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#1 25-10-2011 15:24:06

Kam
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[Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

NB: Désolé pour la longueur du récit - je ne sais pas faire court.  smile


Premier jour - Au-dessus de Château-Queyras

Je suis enfin parti - il était temps. D'ici quelques semaines - peut-être même avant - le temps va se gâter dans la région, et beaucoup de sentiers deviendront impraticables. J'avais prévu de partir hier, mais le balisage foireux d'un GR qui ne figure même pas sur le TOP 25 m'ont fait prendre la mauvaise route. J'ai tout de même décidé de continuer - ça m'a fait une belle balade sur la journée...

J'ai eu autant de mal qu'hier à trouver la trace du GR dans Briançon. Mais comme hier, j'ai tracé tout droit pour le reprendre à Villar. C'est à cet endroit que je m'étais trompé la veille - je n'ai pas commis la même erreur deux fois de suite. Je continue dans les sous-bois jusqu'aux Ayes. Les forêts alpines sont magnifiques en cette saison. Même les résineux se teintent de jaune et d'orange...

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J'ai beau avoir parcouru ces mêmes sentiers dix ans auparavant, je ne les avais pas reconnus avant d'arriver aux Ayes. C'est là qu'à l'époque j'avais décidé que j'en avais assez, et que j'ai fait demi-tour pour aller rejoindre quelqu'un plus tôt que prévu. Je m'arrête sous le même arbre au milieu du même pâturage, et je pense à ce qui ce serait passé si je n'avais pas décidé d'abandonner à ce moment-là... Quel tour aurait alors pris ma vie? Je n'en ai aucune idée. Mais ce que je sais, c'est que je vais reprendre le chemin là où je l'avais laissé. Je n'abandonnerai pas cette fois. J'ai besoin de me décrasser. Oui, la marche fait délirer parfois...

La montée au Col des Ayes a été infernale. J'étais en forme, mais j'ai vraiment dû traîner la patte pour y parvenir. En arrivant en haut, je me suis aperçu que c'était bien pire dans l'autre sens. De quoi calmer mes ardeurs pour éventuellement faire le trajet retour à pieds...

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Je n'ai croisé personne de toute la journée sur les sentiers. Est-ce que je suis fou de partir en cette saison? Je ne sais pas. Je ne pense pas...

Le soleil n'a eu cesse de taper. J'ai presque cru à un début d'insolation en haut du Col des Ayes. Même mes lèvres sont brûlées par le soleil. Je ne peux plus rien avaler de salé. Mon paquet de cacahouètes durera plus longtemps que prévu... Demain, je sortirai le chèche, quitte à ressembler à un moudjaidin sponsorisé par Integral Design.

La suite du chemin était assez insipide. Du bitume. Pas besoin d'en rajouter. Ca s'est arrangé à partir d'Arvieux. Le sentier dans les bois que je suivais menait à un lac qui aurait fait un parfait lieu de bivouac. Mais je voulais continuer. J'ai poussé jusqu'à Château-Queyras, enchaînant sur une descente qui a mis à mal mes genoux déjà mal en point. Et puis je me suis dit que c'était l'heure de commencer à penser au Bivouac.

Il y avait un coin très sympa, en hauteur, à la sortie du village, le long du sentier. Mais je voulais m'isoler. Je ne voulais pas entendre les bruits de la ville, pas plus que celui des chiens qui hurlent toute la nuit parce qu'ils ont senti ma présence. Mais je les ai vite regrettés, les bruits de la ville. Il n'y avait même pas la place pour étendre mon sursac le long du sentier par la suite. J'avais le choix entre dormir à 30cm d'un précipice, une pente à 45°, ou des pierriers (ou les trois à la fois). J'ai donc marché, et marché encore... Jusqu'à ce que je trouve l'endroit parfait: une cavité sous un énorme rocher permettant de s'abriter. C'était plus que je n'en demandais: je voulais juste 2m² de terrain plat.

Mais il y avait une surprise: les vaches, elles aussi semblaient apprécier le coin, allez savoir pourquoi. De nombreuses bouses séchées tapissaient le sol. Le jour baissait, je ne trouverai peut-être aucun autre coin du genre. Je ne pouvais pas faire le difficile. Je me suis donc mis à écarter les bouses (heureusement, elles n'étaient pas fraîches...), à virer autant que possible les cailloux, et là... seconde surprise: des tessons de bouteilles cachés derrière certaines pierres. Des vachers avaient organisé une rave ici ou quoi? Mais encore une fois, je ne pouvais pas faire le difficile. Et d'ailleurs, au final, le coin était plutôt sympa.

Il fait maintenant presque nuit. Je continue d'écrire à la frontale. La température est tombée en flèche dès que je me suis installé, mais je ne suis pas frileux. Ma petite Montbell et un T-Shirt en Merinos ont suffit pendant que je mangeais, mais j'ai dû sortir la cagoule ensuite. C'est d'ailleurs tout ce que je porte en ce moment, même si j'ai les jambes et le bas du torse enfouis dans mon duvet. Je ne vais pas faire long feu ce soir. J'ai des heures de sommeil à rattraper.

Je m'arrête là. Je suis content d'avoir dépassé Château-Queyras. Pas si mal pour une première journée de décrassage, surtout en étant parti tard ce matin. J'essaierai de marcher un peu plus loin demain.

Et m****, je dois ressortir de mon duvet pour aller pisser - je déteste ça.

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#2 25-10-2011 15:58:42

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Deuxième jour - Sur les rives de l'Ubaye, après La Barge

Le bivouac d'hier soir s'est bien passé. J'avais pensé que mon petit Therm'a-Rest serait juste - et d'ailleurs j'avais froid au dos quand je me suis couché, mais c'est passé. Le réveil par contre fut difficile. Partir sur un sentier qui grimpe sec n'est pas vraiment une bonne idée. Mais en même temps, en montagne, on ne peut pas faire le difficile...

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La montée vers le Col du Fromage était glaciale (pas de soleil sur ce versant), mais magnifique. Après les pâturages, le sentier longeait le flanc de la montagne pour arriver au col à proprement parler. A couper le souffle.

La descente vers Ceillac n'a pas trop posé de problèmes, même si ça me casse les jambes à chaque fois. Je pensais pouvoir pousser un bon bout de route ensuite, mais j'avais à peine atteint mes objectifs à la mi-journée. La montée vers le Col Girardin était une horreur. Le chemin était beau, d'abord en forêt, puis plus haut, avec ces deux lacs isolés, mais ça grimpait sévère. Et je prenais du retard. Je n'avais plus beaucoup d'eau, et il fallait que je redescende avant la nuit.

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A bout de souffle, et je me retrouvais face à la dernière montée pour arriver au col. De la petite caillasse bien casse-gueule. Plusieurs sentes étaient visibles. Je décidai à un moment de m'écarter de celle préconisée par le GR pour en suivre une autre, plus petite, plus ardue, mais aussi plus directe. Je me suis rendu compte de ma connerie trop tard pour faire demi-tour. J'avais fait le pas qu'il ne fallait pas. Je ne pouvais pas me retourner pour rebrousser chemin sous peine de perdre l'équilibre. La sente était complètement casse-gueule. Si je perdais appui, je roulerais en bas sur une pente à 45°. J'ai eu un petit moment de peur à ce moment-là, en équilibre instable. Mais je me suis vite repris. Et j'ai atteint le col. J'aurais appris une leçon aujourd'hui, que je connaissais pourtant déjà.

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Et la descente était tout aussi bordélique que la montée. Les premiers mètres étaient aussi raides qu'on puisse l'imaginer. La suite était un peu moins coriace, mais elle mettait tout de même les genoux à l'épreuve. Un peu plus bas, j'aperçus au loin un sentier qui remontait le long d'une barre rocheuse. "Bien content que ce ne soit pas le sentier que je vais prendre", que j'ai pensé. Mais si, c'était bien la route du GR5. Un autre chemin partait dans la direction opposée, vers Maljasset, à quelques kilomètres de là où aboutissait le GR dans la vallée. Vu l'heure, et compte tenu de mon état de fatigue, je préférais ne pas prendre de risques. Je pris la direction de Maljasset.

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Mais la descente était tout aussi interminable. Je ne sais pas comment mes jambes ont pu tenir. Arrivé à Maljasset, je vis de nombreux gites, dont certains s'affichaient comme ouverts. Mais personne à l'horizon. Le seul qui semblait habité était aussi celui à l'entrée duquel se trouvait une chaîne ornée d'un écriteau "fermé". Dommage. J'aurais bien avalé un bon repas chaud.

Je continuais donc sur le bord de route. J'aime bien le plat, ça me repose. Je pourrais avancer pendant des heures comme cela sans ressentir de fatigue. Mais la nuit était presque tombée. J'avais marché autant que j'avais pu, mais il fallait que je m'installe quelque part pour la nuit. Rien de plus simple sur les rives de l'Ubaye: elles sont parsemées de sous-bois. C'est donc là que je m'installais, bien confortablement sur un lit d'aiguilles de pin - ça pallierait aux faiblesses de mon tapis de sol. Je dormis comme un bébé ce soir-là...

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#3 25-10-2011 16:46:36

luccio
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Merci kam pour ton récit et les belles photos de la montagne à l'automne.

Tout ça me rappelle des souvenirs puisque j'ai parcouru ce chemin il y a quelques années.
La descente du col Girardin est effectivement éprouvante pour les genoux, ça descend raide et c'est bien caillouteux.

Vivement la suite de ton périple !

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#4 25-10-2011 16:54:33

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Troisième jour - Chapelle du Lac du Lauzanier

Il faisait glacial au petit matin. Je ne regrettais pas d'avoir pris une cagoule et des gants. Je croisais quelques campeurs sur les rives de l'Ubaye, mais ils avaient tous la voiture... A Fouillousse, je tombai sur un gîte réellement ouvert. Un panneau non loin indiquait les dates d'ouverture et de fermeture des autres gîtes de la région. Je notais qu'il y en avait un à Larche. Je me voyais déjà y passer la nuit, et ça me ravissait plus que tout. J'aurais tôt fait de déchanter...

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La route jusqu'à Larche était agréable. Une montée douce vers deux cols successifs... Des passages complètement dénués... Avant le second col se trouvait un ancien fort de l'armée en ruines. Avec mon look de moudjahidin afghan, le chèche sur la tête, j'allais tout à fait dans le décor. Il y avait d'ailleurs le long de la route plusieurs abris souterrains construits dans les années 30 - les reliques du rêve dément de Maginot.

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Des drapeaux de prière tibétains étaient accrochés en haut du col. C'est con, ce n'est rien, mais après avoir passé du temps là-bas (trop peu), ça m'a ému.

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Une fois arrivé à Larche, ce fut une amère déception: aucun gîte ou hôtel n'était ouvert, et l'épicerie dont j'avais tant besoin (presque plus de bouffe, et on sera demain dimanche) n'existait tout simplement pas. Larche ressemblait juste à un de ces villages artificiels - un disneyland des neiges - construit uniquement pour la saison d'hiver. Même les bâtiments feraient offense aux goûts esthétiques d'un gamin de 5 ans. Des villages comme Ceillac en jettent, mais là, c'est du béton, du chalet Ikea qui veut faire vieux.

Je dus donc me résoudre à reprendre la route, en maudissant ce village en lequel j'avais fondé tant d'espoirs. Je maudissais les mecs de cet hôtel censé être ouvert. Je maudissais cet épicier, disparu dans la quatrième dimension. Je maudissais l'office du tourisme, et tous ces bâtiments fermés. Je maudissais le patron de ce refuge fermé, qui a carrément eu l'audace de détourner le balisage du GR pour qu'il passe devant chez lui (et sans le faire continuer ensuite: eh oui, le GR5 finit chez ce con, pas à Nice). Bref, je n'étais pas d'humeur. Moi qui voulait me faire une journée courte... Et puis le soleil avait déjà quitté cette vallée de merde. Il fallait que je bouge. Il faisait froid.

Le GR5 n'était même plus balisé. Par contre, les pistes pour skieurs, elles, l'étaient parfaitement. Pire que cela: au milieu d'un chemin qui se trouvait bel et bien être le GR5, je vis une croix rouge et blanche (alors que quelques minutes auparavant, j'étais tombé sur l'un des deux ou trois seuls balisages sur des bornes, et qu'il n'y avait pas eu d'intersection). C'est comme si les gens de Larche - ces fantômes - voulaient faire fuir les marcheurs pour faire venir les skieurs. Bande de cons.

La route en question débouchait sur le parc du Mercantour. Le peu que j'en ai vu aujourd'hui m'a fait peur. Je parlais de Disneyland, là, on est en plein dedans. Les sentiers sont incroyablement larges, et plats, parce que la montée, ça fatigue le touriste. Et puis quand il y a des montées, on creuse des escaliers... Non mais et puis quoi encore?! Vous ne voulez pas mettre des déambulateurs non plus?!

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La nuit commençait à tomber dans le parc, et j'avais déjà pas mal avancé. Il y avait un lac, à 1h30 de l'entrée. Je ne sais pas pourquoi, mais je voulais y parvenir. Une cabane abandonnée sur le chemin m'avait bien tentée, malgré le lit recouvert de crottes de souris, mais... non merci. Et puis il y avait ces terriers partout... Des terriers de marmottes, mais je fais une fixation sur les renards depuis la visite nocturne de l'une de ces sales bêtes il y a des années de cela. Je devenais limite parano à ce sujet - comme d'hab - et terrier pour moi était synonyme de renard. Je voulais avancer. J'espérais que plus haut, vers le lac, ça s'arrangerait. Mais il y ferait beaucoup plus froid... Pas grave, il était censé y avoir une chapelle sur les rives.

Je trouvais la porte de cette dernière fermée en arrivant. Heureusement, quelqu'un avait cassé le petit carreau de la porte. Je vis avec ma frontale que je pouvais ouvrir le verrou en passant le bras par là. Cette chapelle est donc devenue mon abris pour la nuit. Je savais bien au final que j'aurais un toit sur la tête ce soir...

Il n'y a presque rien à l'intérieur, si ce n'est quelques articles sur la rénovation de l'endroit, une bible bon marché, et quelques cadavres de bougies. Parmi ceux-ci, je trouve un chauffe-plat intact. Il brûle en ce moment et réchauffe timidement la pièce. Je suis bien content d'avoir trouvé ce refuge, surtout à cette altitude. Il ne me reste plus qu'à aller me coucher, et reprendre des forces pour la longue journée de demain qui s'annonce...

Dernière modification par Kam (14-04-2012 21:05:25)

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#5 25-10-2011 18:13:10

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Quatrième jour - Saint Etienne de Tinée

La nuit passée à 2300m a été froide - très froide. Malgré les grosses pierres qui constituaient la chapelle, je me suis réveillé - pas grelottant de froid, mais tout de même - à une heure du matin. Il faut dire aussi que mon Therm'a-Rest Small était enfoncé trop bas dans mon sursac et que j'avais eu la flemme de le remettre en place...

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Je me suis levé tôt, comme tous les jours, et je suis parti en direction du col. La montée sur la caillasse n'était pas facile, mais elle s'est passée sans problèmes. A croire que je m'habitue... Les paysages qui suivirent étaient grandioses: cette nudité désertique mais néanmoins verte que nous réserve le Mercantour...

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Passé un second col, j'ai rejoint la route pour redescendre vers un petit bled - le nom m'échappe. C'est là que j'ai décidé de suivre la Tinée plutôt que de suivre le GR pour rejoindre St Etienne plus rapidement. J'avais envie de passer la nuit sous un toit, après une "courte" journée de marche. J'y arrivais en milieu d'après-midi.

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J'ai vraiment raqué en cette saison pour payer l'hôtel, mais je me suis fait ce petit plaisir. Et je ne parle pas du resto... Le chèvre chaud en entrée était à tomber par terre - je ne sais pas depuis combien de temps je n'en avais pas mangé d'aussi bon, et le reste était à la hauteur.

Je profite de cette soirée pour revoir un peu mon matos. Je déchire la moitié des pages de mon carnet, et je balance une partie de l'alcool à brûler qui me restait. Si les voyages au long cours m'ont bien appris une chose, c'est que l'allègement ne se limite pas à la préparation du voyage: il doit se faire tout au long de la marche.

J'ai vraiment la flemme d'écrire aujourd'hui. Il faut croire que s'abrutir devant la télé dans une chambre d'hôtel en cuvant son demi de Côte du Rhône nuit à l'inspiration... Je m'arrête là.

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#6 25-10-2011 19:24:09

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Cinquième jour - 2 km après Vignols

Tout ceci a été écrit le lendemain. Vous comprendrez pourquoi.

La tenancière de l'hôtel m'avait demandé la veille à quelle heure je voulais partir. "7 heures et demi", que je lui avais répondu. "Pas de soucis", qu'elle me lance. Pas de soucis pour elle, en effet: elle ne faisait pas l'ouverture. Mais à huit heures moins le quart, quand je suis descendu, il n'y avait personne. Je suis remonté préparer mon sac, et il a fallu attendre huit heures pour que quelqu'un apparaisse. Très sympa, mais elle ne devait pas avoir l'habitude de marcher. Elle m'annonçait qu'il fallait 7 heures pour aller à Roya. J'ai fait "oui-oui" de la tête sans écouter. J'ai dû en mettre trois.

Je fis un tour à l'épicerie avant de partir. Il n'y avait personne. Je vis quelqu'un accourir. Je me tournai ensuite vers la boulangerie voisine - encore personne. Le même type arriva, suant à grosses goutes. "Rebonjour". Il faisait des allez-retours entre les deux boutiques au gré des clients.

J'ai bien aimé ce village. Pas trop petit pour qu'il y ait de l'animation, mais pas trop grand non plus pour que tout le monde se connaisse, et vous dise bonjour dans la rue, même si vous n'êtes pas du coin. A Arvieux, quelques kilomètres plus loin, c'était une autre histoire. Un village artificiel, fait pour les pistes, comme Larche. Personne ne sourit ou ne vous regarde. C'était le branle-bas de combat avant la saison d'hiver: ça construisait de partout, ça rénovait, on testait les télésièges... Je n'ai pas eu de regret à quitter ce village en coup de vent.

Le chemin montait ensuite dans les alpages déserts en cette saison. Il n'y restait qu'une vielle, avec ses deux molosses qui me sautèrent dessus. Elle ne s'est pas pressée à venir les rechercher, la bougresse. "Ils ne sont pas méchants", qu'elle me lance, "ils ne mordent pas". Et l'autre qui venait juste d'essayer de me bouffer la main, il voulait juste jouer?

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J'avançais ensuite en direction du col de Croussette. J'étais particulièrement en forme. Une partie de la montée vers le col se faisait sur de la caillasse. J'en avais marre des chemins en lacets, et j'avais envie de faire travailler d'autres muscles. Je me suis donc mis à escalader les rochers en ligne droite, abandonnant la piste du GR. Mais arrivé en haut, impossible de retrouver le chemin. Je pensais bien être trop à l'est - je me suis donc mis à longer la crête. Toujours pas de chemin en vue. Pas normal. Je fis donc la seule chose à faire: redescendre. J'étais bien trop à l'est: un col trop à l'est.

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Tout ceci m'avait fait perdre énormément de temps. Je suis monté au col au pas de course, plus vite peut-être que je n'ai jamais monté aucun col. Une fois en haut, je me retrouvais face à un paysage féérique. La brume des quelques nuages là-haut et la lumière très particulière du soleil transformaient les montagnes de l'autre côté en une espèce de Brocéliande des Alpes. Et dans ce pays de magie, on ne descend pas après avoir passé un col pour en rejoindre un autre 500m plus bas, on, on continue à monter, dans la caillasse.

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Je poussais encore plus. Je marchais encore plus vite. Dans la descente qui suivit, la douleur au genou gauche que je traîne depuis douze ans s'est réveillée, mais je poursuivis. Je voulais avancer avant la tombée de la nuit. J'étais drogué par la marche.

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C'est à ce moment que j'ai décidé de m'écarter du GR et de passer par Vignols. Il faisait nuit quand je suis arrivé. Je n'avais presque plus d'eau - je voulais aller en rechercher là-bas. Bien sûr, c'était juste un prétexte. J'aurais aussi bien pu en prendre à un torrent et la passer au Micropur.

Je ne vis pas de fontaine dans le village. Je fis un tour du côté de l'église, ayant bon espoir, mais j'y aperçu la silhouette d'un petit chien. Mais non, quelque chose n'allait pas. Il n'aboyait pas, il n'essaya pas de me bouffer le jarret... Les seuls chiens qui me supportent sont les chiens nomades, ou ceux des montagnes. La bête était bien trop petite pour être un Husky ou un Saint Bernard. J'allumai ma frontale: il s'agissait d'un renard. Je décidai de continuer aussitôt. Je voulais mettre des kilomètres entre lui et moi. J'adore les renards, je les respecte. Je n'ai jamais rencontré d'animal aussi intelligent. Mais ce sont aussi de sacré casse-c*****. A la limite d'ouvrir ton sac pour aller chercher ce qu'il y a dedans pendant que tu dors.

Je continuai donc à la frontale. La nuit était complètement tombée. Heureusement, le chemin était large. Ma petite Petzl ne suffisait pas à tout éclairer. J'ai passé un nombre considérable de nuits dehors, et je dors comme un bébé quand ça arrive. Mais marcher dans la nuit à la frontale est une autre histoire. On a l'impression que l'espace autour de soi se resserre. On ne sait pas ce qui peut arriver d'au-delà de ce cercle lumineux trop étroit. Et puis il y avait ces cris... Au début, après avoir vu toutes ces pancartes, je pensais aux loups. Mais non... Il y avait quelque chose d'étrange dans ces hurlements... Je me rendis compte plus tard qu'il ne s'agissait que de vaches, mais bon sang... Comment est-ce que de telles vaches peuvent exister? Je n'avais jamais entendu de cris pareils. Les meuglements ressemblaient tantôt à des rires démoniaques, tantôt à des cris de souffrance extrême. Tout ceci me fit penser à Lovecraft... Pas un bon moyen de se rassurer. Mais je n'avais jamais rien entendu de tel, et je n'ai rien entendu de semblable depuis.

Et j'étais toujours là, à avancer dans la nuit à la frontale. Il fallait que ça cesse. Je devais trouver un endroit où passer la nuit. Mais comment faire juste avec ma Tikka? Je me suis mis à escalader la pente qui me surplombait. A travers les broussailles et les arbustes, le finis par trouver une zone d'un mètre cinquante sur un mètre à peu près plate. Ca suffirait bien pour mon sursac. C'est là que je passais la nuit. Je ne pouvais même pas allonger complètement les jambes...

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#7 25-10-2011 20:02:23

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Sixième jour - Forêt domaniale de Clans

J'ai ressenti une douleur infernale au genou dès le matin. Elle revient quand je repars après m'être arrêté, même dix secondes, et dans les descentes. Elle ne me quittera plus jusqu'à la fin de cette marche. J'ai trop poussé hier.

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Je repars le long du torrent. Le chemin est difficile, mais superbe. Je puise de l'eau que je purifie. J'arrive enfin à Saint Sauveur. Je trouve un petit resto ouvert. Assez glauque. Il ressemble à une cantine, et d'ailleurs les plats sont dignes de ce label. La petite vieille qui fait le service est sympa, mais ça ne suffit pas à me faire digérer ce qui m'a été servi sous le nom de blanquette (oui, je suis du métier, oui, je suis un chieur). Mais elle ne me compte pas le café - c'est déjà ça...

Deux routes partent du village. Le GR en suit une, je prends la mauvaise. Je décide de continuer. J'arrive à un bled du nom de Marie. J'y reprends un chemin ne figurant pas sur ma carte. Il semble aller dans la bonne direction. Mais la sente est à peine marquée. Je la perds et la retrouve à plusieurs reprises. Je marche sur le flanc de la montagne, sur un terrain parfois casse-gueule. Ca serait impraticable par mauvais temps. Je passe un torrent, avant de me retrouver dans une forêt humide. Je vois des marques rouges et blanches - impossible pourtant que j'aie déjà rejoint le GR - j'ai du mal à comprendre. Il s'agit sans doute d'un ancien tracé.

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Peu de gens semblent emprunter ce sentier. Tant mieux. Il est parsemé de ronces, et je me fais un festin avec les mûres qui restent - je ne pensais pas en trouver en cette saison.

Les nuages assombrissent cette fin de journée. C'est un mauvais signe. Je n'ai toujours pas rejoint le GR, mais je m'en fous. Je continue par-là. La route est belle, ça me suffit. Je bivouaque sur les hauteurs, à l'abri d'un arbre. J'espère que ça ne va pas tomber cette nuit. La forêt est bruyante ce soir...

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Dernière modification par Kam (14-04-2012 21:09:19)

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#8 25-10-2011 20:40:05

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Septième jour - Un peu après la Tour sur Tinée

Je pensais être à Nice demain avant midi - ce ne sera pas le cas. Je n'ai jamais rejoint le GR par le sentier que j'avais pris. Dès le matin, j'ai eu du mal à retrouver le tracé. J'ai dû faire plusieurs allez-retour jusqu'à la dernière marque avant d'apercevoir un cairn qui indiquait le chemin à prendre. Enfin... Quand je dis cairn... Il s'agissait juste d'une pierre qui n'avait rien à faire là posée sur un rocher.

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Ca a été de pire en pire par la suite. La sente disparaissait sans cesse, avec pleins de chemins possibles, la plupart du temps ne menant nulle part. C'est au bout d'un de ces chemins en cul-de-sac que j'ai décidé de redescendre, hors sentier, dans la forêt. Tout cela était incroyablement casse-gueule. Les prises étaient instables. La moitié des plantes étaient des ronces ou des églantiers. Au bout d'un moment, je ne sentais même plus les épines qui me lacéraient la peau de la paume quand je cherchais une prise.

Et puis j'ai fini par arriver sur le flanc de la montagne voisine. Je me suis décidé à passer sur celui-ci à-travers les arbres - j'avais un pressentiment. J'ai commencé à monter, et j'ai finalement retrouvé le balisage que je suivais au départ. Mais comme je le présentais, le chemin n'allait pas vers le GR mais vers un bled du nom de Clans, à 7,5 km par la route de Marie, d'où j'étais parti. Tout cela m'avais pris presque une journée de marche. On comprend maintenant pourquoi je ne serai pas à Nice demain...

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Mais j'aurais pu rattraper cela si le reste de la journée s'était passée sans accrocs. Mais je recommençais à me perdre dans les bois après Roussillon. Je fis demi-tour, je rejoignis la départementale, et de là, je pris un autre sentier pour aller à La Tour.

Le jour baissait quand j'y suis arrivé, et il s'est enfin mis à pleuvoir. Les nuages menaçaient depuis mon passage hors sentier. J'ai pour la première fois sorti ma jupe de pluie. J'ai des sentiments mitigés à son sujet. C'est certes pratique, léger, et facilement remplaçable, mais il est impossible de marcher sur des sentiers un tant soit peu engagés avec - pas moyen de faire de larges enjambées.

En cherchant un lieu de bivouac sous la pluie, je me suis mis à imaginer plein d'utilisations possibles de cette jupe. Pourquoi ne pas s'en servir aussi comme d'un tarp? Ou mieux pour ceux qui emportent déjà un tarp, pourquoi ne pas se servir de celui-ci comme d'un sarong?

Mais je n'aurais pas besoin de tout cela. Je continuais à marcher en direction d'Utelle où je comptais rejoindre le GR le lendemain quand je tombai sur une grange à foin abandonnée. Ou bien était-ce une maisonnette - je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, j'allais y passer la nuit au sec. Une partie du plancher était défoncée, mais le reste devrait tenir pour la nuit. Les murs et la toiture semblaient solides. Et même si le plancher ne tenait pas, tout ce que je risquerais, c'était de me retrouver 1,50m plus bas. Je préférais ça à la pluie. Il faut juste que je sois discret, qu'un fayot n'appelle pas les gendarmes en apercevant la lumière de ma frontale... Ca m'est déjà arrivé.

Dernière modification par Kam (14-04-2012 21:09:56)

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#9 25-10-2011 21:01:08

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Huitième et dernier jour - Aux portes de Nice

Je repris la route le lendemain jusqu'à Utelle. Rien de fantastique. Du bitume principalement. Je comptais me ravitailler là-bas, mais j'eus un sentiment bizarre en traversant la ville. On me regardait comme un étranger. J'eus l'impression que j'aurais été mieux accueilli en Corse. Je filais droit en direction de ce GR que je retrouvais enfin. L'altitude baissait. Je pouvais presque sentir la mer.

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Le chemin était vertigineux, le long d'une falaise, mais les dénivelés étaient faciles. Je me retrouvais bien vite à Levens, le village suivant, où j'eu la même impression qu'à Utelle. Au passage, ce village mérite la palme du tracé de GR le plus débile: celui-ci monte sur les hauteurs dans la vieille ville, pas pour en faire tour, pas éventuellement pour montrer le chemin d'une épicerie ou autre, mais juste pour le plaisir de monter, avant de redescendre aussitôt, sans même avoir traversé la dite vielle ville.

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Je continuai encore. Je ne sentais pas les gens d'ici. Tant pis pour mon ravitaillement. Il me restait des raisins secs après tout... La journée se poursuivit à travers la garrigue jusqu'à Aspremont. Je savais que ce serait ma dernière étape sur ce chemin. Je passai la nuit aux portes de Nice. Demain, je descendrai une fois pour toute de la montagne. Je n'irai même pas jusqu'à la mer. J'irai directement à la gare, d'où je repartirai pour Briançon.

Je déteste la côte.

Dernière modification par Kam (14-04-2012 22:09:57)

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#10 25-10-2011 21:08:06

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Et pour ce qui est du matos... Voici la liste:

matos.png

Total 4005 / 4837g, selon ce que je porte sur moi.

Les possibilités d'allègement sont assez évidentes, il s'agit principalement de remplacer certaines pièces par du matos plus léger:

  • Sursac: j'attends que MLD ressorte le Soul Event Bivy pour remplacer celui-ci (400g de gagnés).

  • Tapis de sol: un NeoAir serait un bon remplacement au Prolite (qui a ses limites), mais avant de claquer 120 ou 130 euros dans un tapis de sol, je vais attendre que sortent les nouveaux modèles 2012.

  • Sac à dos: j'avoue que pour ce genre de sorties, le Sabre est complètement overkill. 35L devraient suffire, même sans compresser mon sac de couchage (enfin... je le compresse bien sûr, mais je ne prends pas de sac de compression), et il y a beaucoup plus léger...

Quelques petites remarques par ailleurs:

  • Microplaire et gants: je n'ai jamais porté la micropolaire, et je n'ai sorti les gants qu'une seule fois (j'aurais pu m'en passer). Cependant, je ne regrette pas de les avoir pris. Le climat aurait pu changer brutalement...

  • P3RS: je ne prends pas de réchaud en général, là je me suis laissé tenter. Pas sûr que je le refasse. Ce n'est pas le poids du réchaud qui pose problème, mais tout ce qui va avec: essence, tasse, cuiller. Mine de rien quand on additionne le tout, ça fait pas mal. Pas sûr que le bénéfice que j'en tire vaille le poids en plus pour ce genre de sorties.

  • Cuiller (si on oublie le dernier point): une cuiller en plastique aurait aussi bien fait l'affaire, et aurait été plus légère.

  • Désinfectant: essayer de trouver un autre conditionnement, plus léger que le désinfectant liquide classique (lingette?). Pas besoin de 50 doses de toutes façons...

  • eVent Thru-Hiker Jacket: j'ai été bluffé par cette veste. Je l'ai accrochée plusieurs fois à des branches ou épines en forêt, et elle n'a pas un pet. Excellente respirabilité. Très bon coupe-vent. Je la portais la moitié du temps. Elle mériterait son sujet à part si elle était encore en vente... Petit bémol par contre: la coupe est assez bizare. Les manches sont très longues par rapport à la taille du buste, mais c'est un détail.

  • Montbell Thermawarp: excellente doudoune sans manches. Je n'ai utilisé que cela, même au bivouac, combiné à un Mérinos manches longues 150 et à la veste imper-respirante. Pas besoin d'en dire plus je pense. Le tissu a l'air assez fragile (en tout cas il est extrêmement fin), mais comme je ne la porte que sous la veste, ça ne pose pas de problèmes. Par contre, je n'irais pas avec que ça sur le dos jouer dans les ronces en forêt. La fermeture éclair est un peu moyenne ausi je trouve. A la limite, j'aurais préféré porter 10g de plus et avoir une fermeture éclair digne de ce nom...

  • Merinos Icebreaker: les propriétés thermiques et le confort sont indéniables, par contre je dois émettre une petite réserve. J'avais deux T-Shirts identiques. J'en ai fait souffrir un dans les bois (épines, ronces, branches), et il est nickel. Par contre, les coutures le long des manches du second (qui lui n'a pas souffert) commencent à "boulocher" sérieusement, voire à se défaire sur les côtés. Assez inquiétant pour un T-Shirt à ce prix...

Bref, tout ça laisse quand même quelques belles perspectives d'allègement, même si maintenant, c'est surtout une question de thunes...

Dernière modification par Kam (26-10-2011 16:45:18)

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#11 25-10-2011 21:16:55

polochon777
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Beau récit smile
Tu n'avais pas d'abri, pas trop flippant de ne pas savoir où/comment tu vas dormir le soir? Si il y a de l'orage, beaucoup de vent, etc... Tu fais toujours comme ça ou c'est exceptionnel?
En plus si tu ne prends pas toujours de réchaud... chapeau!

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#12 25-10-2011 21:23:13

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Nan, c'est toujours comme ça, à part conditions climatiques engagées/exceptionnelles (hiver en haute altitude par exemple). Et non, ce n'est pas spécialement flippant. C'est juste une autre façon de s'organiser, et accepter que la dernière heure de marche potentielle (voire les deux dernières heures) soit consacrée à la recherche du coin idéal. Comme on l'a vu, surtout en cette saison où les journées se font courtes, c'est pas toujours simple, mais bon...

J'allais dire que je regrettais de ne pas avoir passé une nuit sous la pluie sans abri du tout pour décrire comment ça se passe - on m'a posé la question de très nombreuses fois sur ce forum - mais non, en fait, je ne le regrette pas une seule seconde.  big_smile

Et pour le réchaud, c'est juste que je suis feignant. La flemme de me faire à manger le soir. Du coup, si en plus ça allège le sac...

EDIT - Grammaire...

Dernière modification par Kam (25-10-2011 21:26:29)

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#13 01-11-2011 16:10:41

Myrtille88
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Bonjour smile

j'ai en projet de faire ce tracé Briançon et nice, alors je suis venue lire et regarder les photos,
ton compte-rendu est intéressant, tu n'as pas eu une progression facile,
je pense que tu as dû aller vite? avec plus de temps tu aurais moins galéré pour tes bivouacs? hmm

je ne savais pas que les renards pouvaient s'aventurer dans les sacs? roll

j'ai imprimé ta liste et remarques, plein d'iddées.

J'ai toujours un problème pour mettre ma liste dans le compte-rendu, comment fais-tu?

Myrtille

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#14 01-11-2011 17:18:49

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Hum... Si j'ai "galéré" quelques soirs, c'est uniquement par ma faute. Comme les journées commençaient à se faire courtes, je marchais jusqu'à la tombée de la nuit. En se donnant un peu plus de marge, il n'y aurait pas eu de soucis. Par contre, tu peux oublier les refuges sur une bonne partie du chemin. Le premier refuge ouvert à ma connaissance est à Fouillousse, dans la vallée de l'Ubaye (remarque, il y en a peut-être un à Château-Queyras aussi - pas sûr). Après ça s'arrange un peu (hôtels un peu partout dans les villages de la vallée de la Tinée), mais tu auras quand même à bivouaquer par endroits.

Pour la liste, c'est juste des captures d'écran de ma feuille de tableur, "recollées" avec Paint et hébergées comme une image.

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#15 01-11-2011 18:59:27

MonsieurHenri
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

J'aime beaucoup ta façon de raconter smile Tantôt désabusé, tantôt émerveillé, j'adore  big_smile

Sinon me passer d'abri me donnerai l'impression de me faire couper les ailes, de perdre ma liberté.

Dernière modification par MonsieurHenri (01-11-2011 19:00:03)

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#16 01-11-2011 20:38:20

denq
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Belle rando automnale, juste avant la neige.
746 g le sursac, c'est le poids d'un abri deux places: tu peux toujours dormir la tête hors de l'abri;-) _ enfin libre à toi de choisir cette option wink

Larche ressemblait juste à un de ces villages artificiels - un disneyland des neiges - construit uniquement pour la saison d'hiver.

je n'ai pas eu cette impression lorsqu'on y a passé une semaine de ski de rando il y a deux ans: plutôt un bout du monde complètement paumé. Il y a juste un dépôt de pain au village en-dessous; supérette à Bersezio versant italien. La mairie a aménagé des gîtes dans des casernes de douanier désaffectées: excellent rapport qualité/prix. C'est un endroit où il n'y a rien d'autre à faire que de la raquette et de la peau de phoque (et c'est très bien comme ça! wink


Vaut mieux être un peu titane qu'un grand mulet...

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#17 01-11-2011 20:48:24

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

J'étais particulièrement énervé ce jour-là après m'être imaginé toute la journée passer la nuit sous un toit, Larche en a fait les frais. smile

Ceci dit, je pense qu'il y a un monde entre Larche en saison et Larche hors-saison comme là. C'était limite un village fantôme, au contraire d'autres sur la route et pourtant bien paumés aussi (Ceillac, Château-Queyras, ou même Fouillousse).

Pour le sursac, oui, tout à fait d'accord. Simplement la raison pour laquelle je traîne cette enclume, c'est que je n'en ai pas encore racheté un autre. Un sursac imper-respi de MLD (quand ils seront de nouveau dispo) pèse un peu plus de 300g, tout en étant en plus plus fonctionnel. Là ça commence à devenir beaucoup plus rentable.

Après, c'est clair aussi que si on part là-dessus, toujours chez MLD par exemple, on a la Solomid qui pèse 255g d'après le fabriquant. Simplement, au contraire de Monsieur Henri, et même si parfois c'est galère le soir, j'ai un sentiment de liberté avec le sursac que je ne retrouve pas avec un abri, fermé ou non. Mais bon, je ne vais revenir là-dessus...

Dernière modification par Kam (01-11-2011 20:49:40)

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#18 01-11-2011 21:18:43

Eddie1964
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Ton récit m'avait échappé.
J'aime beaucoup ta façon de raconter ton escapade.
On voyage en te lisant.
Félicitations pour ta belle escapade.


Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit,celui-ci voudrait souffrir en face du poêle et celui-là,croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre!Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas et cette question de déménagement en est une que je discute sans  cesse avec mon âme!C.Baudelaire.

La vie est une aventure dont on ne sort jamais vivant (Alphonse Allais)

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#19 07-11-2011 22:01:49

benji7065
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Joli récit !

Cette période de l'année donne une immense impression de liberté.

Merci pour les photos  smile

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#20 31-01-2012 23:33:56

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Je poste ça ici faute de sujet dédié sur cette veste, mais je dois dire que sur la (courte) durée, l'eVent Thru-Hiker Jacket me déçoit un peu au niveau de la solidité.

Une couture sur la manche qui se défait (et bon courage pour la reprendre, même si c'est pas encore dramatique):

5428_p1010084.jpg

Et surtout, une partie du bas de la veste qui se désagrège:

5428_p1010083.jpg

A priori pas de frottements à ce niveau-là (c'est sous la ceinture du sac à dos) et je pense que c'est dû à l'élastique en bas de la veste. Si c'est bien le cas, je me demande l'intérêt d'avoir un élastique si on ne peut pas le serrer...

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#21 14-04-2012 20:24:06

jeanjacques
.
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Up, peut être d'autre comme moi était passé à coté de ce récit smile
Pfff encore une rando à rajouter sur ma liste des choses à faire en France... big_smile
Les paysages sont sublime, J'adore ces paysages désertiques et accidentés.

Dernière modification par jeanjacques (14-04-2012 20:26:37)


Super poney

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#22 14-04-2012 20:37:52

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

A faire à cette période surtout, y avait pas un chat - et ça, franchement, sur un GR, c'est le top. big_smile

Ceci dit, merci pour le up, ça va me motiver pour mettre les photos sur RL et remplacer celles qui ont disparu (comme si je n'en avais pas déjà assez fait sur le wiki big_smile) - je m'y colle.

EDIT - Tant qu'à faire, un petit rab' de photos qui n'avaient pas passé la première sélection. big_smile

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(Ca c'est juste à côté de chez moi - LE coin où je traîne toujours, été comme hiver - en plus, c'est un versant Nord en hors piste l'hiver, du coup on est peinard.)

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Dernière modification par Kam (14-04-2012 21:40:26)

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#23 15-04-2012 15:47:09

fab05
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

Tiens, j'avais loupé ce petit récit. le up a du bon  wink

Je comprends ton désabusement à Larche.
Pourtant bien décidé à m'affranchir de toute dépendance humaine selon mon adage personnel  "on ne peut pas compter sur un humain", il m'a bien fallu aussi au cours de mes randos compter sur un minimum de ravitaillement. Eh bien, en plein été, il m'a été impossible de le faire à St Dalmas de Valdeblore. Je m'auto-cite 3 ans après :
Permettez-moi de mettre un carton rouge à ce village vivant grassement de l’or blanc mais qui ne semble pas se soucier du fait qu’un GR renommé passe par là, carrefour GR5 – GR 52 qui plus est.
Même dans le trou du c…du 05, un dimanche d’été on trouve à manger…
C’est vrai qu’un randonneur n’apporte pas grand chose surtout un MUL. J’avais donc bien fait de compléter à tout hasard mon ravitaillement à St Sauveur.

Une autre fois, toujours en plein été lors du tour de l'Ubaye (GR56), j'étais vraiment autonome mais passant vers midi devant le refuge-gîte-buvette-à-fric installé au bord de la route bitumée la plus célèbre (menant au plus haut col)-sur le GR5 dans cette partie là- et profitant de l'occasion, j'étais près à faire exception pour me restaurer plus chichement d'un sandwich frais dont le prix inscrit sur un tableau était pourtant 2 fois plus élevé qu'à Paris. Et bien impossible, c'était fermé!  L'heure de la sieste ? Il fallait patienter un bon bout de temps jusqu'à un horaire qui devait être plus compatible à l'heure de pointe du flot de touristes en voitures ou à celui des motards...

C'est marrant, car justement sur toute cette rando, ce devait être Larche qui me sauvât (comme celle de Noé lol ) même si je n'avais finalement pas besoin de grand chose pour compléter mes vivres pour 6 jours. Il s'agit de l'épicerie du camping qui était fermé, on n'en doute pas, en octobre quand tu es passé. Car en effet l'épicerie du village est celle du camping !
Pour l’hôtel tu n'as rien perdu, je m'étais arrêté une autre fois prendre un sandwich en passant. Le temps que ça a mis alors que je devais être le seul client du jour m'indiqua que ça devait être une demande plutôt rare. Le quart de portion que j'obtins finalement me coûta le prix des 3/4 qui manquaient.
Car après, à Saint Paul, petit village désert en plein juillet, il faut attendre le soir pour que l'épicerie ouvre ! Tout comme cette autre boulangerie ailleurs sur le parcours.

Quelqu'un du forum pour le ravitaillement avait opté pour la solution poste restante dans un village afin de ne point être pris au dépourvu, quelle ne fut pas sa galère alors qu'il y arrivait un dimanche et qu'il lui fallut attendre 1 ou 2 jours et sans louper encore le minuscule créneau d'ouverture...ça me rappelle il y a longtemps dans les Cévennes, dans un village comme ravitaillé par les corbeaux, toujours en plein été, alors que la lettre urgente engagée dans la fente de la boîte de la Poste fermée allait s'échapper d'entre mes doigts, je lis "levée 1 fois par semaine"; comprendre dans mon cas, la semaine prochaine... yikes 

Les randonneurs donc, sur un GR même célèbre ça rapporte pas grand chose (sauf en Corse..), alors les Muls autonomes....; quel pourcentage de randonneurs voyagent d'ailleurs sur un GR ? Car il s'agit bien de voyage. On a beau être au 21ème siècle, je ne suis pas sûr qu'au moyen-âge les voyageurs ne fussent pas plus chanceux au cours de leur périple quand ils passaient à l'improviste dans les zones habitées pour festoyer d'un peu de pain et d'un verre de lait.

Mais c'est aussi le prix à payer pour être libre et tranquille car il existe la solution gîte à gîte qui rend le parcours le moins aléatoire et le plus confortable possible mais qui impose les étapes, les horaires, l'époque, etc...ce n'est pas la même rando.

En Corse, ils ont résolu le problème en imposant à tous ce genre de solution; ce qui s'apparente donc à du racket (en plus d'être à l'antipode de ma conception de la rando libre). Pour sûr qu'on n'y manquera de rien sur le parcours sauf de...l'essentiel. (Cela explique pourquoi, entre autre, je ne me suis pas résolu à faire ce GR, c'est comme si on me l'interdisait. Pour reprendre l'inscription d'une des photos plus haut, ce GR ne ferait pas mon bonheur car c'est mon cheminement sur ce GR qui le ferait).

Je prie qu'il n'en soit jamais de même dans nos montagnes dussé-je subir quelques désagréments du genre ne pas rencontrer d'humains quand ça m'arrangerait.
Dans la préparation de mes randos les  ça devrait être ouvert dans ce village... là ça devrait être bon ya du touriste... je devrais être à la bonne heure...il y a plus de 10 maisons par là, il devrait y avoir une épicerie... quand même ici c'est grand, on devrait trouver du... c'est terminé. J'essaie et j'apprends à compter de moins en moins sur ça. Je ne peste plus et ainsi ne subis d'autres désagréments que ceux que je me cause moi-même.

Je trouve que ça oblige même à adapter notre démarche MUL afin d'être encore plus autonome et libre comme si on devait traverser des régions lointaines et désertes dans lesquelles on ne peut compter que sur soi et c'est très bien.

Dernière modification par fab05 (15-04-2012 15:57:31)

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#24 17-04-2012 19:54:57

Kam
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Re : [Récit + liste] Briançon - Nice à la mi-octobre, GR5 et variantes

fab05 a écrit :

Une autre fois, toujours en plein été lors du tour de l'Ubaye (GR56), j'étais vraiment autonome mais passant vers midi devant le refuge-gîte-buvette-à-fric installé au bord de la route bitumée la plus célèbre (menant au plus haut col)-sur le GR5 dans cette partie là- et profitant de l'occasion, j'étais près à faire exception pour me restaurer plus chichement d'un sandwich frais dont le prix inscrit sur un tableau était pourtant 2 fois plus élevé qu'à Paris. Et bien impossible, c'était fermé!  L'heure de la sieste ? Il fallait patienter un bon bout de temps jusqu'à un horaire qui devait être plus compatible à l'heure de pointe du flot de touristes en voitures ou à celui des motards...

J'imagine que tu parles de la partie du côté de la frontière. C'était quel village? Maljasset? Si c'est le cas, idem, grosse déception en arrivant là-bas: plein de refuges, avec des gens dedans, les vélos des gamins dehors et tout, mais de grosses chaînes avec une pancarte "fermé". Par contre, un peu plus loin, à Fouillousse (hameau perdu de chez perdu), j'ai été sidéré de trouver un refuge ouvert toute l'année (avec de la bière pression - dont je n'ai pas profité: il devait être 8 ou 9 heures du mat big_smile).

Ceci dit, par rapport à Larche et les refuges en général, que ça soit fermé hors saison ne me choque pas tant que cela. Ce qui m'avait le plus fait chier, c'était d'avoir vu des panneaux (entre Fouillousse et Larche justement) indiquant les dates d'ouverture des refuges qui étaient complètement mensongers. Autant ne pas en mettre dans ce cas, ça évite de se faire de fausses joies d'avance. Mais bon, il ne s'agit que de pubs pour les refuges, alors que ce soit mensonger ou non, ils s'en moquent.

Ceci dit, je ne regrette pas ma soirée passée dans la chapelle du lac du Lauzanier, le cadre était magique et c'était très sympa. Donc merci au final à l'hôtel miteux de Larche pour avoir été fermé. big_smile

fab05 a écrit :

On a beau être au 21ème siècle, je ne suis pas sûr qu'au moyen-âge les voyageurs ne fussent pas plus chanceux au cours de leur périple quand ils passaient à l'improviste dans les zones habitées pour festoyer d'un peu de pain et d'un verre de lait.

Bah surtout, même sans remonter au Moyen Âge, on pouvait s'arrêter dans des fermes pour se réapprovisionner. Ca existe encore, y compris en Europe, mais rarement le long des GR (tout du moins de façon systématique). big_smile

Sinon pour la bouffe, je pars maintenant avec un maximum d'autonomie. Ca résout une bonne partie du problème. Merci au passage à RL qui m'a permis de rationaliser tout ça et d'avoir la table des calorie de la plupart des aliments en tête. wink

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