#1 02-09-2021 15:46:44

Hervé27
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[Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Salut à tous,

Et bien voilà, c’est fait !

Après un peu de préparation, une longue et fébrile attente, d’intenses semaines de marche, j’ai vécu ma grande aventure et ce long périple alpin dont je rêvais.

Il y eut d’abord les impondérables :

-    La météo d’abord, exécrable et se dégradant toujours un peu plus au cours du mois de juillet, m’obligeant sans cesse à ajuster mes itinéraires ou à me mettre à l’abri, au point même de me contraindre à suspendre quelques jours la traversée dans l’attente de cieux plus cléments.
-    Une cheville tordue au 3ème jour, mais que j’ai pu surmonter à force de strapping et de bains glacés. Je n’en parlais pas pour ne pas m’enfermer dans une spirale négative, mais au cours des deux premières semaines mon moral aura fluctué avec les symptômes …
-    La neige encore trop présente dans certaines sections que j’ai préféré contourner, ainsi que les dégâts occasionnés par les avalanches

J’ai ensuite dû m’adapter pour corriger les folles ambitions de mon itinéraire prévisionnel initial :

-    Trop de sections "engagées" en rapide succession, qu’une fois sur le terrain j’ai cherché à panacher avec des itinéraires plus roulants / reposants ;
-    Des traces choisies sur carte qui, une fois face à l’obstacle, n’étaient clairement pas de mon niveau ;
-    L’accumulation de détours et d’arrêts a mis à plat ma belle planification, et si j’ai pu en moyenne tenir les cadences journalières que je m’étais fixé, je ne l’ai fait que sur à peine plus de 50 jours au lieu des 60 prévus. J’ai apprécié les repos même forcés, mais il m’a fallu court-circuiter entièrement certaines sections pour compenser…

Dans les tout derniers jours, il y eut enfin la fatigue accumulée, laquelle finissait par orienter toute décision. J’ai alors déplacé ma ligne d’arrivée pour l’ajuster aux circonstances : ce n’était pas celle initialement prévue, mais au final je suis heureux d’avoir opté pour un final entouré de famille et amis. C’est ce dont j’avais besoin après toutes ces semaines de quasi-solitude.

Les rencontres furent longtemps rares et espacées, mais un beau mois d’août a quand même mis plus de monde sur les chemins, m’offrant une re-socialisation bienvenue.

Rien pourtant n’a entamé le bonheur d’être dehors, sac au dos, bivouac après bivouac, à la découverte de territoires qui m’étaient pour la plupart inconnus. Je ne compte plus le nombre de manières différentes de dire bonjour que j’ai pu entendre ou utiliser, qu’elles soient en slovène, allemand, italien, romanche, français et autres langues / dialectes que je n’ai pas toujours su identifier. Les grußgott, christi, servoz, ave, salve, salute, buongiorno, ciao, buondi, gutzi, allegre etc. me manquent déjà !

Tout mon matériel a fait son office et rien ne m’a manqué. A part l’usure prématurée (et, me dira-t-on, prévisible) de ma veste de pluie remplacée passée la mi-chemin, tout reste bon pour le service et de nouvelles équipées. Mon petit sac aura intrigué, intéressé voire passionné mes interlocuteurs. J’espère avoir suscité quelques vocations / conversions en chemin …

Le récit suivra à partir d’ici (avec table d’index, chiffres, liens …), comme à mon habitude à raison d’un épisode par jour de marche. De mon point de vue chaque journée est une histoire distincte et c’est le format qui me convient le mieux. En revanche cette rédaction sera étalée dans le temps, je ne compte pas en avoir fini avant l’hiver … Des vidéos seront aussi publiées en parallèle sur YouTube, mais n’attendez pas de merveilles : je suis à la vidéo de rando ce que Ed wood était au cinéma d’Hollywood !


EtapeChiffresRécitVidéo
J00 30 juin PrologueJ00
J01 1er juillet Trieste - Nanos46 km D+ 1931 D- 831 Marche 11hJ01 J01
J02 2 juillet Nanos - Idrija47 km D+1 158 D- 1970 Marche 11hJ02J02
J03 3 juillet Idrija - Petrovo Brdo43 km D+2 306 D- 2 106 Marche 11h15J03J03
J04 4 juillet Petrovo Brdo - Merjasec33 km D+ 2 562 D- 1 833 Marche 8h35J04J04
J05 5 juillet Merjasec - Cez Dol28 km D+ 1 830 D- 1 702 Marche 10h30J05J05
J06 6 juillet Cez Dol - Dreilandereck33 km D+ 2 165 D- 2 347 Marche 11h05J06J06
J07 7 juillet Dreiländereck - Sagranberg35 km D+2 679 D- 2 306 Marche 11h30 J07 J07
J08 8 juillet Sagranberg - Naßfeld33 km D+ 1 857 D- 2 166 Marche 9h15 J08J08
J09 9 juillet Naßfeld - Pramosio32 km D+ 2 005 D- 1 726 Marche 11h20J09

Je reprends ici en copié/collé ma liste telle que publiée avant le départ. Je prévois de la compléter un peu plus tard avec des commentaires. Il y a eu quelques ajustements mineurs juste avant le départ et en cours de route, j'en parlerai plus tard.

NB : Il faut y ajouter les crampons (Pocket Cleats Titane de Vargo, 138 g) et piolet (Camp Corsa, 205 g) portés jusque début août.

FixeConsommablesTotal
Base sur moi :1,505-1,505
Base dans sac :2,8330,1382,971
Base totale :4,3380,1384,476

Catégorie :FixeVariableTotal
00-Vestiaire marche1,505-1,505
01-Portage0,362-0,362
02-Abri0,327-0,327
03-Couchage0,771-0,771
04-Vestiaire sac0,644-0,644
05-Technologies0,396-0,396
06-Pharmacie / Hygiène0,0360,1180,154
07-Kit bricolage0,0100,0100,020
08-Divers0,015-0,015
09-Hydratation0,114-0,114
10-Cuisine0,1210,0100,131
TOTAL4,3380,1384,476

00-Vestiaire Marche = "sur moi" en permanence

ArticleMarqueModèleQtéfixevariabletotalValeur d'achat
ChaussuresScarpaMescalito knit T43,520,736-0,736113,95 €
Semelles chaussuresSIDASSIDAS High T42-4320,108-0,10839,95 €
ChaussettesX-SOCKSOutdoor Low Cut10,039-0,03916,99 €
CuissardUNDER ARMOURX-Armour Heatgear taille M10,073-0,07319,97 €
TS MCUNDER ARMOURX-Armour Heatgear Compression Taille M10,109-0,10929,90 €
BuffD410,032-0,0324,00 €
ChapeauD4Forclaz10,074-0,07410,00 €
Lunettesvue 13g + clip solaire D4 7g10,020-0,02010,00 €
BâtonsFIZANBR Compact20,314-0,31470,00 €

01-Portage

ArticleMarqueModèleQtéfixevariabletotalValeur d'achat
Sac à DosAtelier Longue DistanceHybride 20 XUL10,246-0,246290,00 €
LinerArklightsac Nylofume (recoupé ?)10,026-0,0263,70 €
HousseTipikhousse Pioulou10,005-0,005-   €
Housse piquetsNEMOSylnilon10,006-0,006-   €
HousseCUMULUShousse duvet X-LITE 20010,007-0,007-   €
HousseKlymitmatelas gonflable Inertia X-Lite10,005-0,005-   €
HousseKlymitsursac SOL Escape Bivy Lite10,005-0,005-   €
HousseMontanePharmacie & Hygiène10,007-0,007-   €
HousseToaksKit bricolage10,001-0,001-   €
Fixations panneau solaireDIYélastiques & tankas10,002-0,002-   €
Coque téléphonesouple10,015-0,01510,00 €
Etui étanche pour télAloksakpour tél, ID, CB, monnaie …10,008-0,0086,25 €
Sacaboufsac plastique du commerce10,012-0,012-   €
Ziplock mediumpoubelle10,003-0,0030,10 €
Ziplock mediumPQ &divers10,003-0,0030,10 €
Ziplock largeCarrefourrécup emballage fromage râpé, pour lessive minimaliste10,010-0,010-   €

02&03- Abri & Couchage

ArticleMarqueModèleQtéfixeValeur d'achat
AbriTIPIKPioulou ST Silpoly 15D10,274268,00 €
PiquetsVARGOTitanium 6 g60,03619,50 €
PiquetsTOAKSTitanium Nail Peg 8,5 g20,0177,20 €
DuvetCUMULUSX-LITE 200, sans zip 0/+4°C, dans housse10,327289,00 €
SursacAMKSOL Escape Lite Bivy10,15643,00 €
Bâche de solArklightPolycree (à recouper 1 m x 2,5 m ?)10,0626,25 €
Matelas mousseArklightArkmat127 50x80 cm, plié poche mesh, couchage & sitpad10,05416,00 €
Matelas gonflableKLYMITINERTIA X-LITE10,17262,00 €

04-Vestiaire sac

ArticleMarqueModèleQtétotalValeur d'achat
BonnetWoolpowerBeanie Lite10,04339,00 €
TS MLUNDER ARMOURHeatGear Compression taille M10,14528,00 €
PolaireD4MH20 basique, sans zip, sans col10,1624,00 €
Veste imper/respiRAIDLIGHTHYPERLIGHT MP+ taille M10,085114,95 €
GantsOUTDOOR RESEARCHCouche imper/respi : OR Versaliner10,02039,40 €
GantsICEBREAKERCouche chaude : Oasis Glove Liners (Merinos)10,02029,95 €
LeggingUNDER ARMOURX-Armour Heatgear10,13140,00 €
ChaussettesX-SocksOutdoor Low Cut 42-4610,03816,99 €

05-Technologies

ArticleMarqueModèleQtétotalValeur d'achat
TéléphoneAPPLEiPhone SE 64 Go10,115
MicrophoneSaramonicMicrophone SR10,02129,95 €
Clé USB LightningClé USB externe i-Flash 3 en 1 OTG 256 Go10,01012,90 €
Adaptateur lightning/Micro-USBAPPLEmicro-USB femelle / lightning mâle (à poste sur Powerbank)10,0025,00 €
Câble USB/LightningAPPLE90 cm, pour charge iPhone & batterie tampon10,0246,94 €
Support téléphoneTSLJust Smile Bluetooth (support sur bâton + télécommande)10,05613,95 €
PowerbankGP2600 mAh10,06014,88 €
Panneau solaireTomtopUltraThin 6W : 124 g retaillé 78, semi-étanchéisé10,07821,13 €
Lampe frontalePETZLE-lite, serre-tête allégé10,02021,00 €
ThermomètreCoghlanSur bretelle sac (marche) ou abri (bivouac)10,0106,00 €

06-07-08 : Pharmacie, Hygiène, bricolage, divers

ArticleMarqueModèleQtéfixevariabletotal
Savonsavon d'Alep, dans mini flacon 20 ml10,0050,0200,025
PQdans ziplock1-0,0100,010
Gant de toiletteDIY10,008-0,008
Crème solaireAPTONIAAPTONIA 50+ Kids, dans mini flacon 20 ml10,0050,0200,025
Elastoplaste3 cm x 250 : prévention ampoules1-0,0380,038
Coupe-ongles10,015-0,015
Brosse à dentsmini10,003-0,003
Boules Quiès10,001-0,001
Baume à lèvres1-0,0120,012
Pinces à lingeMini pinces "cocktail"70,006-0,006
Duct Tape1-0,0100,010
Diversrustines, colle, cure dent, élastique …10,004-0,004
PortefeuilleCB, CI, liquide dans ziplock (Vitale, mutuelle dans tél)10,015-0,015

09&10-Hydratation / Cuisine

ArticleMarqueModèleQtéfixevariabletotalValeur d'achat
GourdePLATYPUS2,4 l (avec bouchon)10,036-0,03612,50 €
Bouteille PECCristalline1/2 l20,028-0,028-   €
FiltreSOURCESawyer mini10,050-0,05031,00 €
support réchaudréduction combustion + stabilité10,005-0,005
réchaudmini P3RS10,007-0,007-   €
pare-ventTOAKSTitanium retaillé sur mesure10,005-0,00510,00 €
Mug couvercleKEITHTitanium10,010-0,010-   €
MugKEITHTitanium 300 ml10,053-0,05327,60 €
CuillèreTOAKSTitanium Short10,010-0,01014,00 €
CouteauOPINELn°310,007-0,0077,10 €
BriquetBICMini1-0,0100,0101,00 €
Flacon alcoolVARGO250 ml / 200 g10,028-0,0283,50 €
"Gobelait"fond bout. lait emboîtables (1 x 13 g + 1 x 11 g)20,024-0,024-   €
Ziplocksrécup fromage râpé pour alimentaire40,010-0,010-   €

Dernière modification par Hervé27 (21-09-2021 13:09:39)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#2 02-09-2021 17:15:14

azerty
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Youpi !! à peine début septembre et les récits de l'été arrivent tous  big_smile  big_smile


Profil / trombi ici

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#3 02-09-2021 17:22:26

Iwasane
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Hâte de voir ton retour sur ce périple que je l'avoue m'impressionne beaucoup !  big_smile

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#4 02-09-2021 19:46:48

Serval
Carpe diem
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Hervé27 a écrit :

Le récit suivra à partir d’ici (avec table d’index, chiffres, liens …), comme à mon habitude à raison d’un épisode par jour de marche

Bon, il va être temps d'aller s'acheter du pop-corn. cool


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
Trombi | GR34 : de Concarneau à Auray | De Paris au Salento : Liste 2020/Récit 2020/Récit+Liste 2021 |
« Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans [les voyages] que j'ai faits seul, et à pied. » (J.-J. Rousseau)

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#5 05-09-2021 22:25:22

Hervé27
éMULe
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

J0 - 30 juin - 4h30 du matin ==> en vidéo

Tout est près, passé et repassé en revue de longue date.
7PB8tzfCh.2021-06-29-07.s.jpeg

Contrairement aux équipées précédentes, je n'ai pas d'appréhension particulière vis-à-vis de mon matériel, tout a été éprouvé et validé au fil des ans. Le seul élément véritablement nouveau est la veste de pluie, je ne me doute pas encore qu'elle va être à ce point mise à l'épreuve. Je ne parviens alors toujours pas à concevoir l'énormité de ce dans quoi je m'engage, mais mes expériences antérieures m'autorisent à être serein : il n'y a qu'à laisser les jours s'enchaîner.

Le programme de ce jour est simple : rallier Trieste. Son exécution l'est moins : me faire accompagner à Bâle par mon épouse (1h de route), et de là jongler avec pas moins de 6 trains, avec des correspondances de parfois seulement quelques minutes. Les statistiques sont contre moi : je me prépare psychologiquement à en manquer au moins une.

J'ai doublé ma dose de vaccin la semaine dernière et réalisé un test PCR hier, de quoi voir venir pour toutes les frontières à traverser ces prochaines heures. En revanche mon épouse n'a pas de test PCR en cours  de validité tel qu'exigé par la Suisse, je lui demande donc de me déposer à la frontière, je rallierai la gare à pied. Prudence excessive, pas le moindre contrôle en vue ... De fait je ne serai jamais contrôlé au cours de ces 2 mois, sauf à l'embarquement dans mon avion de retour ...

Après les au-revoirs, me voilà déambulant sac au dos aux 1ères lueurs de l'aube sur les boulevards de Bâle désertés. Je m'offre le luxe d'être en avance : mon train est annoncé sur son quai, je ne m'attarde pas et j'embarque ... un train trop tôt ! Je suis bien parti en direction de Zürich, mais pas par le train prévu ! Heureusement pour moi, en Suisse les billets sont la plupart du temps valables pour tous les trains sur un même trajet le même jour, ouf !

Je change de train à Zürich pour Chiasso, et commence à m'adapter à la valse des langues et des accents. C'est mon cinquième départ en autant d'années pour une grande itinérance, et pourtant l'émotion est toujours la même. Je savoure ce privilège qui m'est donné d'ainsi concrétiser mes rêves. Avec la somnolence qu'apporte le trajet en train, je doute de la réalité de ces instants ... mais non, ce récit n'est pas le fruit de mon imagination, pas cette fois ...

Malgré les 10 heures totales du voyage, je n'aurai jamais le loisir de trouver le temps long, aucun trajet ne durant plus de 2 heures. Je profite de la nouveauté (pour moi) des paysages suisses, pays dont je ne connais presque rien. Avec une météo un peu bouchée, au fur et à mesure que les rails s'enfoncent dans les montagnes je constate que la végétation est foisonnante et que l'eau ruisselle en tout sens. Déjà je me fais à l'idée que la marque de cet été sera d'avoir les pieds mouillés ...

Dans le long tunnel sous le Saint Gotthard et 2 000 m de roches, je me fais la réflexion que je coupe l'itinéraire que, dans un mois peut-être, je franchirai à pieds. Peut-être. C'est trop loin pour que j'arrive à le concevoir, mais je me promets de m'en souvenir quand je serai là-haut, à la lumière ...

De bords de lacs en tunnels, j'arrive à Chiasso pour mon 2ème changement. Je suis les marquages de couleur au sol pour passer des quais suisses aux quais italiens. Mon second passage de frontière de cette matinée se fait sous l'œil indifférent de la douane italienne. Il est vrai que mon bagage est bien maigre ... L'ambiance dans ce 3ème train est toute différente : ça parle fort, ça rit, ça chante ... Pas de doute, je suis en Italie !

A Milan, j'ai assez de temps avant mon prochain train pour changer de gare sans emprunter la navette qui fait la jonction. Je tue le temps au soleil sur l'esplanade au pied de l'imposante (et mussolinienne, car malgré les efforts pour les effacer, quelques lettres du mot "fascisti" sont encore discernables ...) façade de la gare centrale, en profitant pour brancher mon panneau solaire et entretenir la charge de mon téléphone. Migrants squattant les plates-bandes, unités de police en faction et centre à ciel ouvert de test COVID cohabitent avec le flot des voyageurs.

7PB8zztKb.2021-06-30-10.s.jpeg

De Milan à Vérone (train n°4), puis de Vérone à Venise-Mestre (train n°5), la monotonie des paysages de la plaine à ma droite contraste avec le défilé de la chaîne alpine à ma gauche. Quand les cimes ne sont pas encombrées de nuages, je m'efforce d'y discerner si la neige y est aussi présente que ce que m'en disaient les images satellites consultées depuis chez moi. Je vois bien des étendues plus claires, mais à travers la nébulosité et les brumes de chaleurs, je ne suis jamais certain d'y voir de la neige ou du rocher. Ce n'est que depuis mon dernier train que je peux clairement apercevoir les sommets du Triglav, où la blancheur de la neige le dispute à celle du calcaire. Je suis conforté dans ma décision de prendre piolet et crampons avec moi.

Plutôt que le wagon trop rempli, je voyage un temps sur un strapontin dans l'espace réservé aux vélos. Pas vraiment autorisé, mais j'y profite mieux de la vue !
7PBaHCcqQ.2021-06-30-14.s.jpeg

A partir de Monfalcone le train quitte la plaine et circule entre mer et montagne jusqu'à Trieste. Sorti de la gare, me voilà en milieu d'après-midi en pleine ville. Soleil et chaleur ont vite fait de m'assommer, et ma 1ère mission est d'aller prendre la chambre bon marché que j'ai réservé dans un établissement "B&B". Evidemment je m'engouffre dans l'hôtel du même nom, pour m'entendre dire que je me trompe d'adresse et me fait rediriger dans la rue d'à côté. Après avoir vérifié l'adresse, j'entre dans un immeuble d'habitation décrépi, monte 2 étages, récupère ma clef de chambre dans une boîte à digicode, entre dans un ancien appartement reconverti et m'installe dans une chambriscule avec vue sur ... rien, sinon le mur d'en face. Malgré ça la prestation reste à la hauteur pour le prix : c'est propre, j'ai une vraie salle de bains ... La cuisine est commune et partagée avec les occupants des 2 autres chambres ... Je pose mes affaires, me rafraichit et entreprend bien vite une visite de la ville.

A ma grande surprise, moi qui imaginait Trieste comme une ville coincée entre son port et ses industries, je découvre une architecture magnifique, de vastes places où déambulent les badauds, des ruines romaines, des monuments de toute sorte ... Je monte sur la colline du château pour y prendre la vue, en essayant de garder un pas lent pour ne pas trop (déjà) transpirer.

Le Grand Canal
7PB8Goksg.2021-06-30-17.s.jpeg

le théâtre romain
7PB8Mgy4C.2021-06-30-17.s.jpeg

le forum
7PB8UN24n.2021-06-30-17.s.jpeg

statuaire plus moderne et lourdingue...
7PBaVYDW7.2021-06-30-17.s.jpeg

En redescendant je me préoccupe de faire quelques courses que je grignote en chemin. De retour à ma chambre, j'en sortirai de nouveau pour un ravitaillement en bonne et due forme pour les 2 ou 3 premiers jours. Pas besoin de trop me charger, je traverserai de nombreux villages et les opportunités seront nombreuses ... mais on ne se refait pas, et je partirai encore une fois avec plus que nécessaire.

Déjà, j'ai résolu de ne pas me rendre à Muggia, départ "officiel" de la Via Alpina, mais de démarrer au petit jour depuis le front de mer sur le port tout proche. Cela m'économise plusieurs heures et me permettra de limiter le temps d'exposition aux plus fortes chaleurs, en partant tôt pour rallier les collines slovènes un peu plus fraîches.

Premier écart au bel itinéraire confortablement préparé sur écran. Ce ne sera pas le dernier, loin de là ...


==> en vidéo

Dernière modification par Hervé27 (08-09-2021 17:30:01)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

Liste 3 kg - 3 saisons en tableau
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#6 06-09-2021 07:47:50

Ruz boutou
Traîne-savates tout-terrain
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Merci pour cette entrée en matière.
C'est parti pour une saga qui s'annonce haletante. cool


Pour l'enfant amoureux de cartes et d'estampes, l'univers est égal à son vaste appétit. C.B.

liste lighterpack été 2021

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#7 06-09-2021 08:20:52

Eric le rouge
AnthropoMUL[ET]
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Super à la fois le lancement du récit, et l'annonce d'un feuilleton automnal : cela permettra de suivre tranquillement cette grande bambée !  smile

En tout cas, cela a failli tomber à l'eau très tôt avec cette histoire de cheville (tu nous raconteras ça).

dans la liste, j'aime bien les prix, qui me refont penser à ton fil sur l'amortissement des équipements. Je suis sûr que tu vas nous gratifier d'un retour sur investissement  big_smile

Sur ton commentaire général, tu évoques les conditions météos difficiles (tu m'étonnes !) ou la technicité/engagement de certains passages pour ta révision d'itinéraire, mais en définitive (à part la lassitude finale), la forme générale à été au rendez-vous du coup. Cela veut dire que étais bien affuté avant le départ.  smile

Allez, la suite...

PS. : être le Ed Wood de RL, cela va-t-il jusqu'à la double vie  lol ?

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#8 06-09-2021 19:03:16

Hervé27
éMULe
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Chaque année ça recommence : je suis flatté et encouragé d'avoir des lecteurs qui en redemandent. Merci  wink !


J01 - jeudi 1er juillet - 3h00 ==> vidéo J01

Dans ma chambre la nuit est chaude et à 3h00, passé un demi-sommeil, je ne dors plus et ressens le besoin d'aller au plus vite chercher un peu de fraîcheur à l'extérieur. En quelques instants je suis prêt au départ, et ne m'octroie que le temps d'une boisson chaude à la cuisine commune, histoire d'être bien hydraté. Je ne me charge pas immédiatement en eau, mais j'anticipe qu'à la chaleur et dans un territoire calcaire l'hydratation sera primordiale. J'ai pris soin de repérer plusieurs points d'eau avant de sortir de la ville ...

J'abandonne dans la poubelle le vieux caleçon que j'avais gardé pour le voyage  lol , inutile de me charger d'une pièce de tissu que je ne porterai plus dans les prochaines semaines ! Je laisse aussi dans une coupelle à cet effet la taxe de nuitée (€ 1,50 : rien ne m'y obligeait vraiment, j'ai pris et rendu cette location sans aucun contact individuel ... Le bon côté c'est que je me suis ainsi débarrassé de mes piécettes, c'est MUL wink )

Tout concourt à ce que je me mette en chemin très tôt :
- d'abord l'impatience et le fait que je sois réveillé
- étant à la même heure que la France et très à l'Est, le soleil se lève dès 5h17 et le jour pointe à peine passé 4h00
- déjà il me faut intégrer les prévisions météo dans ma stratégie, car des orages m'attendent sur le chemin dès cet après-midi, et les projections pour le week-end lorsqu'il me faudra aborder le massif du Triglav sont très mauvaises ... Raison de plus pour partir très tôt, court-circuiter Muggia, et ainsi m'avancer le plus possible avant la chaleur d'une part, d'être potentiellement immobilisé par l'orage d'autre part.

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Je ne suis qu'à quelques centaines de mètres du front de mer, et c'est du bout de la jetée que je veux marquer le départ de l'aventure. Alors que le jour pointe à peine sous un dernier quartier de Lune et que je remonte la jetée, j'essaye de ne pas y réveiller un(e) randonneur(se) qui y a jeté bivouac, mais les mouettes que je dérange s'en chargent à ma place ... Tout au bout, 2 couples d'amoureux tchatchent face à la mer, et partagent l'espace avec quelques pêcheurs.

Une bite d'amarrage commémore l'accostage du 1er navire italien (L'Audace, tout un programme ...) qui, à la fin de la Ière Guerre Mondiale, est venu proclamer ici la souveraineté italienne après la désintégration de l'empire austro-hongrois. Pendant les semaines à venir et jusqu'à la Suisse, mon itinéraire suivra longtemps les cicatrices de ce conflit.


D'ici Trieste fut amarrée à l'Italie ...
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Cheveux courts, rasé de près ... Dorénavant je passe derrière l'objectif, vous ne me verrez plus guère ...
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l'une des vraies vedettes de l'histoire
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Trieste au petit jour ... c'est parti !
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C'est à 5h00 pile que j'effectue mon 1er pas ... Il en faudra plusieurs millions avant d'arriver à bon port !

En ville ... connu comme le loup ... rose ?
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Je navigue à la godille de boulevard en ruelles tandis que le jour s'installe. Je cherche à m'élever sur les collines pour rejoindre un parc boisé d'où, très vite, l'environnement urbain se fait oublier. C'est encore le petit matin et me voilà en forêt, seuls quelques joggeurs sont déjà de sortie. Je fais le plein d'eau à la sortie du parc qui laisse maintenant place à la campagne.

N'étant pas sur la Via Alpina comme initialement prévu, je fais mon chemin comme j'avance. Ici ou là je fais demi-tour face à une clôture ou un sentier qui n'en est pas un, mais je progresse plutôt rapidement et aisément en direction de la Slovénie. Je suis cependant encore en Italie, et les noms de village en italien et en slovène traduisent l'histoire complexe de la région. Les aménagements routiers que je dois franchir ou longer se font plus rares. Les cartes mentionnent une foule de grottes / gouffres dans cet environnement karstique, certains fléchés dans le cadre d'un circuit de découverte.

La Grotta Impôssibile et son accès en bord de chemin
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A 7h30 et tandis que j'évolue sur un plateau herbeux agrémenté de quelques grands pins, je me pose confortablement pour ma toute 1ère pause-café. Bon en fait une pause-chicorée, car j'ai décidé de changer de boisson chaude, ayant attribué au café mes mauvaises nuits en bivouac (et c'est vrai, je dormirai beaucoup mieux sous la tente qu'au cours de mes autres itinérances). Les journées étant très longues en ce début juillet et ne voulant pas trop forcer sur la machine, mon rythme s'établira vite autour de cette cadence d'une pause toutes les 2h30 environ, soit 3 pauses au cours d'une journée de 10h de marche (cela évoluera par la suite).

Pôse
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Devant moi, le mont Kokos (672 m) et la Slovénie, 3ème frontière depuis hier matin ...
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Avant de monter au Kokos je traverse le village de Bazovica. Attentif aux points d'eau et toujours prêt à recompléter, je suis refait dans le jardin public du village, avec une fontaine littéralement en pièces détachées ... Pas grave, je ne suis pas encore à sec et j'aurai d'autres opportunités. Passé le village je passe près d'un petit observatoire astronomique et de ses coupoles. Je cherche un peu mon chemin avant de prendre la bonne direction, et m'élève bien vite vers le petit sommet, d'abord dans les prés puis dans la forêt. Pas de grandes vues à espérer sur les alentours, le sommet est dans la forêt. J'y longe la frontière avant que de la franchir à hauteur du 1er refuge de la Via Alpina (Planinski Dom Kokos), que je rejoins ici. Un petit groupe de randonneurs âgés - et à la journée au vu de leur équipement - vient d'en repartir, seul un couple est assis à une table à l'ombre des arbres tandis que les gérants tapent la discute sous un auvent. Je pose mes affaires un instant et quémande la possibilité de prendre un peu d'eau, mais évidemment on me répond qu'ici on ne vend que des bouteilles, l'eau du toit n'étant pas potable. J'étais prévenu ... Toujours pas grave, le village de Lokev est en bas de la colline, mais là pas question d'en partir sans avoir refait les niveaux.

Les températures montent au chaud soleil de juillet, et j'atteins les abords de Lokev en commençant par le cimetière et son robinet d'eau. Ce n'est pas encore l'heure d'une pause complète mais je profite tout de même quelques minutes des ombrages après avoir refait le plein et m'être rafraîchi.

Par la suite régulièrement sur des plateaux à la vue dégagée, je garde l'œil sur le ciel qui se couvre dans plusieurs directions. En direction des alpes Juliennes et du Triglav le temps est déjà à l'orage mais c'est loin de moi. Pour l'heure je suis encore sous un beau soleil et je transpire. Je me dis qu'il faut en profiter avant que ça ne se gâte, et quand après une auberge je découvre un banc ombragé près d'une petite mare (chose rare dans ce terrain calcaire où toute l'eau s'infiltre !), je m'y pose à nouveau tout en disposant panneau solaire et batterie tampon au grand soleil ... Mon eau n'est pas encore chaude que déjà le soleil disparait, le vent se lève et l'orage gronde, venant du Sud, je suis refait ! Il  n'est que 11h et l'orage n'était prévu que pour 15h ... J'écourte la pause autant que possible, enfile ma veste de pluie et tente d'évaluer le temps dont je dispose avant les choses sérieuses. La masse noire se dirige vers moi et je vois la foudre tomber à plusieurs reprises, et bien vite quelques grosses gouttes éclatent sur le chemin poussiéreux. Je presse le pas pour rejoindre le village de Matavun et y prendre abri si la bourrasque devait s'avérer trop forte, ce que je fais à l'entrée du village sous un large abribus. J'y passerai 1/2 heure avant de conclure que finalement, cet orage n'était pour moi et que je peux me remettre en chemin.

de l'électricité dans l'air ...
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Distrait par la crainte de l'orage, je n'ai pas regardé Matavun comme autre chose qu'un village sur ma carte pouvant m'offrir un abri. Lorsque je reprends ma route, je suis soufflé par les immenses gouffres qui font de ce lieu un site touristique de 1er plan. C'est en réalité le site des Grottes de Skocjan, et si j'avais un conseil à donner aux randonneurs de la Via Alpina, c'est d'y faire étape et consacrer une demie-journée à la visite du site. Je n'ai fait que traverser sans visiter les grottes, et c'était déjà grandiose ...

Après Matavun et tandis que je me prépare à traverser une petite plaine herbeuse agrémentée d'un aérodrome, je croise les 1ers randonneurs qui me semblent faire autre chose qu'une balade à la journée. Je n'en saurai pas plus, ils vont dans l'autre sens et seul un signe de tête fera office de bonjour. Ce seront les premiers et derniers de la journée, la Via Alpina est bien vide ...

Je n'en ai pas fini avec la météo : le temps s'assombrit à nouveau et cette fois les grains qui s'avancent sont bien pour moi. Je reconfigure la tenue et renfile la veste de pluie, et progresse pour la 1ère fois sous une pluie légère mais continue. Quand le chemin de la Via Alpina passe sous la voie ferrée par un étroit tunnel, que je ne peux franchir qu'accroupi ou à 4 pattes, je me dis que cela fait tout aussi bien un abri pour laisser passer l'orage (faites cependant attention à ce tunnel où peuvent résider des vipères, ce que j'ai vu sur une vidéo de Via alpinistes ...). Je fais beaucoup de pauses aujourd'hui pour diverses raisons, mais je peux me le permettre car les journées sont très longues et je suis parti très tôt.

laissons passer l'orage ... Un leitmotiv de cette aventure
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Il pleut encore un peu quand je me remets en route, il me faudra un peu de temps pour décider d'enlever ma veste de pluie. Si j'aurai l'occasion de déplorer sa fragilité par la suite, je reste néanmoins bluffé par ses capacités imperméables et respirantes.

Pas le moindre cours d'eau de surface entre 2 villages, il est vraiment essentiel de ne jamais manquer une opportunité. Je fais ainsi à nouveau une courte halte au cimetière de Senozece, où j'admire un énorme tilleul.

Oh, le beau tilleul
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De là commencent les longues pistes forestières de ces premiers jours de Via Alpina. C'est évidemment du chemin facile, bien ombragé (tant pis pour le panneau solaire ...), ça déroule ... mais c'est monotone ! Je marche vite malgré la fatigue de cette longue journée, car peu à peu j'ai jeté mon dévolu pour le bivouac de ce soir, au sommet du Mont Nanos (1 262 m). Le timing est serré pour y parvenir avant le coucher du soleil que je veux pouvoir y admirer.

Je fais ma dernière halte au cimetière de Razdrto, dont l'approche manque d'intérêt car la vallée est traversée par autoroute, nationale et voie ferrée, et les 2 derniers kilomètres se font par le bord de route. Je ressens maintenant fortement le besoin de poser le camp car les pieds chauffent, mais je garde mon objectif de la nuit au sommet. Je me donne le temps de souffler, aérer mes orteils et m'hydrater, et c'est lourdement chargé de près de 3 litres d'eau que je redécolle à 18h30, pour une grimpette finale de 700 m !

Le Mont Nanos en visuel et au fléchage
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D'abord par un sentier classique, l'itinéraire balisé se raidit bientôt pour se faufiler dans les barres rocheuses, avec quelques passages plutôt aériens. En soirée le vent s'est levé, la température a fraîchi avec l'altitude, l'ascension qui me fait transpirer se fait par le versant déjà à l'ombre et je garde un ressenti désagréable de cette grimpette où il fallait jouer des mains. A l'approche du sommet, je rencontre néanmoins une première impression d'alpage : je m'arrache enfin pour les cimes ! Je commence à y voir des lys orangés, mais pas (encore) de photo digne de ce nom, désolé ...

Quelques passages aériens
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J'atteins le sommet vers 20h00, et tente de me trouver un espace abrité du vent pour profiter du coucher du soleil. Hélas l'ambiance reste froide et inconfortable, le vent tourne sans cesse, et je me réfugie dans la forêt où je plante l'abri (pour la 1ère fois depuis longtemps !) à proximité du refuge de Vojkova Koca. Visiblement pas grand monde au refuge : une voiture monte par la piste puis redescend. Personne d'autre ne s'installera sur la vaste aire de pique-nique / bivouac : je n'ai d'ailleurs demandé de permission à personne, était-ce bien autorisé ?

En avance sur le coucher de soleil
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Pioulou 2021 1ère !
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En quelques chiffres :
Marche 11h00
46 km
D+ 1 931m / D- 831m

Itinéraire (réel en vert, prévisionnel en rouge)
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Impression générale :

Je suis content d'avoir fait une grosse étape, échappé à l'essentiel de la chaleur en étant parti tôt, d'avoir plutôt bien géré mes pauses et mon hydratation qui m'ont permis de garder de l'énergie. Je ressens clairement le bonus d'être bien affûté après une année très sportive.

Dans un tempo plus tranquille, faire étape à Matavun et visiter les Grottes de Skocjan vaudrait certainement la peine.

Côté matériel, les longues sections ombragées en forêt ne favorisent pas la recharge par le panneau solaire. Si j'ai pu maintenir ma charge en matinée, l'après-midi et la soirée étaient très déficitaires : il me faut pomper sur la batterie tampon. Dans cet environnement, le choix des sites et temps de pause est essentiel : de l'ombre pour le marcheur et du soleil prolongé pour le panneau ... Rien à dire pour tout le reste, sauf que le piolet est incongru dans cet environnement, et que les crampons bouffent de la place dans mon sac ...

==> vidéo J01

Dernière modification par Hervé27 (09-09-2021 14:46:17)


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#9 06-09-2021 22:43:24

Serval
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Hervé27 a écrit :

Marche 11h00
46 km
D+ 1 931m / D- 831m

Mouais... Un peu léger pour une première étape, non ?

Blague à part, je suis tout aussi bluffé par ta capacité à raconter ainsi par le menu tous les lieux de passage et les événements d'une journée de marche. Bravo et merci pour cela aussi. smile On va attendre avec impatience la suite du feuilleton de l'été.


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
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#10 07-09-2021 11:28:56

brons07
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Bonjour,

Une bite d'amarrage...à Trieste?

Alors  avec tt...sinon c'est autre chose... lol

Belle entrée en matière, la suite va être passionnante n'en doutons pas.

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#11 07-09-2021 22:04:44

CLeC
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Bonjour,
Des endroits que je ne connais pas mais qui m'éveillent un certain intérêt (le karst, la Slovénie, Trieste...).
Je vais lire le récit avec intérêt, merci !


4981875N - 0698785E - 1761m

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#12 07-09-2021 22:42:24

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

J02 - vendredi 2 juillet - ~4h30 ==> Vidéo J02

Le soleil est matinal si loin à l'Est, et les lueurs du jour me tirent bien tôt de mon sommeil. Malgré le couvert des arbres le vent s'infiltrait sous mon abri et a gêné mon sommeil, mais au moins m'a-t-il garanti une nuit bien sèche. Tout est remballé à peine passé 5h et je peux me mettre en chemin. Le ciel est nuageux, la météo pour la journée est variable, avec une possibilité de pluie légère dans l'après-midi : à tout prendre et aux altitudes encore basses qui sont devant moi, je préfère ça à la canicule ...

5h10 - Monument ex-yougoslave à la mémoire des partisans (j'en trouverai beaucoup sur mon chemin)
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Je retourne vers les antennes du sommet pour prendre la vue au soleil levant. Coincé entre l'horizon et les nuages, il éclaire le bassin environnant d'une belle lumière rasante orangée.

5h18, le soleil est à l'heure
Au Nord-Est, j'aperçois la chaîne Kaminsko - Savinjske, frontière entre Slovénie et Autriche, laquelle monte à 2 500 m.

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Le chemin suit d'abord le fil de crête, en restant dans la partie boisée. Les jeux de lumière au soleil levant dans les sous-bois sombres entretiennent une belle ambiance toute en contrastes. Il s'ensuit une jolie descente par la forêt vers le village de Strane. Je porte encore une grosse quantité d'eau de ma réserve d'hier soir, au point que je vide 1 litre sur le bord du chemin pour réduire ma charge. J'évolue sur des chemins de campagne jusqu'au village de Smihel pod Nanosom, où j'ai bien failli regretter ce déballastage, ne parvenant tout d'abord pas à trouver de fontaine. Me préparant à devoir patienter jusqu'à Predjama,  je découvre juste à la sortie du village un petit espace aménagé pour les randonneurs avec le point d'eau qu'il me fallait. J'y fait ma pause-chicorée, tout en méfiant des escargots et limaces prêts à coloniser mon matériel.

8h00 - Jus de chaussettes à Smihel
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La piste déroule en forêt, puis descend dans un vallon, me voilà dans le splendide cadre du château de Predjama. Très peu de monde à cette heure matinale par temps de COVID. Un panneau incongru d'interdiction des drones signe la marque des temps modernes. Je ne suis pas très versé dans les visites guidées (et payantes ...), et le temps de quelques photos me voilà déjà reparti.

9h00, Predjama, château troglodytique
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C'est un peu plus loin, tandis qu'il me faut marcher en bord de route et que s'annoncent de longs kilomètres de piste forestière, que j'avise un pré ensoleillé où me poser à nouveau et optimiser la recharge de mes appareils. Depuis mon départ de Trieste j'enregistre ma trace, car j'estime en avoir besoin pour quantifier mes temps de marche et "production" quotidienne de distance et dénivelé, et ainsi assurer les quotas qui me sont nécessaires pour réaliser ma traversée dans les temps. Malheureusement, sur ces 1ers jours à basse altitude et souvent en forêt, pas facile de charger téléphone ou batterie tampon tout en marchant. J'espère compenser avec ces pauses choisies pour une exposition optimale, mais ce ne sera pas suffisant ... Pour couronner le tout, le soleil est intermittent entre les nuages ...

9h30, recharge ...
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La Via Alpina m'entraine alors sur presque 20 km de route forestière en terrain karstique : il est recommandé d'avoir fait le plein d'eau ! Je reprend progressivement de l'altitude, remontant depuis ~700 m jusqu'à 1 150 m, au refuge de Pirnatova Koca na Javorniku, où je m'arrête longuement à une table à l'ombre d'un arbre (et le panneau solaire à la lumière). Malgré des fenêtres entrouvertes à l'étage, les lieux sont déserts. Pas d'eau en extérieur, mais on ne m'en aurait sûrement proposé qu'en bouteilles et payante de toute façon. J'achève mes réserves sur un café et profite d'un peu de vue après plusieurs heures d'enfermement sylvestre.

12h15 - Difficile de perdre la Via Alpina
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12h45 - Enfin un peu de vue : tout au fond, les lagunes italiennes au bord de l'Adriatique
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Le temps tourne à la pluie tandis que je redescends vers le village de Crni vhr nad Idrijo, m'obligeant à enfiler la veste de pluie. Il est 14h30 et j'ai pu refaire le plein d'eau à une source-fontaine juste avant le village, au milieu d'un groupe d'ados (slovènes, évidemment) avec lesquels je n'ai trouvé aucun langage commun. Je me suis fait l'impression d'un être descendu d'une autre planète, à l'allure étrange et perdu dans une civilisation incompréhensible ...

14h30 - Ambiance de la campagne slovène. Je me croirai dans le Haut-Doubs
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Ce sont de petites routes de campagne qui se succèdent alors sur peut-être 6 ou 7km, alors que je sors de 20km de pistes ... Ce n'est pas la section la plus passionnante de la Via Alpina ... Mes pieds sont donc bien échauffés quand je retrouve enfin un peu de sentier pour plonger de 300 m en forêt vers la belle rivière Idrijca, tandis que la pluie semble vouloir cesser.

17h00 - forêt et rivière
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La rivière est un lieu de promenade prisé depuis la ville d'Idrija maintenant toute proche. Je croise enfin un peu de monde, mais point de randonneurs. Scène cocasse lorsqu'une passerelle enjambe la rivière par-dessus une large et profonde vasque. Un jeune couple allemand sans complexes s'y tient entièrement nus : lui saute dans la rivière, mais elle hésite, passe d'un côté de la balustrade puis revient, essaye de s'asseoir au bord pour réduire la hauteur mais se relève ... Je m'efforce de patienter sans reluquer, car la passerelle est étroite et le manège s'éternise ... Quand enfin ma présence est remarquée, c'est par des éclats de rire et larges sourires qu'on me fait signe de passer. Latins et germains, pas le même rapport à la pudeur  :lol: !

Maintenant dans l'agréable petite ville d'Idrija blottie dans sa vallée, je dois procéder au ravitaillement que j'avais programmé ici. Il me faut tabler sur a minima 3 jours d'autonomie, car je n'ai plus d'autre agglomération d'importance avant d'avoir passé le Triglav. Le supermarché du coin est bien achalandé, et je m'installe plus loin sur un banc pour me reposer un peu, exposer mon panneau solaire à un chaud soleil couchant d'un ciel qui s'est totalement dégagé, reconditionner mes achats et boulotter tout ce qui dépasse :P . Je varierai assez peu mon menu pendant ces 2 mois, autour de quelques produits phares que je parviendrai à trouver presque partout :
- en journée, barres de céréales et assortiments noix / fruits secs
- fromage
- chocolat (les paquets carrés de 100 g Ritter Sport s'avèreront très pratiques à l'usage)
- le soir, 1 paquet de TUC, soupe et semoule (remplacée ensuite par pâtes vermicelle)
- soupe et semoule, puis pâtes vermicelles
- sachets de capuccino, si possible en décaféiné (je ne trouverai pas de chicorée en sachets)

18h30 - C'est à ce point du récit que s'affirment les héros de l'histoire
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Avec un plein d'eau refait et un sac à bloc, je dois frôler les 9 kilos. C'est trop pour mon ALD 20L XUL, les épaules vont s'en ressentir. Il est passé 19h quand je me remets en mouvement et en quête d'un bivouac. Depuis mon banc j'ai avisé un promontoire surplombant la ville, dont j'imagine qu'il pourrait m'offrir un espace. C'est plutôt bien vu, et j'y arrive une petite heure plus tard alors que le soleil est désormais caché derrière les collines. Il y a là un replat de type "roubines" tel qu'on en peut trouver dans es Alpes du Sud, et après un peu d'effort pour y enfoncer mes piquets je parviens à un montage tout-à-fait honorable. A peine installé j'aurai la visite d'un joggeur étonné, mais qui ne s'arrêtera pas plus de 5 secondes ...

La vue est agréable, j'ai de l'eau et des victuailles, un banc pour m'installer. La routine de l'itinérance se remet en place. Avant de m'endormir je fais des plans sur la comète et la météo : la journée de demain samedi s'annonce plutôt belle et chaude, mais dimanche et lundi seront très orageux et ça coïncide avec mon arrivée dans le Triglav et en altitude :/  ...

20h10 - Idrija
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20h30 - Bivouac péri-urbain ...
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... ou péri-industriel ? Pas certain que le sol sur lequel je vais dormir ait été dépollué des retombées de cette cheminée d'usine à mercure désaffectée...
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En quelques chiffres :
47 km
D+ 1 158 m D- 1 970 m
Marche 11h00 (bis repetita)


Itinéraire & progression
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Impression générale :
Totalement sur la Via Alpina aujourd'hui, les trop longs kilomètres de piste et route occultent les quelques belles impressions de la journée : les crêtes du Mont Nanos, le château de Predjama, les impressions presques montagneuses au refuge de Pirnatova Koca, la rivière Idrijca ... Mais tout de même et pour paraphraser azerty, vivement la montagne :rolleyes: ! Aujourd'hui plus qu'hier l'eau a été une préoccupation, et le restera jusqu'à mon passage en Autriche.

Si je pousse la machine un peu plus que le rythme prévu, c'est parce qu'en partant très tôt j'en ai le temps sans me priver de bonnes longues pauses. Je trouve toujours en fin de journée le petit sursaut d'énergie nécessaire à l'ultime difficulté (le Mont Nanos hier soir, mon petit promontoire ce soir ...). Je marche plus longtemps et plus vite que prévu, mais pour l'instant les chemins sont roulants et, sauf parfois une descente ou une montée plus raide, sans la moindre difficulté.


==> Vidéo J02

Dernière modification par Hervé27 (10-09-2021 14:36:50)


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#13 10-09-2021 14:16:10

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

J03 - samedi 3 juillet : Idrija, 4h45 ... ==> Vidéo J03

La soirée était belle sous un beau ciel bien dégagé après la pluie de l'après-midi, mais dans la nuit et ce matin la brume s'est installée dans la vallée. A ces altitudes et en juillet la nuit était douce, mais évidemment tout est maintenant humide d rosée et de condensation, surtout mon linge que j'avais lavé succinctement hier et étendu sur les haubans du Pioulou ... Toujours l'arbitrage de chaque soir : laver son linge ou non au bivouac, pour au matin le renfiler soit humide, soit puant, ou les deux ...

La météo pour aujourd'hui est clémente, j'aurai donc tout le loisir de faire sécher mon barda. En revanche c'est toujours un gros épisode pluvio-orageux qui s'annonce pour demain et jusqu'à lundi matin ... L'objectif du jour reste de progresser autant que possible vers les abords du Triglav tant qu'il fait beau, et d'aviser ensuite.

beau temps
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Je me mets en chemin à 5h28 dans la moiteur de la brume, suivant un marquage pour rejoindre les plateaux au-dessus de moi qui ne figure pas sur ma cartographie OpenTopo : ça tombe bien, c'est a priori plus court que la trace Via Alpina telle que je l'ai enregistrée. Ce petit chemin se révèle toutefois évanescent, à peine une sente de chasseur qui évolue en forêt et à flanc de coteaux boisés et abrupts. Il convient de rester bien attentif pour ne pas perdre le sentier, en particulier quand il zigzague  dans des labyrinthes calcaires. J'ai parfois hésité à rebrousser chemin, craignant de me retrouver perdu et de devoir m'engager dans des passages trop aériens à mon goût ... A chaque fois cependant, un semblant de chemin réapparaissait pour m'inviter à poursuivre. C'est d'ailleurs dans cet environnement que je croiserai mes premiers chamois (il me faudra attendre très longtemps avant d'en recroiser).

Mes deux 1ères journées en environnement boisé et une météo inégale ont bien déséquilibré le bilan énergétique de couple panneau solaire / téléphone : je consomme beaucoup trop pour ce que j'arrive à charger. J'ai déjà complètement vidé ma petite batterie tampon, et au démarrage de ce matin la charge de mon téléphone est bien faible. Il me faut plus "valoriser" les spots ensoleillés pour y faire des arrêts recharge, et je me résoudrai également à cesser d'enregistrer ma trace pour rétablir un équilibre.

Une fois quitté mon petit sentier je retrouve les pistes forestières et petites routes, dans un environnement dont l'aspect me fait penser tantôt aux sommets des Vosges ou aux plateaux du Jura. A l'inverse de ma trace du petit matin qui n'était pas sur ma carte, je constate que certains sentiers forestiers que j'avais prévu d'emprunter pour éviter la route sont impraticables car envahis par la végétation. Je me console en me disant que par la route j'avance plus vite, et d'ailleurs le trafic à cette heure est inexistant ... Je fais ma première pause-chicorée dans un pré sur un petit col ensoleillé, avec une vue qui commence enfin à se découvrir sur les Alpes Juliennes ... Trop tôt cependant pour un séchage efficace de l'abri et du couchage, j'attendrai plus tard.

07h00 : Col de Ledinsko Razpotje (708 m). Enfin au soleil
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Oratoire ... Combien en aurai-je croisé dans cette traversée ?
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8h30 - Village de Ledine (786 m) : Cap symbolique des 100 km depuis Trieste !
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Sur ces larges chemins, pistes et routes ma progression est rapide et les kilomètres s'enchaînent. C'est de la montagne à vaches et à bûcherons et je déroule, en grande forme. Le seul bémol est la charge de mon sac après mon ravitaillement d'hier soir d'une part, et la grosse charge en eau à laquelle je m'astreins, avec souvent plusieurs heures entre 2 points d'eau. Passé 10 heures j'avise un chemin de traverse qui me parait offrir la bonne combinaison ombragée (pour le randonneur) et ensoleillée (pour le panneau solaire et le séchage des affaires), et pendant une heure je m'y étale et profite. C'est tellement rare que je le note, un autre randonneur (visiblement à la journée) passera peu après et m'interpellera pour me poser (en slovène ...) une question à laquelle je ne comprendrai rien. Il disparaitra avant que j'ai pu trouver avec lui un langage de communication.

Bien que l'itinéraire soit monotone et sans difficulté, j'ai bien aimé cette section, sans doute en raison des belles lumières et du fait de rencontrer de plus en plus souvent de la vue vers des horizons plus lointains. Si je fais le yo-yo entre cols et flancs de vallées, je m'élève insensiblement et oscille désormais entre 800 et 1 000 m d'altitude, allant d'une ferme à l'autre.

Un trou dans la raquette, vision incongrue d'un bord de chemin ...
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Des oratoires incitant à la pause ...
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Des horizons qui sélargissent ...
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A part un groupe de 6 ou 7 randonneurs croisés à un carrefour, puis des cyclistes avec qui je disputerai l'accès à la fontaine du Col de Kladje (787 m), les chemins restent désespérément vides.

Longue redescente en milieu d'après-midi dans la vallée de la Cerknica, où je replonge momentanément à moins de 450 m d'altitude. Sensation rafraîchissante quand, pour la 1ère fois depuis Idrija hier soir, j'entends chanter l'eau des torrents ... Il s'ensuit un excellent chemin en balcon, réaménagé probablement sur la trace d'un ancien petit canal et désormais partie d'un itinéraire VTT.

Au petit hameau de Poljane à 500 m d'altitude, là où s'amorce l'ascension vers le Mont Porezen (1 632 m), je m'installe en haut d'un pré à l'orée de la forêt pour une dernière pause. J'y reste jusqu'à 17h30, quand le soleil se cache derrière une crête et cesse d'éclairer mon panneau solaire. Je me souviens avoir retiré plusieurs petites tiques de mes mollets et de l'arrière de mes genoux au cours de cette pause. En repartant, je fais le plein d'eau dans le torrent (à filtrer, bien entendu), de manière à pouvoir poser mon bivouac quand je le jugerai bon. Forcément, les épaules se ressentent aussitôt de retrouver tout le poids de presque 3 litres d'eau.

eau courante ...
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Après une montée franche dans un vallon boisé, la pente et les vues s'adoucissent quand je retrouve les alpages à la limite des 1 000 m, tandis que les lumières du soir s'installent sous un ciel qui se voile. La météo tourne ...

1 000 m, les alpages
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Direction le Porezen
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Passé le Col de Velbnik au pied du Porezen, je croise un couple qui redescend du sommet, ultimes randonneurs croisés ce jour. Moins de 10 personnes au total pour un trajet de plus de 40 km un samedi de beau temps ... Pas de quoi se bousculer ou se plaindre de la cohue ...

Lys martagon
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19h00 - Col de Velbnik (1 331 m) au pied du Porezen
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Je pouvais bivouaquer là et attendre le matin pour monter au Porezen, mais avec la météo changeante je décide de pousser les feux et de ne pas laisser devant moi un obstacle qui pourrait s'avérer délicat par temps d'orage. Après avoir reconfiguré ma tenue en enfilant ma veste de pluie pour couper le vent frais qui s'installe, j'avale donc les 300 m d'ascension restants, et atteins le sommet en moins de 40 mn. Là-haut on sent bien que le ciel se charge, et je n'exclus pas que la pluie et les orages de mon dernier point météo aient pris de l'avance. Même si ça ne rend pas très bien en photo à contre-jour et avec tant de nébulosité, je peux aussi constater qu'il y a bien de la neige dans le Triglav dont je me suis spectaculairement rapproché aujourd'hui.

19h45 - Sommet du Porezen (1 632 m)
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zoom sur le Triglav
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A presque 20h mais avec encore 2 h de lumière, je pèse mes options : la 1ère est de m'arrêter au refuge tout proche, et où le gardien est assis tout seul sur un banc à l'extérieur, visiblement sans clients ce soir. L'autre est de poursuivre, redescendre des crêtes et ne prendre bivouac qu'au dernier moment. Je suis cependant bien en jambes et porte tout le nécessaire pour bivouaquer. Je passe donc rapidement devant le refuge avec juste un rapide salut. Le chemin est de bonne facture et d'abord longe la crête en descente régulière. Lorsque je me réengage dans la forêt pour une longue descente, je comprends que les options de bivouac vont être rares avant d'atteindre le fond de vallée. Les lacets du chemin ont été polis par le passage des VTT, je cavale littéralement pour avaler le dénivelé négatif, au point qu'à un moment je vais me forcer à ralentir, car la fatigue accumulée par une longue journée et un effort brutal ne font pas bon ménage ...

La descente vers Petrovo Brdo où se trouve un autre refuge est interminable. Quand enfin j'y arrive il est 21h, et en ce samedi soir le refuge ressemble plus à un bar, avec musique forte et affluence car nous sommes à un col sur une route touristique. Le bivouac ne me semble pas aisé dans le secteur : visuellement je vois bien des replats herbeux en contrebas, mais en pleine vue au-dessus du torrent dans des prés bordés par la route. Sur ma carte j'entrevois un petit vallon perpendiculaire à la route, au fond duquel les lignes de niveau semblent se desserrer et qui ne serait pas totalement boisé. Bonne pioche, il y a là de vastes prés à l'herbe courte, et un peu plus haut quelques biches qui m'observent avant de détaler. Je pose le sac à 21h20, et doit m'équiper de la frontale pour monter l'abri ... Quelques lucioles viennent apporter un éclairage alternatif à mon campement.

et vogue la galère ...
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bonne pioche ! (photo du lendemain matin, il faisait trop sombre quand j'ai monté l'abri)
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En quelques chiffres :

J03 :
43 km
D+ 2 306m / D- 2 107 m
Marche 11h15

Cumul J01-03 :
136 km - moyenne 45 km/j
D+ 5 395m D- 4 908 m - moyenne D+/- 1 750 m / j
Marche 33h15 - moyenne 11h05 / j

Itinéraire & progression (prévisionnel en rouge, réel en vert & jaune)
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Impression générale :

3ème grosse journée d'affilée, à ce rythme je vais finir la traversée avec une semaine d'avance. La réalité se chargera de me ralentir ... Avec le Porezen la fin de journée a enfin pris des allures de montagne, je ne suis pas mécontent d'avoir mis derrière moi les basses altitudes et la monotonie des pistes forestières (enfin, c'est ce que je crois ce soir-là dans mon bivouac). J'ai hâte de rejoindre la montagne : si je peux me faufiler dans le mauvais temps annoncé, je peux être dans le Triglav demain soir, ça me motive.

Souvent sur mon téléphone aujourd'hui pour donner de mes nouvelles (j'échange avec guichen  ainsi qu'azerty qui s'est tordu la cheville, le pauvre ...), je réalise qu'il serait beaucoup plus simple de rassembler tous ces échanges sur un seul compte WhatsApp, ce que je ferai dès le lendemain ... quand j'aurai de la charge et du réseau !

La tête d'un de mes piquets "de force" en titane casse net sous la gentille pression de ma chaussure alors que je l'enfonce dans un sol meuble ... En fait il n'a pas aimé d'être enfoncé la veille au soir (à Idrija) à coups de caillou ... Je continuerai à l'utiliser tel que, jusqu'à ce que je puisse le remplacer au 1er RDV logistique programmé dans 10 jours avec mon épouse.

==> Vidéo J03

Dernière modification par Hervé27 (11-09-2021 18:37:59)


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#14 12-09-2021 12:34:46

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

J04 - dimanche 4 juillet - Petrovo Brdo, ~5h00 ==> Vidéo J04

Cela fait déjà quelques instants que je suis réveillé mais je ne me presse pas pour lever le camp : le piquetis des gouttes de pluie sur la toile du Pioulou ne me motive pas, alors je reste encore un peu au fond du duvet pendant que je fais chauffer de l'eau. Cela donne un peu plus de temps à mes muscles et tendons pour se remettre de la longue journée d'hier ... Cette petite pluie aura néanmoins vite cessé, et le rituel du rempaquetage reprendra vite ses droits. C'est à 6h15 que je me remets en chemin.

J'ai eu assez de réseau avant le bivouac pour refaire un point météo : la journée est à l'orage, mais annoncée comme carrément tempétueuse pour la nuit prochaine, avec des cumuls de pluie en dizaines de millimètres. Comme de juste, c'est aujourd'hui que mon parcours devait enfin devenir montagneux, avec une longue ligne de crêtes entre 1 800 et 2 000 m, dont j'espérais qu'elles m'offriraient de belles vues panoramiques ... Je dois me résoudre à changer les plans, et à programmer de rejoindre un (trop) long réseau de pistes forestières à plus basse altitude dès que j'aurai franchi le petit col de Vrh Bace à 1 275 m. Il faut  bien s'adapter aux conditions mais c'est un 1er coup au moral que de voir la vraie montagne se refuser.

Le démarrage est poussif, et je merdouille un peu autour du refuge de Petrovo Brdo pour reprendre la Via Alpina, entre routes qui se croisent, pont et propriétés privées. A plat sur le bord de route, j'ai le pied gauche douloureux qui me fait payer les efforts d'hier, mais ça passe dès que j'attaque la montée sur le sentier. La montée en forêt est très agréable sur un chemin d'excellente facture. Le temps reste bouché et une petite pluie revient par intermittence, je marche donc avec la veste imper-respi. Evidemment, forêt + temps bouché n'aident pas à maintenir la charge du téléphone, que j'utilise donc à l'économie ...

temps bouché ...
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Après 400 m d'ascension facile, le chemin passe à flanc de montagne pour rallier le col de Vrh Bace que j'atteins à 8h00, d'où mon plan révisé était de descendre de l'autre côté plutôt que de suivre les crêtes. Il y a là d'anciens baraquements, et un petit refuge non gardé niché dans le creux du col, mais hélas fermé. J'y profite cependant d'un banc protégé du vent et de la pluie sous la toiture pour une très courte pause.

Col de Vrh Bace : casernements noyés dans la végétation
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Col de Vrh Bace : refuge non gardé, mais fermé
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La pluie semble avoir cessé et le ciel devient un temps plus lumineux. Je décide alors de tenter ma chance et de poursuivre sur la Via Alpina par la crête, prenant cependant bien soin de repérer les échappatoires pour le cas où la météo se dégraderait de nouveau. A l'exception des hautes herbes qui détrempent mes chaussures, c'est un bon choix car le temps se maintient. Lorsque je trouve une borne frontière marquée "1920", je comprends mieux la présence d'anciens baraquements : je suis sur l'ancienne frontière entre Italie et Yougoslavie, telle qu'elle existât entre les 2 guerres. En 1919 l'Italie avait annexé de larges territoires de l'ancienne Autriche-Hongrie, mais en 1945 la Yougoslavie de Tito reprit le contrôle de l'essentiel de l'Istrie, à l'exception de la ville de Trieste et de son étroite connexion avec l'Italie. Je marche sur des cicatrices ...

borne frontière oubliée
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Frontières 1866 - 1954
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La cartographie linguistique montre à elle seule la complexité de la région
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Lys orangé
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Crêtes humides ...
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Pieds mouillés ...
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L'ambiance se fait plus montagneuse et pour en profiter encore un peu plus, je laisse passer une première option de redescendre en vallée et poursuis par une raide montée caillouteuse vers le col de Cez Suho (1 760 m), et de là à nouveau par la crête herbeuse au petit sommet de Crna Prst (1 844 m) et le refuge Dom Zorka Jelentica. Je double quelques randonneurs bien chargés dans la montée, vite salués car vite dépassés. Ils me rejoignent peu après au refuge.

Je m'y pose sur une table avec vue imprenable, mais je ne profiterai guère de la pause car bien vite la lumière retombe, la brume monte et une petite pluie fait son retour. Un nouveau point météo confirme la dégradation, et je me résous enfin à quitter la crête par le col d'où je suis venu pour maintenant plonger dans la vallée.

à l'approche du col de Cez Suho, je laisse passer une première chance de redescendre
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Le col
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Ma pause près du refuge
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Ma petite douleur au pied gauche de ce matin que je croyais partie fait son retour, maintenant plus vive. Je me vois contraint de descendre avec précaution, sur un chemin de caillasse calcaire malcommode. Le rythme chute et lorsqu'après 500 m de dénivelé négatif un peu pénible je rallie le joli petit refuge gardé d'Oroznova Koca, je m'y installe à une grande table parmi les 10 ou 12 qui sont disséminées aux alentours. Il y a là le gardien et une poignée de randonneurs sur le départ qui ont déjeuné en intérieur. Le temps s'est à nouveau éclairci, j'ai même droit à un peu de soleil.

Je m'enquière de la possibilité de déjeuner, car je ressens le besoin d'une grosse pause : ma douleur au pied m'inquiète, elle est inhabituelle. Je me fais servir une grosse soupe faite de pommes de terres, haricots, fromage et saucisse, accompagnée d'un large panier de pain. Exactement l'intensité roborative qu'il me fallait. Je peux également mettre à charger mon téléphone sur secteur (enfin, sur les panneaux solaires du refuge, bien plus performants que le mien ...), dont la batterie est encore plus affamée que moi. Je suis le seul à m'être installé en extérieur, j'en profite donc pour étaler à sécher sur ma grande table toile de tente, duvet, polycree ...

Quand un large groupe d'une vingtaine de randonneurs slovènes arrive, il s'ensuivra une scène étonnante et décevante. Ils s'installent d'abord à 2 grandes tables en-dessous de la mienne, et au vu de toutes la place disponible sur les tables encore libres, il ne devrait pas y avoir de problème de cohabitation ... Voilà cependant qu'un garçon et son père viennent se poser au bout de ma table, et je me sens obligé de serrer un peu mes affaires au séchage. D'autres peu à peu les rejoignent, agissant comme si je n'existais pas : pas un bonjour, pas un regard, pas un mot ... Etonné, puis de plus en plus agacé d'avoir à déplacer mes affaires à chaque arrivant, je finis par tout déménager sur une autre table pour y finir mon repas tranquille. Ce n'est qu'à ce moment qu'on m'a regardé sombrement, comme si je venais d'avoir une attitude insultante ... Dans une slovénie à la réputation hospitalière (expérimentée lors de déplacements professionnels), je vais être à plusieurs reprises déçu par des attitudes d'indifférence, ou d'absence d'effort d'établir le contact avec quelqu'un qui ne parle pas la langue. Pas de chance ? Tombé sur la mauvaise série ? Conséquence de la période COVID ? Allez savoir !

Refuge accueillant, mais pas sa clientèle du jour ...
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En reprenant la descente, malgré le repos que j'ai essayé de lui donner pendant mon repas, mon pied gauche me fait toujours souffrir. Ce n'est pas une douleur aigüe, mais une gêne permanente qui m'oblige à compenser par des efforts sur l'autre pied. Je prends mon mal en patience, attendant de pouvoir rejoindre la piste forestière, où j'espère qu'une marche facile à plat résorbera cette phase difficile. Peu à peu il me faudra sortir du déni : j'ai dû hier soir me tordre le pied dans la descente trop rapide du Porezen, sans y porter trop d'attention "à chaud" : bref, j'ai une entorse ... Ce n'est qu'après un cumul de 1 200 m de dénivelé négatif depuis les crêtes que je rejoins enfin la piste que je vise, que je vais devoir suivre sur une douzaine de kilomètres. Ici et là j'ai constaté que les chemins n'étaient plus à leur place, visiblement récemment bouleversés par des zones d'arbres tombés / tronçonnés. Les intempéries de l'hiver ont laissé leur marque.

restant de neige d'avalanche, à seulement 1 200 m d'altitude ...
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Maintenant à plat sur la piste je traîne la patte, et ce sont souvent mes bâtons qui me portent et me permettent de progresser. Quand j'ai charrié azerty hier sur sa cheville foulée, il a dû me jeter un sort roll . Ne jamais offenser un breton, surtout s'il vous croit normand lol ...

Je tente de profiter du soleil revenu pour charger mes batteries, mais je suis souvent sous le couvert des arbres et c'est peu concluant. De toute façon les nuages se resserrent peu à peu, et le retour de la pluie devient évident. Je garde à l'esprit les fortes intempéries annoncées pour la nuit, et avec mon petit rythme je révise sans cesse mes objectifs pour ce soir : atteindre le massif du Triglav dès ce soir devient irréaliste, et je commence à me demander si ma progression lente me permettra de sortir des pentes boisées pour trouver un environnement plus propice au bivouac, sans parler d'un abri "en dur".

Quand la pluie revient la chance est de mon côté, car je croise alors une cabane abandonnée à l'abri de laquelle je me réfugie. Il y a là quelques matériaux entreposés signalant une intention de travaux, mais l'intérieur est pourri et peu engageant. Seule la toiture semble correcte, et c'est ce qui me suffit à cet instant. Je suis à peine entré qu'un déluge s'abat, et je vais attendre une grosse demie-heure qu'il passe. A court d'eau, je vais tant bien que mal remplir 1/2 litre provenant du ruissellement du toit, fermant les yeux sur le fait que la couverture est faite de shingle bitumé ... On fait avec ce qu'on a ...

abri bienvenu sous le déluge
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Je finis par repartir clopin-clopant, mais au moins la douleur n'évolue pas. Quelque part dans mon esprit s'inscrit l'idée que, peut-être, je vais devoir arrêter ma traversée, et mon moral évoluera avec cette perspective.

Le mauvais temps sur les talons, j'ai repéré sur ma carte la petite station d'altitude de Rjava Skala (1 570 m), où est indiquée la présence d'un refuge du nom de Merjasec. Au terminus de ma piste forestière, c'est une grimpette de 500 m en D+ et de retour sur un sentier que j'effectue, alors que le ciel est de plus en plus sombre. La pluie reprend tandis que j'y arrive, et c'est une station fantôme que je découvre : le refuge est fermé, planches vissées en travers des portes. Il y a aussi un hôtel, une pizzeria ... tous fermés. Pas âme qui vive, alors que la pluie se fait de plus en plus forte. Nécessité faisant loi, j'enjambe la barrière entourant le jardin d'un chalet privé aux volets fermés, où un large auvent abrite une terrasse en bois bien accueillante dans cet environnement hostile. Je vais y déployer mon bivouac à l'abri de la forte pluie, laquelle va durer toute la nuit. Je serai aux premières loges du son et lumière de l'orage, passant parfois au brumisateur dans les bourrasques. C'est ici que le SOL Escape Bivy en mode sursac prouvera toute son utilité ...

Etonnamment, passé 20h00 et depuis mon abri perché que j'occupe par effraction, je vais à plusieurs reprises apercevoir le passage d'estivants sous leurs parapluies, promenant leur chien ... Je me fais tout petit, espérant n'être ni vu ni signalé ...

à l'abri mais en effraction
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En quelques chiffres :

J04 :
33 km
D+ 2 562 m
D- 1 833 m
Marche 8h35

Cumul J01-04 :
168 km
D+ 7 957 m
D- 6 741 m
Marche 41h50

Itinéraire & progression (réel en jaune et vert, prévisionnel en rouge)
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Impression générale :
Double coup au moral aujourd'hui :
- révision drastique d'itinéraire pour m'ajuster aux conditions météo, juste quand j'allais enfin profiter d'un environnement de montagne. Retour forcé sur les pistes forestières ... Au moins la veste de pluie ultra-fine et ultra-légère remplit-elle bien son office ...
- entorse héritée de la descente du Porezen. Une épée de Damoclès s'installe sur ma Traversée. La blessure va casser le rythme et transformer mon avance en retard. Elle va aussi régulièrement faire pencher la balance vers des choix de facilité ... La gêne se concentre sur les descentes mais n'handicape presque pas les ascensions, et reste supportable à plat. Je marche désormais cependant avec un boulet au pied : tout à la fois moins vite et moins longtemps ...


==> Vidéo J04

Dernière modification par Hervé27 (12-09-2021 22:17:58)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

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#15 13-09-2021 14:39:31

Serval
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Salut Hervé,

On ne dit rien mais je suis sûr de ne pas être le seul à te suivre assidument wink

Deux remarques :

1) Loin de moi l'idée de donner des leçons — et nous n'avons ni le même âge ni le même entraînement physique — mais je pense que c'est une erreur de partir à toute vitesse lors des premières étapes d'une randonnée longue distance. Les kilomètres "perdus" lors de premières journées prudentes sont vite compensés ensuite et cela permet de ne pas se blesser.

2) Je ne connais pas la Slovénie mais il me semble que ce que tu racontes lors de ce déjeuner est assez fréquent un peu partout : un groupe déjà constitué a souvent tendance à rester centré sur lui-même et à imposer sa présence à ceux qu’ils croise plutôt qu'à s’ouvrir à eux. Même en Italie, il m'est arrivé de le constater, et quand j'avais envie d'échanger (ce qui n'était pas toujours le cas) je m'efforçais de faire le premier pas en engageant la conversation avec les personnes les plus proches. D'accord, c'est plus facile en Italien qu'en Slovène wink

[Edit : précision]

Dernière modification par Serval (13-09-2021 14:42:54)


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
Trombi | GR34 : de Concarneau à Auray | De Paris au Salento : Liste 2020/Récit 2020/Récit+Liste 2021 |
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#16 13-09-2021 16:24:53

enrico
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Serval a écrit :

#626037Salut Hervé,

On ne dit rien mais je suis sûr de ne pas être le seul à te suivre assidument wink

Deux remarques :

1) Loin de moi l'idée de donner des leçons — et nous n'avons ni le même âge ni le même entraînement physique — mais je pense que c'est une erreur de partir à toute vitesse lors des premières étapes d'une randonnée longue distance. Les kilomètres "perdus" lors de premières journées prudentes sont vite compensés ensuite et cela permet de ne pas se blesser.

2) Je ne connais pas la Slovénie mais il me semble que ce que tu racontes lors de ce déjeuner est assez fréquent un peu partout : un groupe déjà constitué a souvent tendance à rester centré sur lui-même et à imposer sa présence à ceux qu’ils croise plutôt qu'à s’ouvrir à eux. Même en Italie, il m'est arrivé de le constater, et quand j'avais envie d'échanger (ce qui n'était pas toujours le cas) je m'efforçais de faire le premier pas en engageant la conversation avec les personnes les plus proches. D'accord, c'est plus facile en Italien qu'en Slovène wink

[Edit : précision]

Bonjour Serval,
Je suis assez d'accord avec toi, avec les mêmes précautions de ne pas vouloir donner de leçon, parce que, finalement, chacun fait ce qu'il veut.
Hervé ne cache pas son âge, c'est un quinqua bien affirmé (il ne vient pas tout juste de passer le cap des 50), et si, dans cette tranche d'âge, on peut être très performant sur un à deux, voir trois jours, ça peut vite tourner mal si on veut maintenir un effort intense correspondant à un objectif pré-déterminé un peu sur-évalué, ceci sur un long voyage.
Démarrer doucement, s'écouter, et surtout ne pas avoir comme objectif de faire comme, par exemple, ce gars de 25 ans qui a fait la Hrp en 15 jours à raison de 50 km par jour ! Ce gars, je l'ai vu en vrai, à un autre moment, et, à part l'avantage de sa jeunesse, on se demandait vraiment comment il faisait pour aller aussi vite, parce qu'en plus de sa grande modestie, il ne donnait pas du tout l'air d'aller vite.


"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#17 13-09-2021 16:50:48

enrico
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Allez, une petite image pour donner des regrets à Hervé : le sommet du Triglav, été 2012. Un sommet où on n'est jamais seul, parce que tout slovène un tant soit peu montagnard veut avoir gravi le Triglav au moins une fois dans sa vie. Du coup, une sacrée ambiance sur ce sommet, dont l'ascension, bien que pas très difficile, demande quand même d'avoir un peu de pratique, surtout si on y va seul.

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"De côtes en vallons, de plaines en plateaux, marcher en silence, le regard en paix"

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#18 13-09-2021 19:00:07

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Coucou Serval, enrico wink

C'est vrai que ça me semblait très calme, je m'inquiétais roll  (je blague ...).

Je m'étais spécifiquement préparé pour partir dès le début sur ma vitesse de croisière. A tort sans doute, je m'étais auto-persuadé que si je ne m'étais pas blessé après autant de marche et de footing, c'est que j'étais désormais "blindé" et qu'il ne pouvait plus m'arriver grand-chose ... Impossible évidemment de dire si mon entorse est la conséquence de l'intensité du départ ou juste la faute à pas de chance, mais c'est comme pour le reste : je me suis adapté ...



J05 - lundi 5 juillet, Rjava Skala, 4h30 : enfin  la montagne !  ==> Vidéo J05

Je me réveille tôt et remballe vite : ayant dormi en cow-boy sur une terrasse abritée, je n'ai pas d'abri mouillé à remballer et ça accélère les choses. Il y a aussi le fait que squattant une propriété privée, je ne veux pas me faire voir et préfère décamper tôt. La pluie est abondamment tombée toute la nuit, et dans cette ambiance saturée d'humidité mes vêtements ne sont ni secs ni propres ... Je suis en chemin dès 5h00 !

Le repos n'a rien changé à ma cheville : j'ai eu beau essayer de la laisser reposer en légère élévation pendant mon sommeil, la gêne est toujours là. Pire, elle a maintenant enflé et "grince" en flexion comme en extension : je n'ai plus de doute quant au diagnostic de l'entorse. Je repense à l'intensité de tout ce que je lui ai fait subir tout au long de cette année de préparation physique, justement pour être au top de ma préparation et pouvoir partir vite : pourquoi fallait-il qu'elle me lâche maintenant ? Je prends ça comme une mise à l'épreuve : ce qu'on ne peut éviter il faut le subir ! Je vais maintenant veiller à ce que les symptômes ne s'aggravent pas, car sinon je n'aurai d'autre choix que de m'arrêter. Je vous décrirai les méthodes successivement mises en œuvre pour surmonter mon handicap ...

météo plus favorable après la fin des averses de cette nuit
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Quelques nuages lourds pèsent encore sur la vallée mais se dispersent et s'éloignent. C'est d'abord un large chemin très facile qui m'emmène non loin vers le refuge (?) Vogel (inoccupé), où une source me permet de faire le plein d'eau. L'ambiance est enfin vraiment montagneuse, affranchie du couvert forestier et dans un environnement intensément calcaire.

Je fais le choix de l'itinéraire le plus direct pour rattraper ma trace prévisionnelle au plus près des crêtes. Les 200 m de D+ sur le sentier me confirment que mon entorse se fait oublier dans les ascensions et ne pose problème que dans les descentes ... Bien vite je constate la présence d'abondants restes de neige dans cet étage entre 1 500 et 1 800 m d'altitude. De nombreux arbres ployés témoignent des avalanches qui auront marqué cet hiver 2020-2021.

après la pluie ...
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Planina Zadnji Vogel
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L'eau devient moins problématique, même si je continue de me charger
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Je pars retrouver là-haut l'itinéraire abandonné hier
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névé à seulement 1 500 m
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Quand je croise le Bivouac (=cabane ouverte) Globoko, j'ai un petit regret car c'est là que j'aurai aimé poser le camp hier soir si les circonstances avaient été différentes. Je ne sais plus si c'est là ou au col précédent, mais j'aperçois au loin ce qui me semble bien être la lagune de Venise ! Malheureusement pas de photo, c'est le moment où, juste avant la pause ensoleillée, la batterie du téléphone a trop froid pour accepter de continuer à photographier hmm ...

Entre les nuages qui s'éloignent et le marcheur qui s'élève, et après avoir franchi quelques  longs névés barrant le chemin, je finis par retrouver un beau et franc soleil. Un promontoire m'offre une belle vue sur la vallée, et j'en profite pour chauffer ma chicorée et recharger le téléphone. Cette abondance de neige à si basse altitude pèsera lourd sur mes choix d'itinéraire suivants, car à quoi devrai-je m'attendre dans les sections prévues à 2 300 - 2 400 m ? Certes, je n'ai pas eu besoin de faire usage des crampons et du piolet, et peut-être vais-je pêcher par excès de prudence ...

les vues sont belles et la neige omniprésente
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Le chemin reste à peu près à niveau aux alentours de 1 800 m et cette balade en balcon est décidément très agréable. Les franchissements des névés qui barrent le chemin ne se comptent plus, jusqu'à ce que le chemin commence à redescendre pour rejoindre un environnement densément boisé d'arbres rabougris par la rudesse des conditions. Pas question de quitter le chemin pour faire sa trave : un sanglier n'y passerait pas ! Ici et là des gouffres sont encore emplis de neige bien tassée : je m'interroge sur la pertinence de venir se promener par ici en raquettes en hiver, avec tous ces trous béants ne demandant qu'à engloutir le promeneur ...

je peux enfin apercevoir le lac de Bohinjsko jezero, invisible hier dans le mauvais temps
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Cet environnement me rend la tâche difficile : le lapiaz oblige à garder les yeux baissés pour bien choisir où poser les pieds, tandis que les branches basses exigeraient que je lève les yeux. Bref je cogne alternativement en haut et en bas, c'est fatigant ...

A 11h j'atteins le refuge de Dom na Komni, où une poignée de randonneurs s'attardent. Je m'y trouve un espace pour étaler mon couchage au séchage (et bien sûr à optimiser la charge du téléphone), tout en grignotant mes réserves. Peu à peu mon sac s'allège de nouveau, mais je ne le ressentirai vraiment que quand j'aurai quitté l'environnement karstique et pourrai réduire ma charge en eau.

Depuis mon départ de Trieste c'est la première section un peu fréquentée que j'arpente, et je vais croiser de plus en plus de monde au fur et à mesure que je me rapproche du circuit principal de randonnée dans le Triglav. Je m'amuse de trouver en travers du chemin 2 pantoufles à quelques mètres l'une de l'autre ...

Mule de mulet vue par un MUL allumé
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Quand j'arrive au lac juste avant le refuge du Triglavskih, une jeune fille me demande son chemin tandis que son compagnon a déjà filé dans la direction d'où je viens. Elle me cite (en anglais) des noms slovènes que je ne comprends / reconnait pas, en dépliant sous mon nez un vaste dépliant touristique. Sans moi et mon GPS, le couple n'était pas près de retrouver sa voiture garée diamétralement à l'opposé de la direction où ils s'engageaient ...

Lac Dvojno Jezero
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J'espérais me baigner, je suis refait ...
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Les lieux sont blindés de monde, mais en remontant de seulement 200 m au-dessus du refuge je me trouve un beau spot de pause au bord du petit lac de retenue de Mocivec, dont les eaux absolument glaciales font merveille pour ma cheville. Je prends le temps de bien me reposer, de rincer mes vêtements de marche imbibés de sel de transpiration et malodorants, et même de me frictionner au gant de toilette. Il y a bien un peu de monde qui défile le long du chemin tout proche, mais ça ne m'empêche pas de m'y trouver bien, et de me changer rapidement sans atteinte aux bonnes mœurs (j'enfile mes affaires de bivouac le temps que short / T-shirt / chaussettes sèchent un peu sur un rocher).

De ce qui est préconisé en cas d'entorse, voici déjà le glaçage ...
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Il est bientôt 16h et il est temps d'exercer quelques arbitrages sur l'itinéraire. Le plan initial était de rallier le Triglav en passant par les crêtes entre 2 000 et 2 300 m au-dessus de moi, mais après ce que j'ai vu tout-à-l'heure à seulement 1 800 m d'une part, ma cheville d'autre part, je ne suis pas très chaud pour un itinéraire potentiellement engagé à cette heure de la journée. Je décide donc de m'en tenir au fond de vallée pour l'instant, les 2 itinéraires se rejoignant.

L'essentiel des randonneurs ayant déjà rallié leur refuge, en cette fin de journée je profite du vallon calcaire de Triglavskih jezer (presque) pour moi seul. Les lacs sont magnifiques, et la neige se fait omniprésente tandis que je gagne en altitude.

jezero v Ledvicah
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long névé
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Zeleno jezero
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Les nuages sont cependant de retour sur les sommets du massif, et l'ambiance se fait plus sombre sous ce ciel qui se bouche. Quand j'arrive à la bifurcation en direction du refuge Koca na Dolicu et du Triglav, je constate que je suis dans une impasse. Il est déjà 18h, impossible de bivouaquer dans le parc, et j'estime le refuge à 1h30 de marche, et plutôt 2h avec ma cheville ... Est-il raisonnable de vouloir rallier ce refuge à 20h ou plus, sans garantie d'y trouver de la place ? Le refuge de Prehodavcih est quant à lui tout proche et d'accès facile, je l'aperçois perché sur la crête. Si je peux y dormir, il sera facile demain de faire le chemin inverse et à tout le moins passer au pied du Triglav (je ne suis pas un fanatique des sommets, mais bon, c'est le Triglav ...).

tiens, il reste de la neige cette année (alt. 2 050 m)
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Refuge Prehodavcih
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Déception audit refuge : tout est blindé, le parc interdit de planter le bivouac à proximité. On me propose bien d'attendre la fin du dîner pour pousser les tables et permettre au surnuméraire que je suis de dormir par terre, mais ça ne m'enchante pas d'attendre 23h pour pouvoir (peut-être) dormir. Je dois me rendre à l'évidence, bien qu'il soit 18h30, je n'ai d'autre choix que de continuer à marcher, et la seule direction qui me reste ouverte est celle de la descente en vallée, loin du Triglav dont je viens de comprendre qu'il ne sera pas pour cette année ...

Je vais me traîner sur l'excellent chemin (sûrement une ancienne route militaire) qui descend en lacets les impressionnants à-pics. Quand le terrain s'adoucit parfois, je guette la possibilité d'un bivouac discret mais outre qu'il serait impossible de planter des piquets dans tout ce calcaire, je ne vois pas comment il serait possible de s'écarter du chemin. Un groupe me dépasse que j'avais déjà croisé tandis que je glaçais mon pied dans un lac à ma dernière pause : ma démarche claudicante doit être visible, car on me propose gentiment de sortir un kit de 1er secours pour soigner ce que l'on croit être mes ampoules. C'est là que je réalise à quel point j'ai été ralenti par cette blessure, car je crois que ce sera la seule fois où, à part trailers et VTTistes, on m'aura dépassé au cours de ces 2 mois ...

A la lecture de ma carte et tandis que le jour tombe, j'ai rabattu tous mes espoirs de bivouac sur le replat de l'étroit col de Cez Dol (1 632 m) au pied des falaises abruptes, après 400 m de D-. Sur place tout semble tapissé de rhododendrons, tandis que de part et d'autre du col des névés sont jonchés d'arbres arrachés par les avalanches. Je vais arpenter les lieux pendants 20 mn, car des sentes d'animaux semblent sillonner les rhododendrons, peut-être trouverai-je un espace, aussi réduit soit-il. Je vais finir par y arriver, et je peux vous assurer qu'il n'y avait pas de meilleur emplacement à proximité. Je plante les piquets tant bien que mal en travers des racines, et ne tend la toile qu'au strict nécessaire pour que ça tienne debout ...

un peu l'impression d'avoir garé mon camping-car sur un parking à vélo ...
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Je profite du névé en contrebas pour remplir de neige un grand ziploc, que je garderai plaqué sur mon pied durant la nuit. Dans cet environnement sauvage, je me dis que le lieu est idéal pour y croiser un ours slovène ... C'est malin, je ne vais plus penser qu'à ça roll !


En quelques chiffres :

J05 :
28 km
D+ 1 830 m
D- 1 702 m
Marche 10h30
(c'est dire si j'ai traîné la patte aujourd'hui : si peu de distance / dénivelé pour autant d'heures de marche !)

Cumul J01-05 :
196 km
D+ 9 787
Marche 52h20

Itinéraire & progression
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Impression générale :

Si mon entorse a indéniablement été un handicap, elle n'a fait que me ralentir sans m'obliger à m'arrêter. Les symptômes ne semblent pas s'aggraver, et je ressens un mieux immédiat chaque fois que je peux "aider" ma cheville à se remettre : les glaçages dans l'eau des lacs ou avec des sacs de neige, les repos hors de la chaussure ... Cette journée aura été la plus difficile du point de vue de cette blessure. A partir de demain je vais passer au mode "compression", avec les moyens du bord.

Plus court et moins engagé que ce que j'avais prévu, mon itinéraire du jour m'a néanmoins enthousiasmé. La montagne est ici majestueuse et sauvage (malgré certains spots d'affluence), la neige abondante de cette année accentuant les contrastes. Je n'ai rétrospectivement pas de regret à avoir renoncé aux passages plus engagés que j'avais prévu, car c'était la bonne décision, à cause :
- de ma cheville
- des incertitudes liées à l'abondance de neige
- de l'horaire dans lequel j'ai abordé le massif, qui m'aurait obligé à affronter les parties plus techniques en soirée et dans la brume (et donc sans vraiment voir le massif, donc quel intérêt ?)
- de l'interdiction totale du bivouac et de saturation des refuges : le Triglav, ça se programme et ça se réserve. Je peux le regretter mais c'est comme ça ...

Ce qui ne gâchait rien, j'ai pu profiter d'une 1ère belle journée ensoleillée, pour la première fois sans aucune pluie


==> Vidéo J05

Dernière modification par Hervé27 (13-09-2021 23:15:35)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

Liste 3 kg - 3 saisons en tableau
Liste en images (à mettre à jour)
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#19 13-09-2021 23:27:46

Balipit
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

HS Si tu as un peu de temps pour un petit tour :
https://www.ouest-france.fr/leditiondus … 95309fbc0f

Dernière modification par Balipit (13-09-2021 23:30:00)

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#20 14-09-2021 07:46:29

Serval
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Balipit a écrit :

#626171HS Si tu as un peu de temps pour un petit tour :
https://www.ouest-france.fr/leditiondus … 95309fbc0f

Merci pour l'article. Ça me rappelle quelque chose... (cf. le site de sjeanmarc Caminaïre).


(Modification non justifiée = orthographe, typo, etc.)
Trombi | GR34 : de Concarneau à Auray | De Paris au Salento : Liste 2020/Récit 2020/Récit+Liste 2021 |
« Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans [les voyages] que j'ai faits seul, et à pied. » (J.-J. Rousseau)

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#21 15-09-2021 12:41:01

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

J06 - 6 juillet - ~4h45  ==> Vidéo J06

Le rythme est maintenant pris, j'enclenche le long processus du réveil / rempaquetage avec les 1ères lueurs du jour. J'ai eu un peu froid en fin de nuit parce que tout est mouillé par la rosée et la condensation. Mon pack de neige dans un ziploc et plaqué sur ma cheville a un peu fui et formé une flaque d'eau à mes pieds, et mon duvet en a collecté une partie ...

Je suis en marche dès 5h30. Le ciel est parfaitement dégagé, toute la nébulosité d'hier soir est retombée en rosée ...

la journée s'annonce belle
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Mon itinéraire prévisionnel (en rouge sur la carte en fin de post) devait me faire passer par une série de crêtes et de cols, mais comme j'en ai été "éjecté" hier soir par l'absence d'hébergement et l'interdiction de bivouac, je dois arbitrer entre 2 options :
- tenter de le rejoindre par une rapide descente en vallée suivie d'une grosse remontée ( D+ 1400 m), avec donc une grosse dépense d'énergie sur des sections potentiellement engagées. Je crains en particulier d'y perdre beaucoup de temps à progresser dans un environnement très rocheux entrecoupé de gros restants de neige.
- descendre par l'autre versant du col, passer par le village de Trenta et remonter le long de la rivière Koca, pour ne rejoindre mon itinéraire initial qu'au col de Vrsic. C'est la solution de facilité et au final, c'est ce dont j'ai besoin pour ne pas trop solliciter ma cheville ...

Les abords du col sont dévastés par les avalanches de l'hiver
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En pente douce d'abord, puis plus raide mais avec de nombreux lacets sur un très bon chemin, j'ai 1 100 m de D- avant d'atteindre le fond de vallée. La 1ère heure de descente est vraiment pénible avec ma blessure et je me traîne, jusqu'à ce que je procède à un relaçage méthodique. Avec le pied mieux tenu l'amélioration est immédiate et je retrouve plus d'aisance. Je retiens la leçon qu'après le glaçage, la compression de mon entorse va être indispensable à la poursuite du périple.

Il me faut un peu plus de 2 heures pour atteindre Trenta, sous un soleil magnifique et accompagné de vues incomparables sur les sommets ... Je ne peux qu'avoir des regrets sur l'abandon de l'itinéraire prévisionnel ...

Les ombrages d'un tilleul sont aménagés pour que je puisse y étaler mes affaires au séchage, je ne m'en prive pas. Je profite également de la petite épicerie pour un complément de ravitaillement : j'y trouve en particulier un rouleau d'Hansaplast qui me sera bien utile par la suite. Retenant la leçon de la compression, je vais d'abord tester un nouvel usage de mon buff, auquel je vais faire faire un "8" passé autour de la cheville, histoire de mieux la maintenir.

Entre séchage, ravitaillement, grignotage et boisson chaude, ma pause va durer près d'1h30.

arrivée à Trenta : je franchis ici le seuil des 200 km cool !
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je m'étale
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Le sentier qui longe la Soca est très plaisant, bien ombragé et jamais loin du torrent. Dans la belle lumière du matin les lieux sont enchanteurs, et après seulement 1/2 h de marche je décide de compléter ma pause. L'eau libre m'a tellement manqué depuis le début de cette traversée que je ne peux résister à l'envie. Une petite plage de sable s'offre à moi, munie d'un tronc d'arbre séché en guise de banc. Je vais pouvoir y glacer mes pieds dans le torrent et finir le gros paquet de biscuits sablés acheté et entamé à Trenta tongue . Bref, ce matin je me soigne ...

La Soca ...
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... avec vues
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J'ai bien fait de profiter du bord de l'eau ici, car bientôt le sentier rejoint la route. En raison de travaux sur une passerelle il faut longer l'asphalte sur 1 km, avant de rattraper le sentier dans une section où il est désormais loin au-dessus du torrent. La matinée avançant je commence à croiser quelques promeneurs, mais on est loin de la saturation.

C'est au refuge / auberge de Koca pri Izviru Soce (je pense que ça signifie "Refuge de la source de la Soca") que se termine cette jolie promenade de fond de vallée. J'y fais le plein d'eau à la fontaine, puis revient de 100 m sur mes pas pour attaquer la montée au Col de Vrsic, toujours sous un très beau soleil. J'ai 700 m de D+ à franchir dans un vallon encaissé d'abord, puis plus ouvert et dans une belle forêt.

début d'ascension
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Dans la partie encaissée et à peine à 1 000 m d'altitude, les dégâts des avalanches sont partout visibles. Enfouie sous les déblais, de la neige est même encore présente ...

Reste d'avalanche. On distingue encore les coulées successives
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Je commence aussi à croiser les traces du Ier conflit mondial, avec ici un rocher gravé, là une stèle ... Un siècle après et dans ce petit pays qu'est la Slovénie, qu'il est difficile de s'imaginer qu'ici était la frontière d'un empire.
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J'hésite à m'arrêter de nouveau au soleil sous un beau replat peu avant le Col de Vrsic, mais je préfère poursuivre et rattraper ma trace prévisionnelle avant la pause déjeuner. Ce n'est que dans les dernières centaines de mètres que la proximité de la route se fait entendre. J'aurai jusque-là pu me croire dans un vallon sauvage ... Au col je m'éloigne un peu de la route surfréquentée, pour me trouver un banc avec vue non loin du refuge. Comme d'habitude, le vent va se lever et compliquer ma tâche dès que j'essayerai de faire chauffer mon eau. Le scénario sera répétitif ...

Col de Vrsic (1 611 m), côté pile et côté face ...
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Après une nouvelle grosse pause d'1h30, je quitte le col routier avec pour objectif d'atteindre ce soir le village de Ratece. Ce sera la fin de la section slovène de ma traversée, pour débuter demain la traversée des Alpes Carniques, à cheval sur la frontière austro-italienne.

Le grand beau temps m'accompagne toujours, et je profite au Col de Vratca (1 807 m) de vues imprenables. La proximité de la route aidant, j'y croise encore un peu de randonneurs, et retrouve aussitôt après une solitude déprimante tranquillité totale

Col de Vratca. La Slovénie acérée d'un côté, l'Autriche toute en douceur à l'horizon de l'autre
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Le sentier est d'abord à flanc de montagne et très agréable, puis se fait plus étroit et escarpé pour descendre vers l'étroit col de Grlo (1 516 m). Là, un panneau indique que le chemin est dangereux et fermé, mais avec un positionnement tel qu'il est difficile de savoir de quel chemin on parle : celui d'où je viens ? Celui où je vais ? Un autre que je ne vois pas ? Je n'ai pas l'intention de faire demi-tour sur un simple doute, et je m'engage dans la descente dans la belle et profonde vallée de Tamar en contrebas.

la voie est close ... oui, mais laquelle ?
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Grandiose vallée de Tamar
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Pour ces 400 m de D- je découvre que ma descente doit se faire dans une coulée d'éboulis entre 2 falaises. D'aucuns diront que c'est fastoche et qu'on peut le faire même avec une cheville foulée. Je vais donc le faire, mais c'était une épreuve ... Je comprendrai mieux pourquoi une fois arrivé dans le fond du vallon : il manquait la jeune fille à mon équipement ...

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ça a l'air plus facile vu d'en bas ... 3/4 h de descente tout de même !
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A 17h00 dans le fond de la vallée, je dispose maintenant d'une piste confortable pour dérouler de la distance et rallier Ratece. C'est long et monotone, j'y croise parfois des promeneurs ou des VTTistes, mais les lumières de la fin d'après-midi sont belles, toujours sous un beau soleil. La traversée de la petite station de ski est moins enthousiasmante, et je presse le pas pour tenter de rallier le village avant la fermeture des commerces. Quand je l'atteins à 18h15 après avoir traversé la route nationale, je ne vois que des indications de restaurants ou d'hôtels, mais pas de magasin d'alimentation ... Ma peur est cependant vite dissipée, avec une sympathique supérette pour laquelle je dois plonger dans mon sac pour retrouver mon masque ...

Dans ma planification je ne tablais sur aucun ravitaillement possible sur les 6 jours programmés de la traversée des Alpes Carniques : je vais donc me charger au maximum avec 4 pleines journées de victuailles, tablant sur les refuges / auberges pour faire la jointure. Je me pose quelques instants près de la fontaine du village pour reconditionner le tout, avec difficulté. J'y discute avec 2 jeunes randonneuses bien chargées ...

Ratece : des yeux plus grands que le ventre sac ?
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Je dois aussi me charger lourdement en eau pour me tenir prêt à prendre bivouac, et c'est à 19h30 que je quitte le village pour chercher mon bonheur vers les hauteurs. Assez vite, ayant vérifié que le coucher de soleil avait lieu à 21h02, je me lance le défi de rallier le Dreiländereck avant l'heure fatidique. Tout un symbole : le sommet au point triple des frontières slovène / italienne / autrichienne, et la fin de 1ère section de mon périple. Bivouaquer là-haut serait top, mais le timing est serré pour le coucher du soleil avec 600 m de D+ ... C'est donc avec ~9 kg sur les épaules que je vais avaler cette grimpette, et avec beaucoup de bonheur que j'arriverai avec 15 mn d'avance cool

La frontière triple au couchant ...
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De mon beau point de vue je vais repérer un replat en contrebas, un peu à l'écart des remontées mécaniques du versant autrichien. Cela s'avère un bon choix, la vue est belle sur la vallée de l'Unteres Gailtal ... Malheureusement les grands arbres ne seront pas suffisants pour bloquer un vent assez fort qui soufflera dans la nuit. J'aurai aussi un peu de mal à enfoncer mes piquets, le rocher n'étant pas loin ...

home for tonight, il est 21h ...
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En quelques chiffres :

J06 :
33 km
D+ 2165 m D- 2347m
Marche 11h05

Cumul J01-J06
229 km
D+ 11 952 m
Marche 63h25

Itinéraire & Progression
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Impression générale :

J'avais psychologiquement besoin d'une étape roulante pour mieux gérer ma blessure, et l'itinéraire improvisé de ce matin y a bien contribué. J'arrive à marcher à un rythme correct malgré ce handicap, pourvu que je fasse attention dans les descentes. Le semblant de compression avec mon buff n'est toutefois pas très convaincant, il faudra que je passe à autre chose.

Le mieux pour mon entorse, le grand beau temps et cette étape facile m'ont remonté le moral. La météo à suivre reste bonne pour l'instant, et je n'attends pas de difficultés importantes pour la 1ère partie des Alpes Carniques.

La montagne slovène a pris un goût de revenez-y et d'inachevé. Je n'ai fait que l'effleurer et il m'y reste tout à découvrir. C'est une sortie à reprogrammer pour plus tard, avec un peu plus de planification / réservations compte-tenu des restrictions de bivouac.


==> Vidéo J06

Dernière modification par Hervé27 (15-09-2021 21:57:43)


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#22 16-09-2021 13:33:30

Nicolas36
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Hervé,

Avec une J6 plus importante que la J5 en terme de kilomètre et de dénivelé, tu fais peur pour la suite de l'aventure. Heureusement, que nous connaissons la fin. J'espère juste que l'entorse n'aura pas de conséquence à long terme.


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#23 16-09-2021 14:26:52

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Nicolas36 a écrit :

#626651Hervé,

Avec une J6 plus importante que la J5 en terme de kilomètre et de dénivelé, tu fais peur pour la suite de l'aventure. Heureusement, que nous connaissons la fin. J'espère juste que l'entorse n'aura pas de conséquence à long terme.

Salut Nicolas36 wink

Si j'ai pu poursuivre c'est parce que l'entorse était bénigne et qu'elle a pu se résorber (moyennant quelques tâtonnements) sans que j'ai à m'arrêter. Elle va néanmoins encore m'accompagner quelque temps (je parle du récit à suivre), mais sans tuer le suspense elle sera totalement oubliée à l'arrivée. En revanche elle aura cassé ma dynamique du début (un rythme pour lequel je m'étais préalablement préparé, je le rappelle), et je vais longtemps tourner un cran en-dessous de mes possibilités. Si je renouerai par la suite avec plusieurs journées "monstre", la moyenne globale restera finalement légèrement en-deçà de mes objectifs.

A suivre ...


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#24 16-09-2021 20:05:26

Hervé27
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

J07 - mercredi 7 juillet - 04h30  ==> Vidéo J07

La nuit venteuse m'a partiellement empêché de dormir, mais la perspective de faire de belles images au lever du soleil à 5h25 depuis le Dreiländereck me motive à me lever tôt pour ne pas manquer le spectacle. Conséquence du vent, la toile est sèche ... Le ciel est parfaitement dégagé, encore une très belle journée qui s'annonce : le mauvais temps de la semaine passée se fait oublier, je peux enfin me croire en été.

En attendant d'entamer la session "carnique" de ma traversée, je prends la vue et filme. Je pars à 5h30, une fois le lever de soleil dûment enregistré ... Mon sac est toujours bien lourd du ravitaillement d'hier, même si déchargé d'une bonne partie de l'eau du bivouac.

attente ...
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regard en arrière vers la Slovénie
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Si les abords du Triglav m'ont donné un avant-goût de haute-montagne, je sais qu'à partir d'ici je reviens pour quelques jours dans un environnement plus "doux", plus proche des reliefs des Vosges ou du Jura. Cela n'est pas pour me déplaire et va me permettre de "dérouler". Mon itinéraire des prochains jours va peu s'écarter de la Via Alpina / Traversata Carnica / Karnischer Höhenweg, restant facilement sur les crêtes arrondies. Le ton est aussitôt donné, avec un chemin qui longe les crêtes boisées sans offrir beaucoup de vues sur les reliefs alentours.

Via Alpina & forêts ...
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Le sentier se confond souvent avec des pistes forestières, mais sur l'une de celles-ci je réalise soudain que le marquage brille par son absence ... Emporté par mon élan, je viens de marcher 1,5 km sur une piste en cul-de-sac, et me voilà contraint de faire demi-tour ... 3 km en trop de bon matin alors que je cherche à ménager ma cheville convalescente, c'est ballot roll  ...

La succession de sentier et de piste descend ensuite longuement en direction de Thorl-Maglern, et c'est à 8h15 que je passe par-dessus l'autoroute puis les eaux cristallines de la Gailitz près de Thorl-Maglern.

point bas du jour
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Thorl-Maglern (Autriche). L'Italie n'est qu'à 2 km derrière l'église
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Mon pied m'a compliqué l'existence dans cette longue distance (déjà 12 km et et 900 m de D-), et mon moral élevé au lever du jour est maintenant redescendu au fond des chaussettes. Je m'octroie une pause au pied d'un chêne en bord de (petite) route aux abords du village, pour faire le point.

Ce beau chêne au tronc cerclé d'un banc n'attend que ma pause du matin
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Pendant que chauffe mon capuccino (depuis que j'en ai trouvé des dosettes à Ratece, je ne vais plus carburer qu'à ça jusqu'à la fin du périple ...), je me déchausse et constate que mon pied est toujours aussi enflé. Je me résous alors aux grands remèdes, avec un cachet d'anti-inflammatoire, depuis tellement longtemps dans ma pharmacie que je doute qu'il y reste des principes actifs ... Avec la bande d'Hansaplast achetée hier à Trenta, je vais strapper la cheville pour limiter ses mouvements en flexion / extension, puis replacer le buff pour renforcer la compression, et enfin serrer avec autant d'application mon laçage pour que l'articulation soit la mieux tenue possible. J'apprécie ici les Scarpa Mescalito, dont le laçage se prolonge loin vers l'extrémité du pied, et permet ainsi de laisser un peu de liberté aux orteils alors que ma cheville est serrée "à mort". Après quelques tâtonnements pour bien ajuster l'ensemble, la solution fait miracle et je retrouve beaucoup plus d'aisance. A partir de cet instant et tant que je maintiendrai le strapping et un serrage adéquat de la chaussure, tout ira bien. Les moments de "rechutes" seront la conséquence d'un laçage imparfait, chaque fois à corriger. Il faudra néanmoins encore bien 2 semaines pour retrouver tout mon allant, en particulier dans les descentes.

Du passage à Thorl-Maglern date aussi la fin du besoin de me charger en eau. Si je fais le plein avec 2 litres à une fontaine du village avant d'attaquer  les 1 000 m de D+ de la remontée en crêtes, cela s'avèrera superflu puisque je croiserai une fontaine en pleine forêt à mi-pente, puis systématiquement dans tous les hameaux / fermes / villages que je croiserai (les "Alm"). Le temps de le réaliser, ma charge en eau en journée sera après cela généralement limitée à 1/2 litre.

Le plus souvent sur sentier et en forêt dans cette ascension, il me faut attendre quelques bords de piste pour commencer à entrevoir quelques vues sympathiques, avant-goût de ce que les crêtes auront à m'offrir.

mise en appétit ...
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Les montées étaient plus clémentes pour ma cheville, mais avec ma nouvelle configuration de maintien c'est une libération : je peux à nouveau progresser à mon allure presque normale. En revanche je constate que les dégâts forestiers déjà vus en Slovénie se poursuivent ici, avec un nombre anormalement élevé d'arbres en travers du sentier (les pistes sont quant à elles dégagées). D'ailleurs ce n'est pas compliqué, si on cherche le chemin il faut regarder les arbres au sol : en général le sentier est dessous ...

Avec un couple de néerlandais sur la Karnischer Höhenweg, je vais avoir ma première conversation soutenue de mon périple ... Cela me fait un bien énorme au moral, je suis déjà en manque de vie sociale.

A 11h je réquisitionne un confortable affût de chasse dominant le versant autrichien. Couvert et pourvu d'un banc, il m'offre tout le confort requis. Le soleil généreux charge efficacement mes batteries, et je dispose d'un réseau à pleine puissance me permettant de donner / prendre des nouvelles. Ma petite communauté WhatsApp semble apprécier de pouvoir me suivre, et pour ma part sa présence aura toujours été un formidable soutien. Chaque petit mot reçu me faisait mieux apprécier la chance qui était la mienne ...

A l'affût d'un spot de pause ...
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Je traverse à 13h mon premier "Alm" à Goriacher Alm, où l'abondance d'eau et de vues me rend la vie plus douce ...

Goriacher Alm 1 640 m
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ici, rien ne cloche ...
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au fond, la Slovénie, à droite, l'Italie, à gauche, l'Autriche
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Avec des vues chaque fois un peu plus belles dans cette lumière éclatante, je multiplie les prises de vues que je ne peux vous montrer dans leur intégralité par peur de la répétition. La vidéo en montrera plus.

Forêt et alpage alternent, tandis que tout au long de ce bel après-midi j'enchaîne les petits sommets, les cols et les Alm dans un incessant yo-yo : Kapinberg 1735 m, Bartolosattel 1173 m, Achomitzer Alm 1710 m, Pletschasattel 1617m, Feistritzer Alm 1717m, Lomsattel & Dolinza Alm 1459m  ... A noter que je prendrai toujours le parti de faire usage des noms germaniques (sujet sensible ...), même sur le versant aujourd'hui italien ...

A Pletschasattel je rattrape un randonneur allemand avec qui je discute quelques instants. Lui aussi fait une traversée des Alpes, sur un itinéraire un peu semblable au mien (grosso modo une Via Alpina raccourcie via une traversée du Tyrol). Légère différence, il est parti de Trieste le 22 juin et moi le 1er juillet. Nous sommes le 7 juillet et je le double ... Son objectif est de finir sur la Méditerranée avant l'hiver ... Il me laisse partir en avant ... 2 conversations le même jour pour aucune sur la semaine écoulée, ça me change !

Après une pause en bord de chemin à 17h00 après Feistritzer Alm, il est temps de me mettre en observation d'un potentiel bivouac. Je passe Dolinza Alm, où quelques randonneurs se préparent au dîner dans un gîte que je croise à 18h30. Avec toute la nourriture que je porte, pas question de déjà l'économiser en quémandant ma place à table. Je fais le plein d'eau en vue du bivouac et me met aux aguets d'un spot acceptable : il est encore (relativement) tôt, j'ai encore la possibilité de faire mon difficile tandis que les ombres s'allongent.

Dolinza Alm
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Je m'engage maintenant dans une nouvelle montée, et à 19h15 jette sans hésiter mon dévolu sur un petit col sans nom à ~1850 m, juste en-dessous de la cime du Sagranberg (1931m). Il y a là une longue crête herbeuse pourvue de nombreux replats, boisée d'un côté et plutôt en alpage de l'autre. La vue est magnifique et je peux longuement y profiter du soleil couchant.

Quelques vaches tintinabulent un bon kilomètre plus loin sur la même crête ... mais rappliquent vers moi dès qu'elles m'auront vu m'agiter autour du montage du Pioulou. Je me retrouve vite cerné par une vingtaine de bovidées curieuses, qui aimeraient brouter du Pioulou ou rendre visite au contenu de mon sac ... Je vais donc apprendre sur le tas à jouer les garçons vachers pour les repousser d'abord, les canaliser ensuite, et enfin les diriger ... Je suis assez fier de moi quand, sous mes ordres, toute la troupe s'orientera pour retrouver son emplacement initial, tout au loin. Quelques curieuses feront une nouvelle tentative un peu plus tard, mais maintenant que j'ai trouvé le truc (parler fort et tendre mon bâton en travers de leur chemin) elles n'insisteront pas ...

le troupeau se replie
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ma chambre & ma fenêtre
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Après une toilette MUL je me glisse douillettement dans mon duvet pour dîner confortablement. Je reste quelque temps aux aguets pour qu'une vache ne vienne pas me surprendre à glisser sa tête dans l'abri, mais elles ont renoncé et restent cantonnées à grande distance, couchées dans l'herbe et leurs clarines silencieuses. Je crois enfin m'endormir quand une lourde cavalcade se fait entendre, semblant monter de la forêt ... Ce sont cette fois les chevaux qui viennent rejoindre leurs copines les vaches, et ne font que passer de part et d'autre du Pioulou ... Malgré l'alarme je ne trouve ni le courage ni l'énergie de sortir de mon confort : que je me fasse écrabouiller mais en silence s'il vous plaît !

Il est prévu un peu de vent en soirée: il va effectivement ronfler dans les arbres tout proches, mais ces derniers m'en protègeront, avant qu'il ne retombe.


En quelques chiffres :

J07
35 km
D+ 2 679 D- 2306
Marche 11h30

Cumul J01-07
264 km
D+ 14 631
Marche 75h


Itinéraire & Progression
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Impression générale :

Malgré un début un peu difficile en matinée à cause de mon entorse, le fait d'avoir correctement compressé et maintenu ma cheville m'a littéralement remis en selle. Avec le beau temps et des chemins très roulants (exception faite de quelques arbres en travers) j'ai pu retrouver mes longues journées telles que je les aime. Par la suite la combinaison d'une bonne météo, de chemins roulants et d'un bon mental sera difficile à retrouver ...

Je profite de paysages magnifiques au prix d'un effort modéré, je commence enfin à faire quelques rencontres, et mes bivouacs sont de toute beauté. Que demander de plus ?


==> Vidéo J07

Dernière modification par Hervé27 (17-09-2021 13:04:15)


Sitôt sorti de maladie, on oublie son médecin. La gratitude est la mémoire du cœur, merci  smile ... encore hmm

Liste 3 kg - 3 saisons en tableau
Liste en images (à mettre à jour)
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#25 16-09-2021 20:11:45

Shanx
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Re : [Récit + liste] Alpes à fleur de Pô : de Trieste au Mercantour, J9/51

Je crois que le récit d'une seule de tes journées correspondra à 3 jours de mon prochain récit. Si je te fournis les photos tu ne veux pas faire le mien ? big_smile

mais la perspective de faire de belles images au lever du soleil à 5h25 depuis le Dreiländereck me motive à me lever tôt pour ne pas manquer le spectacle.

Je trouve que la fin du mois d'août offre le meilleur compromis entre la durée du jour et les heures de lever et coucher de soleil. big_smile


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