages liés au numérique / aux fablabs et hackerspaces.

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C'est rare que je démarre une randonnée comme ça... élégance française garantie en pantalon déperlant et chaussures de rando-trail en concert ! big_smile

L’après-midi, je retrouve des amis musiciens finlandais et nous allons écouter un concert au Helsinki Music Center où chantent plusieurs personnes que je connais, puis boire un verre, puis dîner avec un autre ami, puis reboire un verre, puis enfin à 23h me poser dans le train de nuit direction Rovaniemi. Belle journée amicale et de visites et découvertes. Je suis ravie de cette entrée en Finlande sous le signe de la chaleur humaine.

Jour 4 – 18 août. Environ 1200 km, train et bus. 5 km marche.

Le train de nuit était très confortable. Je partage ma cabine (2 places) avec une jeune femme de Rovaniemi. Le paysage n’est plus que forêts de pins et de bouleaux, maisons en bois peint en rouge, lacs. La bruyère rose donne des couleurs à tout cela.  Le train roule entre 60 et 100 km/h, ce qui laisse le temps de regarder le paysage.

À Rovaniemi, j’entre en Laponie. Lapland en anglais, Lappi en finnois, Sàpmi en sami. Je ne sais jamais que dire. J’ai demandé à mes amis, qui me confirment qu’on ne dit plus « lapon » mais Sami. En revanche pour le territoire c’est moins clair. Il semblerait que Lappi ne soit pas (trop) péjoratif.
Je me perds dans les considérations toponymiques, mais pas dans la ville, et rejoins vite la gare routière où je prends un bus pour Inari.

5h de bus plus tard, en fin d’après-midi, j’arrive à Inari. Gros village-rue posé sur la berge du lac Inari. Le trajet a été l’occasion de vraiment « entrer » en Laponie, par l’évolution des paysages qui se font de plus en plus austères et nordiques. Le bus qui ralentit quand des rennes divaguent sur la route, les arrêts devant des fermes complètement isolées, les lacs, les couleurs jaunes et vertes de la toundra et de la forêt boréale.

Je vais visiter le Siida (musée de la culture du peuple Sami), avant de commencer à marcher. J’ai repéré un endroit pour bivouaquer avec une cabane à 5km d’Inari, ça sera très bien pour une première soirée.

Le musée est vraiment très intéressant, à la fois pour présenter l’art de vivre Sami, les réalisations artisanales, le bâti en bois, mais aussi pour retracer l’histoire de ce territoire et de ce peuple sans culture écrite, et de leur délicate intégration dans les réalités politiques fenno-scandinaves. 

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Je commence à marcher vers 19h, sans inquiétude sur l’heure tardive car le soleil se couche encore extrêmement tard à cette période.
Le temps d’étalonner un peu mon pas, de comprendre la carte avec le bon rythme, de sortir d’Inari, de traverser une grosse rivière heureusement sur un pont métallique, puis de commencer à m’enfoncer dans la forêt sur un sentier plutôt bien balisé, j’arrive vers 20h30 à l’emplacement que j’avais repéré, « Laurin Laavu ».

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Ça c'est de la rivière ! À traverser exclusivement sur un pont...

Je découvre donc le concept du laavu, un abri à la fois très couvrant et très ouvert. Ici il est assez grand, avec à côté des toilettes sèches et une remise avec du bois sec. Je découvre donc en même temps l’équipement des cabanes publiques finlandaises, à l’organisation et au confort nettement supérieur à nos refuges ouverts français.

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Le laavu

Lorsque j’arrive un vieux monsieur est là, on parle un peu, c’est un pêcheur qui vient tous les ans 2 semaines au bord de la grosse rivière réputée pour ses saumons. Il a installé son hamac à quelques centaines de mètres, et aide un peu les personnels locaux pour entretenir le laavu. Il a un vieux livre en français annoté partout en finnois pour le vocabulaire, essaie de me parler en français, puis s’en va brusquement pour aller pêcher. Je le reverrai 2-3 fois dans la soirée passer devant mon laavu pour aller à d’autres endroits (la pêche n’est pas très bonne ce soir-là).
J’allume un feu avec le bois fourni et de l’écorce de bouleau, davantage pour éloigner les moustiques que cuisiner, mais j’en profite aussi. La soirée se passe calmement, je suis contente d’être partie enfin !
Avoir quitté mon appartement il y a déjà 4 jours me donne l’impression d’être partie depuis déjà longtemps.

Vers 22h30, alors que je commence à m’installer pour dormir sur un des côtés du laavu, une femme passe et m’explique qu’elle va faire un aller-retour vers une cabane qui est à 5 km. Forcément ça m’interroge un peu mais oui, évidemment il ne fait pas nuit donc pas de problème à se faire une dizaine de km entre 22h30 et 1h du matin !

Je passe une nuit assez étrange. Je me réveille souvent, perturbée par l’absence de nuit noire. J’alimente le feu pour éloigner les moustiques qui se déchaînent sur moi. En dormant dans ce laavu j’ai comme l’impression de dormir dans la rue, le pêcheur ou la randonneuse sont sans doute passés devant pendant que je dormais, je fais des rêves étranges. À 4h du matin le soleil se lève, je dors par intermittence.

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L'étrange lumière des nuits sans nuit noire.

Jour 5 – 19 août. 20 km, marche.

Je me réveille finalement vers 6h45, et prends le temps d’un bon petit déj. Je pars vers 8h du matin.
La première montée est un peu difficile, je vois que j’ai quand même mal dormi cette nuit après 4 jours de voyage : mon corps a du mal à démarrer alors qu’il n’y a guère que 300 mètres de D+, certes un peu raides. Arrivée au sommet de la colline où se trouve la cabane d’Otsamo, la vue est splendide, majestueuse. Des lacs et des pins à perte de vue, la grande étendue gris-bleue du lac Inari derrière moi. Une vue à 360°.
Je rentre dans la cabane, posée au sommet de la colline. Elle est secouée par le vent. L’atmosphère est très fraîche. Je m’allonge pour faire une petite sieste, il est 10h. Finalement je dors pendant 2 heures.
Arrivent ensuite d’autres randonneurs, c’est visiblement un bon spot de balade à la journée autour d’Inari.

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La cabane d'Otsamo

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Vue depuis la cabane

Après un déjeuner rapide, je commence la descente de l’autre côté de la colline. La première heure est très jolie, ensuite une piste sans grand intérêt, puis 10 km de route un peu pénible, non pas à cause de la circulation mais du bitume. Heureusement il n’est pas trop compliqué de marcher un peu en parallèle de la route dans la forêt. Des rennes divaguent sur la route, de temps en temps un chemin part et s’enfonce jusqu’à un petit groupe de maisons. C’est quand même très isolé.

Je quitte la route au hameau de Tirro, qui semble être un ensemble de maisons Sami. Il commence à pleuvoir un peu tandis que je m’enfonce dans la forêt en suivant un petit chemin matérialisé de façon assez irrégulière par un point rouge sur des arbres. Je le perds souvent.

Je lirai ensuite que ce chemin, que je prends comme repère sur la carte et qui va quasi sans interruption jusqu’à Karigasniemi, est un ancien chemin qui n’est plus entretenu depuis les années 80. La zone est aujourd’hui catégorisée comme « sauvage », il n’y a aucun équipement humain à part quelques clôtures, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’activité humaine, notamment d’élevage extensif de rennes.

Durant la fin de l’après-midi je cherche un peu une cabane que j’avais repérée sur la carte, histoire de dormir au sec, mais je ne la trouve pas. La pluie s’intensifie, le chemin est très difficile à suivre, je fais régulièrement le point au GPS pour revenir dessus. Le sol est marécageux, ou rocailleux, ou les deux.

Vers 18h30, bien fatiguée, trempée, je lâche l’affaire pour la recherche de la cabane (je n’ai pas ses coordonnées exactes) et trouve un endroit plat, sous un arbre (merci les conseils RL!) pour planter ma tente.
C’est la première fois que j’installe mon tipi sous la pluie, et ça ne sera pas la dernière : il tient très bien !
Je dîne à peine, ne lit presque pas, dors pas très bien à cause des moustiques : je n’arrive pas du tout à installer correctement la moustiquaire que Laxmimittal m’avait donnée et que je n’avais pas testée correctement avant. Mauvais point Adrienne !

Je finis par m’endormir lourdement en fin de nuit.


Jour 6 – 20 août. 20 km

Je me réveille vers 7h, départ 8h30. Ce matin il fait beau et doux, le moral qui était un peu bas hier soir est au beau fixe. Je continue à suivre le minuscule chemin, toujours aussi difficile à suivre en continu, et que du coup je prends davantage comme une trace, un guide dont il ne faut pas trop s’éloigner, mais que je cesse de vouloir suivre stricto sensu.

Dès 9h du matin je suis dans les marécages, et ça ne s’arrêtera pas de la journée. Chaque dépression même toute petite est remplie d’eau, chaque espace plat, chaque fois que je vois des grandes herbes je sais que je vais y passer, sur plusieurs centaines de mètres parfois.
Ce ne sont pas des mauvais marécages, le plus souvent je ne m’enfonce que jusqu’aux chevilles, dans les hautes herbes. Je reprends les réflexes écossais, je saute de motte en motte.

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C'est joli ce grand espace ouvert, mais c'est un grand marécage !

J’essaie de rester le plus possible sur le tracé théorique du chemin dans ces moments-là, parce qu’il est vraiment judicieux sur les endroits où je vais passer au plus vite ces zones de marécages. Je me fais quelques frayeurs toutefois, et surtout je suis rapidement trempée.

Heureusement il fait beau et très doux.

Premières traversées de rivières aussi. Pas très larges, mais absolument glacées, et très vives. Les pierres ne glissent pas, mais je dois déchausser bien souvent. Je ne dépasse pas, ce jour-là, la hauteur des genoux pour les traversées.

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Je vois des rennes, souvent par couples ou avec des petits, qui s’enfuient dans la forêt ou les grandes étendues d’herbe marécageuse. De grosses oies et des perdrix, que je dérange, s’enfuient avec des cris indignés. Je vois même un gros renard roux, superbe, passer avec nonchalance à quelques dizaines de mètres de moi.

Les paysages sont somptueux, les immenses rivières déroulent leur cours rapide dans un air d’une pureté extrême. La forêt boréale, ouverte, peu dense, ressemble à une forêt d’un rêve. J’alterne les bois de pins et de bouleaux, parfois mélangés. De gros blocs de pierre parsèment le sol.

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J’ai l’impression de marcher dans un temps très ancien, très loin, très au bout du monde. Je suis à la fois très heureuse d’être là, dans cette beauté, et je peine quand même un peu physiquement.

Avec les nombreux marécages, j’avance assez lentement et ne parcours qu’une vingtaine de km ce jour-là. Une petite moyenne à 2 km/h, ce n’est pas énorme. Je vais pourtant m’y habituer.

Je me pose pour bivouaquer sur une étendue ouverte au dessus d’une rivière. À peu près tranquille côté moustiques, mais après m’être totalement installée je vois que je suis sur un trajet de grosses fourmis ! Tant pis, flemme de bouger.

Le soir, l’orage gronde. Toujours cette petite inquiétude que la tente tienne. Je ne suis pas encore très habituée au monoparoi tenu par le bâton de marche…

Je me lave et fais un peu de lessive, ça aide à se sentir mieux quand on a eu les pieds pateaugeant toute la journée, même si là encore l’eau est glacée !

J’ai l’impression d’être partie depuis très longtemps, alors que ça n’est que mon 2e jour de marche. Soit c’est le paysage qui fait cela, soit c’est un effet du long voyage d’approche, mais ce sentiment est assez étrange.


Jour 7 – 21 août. 15 km

Je commence à écrire les jours de la semaine sur mon carnet car j’ai un peu perdu la notion du temps.

La nuit s’est très bien passée malgré la pluie très abondante. Mais à 7h quand j’ouvre la tente, je vois que je suis totalement dans la brume, à ne pas y voir à 30 mètres. Bien ennuyée, car je ne me vois pas trop marcher là-dedans, avec un itinéraire du jour qui doit monter un peu en haut des tunturis, ces collines qui façonnent le paysage, pas très hautes mais quand même.
Je me rendors une heure, on verra bien. Une heure plus tard c’est toujours pareil. À 9h je décide de ne pas bouger tant que ça ne se lève pas : je suis dans un bon endroit (hormis les fourmis), au sec, sur un terrain qui draine bien en cas de pluie, avec de l’eau pas loin. Je n’ai pas très envie de tout plier pour faire 2 km en galérant et m’installer ensuite à l’arrache quelque part. Je vois sur le GPS, en plus, que je n’aurai pas de rivière avant au moins 1h30 de marche.

Je somnole, je lis. Vers midi le ciel se lève petit à petit, et quand je pars à 12h45 c’est bien découvert même s’il reste de gros nuages. Je casse un tendeur de tente en marchant dessus, je me rends compte que j’ai perdu mon peigne je ne sais où.

Le chemin est absolument superbe, beaucoup moins marécageux que la veille, très minéral, avec de gros pierriers et chaos rocheux, et quelques bouleaux tordus et isolés. Avec un tout petit peu d’imagination, on se croirait dans le Sud, dans le Queyras par exemple.
Le chemin est beaucoup plus clair à suivre aussi.

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C’est un chemin magique, qu’on ne voit que lorsqu’on est dessus. À un mètre il est invisible, mais une fois arrivée pile dessus, il se révèle. Parfois clairement, parfois non. Parfois c’est presque l’idée du chemin que je vois, je le sens. À force de le perdre et de le retrouver, c’est un peu devenu un ami. Je l’engueule quand il disparaît, je lui dis des mots gentils quand je le retrouve.

Dans cette immensité sans aucune trace humaine, il est la seule preuve que je ne suis pas la seule humaine à être passée là depuis des millénaires.
Je me demande depuis quand il existe, peut-être depuis des millénaires, en fait.

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Si si, il y a un chemin là. Vous ne le voyez pas ?

Vers la fin de la journée, le ciel s’assombrit. Le long du chemin je vois de temps en temps des traces de feu de camp : c’est bien la preuve que ce chemin est utilisé.

Le paysage s’est globalement asséché, mais quelques grosses rivières demandent d’y aller franchement jusqu’aux genoux voire un peu au-dessus. Je déchausse, rechausse, remonte le pantalon, me glace les pieds. J’enlève les semelles de mes chaussures pour traverser, mais malgré cela je suis quand même très trempée, les chaussures ne sèchent pas assez vite et dès que je sens que ça commence à être bon, un marécage ou une rivière me rappellent que non, je suis condamnée aux pieds trempés !

Plus j’avance dans la journée plus le paysage est en toundra, et moins en forêt. Les pins ont presque disparu, restent les bouleaux petits et tordus, clairsemés. Autour la lande ocre recouverte de lichens et petites mousses, même les plants de myrtilles et de baies sont rares.

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Les vues des hauteurs sont majestueuses. Mon cœur exulte de tant de beauté. La marche est moins dure que la veille aussi, ça aide à se sentir plus heureuse.

Je pose le bivouac sur un emplacement de feu de camp le long d’une rivière. J’ai finalement marché une quinzaine de km sur cette demie-journée, c’est pas mal. J’en suis à un peu plus de la moitié de la route vers Karigasniemi, où je prévois d’arriver le vendredi dans la journée.
Je commence à me dire qu’il va falloir réfléchir à cette histoire de hors-sentier dans la 2e partie, car très clairement je ne suis pas dans un état d’esprit à aller lutter contre les éléments, et je vois bien comment cela peut vite virer vers une progression difficile dans laquelle je risque de trouver bien peu de plaisir.
Je me laisse le temps de la réflexion, mais je commence à accepter l’idée de ne pas forcément faire ce que j’avais prévu au départ. Ce qui m’inquiète est le combo marécages et zones rocheuses et à trous. J’ai assez peur de me tordre ou casser une cheville, ou de me retrouver dans une progression vraiment pénible le nez vers le sol en permanence. À deux je n’aurais pas hésité, seule je me pose des questions.

Le soir l’orage gronde encore, je veux faire du feu mais au moment où je l’allume un déluge d’éclairs, tonnerre et eau me tombe dessus : je me réfugie dans la tente, où je suis ravie d’avoir la place et la hauteur pour cuisiner, et je passe la soirée au calme à lire Harry Potter sur ma liseuse.

Je fais un premier bilan de ma forme physique, et suis contente de voir qu’elle est excellente. Aucune douleur ou courbature aux jambes ni aux épaules, jamais le poids du sac n’est un problème pour moi et comme on me l’avait prédit après mon 1er message sur RL, je retrouve de la souplesse et de la capacité d’agilité (ce qui n’est pas mon fort d’habitude) notamment sur les traversées de rivières, c’est super. J’ai juste un début d’ampoule sur le côté du talon gauche, que j’attribue à l’humidité constante et que je perce. En fait je verrai plus tard que c’est à cause de mes semelles « ergonomiques ». J’ai heureusement emporté les semelles d’origine des chaussures aussi, quand je les remettrai mon ampoule va se résorber très vite.


Jour 8 – 22 août. 40 km

J’ai fait un point sur mes stocks de nourriture ce matin, je ne mange décidément pas beaucoup. Un peu influencée par un message sur RL j’avais pris un peu plus que d’habitude, et finalement non, je mange peu, c’est comme ça.

Je me lève tôt, en pleine forme malgré la nuit très orageuse. Le soleil est déjà assez haut dans le ciel à 7h du matin. Je range mes affaires et me prépare toujours sans me presser. J’aime bien prendre le temps le matin, et finalement je pars 1h30 après mon réveil.

La marche est très facile au début, dans un paysage très ouvert comme la veille, la trace est bien visible. Je suis sur des étendues immenses, en hauteur, avec des vues incroyables de fin du monde connu. Impression d’être presque sur une autre planète.

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Je peine un peu vers le milieu de la journée à longer un système de lacs et de rivières sur une ligne Est-Ouest, où la continuité du chemin cesse. C’est aussi ma première rencontre depuis mon départ avec une clôture. Je remonte ensuite vers le nord.
Le temps s’assombrit, se rafraîchit, je progresse bien mais termine systématiquement, au moins une fois par heure, dans un marécage, ce qui m’agace pas mal.

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Je vois dans le courant de la journée que j’avance bien et qu’il est peut-être possible d’avancer jusqu’à Karigasniemi dans la journée, alors je ne ralentis pas le rythme. Ça me dirait bien de prendre une bonne douche ce soir !

L’après-midi se passe un peu en marche rapide, mais je me perds régulièrement après des zones marécageuses où le chemin disparaît totalement et où je mets vraiment du temps à sortir de ces zones très paumatoires.

À 19h je suis à 10 km de Karigasniemi, je me décide à y aller. La fin du trajet n’est pas très plaisante : je descend une grande forêt de pins sur un chemin assez raviné, puis 5-6 km de route bitumée jusqu’au camping, j’ai l’impression que ça n’en finit pas et mes dessous de pieds mouillés chauffent sur le bitume, et souffrent ! J’arrive un peu avant 22h, avec 40km dans les pattes. C’est un peu dur. Heureusement les responsables du petit camping sont encore debout et même s'ils ne parlent quasi pas anglais, on se comprend.

Pour cette nuit je prends une petite cabane en bois pour dormir au chaud et au sec : la pluie revient encore. La douche est incroyablement bonne, je lave toutes mes affaires et me couche au chaud après avoir donné des nouvelles aux proches et amis.


Jour 9 – 23 août. Jour off.

Je reste au camping aujourd’hui, pour que mon linge sèche, parce que mes pieds n’ont pas du tout apprécié les 40km de la veille, parce que je dois ravitailler, que j’ai 2-3 mails à faire pour la rentrée, et retravailler mon itinéraire.

Je passe donc la journée beaucoup à l’intérieur, à tout faire sécher et racheter de quoi me nourrir.

Je choisis donc d’abandonner mon idée de jonction « sauvage » entre le Kevon Reitti et l’Utsjoen Reitti, « à la Florencia », pour privilégier une forme de plaisir dans la marche qui passe, pour moi à ce moment-là, par une réduction de la difficulté.

À la fois je trouve un peu dur de reconnaître que je n’ai pas la forme ou l’envie de faire quelque chose de difficile et je me demande ce que je vais « perdre » comme expérience, à la fois je me dis que la sagesse me pousse et que je ne suis pas obligée de revenir en ayant forcément dépassé ou taquiné de trop près mes limites physiques ou mentales. J'entame une année de travail difficile et très chargée, je le sais d'avance, je préfère la commencer en pleine forme.
La météo qui s’annonce très mauvaise pour les 4-5 jours qui viennent, avec froid, vent et pluie, termine de me convaincre que je fais le bon choix.

Je décide donc de faire en entier le sentier du Kevon Reitti, puis de rejoindre la route, remonter jusqu’à Utsjoki en stop, et ensuite me balader sur l’Utsjoen Reitti et globalement improviser des balades soit là soit en redescendant sur Inari.


Jour 10 – 24 août. 15 km

Il fait un temps épouvantable quand je me réveille ce samedi 24 août. La pluie tombe, tombe… le départ va être difficile.

Je vais me doucher lentement, prends mon petit déjeuner lentement, fais mon sac lentement, en espérant qu’il arrête de pleuvoir, rien n’y fait.

Le fils du patron du camping, seule personne à parler un peu anglais ici, me dit qu’il est illusoire d’attendre une éclaircie quand il fait gris et bas depuis le matin comme ça.

Je me décide à partir vers 11h. Les premiers km sur la route goudronnée, nécessaires pour rejoindre le démarrage du chemin, sont très pénibles. La route est désespérément droite, entre les pins. Le bas côté pas très pratique pour marcher. Je vois un début de piste de motoneige qui peut m’emmener presque au début du chemin, mais c’est une pataugeoire sans nom, je préfère encore la route.

Heureusement une voiture s’arrête, c’est une vieille dame allemande qui m’a reconnue, elle était au camping aussi, elle retourne vers Inari, et me propose de m’avancer jusqu’au début du chemin, ça ne fait que 6 km mais j’accepte avec joie ! Vraiment marcher sur le bitume c’est l’enfer.

Je suis donc au début du Kevon Reitti vers 12h30. Il y a plusieurs voitures garées sur le parking. Je lis sur un panneau les obligations : ne pas sortir du chemin, bivouaquer et cuisiner uniquement sur les emplacements autorisés.
Okay… ça ne rigole pas.

Je déjeune avant de démarrer, puis m’engage sur le chemin, toujours sous une pluie fine persistante. Je mets et enlève mon pantalon de pluie depuis ce matin, j’ai tout de suite trop chaud dedans, c’est agaçant.
L’itinéraire est très, trop bien balisé en rouge. J’ai l’impression au début de marcher dans un jardin public c’est assez monotone. Heureusement cela changera ensuite.

Je crois un couple de randonneurs, puis dépasse deux femmes. Tous ont des sacs absolument énormes. Avec 4 personnes croisées j’ai l’impression d’être sur une autoroute à randonneurs, comparé à ma semaine précédente ou je n’avais vu absolument personne !

Je marche environ 3h30 cet après-midi. J’attendais beaucoup du paysage au vu de la carte, notamment parce que je suis sur un chemin qui passe sur une langue étroite entre deux lacs, mais en fait on ne voit rien du tout, les pins sont trop touffus. Et le ciel est totalement bouché.

J’arrive au site de Ruktajärvi en fin d’après-midi. C’est le « campsite » autorisé que je vais utiliser cette nuit. Très équipé : cabane confortable pour 8 personnes, avec bas-flancs et poêle à bois, stock de bois sec, laavu, toilettes sèches, poubelles à tri sélectif pour les déchets ! C’est la norme  sur cet itinéraire très balisé, mais ça me surprend la première fois.

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La cabane 3 étoiles de Ruktajärvi

Les deux femmes que j’ai dépassées me rejoignent un peu après, pendant que je fais du thé. Elles mangent là puis repartent pour camper sur un autre site quelques km plus loin. Un jeune homme arrive, lui aussi mange avant de repartir. Tous sont très interrogateurs sur mon « petit » sac, ils ont tous des sacs de 20 kgs.
Le jeune homme notamment me pose mille questions, je sors à peu près tout ce que j’ai dans mon sac pour lui montrer, il est très intéressé par l’allègement, ainsi que mon itinéraire de la semaine précédente hors sentiers balisés. Il me dit que les finlandais randonnent peu en dehors des parcs nationaux balisés et il a l'air de trouver ça dommage, plaisante sur le fait que ça soit une étrangère qui lui ouvre les yeux sur des nouvelles possibilités.
Les deux femmes en revanche sont plus réticentes à l'allègement et aux excursions en liberté, mais elles sortent une quantité impressionnante de nourriture (des plaquettes de beurre de 500g, des conserves !) de leurs sacs, qu’elles sont très enclines à partager, en me disant que ça les allègera. Alors on gueuletonne et on s'entend bien.

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L'amitié entre les peuples, parfois ça passe par un godet de (mauvais) brandy à partager !

On discute de leur appli nationale 112 qui permet une bonne localisation avec coordonnées automatiques en cas d’accident, mais elles ne sont pas sûres que ça fonctionne sans réseau, et s’il faut une carte SIM finlandaise ou pas. Mais ça peut être une bonne sécurité. De mon côté, mes amis m’ont offert pour mon anniversaire (en avance) un GPS avec abonnement Iridium (mensuel) et bouton de SOS qui est une vraie sécurité, mais pas forcément nécessaire sur cet itinéraire très rangé.

Mes 3 comparses s’en vont, puis arrive un couple de jeunes gens, qui eux vont rester. Je ne suis plus habituée à tant de monde ! Suvi et Jaakko sont très sympathiques, on passe une bonne soirée à papoter, également pas mal sur l’allègement mais également sur plein de sujets sur la Finlande et la Laponie. 

Jour 11 – 25 août. 20 km

Une journée sous la pluie. Après une nuit excellente dans la cabane, je décolle vers 9h en laissant Suvi et Jaakko derrière moi.
J’ai 14 km à faire avant l’endroit où je prévois de déjeuner.
Ce seront 14 km difficiles, dans un vent glacial, sous la pluie, sur un chemin exposé, caillouteux, qui m’explose les pieds et me tord les chevilles (je regrette tellement ces chaussures basses de rando-trail à ce moment !).

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La pierre est partout

Le paysage est très ouvert mais assez hostile par cette météo mauvaise, et donne un petit aperçu de ce que ça peut être quand il fait vraiment mauvais. La température est descendue autour de 5°, avec le vent le ressenti est encore plus bas, je sors les surmoufles imper que je mets sur mes gants, et je marche avec bonnet, surpantalon imper et veste imper-respi. On est loin du jardin public de la veille !

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Ciel bouché

Je déjeune dans une hutte fermée où j’allume le poêle, et où me rejoignent ensuite à peu près tout le monde (c’est l’inconvénient d’être sur un chemin ultra balisé et obligatoire : on doit forcément se suivre tous. Mais là heureusement tout le monde s’est très bien entendu). J’ai du mal à me réchauffer, notamment les mains (j’ai un léger syndrôme de Raynaud).

Je laisse les autres partir devant, et reste un peu discuter avec Jon, rencontré la veille et intéressé par l’allègement. Je lui partage également la carte à mettre sur le GPS, que j’ai moi-même récupérée des conseils de Florencia, bref ça partage, c’est cool.

Puis je fais une sieste seule au chaud, il continue à pleuvoir dehors. Il me reste 6 km à faire, et apparemment la prochaine cabane n’est pas confortable du tout et il faudra dormir sous tente, alors autant profiter du poêle !

Je pars vers 17h et longe le fameux canyon de Kevo qui donne son nom à ce trail et justifie le classement de toute la zone en réserve intégrale protégée. Malheureusement il fait vraiment un temps épouvantable, qui ne rend pas justice à la majesté du lieu.

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Le fameux canyon

Le chemin est toujours aussi caillouteux, j’ai les pieds trempés, et le moral dans les chaussettes.

En arrivant en vue du bivouac du soir, j’entends d’énormes chutes d’eau, que je vois ensuite, et je réalise qu’il va falloir traverser la rivière qui en découle avant d’arriver au bivouac. Oups.
Il pleut toujours des seaux d’eau.
En arrivant à la rivière je vois donc une énorme masse d’eau, des gros rochers, et heureusement une corde et des poignées pour traverser, ce qui me rassure pas mal.

Comme j’en ai un peu marre et que le bivouac est juste de l’autre côté, je traverse sans déchausser du tout, ce qui est un peu idiot.

Les autres sont arrivés un peu avant moi (je marche en fait beaucoup plus vite qu’eux, ce qui n’est guère étonnant vu que je porte entre 5 et 10 kgs de moins), et ils ont fait du feu dans cette étonnante cabane de hobbit recouverte d’herbe.

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La cabane "de hobbit" de Fiellujohka, et mon tipi planté à côté

Il y a également un monsieur, la soixantaine, qui ne parle pas du tout anglais. Il est calé dans le fond sombre de la cabane, ne parle quasiment pas, et en tous cas pas à moi. Restent à dormir ici ce soir ce monsieur, qui a prévu d’utiliser le sol de la cabane me disent les autres, les deux femmes, le jeune couple, et moi.

Je me change et mets mes affaires à sécher devant le feu, puis ressors sous la pluie planter ma tente. C’est difficile sur cet emplacement assez étroit et au sol très dur. J’utilise pour m’isoler de l’humidité et du froid une sorte de palette en bois disponible à côté de la cabane, visiblement c’est un équipement courant des cabanes et très utilisé l’hiver pour s’isoler de la neige.

Je tends ma tente tant bien que mal (plutôt mal), la palette m’empêche de pouvoir m’allonger totalement sans toucher la toile.
La soirée se passe autour du feu, à lire et discuter. Le monsieur taciturne a l’air de raconter des choses très intéressantes, tout le monde l’écoute patiemment lorsqu’il parle, ce qui est rare. Il semble écouter la conversation, et de temps en temps prend la parole pour un long moment. J'ai dit aux deux jeunes Suvi et Jaakko de ne pas s'embêter à me traduire la conversation. J'écoute comme on écouterait une musique, la langue finnoise est très rythmée et totalement hermétique, elle s'y prête bien. De temps en temps ils m'incluent dans la conversation, en anglais. L’ambiance est très chaleureuse, le contraste avec ma semaine précédente si solitaire est frappant. J’aime les deux, en fait.

Je ne regrette pas trop mon changement d’itinéraire vue la météo, ça aurait été vraiment difficile sur du hors sentier avec ce temps.

Jour 12 – 26 août. 20 km

La nuit n’a pas été si mauvaise sous une pluie soutenue et un air glacial, si ce n’est que je ne pouvais m’étendre totalement pour dormir, la claie / palette en bois me surélevant de 20 cm environ. Mes pieds et tête touchaient trop facilement la toile du tipi.

J’entends le vieil homme partir vers 5h du matin, je sens à l’odeur de fumée qu’il a rallumé le feu dans la cabane à côté. Je me rendors puis me lève vers 8h, il pleut encore mais moins fort.

Dès qu’on est un peu nombreux, ça traîne. Petit déj et rangement un peu lents, je dis au-revoir à mes colocataires, ils font tous une boucle sur le chemin vers l'ouest puis retour au sud, alors que je vais le continuer droit vers  le nord / nord-est.
Mon chemin est toujours très humide, avec des averses fréquentes. Assez peu intéressant au début, très montées-descentes. Le mauvais temps gâche un peu la visibilité et l’intérêt du chemin.

Je déjeune au bord d’une grosse rivière que je vais avoir à traverser deux fois dans l’après-midi. La température est basse, je n’arrive pas à réchauffer mes pieds mouillés dans des marécages. Pourtant, sur ce chemin les plus grosses zones marécageuses sont couvertes par des chemins de planches, de même que les gros dénivelés sont aménagés en escaliers.
Pour autant ça n’empêche pas de finir fatalement à un moment où un autre avec les pieds trempés.
Cela dit, contrairement à l’Écosse ces zones marécageuses sont limitées, c’est plus agréable.

La rivière que je dois traverser, la Kevojoki (ou Geavuu en sami) est large, froide, mais peu profonde. Il y a des cordes pour traverser mais on pourrait s’en passer, même si le courant est toujours assez vif. J’ai de l’eau un peu au dessus des genoux mais ça reste faisable sans risque. Je traverse avec mes petites chaussures légères de bivouac pour ne pas trop mouiller mes chaussures de marche, et je les mets à sécher ensuite accrochées au sac.

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J’arrive vers 17h30 à un abri fermé très charmant au bord d’un petit lac. Je me pose pour la nuit. J’aurais volontiers avancé un peu plus, mais c’est l’inconvénient de ce chemin où on est obligés de bivouaquer à des endroits précis : le prochain site est un peu trop loin pour mes capacités du jour.

Je fais un bon feu dans le poêle et sèche tout ce qui était mouillé de la nuit précédente et de la journée. La nuit est douce, chaude, solitaire. Très froide au petit matin, quand le poêle est éteint.

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Mon logement du jour

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Le petit lac à côté de la cabane, pris en photo dans la luminosité de 23h

Je n’aurai croisé personne sur cette portion du trajet de toute la journée. Finalement, ma crainte d’être sur une autoroute à randonneurs est infondée. On ne peut objectivement pas dire que croiser 5 personnes en 3 jours est une surfréquentation…


Jour 13 – 27 août. Jour off

Au réveil, il pleut des cordes. Le ciel est bas, l’air froid, il pleut sans discontinuer. Je rallume du feu en me disant que ça va sans doute se lever un peu.

J’ai une vingtaine de km à faire pour terminer le chemin. La matinée avance et le temps ne s’améliore pas, je me décide à un jour off. J’ai de toutes façons assez envie de profiter de cette cabane si confortable, et de savourer un peu la solitude. J’ai marché assez vite sur ce chemin très roulant, j’ai largement le temps de me poser.

Je sors un peu chercher des myrtilles et des camarines noires, également des baies de genévrier pour faire de la tisane.

Je suis au sec et au chaud, et j’en profite pour soigner un peu mon ampoule qui a continué à me faire mal, ainsi que mes mains où j’ai d’énormes crevasses, sans doute parce que j’ai trop tardé à marcher avec des gants et que le vent et l’humidité m’ont ravagé les mains.

Je prends aussi le temps d’écrire un peu, sur les couleurs, la flore et la faune que je vois. Je veux écrire parce que les photos ne suffisent pas vraiment à rendre la réalité, et je veux écrire avant que tout cela ne s’enfonce dans un coin de magma de ma mémoire.

Je suis frappée par l’extrême resserrement de la quantité de flore et de faune. Deux espèces d’arbres (pin et bouleau), quelques espèces animales, peu de types d’arbustes. Mais en contrepartie de cet éventail réduit d’espèces, chacune se distingue, porte une intensité particulière et en ces jours où on sent l’automne, la ruska, frémir, c’est comme si chaque élément voulait se mettre en avant par rapport aux autres, affirmer son importance et sa singularité.

Le paysage est chargé de couleurs automnales. Suvi, rencontrée il y a deux jours, m’a dit que le mot « ruska » est dérivé de « ruskea » qui signifie « brun ».

Ici on a du brun, du vert, de l’orange, du rouge, du rose, du jaune. Sols et plantes. La mousse blanche ou verte très pâle, comme si elle était très vieille. Elle est peut-être très vieille, puisque la croissance des végétaux est très lente ici.
Parfois le lichen est si blanc que de loin on dirait de la neige. Les sols sont recouverts souvent de plants de myrtilles et de camarines noires, avec leurs feuilles pointues, presque épineuses.
Rien ou presque ne dépasse 30 centimètres de haut, hormis quelques saules arctiques et autres buissons qui virent au rouge.
La mousse est rouge, brune, verte, avec des nuances infinies dans le vert. Le granite gris et presque bleu-vert des pierres vient jeter un peu de froideur dans ces couleurs. Parfois, un bloc de minéral blanc, sans doute du quartz, posé en gros bloc par terre. D’autres fois des chaos rocheux impressionnants, sans doute des restes de glaciers, comme des coulées énormes.

Les bouleaux nains tordus sont, eux aussi, très blancs. Leur écorce se veine de traces noires ou rougeâtres. L’écorce pèle comme une peau sèche, en lambeaux qui volent au vent. Ils ne sont jamais très serrés, de loin lorsqu’on les voit et qu’il y a un peu de soleil, on pourrait penser à ces champs d’oliviers du Sud. Dès qu’on monte un peu en altitude, et ici l’altitude c’est 300m, la densité des bouleaux baisse encore. Les pins, eux, auront déjà disparu à cette altitude. Leur pousse clairsemée, droite, bleue-vert-gris, se concentre un peu plus bas. La faible densité des forêts leur donne une atmosphère un peu étrange et fantomatique.

Il faut penser à la victoire de la nature sur le climat que représente la pousse de chaque arbre, chaque plante. À ce que cela signifie d’énergie mise à survivre malgré les conditions impossibles de cette région. Au bout d’un moment, je suis presque émue lorsque je vois un de ces bouleaux tordu, biscornu, qui a réussi au bout de combien d’années à atteindre une taille de 5 mètres de haut ! Il en a eu du courage et de la fermeté face au vent, à la pluie, au froid.

Le soleil lui aussi résiste, je crois n’avoir quasiment pas eu de soleil franc sur moi, toujours un peu indirect, dans une clarté assez particulière. Tandis que la nuit elle-même est habitée de cette clarté du nord qui recouvre chaque chose, chaque paysage, d’un voile de délicate poésie.


J’écris donc, et somnole un peu en début d’après-midi, lorsque soudain quelqu’un entre dans la cabane. C’est un jeune étudiant, Sventtie, qui se fait son bol d’air pur annuel. Il vient en Laponie tous les ans au moins une semaine, seul, pour se recharger en air pur, en nature, en beauté. Il vient de terminer son service militaire et va bientôt démarrer son année universitaire.
Lorsqu’il arrive le ciel s’est un peu apaisé, je réfléchis à repartir, mais finalement je reste discuter avec lui.
On dit souvent que les finlandais sont un peu froids, n’ont pas le contact facile, ne nous laissent pas rentrer dans leur intimité. C’est vrai que les prises de contact sont plus mesurées qu’avec des méditerranéens et que de longues plages de silence ne portent aucun malaise, mais je trouve, depuis le début de cette balade (et mes contacts précédents aussi) que finalement on s’entend bien quand même, les finlandais et moi. Je suis une incorrigible bavarde mais qui aime la solitude, et je m’intéresse beaucoup à ce pays, son histoire, sa vie. C’est donc facile d’avoir de grandes discussions intéressantes.

Comme précédemment avec les jeunes randonneurs que j’avais rencontrés deux jours avant, je le trouve plus à l’aise à évoquer les questions de préservation des particularités des Samis, ou les relations avec la Russie, ou les  voisins suédois et surtout norvégiens, que les finlandais plus âgés que je connais.
Nous parlons culture, politique, géopolitique, mais aussi nature, champignons, oiseaux et baies, et il m’explique longuement comment se fabrique une kuksa, cette tasse en bois typiquement sami (au passage il me convainc de ne pas en acheter une toute faite dans un magasin, c’est vraiment quelque chose à faire soi-même en prenant le temps long de la création).

Pour une « journée zéro », je trouve qu’elle a été bien remplie, sans doute pas de marche mais de réflexion et de compréhension, et nous nous endormons tôt.


Jour 14 – 28 août. 20Km de marche, 20km de stop.

Sventtie se lève à 6h et part dans la foulée, il doit rejoindre sa voiture au bout du chemin à 20km de là, puis rejoindre Oulu où il va démarrer son année universitaire.

Je prends davantage de temps et me prépare pour un départ autour de 8h30.
Dehors la brume a pris possession de tout le paysage, mais c’est une brume d’été, chaude et douce, l’air est beaucoup moins froid que la veille et on sent qu’il va faire beau.

Je monte un peu sur les hauteurs et là, jusqu’à 10h environ, je vis un véritable enchantement. Je ne sais pas si les mots vont pouvoir décrire, en tous cas les photos sont clairement en dessous de la réalité.
Essayez d’imaginer. Il y a cette brume de chaleur qui masque le soleil, à l’Est. Lorsqu’on regarde par là, tout est fantomatique, noyé dans le nuage, sur un fond de toundra pelée battue par le vent.
Mais dès que la brume se lève, le ciel est d’un bleu délicat comme une peinture du 18e siècle, les couleurs de l’automne s’épanouissent, la Ruska, ce rapide et flamboyant automne finlandais, est arrivé d’un coup.
Dans le même temps donc, à gauche ou à droite, devant et derrière, cohabitent à la fois cette vision brumeuse et fantomatique, et l’explosion de couleurs de l’automne. Au loin un groupe d’une dizaine de rennes se promène et broute tranquillement son lichen.
Il n’y a aucun bruit. C’est ça aussi la particularité de ces hautes latitudes, c’est qu’il n’y a quasiment aucun oiseau quand on est sur ce paysage de toundra, les rares volatiles sont cantonnés dans les zones de forêt.

Dans ce silence donc, je marche sur un sol extrêmement rocheux, piégeux parfois, sec. Je marche lentement, je m’arrête toutes les 3 minutes pour prendre une photo tellement c’est beau, puis au bout d’un moment je décide d’arrêter de regarder cette beauté derrière un objectif d’appareil, qui de toutes façons ne rendra jamais entièrement l’atmosphère véritablement magique de cette matinée. Alors je range l’appareil, et je marche juste en profitant à fond, et plus qu’à fond, de cet instant de grâce et de rêve.
C’est bien pour cela que je suis là, et à cet instant je ne voudrais être nulle part ailleurs au monde.

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Côté brume
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La brume commence à se déchirer et laisse apparaître un tunturi derrière
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Quand la brume se lève et laisse place aux couleurs de l'automne

La suite de la matinée est assez physique, le chemin n’arrête pas de monter et descendre, dans des chaos rocheux où plusieurs fois je glisse ou me tords un peu les pieds. Une dernière fois il faut traverser la rivière, elle fait entre 20 et 30 mètres de large à cet endroit. Heureusement pas trop profonde (jusqu’aux cuisses quand même) pour cette largeur, et le courant n’y est pas trop fort. Il y a une corde également pour sécuriser la traversée.

Je termine ce chemin du Kevon Reitti et ses 62 km officiels en milieu d’après-midi. Le chemin débouche sur la route qui mène à Utsjoki et à la frontière norvégienne au nord de la Finlande. Il n’y a pas énormément de circulation.

J’avais envisagé au départ de remonter le long de la route et d’attraper mon itinéraire suivant directement, il y a une vingtaine de km à faire le long de cette route, et pas vraiment de moyen d’y échapper : il y a plusieurs grosses rivières que je ne suis pas sûre de pouvoir traverser (j’en ai vu certaines ensuite : la réponse était effectivement non), c’est bien pour cela qu’au départ j’avais planifié de passer beaucoup plus à l’ouest.
Comme d’habitude, marcher le long d’une grosse route est le genre de chose qui m’agace très rapidement. Donc je tente ma chance au stop à chaque fois qu’une voiture passe (toutes les 5 minutes environ). Au bout d’une heure, une jeune femme s’arrête et me fait rigoler en me disant que si les finlandais ne prennent pas les gens en stop, ça n’est pas qu’ils n’aiment pas aider, c’est qu’ils ont bien trop peur de devoir parler avec leur stoppeur et que cela contrarie leur naturel taciturne wink)
Elle-même est Sami, originaire d’Utsjoki, et fait souvent la route entre ici et Oulu.
Elle me dépose à Utsjoki devant l’entrée du camping.
Je plante ma tente dans un coin. Un vieux renne étique se balade au milieu de la dizaine de camping-cars qui sont ici, uniquement des finlandais qui viennent pêcher le saumon dans les prolifiques rivières de la région (encore un point commun avec l’Écosse !).
Je me douche, lave mes vêtements et passe la soirée au chaud.

Ici à Utsjoki, c’est comme à Inari ou Karigasniemi : le village n’a vraiment rien à voir avec notre image du village : il n’y a pas de centre, avec une église ou une maison commune, mairie ou autre. Pas de maisons rassemblées, au contraire. On sent que chaque maison ou groupe de maison fait très attention à être la plus invisible de la route et bien séparée des autres. Comme s’il n’y avait pas de communauté. J’ai un peu interrogé les gens avec qui j’ai discuté dans les cabanes, là-dessus. Parce qu’au Sud de la Finlande il y a bien des villages « traditionnels ». Les explications sont un peu confuses et variées. L’un me dit que c’est parce que les villages sont nés très tard, et principalement de par l’exploitation du bois et des rennes, un peu artificiellement, peuplés par des hommes venant du Sud qui venaient de façon saisonnière jusque dans les années 50. D’autres me disent que cela tient à la culture familiale Sami, où la cellule de base est la famille élargie : on vit donc dans un hameau de 4-5 maisons avec sa famille, mais le village n’a pas vraiment d’intérêt communautaire.

Je reste avec mes questions, je sens qu’il y a encore beaucoup de choses que j’aimerais étudier.

Il me reste une semaine de libre avant de rentrer, j'ai finalement été "trop vite" (alors que j'ai l'impression de très peu marcher), avec mon changement d'itinéraire. Je passe donc la soirée à échafauder mes projets pour les jours qui viennent.


Jour 15 – 29 août. 15 km

Il a plu un peu en début de soirée, puis ça s’était calmé alors j’avais tendu un fil entre deux arbres dans le camping, et étendu mes vêtements lavés.

Ce matin, mauvaise surprise : on est totalement dans une brume épaisse et humide, tout est trempé. J’attends un peu, que le soleil se lève vraiment, et je finis quand même pas remballer un peu tout trempé, et m’habiller avec des vêtements encore très humides, brrr ça n’est pas très agréable !

Puis je recomplète un tout petit peu mes stocks de nourriture au petit supermarché d’Utsjoki.

Je pars ensuite, vers 10h30, sur les hauteurs à l’Ouest d’Utsjoki, le long d’un itinéraire appelé « Utsjoen Reitti » (reitti signifie chemin). Le chemin commence par grimper assez franchement au milieu des bouleaux, la végétation est assez luxuriante pour l’endroit, qui doit être assez protégé du vent et du froid puisque j’y vois même quelques fougères !

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Sur les hauteurs d'Utsjoki, vue majestueuse sur la rivière Tenojoki, qui marque la frontière entre la Finlande et la Norvège

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Comment franchir une clôture à rennes


Arrivée à environ 300m d’altitude, on passe une clôture à rennes et très vite le paysage se transforme en paysage de hauteurs : végétation basse, mousses, caillasse.
J’arrive près d’un très joli lac où je m’arrête déjeuner sur un gros rocher.

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Je vois, et mange, mon unique mûre arctique !

L’après-midi qui s’ensuit est absolument grandiose. Il fait relativement doux (18° environ), avec un vent soutenu, autour de 50km/h. Je marche absolument seule dans des étendues infinies aux couleurs de l’automne.
Au loin, les sommets norvégiens où j’aperçois des grandes tâches blanches, glaciers ou neiges éternelles ?

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Cette marche dans le bruit du vent, les nuages qui filent dans le ciel, le soleil un peu rasant en fin d’après-midi, est un vrai bonheur. Encore une fois ce jour-là, je ressens profondément ce sentiment d’être vraiment dans quelque chose de très brut, peu « travaillé » par la technologie humaine y compris ancienne.
Comme une terre où les hommes ne font que passer, sans la transformer en profondeur.
Quelque chose d’à la fois plus ancien et moins ancien que notre territoire habituel.

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Je termine l’après-midi en longeant un lac sur 3 km avant de descendre au bout retrouver la très chouette cabane de Koahpellasjärvi.
C’est là que j’aurais dû retrouver le chemin selon mon itinéraire initialement prévu. Les couleurs du coucher de soleil, entre 19h et 22h, sont splendides.

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La cabane de Koahpellasjärvi

La cabane est super confortable, j’en profite pour faire sécher mes affaires, tente et vêtements, qui étaient encore humides du matin.

Le soir je lis en écoutant, une fois n’est pas coutume, de la musique nordique (en général je n’écoute pas du tout de musique en rando, quand bien même j’en ai en permanence dans la tête).

Je fais une petite erreur, en me faisant un thé après mon dîner. Je n’ai bêtement pas pris de tisanes. Je ne m’en rends pas compte au début, mais ça va me faire passer une nuit vraiment bizarre, avec le coeur trop excité. Des angoisses étranges alors que rien ne les justifie, une sorte de phobie du vide humain, vraiment des sensations bizarres. Sur le coup je n’ai pas fait le lien avec le thé, c’est 2 jours après que je me suis dit que ça devait être cela. En tous cas je passe une nuit très désagréable, alors que l’endroit est parfaitement enchanteur.


Jour 16 – 30 août. 20 km

Après cette nuit étrange, la matinée de marche a été particulièrement sereine et belle, ce qui m’a permis de vite oublier ce mauvais moment.

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Je chemine d’abord sur les hauteurs, avec beaucoup de rennes de sortie ce matin, puis le chemin descend dans une longue vallée très rocheuse avec une rivière chantante qui serpente dedans. Je passe d’un côté, de l’autre, sous un soleil doux. Le vent est toujours assez fort, mais cela se sent moins à mesure que je descend en altitude et que je m’enfonce dans cette vallée.

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J’atteins vers midi une petite hutte où je pense m’arrêter déjeuner. J’y retrouve  3 finlandais, qui marchent très lentement, chargés qu’ils sont à 25 kgs chacun pour une randonnée d’une semaine !
Nous discutons, là encore, des sacs à dos. C’est la 1ère fois que mon sac suscite autant de commentaires !

Ils partent avant moi, je m’offre une heure de lecture au soleil sur le pas de la porte de la cabane. Mais je les rattrape ensuite très vite dans une grosse montée.
Le chemin rejoint ensuite, dans une longue descente le long d’une rivière, la route qui va d’Inari à Utsjoki et à la Norvège.

On l’atteint au niveau de l’église historique d’Utsjoki, qui date du 19e siècle. Elle est installée un peu en hauteur le long du lac Mantojärvi. Elle n’est pas ouverte, mais devant on voit un monument aux morts des guerres de 39-44, particulièrement affirmé culturellement.

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Monument aux morts devant la vieille église d'Utsjoki

Le long du lac, un ensemble de vieilles maisons en bois qui visiblement se visite, mais aujourd’hui les maisons sont fermées. Un monsieur qui est là m’explique que c’est en fait l’ancien village paroissial d’Utsjoki.
En gros, autrefois quand les populations n’étaient pas sédentarisées, une à trois semaines par an, l’été, un pasteur (on est en pays luthérien) venait à Utsjoki, célébrer un office mais surtout faire le catéchisme aux populations locales (très important le catéchisme chez les protestants!). Ce village était donc temporaire, destiné à accueillir la population pour ces séances obligatoires.
J’ai retrouvé la même chose près d’Inari. C’est intéressant car il y a extrêmement peu de patrimoine bâti ancien dans cette région, j’étais contente d’en voir un peu.

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Anciennes maisons paroissiales au bord du lac Mantojärvi

Je reviens ensuite à Utsjoki par un petit chemin qui longe à quelques centaines de mètre dans les hauteurs la grande route actuelle.

J’ai à peine le temps de monter la tente dans le camping où je suis revenue qu’un déluge d’eau s’abat sur le village. Je passe à nouveau la soirée dans la cuisine du camping. La nuit est fraîche et très humide. J’ai du mal à correctement tendre la toile du tipi, mais il est absolument fiable sur l’étanchéité.


Jour 17 – 31 août. 90Km (car) + 7-8 km (marche)

Hier soir j’ai décidé de remodeler un peu ma fin de voyage. On est samedi, je dois prendre mon bateau à Turku mercredi matin, au sud-ouest de la Finlande. Au lieu de descendre en train dans la nuit de mardi à mercredi et de sauter directement dans le bateau, je me dis que ça pourrait être pas mal d’aller passer 24h à Turku, ancienne capitale historique de la Finlande. Je change donc mon billet de train (super service en anglais au téléphone avec peu d’attente et un super accueil du client, la SNCF a des exemples à prendre !)  pour le lundi soir, et décide d’aller passer le temps qu’il me reste autour du lac d’Inari.

Je prends ensuite un minibus qui descend d’Utsjoki à Inari (on remercie le site internet qui rassemble tous les horaires de bus, parfaitement traduit en anglais, qui me permet de si facilement naviguer ici). Il faut environ 2h pour faire les 90km de route, avec pas mal d’arrêts devant des petites localités et villages minuscules de quelques maisons.

En arrivant à Inari, je m’offre un bon café puis prend la petite route qui part derrière le musée, en direction du site de Pierpajärvi. Il y a d’abord un peu moins de 3km sur une petite route goudronnée, puis 4 à 5km d’un petit chemin qui plonge dans la forêt et slalome entre des lacs.
J’ai vu pas mal de voitures sur le parking avant le début du chemin, j’ai peur qu’il y ait beaucoup de monde sur ce site de bivouac, mais en fait comme j’arrive en fin d’après-midi je croise surtout des personnes qui rentrent.

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Sur le chemin vers Pierpajärvi

Le chemin est joli mais très fréquenté, on sent que c’est un des gros itinéraires de balade autour d’Inari. J’arrive à Pierpajärvi vers 18h.
Là encore c’est un site assez historique.

Une grande clairière d’herbes hautes, un lac. À l’entrée dans la clairière le combo habituel des sites de bivouac aménagés : une jolie et vaste cabane en bois, avec cheminée et table, ainsi que du gaz. Toilettes sèches et réserve de bois, feu de camp dehors.

On y trouve aussi un petit sauna en bois un peu plus loin, des granges anciennes disséminées autour de la clairière, et surtout une très jolie église en bois du 18e siècle !
De la même façon qu’à Utsjoki, cette clairière est en fait le lieu historique de rassemblement des populations jusqu’au milieu du 20e siècle. Ensuite c’est le village actuel d’Inari qui a été développé, plus directement sur la route qui mène au nord.

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La clairière de Pierpajärvi

Au bivouac il y a un jeune homme qui mange auprès du feu, j’ai la surprise que ce soit un français (je n’ai absolument pas croisé de français depuis mon départ de Paris, excepté un ami à Helsinki).
On va ouvrir ensemble l’église, qui est vraiment très jolie, peinte en bleu-gris clair à l’intérieur. On monte même dans le clocher, puis je chante un peu les hymnes en finnois qui sont dans les gros livres de messe posés dans la chaire.

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Cette petite expédition de découverte alors que le soleil se couche et qu’il n’y a absolument plus personne dans la clairière est vraiment chouette. Puis nous refermons tout derrière nous, comme c’est demandé sur la porte intérieure. J’aime bien ce côté très respectueux de part et d’autre : on vous fait confiance pour tout bien remettre en ordre, du coup on vous laisse la liberté d’entrer.

Dans la soirée, on fait chauffer le sauna pour pouvoir en profiter chacun son tour. Un jeune couple d’Inari est venu également juste pour le sauna, et repartira dans la nuit tombante.
Un sauna chauffé au feu de bois, dans une cabane en bois, où on va se jeter ensuite au clair de lune dans l’eau glacée du lac, c’est une expérience !

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Le sauna de Pierpajärvi

Plus tard encore, alors que la nuit est quasiment noire, vers 23h30, on parle aurores boréales au coin du feu. Dans les jours précédents j’avais été alertée par des amis que la probabilité d’en voir commençait à être vraiment forte, même si c’était très tôt dans la saison.
Au moment où je me demande à haute voix si j’en verrai une avant mon départ, Paul le jeune français qui est là, me montre derrière moi le ciel au Nord : elle est là ! Ténue, petite, lointaine, mais absolument discernable et sans aucun doute possible. Ce voile vert, mouvant, qui traverse une partie du ciel puis disparaît, c’était une aurore boréale ! C’est la première fois que j’en vois une, je trouve ça vraiment magique.
Comme elle était soudaine, je n’ai pas de photo. Je pensais en voir d’autres dans la nuit, mais non. Je reviendrai en voir.

Je dors confortablement auprès du feu dans la cabane, là encore en profitant du sec pour faire sécher ma tente encore trempée du matin.


Jour 18 - 1er septembre. 9 km


J’avais prévu de passer cette journée au calme dans la clairière de Pierpajärvi, mais en fait il y a vraiment trop de monde. Dès le matin des groupes de randonneurs arrivent, souvent bruyamment. Cela me met d’assez mauvaise humeur, je l’avoue. J’ai du mal à revenir dans la sociabilité.
Même en « fermant les écoutilles » sur la langue finnoise, je n’arrive pas à me sentir tranquille.

Alors en début d’après-midi je pars voir un peu plus loin le site de Pielpaniemi, en laissant mon sac dans la cabane de Pielpajärvi. C’est une petite balade de 3km, entre pins et lacs, très jolie.
Arrivée à Pielpaniemi j’y trouve un embarcadère de bateau, on est sur la rive du lac Inarijärvi. Et aussi une superbe cabane ouverte, ainsi qu’une vue splendide et absolument PERSONNE.

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La cabane de Pielpaniemi, grand luxe

Je me dis que vraiment c’est là qu’il faut que je passe mon dernier jour.

Alors je refais les 3 km pour revenir à la clairière, je récupère mon sac, et je refais les 3 km dans l’autre sens pour arriver finalement à Pielpaniemi vers 17h.

Là je fais un feu dans le poêle de la cabane, un thé, et je m’installe tranquillement à bouquiner pendant que le vent souffle dehors. La soirée se passe ainsi, je regarde le ciel s’assombrir par les fenêtres de la cabane, je sors régulièrement admirer les couleurs du soir. Je m’offre un bain (rapide parce que l’eau est probablement un peu en dessous de 10°) dans le lac.
Je me couche sur une banquette orientée vers le Nord, histoire de voir éventuellement d’autres aurores boréales, mais je m’endors tellement vite que je ne vois rien.

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Une dernière soirée splendide

J’avais envie de tranquillité pour ma dernière nuit au nord, je suis servie. Cet endroit est parfait. La cabane est très agréable, elle est posée tout au bord du lac, toute la nuit j’entends l’eau clapoter fort sur les rochers, j’ai l’impression d’être dans un bateau, c’est génial.


Jour 19 – 2 septembre. 11 km

Je me lève sans trop tarder : je voudrais aller visiter le parlement Sami, et la seule visite est à midi. Puis attraper mon bus à 15h pour Rovaniemi, où je prendrai le train de nuit pour Turku.

Je laisse bien empaquetée un peu de « free food » sèche qui me reste dans une boîte fermée dans la cabane, et entame le chemin du retour.
Il me faut repasser par Pielpajärvi, donc je refais pour la 4e fois le chemin ! Puis je déroule facilement jusqu’à Inari, sous un ciel bas et quelques gouttes de pluie.

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Jolies couleurs pour une marche matinale

À Inari, je vais visiter le beau parlement et centre culturel sami, le Sajos. La visite est en finnois (on est 5 dont 4 finnois) mais la jeune femme qui fait visiter me partage l’essentiel en anglais. Quelques très beaux exemples d’artisanat Sami sont exposés, et d’autres en vente (très chers).

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Le sajos, construit en 2012

Ensuite je traîne un peu dans le village, vais signaler au musée que je suis bien revenue de ma balade, et vais prendre mon bus.

Voilà, c’est fini !
5 heures de bus, où je passe pas mal de temps à regarder le paysage. Encore des rennes sur le bord de la route, et puis petit à petit plus de rennes, et on arrive à Rovaniemi.

Je fais ensuite bon voyage en train, puis une belle journée de visite à Turku, une traversée en bateau jusqu’à Stockholm, une soirée de visite sur place, puis un bus jusqu’à Copenhague, un autre jusqu’à Paris.

La redescente est rude. Certainement moins que si j’avais pris un avion directement. Mais plus on descend vers le sud, moins j’ai le moral, même si je suis en attente de retrouver les miens.

Je suis rentrée il y a pile une semaine. Déjà tout semble loin, comme un très beau souvenir.

C’est vraiment une expérience particulière et je comprends que pour les gens qui y sont allés, cette terre ait quelque chose d’un peu addictif.
L’air y est différent, les sensations aussi. Rien d’extraordinairement « exotique », et pourtant une très claire impression d’être hors de nos habitudes et de sentir puissamment les choses.

J’espère y retourner, peut-être partir plus franchement hors des sentiers, oser davantage. Aller voir aussi côté norvégien, où les terres sont plus hautes et plus montagneuses.
Et puis laisser infuser toutes les bonnes choses que ce voyage a généré, et voir ce que cela va donner.

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Mon itinéraire réellement réalisé (d'après les traces GPS)
Bleu : 1ère partie Inari / Karigasniemi
Violet : 2ème partie Karigasniemu / Utsjoki
Vert : 3e partie Utsjoen Reitti
Rouge : 4e partie Pielpaniemi / Pierpajärvi

Les traces sont téléchargeables ici

edit : rajout de l'itinéraire + trace GPS

Dernière modification par Adrienne (14-09-2019 09:50:28)


Si tu n'arrives pas à penser : marche. Si tu penses trop : marche. Si tu penses mal, marche encore.
(Jean Giono)

Trombi

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#2 08-09-2019 19:33:47

Ptilapon
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Bonsoir Adrienne,

C'est ça aussi qui m'attire si fort en Laponie, l'impression de voyager dans un autre temps. 1000 ou 2000 ans de moins, le paysage devait être pareille, juste modelé par les rennes.
La première fois que j'ai fais du hors sentier, je me suis senti également assez anxieux, peur de me perdre, comment revenir sur le sentier...Mais très vite la confiance est venue. Et puis, il y a toujours un accident du terrain, une rivière... qui permet de te réconforter sur ta position. Il faut juste lâcher prise, oser se "perdre" dans les étendues, le sentiment de liberté n'en est que plus profond, plus savoureux.
Allez, vivement la suite et bravo pour cette balade.

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#3 08-09-2019 21:51:54

martie
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Inscription : 04-03-2011
Messages : 637

Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Un récit très dépaysant!
Un nouveau feuilleton à suivre!
Merci pour ce retour du Grand Nord!
Les pays du nord m'ont toujours attirée mais je me rends que j'y ai peu mis les pieds (mais dans ceux du sud aussi finalement)... J'ai tant de choses à faire encore en France que je n'aurai pas le temps... tant pis...
Alors chouettes les récits de RL qui font découvrir par procuration!

martie

PS: "Apoutsiak le petit flocon de neige", une histoire sympa que j'ai découverte adulte et que j'aime lire aux enfants...

Dernière modification par martie (08-09-2019 21:52:12)

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#4 09-09-2019 07:41:11

laxmimittal
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Super, voilà le récit d'Adrienne.

A consommer tranquillement ce soir avant de s'endormir comme "bonne nuit les petits"

Ravie que tu te sois éclatée et que tu rentre en bonne santé.

Merci de nous raconter  smile  smile  smile  smile  smile

L.


La touche Majuscule de mon ordinateur fonctionne mal.

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#5 09-09-2019 08:48:58

Serval
Carpe diem
Lieu : Entre Monts Martre et Parnasse
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Qu'est-ce que tu écris bien... C'est un plaisir à lire, un grand plaisir de sentir à chaque détour de phrase le bonheur que tu as ressenti là-haut.
Merci de prendre le temps de nous faire partager ces moments.


Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans les voyages que j'ai faits seul, et à pied. (J.-J. Rousseau)
Trombinoscope | Tour de Bretagne (GR 34) - De Concarneau à Auray

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#6 09-09-2019 09:13:28

kodiak
Pas assez léger, mon fils!
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Récit sympa que je lirai avec attention.  smile


Lâche ce clavier, attrape ton sac et pars marcher! |k|
« Strong, light, cheap, pick two' » (Keith Bontrager)

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#7 09-09-2019 09:19:04

You
Ptit lapin givré
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Idem, merci pour ce récit - référencé dans le wiki : il est aussi agréable à lire qu'instructif !


There is a curse. They say : "May You Live in Interesting Times" (Terry Pratchett)
"Le froid est pour moi le prix de la liberté" (Elsa, Reine des Neiges) / "La météo, c'est dans la tête" / φ / (⧖)

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#8 09-09-2019 09:24:46

Adrienne
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Messages : 586

Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Merci à tous pour vos premiers retours !
Ce n'est pas terminé, je continue à rédiger à partir de mes notes, fais mon tri dans les photos, et je mets en ligne la suite par petits bouts cette semaine smile


Si tu n'arrives pas à penser : marche. Si tu penses trop : marche. Si tu penses mal, marche encore.
(Jean Giono)

Trombi

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#9 09-09-2019 12:05:14

patou
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Messages : 219

Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Hello
Et Chouette, un feuilleton de plus à lire ! big_smile
J'aime bien la rentrée sur RL : tous les ans,  je savoure vos retours/récits de rando en attendant d'y aller pour de vrai à mon tour.
Merci donc Adrienne et vivement la suite.
cool


Mul part ailleurs

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#10 09-09-2019 12:50:02

Myrdhin
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Messages : 62

Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Coucou,

J'adore Adrienne :-)
Merci de partager (aussi bien) l'étape transport de ton périple. C'est très intéressant.

++


"D'après une théorie, le jour ou quelqu'un découvrira exactement à quoi sert l'Univers et pourquoi il est là, ledit Univers disparaîtra sur-le-champ pour se voir remplacé par quelque chose de considérablement plus inexplicable et bizarre."..."Selon une autre théorie,la chose se serais en fait déjà produite."

Douglas ADAMS - H2G2

Mon premier retour terrain

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#11 09-09-2019 22:31:03

Eric le rouge
AnthropoMUL[ET]
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Merci pour ce début de récit qui dégage une sérénité qui trouve son écho dans la beauté paisible des paysages.
Pour une "promenade", tu t'es offert quand même des étapes à 40km, avec quelques  adversités humides (recherchées ?... Parce qu'après l'Ecosse, il y a quand même une certaine fidélité aux marais et étendues d'eau  cool ). On aura connu flânerie plus modérée.

Surtout j'aime beaucoup tes choix (longuement réfléchis et discutés [voire même disputés  wink ] sur ton trombi) de laisser l'avion et ce que tu en dis : on sent bien tout ce que cette "lenteur" (relative tout de même) a pu permettre dans le vécu du voyage et la déprise... Avec son petit lot d'incertitudes et d'aventures.
Un ralentissement que n'aurait pas renié Pierre Sansot et son Eloge de la lenteur ("Une certaine forme de sagesse se reconnaît à la volonté de ne pas brusquer la durée, de ne pas se laisser bousculer par elle, pour augmenter notre capacité à accueillir l'événement").

La suite !  smile

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#12 10-09-2019 00:43:00

Adrienne
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Mise à jour avec la 2e partie du récit ci-dessus

Ptilapon a écrit :

#538526Bonsoir Adrienne,

C'est ça aussi qui m'attire si fort en Laponie, l'impression de voyager dans un autre temps. 1000 ou 2000 ans de moins, le paysage devait être pareille, juste modelé par les rennes.
La première fois que j'ai fais du hors sentier, je me suis senti également assez anxieux, peur de me perdre, comment revenir sur le sentier...Mais très vite la confiance est venue. Et puis, il y a toujours un accident du terrain, une rivière... qui permet de te réconforter sur ta position. Il faut juste lâcher prise, oser se "perdre" dans les étendues, le sentiment de liberté n'en est que plus profond, plus savoureux.
Allez, vivement la suite et bravo pour cette balade.

Merci pour ton commentaire Ptilapon. Ça ne m'étonne pas de ne pas être la seule à avoir cette impression de permanence du temps smile
Pour ce qui est du hors-sentier : en fait durant ma 1ère semaine j'étais vraiment à la limite du hors sentier vu l'état du chemin, quasiment disparu.
Mais je ne sais pas, c'est peut-être effectivement l'immensité de ces étendues qui m'a fait un peu peur. Plus prosaïquement, les trous d'eau et de caillasse, et les marécages, qui m'ont fait craindre que le sentiment de galère soit plus important que le plaisir de la marche.
Je testerai, je pense que ça n'est pas la seule fois que j'irai à cet endroit smile

@Myrdhin, @patou, @you, @kodiak, @serval, @laxmimittal, @martie : merci pour vos encouragements ! J'ai l'impression d'être un peu lyrique dans ce récit, mais en réalité il n'y a pas eu de challenge physique ni d'optimisation matérielle dingue. Juste une bonne complémentarité randonneuse/matériel dans un endroit magique, et j'ai envie de raconter un peu ça.

@eric le rouge : oui la lenteur, évidemment la lenteur smile
C'est quelque chose que je recherche souvent de façon délibérée, ayant un caractère plutôt énergique le reste du temps. Je suis ravie de cette lenteur, qui m'apporte en effet la paix et la sérénité et, enfin, le temps de réfléchir un peu sans courir entre 50 idées à la minute.
Je ne recherche pas les adversités humides, mais il se trouve que j'aime le Nord, et que le Nord est humide, donc il faut bien faire avec. Et puis ça sélectionne la compagnie, on y trouve des gens intéressants dans ce Nord humide. Mais tu m'entendrais pester contre moi-même au 45e "splotch" de mes pieds dans un marécage marronnasse, tu ne me poserais pas la question big_smile

Dernière modification par Adrienne (10-09-2019 00:46:22)


Si tu n'arrives pas à penser : marche. Si tu penses trop : marche. Si tu penses mal, marche encore.
(Jean Giono)

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#13 10-09-2019 06:31:36

Serval
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Bonjour,

Eric le rouge a écrit :

#538670Un ralentissement que n'aurait pas renié Pierre Sansot et son Eloge de la lenteur ("Une certaine forme de sagesse se reconnaît à la volonté de ne pas brusquer la durée, de ne pas se laisser bousculer par elle, pour augmenter notre capacité à accueillir l'événement").

     [Cuistrerie HS]
Le titre exact du livre de Pierre Sansot est "Du bon usage de la lenteur" wink
Dans le même registre, je conseille aussi fortement la lecture de "Éloge des chemins et de la lenteur" de David Le Breton.
     [/HS] (pardon Adrienne)

La suite ! smile

Yes !


Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans les voyages que j'ai faits seul, et à pied. (J.-J. Rousseau)
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#14 14-09-2019 09:40:34

Adrienne
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Voilà j'ai terminé mon récit ! smile
(en complétant le 1er post)


Si tu n'arrives pas à penser : marche. Si tu penses trop : marche. Si tu penses mal, marche encore.
(Jean Giono)

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#15 14-09-2019 10:57:52

Bazar Pacha
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Bravo et merci pour ce beau récit Adrienne, ça me donne fort envie d'aller gambader là-bas...  smile


Mon premier récit : quatre jours en Touchétie (Géorgie)

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#16 15-09-2019 13:29:32

Eric le rouge
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Merci pour ce beau récit (j'aime particulièrement tes descriptions du milieu) qui contribue à cet étonnant été nordique sur RL  smile
C'est intéressant ce dont tu témoignes avec ce retour lent qui n'a visiblement pas la même saveur que la version aller. Est-ce que pour autant tu n'as pas pu faire ainsi une réacclimatation plus progressive que ce que l'on peut vivre d'habitude à grand coup d'avion abrupt ?

#HS @ Serval : Bien vu le pan sur le bec ! Mon pauvre cerveau a tout mélangé.  roll

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#17 17-09-2019 13:45:00

eraz
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Kikoo Adrienne wink

Un très grand merci pour le partage, ce retour est un vrai régal, j'ai adoré. Le plein de sensations, il y en a pour tous nos sens et c'est un dépaysement total.

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#18 17-09-2019 14:00:07

claudius
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Bravo et merci pour ce beau récit.

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#19 18-09-2019 14:54:09

Adrienne
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Merci pour vos retours smile

(en me relisant je me trouve parfois un peu barrée dans mes réflexions, mais j'ai essentiellement repris ce que j'avais écrit en marchant, et ça correspond pas mal à mon état d'esprit du moment !)


Si tu n'arrives pas à penser : marche. Si tu penses trop : marche. Si tu penses mal, marche encore.
(Jean Giono)

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#20 19-09-2019 09:07:05

moby59
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Récit "du soir" bien agréable, merci Adrienne ! Ca me replonge profondément dans mes expéditions (à vélo pour moi) en Finlande et autres pays scandinaves.

La "mentalité finlandaise" (mais aussi de beaucoup de suédois et norvégiens) incite à l'écoute, à la patience, à l'imprégnation avec le milieu. Si tu débarques et que tu t'imposes, ça ne passe pas forcément. Par contre si tu sais attendre, être attentif, détecter le non verbal pour ensuite lancer petit à petit la discussion, c'est alors d'une très grande richesse.

Pour moi (et ma compagne) ce qui reste c'est aussi la générosité de l'accueil. Tu te poses quelque part, on vient te voir, d'abord pour t'observer histoire de vérifier si tu n'est pas un générateur de problèmes... et puis lorsqu'on découvre que non, tu as vite fait de finir au sauna avec une bière et une chambre pour la nuit.
Un jour à côté de Turku, on s'arrête pique-niquer sur le bord d'une route, on étend notre tente pour la faire sécher de la nuit précédente. On traine, se prélasse, il fait beau. Au milieu de l'après-midi, un gars débarque, visiblement on est sur le bord de son terrain et de loin la tente il croyait que c'était des grands sacs poubelle qu'on venait déverser. On discute un peu, il nous dit qu'on peut rester là si on veut pour bivouaquer, qu'il n'y a pas de souci, on ne dérange pas.
Je reprends mon récit de l'époque :
On siestouille encore et une heure après il revient nous voir et nous propose de venir chez lui. Prendre une douche et un sauna... mais avant de venir prendre un café dans la petite entreprise qu'ils ouvrent d'ici quelques jours : café, gâteaux et vente de vêtements écolo : coton bio, bambou...
On plie donc nos petites affaires et on le rejoint à la maison en question. En fait ils possèdent avec sa femme un domaine énorme avec une dizaine de petites maisons étalées un peu sur les terrains. On prend un café et une part d'un délicieux gâteau que sa femme a fait. Il nous montre ensuite juste à côté 2 petites maisons qu'ils ont maintenu dans leur état d'origine, surtout à l'intérieur. Petits lits, tissus, outils, ... on se croirait dans un musée. Il nous amène ensuite visiter sa maison principale et les petites (grandes pour nous) maisons autour. Ca n'en finit pas de petits bureaux (il nous propose de dormir là) qui jouxtent une salle de sport, une salle de réception genre salle de bal,... Alors que nous sommes toujours un peu hébétés, il nous sort 4 grosses saucisses qu'il met à griller sur le barbecue et de son côté il repart travailler en nous disant de profiter du sauna.
On s'exécute. Ensuite douche fraîche, lessive et on retourne sur la terrasse de la maison principale profiter un peu du wifi smile
Une fois de plus on est un peu perdus devant l'accueil généreux qu'on reçoit. C'est très difficile de savoir comment réagir, quoi accepter, en quoi on est susceptibles d'abuser ou à l'opposé de froisser nos hôtes en refusant leur hospitalité. On passe beaucoup de temps à dire "merci, c'est vraiment très gentil de votre part..." on se demande si les rôles étaient inversés si ça nous ferait plaisir ou au contraire ça ne finirait pas par être un peu pénible. De plus comme ça dans un pays où on ne connait pas bien les coutumes, et où on échange chacun via une langue intermédiaire (l'anglais) il est difficile de percevoir toutes les subtilités de l'échange. L'intonation de la voix, le choix précis des mots, tout ça donne en temps normal des indication sur l'état d'esprit des gens. Ici c'est difficile. On va donc aviser et essayer de ne pas être trop cérébraux et d'accepter les choses comme elles viennent.
Finalement ils rentrent très tard et restent un moment dans leur maison, on ne sait pas trop comment réagir. On finit par revenir dans notre petite maison. Notre instinct français s'interroge "ils vont diner ? ils veulent qu'on dine ensemble ? ou au contraire ils nous ont offert l'accès à une de leur petites maisons donc on se débrouille ?". Alors que je profite de ce temps un peu indécis pour aller remplir nos bidons et poche à eau dans une autre des maisons j'aperçois le mari qui est dehors à s'affairer autour du barbecue. Je vais le voir pour le remercier des saucisses de tout à l'heure et il me propose de repartir avec quelques unes des grillades qu'il prépare et un peu de salade. Etonnant, je demande s'il ne préfère pas qu'on dine ensemble, il me répond "comme vous préférez". Quand je vous parlais de cette difficulté à savoir si on fait correctement les choses ou si on s'impose, on est en plein dedans. On décide donc de s'incruster au diner histoire de pouvoir continuer à discuter et à partager sur la France et la Finlande. Le diner est très bon et très sympa malgré les difficultés de communication : les parents de sa femme qui sont là aussi parlent pas bien anglais et leurs 3 filles non plus (à part compter de 1 à 10 :-). N'empêche qu'on passe un très chouette moment.
On regagne nos pénates à plus de 0h15, dehors il ne fait toujours pas nuit ! Ils nous ont invité demain matin 9h pour le petit déjeuner pour qu'on déguste leur pain "noir" dont on a parlé dans la soirée (en rapport au pain français très majoritairement blanc).
[...]

Voilà ça me rappelle tout ça, cette hospitalité bizarre, qui ne correspond pas forcément à nos standards mais qu'on apprend très vite à beaucoup apprécier. Couplé aux paysages zen, bruts, intemporels, je pense qu'on est un peu au coeur de ce qui a tendance à nous attirer en Scandinavie.
Et heu... désolé Adrienne du "squat" smile

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#21 19-09-2019 10:23:25

tolliv
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Merci Adrienne pour ce retour vraiment chouette.
Quand on pense à la Laponie, on pense à la neige, pas à cette myriade de couleurs.
Ici, il n'en est rien. Bon, il pleut quand même pas mal !

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#22 19-09-2019 11:09:58

06chamois
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Merci beaucoup Adienne pour ce dépaysement avec de belles photos qui traduisent bien ce pays, tout au moins la partie ou tu étais.
Mais surtout ton récit m'a enchanté par tes descriptions  et ton ressentie à la fois sur la vie que l'on mène et sur cette reflexion sur le terrain.

J'ai beaucoup aimé lire ton écriture qui donne envie de tout lire d'un coup ..... Merci encore.
smile

L'état des cabanes est exemplaire en adéquation avec la mentalité des pays nordiques, un exemple que nous devrions prendre en france sous peine de tout voir fermé dans l'avenir avec toujours d'avantages de restrictions.

Très très agréable à lire en ce début de rentrée.


La montagne entretient à la fois la tête et le corps, alors plus d’hésitation = vive la randonnée  big_smile

Mon trombi :   https://www.randonner-leger.org/forum/v … p?id=35338

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#23 20-09-2019 23:08:52

laxmimittal
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

merci Adrienne de ce beau et poétique récit;

j'attendais d'avoir une soirée tranquille pour le lire;

j'ai trouvé ta dernière soirée dans la cabane vraiment parfaite;

mais tout de même ...


Dès 9h du matin je suis dans les marécages, et ça ne s’arrêtera pas de la journée. Chaque dépression même toute petite est remplie d’eau, chaque espace plat, chaque fois que je vois des grandes herbes je sais que je vais y passer, sur plusieurs centaines de mètres parfois.


je me demande si tu ne les attirerais pas un peu... les marécages smile smile smile smile

L.


La touche Majuscule de mon ordinateur fonctionne mal.

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#24 21-09-2019 08:23:46

Adrienne
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

@Tolliv et @06chamois : merci pour vos retours ! C'est vrai qu'on pense neige, froid, qu'on a du mal à imaginer à quoi ressemblent ces terres, mais c'est une vraie beauté ! J'y retournerai avec plaisir, et j'espère en ramener des récits encore.

@Laxmimittal c'est le drame de ma vie de randonneuse ! J'aime le nord, j'aime ces endroits, et qu'y puis-je si c'est plein de marécages ! wink
En vrai j'ai beaucoup cherché à les éviter, je n'avais pas du tout envie de passer les journées dedans. Et je trouve que ça a été beaucoup plus faisable et moins humide qu'en Écosse, comme quoi wink

@Moby59 merci pour ton long souvenir, c'est vraiment tout à fait ça ! Ce mélange de grande générosité et de grande pudeur. Je l'ai expérimenté aussi dans les amitiés que j'ai développées avec mes amis musiciens d'Helsinki. La prise de connaissance et de contact est très précautionneuse et on se sent un peu bourrin avec notre énergie latine, mais une fois que le contact est bien pris c'est très profond, sain et solide !


Si tu n'arrives pas à penser : marche. Si tu penses trop : marche. Si tu penses mal, marche encore.
(Jean Giono)

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#25 22-09-2019 09:53:51

florencia
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Re : [Récit + liste] Kävely Lapissa (promenade en Laponie) – Fin

Coucou Adrienne  smile

J'espérai pouvoir découvrir et lire ton retour et ressenti.
Contente de ne te savoir pas déçue après avoir tant rêvé  smile
Tu as su magnifiquement mettre en mot la description de ces étendues infinies et isolées, ainsi que tes émotions, comme dit Eraz un vrai régal.
Tu as bien fait d'adapter ton parcours à tes envies du moment, et je suis sûre que tu y retourneras pour encore plus pouvoir t'y perdre   wink

Merci pour ce bon moment de partage !

Flo


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